‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 3 sur 224 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

germanique entra à grands flots dans la civilisation européenne, et s'il n'apporta pas ce besoin d'une philosophie chrétienne, qui se serait assurément manifesté sans lui, on ne peut nier du moins que ses instincts profonds, ses fortes inclinations spiritualistes, n'aient hâté ce développement et ne l'aient servi avec énergie. Jean Scot Érigène est le premier et le plus éclatant témoignage de cette double influence, et si les réflexions qui précèdent sont vraies, c'est lui surtout qui les confirme. Parmi les causes qui suscitèrent cet écninent esprit, il faut faire la part de la culture antique, transmise au monde nouveau à travers les premiers siècles de l'Eglise, et celle de ces dispositions fécondes propres aux nations germaniques. Son originalité et sa grandeur est d'unir pour la première fois ces deux directions. Homme du Nord, fils de celte forte race bretonne d'Irlande et d'Angleterre, qui servit si énergiquement la religion du Christ, il s'est initié à la science de l'antiquité; par les pères alexandrins, par S. Denys l'Âréopagite, par le moiote Maxime, il se rattache à l'esprit ancien qu'adopta le inonde nouveau , et en même temps il appartient à cîette grave famille germanique, représentée par Eginhard, Alcuin et Bède le Vénérable. Pour tout dire, enfin , il apparaît après la première époque du christianisme, après l'époque romaine et antique, au moment où d'autres peuples apportent des besoins plus profonds, et profitant de cette position admirable,

il ouvre avec ëclal cette époque nouvelle, cette science nouvelle, qui, sous le nom de scholasiique, essayera d'accorder la raison avec la foi, et d'élever la philosophie de la révélation.

Il est donc nécessaire de revenir rapidement sur ces deuis influences qii'il a subies, de connaître l'état de la' science à l'époque où il a paru , de déterminer enfin les éléments dont il s'est emparé, et qui, ayant servi le développement de son génie, sont partout reconnaissables dans son œuvre.

II y a entre l'époque romaine de l'Eglise et les commencements de la scholastique , dans ces anné^ bouleversées par les invasions, un petit groupe d'hommes fidèles, studieux, qui sauvent pieusement quelques fragments de Platon, d'Aristote, de Porphyre, et lèguent ces rares et précieux débris aux siècles qui vont venir : ce sont, en Orient, Nemesius et Jean Philopon; en Occident, Marcianus Capella, Boëce et Cassiodôi^. Ce n'est pas de ces hommes que je veux parler, ils ont peu de rapports avec mon sujet; Scot Erigène, bien qu'il cite plusieurs fois le magnifique Boëce ^ peut se passer de ses secours et de ceux de Cassiodore; il sait le grec et il va chercher lui-même dans les siècles passés ce qui convient à son génie. Assurément Cassiodore et Boëce ont conservé au

1. De diçisione naturœ, ed, Schliîier, Monasterii Guestphalorum , 1838, Ub, I, 56, p, 58. — 63, p, 63.

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