‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 191 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

• Il y a quelques ressemblances entre Jean Scot et cea . écriyains , mais il y a aussi des différences profapdes, et il ne parait pas que les écrits. d'Erigène aient e^iereé sur eux une réelle influence. S. Augustin , S. Denys i'Aréopagite, S. Bernard, sont souvent cité$ dans Içs sermons.de Maître Eckart; mais Jean Scot n'y est pas nommé ujie seule fois. Eckart enseignait y il : est vrai , quelques-unes des idées de Scot Erigènç. Il disait qujB Dieu est créé dans le monde; que pour Dieu être et vouloir , c'est une même chose, et que, par conséquent , . la création était éternelle et nécessaire; que le monde doit retourner. en Dieu; que touteft les créatures, non -seulement les natures intelligenté», mais les êtres inanimés,, sentent UP désir extraordinaire de i*entrer dans leur état primitif, au sein du repos divin. Voilà les doctrines qui sont, communes à Jean Scot et à Malti^e Eckart ^ Il semble d'abord que ces ressemblances soient plus importantes qu'elles ne le sont en effet; l'ensemble du système, les lignes principales de la consti*uction , présentent à :peu près le même aspect : c'est le Dieu sans nom , le Rien éternel, qui se manifeste et se crée lui-niême dans son œuvre , et qui rappelle à lui cette création échappée de ses mains. Mais beaucoup de ces idées n'appartiennent pas en propre à Scot Erigène, et il

Sckmidt, dans les Theologische Studien und Critiken que publiient MM. Ulmànn et Umbreit. Jahrgang i%Z9 , Ztes Heft, S, 667.* ' Iw Carl Schmidt, loc, cit,. S, 688-700.

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est plu8 que vraisemblable , que Maître Eckart les a empruntées à Denys TAréopagite. Ce qui est particulier à Jean Scot, ce qui donne à sa philosophie une vive originalité , c'est la construction de ces idées «d un système complet , relier, puissant; -.et, parmi les détails , c'est surtout le rôle magnifique assigné à l'homme dans la création y ce rôle de médiateur, de rédempteur y qu'il n'a pas su remplir , qu'il â décKoë) et. dont le fils de Dieu est venu se chai^r luinnème, pour que rien ne fût interrompu dans la loi uiHver* selle. Or, c'est précisément dans^ tout ce qui coneerDe l'homme y que Maître Eckart ^iseigne aussi une doo^ trine originale , dont la hardiesse lui appartient biea à lui seul ; c'est dans sa psychologie qu'il a fondé œ panthéisme mystique inconnu avant lui y eV qu'il a transmis à tous les contemplatifs allemands du qiHh torzième siècle. Dans ces audacieuses théories , qui offrent de frappantes analogies avec la moderne phi<losophie allemande, l'homme est nécessaire à Dieu, qui sans lui ne se connaîtrait pas, et il faut, en effist, qu'il arrive à se considérer comme la conscience même du Créateur. Eckart voit dans l'âme deux facultés > ta pensée et la volonté , et la volonté est subordonnée à la pensée, laquelle est l'essence véritable de l'âme. Dans cette pensée, il y a une partie supérieure, l'àincelle, la flamme de l'esprit, comme il l'appelle. Cette faculté sublime ^t incréée, et comme elle est quelque chose de Dieu lui-même , elle aspire sans cesse

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à se réunir à Dieu ; elle s'élance yers le Père , yers le Fils, Ters le Saint-Esprit; ce n'est pas' encore assez, elle Ycut s'unir, non à Dieu, mais à la Divinité {Gott- Atf/i^ opposé à Gott)y à l'essence cachée, à la commune essence des trois personnes. Or , il y a trois obstacles qair s'opposent à cette union , le corps où l'àme est captive, les phénomènes du monde yisible, et les bor- IMS du temps. 11 faut cependant que cette part toute divine' de notre être apprenne qu'elle est Dieu; il feut que ce Dieu, qui est en nous, gagne la conscience de lui-même. Voilà pourquoi le Christ est descendu sur la terre , il est venu nous révéler l'unité de Dieu et de l'homme, et nous apprendre que nous sommes tous fils de Dieu. C'est là pour l'esprit de l'homme le terme de la science. Quand sa pensée s'est élevée ass^ haut pour comprendre qu'il est la conscience de la Divinité, l'homme est devenu Végàl du Christ, il est fils de Dieu, il est impeccable. ^

Esl-il besoin de répéter , que ces idées étaient tout à fiiit contraires à l'enseignement de Scot ErigèneP Je l'ai déjà dit, Scot Érigène se rattache plutôt aui doctrines mystiques de Hugues et de Richard deSaint-Yict(Mr; il n'abolit jamais la distinction de l'esprit infini et de l'esprit fini; il ne la sacrifie pas à une union impossible, qui détruit à la fois la science et l'amour;

1. yfDas hëret der Sun von dem Vatter, dos hat er uns gey^ojfenharet, dass mr derselbe Sun seyen^'^ Ëckart, zweite Predigt ouf Christi Himmelfahrt, cite par M. Schmidt, loc, cit., p. 711.

car l'homme ae peut connaître et aimer . Dieu qu'à la condition de demeurer une personne distincte de ceki qu'il poursuit éternellement. C'e^t là l'ëoueil de la griande . école d'Eckart : née d'une forte pensée et.d'uo immense amour , elle abolit et l'ampur et la scieiioe. Scot Erigène parle souyent de la déification; il parle de ces esprits qui se sont élevés assez haut par la science pour sortir des limites de l'humaine nature et entrer en Dieu; il célèbre magnifiquement œtte science supérieure de S. Jean , lequel n'était . plus un homme 9 et parlitit du haut des sommets divins , quand il écrivait : in principio erat FerbuniM Mais S. Augostia avait déjà dit la même chose avec la même poàjie et la même. sublimité d'expressions, et S. Bernard, Richard de Saint-Victor, S. Bonaventure, le rép^içi^at après lui. Dans ces questions difficiles , et pour marquer exactement la limite qui sépare le langage my^ tique et la doctrine panthéiste, le seul âigne, jie signe infaillible est celui-ci : il faut se demander si sous ces termes de déification , de retour en Dieu , âlam mystica, l'auteur anéantit la distinction des personnes. Cette distinction , les mystiques allemands l'effiaoeat sans hésiter. « 11 faut i^noncer au Moi , à la personoe, «dit Maitre Eckart; si vous cherchez Dieu sans re- « iioncer au Moi, non, vous ne le cherchez pas; c'est « ce Moi qui nous sépare de Dieu. * * « 11 faut, dit h

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