CHAPITRE II
dé Jean Scot. Apràs les viyes réponses de Flore- et de Prudence^ il faut citer Loup, abbé de Ferrières> qui se prononça. contre Hincmar pour la double prédestination de Gotteschalk; le moine Ratramne, qui prit aussi parti contre l'éYéque de Rheims et provoqua de sa part une réfutation dont nous^ n'ayons que la préface ; enfin y les deux archeyéques de Lyon , Amolon et Rémi y son successeur, qui tous deux se montrèrent favorables au pauvre iQoine. Nous n'avons pas à juger cette discussion toute théologiqtie; mais s'il nous est permis d^y chercher ce qui nous appartient , ce qui peut servir à mettre en lumière l'esprit et le caractère de Jean Scot, nous dirons que cette grande querelle de la grâce, si périlleuse, si compliquée, n'a jamais été plus confuse qu'au neuvième siècle. Ce sublime et insoluble problème, à toutes les époques où il a agité les ^esprits, a fait naître bien des controverses subtiles; mais , au neuvième siècle , la barbarie aidant , il semble qu'on n'ait discuté que sur des mots. Un autre caractère de ces discussions, c'est ordinairement le manque de charité; or, cette dureté, ces rigueurs injustes n'ont jamais éclaté plus violemment que dans la querelle de Gotteschalk. Le malheureux moine d'Orbais expia cruellement ses effrayantes doctrines. Au milieu de £es obscures et interminables luttes, le livre de Scot Ërigène est remarquable par son caractère élevé et noble: Jean Scot subit aisément, il est vrai, l'influence de l'évèque de Rheims et se laisse aller à
répéter ses yipleates învcictiTes contre Gotteschalk; mais il y a dans tout son ouvrage et au mili^i nolème de ses singularités philosophiques y un profood^sentiment chrétien, qui anime ses paroles et leur^commu^ nique souvent une beauté grave. Il établit aussi aivec force la ligne qu'il veut suivre, et quand chaeun^san^ ble parler à l'aventure au milieu des ténèbres de la discussion , il marque nettement quelques points clairs et précis : a H y a , dit-il , dans la question de la grâce, a trois hérésies : celle de Pelage , qui supprime la grâce; «l'hérésie contraire, qui supprime la liberté y et celle « de Gotteschalk, qui supprime à la fois la libellé et la «grâce, puisque les hommes étant prédestinés néces- « sairemént, ni le don de la grâce divine, ni l'effort de «la liberté humaine ne sont plus possibles^^ Piiis, peu à peu, entraîné par sa pensée, il célèbre son Dieu, qu'il semble opposer au Dieu inclément de Gotteschalk, ce Dieu paternel, indulgent, trop indulgent peut-être, ce Dieu qui ne punit pas :
«O éternelle vérité! ô Charité véritable! montre- « toi à ceux qui te cherchent partout où tu es!-Mon- «tre, ô créatrice très -sage, qu'il n'y a rien hors.de « toi , que tout ce* qui est existe en toi , et que ces cho- «ses-là seulement ont pu être prévues, prédestinées «et voulues et connues d'avance par toi O Sei-
1. Joannis Scçti Erigenœ De prœdesiinaiione , cùput IV, apud Maiiguim, Vind, prœdest, et gratiaè , tome l/**, p. 123, 124.