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A L'EXPOSITION DE

De toutes les centralisations, la plus inévitable, la plus définitive en apparence est la centralisation artistique. A toutes les branches de l'art, il faut un vaste foyer et un aréopage de vrais appréciateurs. Nul ne méprise d'ailleurs plus le terre-à-terre provincial que l'artiste et s'il est prophète, il ne désire guères l'être dans son pays. Toutefois, pour celui qui suit attentivement les expositions provinciales qui accompagnent nos concours régionaux et les congrès des sociétés savantes, il est évident que l'art est vivace en province et que chaque artiste a conservé son goût de terroir. La terre natale donne son accent au pinceau et à la plume comme à la langue et cet accent, Dieu merci, ne se perd pas, quoiqu'on fasse. En relevant avec soin les noms des artistes appartenant aux quatre départements dont s'occupe spécialement notre modeste Revue, on est étonné de leur nombre, on est souvent émerveillé de leur valeur. Il y a toute une étude à faire sur chacun d'eux, sur leur filiation, sur l'influence du sol natal et des traditions locales sur leur manière. Mais il faut pour cela plus qu'un examen superficiel et l'élude d'une seule exposition. Plus familiarisé avec les artistes normands qu'avec les artistes picards, je n'entreprendrai point aujourd'hui de traiter à fond mon sujet, me réservant expressément pour le jour où je pourrai le faire en toute conscience et en connaissance de cause. Je vais seulement aujourd'hui donner la nomenclature de nos artistes picards, posant çà et là des jalons pour mes appréciations futures. Ce

travail écourlé, bien qu'il puisse paraître d'assez longue haleine, n'appréciera pas sans doute la valeur réelle et comparée de chacun de nos arlislcs, mais du moins enregistrera leurs noms et quelques-uns de leurs succès en l'an 1859,

Déparlement de la Somme. — Trois villes du département de la Somme ont fourni des artistes au salon de 18o9 ; — Amiens, Abbeville et Péronne.

Le livret fait naître à Amiens M. Féragu l'auteur du tableau de la Translation de la Sainte-Epine. Je crois que k livret nous fait un honneur que nous ne méritons point. Acceptons-le néanmoins tel qu'il nous est fait ; et gardons comme nôtre l'esti^ mable artiste qui a fait chez nous élection de domicile. Au milieu du tapage guerrier dos tableaux olïîciels du grand salon, le tableau historique de M. Féragu repose l'œil, comme une |)age d'histoire après des bulletins de bataille. La belle têt-e de son saint Louis, rabsenc(; de mouvement ou plutôt le mouve-f ment placide de toute la toile, la lumière tranquille et la complète réussite du fond vapopeux sont des qualités qu'il n'est besoin de signaler à jUTSonne tant elles lessorlent de ce tapage qui les entoure. R'en de hâté dans cette toile consciencieuse à laquelle on ne saurait repioclier que trop de sagesse et un peu de papillotage. Ce qu'on ne saurait s'imaginer, c'est la difficulté de mener à bien une œuvre aussi imporianle sans fortune faite et sans atelier bâti tout exprès. Ceux qui veulent s'en faire une idée, n'ont qu'à relire l'article de M. Thiers sur la Locusie de Sigalon. Des tableaux comme le saint Louis devraient être faits sur place. Etre arrivé à le faire comme l'a fait M. Féragu avec les éléments dont il a dû se servir, double le mérite de l'auteur. C'est un succès d'estime. Nous l'attendons à un succès d'enthousiasme : un peu moins d'Abel de Pujol, un peu plus de Léon Cogniet et en avant encore, si c'est possible.

M. Desjardius est un élève d'Horace Vernel qui habite le Limousin. Son paysage, ne saurait donner une idée complète de sa manière et de son talent. M. Desjardins est né à Amiens,

Les pelils tableaux de M. Félix Dufuurmantelle ne sont pas des plus bruyants. Sa Petite Fille regardant un album est d'une palette bien sèche et il y a un certain chapeiiU rouge d'un effet désagréable. J'aime beaucoup mieux la Petite Fille re(jnrdant un tableau. L'auteur ne vise pointa l'effet. Dans le genre qu'il a adopté le travail et la persévérance doivent conduire au succès. M. Dufourmanlelle paraît avoir ces deux qualités.

