D'ORIGÈNE
Les différentes matières que nous venons de traiter doivent faire sentir que lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, l'original des livres saints du Vieux Testament se trouvait à couvert de ces altérations dangereuses , que l'ignorance et la malice humaine auraient pu y introduire pendant lout le temps que dura l'économie mosaïque. Les promesses que le Sauveur a faites à son Eglise , la nature de l'ancienne dispensation, les monuments de la nation judaïque nous ont présenté des preuves toutes analogues à ce grand obîet. Elles nous ont paru les plus capables de nous rassurer sur un point qu'il importe tant à la religion de mettre hors de toute atteinte. La tradition est venue quelquefois à notre secours. En un mot, nous avons tâché de ne rien oublier d'essentiel pour que lout concourût à constater l'intégrité et la pureté de ce texte de nos Ecritures , dans l'intervalle de temps que nous nous sommes prescrit. Les siècles que nous allons envisager, embrasseront des matières également intéressantes.
Quelques-unes des considérations que nous avons déjà touchées , quoique assez rapidement , paraîtront
anticiper sur l'époque dans laquelle nous aurions dû nous renfermer; c'est qu'elles étaient en quelque façon trop liées aux autres pour les séparer: elles serviront comme de préliminaire à lout ce que nous avons dit touchant Téiat d'intégrité où étaient nos Ecritures hébraïques avant et après la capliviié de Babylonc. De ces considérations générales nous avons même tiré des conséquences, qui peut-cire eussent été mieux placées sous la seconde époque ; c'est encore qu'elles étaient dépendantes du sujet, et qu'elles étaient trèspropres à montrer tout l'odieux des principes opposes. Ces diverses preuves réunies ensemble auront donné plus d'appui aux remarques que nous avons faites dans noire premier mémoire sur la pureté de nos originaux sacrés.
Avant de nous occuper entièrement des siècles qui nous restent a parcourir , et afin de ne plus revenir sur nos pas ; examinons d'abord si les Juifs qui vécurent dans les premiers temps du christianisme eurent ^utanl de zèle pour la conservation de leurs livres 6aints, qu'en avaient témoigné leurs ancêtres. De cette question nous passerons à d'autres principes qui a*
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sûreront de plus en plus à nos divines Ecritures hébraïques toute leur intégrité essentielle.
Je ne disconviens point que plus d'un auteur (1) n'ait écrit que les SS. Pères ont accusé les Juifs des premiers siècles du christianisme d'avoir corrompu leur propre texte hébreux en haine de la religion chrétienne ; mais l'extrême délicatesse des Juifs de tous les temps sur l'Ecriture sainte , dément absolument ces sortes d'accusations. Ceux des Pères (2) qui paraissent avoir fait de pareils reproches , ne jugeaient de ces prétendues altérations que relativement à la version des LXX interprètes, qu'ils comparaient avec les traductions grecques d'Aquila , de Théodotion et de Symmaque, dans lesquelles ils trouvaient des endroits dignes de leurs animadversions (3).
C'était un sentiment presque généralement reçu des Pères de la primitive Eglise, que la version des Septante avait été faite par une inspiration spéciale du St.-Esprit. Aussi la plupart de nos anciens docteurs la regardaient ils comme l'unique règle de leur dispute contre les Juifs. Ceux ci au contraire , selon la remarque de M. Simon (4) , opposaient constamment l'exemplaire hébreu comme l'original auquel il fallait avoir recours pour décider les questions qui étaient en controverse. De là on s'imaginait que tout ce qui était dans celte version , et qui ne se trouvait point dans le texte hébreu, avait été malicieusement retranché par les Juifs. En considérant l'état de la question sous ce point de vue, qui est le seul véritable , il n'est
(1) Je connais peu d'auteurs qui aient plus fait valoir celte accusation , et qui aient recueilli sur cette matière plus de passages des SS. Pères, et même des docteurs catholiques anciens et modernes , sans en excepter encore les protestants, que l'a fait de nos jours le P. Bonavenliire Selaro, franciscain réformé. Pour ne point surcharger mes remarques de citations, ce sera assez de renvoyer à l'ouvrage de cei écrivain, dont je dirai bientôt un mot dans une de mes notes. « Triplex Biblico-Crilica demonslratio, in qua Biblia Sacra vnlgalae editionis Sixti Y jussu recognila, et démentis VIII aucloritate édita, non viliosa demonslratur adeo ut sit probatu difficile, vel unicum inendum in ea reperiri correclione dignum , adversus neotericos crrtkos heterodoxos dignitatem ejus frustra insecrantcs,elucubrata a B. P. Bonavenlura (Setaro), a Magdalono, lect. emerit PP. Reformât. S. Francisci provinciae Neapol., Vcneliis 1760 , cap- 1 , § 2 , 3 et 4 , pag 104, seqq.
(2) S. Justinus martyr. Dialogus cum Tryphone, oper. edit. Paris. 1615, pag. 297, B; S. Iraneus, lit). IV advers. liserés., cap. 25, oper. edit. Colonial Agrip. 1596, pag. 542 ; Terlullianus , de Habit, millier., cap. 5. tom. Il, oper. edit. Paris. 1608; Origenes, homilia 12 in Jerem., lib. I contra Celsum , et in epislola ad Africanum , oper. edit. Paris. 1608 , loin. I, pag. 585, F.; tom. Il, pag. 425 , C, et ibid , post ejusd. Philocalia , pag. 58, L. ; et autres Pères dans l'ouvrage que je viens d'alléguer du P. Selaro , dont j'emprunte ces citations. Il aurait pu y ajouter Euseb. Hislor. ecclesiasl., lib. IV, cap. 18, pag. 180. Voy. Rob. Bellarmin., de Verbo Dei, lib. Il, cap. 2, Brian. Wallon, Prolecjomena , cap. 8, § 2, pag. 39.
(3) Voy. Prœfalio editioni romance LXX interpréter prœmis&a.
(4) Histoire critique du Vieux Testament , liv. 1 , ch 17, pag. 100.
ÉLATiON. 562
point difficile de rendre raison des reproches que les Pères semblent faire si fréquemment aux Juifs de leur. siècle d'avoir falsifié l'original de nos Ecritures de l'Ancien Testament.
Dans ces mêmes siècles du christianisme les Juifs se voyaient encore extrêmement pressés par les docteurs chrétiens , qui ne cessaient de leur opposer des passages très-précis tirés de la version des LXX. Ils s'attachèrent donc plus que jamais à examiner la vérité de celte version de laquelle s'étaient servis jusqu'alors ceux de leur nation qui étaient dispersés parmi les peuples delà domination grecque. Ils firent plus: ils crurent devoir récuser l'autorité d'une traduction où les SS. Pères trouvaient des armes si propres aies terrasser ; et pour éluder en quelque façon la force des preuves que les chrétiens y puisaient , ces mêmes Juifs qui suivaient ce texte grec de nos Ecritures, leur opposèrent bientôt d'autres traductions grecques qu'ils firent sur l'hébreu, telles qu'éiaienl celles d'Aquila , de Théodotion el de Symmaque.
Comme la seconde version d'Aquila , dont les Juifs faisaient beaucoup d'estime (1), pervertissait (2) da.s
(1) Sic enim Arjui!a,hebraicae dictioni servîens, reddidit quem Judaci Scripluram studiosius inlerprelatum essecredunt, et quo maxime uti solcnl hebraicœ lingue imperili , utp< le c:rteris omnibus melius sensutn assecuto ; digenes, ep'nlola ad African., operum, (om. I, edit. Paris 1753, pag. 13, seq. ; Ilumpliredus Hody, de Textibns Bibliorum originalibus et deversione Vulgata , lib. III, part. I, cap. 1 , § 5, pag. 577.
(2) Je n'en citerai ici qu'un seul exemple assez remarquable au sujet de la célèbre prophétie d'isaïe, chap. VII, vers. 14; l'original hébreu porte : i Ideo dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Virgo pr;vgnans et pariens filium , et vocabis nomen cjus Emmanuel. » Ce qu'Aquila el Théodotion ont rendu de la manière suivante : < Propterea dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce adolescenlula in utero concipk et paril filium , et vocabis nomen ejus Emmanuel. » Les LXX portent : c Propterea dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce virgo in utero concipict et pariet filium, el vocabis nomen ejus Emmanuel. > Noire Vulgate a rendu parfaitement le sens de cet oracle. < Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce \irgoconcipiet et pariet filium , et vocabitur nomen ejus Emmanuel. > Symmaque n'a pas été plus sincère qu'Aquila et Théodotion en traduisant comme eux le mot de TO^y par celui de Neavfe , terme susceptible d'une double signification, et qui élude par conséquent toute la force de l'oracle. Ces interprètes eussent dû conserver le Tzocp6é-Joç des LXX, qui signifie une Vierge proprement dite. Ainsi les SS. Pères avaient raison de réclamer contre cette façon de traduire. S. liénée enire autres dit (adversus hœreses lib. III, cap. 14) que cette traduction est absolument fausse : Non est vera inlerpretatio : Ecce adolescenlula , ut Théodotion Ephesius el Aquila Ponliciis sunt interpretali. Hinc Ebionœi ex Joseph natum aiunt.
Je ne puis déguiser que S. Jérôme a dit, en pariant de la version d'Aquila, que l'ayant confrontée avec le texte hébreu pour voir si les Juifs n'auraient rien changé dans les Ecritures en haine de Jésus-Christ , il avoue ingénument qu'il y trouve bien des choses propres à confirmer notre loi : Jam pridem cum voluminibus Hebrœorum editionem Aquilœ confero , ne quid forsitan propter odium Christi synagoga mutaveril : ett ut amicœ menti fatear , quœ ad noslram (idem pertinéant roborandam plura reperio. Epislola 24 ad Marcellam, orer. tom IY, part. II, col. 61, edit. D.
m DES TiTKfi
certains e!;droils le véritable sens que les LXX avaient attaché aux oracles des prophètes, les Pères prenaient de là un motif suffisant de se récrier contre l'infidélité ds celle nouvelle traduction, qui, pour êire trop litté raie, devait êire nécessairement obscure et présenter des idées susceptibles de fausses inlerprélations.
11 ne s'agissait donc point , dans cctle controverse entre les Juifs ei les docteurs chrétiens, si les premiers avaient effectivement corrompu les textes originaux de nos Ecritures ; l'objet de la dispute roulait seulement sur les traductions qu'en avaient faites les Juifs (1). C'est en ce sens que les Pères pouvaient très-bien les accuser de pervertir nos livres sacrés. Ne serait ce point aussi un reproche qu'on pourrait faire avec toute justice aux Juifs de nos jours? Ignqre-l-on que dans leurs versions, comme dans leurs commentaires ils ne cherchent qu'à énerver la force des termes ainsi que le poids de> témoignages
Martianci. Ce S. docîeur était assurément un excellent juge sur cel:e matière. Il avait sous les yeux la version d'Aquila, dont nous n'avons de nos jours que des fragments échappés à l'injure des siècles : ce qui est cau>e qu'il nous est presque impossible de bien apprécier le vrai mérite de celle ancienne version. Cependant S. Jérôme lui-même n'a pas éié trop constant dans le jugement que je viens d'en produire ; c'est qu'il avait trouvé Aquila en faille dans plus d'un endroit de sa traduction. Le témoignage favorable qu'en a porté le S. docteur prouve toutefois qu'Aquila s'était piqué de traduire littéralement son lexte hébreu ; et que pour ne pas paraître faire violence à l'original , il se vil obligé de laisser dans sa vors-on bien des passages très-avantageux aux ciiréiicns. On peut dire la môme chose des deux autres traductions de Théodolion cl de Symmaquc. Je ne nierais donc point, après quelques Pères , que la version d'Aquila ne fût en général assez exaele ; mais je ne vois pas aussi comment on oserait se refuser aux témoignages de toute l'antiquité ecclésiastique , qui a tant blâmé la môme version. ( Yoy Cuidelm. Cave Scriptorum ecclesiast. hisloria Utteraria, edit Oxoniens. 4740, tom. I, pag. 54- ). Le savant père de iMouii'aucon en convient lui-môme, tout porté qu'il est à excuser Aquila, dans ces beaux Prolégomènes qu'il a mis à la tôle de son édition des llexaples d'Origène (cap. A , pag. 49. ) Il est donc vrai de dire que si les Pères se sont tant récriés contre la version de ce déserteur du chrisiiauMuc, c'est uniquement parce qu'il l'avait entreprise pour s'inscrire eu faux contre l'anlorité de ceriains oracles qui conservaient toute leur force dans le lexte hébreu, comme dans la version des LXX; ettjue son but était de décréditer celte dernière version, dont les Pères se servaient avantageusement contre les Juifs de leur sjècle. Ceia n'empêche pas , qu'à l'exemple d'Ongène , Eusèbe de Çésaréc , Théodore, S.Jean Clirysoslome, Théodorel, Procope, et même tous les plus savants Pères de l'Eglise grecque n'aient eu souvent recours à la version d'Aquila. ils n'ont fait que ce que de bonscriliquos doivent faire en semblables occasions. Ils l'ont encore louée comme étant plus claire et plus exacte que celle des 70 pour exprimer la force des mois hébreux; mais ils n'ont pas prétendu que celle iraduelion fût exemple de ces défauts que nous lui reprochons avec tant de justice, (i) Le savant Huet observe qu'Origcue se plaignait que les juifs avaient corrompu à dessein li s exemplaires des LXX. Nul. ad Origenem in Jc.rcmiam, honnlia 16, operum. loin. III, pag. 254; couler. S. Justini Martyr. Qialogus cum Tryplione, § 71, operum edit. Paris. 1742, pag. 1G9, Le P. le Quicn , VAnli- <Vtfiiê des temps déduite, chap. 2, pag. 57 et suiv.
que nous présentent les prophéties en faveur du Mes sie, quelque attentifs qu'ils soient d'ailleurs à conscr* ver leur texte hébreu avec la plus scrupuleuse exacte tude? Il y a bien de la différence cuire falsifier l'original et détourner le sens de l'Écriture pour s'attacher à des interprétations forcées, Quiconque est un peu au f.iit des livres des docieurs juifs anciens et modernes sent toute la force de ce raisonnement.
Ainsi, l'accusation des Pères était d'autant plus fondée, qu'Aquila (1), Théodolion, Symmaque, n'avaient
(I) 11 était de Synope, ville du Pool. On rapport* de loi qu'il lut d'abord fort adonné à l'astrologie et même à la magie de ces temps-là. Frappé dos miracles qu'opéraient les chrétiens, il embrassa le christianisme. m::is dans des \\h^ tout humaines. Averti charitablement par les ministres du Seigneur, il dédaigna de rentrer dans le devoir, aussi se vit-on forcé de l'excommunier et de le chasser de l'Église. Pieu loin de le ramener à lui-même, ce châtiment né fil que l'irriter de plus en plus contre l'Église de J.-C. Il eut le malheur de renoncer entièrement à la foi des chrétiens et se jeta dans le judaïsme, qu'il professa publiquement en se faisant circoncire. (Yoy. S Lpiphanius, de Pmderibm et Menmris, § 15, operum loin. Il ex reeensbmoPoiavii, Paris. 1622, pag. 17; Euihymius Zigabenus, Prafutio in Psalmos , in 1er varia sacra Siephani L-unoyne, tom. I, pag. 192.) S. Jérôme nous apprend , dans son comment ure sur le VHP chapitre d'isaïe, qu'Aquila étudia sous le fameux rabbin Akiba, un des plus çéièhres docteurs que les Juifs eussent alors. Le disciple fit sous ce maître, Ircs-emporlc contre le christianisme, tant de progrèsdans la langue hébraïque et la connaissance des livres sacrés, qu'on le jugea bientôt capable d'en donner une version grecque (Epiphaniu's, l«c. cit.). Aqîiiila en lit d'abord une traduction . la douzième année de l'empire d'Adrien , l'an de Jésus-Ci. risl 128. Peu content de ce premier travail, il le retoucha et publia une seconde version, qui en effet ciait bien plus correcte, mais il s'y attachait servilement à son lexte, soit que le génie hébreu le permît, soit qu'il y fût contraire ; eU'ona dit que ce; te version était plutôt un dictionnaire des mots hébreux qu'une iraduelion, souvent plus obscure que le texte môme. (Voy. Richard Sinon, Histoire critique du Vieux Testament, liv. H, ch. 9, pag. 255; Priçleanx, Histoire des Juifs, pari. II, liv. I, tom, 111, pag. 8~> ) Aussi était-elle barbare dans bien des endroits, comme l'observe S. Lpiphane (loc. cil., § 2). S. Jérôme en a porté différents jugements. Prœfut. in Chronica Eusebii; Prœfal. in lib Job.; Commentai-, in cap. XL1X Jsaiœ; Lib. de opliiho Qenere interpretandi, ad Pumnmchium ; Episiola ad Damcuum ; altéra ad Marcellam; cl alibi, operum edit Paris. 1603, seqq., cura doi.n Marlianaù, lom. I, col. 795, loin. II, pari. I, col. 5G7 et 707, lom. III, col. 552, loin. IV, part. II, col. 61, 255. Yoy. aussi Çricjenis episiola ad Africanum , operum loin. I, pag. 15, scq. ; et Pliiloculia, cap. 11, edit. Canlaltrig. 105<^, pag. 4-i, siveejus Commenlar. in Ce* nés., oper. loin. Il, pag. 22; Joan. Albert., Fabricii Dibiwlh. Crœcw. lib. III, cap. 12, § 8, vol. II, pag. 552, seqq ; Joan. Cotthd» Carpzov. Criticœ sacrn part. II, cap. 5, § 2, pag. 555, seqq.; Guiileim. Cave, Scripiorum ecclcs. iiist. Litterar. tom. I, pag. 5-4; Joan. Chri» sloph. Wollius, Biblioth. hebrœœ pari. 1, vol. I, pag. 058, seqq.
Théodotion naquit à Ephèsc, au rapport de S. Irénée (Atlvers. hœreses, lib. III, cap. 1\ , operum edit. Paris. 1710, pag.. 215) et d'iïusèbe (Uistor. ecclesiast. lib. V, cap 8, pag. 221); d'autres le font natif de Synope, ville du Pont (Yoy. Humphrcd. lloily, loc. cil , pag. 579; Guiileim. Cave, loc. cit. tom. I, pag. 78; Joan. Albert. Fabrkius, uli supra, pag. 53*). On prétend qu'ii fut disciple de Talien (Voyez Fevardenlii
entrepris leurs versions que par un des ein formelle plaire à leurs sectes et de détruire, s'il leur eût été
Noiœ ad càp. U henm, papr. 136; Joan. Ain. Fah.ic loc. cit., pair. 556). ensuite de Marcion (Epiphaliius'lnç. cil., § 27; Eutliymius Zigabonus, loc. cit., pa<* ' 195), êl même ébionite (Ilieronyrnus in Caialogo Scriptor.ecclesiast., ubi de Origene ; Comment in cap. III Habacuc, oprr. loin Iîl , col. 1053 ; Suidas, voce ùpt-ibnu et :ilii Paires). 11 est dit qu'il abandonna toutes cc< sonos pour passer dans le judaïsme, qu'il paraît avoir professé lo reste de ses jours (Epipbanms.ibid.). S. Jérôme [Prœfat. Commcniar. in Daniel, oper. tom. III. col. 1635) doute toutefois s'il s'attacha réellement ail judaïsme ou s'il ne suivit pas les erreurs d'Ebion. Qu»inuM en soit, il l'appelle aillons un demi-juif et nu hérétique qui judaïse. Tel était le caractère des ébionites : ('étaient de faux chrétiens qui, outre leurs erreurs touchant le Messie, qu'ils disaient être ne de Joseph, retenaient les cérémonies de la loi de Moïse. Théodotion apprit la langue hébraïque, qu'il cultiva avec tant d'ardeur, qu'à l'exemple d'Aqmla on lui vit entreprendre une version grecque de l'Ecriture. 11 paraît qu'il prit pour modèle la traduction des LXX, qu'il suit ordinairement pas à pas, si ce n'est dans les endroits où il juge qu'elle s'éloigne de notre origin 1 hébreu. Sa version n'est ni trop libre, comme celle de Symmaque, ni trop littéralement attachée à son texte, ainsi que l'était la traduction d'Aquila (S. llieron., Prœfat. in iib. Job; in Evangelium; in Chrome. Eusebii ; in P'sWer.; oper. tom.'l, col. 795, 1219, 142S ; Pridemx, Histoire des Juifs, part. Il, liv. I, tom. III, pag. 8i). Le célèbre P. de iMonlfaucon observe (Prœliminarïa in Ilexapla Origenis a se edila, cap. 7, pag. 57) que Théodotion se montre moins versé dans la langue hébraïque que les deux autres interprètes; mais cela n'empêcha pas que les chrétiens ne l'estimassent cl ne leur préférassent sa version. Tout odieux que leur devait être sa personne, ils profitèrent de son travail et lurent publiquement dans l'église sa traduction du prophète Daniel. On sait encore combien Origcnc faisait de cas de la version de Théodotion, de laquelle il se servit pour remplir,dans ses Hexaples, les lacunes et les vides qu'offrait son exemplaire des LXX.
