CHAPITRE I
moade nouveau maintes traditions de^ liltéi^turç antique/ et je ne nie point que Scol Erigène n'en ait proQté: mais il a eu d^ initiateurs plus directs, saToir les pères Alexandrins, S. Denys TArëopagite et le moine Maxime.
C'est à Alexandrie que parurent les premiers essais d'une théologie spéculative. Le brillant développement des lettres, la continuelle présence d'une grande école philosophique, la nécessité de lutter contre les derniers sages, contre les derniers hiérophantes du paganisme, forçaicQt les défenseurs de la foi nouvelle d'opposer la science à la science; et la religion de Jésus, qui jusque-là s'enseignait aux simples et aux petits, aux malheureux, aux esclaves, au peuple, chercha là pour la première fois à mettre en lumière la philosophie sublime que contenaient' ses dogmes. Qu'elle y parvint dès le commencement, cela n'était pas possible; elle n'était paâ assez libre dans ces études. Sans cesse préoccupés des doctrines de leurs adversaires, les docteurs chrétiens devaient s'en approprier quelques-unes et introduire dans leur enseignement plusieurs idées de cette philosophie antique, dont le prestige était encore si grand dans le monde. Voilà bien ce qui arriva; et c'est un curieux phénomène, trop peu remarqué peut-être, que cette action des deux religions l'une sur l'autre et le résultat qu'elle produisit. Il y eut entre elles de singuliers échanges. La ^ttosophie alexandrine, par l'entraînement iiatu-
idée$^ sans doute aussi sous les influences de la lutte, avait fini par répudier les principaux dogmes de ce paganisme qu'elle défendait avec tant d'éclat, la pluralité des dieux et l'éternité de la matière; de leur côté , les chrétiens d'Alexandrie empruntaient à leurs adversaires l'amour des allégories et une sorte de gnose supérieure, qui se cachait sous les symboles de la foi. C'était là assurément une tendance périlleuse ; mais un des chefs de cette famille , S. Clément d'Alexandrie, avait rendu le péril moins grand, en établissant avec netteté certains principes qui empêchaient la pensée chrétienne, encore incertaine et chancelante, de s'aventurer trop tôt dans des chemins difficiles : il fallait remplir une condition première et indispensable avant d'atteindre cette connaissance supérieure, cette intelligence spéculative des dogmes, cette gnose dont il parle si souvent, il fallait croire et croire tout ce qu'enseignait l'Eglise. Nisi credideritis , non intelligetis , c'est en répétant avec force cette parole de l'apôtre, qu'il empêchait qu'une porte nouvelle ne fût ouverte aux imaginations désordonnées du gnosticisme; car cette foi qu'il exigeait, cette foi commune de l'Eglise s'était précisément arrêtée et formée dans la lutte contre les gnos tiques. *
Toutefois, malgré cette direction prudente imprimée par S. Clément d'Alexandrie aux preniiers essais
1. GiESELER, Lehrhuch der Kirchenges chichi e, Bonn, 1827. ErsferBand, Seite 232-234. Jfef
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de la Hpëculatioa théologique , bieu det; idées ûnffÊfi lières, biea des dociriues produites par l'influence néo-ptatoaicienne , pénétraient dans ses écrits et dans ceux de ses successeurs. Origène surtout ^ espnt ardent ^ brillant, original, Tun des ancêtres de Jean Scot^ l'un de ses maîtres, cité sans cesse par son disciple, et comme lui suspect longtemps à l'Eglise et bientôt condamné, Origène avait emprunté aux systèmes et aux . religions antiques rassemblées a Alexandrie, plusieurs principes très-peu chrétiens. 11 croyait à une sorte de révélation particulière aux initiés, à un enseignement seoret et trop élevé pour la foule. Il introduisait dans les cieux chrétiens une hiérarchie étrangère , la hiérarchie Alexandrine ; car ni le Fils ni le Saint-Esprit n'était ^1 au Père, et lorsqu'il déclare que ce Dieu supérieur à tous les esprits, ce Dieu véritable, ce Dieu premier né (7recvr(h Kgecroç^ oùhsffimç ôsoçy TrçoûToroKoç) est plus digne de respect que le reste des dieux qui l'entourent, il est iinpossible de ne pas reconnaître le Dieu un des Alexandrins, au-dessous duquel se groupent les divinités inférieures). 11 admettait aussi une création éternelle au moment même où le paganisme abandonnait une doctrine assez semblable, l'éternité de la ma-
1- TTûc^cTOHoç Traffitç uriffîoç, etn Trgoroç tZ tt^oç toç &eGV tiveti'i ffTrdffctç riç •S'tOTtiTOç tîç sawToV, em Tijniciregoç to7ç AoiTToiç iragùtUTov &tOiç k* t. A. (Oricenes, Comment, in Johannem, ||tL de la Rue, tome lY, p. 60.)
iO PREMIÈRE PARTIE.
tière^ N'étaiVce pas encore un souvenir de la subtilité Alexandrîne/un besoin de transfigurer tout en symboles, en interprétations, qui lui faisaient chercher sans Classe un raffinement de doctrines spiritualisées, un idéalisme excessif? et n'est-ce pas ainsi que, voulant purifier le christianisme de tout ce qui lui semblait matériel et grossier, il voyait dans le corps du Christ, au lieu d'un corps humain, je ne sais quelle nature plus spirituelle et plus éthérée? A ces idées il en mêlait d'autres, qui lui étaient propres; il enseignait le retour de toutes les créatures dans l'état primitif qu'elles avaient perdu par le péché : il niait donc l'éternit^ des peines et abolissait l'enfer.
Les doctrines de ce brillant et audacieux esprit trouvèrent des adversaires déclarés et des partisans enthousiastes. 11 avait été, pendant sa vie, violemment attaqué par les uns et défendu avec passion par les autres. Après sa mort, malgré la renommée suspecte de son nom, la direction d'idées qu'il avait ouverte se perpétua chez les esprits volontiers portés vers les théories aventureuses. 11 se forma une grande école ^ dont il était le chef. En Grèce surtout, son influence devait être facilement acceptée; ces chrétiens, descendants de Platon, ces Grecs ingénieux devaient se plaire aux doctrines brillantes, aux étincelantes richesses de cette théologie; et c'est là en