M. Seigneurgens a déjà une réputation faite. Ces', un peintre de genre dont le fin pinceau possède une touche grasse très attrayante. Il a parfois excellé, si je ne me trompe, à représenter les chevaux de labour et de roulier. Son petit tableau d'Amour et Gibelotte est extrêmement fin et très gentil.

M. Terrai semble dans le portrait de M. Quentin Bauchart avoir tout sacrifié à la ressemblance du visage et à l'exactitude du costume. Pourtant, il y a chez M. Terrai du savoir faire et de la science acquise de dessin. Le frac à collet droit, la culotte de Casimir blanc et les broderies officielles sont des motifs si ingrats pour un peintre ([u'il faut savoir gré à M. Terrai d'avoir fait un aussi passable portrait.

M. Wallet est un vrai picard ; né à Amiens et demeurant à Beauvais. Comme artiste de province, je lui dois une attention particulière. Ce n'est pas sur un seul paysage que l'on peut juger sa valeur, son avenir et l'étendue de son talent. En attendant sa position spéciale lui donne droit à nos encouragements et à nos sympathies.

Celles-ci tout entières à M. Forceville qui n'a exposé que le buste de notre si regrettable et si regretté Porion. Je ne prétends point apprécier ici le talent de M. Forceville. Chacun peut le juger sur nos places et dans nos monuments publics. Mais quel plus noble exemple peut être donné aux artistes que celui d'un homme à l'abri des soucis de la fortune, doué par la nature d'une incroyable habileté de main, d'une imagination féconde et sans ccsse en éveil, qui, au lieu de se laisser attirer par le centre où viennent se perdre les petits et les grands ,

reste dans son laboratoire et dans son atelier de province, consacrant son talent et ses veilles à l'erabellissement de sa ville et à la glorification de ses compatriotes ! M. Forceville qui n'a point courtisé la gloire, mériterait bien que la gloire vint le chercher. Que faudrait-il pour cela ? — peu de chose ; un peu plus de décision dans la manière, du diable au corps, moins d'habileté de main et une forte et rigoureuse éducation première. Mais n'a pas qui veut à manger du pain noir et de la vache enragée. La pauvreté, sans laquelle il n'est guères de soucis, est aussi peut-être la nourrice salutaire et obligée de l'arliste. Avis à ceux qui maugréent, se lamentent et envient. Bienheureux les pauvres ! la royauté des arts est à eux.

M. Soulange-Téssier est un lithographe habile. La Picardie est toujours la patrie des graveurs.

Ce nom nous amène naturellement à la ville des graveurs, Abbeville.

M. Caudron n'est pas né à Abbeville. C'est un sculpteur devenu peintre et un exilé volontaire. A voir ses petits tableaux, on ne se douterait guères qu'ils sont l'œuvre d'un élève de David, d'Angers. Le plus fougueux sculpteur est toujours un peinire sage. Pris en eux-mêmes et sans acception d'origine, les tableaux de M. Caudron sont estimables. Le Gardechasse, le Ménétrier et Vlntérieiir de pêcheur sont surtout de bonnes petites toiles. M. Caudron est un peintre de genre consciencieux et habile qui ne peut manquer de trouver des appréciateurs et des acheteurs.

M. Leygue est aussi un abbevillois par élection de domicile, qui fait honneui' à son maître, le maître à tous, M. Eugène Delacroix. M. Leygue a fait ses preuves. La charmante chose que Jack f

M. Bridoux continue la grande tradition des graveurs d'Abbeville.

Trois peintres représentent à l'exposition la ville de Péronne, MM. Dehaussy, Debras et Sinet. Les deux premiers représentent

l'école indigène proprement dite ; M. Sinet est un élève de M. Couture. Le Fumeur de M. Dehaussy est un joli petit tableau de genre. La figure n'est pas sulïisamment terminée M. Debras a un bon portrait auquel on pourrait seulement reprocher la longueur de formes. Son Paysan est une élude naïve, trop crue. L'exagération de la barbe tue l'effet. M. Debras a certainement du talent.