Un savant a cru que celle version de Théodotion avait paru l'an 175 de Jésus-Christ, vers le temps que Commode fut déclaré successeur de l'empire par Marc Aurèle, son père. Emiserit itaque interpretationcm suam Théodotion anno 175, scripserit noster (Irenams) anno seqnenli \lQveleliam\ll,jam cohœrcbunt omnia, dit Dodwel dans ses Dissertation, in lrenœum, cdil. Oxonii 1681), di sert. 4-, § 61, pag. 577; Yoy. Jean. Ernest. Crabe, Prolegomena in lrenœum, p 14. 11 est certain (pie celle traduction existait avant que Symmaque entreprît la sienne, comme le dit S. Jérôme dans son commentaire sur le chapitre 58 d'Isaïe. C'est donc une erreur dans les anciens comme dans quelques modernes qui ont cru que la version de Symmaque était antérieure à celle de 'I héodolion. Quoiqu'il soit douteux en quel temps il faille précisément placer celle-ci, on ne peut nier toutefois que Théodotion n'ait dû la faire avant Tannée 176 ou 177, puisque, selon le sentiment le plnsMiivi, S. Iténée composa alors son ouvrage contre les héré-ies,dans lequel il est l'ait mention du travail de ce traducteur. (Yoy. Guillelm. Cave, loc. cit., pag. 66 et 78.) L'illustre lluet a soutenu (de claris interprelibus , pag. 155) que Théodotion a\ail laissé deux versions grecques de l'Ancien Testament; mais celle opinion esl dénuée de preuves. Sans recourir à la correction que le savant llody Hoc. cit., pag. 584) donne d'un passage de S. Jérôme : qui pourrait appuyer ce sentiment, il vaut mieux dire que le saint docteur n'a eu on vue, dans cet endroit, que la seconde version d'Aquila (Joan. Alb. Eabricius, V.li supra, pag. 556).
Symmaque était né en Samarie cl vivait sous l'eni-
DL LA RÉVÉLATION 560
possible, l'autorité du texte grec des LXX. Les deux
premiers avaient uniquement travaillé leurs versions pour les Juifs, déjà intéressés à décrier cette même version ; Symmaque n'avait eu en vue que de favoriser la secle des ébionites, dont il suivait les erreurs. Q ielles qu'aient é:é ces trois versions dont l'on a porté divers jugements , cl que nous ne pouvons apprécier de nos jours que par des fragments qui nous en restent, l'on doit sentir que de tels travaux, entre» pris dès les premiers siècles de l'Église, de même que les disputes qui y donnèrent occasion, durent nécessairement contribuer beaucoup à maintenir l'intégrité du texte hébreu : les juifs et les chrétiens y avaient le plus grand intérêt.
Les Juifs de ces âges furent si éloignés de commettre de pareilles infidélités, que Tryphon ne pouvait dissimuler son étonnement de ce que S. Justin semblait soupçonner les Juifs d'avoir corrompu le texte hébreu. Ce reproche était si sensible à Tryphon, qu'il considé-
pire de Septime-Sévère. qui usurna le commandement delà république romaine, l'an 103. Il fut d'abord élevé dans la secte des samaritains (Epiplwn., loc cit., §16); son ambition l'éloigna de celte secte, parce qu'il n'avait pu occuper les premières charges de ceux de sa nation, auxquelles il aspirait. H se réfugia chez les Juifs et se fit. circoncire de nouveau (Epiphan., ibid.; Eulhvmiiis Zigabenus, Prœfut. in Psalm. inter varia Sacra Steph. le Moyae, loin. I, pag. 192) . ce qui paraît incroyable à S. Augustin (libr. contra Cresconium, in Diomjs. Pelavii animadversionibus ad Ubros Epiphanii de Mensur. et Ponderib., pag. 400, ab eod. recensitos; couler. Joan. Alb. Fabricius, loc. cit., § 10, pag. 556, not. h ). Il quitta ensuite le judaïsme pour suivre l'hérésie des ébionites, dans laquelle il pcrsMa (tëusebius, Hisl. eccles. lib. VI, cap. 17, pag. G278). Dans la traduction grecque qu'il entreprit des Écritures, bien loin de s'attacher servilement à son texte, comme l'avait fait Aquila , il eut principalement eh vue de rendre le sens de l'original , qu'il développa, à la vérité, toujours avec élégance, mais qu< lquclois avec trop de liberté; aussi, sa version n'était-ellc pas sans défauts, quoique S. Jérôme en ail fait beaucoup d'éloge (Non solet verborum xaseo^Kow , sed inletligcntiœ ord'utem sequi ; Ilieronyrnus, Comment, in Amos I î I , oper. tom. III, col. 13!)3; couler', ejusd. Comment, in cap. Y et XXVI Isaiœ, oper. loin, cod, col. iy; Quœst. in Gènes., oper. tom. Il, part. 1, col. 5l0 ; Comment. in cap. 9, Ecclesiast., ibid., col. 763: Prœfat. in Chronic. Eusebii). Eusèlic lui-même a dit de Symmaque, (Comment, in Psalm. XXI, 31, seq.): Clarius Symmachus , admodum mirabiliter Symmarhus , Vid. et in Psalm. XLVI, 10.
On a douté si cet interprète n'avait pas fait deux versions de l'Ecriture, mais je croirais plutôt qu'il n'avait (pie retouché son travail. (Yoy. Boni, de Mont faucon, loc. ci!., cap. 7, § 4-, pag. 55.) Symmaque écrivit en • coré un commentaire sur l'Evangile de S. Matthieu (Euscbius , Ilist. eccles. lib. VI , cap. 17, p g. cit.), où il lâchait de donner du poids à l'hérésie des ébionites. Ce que nous venons de remarquer au sujet de ces trois interprètes justifie suffisamment les reproches des SS. l'ères ; mais ils n'en respectaient pas moins leur oi igiual hébreu, qui était en grande vénération parmi ceux de leurs sectes, quoique leurs ver«» sions ne pussent que se ressentir en quelques endroits des erreurs dont ils étaient mïeclés.J udœus Aquila ei Symmaclius acT heodolio, judaizantes hœreiici, qui suai recepli , milita mysteria Salvatoris subdola interprétatione celaruni. Ilieionyin. Prœfat. in lib. Job, oper tom. 1. coi. 797.
rail un crime de celte nature comme bien plus énorme que d'adorer le veau d'or, de consacrer les enfants aux idoles, de les faire passer par le feu et de tuer les pro • phcics (1), tant cette altération lui paraissait incroyable. 11 avait donc raison de prolcsier, au nom de tous les Juifs, combien ils étaient incapables d'avoir jamais osé falsifier les Ecritures.
« Si quelqu'un , dit S. Jérôme, s'imagine que les Juifs ont falsifié les livres hébreux dans la suite des temps, il n'a qu'à écouter ce qu'Origène a répondu à celte objection dans le huitième livre de ses commentaires sur Isaïe, où il dit que ni Noire-Seigneur ni les apôtres, qui n'épargnaient pas les autres crimes des docteurs de la loi et des pharisiens, n'eussent jamais manqué de leur reprocher celui-ci , comme le plus énorme de tous (2). » Dans le cas que les Juifs de ces mêmes sièeles et des âges postérieurs eussent été capables de corrompre leurs Ecritures en haine de la religion chrétienne, peut-on s'imaginer qu'ils auraient épargné tous ces magnifiques oracles, qui sont le fondement de notre foi et qui heurtent de front leur incrédulité, quelques efforts qu'ils fassent pour en éluder la force ? Ils ne l'ont point fait; ils ont donc laissé en leur entier et la loi et les prophètes, et tout ce qui appartient au corps des Ecritures ; ils ont mieux aimé nous fournir des armes contre eux, que d'oser porter des mains sacrilèges sur la parole de Dieu.
« De tout temps, dit encore un écrivain de mérite, il y a eu des fidèles ou des Juifs convertis qui ont été savants dans la langue de leurs pères, et qui pouvaient s'élever conire les ennemis de Jésus-Christ, s'ils avaient reconnu de la perfidie ou de la mauvaise foi dans ces incrédules en ce qui regarde les livres hébreux. Ce serait une pensée ridicule de s'imaginer que les Juifs ont abandonné le soin de leurs livres sacrés d'abord qu'ils ont commencé de connaître Jé-us-Christ, et que les Egl ses ont ouvert leurs bibliothèques à leurs ennemis, quand ils se sont présentés pour corrompre les livres hébreux. Que les Juifs aient donc eu l'envie de corrompre notre texte original ou qu'ils n*> l'aient point eue, il est constant qu'ils n'ont jamais été les maîtres de ce qui était entre les mains des chrétiens et des sectaires nazaréens , contre lesquels les Juifs ont vomi tant d'imprécations dans les premiers siècles (5). En effet, comme l'observe notre savant P. le Quien, un aussi grand crime que la falsification
(1) S. Justinus Martyr, Dialog. cum Tryphone, § 73, opor. pag. 171.
(2) Quod si aliquis dixerit llebrneos librospostea a Judacis esse falsatos, audiat Origenem quid in octavo volumine Explanalionum Isaia; finie respondeat quacs iunculae , quod nunquam Dominus et aposloli , qui caetera crimina arguunt in scribis et pharisais, de hoc crunine, quod crat maximum, relicuissent llicronym. Commenter, in cap. VI, lsaiœ, oper. tom. III, col. 64.
(5) Défense du texte hébreu et de la chronologie de la Vulgalc, contre le livre de l'Antiquité des temps , rét blie par le P. Martianay, bénédictin de 1 1 Congrég. de S. Maur., Paris. 4689, cli. 3, § 3, pag. U7 et suiv. Voy. le P. le Quien dans l'endroit que nous allons citer, col. 568, not. 1.
de nos originaux de l'Ecriture n'aurait pas été longtemps caché aux fidèles, si les Juifs l'avaient commis. L'antiquité ne nous en découvre rien ; au contraire , les Eglises et les Pères ont toujours respecté ce texte,, bien loin de le croire corrompu (1). >
S. Jérôme , dont le témoignage est d'un si grand poids dans celte matière, était si convaincu de la fidélité des Juifs à nous conserver les Ecritures hébraïques, qu'il ne pouvait trop se récrier contre ceux de son temps qui avaient la témérité d'accuser les Juifs d'avoir falsifié leur original. « Si l'on prétend, dit ce Père, qu'une telle altération s'est faite après la venue de noire Sauveur et après que les apôtres eurent prô« ché l'Évangile par toute la terre, je ne pourrai m'empêcher de me rire de ceux qui croient que notre Sauveur et les apôtres ont cité les écritures en la manière qu'elles devaient être ensuite corrompues par les Juifs (2). »
S. Justin faisait sentir aux Grecs la providence de Dieu sur l'Église chrétienne, d'avoir inspiré aux Juifs le désir d'êire les fidèles dépositaires des livres du Vieux Testament. La raison qu'il en donne est que si c'était l'Église qui tirât de son propre sein ces Ecritures, les ennemis de la vérité auraient quelque prétexte de soupçonner ou de la supposition, ou au moins quelque altération; mais que les tirant de la synagogue, il paraît manifestement que ces saints livres ont été faits en faveur de l'Église et de sa doctrine (3).
S. Augustin considérait cette accusation comme absolument dénuée de preuves (4): il nous fait même remarquer qu'il était impossible que les Juifs, dispersés par toute la terre , eussent pu convenir entre eux pour introduire quelque changement dans leur texte. Les Juifs eux-mêmes (5) se servent des témoignages de ce docteur de l'Église et de S. Thomas, pour montrer combien ils ont élé toujours éloignés de corrom-
(1) Le P. le Quien, Y Antiquité des temps détruite, ou Réponse à la Défense de l'antiquité des temps, Paris, 1693, chap. 3, pag. 77 cl suiv.
(2) Sin autem dixerint, post adventum Domini servaioris, et praedicaiionem apostolorum, libros hebranos fuisse falsaios, cnchinnum lenere non polero, utsalvator et evangelistae et aposloli iia lesiimonia protulerint , ut Ju'taù postea falsaturi erant. Hieronymus, Commenta)', in cap. VI lsaiœ, operumtom. III, col. 64#
(3) Quod autem hi libri, qui religionis noslrae proprii suut, etiamnum apud Juda^os asscrvanlur; id providentiae divinae nobis consuleniis opus exislit. JNam ne ex Ecclesia proferenles locum suspicandae iraudis prabeamus hominibus nobis obirectandi cupidis ; ex Judacorum synagogis eos proferri postulamus, ut ex ipsis illis libris, qui apud eos asservanlur, clare et aperte noslras esse paieat leges, qu;e a sanciis viris ad doctrinam scriptae sunt. S. Justin. Martyr., ad Crœcos cohortatio, § 13, oper. pag. 17.
(4) Absit ut prudens quispiam, vel Judaeos cujuslibet perversitalis atque maliliœ lantuin poiuisse credat in codicibus lam inullis et lam longe laieque dispersis. S. Augustin., de Civit. Deit lib. XV, cap. 13, oper. loin. VII, col. 392.
(5) Et quia inter gentes ( chrislianos) murmur esl et slrepilus contra Judaeos, dum dicunt majores no« stros corrupisse quaedam verba ex prophetis, etc., propterea constilui nota tibi facere verba principis sanien1*»1" et sanctorum ipsorum , aui vocalur S. Au-
DE LA RÉVÉLATION
pre les Ecritures hébraïques, confiées à leurs soins. Mais de quoi nous sert-il d'appuyer davantage sur une question dont conviennent les plus savants philologues (1), comme les plus habiles d'entre les docteurs catholiques, tels que Sixte de Sienne, Arias Montanus, Dominique Bannes, et quantité d'autres (2). C'est un fait que le préjugé ou l'ignorance sont seuls capables d'obscurcir ou de faire méconnaître (3). Abandon-
guslinus : refert is tractalu suo qui inscribitur Civilas Dei, lib. XV, cap. 13, sequentia verba : t Incretlibile est Judxorum genlem lam longe laleque diffusam uno consilio conspirare poluisse in conscribendo mcndacio. Posilo auiem hoc illos facerc poluisse, annon vel eogilare nefas est quod, invidia agitati contra alios, sibimelipsis libros suos sacros corruperinl? » Atque sic etiam ait lib. XVIII, cap. 43, quod post exemplar Hebneum cnjus gloriam œternum cuslodimus, versio LXX interprelum cœleris omnibus debeat anleponi. Kl Comment, in psalm. XL, appellat nos capsarios. Eiundcm in modum scripsil sapiens aller Aquinas, Comment, in epislol. ad Romanos, cap. 9. R. Gedalia ben. H. Jachija , Catena Traditionist edil.Venetaî, 347. Chr. 1587, fol. 69, reclo.
(i) Le P. le Quien, dominicain , Défense du texte hébreu et de la version Vulgale, servant de réponse au livre intitulé, l'Antiquité des temps, etc. (du P. Pezron). Paris, 1690- ch:ip. 4, pag. 70. suiv.; 5, pag. 87 suiv. ; 6, pag. 117 suiv.; 7, pag. 134, suiv. Siméon de Muis, Assertio veriiatis I, operum loin. Il, pag. 133, seqq. Jo. Goillob Carpzovius, Critica sacra, part. I, cap. 3, § 6 , pag. 111, seqq., cap. 6, § 5:, pag. 506 , seqq. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, liv. 1, ch. 18, pag. 104, suiv. , ch. 19, pag. 106, suiv.Pelr.Guarin, Prœfal. in grammal. llebr. etChald., loin. I, pag. 7, seqq. M. l'abbé Duguet, Conférences ecclésiastiques, édit. de Cologne, loin. I, dissert. 13, pag. 235, suiv. Le P. Marlianay, bénédictin, uli supra, ch. 3, §4, pag. 168. M. Benjamin Kennicoll, The stale of the prinled hébreu text of the Old Testament, considered, a dissertation in two paris, c'est-àdire Examen du texte hébreu do l'Ancien Testament, elc. Bibliothèque des sciences et des beaux-arts, janvier, etc., année 1761, édii. de la Haye , part. I, pag. 10, suiv. Rob. Bellarminus, De verbo Dei, lib. Il, cap. 2. Briaiuis Wallon , Prolegomena ad biblia polyglolta, cap. 7, § 5, 4, seq<|., pag. 39, seqq. Sixtinus A ma ma , Annbarbarus biblicus, lib. I, cap. 2, pag. 15, seqq., Francofurl. 1656. Augnslus Pleifl'erus, Critica sacra, cap. 4 , sect. 2, quaïst. 4, cdit. Dresde, 1680, pag. 159, seqq., et cap. 8, sect. 2, p. 399, seqq , Joui. Meyerus, Disserlatio de vero sensu QVjXD ppn. Thesauri novi theolog. pliilologki, give Sillog. dissert., elc, tom. I, Ludg. Batav. , 1732, pag. 2, seqq.; alii apud Jo. Chiistoph. lYolf, Bibliolnecœ heûr. part. Il, pag. 19, seqq. Feu M. l'abbé Ladvocal, Lettre dans laquelle il examine si les textes originaux de l'Ecriture sont corrompus, et si la Ynlgate leur est préférable. A Caen, 1766, pag. 55, suiv., pag. 59-67.
(2) Voyez. Joan. Buxlorlius fil., Anticritica seu vin* dkiœ veriiatis hebraicœ , elc, Basile», 1653, dedicai. charl. 3 ; Joan. Heur. Hotlingerus, Thesaur. philolog. lib. I, cap. 2, pag. 132, seqq.
\ (3) Toute décriée qu'est parmi les vrais savants et les bons théologiens l'opinion que je combats, le P. Selaro l'a fait cependant revivre de nos jours dans sa Triplex biblico-criiica demonstratio , et dans la défense de ce même ouvrage, intitulée : Risposta apologetica inlomo la cen sura de' tignori prolestanti délia université di Tubingen sopra il primo tomo délia sua opéra imitolata : Triplex biblico critica demonstratio, etc. Napoli, 1761, passim. Dans ces deux ouvrages où l'on trouve plus
nons à eux-mêmes tous ces demi critiques , qui ne comptent pour rien tant de témoignages de l'antiquité
d'érudition que de critique, il suppose, avec le ton le plus décisif, notre texte corrompu, même par un dessein prémédité ; il y fait un abus continuel et manifeste des témoignages des Pères, pour prouver celle assertion que dénient toute l'antiquité juive et chrétienne. Il y entasse une foule d'opinions toutes injurieuses à l'intégrité de cel original du Vieux Testament. Son buiest de montrer la vérité et l'excellence de notre Vulgale : en cela il est très-louable. Mais le P. Selaro va sans doute trop loin ; il passe les bornes posées par nos pères; il se jette dans des extrêmes ; il soutient une très-bonne cause par de très-mauvaises raisons , et ne prend pas garde que pour tant élever cette version aux dépens des textes originaux, il mine toute l'autorité de celle même version. Que devient en effet notre Vulgale, si avant S. Jérôme, comme le suppose gratuitement cet auteur, les Ecritures hébraïques étaient corrompues. < Nam si lune depravali erant, cum Ilieronymus iranslationem edidit, non habet Ecclesia veram Scripluram. Si enim prolotypi Hebraci codices depravati lune erant, cnm nostra edi« tio sil ex iilis deprompta, omninoet ilia depravata est et vera iticorm plaque Ecclesia caret Seriptura. Quo quid lurpius dictu , quid insanius ?....» Francise. Kibera, Commeniar. in cap. IX Oseœ, n. 20, edit. Col. Agripp. 1599, pag. 137.
Quel qu'ail été le succès de ces deux livres du P. Selaro, qui n'est que l'écho de ce que d'autres écrivains indiscrets ont déjà avam é snr la même matière ; on doit se délier d'amant plus de pareils ouvrages, que l'auteur confesse bien ingénument son peu de savoir d ns les langues orienta les : Non v'ba dnbio , che confessai e confesso (dit-il) , essere ignorantissimo délie lingue orientale. Risposta apologetica, § 10, pag. 57. N'est-ce pas s'exposer au mépris des gens éclairés que de vouloir juger d'une matière dont on ignore les premiers éléments ? Moins de Confiance dans nos propres lumières el moins de prévention doivent nous rendre plus circonspects, < Écrivains,
> choisissez toujours des matières qui ne soient point
> au dessus de vos forces , examinez longtemps ce
> que vos épaules peuvent ou ne peuvent pas porter. >
Sumite maleriam vestris, qui scribitis, œquam Viribus , el versate diu quid ferre récusent , Quid valeant, Itumeri.
