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NOS ARTISTES DE PICARDIE ET D'ARTOIS

L'exposilion de 1866 est-elle une exposition sérieuse, ou n'est-elle qu'une sorte d'exhibition de la veille ? les absents se recueillent-ils pour 1867, et les présents sont-ils des obstinés qui ont soumis au jugement du public et aux chances vénales de son caprice des ouvrages d'essai ou de rebut ?

Il y a certes au salon de 1866 des absences regrettables, et comme toujours de médiocres vulgarités. Mais chacun a donné sa note, parfois une des meilleures et des plus franches de sa

gamme.

Tout le monde s'accorde à dire que M. Courbet a exposé un chef-d'œuvre. Je pense, cette fois, comme tout le monde, ce u'esl pas moi qui chercherai à amoindrir son succès, le discuter n'est pas mon affaire, je le constate. Ah ! M. Brigot, vous que je ne trouve plus cette année dans l'intérieur du salon, et qui faites, hélas ! tant de tapage à la porte, si j'étais pédant, comme je vous répéterais : ne vous avais-je pas crié : casse-cou ! Je sais que votre humeur et votre lempéramment vous portent à l'indépendance et que si vous vous êtes donné un maître et un modèle, c'est parce que sa manière vous plaît ; je sais que vous n'entendez pas qu'elle vous oblige et nous sommes d'accord sur ce point. Mais il faut que vous ayez fait une œuvre bien indépendante pour que le jury vous ail refusé, après avoir

admis votre Déjeuner de chasse de l'an dernier. Je ne crois pas à l'infaillibilité du jury et, si j'étais peintre, je serais vraisemblablement parmi les maudisseurs et les parias, je crierais : au meurtre et non: à l'injustice. Le juge a moins de parti pris que le justiciable. J'avais cru reconnaître M. Brigot et sa manière ordinaire avec un progrès marqué. Je m'approche en réservant un applaudissement. C'étaient des Vaches Normandes de M. de la Rochenoire. Bravo, M. de la Rochenoire !

Ce n'est point ici le lieu de discuter M. Fromentin plus que M. Courbet. M. Fromentin s'est tenu jusqu'ici avec un bonheur et une persévérance inespérée sur les frontières de l'art et de la littéraiure, frontières plus habituées aux coups de fusil qu'aux alliances durables ; son talent et son goût se sont toujours tenus par la main et, s'il a découvert quelques terres inconnues, il ne s'est point égaré à leur recherche ; ceux qui le suivent ne se perdent pas non plus. Voyez M. Berchère. M. Belly est toujours lui-même et il a raison. Sa Mer morte est une chose très-originale et très-belle malgré l'ingratitude du sujet. Il n'y a rien là qui tienne de près ou de loin aux oasis verdoyantes et aux grisailles tourmentées de M. Fromentin. Mais je ne serais pas étonné que le souvenir de ce maître si habile et si agréable eût préoccupé notre ancienne connaissance, M. Souplet, de Compiègne. Sa Noria de Ben Féréah est bien verte, bien librement faite et nous voilà loin des ruLS alignées, des boutiques et des barrières de Paris. Ce n'est pas un reproche, M. Souplet, c'est un compliment.

M. Couverchel, dans sa Chasse au sanglier surtout, n'a-t-il pas eu la môme préoccupation ? Cette fois tant pis. M. Couverchel tout seul fait mieux et surtout moins sec que cela d'habitude. Si ' M. Couverchel a presque fait un Fromentin, M. Parquet, dans son Découplé de la vénerie impériale, a fait tout-à-fail un Couverchel, et un bon.

J'ai dit qu'au salon de 1866 chacun avait donné sa note : celle de M. Hamon est-elle une note fausse? — peut-être bien, mais

la gamme n'est pas impossible pour être étraDge ; dans tous les cas, sa pajetie est autrement fine et féconde en mièvreries délicates et en détails exquis que celle de M. Puvis de Chavannes que l'on a fini par accepter et dont la Fantaisie bleue exposée cette année atteste la persévérance de l'auteur et son savoir dans le parti pris.

