‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 83 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

qu^îl s'agit ici. S'il est dit que cett^ilerre est vide et vaine y c'est à cause de rextrême subtilité , de l'inexprimable simplicité de sa nature spirituelle; car, avant qu'elle se distingue en formes, en genres, en espèces, sa subtilité, et, si l'on peut ainsi parler, son immatérialité ont fait dire qu'elle était vide. C'est dans ce sens que s'emploie le mot vacuus, inani's. Ainsi chez le. poë'te :

à^jiera per ifaeuum saiiu jaculahere corpus.

Ainsi chez Virgile, au douzième livre:

Tum lapis ipse vîri vacuum per inane vohitus,

La version des Septante, inçisibilis et incomposita , au lieu de inçisibilis et vacua, s'applique aussi par» faitement à la cause première. Elle est invisible, sans doute, cette terre mystique, c'est-à-dire, cette cause première du monde matériel, puisque aucune couleur, aucune forme, ne la distingue encore, et qu'elle échappe à l'intelligence; elle est mcom/io^/to^ puisqu'elle est simple, d'une simplicité indivisible. <

Telle ^t la terre mystique dont parle la Genèse, la cause première de l'univers matériel. Quel est main* tenant cet abtme chargé de ténèbres ? Tenehrœ erant super faciem afyssi. Cette figure ne désigne-t-elle pas exactement la cause première du monde des esprits ? Ténébreux abîme, en effet, que cette insondable hau* teur de la cause spirituelle et son universelle diffusion ,

i. De dms. nat. , Vh. II, 16, 17, p. 101 et seq.

i\4 DEUXIÈME PARTIE.

inaccessible aux^DS, ioaccessible à la pensëél Elle ^' ' éblouit et obscurcit l'iatelligeDce, pai'eille à ce soleil Hf du moude visible qui aveugle les regards trop Êiibtes p .pour supporter sa lumière. Les ténèbres flottaient

.donc sur l'abtme des causes; car, avant qu'elles eus- ^ot eafoaté les liions des essences célestes, aucune *'Lv iatelligence ne pouvait savoir ce qu'elles sont, si ce n'est celle qui les créa. £t maintenant encore, les ténèbres couvrent toujours l'abime; car les prodluits de ces causes toutes divines nous ont révélé qu'elles eiistaient , mais sass nous dire leur nature , leur essence. ' -

Ces ténèbres doivent-elles s'évanouir ua -jour? Quand ces causes se sont déroulées, développées dans la variété des choses visibles ou intelligibles, cessentelles d'être cachées à la pensée? ou bien domeurentelles toujours dans les ténèbres primitives, c'estrà-idire, dans l'excellence de leur nature, dans les plu» secrets desseins de la divine sagesse? Elles restent invisibles, inintelligibles, comme la cUvine sagesse elle-même, dont elles sont inséparables. Nous avons en nousmêmes un exemple de ce mystère. Toutes nos conceptions, l'intelligence les transmet à la raison; la raison en fait part aux sens, et les sens, en les exprimant par des signes, par des sons, les font .pénétrer dans d'autres esprits. Or, bien qu'elles descendent ainsi, de degrés en d^rés, jusqu'à sortir de nous-

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