Iloratius , de Arte poelica liber, oper. tom. II , cdit. Paris. 1691, pag. 875 seqq. Ce dissertateur, dont je respecte les talents, et doni les vues étaient bonnes, n'eût point dû oublier ce que S. Jérôme, si instruit dans ce genre de littérature , disait de ceux de son temps qui avalent la témérité de décrier l'original hébreu : < Pndel me contentionis corum qui hebraicam arguunt veritatem. Judxi contra se legunt , el quid pro se sit nescit Ecclesia? Commeniar. in cap. XVII Jeremiœ, oper. lom. III , col. 608. Le P. Selaro n'a point dû encore ignorer à quels excès se sont portés les PP. Ilardouin et Berruyer dans tout ce qu'ils ont dit touchant notre Vulg.ne au préjudice de nos texles originaux, qu'ils ont dégradés el dépouillés de leur autorité. Un illustre évêque a si bien vengé ces mêmes lextes des atteintes que ces deux trop laineux écrivains leur oui données dans leurs ouvrages, qu'il est inutile de nous anêler là-dessus. Voyez le Mandement et instruction pastorale de M. l'évêque de Soissons, portant condamnation, 1° du Commentaire latin du Fr. Ilardouin, de la Comp. de Jésus , sur le Nouveau Testament ; 2° des trois parties de l'Histoire du peuple de Dieu , par le P. Isaac Berruyer, de la Comp. de Jésus ; 3" de plusieurs libelles publiés pour la défense de la seconde partie de celle histoire lom. I , édit. do Paris , 1760, in-4° , part. I, eu 1
touchant la délicatesse des Juifs de tous les temps et de tous les pays, sur la conservation de ce précieux dépôt, cl sur leur respect pour les livres saints.
Rien n'est par conséquent plus vrai de dire que, de quelque côté qu'on se tourne , Ton voit encore une sorte d'impossibilité dans cette prétendue corrupiion de notre texte original des Ecritures du Vieux Testament, depuis la venue de Jésus-Christ.
Allons au-devant d'une autre difficulté, peut-être capable de faire quelque impression sur des esprits superficiels, et qui pourrait répandre des nuages sur les principes que nous avons posés jusqu'à présent au sujet de la pureté et de l'intégrité du texte hébreu.
Je prévois qu'on pourra m'objecter que la religion a une espèce d'écriture vivante , dont l'origine est de beaucoup antérieure aux écrits sacrés ; que celte même écriture, qui doit cire considérée comme une règle de foi, indépendamment des livres saints consignés dans notre canon, n'est autre que la vérité de la doctrine fondée sur des traditions constantes et véritables. Insistons là-dessus.
L'Ég'ise, qui est la dépositaire de celle doctrine, parle d'elle-même dans tous les siècles. Il importe donc peu que nos originaux aient été corrompus ou qu'ils ne l'aient point été avant la venue du Messie, et qu'ils le soient ou ne le soient point, encore de nos jours; puisque dans la supposition qu'il n'existât point de livres saints, les véritables traditions sur le dogme et sur la morale ne laisseraient pas de se conserver dans l'Église : elle a d'autres écrits, d'autres témoignages qui équivalent à ce corps d'écritures, qui esî muet, et ne dit pas tout sans le secours de la iradi tion (1). Celle objection e4 plus apparente qu'elle n'est réelle : je vais lâcher de le prouver.
Il est incontestable qu'avant que les auteurs sacrés missent par écrit les vérités révélées, il existait déjà une religion qui date de la naissance même de l'univers, et qui subsistera jusqu'à la consommation (les siècles. Jésus Christ n'est pas seulement aujourd'hui, il était hier, il sera demain comme dans tous les siècles à venir (2). Celte môme religion avait nécessairement des dogmes, uniquement appuyés sur la tradition. C'était dans les anciens temps un des moyens qu'avait choisis la Providence pour nous transmettre
pag. 3, seqq., ch. 2, art. 2, png. 19, sniv. , art. 3, pag.38, su'iVoNalalis Alexander, de Vulgala Scripliirce versione, qunpst. Y, in ejusd. dissertât, triade. Paris. 4678, pag. 200, seqq. Feu M. l'abbé Ladvocat , loc. cit., png. 46, suivantes. Je reviendrai à celle matière sous la 5e époque.
(1) Voyez le Manaemcnl de Mgr. de Soissons, uli supra, part. I, ch. 2, arl. 4, pag. 46 suiv. M de Filz- James y combat avec force la doctrine nouvelle du P.Berruyer, qui prétendait que les dogmes de la foi ne se prouvent pas directement par l'Ecriture ; et que l'explication que nous donnons à l'Ecriture, nous autres catholiques, nous ta donnons en conséquence de nos préjugés et de la croyance dont nous sommes pré ûnus. Cette doctrine, si singulière, n'est que le résultat de l'objection que je me propose.
(4) Jésus Chrislus heri et hodic; ipse et in sccula. Ad Ucbr. XIII, 8.
les vérités révélées. Quand Dieu appela Abraham, il ne lui prescrivit rien de nouveau que la circoncision : cet ordre lui fut simplement communiqué de vive voix. Depuis Adam, où la religion commence, jusqu'à Moïse, on ne voit rien d'écrit au sujet de la révélalion , quoiqu'il paraisse que l'écriture fût déjà eu usage (1). Jusqu'alors les vérités delà religion avaient
^ (I) Tous les théologiens conviennent que les vérités de la religion se maintinrent par la seule voie de la tradition jusqu'au temps de Moïse. En effet, nous ne lisons dans aucun endroit de nos é rils sacrés, que les dogmes religieux se trouvassent consig es dans un livre qui fût regardé comme nu corps de doctrine • par les fidèles de ces premiers temps, avant que le législateur des Hébreux donnai la loi aux Israélites. Nous y apprenons seulement que Dieu s'était révélé anciennement à nos patriarches , plusieurs fois et en différentes manières , selon l'expression de l'Ecriture ( Ad Ilebr. I, 1 ). H n'est pas douteux que ces mêmes patriarches, remplis de l'esprit de Dieu , ne répandis-* senties divers enseignements dont ils étaient les dépositaires et les dispensateurs. J'ai observé, que dans ces mêmes âges, le nombre des générations n'était pas bien grand ; elles furent plus longues qu'elles ne l'ont été dans la suite : l'histoire antédiluvienne, comme celle des temps qui louchent de près au désastre universel qui arriva sur la terre, ne permet point de douter de ce fait. A la faveur d'une vie de plusieurs siècles, il l'ut alors aisé de transmettre de vive voix les vérités de la religion. Deux hommes suffirent pour faire connaître à leurs contemporains les révélations que le Seigneur avait accordées à Adam. Suivant le calcul du ï'j.xte hébreu , préférable à la chronologie samaritaine et à celle des LXX, Maibusalcm vécut plus de irc's siècles avec notre premier père. Sein était âgé de cenl années à la mort de Malhusalem : Abraham en avait bien autant lorsque Sem mourut. Si d'Abraham, que le Seigneur honora d'une nouvelle révélation , nous venons à Moïse , nous trouverons également que la tradition des vérités saintes pouvait se conserver indépendamment de l'usage de l'écriture. De la mort d'Abraham , arrivée l'an du monde 2183, jusqu'à la naissance de Moïse , l'an 2453, il n'y a qu'un intervalle de 250 années. Nous avons dit qu'Abraham vécut avec Sein, qui fut témoin du déluge. De celle épo ;ue, à jamais mémorable pour le genre humain, jusqu'à Moisc, on trouve un espace d'environ huit siècles. Comme Jacob , fils d'Abraham , se trouvait ê're le bisaïeul de Moïse; car C?ath père d'Amram duquel naquit Moïse, était fils de Lévi : quoi de plus facile que de laie passer de main en main , surtout dans une même U mille consacrée au culte du Très-Haut les vérités traditionnelles de la religion qui étaient peu nombreuses, ainsi que le souvenir des événements dont Moïse fait mention ?
Il n'est donc point nécessaire de supposer avec quelques auteurs des mémoires particuliers déjà existants, employés par le législateur des Hébreux dans la composition de la Genèse. Un savant écrivain de nos jours, hasarda là-dessus , en 1755, des conjectures qui ne paraissent pas être assez solides. Il les publia toutefois dans la persuasion qu'elles seraient Irès-avaiilageuscs à la religion , et qu'elles serviraient à écarter ou à éclaircir plusieurs difficultés de la Genèse. U protesta même, qu'il était prêt à les abandonner si elles se trouvaient lausses ou dangereuses. Il est encore vrai, que des personnes dont la foi n'est point suspecte, telles que MM. Dossuet, les abbés Fleury , le François, doni Calmct et autres, avaient déjà dit que Moïse s'était servi de mémoires plus anciens que lui. Mais l'auteur
du livre que je citerai bientôt a fait \\n tout avlre usage
573 DE LA RÉVÉLATION. 574
l>u aisément se conserver après If déluge, dans les cob et de ses enfanls, qui en transmirent le souvenir familles de Noé, de Sem, d'Abraham , d'Isaac, de Ja- au peuple hébreu par la tradition. Avant le déluge et
de ce principe admis par plusieurs théologiens , et en a tiré des conséquences que la saine critique ne permet point d'avouer. Voyez l'ouvrage qui a pour liire, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que M due s'est servi pour composer le livre de la Genèse, avec des remarques qui appuient ou qui éclaircissent ces conjectures. A Bruxelles, 1755, in- 1 2, pag. 5*26. Journal des savants . octobre, 1 75 i , pag. 95, 107; édit. de Hollande; Bibliothèque des sciences et des beauxarts, janvier, etc., 1751 , pari. I , ail. 12, pag. 215- 228. J'ai lu quelque part qu'on attribuait cet ouvrage à M. Aslruc, médecin consultant du roi. (juel qu'en soit l'auteur, il y préiend <|iie Moïse , pour ne rien perdre des écrits qu'il avait devant les yeux, les a partagés par morceaux, suivant les faits qui y étaient racontés; qu'il a inséré ces morceaux en entier les uns à 1 1 suite des autres , cl (pie eYsl de cet assemblage que le livre de la Genèea éié formé. Il se fonde d'abord sur ce qu'il y a dans la Gené-e des rénélilions fréquentes des n êmes faits : répétitions (jue Moïse n'eût point laissé passer dans un ouvrage aussi court et aussi serré, s'il l'avait écrit lui-même ; 2° sur ce que Dieu y est principalement dé i.né par deux noms différents, savoir : Elohini eiJeliovak : variation singulière et bizarre, s'écrie Fauteur, (pie Moïse eût évité dans le cas qu'il eût composé de son chef la Genèse ; 5° Par la comparaison du livre de la Genèse avec les quatre aunes du l'enlaleuque, qu'il ne dispuie point à Mo'^e , notre écrivain émit donner un plus grand degré d'évidence à sa seconde observation. 11 montre en conséq lence que dans l'Lxode, ie Lévilique, les Nombres et le Deuléronome , où Moi e ne paile plus que de chues qu'il a laite-, ou dont, il a éié témoin, et où par conséquent c'est lui-même qui compose l'hisloire qu'il écrit, il n'y est parié que de Jehovah : le terme û'Elohiin n'y paraît que rarement et pour varier le style. L'auteur se voit ici cependant forcé d'excepier de celte règle les deux premiers chapi i res de l'fcxode , où fou ne donne d'autre nom à bien que celui tfEtoliini. Mais celle exception ne serait-cllo pas une bonne preuve de la faiblesse des ire et li' observât ions? N'est-eile pas plus piopre à ébranler qu'à établir tout son système ? Un voit, d'un coié, des exceptions, comme le remarque irès-bien le Journal des savants, de l'autre le nom û Elohim, employé quelquefois pour meure delà variété dans le si) le; pourquoi ne dir.oiis-uous pas la même chose à l'égard de la Genè e?
En vain noire auieur croit se sauver en soupçonnant «pie ces mêmes chapitres de l'Exode pourraient bien avoir été pris du même mémoire original par où li Genèse linil, et où l'on n'emploie de même que le seul nom û'Elohim : d'autant plus, ajoute-l-il, (pie les laiis rappoilés dans ces chapitres, ayant précédé la naissance de Moïse, ou du moins le temps auquel il lut chargé de conduiie le peuple hébreu, il n'a pu les s.. voir par lui-même; mais un simple soupçon, ne résout point celle difficulté. Sans recourir à d'anciens méaioires contenant l'hisloire des ancêtres de Moïse depuis la création dji inonde, ce législateur, éclairé par la Divinité elle-même , pouvait d'ailleurs avoir appris de la tradition tout ce qui fait du moins l'objet principal des faits contenus dans la Genèse Peut-on se persuader que l'on ignurât dans les familles patriarcales, où la religion se conservait, l'hisloire de la création, la chute de notre premier père, les promesses d'un rédempteur, la longue vie des patriarches, le déluge , la vocation d'Abraham , en un mol , ce qui concernait le culte religieux de ces anciens temps? Elan il donc impossible à Moïse de connaître l'histoire de ses ancêtres, qui tenait de si près à celle de sa religion ? Pourquoi entin lui laite parvenir le
sou-
venir de tous ces fa ï t s intéressants plutôt par la voie d'une tradition écrite que par le simple canal d'une tradition orale ? Celle-ci n'avait passé jusqu'à Moïse* que par très-peu de mains : elle ne pouvait donc être ni aussi peu sûre, ni aussi obscurcie que le pré;end l'auteur.
Supposons néanmoins que Moïse en composant la Genèse eût devant les yeux le> mémoires en (pieslion ; s'ensuit il delà qu'il eu fï'i usage de la manière (pie l'auteur des Conjectures le soutient? Quoi ! Moïse, qui s'é ail rendu si habile dans toutes les connais auces (Açt. Vil, ±1) et la sagesse des Egyptiens, n'eût présemé à smi peuple qu'une hi&loife mute décousue d'événemeuis très-intéressants pùur'la religion! Moïse, cet envoyé de la Divinité, cei illustre personnage à qui Dieu parlait immédiatement par lui même, ei qui e>t si supérieur à tous les législateurs de l'antiquité profane, n'eût doue été , suivant l'nyp uhèse (pie nous venons d'exposer en partie , qu'un simple compilateur de q leiques faits tous i-olés : il n'eût rassemblé qu'imparfaitement des mémoires informes, parvenus jusqu'à nous dans le mênn état de Confusion qu'il les avait trouvés ! De quel avantage pour la religion peuvent être des conjectures de ee*le naltire, qui , sur de légères apparences, sur des titres -ans fondement, enlèvent à ce grand législateur un livre dont il est en possession depuis plusieurs milliers d'années 1
Moiae ne pouvait mettre à la lêie de ses lois une prélace plus digne d'elles et de Dieu, leur auteur. L'hisloire abrégée de tous les siècles, telle qu'il nous la décru dans la Genèse, depuis la création jusqu'à la lin de son ministère, méritait par mutes >oi les de raisous de servir connue de piéiuninan e non seulement au re-ie du l'enlaleuqne , mais encore à tous les livres sacrés Tout est grand dans ce livre de la Genèse * tout y intéresse par /excellence du sujet.
L'origine piéci>e de l'univers, connaissance que l'œil seul du Créateur pouvait avoir'; l'état heureux d'innocence dans lequel nos pi couers parents sont créés; leur chute volon.aire; la multiplication du genre humain; l'invention des ans; les raj ides ei funestes progi es du péché ; le cliàlimeol terrible (pie l'Eue suprême lire de la corruption des ho unies dans les eaux u'un déluge universel ; le renouvellement des sociélés par la conservation d'une famille peu nombreuse échappée à ce fléau i; l'uniformité de langage parmi tous les hommes en un certain temps , rompue bientôt par ceue même puissance qui règle el modère tout; la dispersion des hommes par tome la terre d'où naissent les dillén nies s-ciétes , les étais, les empires : quoi de plus digne d'être transmis à la postérité!
Mais ce qu'il y a de plus important et de plus instructif, la Genèse nous trace l'histoire et la suite de la religion. Moïse a du sur lous ces grands objets autant qu'il en fallait pour imprimer fortement dans l'esprit des Israélites le dogme de l'unité d'un seul Dieu , créateur et conservateur de l'univers, et pour les nourrir de l'espérance d'un libérateur destiné à la. rédemption du geme humain, Telle est la lin (pie Moïse se propo-a en écrivant la Genèse. Dire que tous ces faits , racontes dans ce livre , sont sans ordre e(, \ dans une confusion cxuème , c'est laisser à i'incré-f dulilé le fonds d'un sy^lôur.e entièrement analogue à ses préjugés et auquel elle ne peut qu'applaudir. Les mêmes ditliculiés qu'on forme contre la Geoè^e. peuvent retomber sur les autres écrits du législateur des Hébreux. Dès lors, que devrons-nous penser du véritable auteur des cinq livres de la loi?
Thomas llobbes contestait à Moïse tout le Penta • touque. La raison qu'en donnait cet incrédule esl que
depuis celte époque remarquable jusqu'à Moïse, le instructions religieuses pouvaient ainsi se consernombre des générations n'était pas bien grand. Les ver avec toute facilité, sans qu'elles passassent par
les livres de Moïse ont été ainsi appelés , non de ce qu'ils aient été écrits par Moïse , mais parce qu'ils rapportent l'histoire de ce législateur. Il avouait toutefois qu'il se pouvait faire que Moïse eût écrit les faits qui sont rapportés dans ces livres : il le faisait même auteur du livre de la loi, qui est compris dans le Deuléronoiue , depuis le chapitre onzième jusqu'au vingt septième. Leviathan , part. III, en. XXIII, pag.
ni.
Isaac la Peyrère , auteur du système des préadamites, embrassa l'hypothèse de llobbcs, quoique avec des changements. L'auteur des Conjectures n'a pas été si loin ; mais il n'a donné que trop de prise aux fâcheuses conséquences qui suivent de ses propres principes contre tous les livres de (Moïse. Selon la Peyrère , les vrais exemplaires des livres de Moïse ont péri ; il ne nous en reste que des extraits et des morceaux ; encore sont-ils pour la plupart pleins d'obscurités et de confusion , tronqués et mutilés. On y répète souvent les mêmes choses : on y en omet plusieurs. Les faits y sont mis hors de leurs places, et racontés sans suite. trœadamilœ..., pag. 173, seqq. édil.an. 1655.
Rapprochez ces principes de ceux de l'auteur des Conjectures sur le livre de la Genèse , où il trouve à chaque pas des répétitions, des antichronismes ou des renversements dans Tordre de la chronologie et dans la suite de la narration ; qui enfin nous décompose ce môme livre, comme si ce lui un livre ordinaire; qui en sépare tous les différents morceaux, qu'il croit y être confondus; qui tente de réunir ceux qui sont, selon lui, d'une môme espèce, de rétablir par ce moyen ces prétendus mémoires originaux , et de les donner à leurs premiers auteurs, par exemple, à Amram, père de Moïse, à Lévi, aïeul d'Amram, etc. Que penser de celle entreprise? L'auteur désavouerail sans douie les conséquences où peuvent conduire ses conjectures ; mais je sens aussi qu'un incrédule tirerait avantage de ses principes.
On n'ignore point l'hypothèse impie de Spinosa. Ce juif de naissance , ensuite déserteur du judaïsme, enfin athée, pour enchérir sur les systèmes d'IIobbes et de la Peyrère, osa avancer dans son Trac talus theologico-poliiicus , cap. 8 et 9, que le Pentaieuqne n'est point de Moïse, parce que ces livres contiennent moins une histoire suivie que de simples mémoires. Quelque temps après que ce trop fameux ouvrage de Spinosa eût paru , M. Simon publia son Histoire critique du Vieux Testament, dont nous avons déjà parlé ci-dessus, et dans laquelle, sous un tour nouveau , l'on vil reparaître le même système. M. le Clerc , qui attaqua si vivement M. Simon dans ses Sentiments des théologiens de Hollande, entre autres erreurs qu'il y commit, se jeta dans des excès non moins blâmables touchant le véritable auteur du Penlateuque. Il ne (il aucun cas de l'autorité de Jésus-Christ ni des a poires, qui citent souvent la Genèse sous le nom de Moïse , parce qu'elle renferne les plus beaux témoignages en faveur du Messie : la tradition de tous les leinps, qui considère Moïse comme l'auteur des livres qui sont sous son nom , ne l'embarrassa point. En un mot,' il eut la hardiesse de dire que tout le Peniateuqueavait pu être composé , du temps de Josias , par un prêtre israélile, envoyé de Rabylone après la deslructiun du royaume de Samarie , pour instruire les nouveaux colons du pays. Sentiments, elc. uli supra, lettre VI, p. 125, suiv.; Défense des mêmes Sentiments, parle même auteur, lettre V11I. Voyez aussi ses Parrhasiana ou Pensées diverses sur des matières de critique , d'histoire, de morale et de politique, etc., loin. I, pag. 501 et 578, édii. d'Amslerd.1701. Il est vrai qu'il ne resta pas longtemps sans sentir le ridicule de ce paradoxe
qu'il désavoua dans sa troisième dissertation de Scri> tore Pentateuchi Mosi, qui est à la tête de son commentaire sur la Genèse. Il y soutint cependant que Moïse avait fait usage d'anciens mémoires, ainsi que de la tradition de ses pères, pour tout ce qui concernait les choses arrivées avani lui : sentiment qu'avaient déjà adoplé Edmond Dickiuson (Physica velus et vera, sive Tractatus de nalurali ventate hexaemeri mosaici, etc., cap. 3, § 7, Londini 1702, pag. 22 ) et Campeg. Vilringa ( Observation, sacr., lib. I, cap. 2, pag. 55; confer. Joan. Chrisioph. Wolfii Bibiwih. hebrœœ part. Il, sect. 2, § 5 et 5, pag. 66 ei 70 ; et pari. IV, sect. 2, pag. 16).