Bien qu'il soit à Rome, M. Hamon a encore en France des partisans fidèles, et même des imitateurs, témoin M. Boyenval, d'Arras. La Cigale et la Fourmi valent bien la Partie de Boules de l'année dernière. M. Boyenval a évité l'inévitable écueil. Il n'a pas imité les défauts.

M. Aniigna, lui aussi, a donné sa note, en modifiant un peu sa manière, M. Collette, d'Arras, aurait-il ramassé le pinceau deM. Antigna ? Ses Travailleurs de la terre sont un vr;ii tableau, consciencieusement étudié : le dessin en est bon, mais je ne sais pourquoi ce gris qui vise au réalisme a quelque chose de théâtral. L'art n'est-il pas tout entier dans le principe invanable : exprimer ce que l'on sent, et forcer les autres à voir comme vous avez vu. En d'autres termes : il faut être original et amener tout le monde à l'être avec vous et par vous. Puisque j'en suis à M. Collette, je louerais sans resiriction sa lête d'étude si la barbe n'avait pas plutôt l'air de la mousse qui sert à faire la barbe que de la barbe elle-même J'accepte le flot, Técume, le bloc, la haine du détail, tout ce que vous voudrez, mais il me faut deux choses, l'effet général et le modelé. M. Collette a, cette année une exposition considérable; des peintures à l'huile, onze dessins dans deux cadres, sous le titre commun : à la campacjne et une lithographie.

Et nos vaillanls paysagistes, l'honneur de l'Ecole française moderne, sa réserve de gloire artistique pour l'avenir! Pas un ne manque cette année au champ d'honneur ; vieux et jeunes, maîtres et élèves, les professeurs et les écoliers, les connus et les inconnus, les soleils qui se couchent dans leur splendeur, et les étoiles du matin, tous sont là progressant et maintonant leur

17â raiïg-suns défatllyoce. Les vétérans onl-ils foibli ? Pour moi, je préfère le Bol* inondé de M. Paul Huet à la Remue de CJwvreiùls de M. Courbet qui lui fait pendant. Tant pis pour Courbet s'il a voulu faire du Racine, je tiens pour le vieux Corneille.

M. Achard a-t-il jamais fait mieux que sa Cascade de Cernmfla-Ville ? On trouve Daubigny un peu lourd cette année : c'est qu'il porte son fils sur ses épaules ; mais patience, les oiseaux ont des ailes. Et Corot? secouez votre crinière rutilante et échevelée, allez l'amble ou prenez le mors aux dents, Vmis n'effacerez jamais le bonhomme : 11 a ce que vous n'avez pas, un morceau de soleil, de vrai soleil dans sa poche, il ne court ni ne s'arrête ; il ne sauto ni ne trébuche, et sans savoir pourquoi ni comment il est venu là, il est toujours en avant, il a des hardiesses naturelles près desquelles grimacent les hardiesses de convention. Il est toujours le premier et tout le monde lui pardonne sa place parce qu'il n'a pas l'air de le faire exprès. J'ai parlé de vétéran. La notoriété ancienne du nom donne à ce titre un droit aussi certain et même plus envié que l'âge ; qui ne se souvient des remarquables paysages autrefois exposés par M. Jules André que ses fonctions à la manufacture de Sèvres ont peut-être distrait pour un temps des préoccupations artistiques? M. Jules André a cette année au salon deux paysages que je trouve égaux, sinon supérieurs à tous leurs aînés. Bien que le panneau décoratif demande un certain agencement, un arrangement de convention qui contrarient un peu la sévérité et la finesse d'études du paysage ordinaire, c'est toujours du paysage. Voyez dans le grand salon les panneaux de M. Hédouin. Rien de plus charmant dans aucun temps n'est éclos sous son pinceau.

