‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 201 sur 224 · CiOustM, Cours d'histoire de la philosophie ^ 9/ leçon · texte numérisé non relu

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ont été hautement vantées pour cette ressemblance et remises tout à coup en honneur : c'est ce qui est arriyé à Scot Erigène.

Ce fut d'abord le catholicisme mystique du midi de l'Allemagne qui tira de l'oubli sa mémoire. Frédéric Schlcgél regrettait pour la scholastique qu'dk ne se fût pas attachée à suivre de plus près les enseignements de Jean Scot. Sur les traces de ce penseur libre et fécond^ elle eut pu ^ disait-il , éviter la sédieresse et les subtilités où elle est allée se perdre. M. Fnwz Baader pensait de même, et maintes fois il appela l'attention de la philosophie sur les , spéculations de Scot Erigène 9 tandis qu'un théologien célèbre, M. Gunther , y montrait l'exemple de cette liberté de penser qui était si grande alors et que la timidité de l'Eglise, née, selon lui, du protestantisme, a £ut disparaître. Enfin , M. Staudénmayer^, professeur de théologie à l'université catholique de Fribourg, s'est attaché, dans un savant livre, à montrer la haute importance de Scot Erigène et la parfaite orthodoiie de ses doctrines. C'est aux théologiens de décida s'il y a réussi.

Mais ce qui attira particulièrement l'attention sur ces antiques doctrines, c'est la ressemblance qu'on crut bientôt y découvrir avec les plus récents systèmes de la métaphysique allemande. Dans la suite des destinées diverses qu'à subies cette philosophie de Jean Scot, c'est ici un événement important et qui

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couronnera celte rapide histoire ; qu'il me soit permis de m'y arrêter un instant.

C'est une chose remarquable , Hegel qui avait mis sur l'histoire une main si puissante , et qui s'en servait tyranniquement avec tant d'originalité et de hardiesse au profit de sa doctrine, H^el parut toujours dédaigner ou ignorer la scholastique. A peine , dans son histoire de la philosophie» accorde-t-il quelques l^paeslnographiques à Scot Érigène et à chacun des docteurs qui l'ont suivi. De tout le moyen âge il n'estimait guère que rai|;ument de S. Anselme » dont il suivit plus tard la fortune à travers les siècles » et qu'il défendit contre Kant. Dans un autre ouvrage » dans sa philosophie de la religion, il revint plusieurs fois sur le moyen âge; il en parla avec plus d'estime et fit surtout l'éloge des mystiques; il avait été frappé d'un passage de Maître Eckart, qui convenait bien aux profondeurs dé sa pensée, et il dit, en le citant, que ces spéculations renfermaient la véritable, la seule méthode philosophique. Il est évident que, si Hegel a souvent dédaigné le moyen âge, il l'a surtout ignoré; il l'avait étudié dans Tennemann ou dans Rixner, mais non certainement dans les sources ; il ne connaissait pas Scot Erigène, et ce n'est que dans un fragment rencontré par hasard, qu'il a soupçonné tout à coup que plusieurs de ces vieux philosophes étaient ses ancêtres.

Cette conformité de principes, cette parenté qu'il

avait ainsi soupçonnée un instant y quelques- uns de ses disciples se sont appliqués à rétablir. Ib ont voulu montrer , dans plusieurs systèmes du moyen âge , le commencement d'une tentative accomplie, selon eux, par leur maître , et entreprise dès lors , avec une méthode semblable à la sienne, avec cette intuition, avec cette vision intellectuelle dont parle aussi Soot Erigène, visio intellectucdis.

Les ressemblances son1>-elles, en effets si sérieuses entre les mystiques du moyen âge et la moderne métaphysique allemande ? On n'en peut contester qudques-unes. L'originalité de la philosophie de' H^ ne serait-elle pas , en grande partie , d'avoir transporté dans la science ces puissantes aspirations d'amour qu'on admire chez ces hardis théol<^iens? Comme eux , H^el veut atteindre une connaissance supérieure que ces hommes demandaient à je ne sais quelle iutuition sublime, et que lui croit saisir dans l'abadu par le mouvement de la dialectique; il les rencontre donc dans ces régions élevées, dont il parie souvent avec tant d'enthousiasme, dans ces sublimes et sereines régions où cesse toute lutte, toute contradiction , toute difiTérence , où toutes choses sont pacifiées, où la philosophie et la religion , où la raison et la foi s'accordent merveilleusement et ne sont qu'une même chose. Y4>ilà le principe de Scot Erigène. proclamé de nouveau et* pour la première fois depuis la sdiolas^ tique. Ce n'est pas tout : cet immense amour de Dieu,

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