CHAPITRE VI
^essentia.^ ' On ne peut méconnaître, en effet, Faptitude métaphysique de Jean Scot, et il est certain que sa pensée a des élans soudains qui la conduisent très-haut. Mais ne confondons pas les temps. Ces principes que nous croyons reconnaître chez lui et que nous comparons avec une métaphysique toute moderne, il les devine plutôt qu'il ne les découvre; il les entrevoit vaguement, et il y aspire plutôt qu'il ne les possède. En cherchant bien , je rencontre encore dans le De dwisione. naturœ un passage qu'on pourrait rapprocher des principes de la philosophie h^élienne. Cette l<^que de l'infini sur laquelle Hegel fonde tout son système , et qui consiste à trouver un terme supérieur dans lequel s'évanouissent les antithèses que pose la pensée finie , il semble qu'il y en ait quelques traces dans Sept Erigène. L'ancienne logique , dit Hegel , ne convient qu'au monde fini. Elle oppose, par exemple, deux choses contradictoires : de ces deux choses il fiiut choisir l'une et rejeter l'autre. Mais dans le. domaine de l'infini il n'est pas permis d'opposer et d'isoler deux conceptions de la pensée. Si vous mettez en îàce l'un de l'autre deux principes qui s'excluent, vous n'êtes plus dans le domaine de l'absolu; toute opposition, toute exclusion suppose nécessairement le monde des choses finies. Si vous opposez l'infini
1. DU Lehre vom gbttUchen Ebenhilde im Menschen, TUhinger ÇuarUOschrifi, iSSO; Zies Heft, S. 450-451.
270 TaOISIÈME PARTIE.
au fini, et si vous les isolez l'un de l'autre, vous formez un infini limité , c'est-à-dire, un faux infini; et ce fioi lui-même , si vous l'isolez aussi , tous lui donnez une eidstence indépendante , c'est-à-dire , une exist^ice nécessaire, et le Toilà qui se change en infini. Il ne fiiut donc pas isoler ces termes; il faut, au contraire, les unir inséparablement en les déduisant l'un de l'autre, et chercher leur conciliation dans un terme supérieur. C'est là un principe sur lequel H^el se fonde sam cesse , et qui lui a révélé toute une dialectique ticnp velle. Scot Erigène soupçonne peut^tre quelque chose d'assez semblable , lorsque cherchant le nom qui envient à Dieu , il dit qiie ces noms, Éternité , Essence, etc. , ne peuvent lui être donnés , parce qu'ils suf^ sent un terme contraire, un terme opposé, et qu'il ne peut y avoir d'oppositions dans le domaine de l'absolu. S'appuyant sur cette idée, il remonte , OHome Hegel, jusqu'au Rien, qui est l'être par exoellenoe, l'être indéterminé, et c'est là encore une analc^ieavec la doctrine du philosophe de Berlin. Mais , je le répète, n'exagérons pas ces ressemblances, ne détachons pas une phrase , afin de lui faire exprimer ce que l'aiAeur n'a pas voulu dire ; pour le plaisir de feire ces rapprochements, ne détruisons pas le mouvement des siècles , on arriverait bientôt à immobiliser l'histoire et à l'abolir. Je craindrais surtout ce reproche, si je voulais voir dans quelques idées , dans quelques soupçons plutôt, nés comme de rares éclairs au amn