Du resle, que Moïse ait fait usage de quelques mémoires plus anciens que lui, ou qu'il ne les ait point employés dans la composition de la Genèse; qu'il soit même auteur du Penlateuque ou qu'il ne le soit point, cette question est au fond absolument étrangère à la religion. Il est constant que tout ce qu'il nous a rapporté dans ce livre, il l'a appris par le moyen de la révélation, ou par une tradition qui devait tirer son origine de celte même révélation. Il faut bien remarquer, dit M. Jaquelol {Traité de la Vérité et de l'Inspiration des livres sacrés, tom. I, ch. 12, pag. 159), que quelque parti qu'on prenne, la divinité de la religion est certaine, puisqu'il suffit, pour cela, que l'histoire sainte soit véritable. C'esi une observation qu'on ne doit point laisser échapper dans nos disputes avec les libertins. Les livres de l'Ecriture ne tirenl point leur autorité du nom des auteurs donl il a plu à Dieu de se servir pour les écrire : ils la tirent d'eux-mêmes , des choses qui y sont contenues el des caractères de divinité qui ont déterminé l'Eglise à les recevoir avec un consememenl unanime comme la production du Saint-Esprit. Quand même donc le Penlateuque ne serait pas l'ouvrage de Moïse, l'incré lulilé n'y gagnerait rien ; mais, tout bien considéré, les preuves qu'on produit pour démontrer qu'il en est l'auteur sont si fortes , et les objections qu'on y oppose sont si faibles, qu'un esprit raisonnable ne saurait hésiter sur cette question. Voyez ci-dessus, pag. 71, suiv. M. Chais, Préface de la S. Bible, avec un commentaire littéral, etc., tom. !, pag. 159; du Guet, Traité des Principes de la foi chrétienne, loin. I, édit. de Paris 1737, part. H, ch. 1, art. 4, pag. 89, suiv. ; dom Remy Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, tom. I, ch. 1, art. 2, pag. 11, suiv.; La Religion naturelle et la révélée, établies sur les prînci* pes de la vruie philosophie et sur la divinilé des Ecritures , ou Dnserlalions philosophiques , théolog'tques et critiques contre les incrédules, tom. IV, é;lit. de Paris, 175t>, dissert. H, sur l'Antiquité des livres des Juifs, et sur lapreuveque nous tirons de leurs prophéties, arl.2, suiv., pag. 25, suiv.; une foule d'écrivains qui oui écrit sur la religion et qui se sont attachés à prouver que tout le Penialeuque est proprement l'ouvrage de Moïse. On les trouvera cités la plupart dans le supplément au dictionnaire de la Bible du P. Calmet , tom. IV, pag. 22. Il serait bien à souhaiter que le public ne lût pas plus long lemps privé de la dissertalion que feu notre P. le Quien a laissée sur cette matière, à laquelle il a ajouté des éclaircissements sur la succession et la suite des prophètes. Ce savant homme est irès-connu dans la lépublique des lettres par ses excellents ouvrages, par la profondeur cl Tétendue de ses connaissances. Je suis persuadé que celle dissertation, que nos religieux de Paris conservent manuscrite dans leur bibliothèque du couvent de la rue Sainl-IIonoré, serait reçue avec applaudissement, surloui dans un siècle où l'on ne peut frop multiplier les bons livres en faveur de la religion.
Les remarques donl je me suis occupé jusqu'à présent, à l'occasion des conjectures sur les mémoires
beaucoup de mnins. Le législateur des Hébreux est le premier des écrivains qui ait recueilli dans la Genèse les
DE LA KEVELATION. 578
grands principes de celte religion, comme seraient les dogmes de la création de l'univers, et de la providence
originaux, antérieurs à Moïse, demandent que je m'arrête encore un instant sur un point analogue a l'objet de cette note. L'usage des lettres est très-ancien et tout paraît nous annoncer qu'il a devancé le temps auquel a vécu le législateur des Hébreux. La religion s'est soutenue dans les premiers siècles du inonde jusqu'à Moïse, par la seule voie de la tradition, comme je l'ai déjà dit; mais cela ne prouve pas que des nations policées dès les premiers temps, telles que les Chaldéens , les Egyptiens, les Tynens et les autres peuples de la Phénicie, ne se servissent de caractères alphabétiques avant que le peuple hébreu reçût la loi. Ces deux questions sont absolument indépendantes l'une de l'autre. Moïse est sans doute le plus ancien écrivain dont les livres soient parvenus jusqu'à nous. Dans la supposition que nous connussions même des écrits d'nne date plus ancienne , je ne vois pas encore ce qui pourrait en résulter de défavorable à la véritable antiquité de ce législateur ainsi que de ses livres. Cette vente capitale a « é si bien démontrée, surtout de nos jours, que nous ne devons jamais employer des preuves qui, par leur faiblesse ou par leur incertitude, sont plus capables de l'obscurcir, de l'ébranler même, que de lui prêter de l'appui. Des écrivains ont cependant entrepris de prouver la grande antiquité de ce législateur, par celte considération , qu'il est le premier qui se soit servi de récriture. Voyez Pelrus Zornius , Commentarius in Hecalœi Abderitœ fragmenta, prolegomen., pag. 25 ; Jacob. Bruckerus, Hist. criiica phitsosophiœ, loin. I, lib. II, cap. 7, pag. 256, seq. M. Jaquelot a employé tout un chapitre pour montrer que Moïse a été l'auteur des lettres alphabétiques. Dissertations sur l'existence de Dieu, tom. Il, disserl. 1, chap. 23, pag. 147, suiv. édil. de Paris, 1744.
Je n'ai aucune difliculté d'accorder à ce savant qu'il n'est aucun passage dans le Pcnlateuque qui constate évidemment l'antériorité de l'usage des lettres alphabétiques au temps de Moïse ; que dans ce qui est rapporté au chapitre XXI , vers. 14, du livre des Nombres, Moïse lait seulement allusion à un simple cantique composé, selon la coutume de ces anciens temps , sur les batailles qui s'étaient données entre les rois des Amorrhéens et des Moabites ; qu'enfin , au lieu du livre des batailles, e/c, il faut traduire: dans le récit des batailles de C Eternel. En effet, le mot hébreu TSD qu'emploie Moïse peut très bien s'entendre en ce sens. Mais toutes ces raisons et autres pareilles me paraissent irès-insuflisantes pour bien assurer l'hypothèse de M. Jaquelot. Je ne me prévaudrai point ici de la grande antiquité du livre de Job, qui formerait la plus forte objection qu'on pût faire contre cette opinion. J'ai montré ailleurs, s'il est permis de nie citer moi même, que cet excellent poème n'a é.é composé que vers le temps de Moïse ; que du moins nous en ignorons la véritable époque. llecherches sur l'époque de l'équilalion , etc. , où l'on montre l'incertitude des premiers temps historiques des peuples, etc., part. Il, pag. 218, suivantes. Si Moïse est l'auteur de cet écrit, comme bien des savants le pensent, il est incontestable qu'on y suppose l'usage des caractères alphabétiques. Mais j'abandonne celte preuve comme incertaine. M. Jaquelot lui-même (loc. cit., pag. 150) rejelie la composition du livre de Job au temps de David ou de Saloinon, ei conjecture que ce dernier prince en a éié l'auteur.
Voyez Joan. Chr.Wolf, loc. cit., part. Il, pag. 103.
Ce n'est pas que l'usage de la simple écriture alphabétique soit aussi ancien que des auteurs l'ont soutenu. Je ne dirai donc pas avec un habile homme [Edward. Stiilingtleet, Origines sacrœ , lib. I, cap. 1, § 2U) qu'Adam en fui l'inventeur, ni qu'elle devança ie siècle du déluge, comme l'u dil l'his'.orien Joseph e.
(Voyez Joan. Franc. Buddens , IJistoria ecclesiast. \pt. Testant., périod. I, ah Adamo ad Mosen, sect. 1, § 27, p. 155, seq ; Joan Albert. Fabricius, Codex pseudepigraphus Vet. Test., vol. I, pag. 1, seq., 146, seq., Ht), seq., 164, seq.) J'ai montré dans le même ouvrage ( part. 1, pag. 41, suiv. ) , que j'ai déjà cité, ce que je pensais encore de ces fameuses colonnes du pays de Sériad, dont ptrle cet ancien historien juif, et qu'il dit être échappées aux ravages iU\ déluge. On peut aussi consulter sur le même sujet l'Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens , ou l'on voit l'origine et le progrès du langage et de l'écriture, l'antiquité des sciences en Egypte, et l'origine du culte des animaux, traduite de l'anglais de M. Warburthon , avec des observations sur l'antiquité des hiéroglyphes scientifiques , et des remarques sur la chronologie et sur la première écriture des Chinois, (par M. de Matepeines, conseiller au Chàielel). Paris 1744, tom. I, pag. 177, 180. Le savant traducteur y suit l'opinion de Dodwel , de laquelle j'avais aussi fait mention ci-dessus. Je ne crois dore pas devoir dater de si loin cet ancien usage. Ces deux sentiments ne sont appuyés d'aucune preuve de quelque considération. Il en esl de l'écriture coome de tons les arls que les hommes ont inventés pour leur propre besoin. Tout ce qui porle l'empreinte de l'humanité n'a eu (pie de faibles commencements : on n'en a vu d'abord que des essais très grossiers. L'écriture hiéroglyphique , qui est de la première antiquité, a précédé l'alphabétique, et l'on n'e^t venu à se servir de celle-ci qu'inscnsibL'meut. Celte dernière invention , la plus heureuse et une des plus utiles, qui suppose de très-grands efforts de l'esprit humain, ne fut encore peut êlre due qu'au hasard. Il esl peu aisé, pour ne pas dire impossible, d'en fixer au juste la véritable époque, et de déterminer quel peuple en a été le premier auteur. Les uns en font honneur aux Chaldéens, d'autres aux Egyptiens. Plusieurs veulent que les Syriens l'aient inventée. Enfin, la plupart en accordent toule la gloire aux Phéniciens, et se fondent sur ces beaux vers de la Pharsale de Lucain :
Phœnices primi, (amœ si credilur, ausi Mansuram rudibus vocem signare figuris.
Nondum (lumineas Memphis contexere biblos Noverat : et saxis tanlum, volucresque ferœque Sculptaque servabunl magicas an'unulia tinguas.
M. Ann. Lucanus, de Dello civili, lib. III, cum notis varior. edit. Amstelod. 1669, pag. 118, seq.
Sans entrer dans une plus longue discussion sur les premiers auteurs de cet art, tout nous porte à croire qu'il est antérieur à la publication de la loi. Si Moïse eûl reçu de Dieu une telle invention , il est difficile de s'imaginer que ce législateur eût absolument oublié de prendre des mesures pour faire connaître à son peuple une nouveauté si admirable. Je ne dirai rien ni du cachet de Juda, ni de l'anneau de Pharaon ( Gènes. XXXYIU , 18; XLI, 42 ), d'où l'on veut prouver l'a::cicnnelé de cet usage. L'empreinte de l'un et de l'autre n'était peut-être qu'un simple hiéroglyphe. Quoi qu'il en soit, l'art d'écrire a été connu "avant Moïse; et en donnant aux lettres une origine plus récente, il faut absolument s'inscrire en faux contre les observations astronomiques des Babyloniens, lesquelles remontent bien au delà du temps de Moïse; rejeter tout ce qu'on nous rapporte de l'histoire des Chinois ; en un mot, tout ce que les anciens auteurs nous oui transmis , et sur l'antiquité des hiéroglyphes d'Egypte, et sur celle des lettres phéniciennes, soit que ces dernières aient été communiquées aux Grecs par Caduius, qui ne les aura pas apprises de Moïse ni des Israélites , soit mie les
d'un être souverainement cl infiniment sage, vengeur du 7ice el rénuméraleur de la venu d;.ns une autre vie. Ces grandes vérités d'où résultent tous les devoirs de la créature envers le créateur, avaient été consignées jusqu'au temps de Moïse dans le seul dépôt de la tradition. Il en était de même de la promesse d'un rédempteur , qui dans tous les âges a fait l'espérance des justes. < Quoique Moïse, dit Tertuliien, soit le i premier qui ail consacré dans ses écrits un temple i au Dieu de l'univers , cependant la date de la nais-
Pelages, longtemps auparavant, leseussenl portées en Grèce.
Il est encore une foule de bonnes preuves, toutes analogues à celle assertion i qu'on trouvera disculées en détail dans quantité d'écrivains qui ont traité celle matière. Hulre quelques auteurs que j';ù allégués dans mes Recherches sur l'époque de l'éqmtatinu, etc ., pan. 1, pag. 207, nol., tels que les Shuckford. les Guguel, entre autres, on lira avec plaisir ce que M. Warburihon a dit sur ce sujet dans son Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens , etc., loin. I, pag. 40, suiv., 92, suiv., 147, suiv., 108, suiv.; Nouveau Traite de diplomatique , loin. I, part. Il, sect. 2, eu. I, 5, pag. 55D 58i>, suiv.; M. d'Orlgny, l'Egypte ancienne, ou Mémoires historiques el critiques sur les objets les plus importants de f histoire du grand empire des Egyptiens, édtt. de Paris 1702, loin. I, ch. 1), pag. 514, suiv.
La mat ère m'a entraîné, presque sans le vouloir, h >rs des bornes que je m'étais prescrites. Je me suis anêic sur ce point d'antiquité, dans la seule vue de montrer l'instabilité des conséquences qu'on en lire au sujet de Moïse; et combien nous devons peu compter sur les preuves qu'on emploie, pour lui donner tout l'honneur de l'invention de l'écriture. En considérant toutefois l'usage des caractères comme de la plus haute antiquité, je ne crois pas que ce l'ail appuie beaucoup les assertions de l'auteur des Conjectures sur les mémoires originaux, etc., dont j'ai parlé dans celte note. Il esl vrai que, si avant Moïse les lettres alphabétiques ont é;é inconnues, le système de cet autour doit crouler nécessairement. Mais en lui accordant l'ancienneté de celle découverte, ses preuves n'en seront pas moins remplies de faiblesse. Qu'on pèse avccallemion ses différentes observations, qu'on en rapproche les conséquences, on sentira aisément que cet auieur n'a fait que revivre une hypothèse dont toutes les parties portent sut dis opinions déjà savamment combattues par les défenseurs de nos écrits sacrés, el sur des dilficultés toujours apparentes que d'excellents commentateurs ont pariaiiemcnt cebircies. (Voyez principalement, au sujet des prétendues contradictions des auteurs sacrés, une fouie d'écrivains qui oui travail é exprès sur celle matière, el que cite le docte Fabricius : Deiectus Argiunentorum, el Syllubus scriptorum qui veritatem religwnis clirislianœ adversus alheos, etc., suis lucubrulionibus asseruerunt, cap. 29, pag. 521), soqq.) On trouvera même dans le Journal des savants, que j'ai cité cidessus, et où il y a une analyse de cet ouvrage, des réflexions sensées touchant cette hypothèse de l'auteur. Faute de connaître le véritable génie des Orientaux et lie la langue hébraïque, on s'efforce de trouver nos auteurs .sacrés en défaut : on invente en conséquence des systèmes ; mais enlin ce ne sont que des systèmes ruineux, paice qu'ils sonl uniquement bàlis sur lu sable. Au reste, je me saurais le plus mauvrais gré, si, avant de terminer celle note, je ne rendais point cette justice à l'auteur des Conjectures en question, qu'il a désavoué absolument les conséquences queSpinosa prétendait tirer- du désordre apparent de la Genèse, el qu'il a lenié de les détruire lui-même à la faveur de son hypothèse, quelque insuffisante et mémo dangereuse qu'elle soit d'ailleurs.
c sauce du Penlaleuque n et pas celle de la connas- « sauce (Ui souverain Etre. L'âme est antérieure au* c livres inspirés, el dès le commencement de la c>éa- « lion , la connaissance de Dieu a été la première c perfection de l'ame (I). »
^ Moïse, cet envoyé de la Divinité, en fondant un établissement religieux, ne donnait donc point au peuple hébreu une religion inconnue jusqu'alors. C'était la même qui avait sanctifié les anciens patriarches el les ancêtres du peuple de Dieu. Il y avait par conséquent dans ces premiers âges une religion indépendante des écrits sacrés, qui n'existaient point encore.
Ce que nous venons de remarquer au sujet des principes fondamentaux de la religion judaïque, on peut également le dire des dogmes que Jésus- Christ a daigné nous révéler. La foi de l'Église n'a été d'abord fondée que sur le témoignage de vive voix, que le Fils unique a rendu de ce qu'il avait vu dans le sein de son Père. C'esl par la vive voix, comme l'observe l'illuhlre évoque de Meaux , que s'est fait le parfait développement du mystère d'un Dieu fait homme, qui éiait celé sous des ombres et sous des ligures dans toules les générations précédentes (2). C'est sur le môme témoignage de vive voix, que les apôtres ont rendu compte de ce qu'Us avaient oui dire et vu faire au Fils de Dieu, qu'ils fondèrent les Eglises avant que l'Évangile eut été écrit. Ainsi les vérités chrétiennes ont été crues sans qu'on vît rien d'écrit par les apôtres. La tradition orale éiait alors la première et unique règle où l'on pût découvrir manifestement toulc la doctrine que Jésus Christ avait enseignée1.
Mais il était à craindre que la tradition d'une bonne partie de ces grandes vérités ne se maintînt pas toujours dans sa pureté primitive : on la vil même s'allérer el se corrompre entièrement. Ainsi la divine Providence ne s'est pas contentée de nous manifester les principes primordiaux de la religion par celle seule voie : elle a jugé à propos de nous envoyer , sous l'économie mosaïque et dans les premiers temps du christianisme, des hommes remplis de l'esprit de Dieu, qui ont fixé les traditions des vérités saintes dans des livresque nous lèverons comme divins. Les égarements des hommes , le monde entier devenu païen, à l'exception d'un petit jeuple qui était le dépositaire des Volontés du Très Haut, nous prouvent sensiblement que la seule voie de la tradition était insuffisante.
Ce n'est point en vain que Dieu a fait déposer ses volontés dans des écrits qu'il a dictés lui-même pour
(1) c Ncc enim si aliquando poslerior Moyses priions vidoiur in lemplo liuerarum suarum Dcuni mundi dedicasse, ideirco a Pentaleucho natales agni-
in lemplo liuerarum suarum Dcuni mundi dedicasse, ideirco a Pentaleucho natales agniliouis supputabuulur... Ante anima, quam prophetia. Anume ennn a primordio tonseientia Dei dos est. » Teriullianus, adversu? Marciunem, lib. I, pag. 570, edit. Lulel. Paris. ll>75.
(2) Y<>y fragments sur diverses matières de controverse ; De la Tradition; Œuvres posthumes de M. Dossuel, tom. II , édil. d'Amsterdam, Paris, 1753, pag. 5l>8, suiv.
DE LA RÉVÉLATION
nous instruire de nos devoirs. S*il a établi une religion, il n'a pas dû négliger les moyens de la maintenir. Sa divine sagesse n'a donc pu permettre de laisser altérer les monuments de son culte, ni souffrir que des livres d'une si grande autorité lussent mêlés de vrai et de faux. Les mêmes raisons qui nous servent à constater la nécessité d'une révélation, démontrent la nécessité qu'elle nous soit conservée toute pure dans nos écrits sacrés.