Après les vétérans, les vaillants déjà éprouvés. M. Nazon semble êire le premier, M. Hanoleau tient bon, M. Harpignies gagne du terrain, M. Blin n'en perd i)as, derrière eux marche ;j grands pas M. Chintreuil et si M. Bavoux semble s'être arrêté m chcmii:, il n'a |»as dit son dernier moi et je vois poindre à

l'horizon M. Privai, un réaliste qui, si je ne me trompe, dit son premier et en dira bien d'autres.

Nos paysagistes picards suivent l'élan donné. Un peu lourd, un peu vert, — les deux défauts de Daubigny père, cette année, — mais centfoi& plus picard que Daubigny fils, M. Emile Breton a vaillamment conquis sa médaille à côté de M. Masure, UB attire picard, élève de Corot qui fait des Marines dans Je midi en se souvenant parfois de sa patrie et de son maître, témoin le n' 1515, Marine aux environs d'Antibes. Sur les quarante médailles décernées, M. Masure a eu la dix-septième et M. Breton Ja dix-huitième. Quatre paysagistes seulement étaient avant eux : MM. Didier, Harpignies, Bellet etBIin. M. Carrier-Belleuse dans la section de sculpture et M. Saintin, pour ses dessins, ont également obtenu nne médaille. On a évidemment tenucompl* à M. Carrier-Belleuse de ses expositions^précédenies, supérieures -à celle de cette année en valeur et en importance. An-gelica aurait dû avoir la médaille d'honneur ; hors de là, il fallait s'abstenir. J'ai indiqué exprès les dessins de M. Saintin comme lui ayant valu la médaille, ceux-ci étant supérieurs aux études peintes de l'auteur. Est-ce esprit d'opposition ? Est-ce manque total d'esprit? — J'aime mieux Marthe qae Carmella.

Revenons à nos paysagistes. Si tous n'ont pas été médaillés, tous sont du moins en passe de le devenir, puisque tous progressent ou conservent leur rang. Ici les dessins viennent en aide à M. de Bar, dont la Matinée sur les bords de la Marne, m'a semblé froide et académique. Toutefois l'eau est traitée dans un sentiment explicable, c'est-à-dire daas un boa sentiment de nature. C'est aussi aux bords de la Marne que M. Cabuzel, de Bray-sur- Somme, quand il peint, va chercher ses inspirations. N'est-ce pas là que Daubigny a trouvé son bâton de maréchal ? Cherchez comme lui. Messieurs, vous trouverez de même.

Ou le trouve partom , ce fameux bâton doré, cassé dans un des rayons de la gloire. M. Desjardius, d'Amiens, le trouvera

dans la Creuse pour peu qu'il continue. Son exposition de cette année est excellente. Je me suis surtout arrêté longtemps et avec plaisir devant son Etable abandonnée ; aspect agréable, facture très-bonne et très-solide.

Ce n'est pas un talent classique que celui de M. Doyen, de Festieux. Ses Oies et sa Gardienne sont un peu ridicules. Corot et Harpignies ont l'air d'avoir peint de compagnie cette ébauche ou cette débauche de pinceau. Mais quelle lumière à l'horizon ! quelles excellentes qualités de réalisme et d'étude ! Que M. Doyen se recueille et ne consulte que sa propre manière de voir ei d'interpréter la nature ; qu'il soit surtout hardi et entêté, M. Doyen parviendra.

