INGÉNIEUR CIVILE, ETC
C'est une des illustrations canadiennes,
A Tâge de 1 7 ans, il construisait une voiture à vapeur à double machine, avec laquelle il parcourait Québec et ses environs, jusqu'à ce que force lui ait été de s'en désister pour ne pas jeter l'épouvante parmi les chevaux qu'il rencontrait sur son passage. Le même mécanisme sert aujour-
d'hui à propulser dans le voisinage des Trois- Rivières une embarcation fluviale.
A 21 ans, M. Baillairgé recevait son diplôme d'arpenteur-géomètre et était admis à la pratique de l'architecture et du génie civil en 1848, à la suite d'un cours d'études classiques et scientifiques au Séminaire de Québec, et d'un apprentissage de cinq années sous feu M. Thomas Baillairgé, architecte et sculpteur, descendant de M. T. F. Baillairgé, architecte et sculpteur aussi, auteur des statues, etc., à l'intérieur de la basilique de Québec.
Plusieurs des principaux édifices du pays ont été érigés d'après ses plans et devis ; entr'autres, l'église de Ste. Marie de la Beauce qui est très admirée. La salle de musique de Québec, qui sert en même temps de théâtre et de salle de bal, fait preuve de son talent. Les vastes édifices
de l'université Laval ont été érigés sous sa direction, et au sujet de l'église de l'Hospice de la Charité, M. de Fenouillet qui, venant d'Europe, pouvait en parler avec compétence, s'exprimait comme suit dans le Journal de Québec, dont il était
alors rédacteur : "
" Mais ici le génie de M. Baillargé, l'ar- " chitecte, se révèle dans une conception
Y où l'audace s'unit à la grâce
1 Nous ne décrivons pas la chapelle, qui " est, — si nous osons nous servir de cette " expression mondaine, — la plus jolie pef* tite bonbonnière que l'on puisse trouver " dans le Nouveau Monde. Nous nous " contenterons de recommander à ceux " qui iront la visiter, de rendre un tribut " d'éloges bien mérités à l'artiste qui a " conçu l'idée ingénieuse des chœurs su- " perposés, situés de chaque côté du sanc-
" tuaire. Avec leur colonnes élégantes, " leurs gracieux ornements et ce clairu obscur dans lequel ils apparaissent " comme dans un lointain infini, l'artiste " est parvenu à leur imprimer un cachet " d'originalité, et à donner au fond de ce " petit bijou d'église l'apparence de l'im- " mensité d'une cathédrale.
En 1856, M. Baillargé était nommé membre du "Bureau des Arpenteurs" dont il est aujourd'hui le président. Toujours à l'affût de ce qui intéresse la jeunesse et renseigne les masses, de 1848 à 1856, il employa ses loisirs à faire des conférences publiques dans l'ancienne chambre d'assemblée, et ailleurs, sur l'astronomie, la lumière, la vapeur, les machines à vapeur, la pneumatique, l'accoustique, la géométrie, l'atmosphère et — une foule d'autres sujets sous le patronage de F "Institut Ca-
nadien " de Québec, ou sous les auspices de la " société littéraire et historique", de la même ville, et d'autres sociétés savantes.
En février 1860, la situation de géomètre— hydrographe du havre de Québec lui fut offerte par les commissaires du havre, et il occupa cette honorable charge pendant plusieurs années.
En 1861, il fut élu vice-président de l'association des architectes et ingénieurs civils du Canada.
En 1863, on le proposait à la construction des nouveaux édifices parlementaires à Otttawa, avec des appointements de $4,000 par année.
En 1866, il écrivit son traité de géométrie et de trigonométrie rectiligne et sphérique. Cet ouvrage lui a valu l'ap-
probation et les félicitations d'un grand nombre de spécialités et de savants.
En 1871, M. Baillargé publia son " Tableau stéréométrique," avec la clé du tableau dans les deux langues, française et anglaise. Cette découverte devait mettre le sceau à sa réputation et le combler d'honneurs.
L'année suivante, le ministère de l'Instruction publique du Nouveau -Brunswick, fit demander ce tableau afin d'en prescrire l'usage dans toutes les écoles de la province.
En avril 1872, l'auteur reçut une sympathique adresse signée par 1' " Ecole des arts et métiers de Québec " ; elle était accompagnée d'une superbe pièce d'argenterie avec inscription.
En avril 1873, le tableau Baillairgé
fut adopté par le couvent des Ursulines, et les autres couvents de filles de Québec et des environs.
En 1873, M. Bailîairgé était fait membre titulaire de la " Société de vulgarisation pour l'enseignement du peuple en France."
En septembre de la même année, le ministère de l'Instruction publique de la province de Québec, approuvant son système de stéréométrie et ses ouvrages sur les mathématiques, en recommanda l'adoption dans toutes les écoles.
Le 4 janvier 1874, lui étaient décernés au Palais de l'Industrie, Paris, (exposition universelle et internationale de 1873-74,) un diplôme d'honneur, ainsi qu'une médaille en bronze pour la formule qui accompagnait le susdit tableau.
Le 10 mars suivant, M. Bailîairgé fut diplômé et médaillé par la " Société na-
tionale d'encouragement de Paris " pour tout le bien que sa découverte pouvait faire à la cause de l'éducation.