Je sens que la seule et véritable Église possède te dépôt de celte révélation. On ne peut nier aussi sans erreur que c'est uniquement de celte Eglise que les fidèles doivent recevoir les vérités de salut. A elle seule il appartient de nous donner la vraie intelligence des dogmes consignés dans les livres saints. Il n'est point douteux encore qu'indépendamment de l'Écriture, il existe une autre règle de foi qui est beaucoup plus ancienne ; que sans avoir recours à nos Ecritures l'Église peut nous apprendre tout ce qui est nécessaire pour parvenir au bonheur des justes. Mais celle Église a reçu de Dieu même des écrits sacrés dont le dépôt est coudé à ses soins (1), et dans lesquels nous puisons des arguments convaincants par eux mêmes (2) en faveur des dogmes du
(I) c LibrisacriEcclesiœcurœelfidelilali commissi sunt, quœ si permiserii a Judais corruntpi, gravissime saise arguenda est, quod deposilum lam proiiosum et lam sacrum, lam negligenter custodierit. Sed de negligeniia in re lama illain arguere non licet : ergo , > elc. Joannes Opstraet, de Locis theolugicis. Dissertât. I, de Scriptnra sacra, qua.>st. V, lom.I ; Insulis Flandroruni 1758, pag. 153.
(u2) Le principal objet de mes notes est de développer jusqu'à un certain point ce que je ne dois toucher que rapidement dans mon texte. Je ne puis doue in'einpêcher de faire observer avec M. de Filz- James (Mandement contre le P. Berruyer, uli supra, part. I, ch. 2, art. 4,), que pour rendre à l'Ecriture sainte l'hommage qui lui est dû, il ne sullit pas d'eu avouer l'existence et l'inspiration ; il faut de plus l'employer à l'usage pour lequel Dieu l'a destinée. Or une des principales fins de l'Ecriture sainte est d'être la règle de notre foi , de nos sentiments, de nos mœurs et de toute notre conduite. {Ad Rom. XV, 4; 11 Timoili. III, 15, 1G et 17.)
Il y a sur ce point deux sortes d'écueils à éviter. L'un consiste à ne reconnaître d'autre règle de foi que l'Ecriture sainte, et d'attribuer à tout particulier le droit de l'interpréter par son propre esprit. L'autre est de prétendre que les livras saints n'ont pas été écrits pour régler notre foi, et que les arguments qu'on en tire pour prouver les dogmes de la religion ne sont pas convaincants par eux-mêmes. Les prétendus réformés sont tombés dans le premier écueil : le P. Berruyer se jette dans le second. La vérité catholique s'écarte également de l'un et de l'autre.
C'est uneélrange présomption dans les protestants, dit encore M. de Fitz-James, de n'admeltre pour règle de foi que l'Ecriture sainte et de soutenir que chaque particulier est en droit de l'interpréter par son propre esprit, indépendamment de l'autorité de l'Eglise. Tout ce qu'il faut croire n'est pas contenu dans les livres saints : il y a plusieurs vérités révétëfS, admises par les protestants eux-mêmes, que nous ne connaissons que par la voie de la tradition : celles mêmes qui sont révélées dans l'Ecriture ne le sont pas toules avec la même clarté. En (in c'esl de l'Eglise S. S. XX Vil.
christianisme. Ces saints livres nous fournissent encore les preuves de la vérité , de la divinité de la religion chrétienne ; ils contiennent des faits susceptibles de grandes instructions , et sonl les monuments de noire croyance. L'Église a eu par conséquent dans tous les âges le même intérêt, le même besoin , lo même droit de se les conserver, de se les assurer exempts d'erreurs, de les connaître infailliblement, de les discerner des livres pofaocs, et de les faire connaître à ses enfants. Toute doctrine qui est contraire à c«î que nous venons d'établir « blasphème tout à la fois et contre le texte sacré de nos Ecriture*
catholique, dépositaire et interprète infaillible tant de l'Ecriture que de la tradition , que Jésus Christ veut que nous recevions la vraie intelligence de l'une et de l'autre.
Mais quoique tout ce qui appartient à la révélation ne soit pas énoncé dans les divines Ecritures, l'Eglise
que
la
art des articles
a toujours été persuadée
de foi y sonl renfermés. Ce que l'Ancien Testament enseigne d'une manière plus voilée est proposé plus clairement dans le Nouveau. Plus < n lit ce livre sacré avec piéié, avec respect et avec soumission à l'Eglise, plus on y découvre un fonds inépuisable de lumière et d'instruction.
De ces considérations fondées sur la doctrine de l'Ecriture elle-même, sur l'enseignement perpétuel do l'Eglise, et développées savamment par nos plus célèbres théologiens, M. l'évoque de Soissous continue à nous faire remarquer que c'est une vérité incontestable et reconnue de tout temps dans l'Eglise, que la plupart des dogmes de la loi se trouvent contenus dans l'Ecriture sainte d'une manière assez positive pour fixer la croyance cl pour confondre les novateurs. Quelle multitude de preuves les saints docteurs n'en ont-ils pas tirées pour établir les dogmes catholiques et pour confondre les hérésies qui se sonl élevées dans le cours des siècles? Tous les Pères , dit ecl illu-lre prélat avec le grand Bossuel ( Défense de ta Tradition des SS. Pères, liv. II, ch. 1, tome II da œuvres posthumes, pag. 40), et tous les théologiens, api es Vincent de Lérins, demeurent dVceord que parmi les lieux ihéologiques , c'est-à-dire parmi les sources d'où la théologie lire ses arguments pour établir ou pour éclaircir les dogmes de la foi, le premier et le fondement de ions les autres est l'écriture canonique, d'où tous les théologiens, aussi bien que tous les Pères, supposent qu'on peut tirer des arguments convaincants contre les hérétiques. La iradilion, c'est-à-dire la parole non écrite, est un second lieu d'où on tire des arguments : Primo scilicel divines legis aucioritate, lum deinde calholkœ Ecclesiœ tradilione, comme parle Vincent de Lérins ; Commoniiorinmadvers. hœreses , edil. Paris. 1501 , pag. 5, fol. verso ; mais ce second lieu, ce second principe (h notre théologie ne doit pas être employé pour affaiblir l'autre qui est l'Ecriture sainte. M. Bossuet établit ensuite sur celte matière, ainsi que l'observe M. de Fitz James, un principe capital. C'est que pour prendre l'idée véritable de l'Ecriture et de la tradition , de la parole écrite et non écrite, il faut dire que les preuves de l'Ecriture sur certains points principaux sont convaincantes par elles-mêmes : que celles de la tradition ne le sonl. pas moins : et qu'encore que chacune à pari puisse subsister par sa propre force, elles se prêtent la main et se donnent un mutuel secours. M. Bossuéî, loc. cit., chap. 6, pag. 47 ; Confer. Dionys. Petav'u in opus tiieoloykoriun dogmalum Prologomena,mg. 1, §7; ejusdem de ecclesiast. Bierarclna, loin. IV, pag. 4, seqq., et quantité d'autres théologiens qui ont mis ce double principe dans tout son jour.
[Dix-neuf,]
à<5 DES TITRES
et contre l'Église à qui ces divins écrits ont été adressés, ci contre l'Église universelle, qui était inriispensablemenl chargée de veiller à la conservation l'un si précieux dépôt (I). i Pour le dire en deux mots, si l'Église, qui est l'organe et l'instrument immédiat du Saint Esprit, en prononçant sur l'auliienticilé môme de nos versions , nous donne un gage assuré qu'elles ne contiennent rien qui ne soit conforme aux vérités que la religion professe, et à la suite de l'histoire du peuple de Dieu, renfermée dans les textes originaux de nos Ecritures, que ne résulte-t-il pas de ce principe lumineux en faveur de ^intégrité et de la purelé de ces mêmes textes?
Revenons enfin au même principe que nous avons néjà touché dans notre premier mémoire : disons que Jésus -Christ et les apôtres , en citant l'original des Ecritures du Vieux Testament pour confirmer leur doctrine, y ont reconnu un caractère bien marqué d'autorité et de vérité qui en éloigne le moindre soupçon d'erreur et de corruption. II élait de l'essence de la mission du Fils de Dieu de ne citer ces divins écrits qu'autant qu'ils étaient conformes aux premiers originaux. Dans la supposition que ces Ecritures eussent contracté des taches de quelque importance , notre divin Sauveur aurait dû en avertir les apôtres ; et c'eût été contre la dignité et l'excellence de sa mission de ne point indiquer les moyens de rétablir dans leur première intégrité des écrits si étroitement liés à tout le corps de la nouvelle alliance qu'il venait d'établir sur les fondements de l'ancienne. Dans le fameux entretien que Jésus- Christ eut le jour de sa résurrection avec les deux disciples d'Emmaùs, ce divin Sauveur leur expliqua par ordre toutes les Écritures, en commençant par Moïse ; et continuant par tous les prophètes, l'un après l'autre, il leur montra qu'elles parlaient toutes de lui (2). Pour mieux convaincre ces deux disciples, Jésus-Christ, qui était le maître de la nature (3), et qui élait Dieu lui-même, pouvait alors déployer lin seul acte de sa toute-puissance. Mais il n'eut pas besoin de recourir à cette voie extraordinaire : le témoignage des Ecritures suffisait pour leur faire reconnaître le rédempteur d'Israël. C'est qu'il n'y avait rien de plus respectable parmi les Juifs qu'une telle autorité : ils en sentaient tout le poids, parce qu'ils éiaient assurés de la divinité et de la pureté des lii vres saints. N'était ce pas encore du devoir des apôtres de découvrir aux fidèles les corruptions qui auraient pu se glisser dans un texte original qui est une des principales règles pour tout ce qui lient au dogme et à la morale? Ni Jésus-Christ ni les apôtres n'ont rien dit d'une pareille corruption. Notre Seigneur au contraire ne prouve sa divinité que par
(!) M. révoque de Soissons, uti supra, pari. ï, eh 2, arl. 2.
(2) Incipicns a Moyse et omnibus prophelis , interpretabalur illis in omnibus Scripturis , qmc de ipso erant(/.KC XXIV, 27).
(5) Data est mihi omnis poleslas in cœlo et in terra. Ikatth. XXVIII, 18.)
SU
les Ecritures. Les apôtres, à l'exemple de Jésus- Christ, n'en allèguent point d'autres preuves (i). Toute la mission du Fils de Dieu ne porte que sur l'accomplissement des anciens oracles (2) desquels sa synagogue élait la fidèle dépositaire.
A mesure cependant que l'Église chrétienne prenait de nouveaux accroissements, et qu'elle se répandait hors de la Judée dans les diverses provinces de l'empire romain et ailleurs , tous les fidèles étaient peu en état de recourir aux sources hébraïques de nos divines Ecritures si nécessaires à nourrir leur piété, à les confirmer dans la foi que leur avaient annoncée les apôtres, S. Paul félicitait Timothée de ce qu'il avait été nourri dès l'enfance dans les saintes lettres qui peuvent instruire, dit l'Apôtre, pour obtenir le salut. Toute l'Écriture, continue t-il , étant divinement inspirée, est utile pour instruire de la vérité, pour réfuter les erreurs , pour corriger le dérèglement des mœurs et pour former à la justice (Il Ad Timoth. III, 15, 16). Les principaux Juifs de Bérée , convertis par le même apôtre , examinaient avec soin 1 s Ecritures pour voir si ce qu'il leur avait enseigné était véritable {Actor. XVII, 11). Telle était l'attachement des premiers chrétiens (3) pour la parole de Dieu, qu'ils en considéraient la lecture comme un de leurs devoirs essentiels. Les ministres du Seigneur jugèrent donc à propos de donner à ces chrétiens qui ne pouvaient consulter nos originaux , des versions qui y suppléassent. Aussi en Yit-on paraître en langues syriaque, égyptienne, éthiopienne, persane, indienne, arménienne, scythique, sauromate et autres (4). Toutes ces différentes versions n'ont point une même date. Les unes parurent plus tôt, les autres plus tard, selon le besoin des églises. Mais aucune de ces ver* sions n'eut un si grand cours que l'eut la tradition des septanle interprètes.
La domination des Grecs du lemps d'Alexandre le Grand et de ses successeurs avait porté la langue grecque dans une bonne partie de l'Orient (5). Jamais
(1) Nihil extra dieens quam ea quai prophclœ loculi l'utura esse, et fcïoyses. ( Actor. XXVI, 22).
(2) Necesse est implcri oinnia qu.e scripia sunt in lege Moysi et prophelis et psalmis de me. Tune aperuit illis sensum , ut intelligercnt Serip'uras, etc. (Lac. XXIV, 44, seqq. ; Actor. III, 18, 24; X, 43, et alibi).
(5) Voyez les Mœurs des chrétiens, par M. l'abbé Fleury , ch. 7, pag. 42 , suiv., de l'édition de Bruxelles 1753.
(4) Lniversa enim (faciès lerrœ) quœ .iub sole esl, eorum quidem sermonum (aposlolic;e, prophëlicxqiie doctrinal') plena esl. El vox hebraica, non in Grâefcoruni modo linguam conversa est, sed eliam in U >manorum et jEgyplmrum , Persariimque et ludoriuri et Armeniorum, Scylharumque et Sarmatorun», atque, ut summaiim dicam, in omnes Iîriguas , quibiis eu ne ta? naliones uti persévérant. Theodoretus, De Crœcorum) uffeelionum curatione. sermonc V, de Natura hominis, Oper. tom. IV, cdii. Paris. 1622, pag. 555, seq.
(5) Sermone graéco, quo omnis Oriens l'Oiiitur. S. Uieronymus, Proœm. in lib. II Epi4ol. ad Ùalul.t Oper. '.om. IV. part. I, col. 2)5. Façon de parler qu'on doit cependant restreindre dans ses justes limites, principalement quant à la Judée, où le peuple parlait une tout autre langue*
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celle langue ne fui plus répandue qu'on la vit un bon siècle avant la venue du Sauveur et dans les premiers #^esde l'Église Les apôtres destinés à porter l'Évangile à ceuK des gentils auxquels le langage des Grecs tftait plus connu , ne purent mieux faire que de leur présenter une version qui longtemps auparavant se trouvait toute composée (1) dans la même langue.
(1) S'il est une matière qu'on ail traitée avec quelque délail et sur laquelle les critiques aient le plus exercé leurs droits, c'est assurément celle qui coucerne la version des LXX interprètes et l'histoire de celle version. Pour en être convaincu, il suffît de jeter les yeux sur les écrivains que je vais citer et que Ton pourra consulter. —Sautes Pagninus, Jsagogœ ad sacras litteras , edit. Lugd. 1556, cap. 5 12, pag. 1, s.qq. ; Nicolaus Serarius, Jacob. Bonfrerius, Alphons. Salniero, etJoan. Siephan. Mcnochius in Prolegomenis Scripturœ; Joan. Euseb. Kierembergius, de Origine Scripiurœ sanclœ, lib. XII, cap. 2, seqq ; Christian. Korlholtus, devariis Scripiurœ edilionibus, cap. 6, pag. 51. seqq.;Jo. Heur. Hottingerus, Thésaurus philolog., lib. I, cap. 5, sect. 5, pag. 278, seq.; Nicolaus le Nourry, Apparatus ad bibliolliec. maximum Palrum , lib. I, disert. 12, cap. 1, col. 223, seqq. ; Julius Bartoloccius, Bibliotheca magna rabbinica , tom. I, pag, 437, seqq. ; Scipio Sgambatus , Archivorum Vet. Testamen't, pag. 487, seqq.; Juan. Morinus, Exercilalioves biblkœ, part. I, tota ; Richard Simon , Hist. critique du vieux Testant., liv. II, chap.2, pag. 186, suiv., ehft'p. 4, pag. 202, suiv., etc.: Ejusd. disquisiiioues criiieœ, de variis Bibliorum Ediliowbus, cap. 15-17, pag. 108, seqq; Joan. Gwenus, T lieoloçjumena, Ub. V, digress. 2, pag. 598 ; Andr. Kivelus, Isitgogœad Scriplur. sacr., cap. 10, Operum loin. Il, fol. 8î)8 ; Jacob. IJsserius, de LXX iiUerprelum versions Syntagma, cap. !,seqq.; Joan. Lighlfoolus, AfMiwrfa ad haras hebraicas in \Epist. ad Corinlh., cap. 9, seqq., Operum tom. Il, pag. 936, seqq. ; Joan. lloorubeck,de eonvincendis Juttœis Prolegomen., pag. 49 ; Joan. Leusden, Piiilologus Hebrœo-Mixius, dissertai. 2 4, pag. 10, seqq.; Isaac. Vossius, deLW Inlerpretibus, eorumque translations, cap. 1 50, pag. 1-99; Ejusd. Appendix observalionum ad Pomponium Melam ; Joan. Meyerus, disscrlatio 3, proœmialis adU7\V YtD a se latine versum, § 10, seqq., pag. 215, seqq. ; Brian. Wallon, Prolegomena ad Biblia polijglolla, cap. 9, pag. 54, seqq. ; Uumfred. Hody, de Bibliorum Textibus originalibus, Versiunibus grœcis, et lalina Vulgala, lib. I, II et III, passini; Anlon. Van Dale, Dissertatio super Arislœa de LXX interprète etc., Amstelodam. 1703; Joan. Ernest. Grabius, devariis Vitiis LXX lnterpretum versioni anle Origenis œvum illatis et Remediis, etc., Oxonii 1710 ; Ejusd. Prolegomena , singulis tomis codicis Alexandrini, ibid. editi , pramiissa ; Lambertus Bos, Prolegomena ad suam LXX interpr. édition. ; M. Prideaux, Histoire des Juifs, etc., tom. III, part. H, liv. I, pag. 45, suiv. ; Sixlus Senens., Biblioth. sancl., lib. IV, tom. I, pag. 470, et lib. VIII, tom. II, pag. 1105, seq.; N. Alexander , Uistor. eccles. Vet. Testant., tom. II, cap. 1, art. 3, pag. 256, et pag. 4t?l seqq ; Ejusd. dissert. 11 in liistor. eccles. sec. II, tom. 111, pag. 453 seqq. ; dont Calmet, Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes de l'Ecriture sainte, édit. de Paris, 1729, loin. I , pag 74, suiv. ; L. Elies du Pin , Disserl. prélim. , ou prolégom. sur la Bible, tom. 1, liv. I, cb.6, § 2. suiv., pag. 172, suiv.; Bernard de Monlfaucon, Prœliminaria ad Ilexapla Origenis a se édita, cap. 5, pag. 27, Seqq. ; Ludovicus Capeiius, Cr'uica sacra, lib. IV, cap. l,seqq., pag. 212, seqq.;Joan. Buxiorfius lil., Autkritica, seu Vindiciœ veriudis Hcbr., pari. II, cap. 8, pag. 541,seqq.;Ilenric.Benzelius, DistertationurnSyntagma, Dissert. de antiquis biblior. Vcrsionibus, loin. 1, pag. 365, seqq.; Bernard. Lamy, Apparatus biblicus, sive
ELATION. 586
Mais ne pensons pas que cetie conduite des apôtres donnât la moindre atteinte aux témoignages qu'on
Manndnctio ad sacram Scripturam , lib. II, cap. 10 , pag. 407, seqq., edit.Venet. 1756 ; Joseph, de Voisin, Observutiones in proœmium pugionîs fidéi Bmjmundi Martini; Tliesaur. Anliquit. sacr. Blas. Ugolini , vol. I col. 275, seqq. ; J. Franc. Buddeus, Uistor. ecclcsiast. Vet. Testant., period II, sect. 6, « capliv. Babgl. ad principal. Machab- , § 12 , pag. 1051, seqq.'; Jo. Albert. Fabricin% Biblioth. Grœc. , lib. III, cap. 12, vol. n. cap. 515, seqq.; Jo. Christ. Wollius, Biblioth. llrbnvœ put. I, num. 554, pag. 213, seqq.; part. II, sect. 6. pas. 440, seqq.; part. III, num. 554, pag. 155 ; M. l'abbé Dinouart, Journal ecclésiastique, avril 1760, art. 1, pag.l, suiv.; Augnst. Pfeifferus. Cr'uica sacra, cap. 9, de Vcrsionibus grœcis, pag. 450, seqq. ; Joan. Gottlob Carpzovius, Critica sacra, part. II, cap. 2, § 1, seqq., pag. 481, seqq : et autres cités principalement dans ces deux derniers ouvrages.
Aptes laoi de discussions de la part des savants que je viens de nommer sur ce point de littérature sacrée, l'on n'est encore aussi embarrassé à pouvoir donner quelque chose de bien assuré touchant la véritable origine de.la version des LXX , à déicrminer quels eu furent les auteurs, quel fut le nombre des interprètes, si c'étaient des Juifs d'Alexandrie ou de Jérusalem, à fixer le vrai temps auquel elle parut, à établir enfin d'une manière précise par l'ordre de. qui elle fut composée.
