CHAPITRE IL
^ Dans oe livre , dit-il , que nous avons écrit par « votre -ordre pour attester Terlhodoxie de votre foi ^ « tout ce dont vous aurez reconnu la vérité, attachez^ « vous-y et feites-en honneur à l'Eglise catholique; ce « qui vous paraîtra faux , rejetez-le et pardonnez-le à « notre faiblesse; et si ôertaines opinions vous sem- «blent douteuses, adoptez-4es néanmoins jusqu'à ce a que Tautorité vous ordonne ou bien de les repousser, « ou bien , si elles sont vraies , d'y donner à jamais c votre assentiment ....;**
A coup sûr, ce n'est pas là le langage d'un esprit révolté, qui sait et veut l'être; ce n'est pas le langage d'un Abélard. Je crois comprendre que Scot Erigène , directeur de l'école du palais , malti*e de la science et de la philosophie , libre et usant de cette liberté en toute confiance, a pu oublier sur quel terrain nouveau, sur quel périlleux terrain il combattait! bel esprit, admiré, tout- puissant, il transportait dans les plus difficiles questions de la théologie, les résultats de sa théorie philosophique, et ne s'apercevait pas qu'il n'était plus chez lui; les invectives passionnées de Prudence et de Flore l'avertirent bientôt de son erreur : il resta seul entre les deux partis, qui se le rejetaient avec injure. ^
1. Joanms Scoti Erigenœ De prœdestinatione Uber, prœfatio, apud Mauguim, Vind, prœdest. et grai, , tome L*% p. 109, 110.
2. >> Assurément cet évéque (S. Prudence de Troyes) ëtait tréséloigné des erreurs de Jean Scot; et néanmoins Hincmar, qui
Tous les ëcriyains célèbres du neuvième siècle prirent part à cette lutte; Hincmar d'abord qui, à défaut d'une science profonde , porta dans ces discussions le caractère altier et impérieux de sa politique. On sait ' que ce fut l'excessive rigueur des condamnations dont il* frappa Gottescbalk, qui excita de vives et justes dér fiances chez plusieurs théologiens. L'Eglise de Lyon put croire qu'on était allé trop loin, et que S. Augustin lui-même avait été attaqué: à ces motifs, il faut ajouter peut-être , comme on l'a ingénieusement remarqué, la rivalité de l'Église de Lyon et de l'Eglise de Rheims, et les inimitiés suscitées à Hincmar par ses prétentions hautaines au gouvernement de l'Eglise gallor-franque K Contre ce soulèvement de la théologie, l'évèque de Rheims fut forcé de se défendre à son tour ; il lui importa de prouver que S. Augustin était de son côté , et c'est pourquoi il s'adressa à l'érudition
n'était pas content de lui, ne craignit pas de le vouloir faire passer pour complice des excès de ce sophiste. ^^ (Histoire littéraire de la France, tome V, p. 588.) — Nous verrons plus loin, comment Scot Ërigène , condamné par plusieurs conciles y fut peu à peu repoussé des traditions de l'Eglise et comme effacé de l'histoire; c'est une chose remarquable que l'historien d'Hincmar et de l'i^lise de Rhcâms, Flodoard^ dans le long récit de cette discussion, tout en se déclarant avec vivacité contre Gotteschalk, ne cite pas une seule fois le nom de Scot Ërigène. — Yojez Flor doardi Historia Remensis ecchsiœ, iib. IV, lib. JH, cap. XJV etseg,, apud Sirmond, Opéra varia, tome lY.
1 . . AifpéRE , Histoire littéraire de la France avant le douzième siècle, tome lU, p. 93.