Le 1 6 du même mois, alors qu'il se trouvait à Paris, où il avait été invité pour l'occasion, il reçut de la " Société libre pour le développement de l'instruction et de l'éducation populaires ", au grand conservatoire national des arts et métiers, une médaille d'honneur en vermeil avec diplôme pour ce même tableau stéréométrique. De plus on lui décerna ce même jour une médaille, le " prix Philippe de Girard " fondé par madame la baronne de Pages, petite fille du célèbre inventeur de la mécanique à filer le lin.
Le 19 avril 1874, le marquis du Pianty écrivait à M. Bailiairgé : " Vous êtes fait " membre honoraire d'une des premières " sociétés de ce continent, — celle des
" sciences industrielles, arts et belles- 11 lettres de Paris, — pour votre invention " remarquable. "
Le 1 1 juillet 1875, ^ reçut de la " Société Confucius, de France." — fondée à Bordeaux en 1873,— une médaille en vermeil avec diplôme, pour sa formule sur l'étude pratique de la mesure des solides de toutes formes.
En décembre 1875, ^ fut nommé membre titulaire de la "Société centrale des architectes de France."
En juillet 1876, membre titulaire aussi de la susdite "Société Confucius " ; et enfin le 20 avril 1876, il reçut un diplôme honorifique de l'université Laval, lui conférant le degré de maître ès-sciences.
On voit que M. Baillairgé a été l'objet
des plus flatteuses approbations au Canada comme à l'étranger.
Le U février 1877, le ministre de l'Instruction publique de St. Petersbourg (Russie), lui écrivit que " reconnaissant " Tinconteslable utilité du tableau sté- " réométrique, il éprouve un plaisir tout " particulier à joindre aux suffrages des " savants de l'Europe et de l'Amérique " sa complète approbation, en informant " Fauteur que le susdit tableau, avec toutes " ses applications, sera recommandé aux ,l écoles primaires et moyennes, pour en " compléter les cabinets et les collections u mathématiques, et inscrit dans les cata- " logues des ouvrages approuvés par le " ministère de l'Instruction publique."
Dix huit mois plus tard, le même ministère, après avoir fait l'essai de l'œuvre de M. Baillairgé, l'imforma que ce départe-
emnt avait introduit le nouveau système de toisé dans les écoles polytechniques de l'empire russe."
Plusieurs décorations étrangères et des médailles d'honneur ont été depuis décernées à M. Baillairgé par certains gouvernements et diverses sociétés savantes de l'Europe, mais il serait trop long de les énumérer ici.
Actuellement et depuis douze ans, M.
Baillairgé est ingénieur des ponts et chaussées de la cité de Québec, architecte de ses édifices publics, arpenteur-géomètre de la ville et ingénieur de l'aqueduc. Il continue à donner de temps à autre des conférences publiques sur la géométrie appliquée au dessin iudustriel, et sur d'autres sujets d'un grand intérêt et d'une utiiité générale.
Sa dernière œuvre, la terrasse Dufferin u qui n'aura rien de comparable à elle dans le monde entier," a dit le noble Lord,* ne fera pas défaut à la réputation d'architecte et d'ingénieur qui lui est déjà depuis longtemps acquise, et ses conférences variées, ses écrits et correspondances, avec le travail biographique qu'il a lu l'autre
* La Comte et la Comtesse de Dufferin, dit Mr. Oliver dans sa récente brochure, "Guide to Québec City" ont toujours montré une préférence marquée pour cette ville, en y résidant aussi souvant que possible et y faisant leur demeure de la vieille citadelle.
Le même écrivain ajoute : " les habitants de Québec ne sauraient remercier Lord Dufferin avec trop de ferveur de l'intérêt qu'il a pris dans la praspérii é de leur cité, et de la vigueur avec laquelle il a contribué à lui rendre sa physionomie de ville de l'ancien monde, de manière à faire ressortir les avantages de sa position naturelle et les vues magnifiques qui l'environnent. "
Je ne saurais, en effet, dire trop de bien de cette terrasse, d'où le spectateur embrasse un horizon qui rivalise avec les plus beaux du monde.
Quant à mes amis Lord et Lady Dufferin, j'ai publié en 1878, dans la feuille espagnole : " Las Novedades, " de New-York, une esquisse de leurs sympathiques personalités. Mais il y aurait tant de bonnes choses à ajouter sur leur compte, que je n'en finirias plus si je. voulais dire d'eux tout le bien que j'en pense.
soir en présence des "21", font preuve aussi que, même sous le rapport littéraire, il est de taille à lutter avec d'assez forts jouteurs.
Voici ce qu'un de nos amis ajoute au sujet de réminent architecte et ingénieur :
" Son front s'est dénudé au contact des " couronnes. Chevalier de plusieurs or- " dres, avant de l'être par décret de chan- " cellerie, il avait déjà été armé tel par les " dames canadiennes. Les logarithmes " n'ont pas encore réagi sur cette organi- " sation vigoureuse, et malgré les myri- " ades de chiffres qui ne cessent de vol- " tiger autour de son crâne de bénédictin, " il n'est pas pour cela d'humeur plus u morose " : le chevalier Charles Baillairgé sait toujours, en effet, rester gaulois, par la répartie, et au besoin, par la chanson.
J. El conde dePremio-Real.
(Les " 21 " restent toujours vingt et un ; mais il arrive quelquefois que Tun d'entre eux change de résidence, et dans ce cas, il passe dans la catégorie des membres correspondants, et on le remplace par un résident. M. Fréchette, par exemple, le printemps dernier quitta Lévis, près Québec, pour prendre la direction dun journal politique de Montréal, et fut remplacé par M. Currari).
M. LOUIS-HONORÉ FRECHETTE