CHAPITRE VI
Celte CQmparaison des trois apôtres , si ferme et si brillante, a été renouvelée par M. de Schelling, qui Ta appliquée à l'histoire. II y a quelques années, à Munich, dans un cours de philosophie religieuse, il prononçait ces paroles qui rappellent Scot Erigèûe : tLe Christ avait choisi trois apôtres sur lesquels il c fondait l'avenir de son Église, Pierre, Jacques et «Jean. Jacques mourut bientôt; ce fut Paul qui le c remplaça. Pierre est le fondateur : il figure le prin- « dpe de l'autorité. Paul est le médiateur : c'est le prin- K cîpe de la liberté qui est représenté par lui. Jean K est celui qui est destiné à accomplir l'œuvre; il a reçu K le principe de l'amour , qui clôt et concilie tout, k I ces trois figures répondent , dans l'ancien Testament , c Moïse, Elie et S. Jean-Baptiste. Pierre représente, le ji catholicisme , Paul le protestantisme et Jean le chrisi Uanisme de l'avenir, qui les réunira tous les deux, t Jean est donc l'apôtre des temps qui ne sont- pas ( encore ; et de même que S. Jean - Baptiste , à l'api proche du Christ , a préparé le chemin et a été le :précurseur, ainsi Jean l'Evangéliste prépare une route nouvelle, et il est le précui:seur du Christ pour cette seconde Venue que l'avenir nous garde. Voilà pourquoi, lorsque Pierre demanda à Jésus : que fera celui-ci ? Jésus répondit : je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne : que t'importe cela ? *
Scot Erigène, qui a légué au moyen âge cet emploi es symboles, l'avait emprunté à S. Augustin. Au
milieu des Pèfes de l'Église du quatrième siècle,
tournés surtout vers l'antiquité , S. Augustin, à moitié
latin , à moitié barbare , avec ^s élans mystiques et
sa brusque imagination , est celui qui a le plus de
rapports avec le moyen âge. Tous les scholastiques
rétudient avec empressement, et Scot Erigène' leur a
donné l'exemple. 11 y a de magnifiques commentaires
de S. Augustin sur l'Évangile de S. Jean , et ce passage
de l'homélie de Scot Érigène est tout entier imité de
l'évèque d'Hippone. Ce sont presque les mêmes exprès^
sions. S. Pierre représente la foi et S. Jean la science.
Si S. Pierre avait plus d'amour que S. Jean pour son
divin maître, c'est que l'heure de S. Jean n'était pas
arrivée; son règne commence dans l'autre vie* C'est
pourquoi Jésus a dit : je veux qu'il, attende jusqu'à
ce que je vienne ^ La doctrine de la déification parla
science et l'amour est aussi très- clairement exprimée
dans cet ouvrage de S. Augustin , et Jean Scot n'a eii
qu'à répéter ses paroles. Scot Erigène dit : commeot
S. Jean eût-il pu si bien compi^ndre la Divinité, s'il
ne fut déjà devenu Dieu lui-même? Maij» S. Augustia
avait dit avant lui : « Jean n'était plus un homme;
« il avait commencé d'être un ange ^ ; ' et ailleurs, com'
parant S. Jean à ces montagnes dont parle l'Ecriture;
lesquelles renvoient aux hommes la lumière de Dieu,
1. S. AuGusT. in Johannis Emngelium tractatus CXXIV; tm* ni, p. 599. Anvers, 1100.