‹ Scrap-bookChapitre 25 sur 29 · VU · texte numérisé non relu

VU

La bataille est linie, et la foule s'attroupe Près d'un soldat ; la balle a traversé le cœur. Le Mort semble sourire. — il appelle sa sœur Ou sa mère, — dit-on quelque part dans un groupe.

Lui ! — dit un caporal en achevant sa soupe, -—

il est mort sans souffrir ; a-t-il eu du bonheur !

Père et mère oubliés, tombés au champ d'honneur,

Tombé comme eux ! — chanceux comme un enfant de troupe.

Bon caporal, tu crois qu'il est mort sans regret?

Philosophe, t'a-t-il confié son secret.

Ce mort, dont le trépas semble te faire envie?

On peut n'avoir, ni sœur, ni mère, ni berceau. Ni d'autre amour au cœur que celui du drapeau. Et pourtant murmurer en mourant : oh ! la vie !

C'était en Normandie, an temps de la potence ; On allait procéder à l'exécution D'un larron, tout d'abord mis à la question, Ainsi qu'on le faisait aux voleurs d'importance.

Tout prêt à lui signer sa dernière quittance. Un capucin perdait son exhortation ; Disloqué, demi-mort, sans absolution, L'homme mourait aveugle et dans l'impénitence.

Il demeure muet la hart au col, pourtant

Il jette un regard trouble au moine qui l'exhorte,

— Repentez-vous, mon tils, vous êtes à la porte

Du Paradis, Dieu l'ouvre au larron pénitent.

— Soit. — Absolvo. — Mou père, et si la corde casse, iN'est-ce pas qu'au pendu la loi donne sa grâce?

Un saint allait mourir, le saint le savait bien ; Du vieillard Siméon, comme un prophète antique. Il avait dès longtemps achevé le cantique. Il espérait beaucoup et ne regrettait rien.

Quand le prêtre eut fini son dernier entretien, Et qu'il eut au mourant donné le viatique, Sa bouche rayonna d'un sourire extatique. Or, voici ce qu'à Dieu disait le vieux chrétien :

Je vous rendrai, Seigneur, votre aimable visite A l'église au printemps ; j'irai bien jusque là. Et vers l'azur du ciel son âme s'envola.

Mais, au premier coup d'aile, effarée, interdite, Libre dans l'intini qui n'a point d'horizon, L'ûrae espérait passer l'hiver dans sa prison.

Quand la tombe est ouverte, et que l'heure est venue, Que ne ferait-on pas pour être racheté Et vivre, — fùl-ce au prix de quelque lâcheté, Si cette lâcheté demeurait inconnue?

De deux proscrits, l'un meurt, poitrine et tête nue. Martyr de la lumière et de la vérité, L'autre, au prix d'un mensonge obtient sa liberté, El plein d'honneur, attend la vieillesse chenue.

Ce bon vieillard, sceptique alors, chrétien depuis. N'a point été parjure au demeurant , et puis Il raconte si bien le trépas de l'apôtre.

A côté du martyr, la tête et le cœur haut, D'héroïsme alTolé, je monte à l'échafaud. Et puis tout doucement j'en descends avec l'autre.

Moi qui vous parle, un jour je verrai le mystère, J'en suis sûr., et pourtant.. — Il meurt unmien parent,

— C'est vieillesse; — un second, — le cas est différent. Imprudence; — un ami — c'est mal héréditaire;

Un cousin, — beau miracle ! il était militaire ; Mon médecin, — il prit la pesie d'un mourant... Je suis au cimetière assez indifférent.

Je ne crois pas mourir comme ceux qu'on enterre.

— Chaque billet de mort ne te semble-t-il pas Un avertissement de l'huissier du trépas.

Qui dit : Un tel est mort et tu mourras toi-même?

— Je te trouve stupide à force de vertu, Lamentable et surtout d'une insolence extrême. Lettre de croquemorl..., je mourrai? — qu'en sais-tu 1

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0 démenti stupide! espérance rebelle !

Ne ferme pas les yeux pour douter de la loi, Regarde bien la peur en face, devant loi, El lixe franchement l'inconnu qui t'appelle.

Trois séjours sont promis à noire àme immortelle. L'Enfer, le Purgatoire et le Ciel ; Ion elïVoi N'est-il pas striclement limité par ta foi ? Devant lequel des trois ton àme tremble-t-elle"?

L'Enfer? — Non, je le hais, mais je n'en ai pas peur, Le Purgatoire? — Non, tel que je le soupçonne. Le martyre en est doux, on y sent la couronne

Le Ciel ? — Je n'ai jamais, sans profonde stupeur. Songé que je mourais, même en étal de grâce. Et que je voyais Dieu tout-h-coup, face à face.

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