‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 214 sur 224 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, p

«tout le langage de rËcrjiture, qu'un autre.que-Dieu «ait parlé de lui-même en nombre pluriel; faisans, « Dieii même , dans TEcriture , ne p^rle ainsi que deux « ou trois fois , et ce langage extraordinaire commeiice «à paraître lorsqu'il s'agit de créer l'homme.... La « Trinité commence à se déclarer, en faisant la créature « dont les opérations intellectuelles sont une image im- ^ parfaite de ces éternelles opérations par lesquelles « Dieu est fécond en lui - même. * •

Ces ressemblances sont assez rires, pour que nous ayons dû ne pas les n^liger. Prenons garde toutefois de céder ici à une estime trop complaisante : après 'quelques pages éloquentes et d'une mâle beauté ^ oii esl rejeté Ibin de Bossuet dans tous les hasards. du moyen âge naissant. Mais là Scot Érigène reprend ses droits, et nous pouvons, sans scrupules, faire renuuquer combien il y a une poésie brillante et naturelle dans l'expressioû de sa pensée^ C'est qu'en effet , pareil à tous les esprits, éminents qui apparaissent rer^ les premières années d'un nouveau mouvement philosophique, il est poëte autant que philosophe. Ce dialogue, où se déploie tout son système, a maintes fois les allures d'un poëme étrange. Dans ces r^ion^ difficiles que son imagination lui. ouvre, il jette souvent des cris d'effroi ou d'admiration comme Dante en soq

1. Bossuet^ Discours sur Phistoirê universelle^ seconde partie, chap. I." — Yojez aussi, Elévations sur les mjstéres, 4.* semaine,

5/ élévation.

terrible et miraculeux voyage. J'ai été plus d'une fois frappé de ces analogies. On sait que dans ce monde surhumain, qu'il lui est permis de parcourir, il y a des lieux où le pèlerin de Florence s'arrête tout épouvanté , où il questionne son guide en tremblant, et tombe comme un corps mort, e caddi, corne corpo morto cade. Cette vivacité d'émotions, cet intérêt tout dramatique, se retrouve chez Jean Scot dans le dialogue du maître et du disciple : il y a des moments où les deux interlocuteurs s'arrêtent, tout effrayés aussi ; tantôt c'est le disciple, et tantôt c'est le maitre. Je demeure épouvanté et comme si j'étais mort, velut exanimis, dit le disciple; je suis battu par les flots de mes pensées , Jluctibus cogitationum allidor * ; et le maître , comme Virgile , relève et encourage le pèlerin des riions invisibles. Ailleurs, c'est le maître luimême , c'est le penseur plein d'audace qui , tout à coup , désespère : une sombre nuit s'est faite dans son âme; un nuage noir m'enveloppe, dit-il, et si la lumière ne se fait tout à coup, le raisonnement sera impuissant. Alors, par un gracieux renversement des rôles, c'est le disciple, c'est l'humble d'esprit qui vient en aide au maître : ne tremble pas , lui dit-il , celui que nous voulons trouver n'abandonne pas ceux qui le cherchent; il ne se cache point à ceux qui le poursuivent pieusement et humblement.^

Page 1