DÉPUTÉ ET EX-MINISTRE DU GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUEBEC, ETC
Un des " 21 " a fait une charmante biographie de l'Honorable Félix Gabriel Marchand, laquelle n'est plus en ma possession. Cependant, une phrase significative, qui peint l'homme tout entier, est
* Il a suivi la fortune politique du cabinet Joly. Nommé Ministre Secrétaire d'Etat de la Province de Québec, le 8 Mars 18Ï8, il temba avec tous ses collègues sous le coup du vote du 2f octobre 1879.
restée gravée dans ma mémoire : "Ami de tout ce qui l'approche et bon cœur avant tout, il ignore la rancune et n'oublie jamais la grande parole de Saint- Augustin : " in omnibus caritas"
L'honorable Mr. Marchand, m'inspirant une estime tout-à-fait particulière, j'ai tenu à recueillir partout où j'ai pu, tous les renseignements possibles sur sa personnalité si sympathique. A ce sentiment naturel que j'éprouve pour lui, se joint dans mon esprit la frappante ressemblance physique qu'il offre avec un éminant homme d'état espagnol, l'actuel marquis de Mos C'est la même belle prestance, la même urbanité.
Je donne ci-après les différents passages concernant l'Honorable Mr. Marchand, qu'il m'a été possible de décou vrir impromptu dans les publications canadiennes :
(Extrait du journal hebdomadaire illustré de Montréal, Y Opinion Publique du 4 avril 1879).
" L'Honorable Mr. Marchand comme écrivain occupe une place distinguée dans la presse canadienne. Il est propriétaire et rédacteur du journal le Franco-Canadien, publié à St. Jean.
" Il est lieutenant-colonel du 2 ime bataillon d'infanterie de Richelieu, qui a été en service actif pendant l'invasion fénienne de 1870.
"L'Honorable Mr. Marchand fut élu député du comté de Saint-Jean en 1867 et a siégé sans interruption dans le parlement provincial depuis cette époque."
(Extrait du livre u Bibliotheoa Canadensis " de Morgan, Ottawa, 1367).
" Marchand, F. G., poète canadien-fran-
çais. Ses compositions, qui ne manquent pas d'un certain mérite, ont paru dans la Ruche Littéraire (1853-54), la Revue Canadienne et le Foyer Canadien. A été depuis 1861 Téditeur du Franco -Canadien."
Nota. — Je ferai observer que la notice qui précède, coucerue l'époque où FHouorable Mr. Marchand débutait daus la carrière littéraire.
(Extrait tiré du journal anglais de Québec, The Morning Chroniçle du 14 Mars 1878).
" Le nouveau Secrétaire-Provincial l'Honorable Félix Gabriel Marchand, est né à Saint-Jean, province de Québec, le 7 Janvier 1832.
" En 1860, il y fonda le journal libéral du district d'Iberville, le Franco-Canadien, dont il a toujours été depuis ce temps là l'éditeur.
" En compagnie de feu l'Honorable juge Laberge, il organisa les volontaires du district d'Iberville, et fut promu en 1866 au grade de lieutenant-colonel commandant le 2 irae bataillon d'infanterie légère de Richelieu, à la tête duquel il servit sur la frontière durant les différentes invasions féniennes. En Mai 1870, il fut placé à la tête d'une brigade de volontaires, composée comme suit: Prince of Wales régiment, Victoria rifles, infanterie légère de Hochelaga {Hochelaga light infantry) et le 21 me bataillon sus-nommé, le tout formant une masse de 1000 combattants avec lesquels il marcha au secours du colonel Osborne Smith, pendant la nuit qui suivit l'engagement à'Eccles HilL Au point du jour, il débouchait à la tête de ses troupes sur le champ du combat •
"L'Honorable Mr. Marchand est aussi Fauteur de plusieurs productions littéraires, renfermant, entre autres, deux comédies : " Fat-en~ville " et " Erreur ne fait pas compte". Le public de Québec et de Montréal a fait à ces deux pièces l'accueil le plus favorable.
" Les suffrages de ses concitoyens l'envoyèrent au parlement, où il occupe encore le même siège. Réélu avec acclamation aux élections générales de 1871, il retourna derechef au parlement en 1875, avec l'imposante majorité de 358 voix sur son concurrent. Le nouveau ministre est depuis longtemps un whig ferme et fidèle à son parti.
" Doué d'une figure imposante, d'une élocution facile, d'une perception rapide, toujours prêt à la riposte, l'Honorable Mr. Marchand s'assure, chaque fois qu'il parle
à la chambre, sa complète attention. Les familiers des tribunes connaissent les spirituelles saillies par lesquelles le député de Saint-jean a maintes fois interrompu les membres de l'autre côté de la chambre, et a tourné contre eux des arguments sans réponse.
" Nous ajouterons que Mr. Marchand est directeur de la Banque de baint-Jean."
Tels sont les différents renseignements que j'ai pu moi-même recueillir à la hâte sur la vie publique de l'Honorable Félix- Gabriel Marchand.
Je termine en disant qu'il représentera, je le crois, jusqu'à la fin de ses jours, sa circonscription électorale ; car là comme
à Québec, comme partout où il a passé, il a su, indépendamment de toute opinion politique, se rallier tous les cœurs.