Un autre élève de M. Dehaussy, M. Michel, de Fins, a aussi exposé deux estimables tableaux de sainteté.

MM. de Foucaucourl,avec un paysage italien, etLépinoy, de Beauquesne, avec ses miniatures, terminent la liste des artistes exposants du département de la Somme.

Plusieurs œuvres se rapportent aussi plus ou moins directement au département de la Somme. Elles eussent gagné certes à être signées d'artistes indigènes. Ainsi l'énorme toile de M. Court représentant la Réception des plans du Musée. Je m'abstiendrai de rapporter tout ce qui a été dit sur cette toile, infiniment trop grande pour l'importance du sujet. Je dirai seulement que puisque l'on voulait absolument un tableau de cette dimension, on pouvait s'adresser à M. Féragu qui certes eût traité le sujet d'une manière plus sage et moins emphatique. Les grands tableaux de commande ne portent pas bonheur aux amiénois. La Paix d'Amiens était déjà de la décadence de M. Ziégler. Le n" 717 est de la décadence et de la moins excusable du peintre éminenl de la mort de César.

Le portrait de Mgr Boudinet, par M. Bi ossard, de la Rochelle, n'est pas non plus très heureux. Il manque de virilité et de fermeté de dessin. Mgr Boudinet a aussi été peint sur porcelaine par M. Lemonnier.

Au moins M. Crauk, dans sa sainte Colette, a-t-il fait preuve d'une très bonne entente du sujet et d'une très grande habileté de dessin. Ces qualités rachètent l'aspect un peu dur et un peu sec de la peinture.

Le porlrail de M. Léon Sencier a les qualités el les défauts do l'auteur. II est très ressemblant.

Un normand, M. Laugée, de Maromme, s'est inspiré d'un sujet picard ; il a peint un Goûter de cueilleiises d'œlllelies.

Sous une orthographe de fantaisie, nous avons reconnu un tableau de fleurs et de fruits signé Trébulien et appartenant à notre honorable adjoint d'Amiens, M. Charroy-Degove.

M. Blavier a sculpté avec un peu de mollesse el un bon mouvement un jeune médecin d'Amiens que les récentes discussions du Docteui" noir ont rendu célèbre, M. Fauvel, interne à la charité.

Si l'importance des artistes du département de la Somme est déjà assez grande et leur nomenclature assez longue, c'est vraiment bien autre chose dans le Pas-de-Calais.

Saint-Omer et Boulogne sont les villes artistiques pai- excellence de ce département.

Le Mipplice de Dolei, de M. Bailly, a d'incontestables qualités. La scène manque de grandeur el l'ancien coin de la place Maubert ne parait pas suffisamment indiqué. Mais, étant admis le sujet, assez malheureux par lui-même, la simi)licilé de la composition rappelle assez bien la constance philosophique de ce pauvre pédant protestant qui marchait à la mort en raillant tristement et en faisant des calembourgs latins. M. Bailly a plutôt l'air d'un disciple de Robert-Fleury que d'un élève de Léon Cogniei. Et puis pourquoi cette potence? est-ce qu'Etienne Dolet ne fut pas brûlé ?

Parmi les orientalistes, peintres du soleil, pléiade resplendissante qui a perdu Marilhat et Decamps, mais qui a conquis M. Ziem, brille au premier rang M. Léon Belly qui, de son maître Troyon, a pris toute la magistrale solidité. L'eau des Barques du NU est un peu lourde ; mais les deux Soleils couchants sont excellents. Le premier plan de la Digue aux bords du Nil est d'une solidité et d'une netteté remarquables.

Les moutons de M. Chifflard sont aussi une excellente toile.

Pliis que M. Belly M. Chifflarfl ;i l'uir d'un élève de Troyou. Il y a aussi chez lui du Loubou et du Palizzi et il égale au moins ces derniers. Décidément Ja solidité de ton et la largeur de mauière sont des qualités communes à tous les artistes de Saint- Omer. M. Cliifflard les possède à un rare degré. Le portrait de M"" G... ne vaut pas l'autre tableau. L'effet général est un peu sec et le fond n'est pas heureux.