Parmi les anciens qui sont entrés dans quelque délail là-dessus, l'on nous produit d'abord un ArUlée, officier du roi Piolémée Philadetphe, et qui dans une lettre écrite sous son nom à son frère Philocrate , nous a donné l'histoire de celte version. Suivant \\ narration de cet écrivain , Pio'émée fait une dépulalion solennelle au grand piètre Eléazar, el raccompagne de magnifiques présents pour le temple : il lui demande les livres de la loi mosaïque, el des gens habiles pour les traduire en grec. Le souverain pontife se rend bientôt aux prières du roi d'Egypie, et lui envoie en même temps six savants personnages pris de chaque iribu , autant respectables par leur âge que par leurs mœurs , lrès»Yersés dans les langues hébraïque el grecque. Ils s'acquittent parfaitement de leur commission auprès du roi Piolémée Pii'iadelphe. Ce prince satisfait des travaux des traducteurs les renvoie à Jérusalem, comblés de présents pour eux-mêmes , ain>i que pour le grand pi cire Eléazar.
Tel est en gros le fonds du ré< it que nous offre la lettre qu'on attribue à Aristée. Elle renferme bien d'autres anecdotes assez singulières qui sentent plus du prodige qu'elles ne paraissent conformes à la vérité historique. C'est néanmoins de la même source que nous tenons presque tout ce que les anciens et quel ques modernes ont dit touchant l'histoire de la version des LXX. Quelques-uns ont même renchéri sur la narration d'Arisée, en l'ornant de certaines circonstances qu'on chercherait en vain dans la lettre de l'écrivain égyptien.
La lettre d'Arislée a éié imprimée plus d'une fois, et a paru en plusieurs langues. L'exemplaire que nous en avons de nos jours et dont Fabricius rapporte dillérentes éditions (loc. cil., pag. 501,scqq.), s'éloigne cependant de beaucoup de celui que les anciens paraissent avoir employé. Mais de quelque œd que l'on envisage l'histoire de cette version . il e>t constant que l'écrit qui y a donné lieu remonte à des temps antiques. Les témoignages de Philon , de Josèpheel des Pères, quelque différence qu'on trouve d'ailleurs dan leur récit , ne permettent point de rejeter cette pièce à desâges postérieurs à la venue de Jésus-Christ, Si l'autorité d'Arisiobule, philosophe penp uélicieu , dont parlent Lusèbe et Clément d'Alexandrie, doit être encore de quelque poids , il laul renvoyer ls
S87 DES TITKES PRIMITIFS
pouvait tirer de Forigmal hébreu qui existait alors ? Ce môme texte n'en conservait pas moins toute son autorité dans l'Église du Seigneur, comme il la con-
serva dans les siècles suivants , et l'a encore tout entière de nos jours.
Évitons les écarts de plus d'un écrivain sur cette
composition de cet écrit au temps de Plolémée Philadelphe.
Louis Vives, savant Espagnol, mort vers l'an 1540, est le premier écrivain , autant que je sache, qui ait l'ail naître des doutes sur Tailleur du livre qui passe sous le nom d'Arislée , Commentar. ad S. Auguslini de Civit. Dei llbrum XYI1I, cap. 42.; Operum ejusdem sancl., edit. Paris. 1541, fol. verso 171. Il paraît que jusqu'au siècle que fleurissait cet auteur, il y avait eu une espèce de prescription pour l'origine de la version des LXX : on lui en avait accordé assez généralement une toute divine. La critique ne tarda pas à remonter aux sources d'où l'on lemiit cette opinion : elle discuta , elle apprécia les autorités, el ne voulut enfin reconnaître dans le récit de ceux qui s'étaient alla* liés à Arislée qu'une pure fable, une liction souvent incompatible avec les véritables histoires connues. La plupart des savants ont rejeté en conséquence la lettre d'Aristée, comme une pièce absolument supposée et inventée par quelque Juif d'Alexandrie, dans la seule vue d'accréditer une version que de simples particuliers avaient uniquement entreprise pour leur propre usage , longtemps avant la venue de Jésus-Christ.
Parmi ceux des critiques qui ont envisagé la même lettre comme suspecte de fausseté, je mets les Salmeron , les Scaliger , les Cappel , les de Valois , les lloliiugcr, les Simon, les Yan Dalc, les Prideaux, les du Pin, les F.abriçius, les dorn Calmet, les Carpzow, les P. Alexandre, cl, tout récemment, le savant M. l'abbé Dinouart, etc.
Ce n'est point mon objet de rappeler dans celte noie ce que d'habiles gens , tels que les Usser, les Wallon, entre auties, et les Vossius, oui écrit en faveur de la narration de l'écrivain égyptien, dont l'ouvrage servit probablement de canevas aux récits de Philon, de Josèphe , de S. Lénée, de Clément d'Alexandrie, de S. Justin, de S. Epiphane, dcTertullien, d'Euscbe, de S. Jean Clirysostome, de S. Augustin , de S. Jérôme même, enfin de Théudoret el de plusieurs écrivains ecclésiastiques.
Je ne dirais aussi rien qu'un ne sût déjà, si je venais à donner une analyse, même irès-sucemete, des différentes réfutations qu'on a iaiies de la lettre d'Aillée. L'on connaît suffisamment le savant écrit queHod y publia d'abord sur cetle matière en 1G85, et qu'il refondit ensuite dans ses quatre livres que j'ai assignés ci-dessus, touchant les textes originaux, les versions grecques el la Yulgate. Jamais on ne vil plus d'érudition ni plus de force de raisonnement qu'on en trouve dans ce dernier ouvrage contre l'histoire des LXX interprètes, attribuée à Arislée.
De cette surabondance de preuves que nous avons en main contre l'histoire des LXX, quoique reçue pendant l'espace de plus de quinze siècles, concluronsnous que la même version ne fui rien moins qu'un ouvrage inspiré du Saint-Esprit ? S. Jérôme a d'il depuis longtemps que ces interprètes tirent les fonctions de simples traducteurs, el qu'ils ne furent point prophètes. « Nescio quis primus auctor Septuaginta çel- Julas exstruxeril, qufbus divisi eadem scrlplilàrinl ; cum Arisleas ejusdem (Piolomœi) ÛTrepafffriarïte, et, inullo post lempore, Josephus niliil laie relulerinl ; sed in una basilica congregatos , conlulissc scribant , non prophelasse. Aliud enim est valem, aliud est esse inierpretem ; ibi spirilus futura pra-dicit : hic éruditio el verborum copia, ea qune intelligit transfert. Nisi forte putandus est Tullius œconomicum Xenophonlis, et Platonis Prolagoram , et Demosthenis pro Clésiphonie orationem, alllalus rheiorico spirilu Iranstulisse. Aut aliter de iisdem libris per septuaginta interprètes, aUter per apostolos Spiritus sanctus testimonial
lexuit: ut quod illi tacuerinf, hi scriplum esse mentiti sunt. i Ilieronymus. Prœfal.in Penlatench,etin Apologia advers. liv.fvi. , lib. I , Oper. tout. I, suh inil., el loin. 1Y, col. 425.
La version des LXX est un monument précieux nui peut nous servir beaucoup, pourvu que nous eu fassions un usage convenable. Elle est sans doute d'une très-grande autorité : S. Jérôme l'a reconnue lui-même dans tous ses ouvrages (loc. cit. in Apolog., col. 453, seq, et alibi passim). Maiscet illustre docteur, l'un des plus capables de juger sainement de cette matière, ne veut point qu'on porte celte autorité au delà de ses justes bornes. Il condamne l'abus qu'on pourrait faire de la même version en l'égalant aux sources hébraïques. C'est qu'il a senti qu'en donnant trop aux LXX ce ne pouvait être qu'aux dépens des textes originaux. Tout cela ne diminuait rien en lui du respect qu'il avait pour leur traduction, puisqu'on 1^ voit plus d'une fois en faire l'apologie. Idem in caput XXX Isaia-, Oper. tom. III, 260, et alibi passim.
Il est bien difficile qu'un interprète, quelque fidèle qu'on le suppose, ne se donne quelquefois plus d'une liberté. Les LXX nous offrent cent exemples qu'ils ne se sont pas toujours as-ujeltis à suivre la lettre, en traduisant les tonnes hébreux à la rigueur. De plus nous voyons qu'ils ont souvent interprété le même mol en différents sens. Il est vrai que cela peut venir de la confusion qui a é:é faite anciennement de leur version avec celles de Théodoiion cl de Symmaque ; peut-être aussi de ce qu'une variété de leçons que l'on avait mises à la marge ou dans le texte entre deux crochets, y est demeurée avec la leçon qui y était. C'esl une chose certaine que leur traduction s'éloigne du texte hébreu dans une infinité d'endroits. Plusieurs de ces diversités sont même d'une telle nature, qu'il n'est pas possible de croire qu'elles n'aient d'autres causes que l'inadvertance ou l'infidélité des copistes. Je pourrais en porter ici plus d'un exemple. Sans m'attacher à ce qui lient à la chronologie des premiers âges, matière si débattue par nos critiques, el que je serais peut-être obligé de loucher dans mon quatrième mémoire; l'on n'a qu'à consulter d'abord leur traduction du premier verset du commencement de la Genè-e. Faute de bien senlir la véritable signification du mol N"p. que Moïse n'y emploie point sans dessein, ces interprèles ont l'ait presque disparaLre une vérité capitale, la base de toute religion. In principio fecil Deus cœlum et terrant.
Quelle faiblesse dans cetle manière de traduire ! Y reconnaît-on le Dieu créateur qui lire tout du néant? L'on y voit tout au plus le Maine de l'univers, un Dieu formateur qui façonne la matière , mais non un Dieu qui donne réellement l'être à toutes choses. Qu'il s'en faut bien qu'une telle version exclue toute idée ù\me matière préexistante , ainsi que l'observait le savant Procopc de Gaze, écrivain du Yle siècle? « Namquod septuaginta interprètes inquiuut : Fecit, cerle occasionem quibusdam magni erroris obtuicre. Facere elenim de bis pra-dicanlqua? ex quadam malcria producuntur... Mine quidam in hune errorem provoliiti sunt, ut vociferarenlur, Mosem ab jËgypiiis cdocium credidisse ex pra'jacente maleria hoc universuin conditum, eamque sententiam statim in sui operis iuitio nubis imulcare, cum utaritur verbo : Fecit. Iloruni impudentiarn cum ignoraient septuaginta interprètes, pracsêntem locum per verbum : Fecil , exposuere ; cum salius fuisset aliter expositum esse, ei per verbum, quod henraeo per omnia responderet, sicn-tMo* sein egisse constat. > Procopius Gazœus, Commcntarii in Oclateuchum, Conrado Clausero Tignrino interprète, edit. TigUrin, 1555, pag. 7, seq.
589 DE LA RÈV
importante matière. Notre texte original doit jouir des prérogatives qui lui sont dues par mille titres.
Quelle force en effet, quelle énergie dans l'expression du législateur des Hébreux ! Moïse, éclaire de l'Esprit divin, prévient parmi seul mot les égarements de l'impiété, en annonçant à l'univers un Dieu créateur de tout ce qui existe. In pnncipio creavil Deus cœlum el terrain.
M Simon a très-bien dit (Histoire critique du Vieux Testament , liv. 11, chap. 5, pag. 215) que .la traduction des LXX semble insinuer quelemonde naît point été créé de rien. Ce critique eut dû s'en tenir la, ou du moins précautionner ses lecteurs contre le sens que les LXX ont donné à ce mot de la Genèse, i On ne peut, dit-il, accuser les Septante d'avoir mal traduit le mol hébreu bara ; et si on lui donne maintenant une autre signification, cela vient plutôt de la créance commune que le monde a été créé , que de h propriété du mot hébreu, i Je ne disputerai point à M. Simon que ce terme a une signification pins étendue aue celle de création proprement due. Il eu e>t de ce mot hébreu comme de quantité d'autres. Qu'importe? L'interprétation des L\X n'en est pas inoins manquée, parce qu'ils ne pouvaient ignorer le sens primitif du même terme. M. Simon ne cherche qu'à nous jeter dans l'illusion, lorsqu'il dil encore que les plus savants rabbins conviennent de L'explication de ce mot avec les Septante , comme on peut le voir, àjoute-l-il, dans les commentaires d'Aben Esra sur ce passage. A celte manière tic s'exprimer, ne dirait- On pas que le docteur juif allègue une foule de comnieniaieiirs de sa nation, qui ont entendu dans le même sens ce texte de M ise? c'est précisément le contraire. Aben Esra cite, à la vérité, (inclines eudroits de l'Ecriture où il lui parait que le mot N"P peut s'entendre différemment. Gènes. 1,'âl, 27 ; Jsui. XLV, 7. Il avertit encore que le même terme peut è re pris dans d'autres sens (I lleg, II, 29; III, 55; XII. 17), Hirtout lorsqu'il est d.ms la conjugaison Iliphil, et qu'il est avec H au lieu d'un N. Dans ce dernier cas le mot vient d'une racine différente. Mais Aben-Esra avait observé d'abord que la plup tri des commentateurs soutiennent que le terme de rWTBTl signifie tirer un être du néant. Comme (Num. XVI, ôO) ; si Dieu a créé ce qui existe, il sera assez puissant pour créer de
nouveau. Ui Vffib rWPTtf TON QVÇnPDn UT]
: 'n nid.1» n^m dn pi ]\no
Voilà tout ce que dit Aben-Esra sur ce passage. Quoiqu'on lui pût absolument disputer que tous les autres qu'il cite de li Genèse el d'isaïe soient su?>eepiibles du sens qu'il a en vue, il ne dit point que ce ui «pie l'on donne ordinairement au mot bara du premier verset en question doive s'entendre d'une autre manière que l'uni explique le commun des interprètes. Aben Esra ne fait ici qu'indiquer d'autres passages où il lui semble que l'on pourrait attacher à te même terme juie signification plus étendue. Du reste je doute fort qu'on trouve des commentateurs juifs qui aient donné u\\ tout autre sens à ce mol qui c>t employé au commencement de la Genèse. Une chose qu'un ne peut contes: er, c'est que dans les plus anciennes professions de foi qu'uni les Juifs, l'on voit la croyance d'un Dieu créateur si bien établie , qu'ils y traitent d'impie quiconque aurait la témérité delà nier. H Lipuian , entre, autres a fait dans son ]TO3, édit. Attorf. 1644, pag. 2,seqq., un article expiés pour prouver cette vérité fondamentale ; et il i'a prouvée principalement par le passage en question. Je ne cite qu'à regret cet ouvrage de lé .èbres , pour montrer (pie si quelques Juifs particuliers se sont écartés de cette croyance commune à toute la nation, on les a regardés comme des saducéens et des hérétiques. M. Simon a donc tort de dire que les plus savants rabbins oui pensé différemment sur le sens
ÉLATION. *£
Mais que la vérité hébraïque, toute supérieure qu'elle est à la version des LXX, ne nous fasse point jeter
primitif du mot N"Q : s'il en a trouvé, ils ont été désavoués par toute la nation. Qu'on me permette de le dire : la critique de notre écrivain a un défaut e sentie!: c'est qu'elle ne cherche qu'à rendre tout problématique. En accordant enfin à M. Simon (aie Aben-Esra eûleniendu cetermede la manière qu'il le prétend, ce serait, mal justifier la version des Sentante, d'autant plus qu'elle (ut faite dans un siècle où le dogme de la création proprement dite n'éia i point un dogme nouveau parmi les Juifs. Celait une de ces vérités primordiales, qui de tout temps distingua la religion judaïque des superstitions païennes. J'espère, s'il plaît à Dieu , le montrer dans un ou vrage particulier.
Je n'alléguerai plus qu'un seul exemple des écarts qu'on trouve dans la même version, uniquement pour faire comprendre que notre texte hébreu lui est infinmient supérieur, toute digne qu'elle est de notre vénération.
Nous avons dans le chapitre VIII, vers. 22, des Proverbes, un excellent passage qui est, de la dernière importance pour établir une vérité delà foi catholique sur le mystère de la sainte Trinité. Dominas possedil me in initio viarum suarum, antequnm quidquam faceret a principio ; comme le traduit la Vulgale. Rien de plus formel que ce texte en faveur du dogme de la coéternité et de la consubsianiialilé du Verbe.
Je sais qu'il y a dans les autre? livres de l' Ann. n et Nouveau Testament cent passages où celte vérité catholique est établie de la manière la plus précisa. Si nous n'avions cependant que ce seul endroit des Proverbes de la version des Septante louchant le dogme de la génération éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père , nous manquerions d'une autorité essentielle contre les ariens ; car la manière de traduire de ces interprètes énerve toute la force du - témoignage de l'Esprit saint. Dominas creavit me imlium viarum suarum in opéra sua : anle sccnlum (undavil me, antequam terrain faceret.
S. Epiphanc nous avertit qu'Arius abusait de ce passage, et que cet hérésiarque ainsi que ses disciples prétendaient prouver de laque Jésus-Christ n'était qu'une pure créature , quoique plus excellente que toutes les autres. 11 niait par conséquent qu'il fût coéiernel et consubstanliel au Père. De cette erreur Arius et ses sectaires se jetaient dans d'autres opinions non moins impies qu'injurieuses au Fils de Dieu et au Saint-Esprit, selon le témoignage du même écrivain (Advcrs. lucres, lib. II, tom. Il, hâcresis GO, operum edil. supra cil. paris. 1622, vol. 1. pag. 75G). Parmi les réponses lumineuses que ce savant Père donne ici contre les ariens (ibid., pag. ead. et seqq.), il n'en néglige point une qui est d'un trèsgrand poids, el qu'il puise dans les sources hébraïques (ibid., § 25 , seq., pag. 749 , seq. ). En recourant à l'original même, qui nous enseigne que le Verbe rep ésenlé ici sous le symbole de la sagesse incréée, a éié engendré éternellement par le Père, S.^ Ëpiphane repousse les ariens par la même autorité dont ils faisaient un abus si visible. L'on ne pouvait mieux montrer toulela faiblesse des armes de l'erreur. Aussi St. Jérôme disait-il à ^occasion de cet endroit de lu version des Septante que nullum débet verbum créalionis viovere,cum in liebrœo non sit crealio, quod dicitur bara, sed possessio. lia enim scriplum est : Adonai brescith dercho : quod in Ungua nostra exprimitur : Do min us possedit me inilio viarum suarum. huer possesûonem autem el crealionem mnlia diversitas est. Possessio signifient quod semper Filius in Paire, el Pater in Filio fueril; crealio aillent , ejus qui prius non erat , conditions exordium ; Hieronym. epistol. ad Ojprianum presbijler., oper. tom. Il, col
dans des extrêmes. De là à l'erreur il n'y aurait qu'un
pas à faire. La version que nous avons encore de nos
De ces deux soûls textes, ainsi rendus par les LXX, cl d'une foule d'autres, dont il me serait aisé de faire une bonne liste, concluez que leur version n'est point exempte de vices notables. Les CappeJ , les Buxtorf, les Simon, les Houinger, les Grabe, les Carpzovius, les dom Calmet, les Benzel et plusieurs autres l'ont déjà remarqué après S. Jérôme. Longum est nunc re volvere quanta Sepluaginia de suo addiderint , quanta dimiserint , qitœ in exemplaribus Ecctesiœ Obelis, astérisque distincta sunt. llieronym. epistol. 54, ad Nepotianum, Oper. tom. ÏV, part. II, eol. 255; Couler ejusdem Commentar. in cap Ah VIII, X, XVI, XXV, XLIX Isaiœ; in cap. XYII, XXVII Jeremiœ; in cap. XI, XLVII Ezechidis, etc., Oper. loin. III , col. 50 , 86, 91, seq., 169, 214, seq., 365, 607, seq., 660, 985, 1062, etc. Confer |». Lightfoot, UUk-jk de rébus ad LXX versionem spectantibust cap. 4 , inier ejusdem opéra poslhuma, Francquerae 1699, pag* 11, seqq.
Une observation que je ne crois pas déplacée ici , c'est que si la version des LXX a des défauts de celte nature, ne serait-ce point heurter de Iront toutes les règles de la saine critique de tant l'élever au-dessus de l'original hébreu , d'un texte primitif qui est si propre à la redresser dans une foule d'endroits' Disons cependant que ces défauts, quelque multipliés qu'on Les suppose , n'empêchent point que la version des LXX n'ait comme servi de rempart au même original , puisqu'elle l'a mis à couver i de toutes les corruptions essentielles qu'on aurait pu y faire.
