‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 204 sur 224 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

d'une, philosophie naissante; les principes non pas soupçonnes, mais possédés pleinement par une époque si différente et conquis au moyen d'une dialectique consommée.

Ce serait plutôt pour l'ardeur poétique de la pensée qu'on pourrait comparer Scot Erigène ayecles derniers systèmes de l'Allemagne. Dans le grand développement philosophique qui occupe ce pays depuis cinquante ans , il y a eu ; à côté des travaux les plus sévères , des moments d'un enthousiasme singulier. On a cru plus d*iine fois avoir définitivement réconcilié la religion et la philosophie. On prétendait les unir à jamais. Sur ce terrain, la carrière est vaste pour l'imagination. C'était aussi l'imagination qui dictait maintes pages brillantes à ces penseurs du moyen âge, lesquels, comme Jean Scot , apercevaient pour la première fois une philosophie cachée sous les symboles, et s'efforçaient de la mettre en lumière ; travail de dialectique et d'enthousiasme, à demi scientifique et à demi poétique.. Les derniers métaphysiciens de l'Âllems^e ont dû rencontrer des inspirations pareilles à celles de ces naïfs penseurs , toutes les fois qu'abandonnant la route r^ulière de la philosophie moderne, ils r'ouvrirent ces libres riions. Ils se jouèrent au milieu des mille symboles qui avaient amusé les esprits enfants du moyen âge , et M. de Schelling chez qui l'éclat de l'imagination ne le cède pas à la force de la pensée , a professé récemment, à Munich, des idées qui ont

pu être comparées à rhomélîe de Soot Erigène sur S. Jean.

Dans cette homélie, Erigène commente avec enthousiasme la sublimité du début de l'Évangéliste : au commencement était le Verbe, et prétend que S« Jean, lorsqu'il écrivit ces paroles, s'était élevé au-dessus de l'humanité et venait d'entrer en Dieu. Puis , opposant S. Jean à S. Pierre, il remarque que S. Pierre représente l'action, et S. Jean , la contemplation , S. Pierre, la foi, et S. Jean, la science et l'amour. S. Jean reposait sur la poitrine de Jésus; c'est le signe de la peasée qui contemple. S. Pierre a plus d'une fois chancdé; n'est-ce pas la marque de la vie active ? Jean et Pierre courent tous deux vers le monument, c'est-à-dire, vers les saintes Écritures où Jésus est tout entier. Or, Jean court plus vite que Pierre, et le devance; c'està-dire que , pour atteindre le Christ , il n'y a pas de voie plus prompte que la science et l'amour. Gepm^ dant Pierre entre le premier , car la foi doit précéder la science. Mais la science , appuyée sur la foi , monte jusqu'où celle-ci ne monte pas. S. Paul a été ravi bieD haut sans doute , mais seulement au troisième ciel et non pas au delà de tous les cieux comme S. Jean. S. Jean était plus qu'un homme quand il expliquait les mystères de la Divinité : au commencement était le Verbe. Comment eût-il pu comprendre Dieu si bien, s'il ne fût devenu Dieu lui- même ^P

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