Une des meilleures batailles de l'exposition, si ce n'est la meilleure est ïEpiscde de la prise de Séhastopol, peint par M. Deneuville. La couleur générale est violette. Mais les yeux se font vite à ce ton un peu exagéré et quand on l'a accepté, on découvre dans le tableau de M. Deneuville, une énergie et un mouvement auxquels ne nous ont point habitués les straiégisles officiels qui réduisent nos assauts à la baïonnetle à des détails de partie d'échecs. Le commandant Garnier est superbe d'élan et d'enlrain. Le chasseur blessé a un mouvement magnifique. Peu de villes peuvent se glorifier d'avoir donné le jour à des artistes aussi remarquables que ceux de Sainl-Omer. Ce serait la première du département, si riche en gens de talent éminent, si Boulogne ne lui faisait une sérieuse coucurrence.

Mais Boulogne qui revendique ALM. Bénard, à la marine duquel je reprocherai un peu de coquetterie et un elîet général un peu vert et rose, Benvignat, dont ï Episode du bombardement Je Zi/Ze est bien composé et bien mouvementé sous sa couleur grise un peu terne, Auguste Delacroix, dont tout le monde connaît les petits tableaux, de genre que copient les amateurs débutants et que reproduisent les chromoliihographes, Grésy qui, sous le ciel de la Provence, se souvient des frais et lumineux horizons du nord, a donné le jour à deux artistes de mérite différent, mais qui depuis longtemps sur la brèche, se sont fait un nom à force de persévérance, de travail et de talent ; je veux parler de MM. Jeanron et Hédouin : M. Jeanron n'a cette année, rien qui vaille son Porl d'Ambleleuse ni les quelques Scr. 12

paysages mornes qui lui ont acquis une réputation méritée. Le geure historique n'est pas le genre qui convient le mieux à M. Jeanron ; le Phénicien et iesclave ne se signale par aucune qualité saillante. Mais on retrouve M. Jeanron dans les Bords de la Seine, et surtout dans la partie du milieu de la Plaine avant l'orage, que je signale comme excellente.

Un critique appelait cette année même Edmond Bédouin le Raphaël des cochons. C'était renfermer le peintre dans une spécialité à laquelle il ne s'est- attaché que par hasard ; il a fait une fois dans sa vie, par fantaisie, ce que l'Enfant Prodigue avait fait par nécessité. Plus heureux que le dissipateur de la parabole, c'est une des meilleures choses qu'il ait faites. La Porchère de Cliambaudoin qui rime si bien au nom de l'auteur restera comme une de ses œuvres les plus appétissantes et les mieux réussies. Mais son Berger et son Semeur ont aussi leur agrément. Les Géorgiques valent les Bucoliques et si M. Bédouin a quitté le sentier dans lequel on l'accusait de marcher côte à côte avec MM. Leleux, personne au moins ne s'avisera plus de lui contester une originalité qui a toujours été, Dieu merci, vivace et entière mais qui imprime de plus en plus sou cachet individuel à son beau talent.

Qui donc a ramassé le pinceau des frères Lenain, d'obscure et glorieuse mémoire ? Est-ce M. Calmelet, de Laon, qui se contente de faire des aquarelles ? Est-ce M. Genaille, de Mouceaules-Loups, dont le pinceau rappelle plus la manière de Rudolph Lehniann que celle de tout autre peintre ancien ou moderne? Est-ce M. Salingre qui peint des natures mortes sèches et étudiées sur fond de boiserie de couleur terne? Est-ce M. Sainiin qui a transporté en Amérique son pinceau solide et estimable, bien qu'un peu dur? Est-ce M. Pingrei, hélas! j^eiies Huet et de Pauw, malgré leur agréable talent n'ont pas non plus cette préteniiun. L'honneur artistique du déparlement de l'Aisne est aujourd'hui soutenu magistralement et haut la

main, par un sculpleur auquel nous reviendrons lout-à-rheure, M. Carrier de Belleuse.