Revenons à Aristée : l'histoire fabriquée sous son nom est le seul monument qui ait pu donner naissance à l'opinion des anciens, que la version des LXX avait été inspirée du Saint-Esprit; je considère ce point de critique comme démontré; mais l'Esprit saint ne peut être contraire à lui même, ni tenir, dans l'original lié bien, un langage tout différent de celui qu'uni tenu les LXX dans le grec. Le peu de passages que j'ai produits de celte version, quanti é d'autres qu'elle a omis, tous ceux qu'elle a ajoutés et transposés , ceux enfin qu'elle a paraphrasés à sa façon , toui cela me paraît fournir une preuve complète que cette version n'a pas suivi son original avec une scrupuleuse fidélité, et ne permet pas trop de dire qu'elle soit partie d'auteurs inspirés de l'esprit de Dieu. Un dogme de cette importance, tel qu'est celui de l'inspiration d'une simple traduction, toute respectable qu'elle est, exigerait d'ailleurs qu'il fût appuyé sur une pièce bien authentique. Or, puisque la lettre du faux Aristée n'est d'aucune autorité dans l'Église, qu'en devrons-nous conclure, sinon que tout ce que les anciens nous ont rapporté louchant la manière dont les LXX traduisirent leur texte hébreu par ordre de Ptolémée Philadeiphe n'esl fondé que sur un fait lrès-dou:eux, pour ne pas «lire quelque chose de plus? Leur témoignage, qui n'a eu d'autre garant qu'un principe si peu stable, n'a donc point assez de poids pour nous faire embrasser leur opinion. Presque loule l'antiquité juive et chrétienne a cru que ces interprètes, retirés dans l'île de Pharos, avaient éié renfermés dans de différentes cellules, et que sans s'être parlé ni communiqué leur traduction, ils s'étaient tellement rencontrés cuire eux, qu'il ne leur éiail pas échappé un seul mot de différence dans leur mon ère de traduire. En adoptant un sentiment contraire, nous n'en devons pas moins respecter une version qui le mérite par plus d'un litre, et qui peut même èlre d'un grand usage pour l'original hébreu.
Il s'offrirait encore plus d'un point de critique à traiter sur le même sujet; mais attachons-nous seulement à éclairai r ce qu'il y a de plus essentiel relativement à notre matière. Je ne discuterai donc pas quel lut le nombre des inlerprè es, qui est très-incertain ; l'usage a prévalu qu'on les mît au nombre de LXX, parce que c'est ainsi qu'on appelle communément cette ancienne version grecque de nos livres
jours sous le nom de Septante, n'a été ni altérée iti corrompue par les Juifs en haine du christianisme. Il
sacrés, pour la distinguer des autres versions plus récentes. Les Juifs ont varié sur îe jmmnre des interprètes: tantôt à. l'exemple d'Aristée, de Josèphe et de plusieurs écrivains ecc'ésiasiiqnes , ils en comptent soixante et douze; :„uiôi ils ne les niellent qu'au nombre de cinq. Ils ajoutent même que le jouruu'on fit cette version lui regardé comme aussi fatal que celui de la fabrication du veau d'or. Opus quinque seniorum qui scripserunt Piolemœo régi Legem g>œce. Et fuit dies Me gravis Isracli , sicul diès quo confiants est Vilnius (Traciatus de Scribis, cap. 1, sect. 7). Les Juifs disent encore que la terre fut couverte de
ténèbres pendant trois jours (R. Gedatia, rftuW TOpn pag. 24, fol. recto), et qu'en mémoire de cette version l'on établit un jeûne le huitième de tebelh (décembre), comme si c'eût été un événement calamiteux pour Israël. De pareilles traditions méritent à peine que nous nous y arrêtions, quoiqu'il y ait d< s auteurs qui ont cru y trouver un certain fonds de vérilé(Voyez Joan.Gotllob. Carpzovius, CriticaSacr., part. II , cap. 2, § 7, pag. 524, seqq.; Joan. Franc. Buddeus, Il ist.Vel , Te$l.,\oc. cit., pag. 1039, seq.j.Que!ques écrivains juifs ont cependant remarqué, d'après l'un ei l'autre Talmud de Babylone et de Jérusalem (Massechet, TO^XQ cap. 1), treize endroits où la version des LXX paraît peu conforme à l'original hébreu. Mais il faut avouer que leurs observations critiques sur ces mêmes endroits du Pentaleuque (Gènes I 1 26 ; II, 2 ; V, 2; XL 7 ; XVlll, 12 ; XLIX, 6 ; Exod. IV, 20; XII, 40; XXIV, H ; Levil. XI, 6; i\um. XVI, 15; Deuteron. IV, 19) ne sont pas toujours biem fondées : le savant P.Bariolocci, enlreautres, l'a montré dans sa grande Bibliothèque rabbinique (loin. I, pag. 458-460). Ce n'est pas que les Juifs aienl méconnu bien d'autres passages dans lesquels ces interprèles s'écarleni du texte hébreu ; ils se sont déjà aperçus de ces variétés R. Azarias, qui nous a écrit l'nistoire de la même \er»ion d'api es Aristée, ne croit pas pouvoir en donner une meilleure raison qu'en disant que les LXX ont fait uniquement leur tradiu ti; n sur une pataphrase chaldaïque. Voici la principale preuve qu'il en apporte :
c Jam vero proferam libi pnelerea ex libris authenticis chrislia noru m argument um clarum (Sepluaginia) Seuiores non Iranslulisse (lege.n) ex exemplari q od edidit Esdras lingua saneta , sed ex araimeo (vel chaldaico quo) tune vulgo ulebatur popnlus lerrae (Israelis). (Ratio) autem sic se habet. Numquid aposioli eorum aique evarigelista; qui eranl Judaei, et in terra Israelis, dum eitant aliquem vers u m (Scriptura»), sine dubio illum referunt lingua ipsis vernacula qu;e quidem erat syro ehaldaica , non autem graeca qua conscripserunl Sepluaginia populi graeci causa? Quiuimo si quanas versus qui exstanl in ipsis (evangelistis) diversi ab ( hebraico lexlu) sacrai Scripiurae, deprehendes ipsasmel eorum discrepanies lectiones eodem modo se habere in versione grœca. Quod quidem libi indical Sepluaginia (interpreies) Iranslulisse ex ipsa edilione aramœa. Dicunt illi : Masculum et feininam lecit. eos. Et eranl duo in carne una ; Matin. X, 6, 8. Omnes aniline, etc., SepUMfgilUâ quinque, Acl. VII, 14 ; a lia bis similia ouininoeadem iuvenies eliam in versione Sepluaginia. Quapropler cum apud ulrosque hos aucunes casdem oculi nostri videant varias lectiones; consiat profecto LXX non iranslulisse nisi ex exemplari chai d;eo syriaco tune vulgalo inter Judaos, sicutscripsmus, i R. Azarias de lluheis, DOT TWO, part. II , cap. 9, edit. manluame 1574, charl. 52, fol. verso. Cet écrivain juif, qui avait beaucoup lu nos ouvrages, comme on le voit en différents endroits de son livre, insiste ailleurs sur ces sortes de preuves. Il prétend
m DE L\ RÉVÉLATION. S<tt
en est de celte accusation formée contre les Juifs, ché d'avoir faits dans noire texte hébreu. J'ai moitié comme des changements notables qu'on leur a repro- au commencement de ce mémoire combien les Juifs
même que l'exemplaire de la Paraphrase chaldaïque, sur laquelle les LXX firent leur version, était rempli de fuites el que c'était une misérable copie à l'usage du bas peuple. Il conjecture encore (cap; 8, fol. 4D, recto) que si celte version qu'on avait tant estimée parmi les nations se trouvait très corrompue, il est probable que cela venait uniquement de la jalousie que les Grecs d'Alexandrie avaient eue anciennement contre la nation juive, el de leur haine pour elle. tVerisimile valde est quod propterodium el invidiam (qua flagrabant) , non cessai int , nec quieverint donec falsassenl et corrupissent versionem illam qua; obiinuerat sibi fa main iiïtér génies de perfecta sua pulchritudine. »
Le docte llollinger (Thesaur. Philolog., loc. cit., pas. 501) a dit fort mal à propos qu'Azarias de ttuheîs avait en vue dans ce passage les Juifs euxmêmes d'Alexandrie ; comme si cet écrivain les eût rrus capables d'avoir altéré le texte des LXX. Le savant Carpzovius a commis la même inadvertance dans sa Critique sacrée (pari. II, cap. 2, , § h , pag. 503). Mais il ne faut que lire ce qui précède le passage que je viens de citer d'Azarias pour s'assurer du contraire. Azarias nous dit que le vrai caractère des Grecs d'Alexandrie était d'inventer des fables et de mentir. < Grœei alexandrin! nalura auctores fabuiarnm et mendaciorum. » Il ajoute qu'ils avaient toujours conservé dans leur cœur una haine implacable peur les Juifs. Azarias nous renvoie ensuite aux témoignages de Philon et de Jihèphe, qui en effet disent souvent la môme chose des Grecs d'Alexandrie, i Egredere et vide qu;e scripsit Philo Alexandrinus in serim nibus suis postivims, (qua;) etiani Josephus in duobus l.bris suis contra Apionem Alexandrinuin. Enimvero non fuit odiiim genlis contra gentem a seculo, sicul illud quo (proseculi sunl) alcxandrini fiiios populi noslri : et assiduam dederunl operain ut lacèrent Mis conlumelias lotis oinnino viribus. ïgilur valde verisimile est, quod, » etc. Idem, loc. cit.
bisons cependant que les conjectures de cet écrivain juif sont absolument dénuées de vraisemblance. Quand même les Grecs qui habitaient dans Alexandrie et dans les autres villes d'Egypte auraient voulu falsifier celle version , croiia-t on jamais qu'ils l'eussent pu faire sur tous les exemplaires qui éiaient à l'usage de tant de synagogues? Les Juifs furent tonjours haïs des païens à cause de leur religion. On les vil per>éculés , souvent exposés à leurs insultes. Ils n'en ont pas moins conservé leurs livres sacrés. Il faut donc chercher une autre cause de la diversité de leçons qu'on trouve entre les LXX el le lexte hébreu. Ce qu'Azarias vient de dire touchant l'exemplaire chaldaïque suppose encore deux choses qui exigeraient de tout autres preuves que celles qu'il nous donne. D'abord il fait remouler trop haut l'usage des paraphrases chaldaïques , qui ne devancent point le temps des premiers Machabées. En second lieu , il est faux que les évangélis'cs citent toujours les passages de l'Ancien Testament selon la version des LXX, comme je le ferai remarquer plus bas, et celui «le la Genèse, I, 27, se trouve de même dans l'hébreu. D'ailleurs, celte version se rapproche plus de l'original que des paraphrases chaldaïques. Ce qu'il dit enfin de l'exemplaire sur lequel il prétend que cei:e version du livre de la loi a été faite est una chimère rabbinique.
D'autres écrivains juifs ont dit également, que ces le version avait été faite sur le chaldéen (Voyez K. Ge.
dalia , nfapn nWrtf, fol. 2i , recto). On a soutenu aussi que Philon avait avancé le même Sentiment {De Vua Mosis, lib. II, Oper. edit. Francofurt. 1691, pag. 658), il me semble toutefois qu'on ne doit pas
prendre à la rigueur les paroles de cet ancien écrivain juif. Il esl probable que lorsqu'il assure que Ptolémée fit traduire la loi du chaldéen en langue grecque, il n'a entendu que la langue hébraïque dom se servaient ses ancêtres. La raison en esl qu'en parlant des lois de Moïse, il dit ou'elles furent d'abord écrites eu langue chaldéenne : Leges anliquitus scriptœ fuere lingua cluddaica (ibid., pag. G57). Or, quelque peu versé que Philon ail été dans l'hébreu, est il vraisemblable qu'il ail ignoré en quelle langue le Penla— leuque, ainsi (pie le reste des livres sacrés, avait été écrit originairement? L'histoire de ses ancêtres lui était trop connue pour le croire capable d'une telle ignorance. Il est certain d'ailleurs qu'on lisait de son temps dans toutes les synagogues d'Egypte, el surtout à Alexandrie, le texte hébreu du Pentateuque et des autres livres prophétiques.
Il y aurait bien plus de probabilité à dire que les LXX interprètes tirent usage du texte samaritain pour traduire les cinq livres de la loi. C'est aussi l'hypothèse qu'a suivie Guillaume Postel (Tabula) linguarum, tabul. 2). Jean Seldcii ne paraît pas trop s'éloigner de ce sentiment (Mare Clausum, scu de Bvmhtîâ maris, lib. I,CAp. 6, edit. Londin. 1656. pag. 57). Il se trouve en effet beaucoup de conformité entre le samaritain el le Pentateuque des LXX (Voyez Ludov. ô*e Dieu, tiùmikentàr., in cap. XIX Mattli., 5, Joan. Ilcnric. llollingcrus, loc. cit., lib I, cap. 5, quâesÇ &, sect. 5 , pag. 294, seqq.). Vous trouverez dans ce dernier ouvrage une foule d'exemples favorables à cette hypothèse. Elle n'est pas cependant appuyée do preuves suffisantes; aussi les meilleurs critiques l'onl-.iiL'S rejetée. llollinger ne paraît la proposer qu j comme une simple opinion : il l'avait même désapprouvée dans ses Exercitutiones Anti-Mqriuianœ : de Petit ateucho samuritano, e jusque Udentica AvQs-n te, etc., § 42, seq., pag. 55, seq. Il est vrai que, p<>ur donner quelque air de vraisemblance à ce sentiment, ou a prétendu que les Juifs d'Alexandrie avaient retouché cette version sur le texte des Samaritains. Cela es! d'autant plus probable, disent certains criti ques, que depuis que l'on vit bâtir un temple eu Egypte par Onias , sur le modèle du temple de Jérusalem , il régna toujours la plus grande mes ntell geuce entre les Juifs de la Palestine el ceux d'Alexandrie. Celle haine des Juifs égyptiens , dit Carpzovius (Crttic. sacr., loc. cit.), éclata à tel point, qu'ils aimèrent mieux se rapprocher du parti des Samaritains que de s'unir à ceux de la Judée. Mais cela n'est point fondé, comme je le montrerai bien ôt. 11 ne serait donc pas impossible, ajoute-l-on, qu'ils eussent recouru pluôt au Pentateuque de ces schismatiques pour reformer leur version qu'aux bons exemplaires du lexte hébreu, dont on se servait communément dans la Palestine. Ce n'est point un songe, dit encore llollinger (loc. cil., pag. 305), ni une fiction : les grandes diversités de leç >ns qu'on trouve entre les deux textes grec et hébreu ne permettent guère do penser autrement. Une chose que je ne puis trop comprendre est que ces deux auteurs citent eu preuve de celte aversion des Juifs d'Alexandrie pour ceux de la Judée, le livre XYlll, chapitre 10 des Antiquités judaïques de Josèphe. Mais dans ce chapitre, qui est le huitième du même livre dans la belle édition d'Havercampe, il est uniquement parlé des grandes contestations qui arrivèrent à Alexandrie entre les Juifs el les Grecs de celle ville : ce qui occasionna la dépulaiion que les uns et les autres tirent à Caïus, de laquelle Apion et Philon furent les chefs. J'ai lu avec toute IV. tien lion ces deux livres de Josèphe contre Apion, et la relation que Philon a donnée de sou ambassade à l'empereur Caïus; je n'y trouve absolu* ment rien de ce que llollinger cl Carpzovius (lotis cii,\
ont clé éloignés de corrompre malicieusement leurs propres Ecritures. Disons aussi qu'ils oui été incapa-
nous disent au sujet de toutes ces mésintelligences qui régnaient, selon eux, enire les Juifs d'Egypte, surtout d'Alexandrie, et les Juifs de la Palestine". Jo sèphe et Philon y parlent souvent de la haine invéîérce des Grecs alexandrins jour les Juifs; mais voilà tout. L'histoi ien juif ne dit rien de plus dans les livres <ie ses Antiquités. Je» croirais fort que ilotiinger et t£nrpznvins ont appliqué aux Juifs d'Alexandrie ce que "Miilon et Josèphe reprocha ien l aux Grecs de celle ville.
Je ne prétends pas nier toutefois que le temple ri'Iiéliopolis , é evé au mépris de la loi qui défendait qu'on s;icriliâl ailleurs que dans le temple de Jérusalem n'ait d'abord occasionné des dissensions entre les Juifs delà Palestine et cenx d'Alexandrie. Nous savons les motifs qui portèrent Onias, fdsd'Onias III, grand prêtre , à se retirer en Egypte pour y bâtir ui\ temple. « Onias, dil Josèphe (de Betlo judaico , lih. VIII, cap. 10, Oper. torh. Il, pag. 454), ne s'engagea pas dans cette entreprise par affection pour les plus
• onsidérahles de ceux des Juifs qui demeuraient dans Jérusalem ; mais le souvenir de sa retraite l'animait contre eux. Son dessein était de porter le peuple à les abandonner, pour se retirer auprès de lui. > (Voyez Ejusd. Ànliqiùl. Jud., lib. XIII, cap. 5; ibid., lom. I, pag. 657.)
L'on a avancé encore que les Juifs de la Palestine
♦ t tons ceux qui ne se servaient que du texte hébreu, ne virent pas de imp bon œil qu'on eût traduit les livres sacrés dans une langue qu'ils traitaient d'étrangère et de profane (Voyez Joseph. Scaligcr, Anima dversiones ad Cliron. Eusibii Painphili, an. 175-4, edil. Amstetod. 1658, pag. 154; Jo. Francise. Bnddeus, lue. cil tp9g. 1059, seq.; Anton. Van Dale, Disscrlatio super Arhlea de LXX inlerpret., op. 22, pag. 169, seqq.). De tout temps les Juifs ont été uè -alléchés aux textes originaux des livres saints. On ne voit pas qu'ils les communiquassent aux Gentils. 11 en était des Juifs qui vivaient avant 1 » venue du Sauveur comme de ceux qui ont vécu après. On pourrait dire des uns ei des autres ce que saint Augustin disait des Juifs de son temps : qu'ils ne pouvaient souffrir que les étrangers eussent une version de la loi el des prophètes. JSobis invident , quod lex el proplielœ inlerpretando ad nos tratisicrint. Augustin, de Civitate Dei, lib. XV, cap. 11 , Oper. loin. VU , col. 590. Mais quelles qu'aient é:é les dissensions entre les Juifs, soil à cause du temple bâti dans la préfecture d'Iléliopo- És, sons Ptolémée Philométor, environ un siècle et demi avant Je us-Christ, soit à l'occasion de la version grecque de l'Ecriture, je ne trouve nulle part, ni dans les écrits de Philon, ni dans ceux de Josèphe, que les Juifs rethés en Egypte, surtout à Alexandrie, préfet assent jamais l'amitié des Samaritains à celle des Juifs de la Palestine. Une preuve du contraire, c'est la grande division qui survint dans la ville d'Alexandrie entre les Juifs elles Samaritains du pays, peu de temps après qu'Onias eut l'ait bâtir son temple. < La question était, dit M. Prideaux (loc. cit.t lom. III-, part. Il, liv. IV, pag. 448), d'après Josèphe (Antiquit. jud., lib. et lue. cil., pag 059) , si , selon la loi , c'éiail à Jérusalem ou à Guériziin que Dieu devait être adoré. La dispute s'échauffa si fort, qu'enfin on eu vint aux armes. La cour, pour arrêter ces désordres, nomma un jour où en piéseuce du roi el de son conseil les deux partis eussent à produire leurs raisons. On choisit les personnes de part cl d'autre qui devaient plaider leur cause. Les Samaritains ne purent pas prouver ce qu'ils avaient avancé. Leurs avocats furent condamnés à mort pour avoir excité la dispute sans fondement, et le désordre cessa. > De cet événement je conclus deux choses ; 1* que les Juifs d'Alexandrie eunse'r'tîlent le plus grand respect
blés d'altérer le texte des LXX. Les motifs qui eussent engagé les Juils à porter des mains sacrilèges
pour le temple de Jérusalem ; 2° que bien loin ô> se rapprocher du parti des Samaritains, cette querelle dut les en éloigner encore davantage. Aussi est-ce un fait indubitable que jamais peuple n'en a haï un autre avec tant d'animosiié et de fanatisme que se sont haïs de lout temps les Juifs et les Samaritains, dans quelque pays du monde qu'ils se soient trouvés. Dans les écrits des uns et des autres on trouve à chaque pas des traits de cette haine invétérée qu'ils se porteni mutuellement.
