‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 26 sur 224 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

pas à la vie religieuse; ils auraient dû se souvenir aussi que Jean Scot avait écrit contre Gotteschalk sur rinvitation d'Hincmar. Se figure-t-on un évèque mettant la plume aux mains d'un laïque et lui donnant mission de combattre un hérésiarque, de défendre la foi chrétienne dans ces périlleuses questions de la grâce et de la prédestination? Mais surtout est-ce pos^ sible ^u neuvième siècle , quand l'Eglise est la souveraine maîtresse de la science, et que, hors d'elle, il n'y a qu'ignorance et barbarie?

III. Après la discussion qui précède, armé de ses résultats, i|Ous n'aufons pas de peine à décider en peu de mots le troisième point controversé dans la vie de Scot Erigène. Scot Erigène est-il mort martyr? a-t-il été canonisé?

Est-il mort martyr? Cette opinion s'est formée, selon nous, vers le douzième siècle, chez les historiens qui ont confondu Jean Scot avec l'abbé d'Éthelinge. Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit plus haut : la légende de son martyre est la suite de celle qui s'est formée sur son identité avec l'abbé d'Ethelinge. On voit aussi là , la même marche et les mêmes progrès de l'erreur. Ingulf ne dit absolument rien du martyre de Jean Scot. Siméon de Durham parle seulement d'une lumière merveilleuse qui aurait brillé sur le tombeau de Jean Scot, placé hors de relise , jusqu'à ce que ses dépouilles aient été transportées dans un lieu plus noble, c'est-à-dire, près de

l'autel y OÙ elles furent déposées en effet. Enfin , Guillaume de Malmesbury , contemporain de Siméon de Durham , parle positivement du martyre S et, après lui> viennent d'autres chroniqueurs , des annales , des iparty reloges^ qui adoptent la l^nde une fois établie.

A<-t-il été canonisé? 11 a pu l'être , dès qu'il a été considéré comme martyr. Il parait incontestable que le nom de Jean Scot a été inscrit pendant plusieurs siè^ clés dans le martyrologe romain. Ârnauld y dans un livre de controverse sur l'eucharistie, après avoir attaqué très- vivement les opinions hérétiques de Scot, r^roduites par Bérenger, nie d'abord son martyre et sa canonisation , et finit cepei^dant par se rétracter sur]^u^ sieurs points: au dernier chapitre du douzième livre il reconnaît qu'un martyrologe imprimé à Anvers en 1586, par le commandement du pape Grégoire XIII, nomme Jean Scot au quatre des Ides de novembre en

1. Succedentibus annis, munifieentia Alfredi allectus, venit in AngUam, et apud monasterium nostrum a puerU , quos docebat^ graphiarus, ut fertur, petforatus, etiam martyr œstimatus est, quod suh amhiguo ad injuriam sanctœ animœ non dixerim, quum cekhrem efus memoriam sepukrum in sinistro latere abaris, et epitaphU prodant versus , scahri qmdem et modemi temporis Uma carentes, sed àb antique non ita déformes*

Claudiiur hae tumulo Sanctus Sophista Johannes Qui ditatus erat jam viçens dogmaie miro; Martyrio tandem ChrUti conscendere regnum, Qui meruit; Sancti régnant per sœcula cuncti.

GuiLUUME pi Maljmesbury, De gestis regum Angiiœ, lib, II ^c. IV,

Page 1