‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 73 sur 224 · CHAPITRE UL · texte numérisé non relu

CHAPITRE UL

Perplexités étranges pour la penséel II est certain ^ d'un côté, (ju'on ne peut attribuer à Dieu le mouve* meiit > puisque Dieu est immuable : où et vers quoi se inouTrait-il , lui, hors de qui ii n'y a rien et en qui sont toutes choses? Mais, d'un autre coté, comment ne pas hésiter ayant d'affirmer que Dieu ne peut agir, lui 9 ie Créateur! Peut -on du moins séparer l'action et le inouTementy et lui attribuer l'une sans l'autre? On nV pas même cette dernière ressource, puisqu'il n'est pte d'acte possible sans un mouvement. On ne rencotitre que ténèbres de toutes parts K Faut^il donc ou détruire l'idée même de la création , ou dire que cette création est un aécident, une chute, accidit? N'y Sb-t-il aucune voie pour échapper à ce double péril ?

il y en a une , si l'on s'élève plus haut , au point de/vu^ supérieur de l'intelligence : là, il nous est révélé que l'actjon, en Dieu, a'est pas un accident, qu'elle est sa nature même et sa substance. Chez Dieu , entre Têtre et l'action, entre la puissance et l'acte, il u'y a pas de différence; il y a identité absolue. Dieu n'était pas. avant de créer le monde, sans quoi la création serait un accident, et il ne peut y en avoir pour lui. Dieu est donc une cause éternellement créatricié. Nier l'éternité de la création, c'est admettre en Dieu le temps, l'accident, le fini. Reconnaître cette

étcyrnité, c'est proclamer que, pour Dieu, être et créer

i. De divis. nat, , Ub, I, 74, p. 71.

sont une mémcf'bhose ; c'est échapper aussi à tous les périls que nous ayons signalés , puisqu'il résulte de là deunL conséquences très -importantes 9 savoir que Dieu est bien le créateur et qu'il crée non point par un accident 9 mais par l'éternelle vertu de son éternelle substance. *

Il suffît aussi d'expliquer d'une manière plus haute l'idée de l'Amour pour la rétablir en Dieu. Dans cette explication plus élevée, l'Amour n'est plus un mouvement; c'est le lien puissant qui retient l'immensité de l'univers dans l'union d'une amitié ineffable ; c'est le repos et la fin de tout ce qui est en mouvement. ^ Pareil à l'aimant qui attire le fer, ou, pour prendre une comparaison plus immatérielle, pareil aux sciences libérales qui, en restant immobiles, attirent çt sollicitent les esprits, ainsi l'Amour meut sans se*mauvoir. Or, Dieu est cet Amour, le repos de tous les élans amoureux de la créature; il est cet Amour qui ne se répand pas, puisqu'il ne se meut pas, mais qui, par sa beauêé partout présente, meut la pensée des créatures raisonnables, et les sollicite à le chercher, à le trouver, à le comprendre; il est cet Amour supérieur qui, aimé des créatures pensantes, ne reçoit et ne souffre rien d'elles, mais qui est leur fin dernière et leur complète satisfaction. ^

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