LE SOLEIL
Ce qui me plaît dans le soleil, Ce n'est point sa perruque blonde, Son char pompeux, son teint vermeil, Ce qui me plaît dans le soleil C'est qu'il éclaire tout le monde.
Les rois sont sujets du soleil, Tous les diamants de Golconde Rehaussent moins leur appareil Qu'un simple rayon de soleil,
— Le soleil luit pour tout le monde.
Le pauvre est l'ami du soleil Dont la douce clarté l'inonde, L'Ouvrier chante à son réveil Quand il voit luire le soleil.
— Le soleil luit pour tout le monde.
Qui dore les fruits ? — le soleil.
Il sourit aux fleurs qu'il féconde.
Aux bourgeons il donne l'éveil, La terre s'entr' ouvre au soleil.
— Le soleil luit pour tout le monde.
Le vin est le fils du soleil Et de la grappe rubiconde ; Le Suresne au Beaune est pareil Quand il est mûri du soleil.
— Le soleil luit pour tout le monde,
Où s'en va la nuit, le soleil,
Quand on le voit plonger dans l'onde ?
Va-l-il au pays du sommeil ?
— Chez les Payens va le soleil.
Le soleil luit pour tout le monde.
Des larrons, couché le soleil, Rôde la horde vagabonde, La lune assiste à leur conseil, Le jour ils dorment au soleil,
— Le soleil luit pour tout le monde.
Ce que j'aime dans le soleil, Ce n'est point sa perruque blonde Son char doré, son teint vermeil, Ce que j'aime dans le soleil C'est qu'il éclaire tout le monde.
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(lOiOI E r CLASSE,
Je me suis bien souvent demandé si les morts Assistaient aux honneurs que l'onrend à leurs corps. Enlendons-nous pleurer nos mères et nos veuves, Résoniier des bedeaux les perluisanes neuves, El le prêtre qui prie et le chant nazillard Du chantre indifférent qui suit le corbillard ? De notre dernier char voyons-nous les panaches Et de nos croque-morts les galons et les taches ? Respirons-nous l'encens des adieux superflus Qu'adressent les vivants à ceux qui ne sont plus ? Est-ce un manteau, — la tombe, et de notre épitaphe Pouvons-nous savourer la pompe et l'orthographe? L'iicadémicien qu'on remplace entend-il L'éloge à deux tranchants du successeur subtil ?
— Jenesais.Lesplusgrandsenhaut, pourl'ordinaiie, Vers la terre d'en bas s'en vont sans luminaire : Pauvres soldats obscurs, ils meurent sans combat Sur un champ de bataille ou bien sur un grabat ; Poursoustraire aux regards leur dépouille importune On les jette par tas dans la fosse commune El Dieu doit leur cacher le lieu d'abjection Où leur cadavre attend la résurrection ; Du lit d'un hôpital souvent un pauvre diable Est apporté tout chaud encore sur la table Où le chirurgien, du bout de son scalpel De ses infirmités fait le sinistre appel,
Taille, cherche, dissèque, instrumente et nconte En les touchant du doigt, la faiblesse et la honte Du mon ; — entre la chair, cet ignoble fardeau, El l'esprit, le Trépas met sans doute un bandeau.
Mais ne laisse-t-il pas ixirfois le mauvais riche Entrevoir de son deuil la parade postiche, — Fugitive lueur, dernière vanité, . , . Ou premier aiguillon d'un tourment mérité ! — Quand un avare est mort, il serait bien dommage Qu'il ne pût assister de sa tombe au partage Que font les héritiers avides et pressés De ses beaux écus d'or tant de fois caressés. Entendre le crieur lorsqu'il met aux enchères Comme un las de chiffons ses guenilles si chères, Se sentir tout meurtri des lazzi des fripiers Et des sabois fangeux qui le foulent aux pieds.
Et les héros ? les rois ? les élus de la gloire ? Alexandre-le-Grand a-l-il lu son histoire ? César a-t-il pu voir la pompe et les fureurs Des faux dieux de son sang, qui furent empereurs ? Un nom sonore est-il une pierre qui roule ? Quand l'évêque de Reims prenait la sainte ampoule Le vieux Clovis, planant au milieu des parfums, Assistait-il au sacre avec les Rois défunts? Sens-tu, fier Charlemagne, ombre vénale et triste, Sur ton crâne crier l'ongle froid du touriste? Entends lu les lazzi des oisifs mécréants Qui se font des hochets avec tes os géants ? Le paladin Roland sait-il qu'il est célèbre? Louis entendit-il son oraison funèbre.
Et le Nec pluribus impar, le conquérant, Soufflait-il Massillon disant : Dieu seul est grand !
Quand en quatre-vingt-treize une horde ivre et folle, Sur les sacrés parvis dansant la carmagnole, En raillant violait la mort à Saint-Denis, Les senlais-tu jouer avec tes os bénis ? Tressaillis-tu encor. Majesté deVersaille, Au rude attouchement des mains de la canaille ? S'altache-t-il toujours aux vanités d'un roi Quelque chose d'impur qu'il expie après soi ? Jeanned'Arc dans sa gloire et dans sa tombe austère A-t-elle dû rougir au baiser de Voltaire Comme l'a fait Charlotte au soufflet de Samson ? Les morts, du vent qui passe ont-ils donc le frisson? Quand un chemin brutal évenlre un cimetière L'os geint-il sous le pied qui le prend pour litière?
Et les grands inspirés ? et les grands méconnus ? Apelle, Phidias, Praxitèle, Ictinus ?
Raphaël, Murillo, Rubeus et Michel-Ange Entendent-ils monter l'enchère et la louange, Et le pauvre Allegri sourit-il aujourd'hui Au posthume flot d'or qui ruisselle sur lui ? Rembrandt joyeux voit-il, du sein des gloires mortes, A quel prix maintenant se vendent ses eaux fortes ? Dans la sérénité des cieux étincelants Homère écoute- t-il depuis quatre mille ans La louange qui sort de nos bouches d'argile ? Arislote sait-il qu'il est maître ? Virgile Est-il aveugle, hélas 1 depuis qu'il est muet? Dante a-t-il jamais su quel monde il remuait. Et tous deux ont ils vu par de là l'Italie ? Racine est-il présent quand on joue Athalie, Et Corneille a-t-il vu Camille par Rachel ?
Que voit-on de l'Enfer et que voit-on du Ciel ? Scr. 22
Et les maudits ? Cain se sait-il dans la Bible?
Sent-il tomber sur lui ranaihême terrible,
La malédiction que depuis huit mille ans
Les hommes, les vieillards et les petits enfants
Jettent comme du [ilomb sur sa tête maudite ?
Néron médite-t-il Juvénal et Tacite?
Judas, sens-tu le fouet dont on cingle à grands cris
Ta mémoire pendue au gibet du mépris ?
Es-tu tout aux enfers, vieux maudit de la terre ?
Pendant leslongues nuits sans ombreetsans mystère.
Ton âme, vagabonde, au souffle du remords
Revient-elle essuyer les lèvres de ton corps ?
Que fait à Henri huit, que fait à Frédégonde,
Que fait aux vieux Borgiu, l'auathème du monde ?
Qu'est la tombe ? l'oubli, la gloire ou le remords ?
Qui le sait ?
Nous verrons.
D'ici-là, paix aux morts l