M. Dubois, de Fleurbaix, est parvenu, lui, à l'apogée de son talent. Son Chêne au bord de Veau, est une excellente et magistrale étude, un peu dure peut-être. Son Crépuscule est charmant. M. Hippolyte Fauvel, d'Amiens, paraît avoir modifié sa manière ; je dis paraît, car, par un fâcheux hasard, un de ses tableaux est accroché si haut qu'on ne peut le voir. Est-ce pour punir M. Fauvel, lui qui jadis faisait si grand, d'avoir fait si petit cette fois, qu'on l'a ainsi relégué? on aurait eu tort, car son Village de Casamicciolama paru très-joli, très-lumineux et interprêté à travers certains souvenirs du Nord qui témoignent de l'originalité de l'artiste. Heureux qui emporte la terre de la patrie à la semelle de ses souliers et ne s'amuse pas à la décrotter ! Je n'ai pas renoncé à ma marotte. M. Fauvel peut fonder l'école d'Amiens. Je n'ai pas vu l'Etang d'Orsay de M"« Géneau, de Boulogne. Le Village au bord de la Seine de M. Guillemer, de Senlis, a les qualités ordinaires de couleur et de lumière qui distinguent sou auteur. Un peu sec, M. Guillemer : les coloristes surtout doivent se défier de la sécheresse. Mieux vaudrait un peu de mollesse. Uempûtement est plus solide que le glacis, mais l'effet de celui-ci est toujours plus distingué. Affaire de procédé direzvous ? Soit, comme vous je fais bon marché du procédé, mais cachez-le.

M. Lemmens, de Senlis, est pliitôi un peintre de genre qu'un paysagiste. Ses Volailles sont un agréable tableautin. Dans Au bord de Veau, un peu plus important, la distribution de l'ombre laisse à désirer et le premier plan m'a paru uu peu obscur.

Le Gué de M. Oudry est original, bien que ses personnages aient un peu l'air de silhouettes.

Le Clair de Luneel les Gourbis de M. Saint-François sont peu importants et ne donnent pas l'idée de la façon de faire de , l'auteur de la Forêt Noire, exposée l'an dernier.

Bien que les éludes normandes de M. Thierrée, de Beauvais, ne soient pas beaucoup plus importantes, elles ont un aspect agréable et fin qui les l'ont distinguer entre les œuvres du même genre, toujours fort abondantes au salon.

|e n'ai pas \u les paysages de MM. Henriet et de Monnecove : mais j'ai ouï dire beaucoup de bien de la Prairie d'Arqués de ce dernier.

Il faut aussi ranger parmi les paysages les fusains de M. Beldamcel les aquarelles de MM. Bounefoy et Demaresi.

La Picardie deviendrait-elle un lieu d'éludés, et les paysagistes, fatigués des maigres bruyères de Bretagne et des gros pâturages de .Normandie, se mellraienl-ils au verl tendre des marais du Nord ? — M. Daubigny père fréiiuenle les bords de l'Oise, M. Bellel peint les bords du ïhérain, et si M. Daubigny fils brosse irop éiourdirnent une Picîirdie de convention, M. Geslin s'établit à Dominois pour étudier les tourbières delà Somme, et l'exposilion posiliiirae du rcgreilable Dulillcux nous montre une chaumière à Blangy. Les bords de la Somme sont pleins des motifs les plus fins et des coins d'éludé les plus charmants du monde. Avis aux Picards qui s'obstinent pour la plupart à ne pas vouloir prophétiser chez eux.

S'il y a (le.s chcCs-d'œuvres encombrants, que dire des grandes toiles ordinaires ? — Aussi les peintres d'histoire sont rares. Je n'en vois que trois dans le cadre que je me suis tracé, Scr. 23

MM. Genaille, Pille et Vély, encore le premier avec son Saint Louis et le dernier avec sa Mort (VJbel, ont-ils fait presque des tableaux de sainteté. Leur courageuse tentative mérite d'être signalée et applaudie. M. Michel (de Fins) a fait deux tableaux de sainteté pure, deux allégories mystiques qui, si j'en crois l'astérique qui les précède, sont encore la propriété de l'auteur. Rien n'est plus difficile à traiter que de pareils sujets, encombrés d'écueils de toute sorte. La vraisemblance et le respect sans sécheresse, la naïveté sans niaiserie, le sentiment sans afféterie, la foi sans emphase sont autant de conditions aussi nécessaires que rarement remplies. Je les trouve presque toutes dans les tableaux de M. Michel. La Sainte Communion surtout, m'a paru d'une facture large, les personnages sont bien posés et l'allégorie

défie la critique.

