QUESTION D'ARGENT
Chacun en parle; chacun en médit. Les hypocrites affichent le mépris des richesses ; les honnêtes gens hésitent ; les déhontés se précipitent à la curée : mais tout le monde à la fièvre, tout le monde bâtit des châteaux en Espagne et rêve de chimériques Californies. Les pêcheurs en eau trouble ont beau jeu. Ils en profitent et trichent encore, comme c'est leur habitude.
On se fait des plans de munificence ou d'économie. A peine eston parvenu au but de ses désirs, que l'on devient avare ou que l'on jette son argent par les fenêtres. On se pavane dans son habit
doré , ou on le met à l'euvers pour s'abriter sous les haillons de la doublure.
Que doit donc faire l'honnête homme riche ou enrichi qui veut sauver son honneur et son àme et diriger sa barque au milieu des rapides du Sacramento?
Se rappeler cette formule d'un philosophe chrétien :
L'argent est le pire des maîtres et le meilleur des serviteurs.
lA FIN DU MONDE.
Sonnera-telle au moment fixé par les prophètes d'almanach , cette terrible dernière heure du genre humain et la comète perdue sera-t-elle le marteau qui doit en frapper l'épouvantable coup sur le cadran de l'éternité ?
J'en doute et vous en doutez aussi.
Elle sonnera pourtant et le vent de la ruine universelle dispersera bien des oripeaux et bien des vanités.
Vanité de la coquetterie et de la toilette ; vanité du luxe de toute sorte ; vanité du superflu.
Vanité de ce qu'on regarde aussi comme le nécessaire ; vanité de l'ameublement , vanité de l'habit, vanité de l'argent.
Que de déceptions amères ! que de regrets inutiles !
Mais nulle déception plus amère,nul regret plus inutile que celui du poète et du glorieux quel qu'il soit, qui comptait sur la renommée posthume et faisait ti de la proie du présent pour se complaire dans l'ombre de l'avenir.
Gloire posthume, —fumée sans feu.
Scr.