‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 210 sur 224 · CHAPITRE VI. 27t · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 27t

entreprenait imprudemment, sans connaître les forces et les lois de la pensée, on l'entreprendra, depuis Descartes et Kant , avec cette indispensable condition. La philosophie moderne, avec Descartes, a renversé de fond en comble le stérile échafaudage de formes ▼ides 9 élevé par la scholastique , et elle a paru effacer aussi dans le ciel des idées ces splendeurs du monde invisible, vers lesquelles aspirait inutilement le moyen *4h^; mais elle rentrait dans la vraie route, elle prenait possession de Tàme, de la pensée, de l'esprit; elle s'y établissait , et nous nous apercevons aujourd'hui, qu'elle aurait eu tort de renoncera atteindre plus tard ces sommets, dont elle paraissait d'abord s'éloigner sans retour. Toute la philosophie moderne est, peut-être, une magnifique préface à une philosophie qui n'existe pas encore, que nous ne pouvons que soupçonner, et qui, accomplissant les desseins de là scholastique, élèvera scientifiquement l'édifice de la métaphysique chrétienne.- Pourquoi ne pas le dire? En France et en Allemagne, tous les grands systèmes tendent aujourd'hui vers ces hauteurs. Chez nous M. Cousin , au delà du Rhin , Schelling et Hegel , ont annoncé, par leur exemple, cette dii*ection nouvelle de la pensée. Seulement le danger serait, qu'on abandonnât trop tôt la route sévère de Descartes et de Kant, et que, séduite par de brillantes espérances, la philosophie voulût entrer aussitôt en jouissance de ces idées, avant de les avoir légitimement conquises;

ce serait que la raison, l'étude / la méthode, étant trouvées trop lentes, on invoquât l'imagination et la poésie. C'est une situation périlleuse; et qui explique peut-être le rôle qui a été joué par la moderne philosophie allemande. Ardente, -aventureuse, enthousiaste, cette philosophie n'a point résisté à de tdles séductions; elle y a trouvé des inspirations pleines de grandeur et d'éclat,- qui peut le hier? mais elle s'est écartée des voies de la science.

Me voici revenu à ces analogies qui ont été signalées entre plusieurs systèmes de la scholastîque et les derniers systèmes de l'Allemagne. Si la pliilosopbie de ce pays a pu, malgré des difiTérences immenses, rappeler la philosophie du moyen âge, il faut de deux choses l'une, ou bien qu'elle ait établi par la science les hypothèses sublimes de ces siècles confiants, et elle aurait alors réalisé les espérances permises à Fëpoque. nouvelle, daiiA laquelle nous sommes entrés; ou bien que, désertant la voie lente, mais sûre, de la méthode légitime, elk n'ait fait que reproduire ces antiques hypothèses. Or, c'est cette dernière situation qui est la sienne, et nous la voyons aujourd'hui tendre au panthéisme, au mysticisme, à toutes les doctrines, qu'il est difficile d'éviter quand on a quitté la droite route cartésienne. Les constructions^ les systèmes , les hypothèses se remplacent l'un l'autre avec une malheureuse fécondité, sans qu'on sache jusqu'à présent si M; de Schelling, appelé à Berlin

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