En revanche le genre tente toutes les palettes et envahit tous

les chevalets.

M. Bailly, qui avait autrefois fait quelques excursions dans l'histoire, expose des Vendnnçjea. C'est un tableau bien compris. M. Bailly s'est-i! souvenu de Breton ? Ne touchez pas à la hache.

M. Boinetdans son Intérieur campncjnnrd, un peu froid, mais accroché trop haut pour que j'aie pu le juger, s'esi-il inspiré de Lenain? qu'il continue.

MM. Berteaux, Boniface. Cazin, Delaruelle, s'exercent dans des genres divers, M"" de Brienne peignent gracieusement de gracieux sujets, M. Caudron évoque,- l'imprudent ! - un souvenir de Murillo, M. Cesson peint un Gioilo^ enfant, M. Craukà Venise de l'Adriatique se souvient de la Venise du Nord, M. Debras détache sur un fond gris un peu commun un Bravo rouge dont les jambes sont nues par un caprice du peintre, M. Delaltre expose un hiicrieur d'ccure d'un aspect un peu dur, mais d'une facL.re agréable et so=snée. M. Auguste Fauvel reste staiionnaire, M. Sinet est en progrès. M. Sirouy est toujours surtout un habile lithographe. Les PiffcranÙQ M. Lebel sout finement faits.

Dans les Bohèm'tenK de M. Porioii, la danspiise est vulgaire, l'homme qui pince de la guilarc csi bien posé. L'effet des hommes dans i'onibr.' e>l excellL'iit.

U Elude (le M. Chifilari est médiocrement réussie, en revanche son portiaii de femme est tiès-beaii et ircs-iumineux ; il a en outre deux belles e;iiix (urtcs.

Les poriraiis devieiuieiit rares; la pliotogi'aphie les a tués, tant mitux, ceux (pi'elle a mis à n)oi t ne méritent pas un regret. Le portcaii-c;.rlc est encore moins taquin que le porlraitcroûie. On peut ne jias ouvrir uu album, en tous cas on le ferme après l'avoir feuilleié; la politesse défend de tourner contre le mur I'.' cadre et la toile qui vous tirent des pétards dans les yeux. Un portrait qu'on accroche doit-être un œuvre d'art. A& Chifflart l'a bien compris. Ce sont aussi d'estimables œuvres que les portraits dus au pinceau de MM. Dieudonnc, d'Ourscamp, Leveau, de Saint-Quentin, Labuuret, de Laon, et Dehaussy, de Péronne. Ce dernier, entre autres, m'a paru fort bien.

Les dessins, pastels et miniatures sont plus nombreux que les portraits à l'huile. Signalons les noms et les ouvrages de MM. Berne-Bellecour, Debras, Dehaussy, (îenaiile, Leroy, Rousseau, Thierry. M™* Dallemagne a fait un pastel d'Abd-el-Kader^ M. Pille un dessin à la plume. Après la Messe.

M. Jeanrou est toujours le peintre de marine distingué que l'on connaît. Je renvoie M. Bénard à son Convoi des Naufragés. Son Sanvetacje à l'embouchure de In Tamise est lourd et empâté. Peut-être la nature a-t-elle jusqu'à un certain point cet aspect. Les Anglais, j'entends les modernes, ont ces duretés de pinceau. Mais quels coloristes exaspérés ! Pourquoi supporte-t-ou facilement certains défauts? pourquoi même les aime-t-ou comme des fruits défendus? parce que tel d'entre eux est l'envers d'une qualité, tt'l autre l'a peu près. Le défaut que l'on excuse est une défaillance et ne peut jamais être une négation.