J. El Conde de Premio-Real.
M. NAZAIRE Le VASSEUR *
" Voyez les grands ciseaux qu'il porte & sa ceinture, C'est avec eux qu'il rogne et fait de la coupure"
Hélas ! LeVasseur a cessé d'écrire, de rogner et de couper ; le service civil est en train d'asphyxier un talent sympathique
=* Au moment de mettre ce petit livre, ou pour mieux dire, ce petit album, sous presse, le distingué M. Louis-Nazaire-Zéphirin Le- Vasseur dirige le journal Y Evénement. Mon ami M. LeVasseur a été jusqu'à ces quelques mois, président de la Presse- Associée à Québec. Il me rappelle notre regretté Campo y Navas. Moins chauve, un peu plus jeune, plus mince, et de bien plus haute stature ; les mêmes façons, cependant, le même cœur, et les mêmes goûts. Estce pour ces dernières raisons qu'il m'a été sympathique, dès que j'ai eu le plaisir de faire sa connaissance quelque temps après mon arrivée au Canada ? Je confesse que oui, et je dirai de plus que M. LeVasseur m'a rendu de nombreux services officiels et personnels-
J. El C de P.-R.
et vrai, qui ne demandait qu'à vivre, et les abonnés de X Evénement gémissent. Le journal n'a plus qu'une demi gaîté.
Essayons de mettre cette figure dans un cadre qui lui convienne, et soyons pour elle juste, mais sévère.
LeVasseur ne se fut pas sitôt débarrassé des langes de l'école, qu'il se présenta dans le monde avec cinq ou six prénoms, dont la première lettre du dernier met fin à l'alphabet. A mesure qu'il se crut sur le chemin de la gloire, il se soulagea de son lest inutile, et il ne signe plus, Dieu merci, que N. LeVasseur.
Jeune encore, LeVasseur entre à X Evénement et s'assied au fauteuil de la rédaction en général et de celle en particulier des faits-divers. LeVasseur a voulu réaliser, dans son genre, le programme qu'E-
mile de Girardin s'est une fois imposé : une idée par jour. Il a pris, lui, tâche de parler, d'u ne manière endoyante et diverse.comme dit Montaigne, des ribotes quotidiennes qui relèvent de la police. C'est là, on est forcé d'en convenir, un travail prodigieux. Il a fallu faire des milliers de fois des variations sur cette simple phrase : u un tel a été ramassé ivre par un policeman et s'est vu condamner à cinq chelins d'amende ou à cinq jours de prison." Pour présenter à ses lecteurs de tous les jours, les pochards de cette catégorie, d'une façon originale, pour arriver à trouver l'expression pittoresque et rare, il lui a fallu lire et relire les Védas, s'inspirer du Coran, qui défend de boire, fréquenter les dieux de la mythologie Scandinave qui boivent beaucoup, hanter et ravager les bibliothèques, apprendre l'argot de Paris et d'autres lieux
et découvrir la liquéfaction des gaz permanents.
Pendant que le rédacteur en chef de son journal mettait de la gaîté dans la politique, lui, de son côté, en versait dans la chronique et le fait-divers, qui a été son grand triomphe. Le Vasseur y a mis un savoir-faire plus digne, moins tourmenté que celui de son fameux programme de soulographie ; c'est un mot que je lui restitue.
LeVasseur est bien lui-même dans la chronique et le fait-divers, en agrandissant le cadre et y mettant de fines observations, de la bonne critique littéraire et cette excellente malice parisienne que je voudrais pouvoir attraper. . . . pour la lui rendre.
Tout Québec a ri le jour où X Evénement paraissait avec un petit article, fort bien troussé, ma foi, intitulé : Vandalisme !
Il s'agit d'enseignes enlevées par des farceurs durant la nuit et placées sur la devanture d'autres magasins, de sorte que le lendemain le libraire, avec sa vitrine pleine de saintetés, se trouve aubergiste, et les bijoutiers vendent du saucisson. LeVasseur ne s'arrête oas là, et il continue cette cocasse fantasmagorie, qu'il termine par une mercuriale aux farceurs. Concession à la morale publique terriblement offensée !
Le morceau et bien d'autres encore, sont à citer, et nous espérons qu'ils ne seront pas perdus.
C'est ainsi que LeVasseur a fait sa tâche avec tact, mesure et esprit, et quand le maître s'absentait, quatre ou cinq mois l'an, il faisait honneur à cette incomparable lame de Tolède que nous connaissons tous.
LeVasseur est soudainement devenu sérieux ; on peut citer de lui plusieurs chroniques et des suites d'articles bien écrits sur divers sujets ; en dernier lieu cependant il a fait un livre qui attend son éditeur. Je veux parler de ses articles sur l' avant-dernière exposition provinciale, si bien coordonnés, si instructifs, bourrés de chiffres, convenablement placés cependant, pour ne pas effaroucher les gens.
Quoique je reconnaisse que LeVasseur a été parfois sérieux, je suis forcé de déclarer qu'il a une manière d'écrire légère comme une cigarette, et il en fume beaucoup ; ce qui ne l'empêche pas de se mettre journellement quatre ou cinq gros bouquins sous le bras et de les promener triomphalement par la ville.
Jacques Auger.