M. Jeanron avec sa palette grise et solide, M. Hédouin avec sa sobriété mêlée de hardiesse pourraient avec quelque raison prétendre à cet illustre héritai;e. Mais il revient tout entier par droit de conquête à un de leurs compatriotes qui les aide vaillamment à soutenir Ihonneur du Pas-de-Calais et qui porte sa bonne part de ce glorieux fardeau ; je veux parler de M. Jules Breton, de Courrièrcs. Sa Planiaiion de Calvaire, achetée pour la loterie, est très jolie, très lumineuse et très sage ; son Lundi est très amusant; mais le Bappel des glaneuses est un tableau à étudier, avec les défauts même duquel il faut compter : quand le talent d'un peintre en est arrivé là, les défauts et les détails choquants au premier abord ne sont la plupart du temps que des repoussoirs, des sacrifices et des partis pris. Ainsi dans le Rappel des glaneuses, les contours un peu plats, l'uniformité et le manque de lumière éclatante ne font que mieux valoir l'ordonnance générale de la toile. Réaliste à faire réfléchir MM. Courbet, Antigna et autres peintres ordinaires des envers de la nature, M. Breton se préoccupe autant de l'esprit que de la lettre ; ses éludes ne sont point des aspects surpris, traduits sans discernement et sans choix et livrés vaille que vaille à l'appréciation du public. M. Breton est réaliste, parce que hors de la nature il n'y a point de peintre ; mais il n'exclut pas l'idéal, parce que sans idéal, il n'y a pas d'artiste. Il n'a garde surtout de regarder comme sacrilège l'élimination de l'inutile et du laid ; c'est un devoir pour tout jardinier de sabler ses allées, pour toute bonne ménagère de balayer sa chambre, pour tout cultivateur de la matière ou de l'esprit d'arracher les mauvaises herbes et de couper les gourmands. Le respect de la plante parasite conduit à son règne exclusif et despotique ; l'amour exagéré de la nature dans tous ses produits mène aux niaiseries des Brahraiues et aux sales puérilités des pèlerins

de !a Mecque Qui fui plus réaliste que Rembrandt et qui

le fut moins ?

Arras est représenté p;ir deux estimables paysagistes , MM. Duli.'leux et Gustave Colin. Certes, M. Corot est notre premier peintre de paysages et M. Colin ne peut que profiter sous un tel maître. Mlle Camille Sallly qui a exposé un portrait au pastel est aussi d'Arras.

Le Pas-de-Calais a encore son orientaliste. M. de Bar, dont le talent véritable est si souvtMit popularisé par les journaux illustrés, est de Montreuil-sur -INIer. Gomme M. Belly il a consacré celte année son pinceau à la reproduction de vues d'Egypte. Toutefois son ]nlcrieur de forêt et sa Vue des tôles de Snrdn'ujve prouvent que M. de Bar ne veut pas se renfermer dans une spécialité. Dans celte dernière toile surtout où routiemer nu peu prodigué choque toujours nos yeux li:ibitués aux pâles firmaments du nord, le lointain est excellent et bien compris.

Bapaume a aussi ses peintres et non des pires. Je n'ai pas pu découvrir le tableau de M. Fauvel, mais en revanche, j'ai vu, comme tout le monde le Hii d'iveiot de M. Bouiface. C'est trop rouge, trop rose, trop enluminé, mais c'est très bien composé, cent fois plus réjouissant, plus mouvementé, plus vivant que la i'roide et didactique chanson de Béranger avec son insipide et prétentieux refrain. Le Roi d'Ivetot et Jeanneton sont de délicieuses et plantureuses marionnettes, bonnes à enluminer et à faire courir sur une toile ou le long d'un bas-relief. Mais un si gras et si bourgeois sujet ne vaut pas un long poème. Le Roi d'Ivetot de M. Bouiface m'a rappelé un petit bas-relief vert et rose, œuvre naïve d'un Huchier inconnu, qui flamboie et verdoie à Amiens, au coin de la rue Saint-Maurice, je crois, dans ch'karlier snini Ln. Le tableau de M. Bouiface est fait de main de maître et aussi réjouissant q-ie le bas-relief. Mais le bas-relief est bien gai et bien amusant, Vbeudei, surtout. Le gentil heudel l éconlQZ !e classique Béranger: ei sur son âne, pas à pas, parcourait son royaume. Une goutte de ce patois

arndémique suffirait pour changer en glace un chaudron de lait bouillant.