Si la race des peintres d'histoire s'éteint, les peintres de nature morte pullulent. Le couteau, la pêche veloutée, le flacon à demi

plein, lo plnl de f:iï(^nce blpuo pl le citron nux Irois-quaris pelé dcroiil;iiii comme une :iii^!;iisi! éploréi' le lire-boudioii de sa papilloile j;innc, la gnippe de raisin avec la goiiile de rosée, la mouche irompc- l'œil, It; lièvre au croc, le poisson sur la lable de cuiisinc, — qui ne couuuil le Ihtme classi(iU(' el ses bana!es variations? C'est l'orgue de barbarie de la |)Cii.lurc, et la manivelle n'est pas difficile à tourner, el puis il taut bien décorer si salie à ujanger. Il y a encore des gourmands qui se régalent des yeux cl mâclieni à vide, et des chasseurs se consolant eu peinture des lièvies el des perdrix, [nan(pjés. l'iuire semaine. C'est une histoire à placer, une histoire illustrée con)nie les anecdotes de la presse à un sou ! la bonne aub..ine el la bonne occasion !

MM. Delmolle, Famchon, Lhermiite, Lholesont des peintres de nature morte, qui, je crois, ne se renl'ermenl pas excln^ivenient dans les limites du genre. Les deux, derniers avaient exposé l'année dt rnière do fort beaux fusains. M. Lhermitte a encore celte année une Forçic et des l\n}ues qui témoignent de son habileté à manier le crayon. M. Salingre parait avoir abandonné le paysage ; le seul tableau signé de lui porte : Naiitre morte.

M. Hippolyte Lucas est un peintre de fleurs. Son Panier de roses a de l'éclat, mais il est placé si haut que je n'en ai pu juger les détails.

M. Villeneuve a exposé une grisaille : Un fragment du Parihéiwn.

Si l'exposition de peinture a paru à quelques-uns une préface, la galerie de sculpture est pnsiiivement un salon d'attente. Reléguée dans un couloir froid, voilée d'un demi-jour quasi sépulcral, elle paraît se plaindre de son exil et regretter son beau jardin. Mdritail-elle vraiment d'ctie mise en pénitence? — Je ne sais ; mais elle a l'air résigné à son cachot, l'air victime, qui ressemble ainsi à l'air coupable.

Les bustes et les médaillons abondent. J'ai parlé de M. Carrier-

Bollpuse dont le buste en terre cuite de Gustave Doré est fînemeiii Ciiit. Ce sont aussi des bustes ol des médaillons qu'ont exposé MM. BL-rlaux, Borrel, Charles, Forceville-Duvelle, Lormicr et Louis.

MM Moignit'z et du Passage ont sculpté des animaux avec leur lak'ul ordinaire.

M. Nadaud a exposé le bronze de son Indien.

La véritable exposition de MM. Doublemard, Lévêque et Poitevin est à l'égUse de la Trinité, au jardin des Tuileries, et au Musée d'Amiens, où ces artistes ont exécuté des statues. Toutefois, constatons que le buste de C<quelin par M. Doublenlird est un petit chef-d'œuvre, et félicitons M. Poitevin qui semble marcher avec assurance sur les toits où j'avais peur de lui voir se casser le cou. Décidément, le diable au corps est nécessaire partout, môme en sculpture. Quelle folie ne pouvait-on pas faire avec le masque de ce pauvre Rouvière ! Comparé à l'Hamlet que nous avons vu, aux excentricités du famélique Trianon, le médaillon de Rouvière est un profil académique. 11 était si facile et si tentant d'être toul-à-fail fou, que toute retenue el toute sagesse est une marque suprême de goût et puis cette fois, l'œuvre allait à l'ouvrier, et l'ouvrier à l'œuvre. Courage, M. Poitevin 1

La section d'architecture renferme comme l'année dernière des dessins de MM. Corroyer, Gucrinol et Lcjcune.

Signalons en finissant une admirable lithographie de M. Soulànge-Teissier, le portrait de Mgr de Dreux Rrézé.

