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CONDE DE PREMIO-REAL

CONSUL-GÉNÉRAL D'ESPAGNE, POUR LA CON- FÉDÉRATION DU CANADA, ETC., ETC., ETC.

Souple, pénétrant, prudent et audacieux dans les belles conceptions, si Saint Ignace l'eut connu, le P. Lainez n'eût été que le troisième Général de la Compagnie.

Gentilhomme jusqu'au bout des ongles, digne sans morgue, fier sans arrogance, instruit, mores hominum multorurn vidit et

urbes, n'est-il pas plus diplomate que Consul-Général.

Traitant à fond avec un esprit synthéthique les questions les plus arides de l'économie internationale, n'est-il pas plus Consul-général que diplomate ?

Les esprits vraiment supérieurs se recherchent, se rapprochent facilement lors même qu'ils appartiennent à des races différentes ; c'est ainsi que Lord Dufferin, le charmeur érudit, l'éminent homme d'Etat, que le Canada ne saurait oublier, a deviné, recherché et aimé le Comte de Premio-Real.

Musicien et poëte, à ses heures, passant des études de l'électricité aux sonnets de la Régence, chrétien convaincu, où prendil cette pointe de scepticisme qui est à son esprit ce qu'est la mouche de la mar-

quise à la Poudre à la Maréchales ? S'il n'était hidalgo il devrait l'être ; s'il n'était espagnol il devrait être français ; il personnifie la race latine- Où est le côté faible, le défaut incurable ?

Il est le Président des 21.

Victor Bazerque.

( La 'première réunion des " 21 " eut lieu le\h février 1879 au "Chien d'or", cet établissement qui par son nom rappelle une légende connue que M. William Kirby a tout-à-fait popularisée. Depuis ce temps ?à, ces réunions se tiennent au " Russell House" le *' Chien d'or " n étant pas assez spacieux.)

LE Dr. HUBERT LaRUE *

Les médecins sont souvent gens d'esprit. Ils ont tant de motifs de railler la vie ! Ils en connaissent si bien les secrets ! Nous sommes tous plus ou moins mous devant le mal physique, et chacun, nous croyons à la médecine, au moins une fois dans notre vie, la fois, Tunique fois où elle est tout-

* M. François-Hubërt-Alexandre LaRue, Maître-ès Arts, Docteur en Médecine, Professeur titulaire de Médecine légale, de Toxicologie, d'Hygiène, d'Histologie, et de Clinique interne à l'Université Laval (Québec), membre du Conseil de l'Instruction Publique de la Province de Québec, Chimiste-analyste pour le Canada, etc., etc.

à-fait impuissante à nous rendre la santé. Les médecins, eux, n'y croient jamais ; dans tous les cas, ils n'ont pas foi dans les autres médecins ; et cependant, on n'en a pas connu d'assez osé pour se soigner lui-même ! Esculape consentirait à appeler à son chevet plutôt un patient qu'un disciple, s'il ne craignait les représailles.

De tous les médecins de ma connaissance, M. LaRue est le plus spirituel. Il l'est au point qu'il consent rarement à vous trouver malade, et que votre malaise disparaît pendant qu'il est en train de vous prouver qu'il n'existe pas. Vous êtes guéri avant d'être soigné. Il y a des gens qui s'en irritent et veulent de toute force retomber malades, afin de ne pas devoir leur guérison à l'esprit du docteur, mais à la toute-puissance de ses pilules.

M. LaRue est mon voisin et je vis encore ! C'est vous dire qu'il me traite en ami. Il n'a jamais consenti à me trouver malade. Il est vrai qu'il avait pour sujet un homme qui se croit toujours bien portant. Entre lui et moi, il existe un lien naturel de sympathie. Il n'aime pas à soigner et je n'aime pas à me faire soigner. Sur le terrain commun de la santé, nous pouvons toujours nous rencontrer, lui désarmé, moi rejoui. Je sens dans l'amitié qui nous unit, de sa part, une secrète et profonde reconnaissance de ce que je n'ai jamais besoin de ses soins, une joie intense de ce qu'ensemble, nous parlons de de tout, sauf de mes maux et de son art.

M. LaRue a transporté dans la littérature ses habitudes de médecin. Il aborde une thèse comme il attaque une maladie : avec la résolution d'en avoir raison. D'un

coup d'oeil prompt et sûr, il se rend compte de la question, de l'état où elle est ; puis d'une plume rapide, à coups de traits pressés, il la mène à conclusion. N'essayez pas de l'arrêter : il vous donnerait un coup de lancette et vous enverrait vous faire panser ailleurs. Il ne veut pas qu'on le détourne de son but, qui est là devant ses yeux, net et brillant ; il vous punit d'une interruption comme il vous châtierait d'une critique. C'est qu'il a la conviction vive, et qu'il ne peut comprendre que dans le moment où elle le possède, elle ne vous entraîne pas aussi. C'est là la marque des esprits vigoureux. Mais M. LaRue est bon enfant, et les premières vivacités de la conviction passées, il vous pardonnera volontiers de ne l'avoir pas partagée au même degré que lui.

Esprit prime-sautier, rare talent d'ob-

servation, verve satyrique très vive, style clair, correct et du meilleur aloi : voilà l'écrivain. Comme conférencier, M. La- Rue a une diction pleine de naturel et en même temps de finesse ; il souligne parfois un peu trop, mais le trait n'en rebondit que mieux et porte en plein. Joignez à cela un faible pour l'agriculture, un amour de raison pour la médecine, la passion des sciences exactes, le goût de tout ce qui peut améliorer son sort et le nôtre, et vous avez tout l'homme. Il écrit comme il parle, nettement ; il discute comme il soigne, rondement. L'obscur, le sombre, le galimathias n'est pas son fait. S'il a fait des vers, sa prose les désavoue.

On ne voit jamais au bout de ses périodes sa pensée se balancer en cadence, ou s'élever dans un nuage vers le firmament bleu.

Il est inexorable pour le vague, et il considère les accès de poésie comme des crises de nerfs qui prennent aux jeunes gçns, et dont il les faut guérir en leur faisant lire Gil Blas ou le Médecin malgré lui. C'est, par la simplicité classique de forme, le plus français de nos écrivains, le plus vieux français bien entendu, car il a le romantisme en horreur; c'est aussi le plus canadien par l'inspiration franchement patriote. Il est avant tout de son pays, il tient à n'être que de son pays, et consentirait volontiers à ne jamais aller plus loin que l'île d'Orléans. Il a connu l'Europe cependant, il a vécu à Paris ? L'heureux homme ! il n'a rapporté du quartier Latin et du boulevard, que l'amour de l'île d'Orléans et le désir d'y cultiver le coin de terre paternel ! C'est un beau triomphe pour notre pays que de

s'être si fermement attaché un pareil esprit. Cela vous fait rougir un peu d'avoir été tenté d'être patriote plus ingrat.

Hector Fabrb.

{Lorsque les "21" se réunissent pour cliner, ils invitent de 4 à 8 personnes dans les circonstances ordinaires. Dans les réunions extraordinaires, ce chiffre peut aller jusqu'à 16, mais pas davantage. Chaque sociétaire paie sa, quote-part et celle de ses invités, qui sont eux-mêmes littérateurs ou artistes. La, dépense généralement ne monte pas à plus de $2 00 par tête, mais comme nous sommes tous pauvres hères, les réunions 7i ont pas lieu aussi souvent qu'on le désirerait. La littérature ne paie pas toujours ni partout. Enfin, détail à noter, lorsqu'on a mangé les plats de résistance, on commence à faire des lectures et de la musique).

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