Le générai Daullé représente la sculpture du déf>artement du Pas-de-Calais. Son buste de jeune fille a d'excellentes qualités. Un peu de mollesse dans l'ensemble et de l'indécision dans la liaison des cheveux avec le front, sont les défauts que l'on pourrait lui reprocher. M. Collette est un lithographe d'Arras qui a eu le bon esprit de confier à son crayon la reproduction de l'excellent tableau de son compatriote Breton, la Bénédiction des blés.

J'ai nommé les peintres du dénarlement de l'Aisne, il me resle à apprécier les sculptures de M. Carrier de Bf lieuse. A sa manière d'interpréter les sujets, à la vie et au mouvement qui déboi'deni de ses œuvres, on sent l'élève et l'élève éminent de David (d'Angers). Si l'artiste vraiment hors ligne dont les arts déplorent la perte prématurée avait surtout su trouver le point juste où la science et le sentiment doivent se rencontrer en sculpture, M. Carrier de Belleuse semble marcher sur ses traces. La Hlort du (lèverai Dcsai.r est une œuvre pleine de mouvement et d'intéiêl. Le Busie du docteur Verdé de l'Jste est un chef-d'œuvre de pose et de physionomie. Celui de M. Eucjène P. est un peu plus prétentieux. Le groupe de Jupiter et Jïébé est extrêmement séiluisant. Beaucoup de compliments à M. Carrier de Belleuse ; un seul conseil : se défier de sa facilité.

Les dessins de M. Beldame, la peinture et les miniatures de Mme Dallemagne, les chevaux de M. Parquet et les lithographies de M. Sirony forment le continrent de la ville de Beauvais. La manière crue et naïve de M. Parquet n'est pas sans charme et le tableau de religion de Mme Dallemagne est fort digne d'attention. Il y a un bon groupe d'apôtres dans la partie droite. Le fond est harmonieux, quoique un peu gris. La partie gauche est moins bien réussie. Elle est un peu plate. Les

femmes et les enfants sont trop espacés. En somme c'est un estimable tableau.

M. Dieudonné de Noyon a exposé un portrait que je n'ai pas vu et M. Souplel de Compiègne deux échantillons de son talent véritablement original.

M, Moignez de Senlis est un sculpteur d'animaux et d'oiseaux, qui marche sur les traces de Frémiet et de Barye. Le chemin est long de l'un à l'autre ; mais quand on le suit, il faut lâcher de ne pas s'arrêter au premier et d'approcher le plus près possible du second.

Un seul architecte né dans un département de notre circonscription a exposé à Paris, c'est M. Bouvier de Villers-Saint- Paul (Oise). Il a exposé un dessin d'une ruine d'église à AVinchester. Parmi les cinquante-deux architectes qui figurent sur le livret, quatre sont étrangers, vingt-et-un appartiennent à divers points de la France et vingt-sept sont de Paris. Paris est sans doute par excellence la ville des constructions, mais nos architectes provinciaux qui font ça et là quelques châteaux, les très-habiles constructeurs de nos gares de chemins de fer, nos bâtisseurs d'églises parmi lesquels ceux du département de la Somme ont incontestablement une place d'élite, ont aussi leur utilité et leur mérite. Ne pouvant l'apprécier en détail, je me contente de l'apprécier en gros et de le signaler dans un recueil, qui doit encourager toutes les tentatives de la province et encourager spécialement toutes les distinctions de la sienne.

Aussi, maintenant que nous avons fait connaissance avec nos artistes, en toute autre occasion nous nous empresserons de signaler leur progrès et de tenir nos lecteurs au courant de leurs œuvres.

Au revoir donc, artistes et lecteurs.

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