L'article 2G du règlement de l'exposition de 1866. portail que deux médailles d'honneur seraient accordées aux auteurs des deux œuvres les plus éminentes du salon : ces médailles attribuées aux œuvres de sections ditîérentes ou de la même section devaient être décernées par le vole de tous les artistes exposants précédemment récompensés d'une médaille.

Les 506 médaillés étaient convoqués le 28 mai.

Il fallait au premier tour de scrutin la ra;ijorilé absolue sur 16'.) siilTragcs au moins exprimés. Les bulleiius lilancs devaient être considérés comme la négation de tout mérite liansccndant et s'ils étaient en majorité, point de médaille d'honneur.

En cas de partage des voix, deux scrutins de ballotage décideraient toujours à la majorité absolue les 4 et 11 juin d'abord entre les dix artistes et ensuite entre les trois rcuuissanl le plus de voix aux scrutins précédents.

Aujourd'hui (1" juin) le premier vote a eu lieu. Point de majorité absolue. 59 bulletins blancs.

Le résultat général est significatif. On le comprend, en effet, en dehors de toute coterie, il n'y a vraiment pas au salon d'œuvre qui s'impose et qui prenne d'autorité la première place.

Ou explique moins le rang et le nom des élus du petit bataillon des 10.

Ce sont MM. Bonnat, Carpeaux, Lévy, Bonheur, J. Robert, Fleury, Corot, Fromentin, Dubufe, Gumery, Gérôme.

M. Gumery est un artiste estimable et soigneux, et s'il faut absolument une médaille à la sculpture, M. Carpeaux seul est en ligne pour l'obtenir celte année.

Mais cette partie isolée d'un ensemble monumental est-elle un chef-d'œuvre hors ligne? — La sculpture doit prendre à son compte cette année plus de la moitié des billets blancs.

Je ne dirai rien de M. Bonnat. Je n'ai pas ses tableaux assez présents devant les yeux pour les discuter. M. Bonnat me prend à l'improvisto, je ne pensais pas à lui.

Je comprends les votes donnés à M. Lévy. Relativement à ses œuvres ordinaires M. Lévy a cette année une exposition hors ligne. Il ne faut pas juger cet artiste sur son tableau du Musée d'Amiens. M. Lévy est un ancien prix de Rome qui fait mieux que cela d'ordinaire et qui a prouvé cette année qu'il pouvait faire toul-à-fait bien.

Les grands paysages de M. Bonheur sont dans une gamme

déplaisante ; mais leur aspect est vraiment magistral. II y a effort et progrès. M. Bonheur a un nom aimé. La médaille du frère ferait un pendant assez logique à la croix de la sœur.

Si le nom a servi à M. Bonheur, il a nui à M. Tony Roberl- Fleury, le fih de M. le Président du Jury, du directeur de l'académie, à Rome ! Gardons noire indépendance et dérobons nos voix. Qui peut se flatter de ne pas caracoler sur celle mule rétive qu'on appelle l'opposition ? Si l'avenir doit entrer en ligne de compte dans le mérite à récompenser, nul n'a plus de droits à la médaille d'honneur que M. T. Kobert-Fleury. *M. Coiot. Tout ce que vous voudrez, même ei surtout une grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1867.

M. Fromentin. J'aurais parié pour M. Fromentin contre le champ. J'aurais perdu.

M. Dubufe. Le champ contre M. Edouard Dubufe. Encore perdu.

M. Gérôme. Le dixième ! et 39 bulletins blancs 1 M. Gérôme, l'enfant gâlé, le premier membre du Jury, nommé à la presque unanimité ! devant celle porte de Mosquée si jolie, malgré le malencouireux tumeur et l'uniformiié deslèies coupées ! devant celte porte qui fait penser à Décamps... perfectionné! Il est vrai que celle Cléopâlre est bien désagréable. Mais après M. Dubufe ! quel aspic elle réchauffait dans son sein !

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