Disons enfin que toutes ces disputes qu'on suppose avoir été occasionnées par la version des LXX ne doivent point dater d'aussi haut que le font certains Critiques. Josèphe, qui était prêtre, né en Judée, trè versé dans les Ecritures hébraïques, donne une trèsgrande autorité à cette version dont il fait l'histoire; il ne dil cependant jamais rien de pareilles disputes. Il est certain aussi qu'on lisait cette version dans Jérusalem môme, où les Juifs appelés Hellénistes avaient des synagogues. Croit-on même que le gouvernement ecclésiastique cûi permis à ces Juifs originaires de pères nés dans des villes de domination grecque, une version, surtout du Penlateuque, faite sur le lexle l.ébreu des Samaritains? Les lalmudisies conviennent qu'il était permis d'avoir les livres saints en langue grecque, comme on le voit par le décret suivant : < Non permiserunl sçribere libros (sacros) nlla lingua, nisi gnece. > R. Azarias de Hubeis, loc. cil., cap. 8, fol. 50, recto.
Si donc la version des LXX a excité quelques divisions entre les Juifs de la Palestine cl ceux du dehors, il faut en chercher principalement la cause dans le grand usage que les chrétiens des premiers siècles de l'Eglise en firent contre eux. Aus^ vii-on qu'à mesmeque celle version gagnait du crédit parmi les chrétiens, elle en perdait parmi les Juifs. Mais il n'était pas d'abord facile de faire quitter celle Ecriture à tous ceux des Juifs qui l'avaient eue si longtemps dans une langue qui leur était, en quelque manière, naturelle. Comme l'on persistait à s'en servir dans les synagogues, les Juifs hébraïsants en témoignèrent hautement du chagrin. On crut les apaiser et avoir de quoi répondre eu môme temps aux chrétiens, en abandonnant la version des LXX pour s'attacher à celle d'Aquila. Dans le IIe livre des Mâcha bées, chapitre I et II , nous avons deux lettres écrites au non» de tout le peuple de Jérusalem et de la Judée à tous ceux d'Egypte, qui prouvent encore qu'il régnait entre les uns et les autres une bonne harmonie. L'une de ces lettres, qui est écrite à Arislobule, précepteur de Ptolémée, est datée de la 188* année de l'ère des contrats, c'est-à-dire 125 ans avant Jésus-Christ, suivant le calcul de M. Prideaux ; temps auquel la version des LXX était déjà faite. Voyez Lmlo\icus Cappellus, Appendix ad Cri lie. sacr.y in (ine Crilicœ ejusdem, pag. 465, 470; Dionysius Pela vins, de Doclrina lemporum, lib. II, cap. 55, edit. Antucrp. 1705, lom. I, pag. 105; ejusd. Animadvcrsion. ad Lpiphanii librum de Mensuris el l'onderib., in fine ejusd. S., Oper. tom. II, pag. 580, seq.
Je ne dirai rien, pour le présent, des variantes qui concernent les textes grec et hébreu des livres de l'Ecriture. J'aurai soin d'indiquer dans une autre note, selon ma méthode ordinaire, les principaux auteurs qui ont lâché de nous conduire aux sources d'où ces diversités de leçons oui pu partir : je loucherai même, en passant, celle importante matière.
Je terminerais bien volontiers cette noie, déjà assez longue, mais j'ai encore une ou deux observalions à faire : elles me paraissent trop dépendantes de mon sujet pour les omellre.
Quoique de très-habiles gens, tels que le cardinal Bona, dom Petit- Didier, le P. le Quicn , le P. da
sur le texte original des livres saints ne furent pas
assez puissants pour leur faire commcilre un pareil
Montfaucon et tant d'autres que je pourrais nommer, nient rejeté la pièce que nous avons sous le nom d'Aristée , je crois cependant qu'elle suppose la vérité d'un fait. C'est que ni Arislée, ni Philon, ni Josèphe, ni tous ceux qui les ont suivis, n'eussent jamais avancé que la version grecque des livres de la loi des Juifs s'éiait faite par ordre de Ptolémée Philadelphe, si celte loi n'eût été traduite par les Juifs vers le temps de ce prince. M. du Pin ( loc. cit., pag. 182 ), qui tient pour apocryphe l'histoire des LXX rapportée par Arislée, en conclut toutefois < qu'il faut qu'effectivement Ptolémée Philadelphe ait demandé et fait faire une version des livres de la loi. Cela , ajoute-t-il, peut passer pour un fait certain. >
J'ai dit que la loi fut traduite vers le temps de ce prince ; car les uns mettent celle traduction sous Ptolémée Lagus, père de Ptolémée Philadelphe. S. Irénée et Clément d'Alexandrie ont été de celle opinion. D'autres la placent sous Philadelphe môme , après Arislée, Philon , Josèphe, et c'est un sentiment beaucoup suivi. Ceux qui s'attachent à cedernier sentiment sont encore embarrassés pour déterminer au juste le nombre des années qui s'écoulèrent depuis qu'elle fut composée jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. Il y a là-dessus autant d'opinions qu'il y a d'écrivains modernes qui l'ont fixée sous Ptolémée Philadelphe, comme l'a remarqué Wallon dans ses dissertations préliminaires sur les polyglottes (cap. 9, § 5, pag. 56). Selon Sixte de Sienne, cette version fut l'aile 550 ans avant l'être chrétienne. Génébrard la met deux siècles avant la même ère; Bellarmin à l'an 291 ; Bonfrérius à l'an 272 et Tomielli à Tan 245; Eusèbe et Baronius l'ont considérée antérieure à la même date de 280; enfin M. Prideaux la place, d'après Usser, à l'an 277, et le P. Pétau la fixe à une année plus lard. Tous ces auteurs, dit Wallon, qui adopte l'opinion d'Usser, conviennent néanmoins qu'elle dut être composée la troisième année du règne de Ptolémée Philadelphe , ainsi (pie l'a soutenu Eioèbe dans su Chronique , ou à la septième année du même règne suivant S. Epiphane. Louis Cappel et Jean Leusden ont cru qu'elle avait été traduite oOO ans environ avant Jésus-Christ. Hunifred llody a suivi une aulre opinion; il a prétendu que celte version parut dans le temps que Ptolémée Soter ou Lagus, associa son fils à l'empire. Ptolémée Philadelphe régna conjointement avec son père l'espace d'environ deux ans : ce qui répond , suivant lisser, à la dernière année de la 125e olympiade ou à la première de la 124*, et, selon llody, aux années troisième et quatrième de la 125e , c'est-à-dire, aux années 286 cl 285 avant l'ère vulgaire. llody concilie par là les divers sentiments des ailleurs qui placent cette version tantôt sous Ptolémée Lagus, tantôt sous Ptolélémée Philadelphe. Notre P. Alexandre ( Hist. Vet. Test, dissert 8, propos. 2, ton). Il, pag. 406) avait dé, à pris la même voie de conciliation. Voyez aussi Gérard Wossius, de Historicîs grœcis, lib. I, cap. 12 ; Isaac Vossius de LXX interpr., cap. 2, pag. 5; Dionys. Pclaviiis, Animadvers. inEpiplian., loc. cil., pag. 579, seq.; Joan. Baplista l\\cc\o\'ms, \Chronologia reformata , t. 1, 1. III, c. 6, p. 141, seq. ; et autres savants.
Mais les Septante traduisirent ils d'abord tout le corps des livres saints admis dans le canon des Juifs? J'ai promis dans une de mes notes (Supra,) d'éclaircir col autre point. Je vais lâcher de le f «ire le plus succinctement qu'il me sera possible. J'ai observé dans la même note que le docte Cappel avait dit que les meilleurs manuscrits des livres saints étaient péris pendant la persécution d'Anliochus Epiphane. Je ne pouvais mieux montrer la l'utilité de ce paradoxe qu'en renvoyant au premier livre des Machabées.
DE LA RÉVÉLATION
attentat : il me semble que j'en ai donné des preuves assez fortes. Ils n'ont donc poini touché, par la même
M. Samuel Shuckford a avancé le même paradoxe dans son Histoire du monde sacrée et profane, liv. I , tom. I , pag. 58 sniv., de redit, française , traduite de l'anglais. Leyde, 17.~8. Il y prétend d'abord que la longue paix dont jouirent les Juifs avant le lem; s d'Anliochus fut cause qu'ils n'eurent pas grand soin de leurs livres sacrés, de S'>rle qu'il s'introduisit dans leurs exemplaires un grand nombre de variations. Cet auteur cite à ce sujel le témoignage de Buxtorf, sans nous spécifier en quel endroit de ses ouvrages ce docte hébraïsant a soutenu une hypothèse si opposée à ses principes sur la parfaite intégrité'du texie hébreu même imprimé; car l'on sait jusqu'à quel point Buxtorf se montra délicat sur celte matière. Pour ne point paraître s'éloigner en rien des idées de Cappel, M. Shuckford ajoute qu'après la perNéculion d'Anliochus, les pharisiens, qui com mencèrent à fleurir, furent ceux qui eurent le soin da corriger les nouvelles copies; mais il n'y a pas ap« parence que, opiniâtres cl pleins d'orgueil comme ils étaient, ils aient voulu consulter la version des Septante ou corriger quelque chose dans leurs exemplaires sur celle version. Il est bien plus probable, continue notre auteur, que si leurs manuscrits différaient en quelque cho^e de la version grecque , ils se seront fait un point d'honneur de conserver les leçons de leurs propres originaux, plutôt que de les corriger sur une traduction étrangère , quelque bonne qu'elle fût.
Tout cela exigerait des preuves moins équivoques : M. Shuckford n'en donne aucune de quelque poids. Pour tempérer l'odieux de ces sortes de paradoxe* , le traducteur de cet ouvrage observe cependant que ce que l'auteur dit ici ne porle aucun préjudice a l'authenticité du texte sacré, puisque toutes les varialions dont il s'agit ( touchant la chronologie) ne tombent point sur ce qu'il y a d'essentiel dans la religion. C'est même une preuve, ajoute M.Bernard, que la Providence divine a veillé sur nos Ecritures , qu'il n'y ait point de différences lanl soit peu considérables dans ce qui regarde les dogmes. Cetle remarque est pleine de sagesse. Mais l'hypothèse de l'auteur n'en est pas plus solide. En vain allègue-t-il «pie ce que Josèphe nous dit, semble aussi prouver qu'autrefois les exemplaires hébreux différaient des nôtres dans les calculs louchant la chronologie antédiluvienne. Josèphe dit expressément qu'il a composé son histoire conformément au texte sacré, et le réeii qu'il fait de la vie des patriarches s'accorde avec les Septante à une très-petite différence près dans la vie de Lantech. Il faut donc, selon M. Shuckford,. que cet historien ail vu quelque exemplaire hébreu , différent de ceux que nous avons aujourd'hui et presque conforme à la version grecque.
L'autorité de Josèphe n'est pas du pins grand poids sur cetle matière. Il a donné trop de preuves de ses écarts. D'ailleurs sa chronologie n'est point telle que M. Shuckford la suppose. Notre savant P. le Quien l'a très-bien prouvé dans sa Défense du lexie hébreu et dans sa Réponse à la défense de l'antiquité des temps.
Les témoignages que l'écrivain anglais produit de Démélrius, de Phalère, de Philon l'Ancien, d'Eupo- Ième, et les autres raisonsqu'il ajoute exigeraient des discussions qui me conduiraient un peu loin. Je les évite pour ne point tant traîner cetle note en longueur. Ce sera assez de dire présentement que tous ces anciens auteurs oui pu se tromper , et quil9 se sont trompés en effet dans leur calcul. C'est la réponse qu'a donnée le P. le Quien au P. Pezron, qui lui opposait les mêmes autorités. Hé! pourquoi la chronologie des Septante n'eût-elle pas élé corrompue de leur temps? Est-ce que les manuscrits hébreux
r>99 DES TITRES PRIMITIFS
raison, au texte des LXX. Si jamais ils eussent osé eu venir à de tels excès, c'eût été uniquement depuis la venue de Jésus Christ, et lorsque commencèrent
leurs grandes disputes de religion avec les chrétiens. Mais ils n'auraient pu introduire ces changements que dans les exemplaires qu'ils avaient à leur usage. Toute
auraient éié plus exposés aux injures des siècles que les exemplaires de celle version? De plus il esi certain que les Pères n'ont jamais condamné la chronologie du texte hébreu. « Plusieurs Pères , dit le même savant , ont suivi la chronologie des Septante, parce que ceitc version était en usage parmi eux , comme nos chronologues modernes suivent celle de la Vulgale, parce que la version Yulgate est reçue dans l'Eglise, qui l'a préférée à celle des Septante. La vérité de ces supputations dépend de la vérité des livres dont on les lire. Jusqu'à ce qu'on ait prouvé que l'hébreu est corrompu, surtout dans ce qui concerne La chronologie, on sera toujours en droit de le suivre selon celle règle générale qu'on doit préférer l'o* riginal à la copie et à une version jusqu'à ce qu'on ait fait voir qu'il a é'.é falsifié. Ayant donc dissipé les soupçons qu'on a formés contre les Juifs, il semble qu'il n'est pas permis de s'éloigner du texte hébreu ni .le la Vulgatemème dans la chronologie, ni de s'attacher uniquement aux Septante. » L'Antiquité des temps détruite, ou Réponse à lu défense de C Antiquité des temps; chap. 8, nag. 212, sniv.
Les soupçons que M. Suuckford a répandus d'après quelques critiques sur l'intégrité et la pureté des manuscrits hébreux antérieurs à la venue de Jésus- Christ, ne sont donc point tels qu'on ne puisse montrer combien ils sont peu fondés. M. Shuckford (ibid., pag. 61, suiv.) a senii lui-même la force des preuves en faveur du texte hébreu, puisque dans tout son ouvrage il n'a suivi (pie la chronologie de la vérité bébraïque. lui reste, quoique les prolestants D'aïeul point pour les premier et deuxième livres des Machahées le respect qui leur est dû, j'ose croire toutefois qu'ils ne leur refuseront pas celle même autorité qu'ils donnent à un Diodore de Sicile, à un Polybe ou à un Tite-Live. Or, si le docte Cappcl et M. Shuckford eussent lu attentivement ce qui est rapporté dans la deuxième lettre écrite au nom des Juifs de Jérusalem et des pays: de Juda à Arislobulc et à ceux d'Egypte, ils se seraient aperçus que, nonobstant la cruelle persécution qu'Antiochus Epiphane lit souffrir aux peuples de la Palestine, les livres saints se trouvèrent après celle disgrâce dans le même étal qu'ils étaient auparavant. L'auteur sacré compare les travaux de Judas Machabée touchant le recueil de nos Écritures, à ceux dont Néhémie s'était occupé sur le même objet. Cet homme de Dieu formn une bibliothèque dans laquelle il rassembla les livres des prophètes, ceux de David et tes lettres des rois , et ce qui regardait les dons faits au temple. Judas a pareillement recueilli tout ce qui s'était égaré pendant la guerre que vous avons eue, et ce recueil est entre nos mains. Si vous croyez que ces écrits vous soient nécessaires , envoyez des personnes qui puissent vous les porter. II Mâchai». II, 13, 14, 15.
Ce n'est pas que les Juifs d'Egypte n'eussent alors des exemplaires des livres saints. Ces mêmes Juifs y avaient un plein exercice de leur religion; ils y jouissaient de grands privilèges qu'Alexandre el les Pldémées leur avaient accordés. Ils y avaient un temple où tout se faisait comme à Jérusalem , enfin d^s synagogues dans toutes les villes de leurs établissements. Mais les Juifs de Jérusalem, qui était le centre de l'unité , leur offrent de leur envoyer ces mêmes écrits pour leur témoigner que les divines Ecritures qu'ils possédaient n'avaient rien perdu de leur première pureté, quelsqu'eussent éé les malheurs passé». Judas Machabée eut infiniment à cœur tout ce qui intéressait la religion. Le recueil qu'il lit des saints livres pouvait servir de règle pour les autres exemplaires répandus en Egypte. C'esi donc une chimère que de pi étendre que les meilleurs manuscrits eussent péri
alors. J'ai assez insisté là-dessus dans le premier mémoire.
J'ai observé (Ibid., pag. Oi) que le raisonnement <!u doeie Gappel supposait ce qui était en question. C'est qu'il n'est pas trop certain que du temps d'Anliochus Epiphane les Ecritures hébraïques fussent déjà toutes traduites en langue grecque. Je ne déguiserai pas que les savants sont divisés entre eux sur cet article. Mais plus on | èse la force des preuves que l'on allègue de part el d'autre, il me paraît que le sentiment de ceux qui veulent que les Septante induisirent seulement les cinq livres de la loi , est ie mieux appuyé. D'abord on ne peut nier que les plus anciens écrivains auxquels nous sommes redevables de l'histoire de cetle version n'aient parlé que du Penlaleuque. Aristée lui-même, A ri.- Lobule, Philon , Josèphe encore dans sa préface sur les Antiquités hébraïques el ailleurs, enfin les talmmlistes ne tiennent pas d'autre langage, llody a recueilli les tâmoigm ges de ions ces anciens ( loc. cit, lib. 11, cap. 7, pag. Ib5, seqq. ). Parmi les Juifs modernes , R. Cédalias (loc. cit., fol. 24, recto) ne se décide pour aucun sentiment. Le faux Josèphe , écrivain obscur qui ne devance pas le neuvième siècle, veut au contraire que les Septante mirent toutes les Ecritures en grec (.losippon Ben Gorion, sive Joseplius hebraicus, videlicel : Rerum memorabilium in populo judaico tain pacis quant belli tempore gestarum, in prhnis de excidio Jerosolymituno, lib. 11, cap. 25, et lib. III, cap. 2, edil. Gotha: et Lipsia? 1710,cum versioue etnotis; Jo. Frid. Breiihaupti, pag. 135 el 173); K. Azarias (/oc. cit., rCQ "HON, cap. 7, fol. 47, recto) niit la même opinion. Mais ces auteurs juifs sont absolument contre le sentiment de leurs ancêtres. Quanquam Aristœus et Josephus et omnis schola Judœorum qninque tantum libros Moysi a LXX translatos asserant ; Heronym. in cap. Y Ezechicl., Oper. ton». III, col. 729. Dans sou commentaire sur le chap. XVI, vers. 15, de ce prophète, S. Jéiôme nous assure même que c'est ainsi que pensaient les savants de son siècle : « Et profecisli iu reguum. » Hoc in LXX. non habetur, qui forsilan Alexandrie in gnecum sermonem Scripturas, verlentes , tiinuerunt hoc edere , ne regein iEgypti viderentur offèndere , dnni a Deo Jérusalem debilum regnum esse commemorarent. Quanquam erudili solos libros Moysi ab eis iuterpretatos es-e probeut; loc. cil, col. 792 ; vid, elincap. Il Miehex', ibid., col. 1510.
Si cet illustre docteur a souvent cilé, sous le nom des Septante, les autres livres de l'Ecriture, il s'est uniquement conformé à l'usage reçu de son temps. A l'exemple de S. Jérôme, nos critiques ne donnent point d'autre nom à la version grecque de nos livres sacrés , parce que e'cM une façon de parler que tous les écrivains ont adoptée. lisser, BuotillS, Schiekhard, Saumaise, Lightfoot , Samuel "Petit, le chevalier Mar.shani , le P. Mariaua, M. Simon, le P. le Quien, MM. Prideaux , llody el Fabriclus , le P. de Montfaucon et lanl d'autres qu'il serait facile de nommer , ne parlent point autrement lorsqu'il s'agit de la version des Septante. Cependant il s'en tant bien que ces ailleurs aient cru que ces interprèles eussent traduit toutes nos Ecritures hébraïques. Encore une fois il serait très-inutile de s'arrêter davantage sur celle question. llody (ioc. cit., pag. 159, seqq.) a prévenu toutes les objections qu'on forme contre ce sentiment, Une des principales preuves qui donne le plus grand poids à ce que nos critiques en ont dit dV-près S.Jérôme . c est que la version du Pentateuque décèle des traducteurs tout différents de ceux des aulres livres de l'Ecriture* La version grecque est beaucoup plus châtiée dans les cinq livres de Moïse qu'elle ne féal
DE LA UÊ
l'Église de Jésus-Christjes Juifs surtout nouvellement convertis au christianisme, se seraient nécessairement aperçus de ces corruptions et n'auraient point manqué d'objecter à ces faussaires des infidélités de celte nature. Dans la supposition que les Juifs eussent enfin corrompu de propos délibéré le texte des LXX, dont ils se servaient d'abord dans les synagogues des villes des Gentils, il eût fallu qu'ils eussent, reiranché en même temps de l'original hébreu ces mêmes textes qu'ils voulaient faire disparaître de la version des LXX. Cela paraît moralement impossible. Est-il probable que les Juifs hébraïsants l'eussent souffert, eux qui étaient si jaloux de la pureté des textes originaux? Croit-on encore que les Juifs qu'on appelle hellénistes eussent aussi consenti à une telle dépravation ? En un mot, quelle fin les Juifs pouvaient-ils se proposer dans celte corruption du lexte des LXX , sinon d'enlever aux chrétiens les grandes preuves qu'ils tiraient des oracles qui constatent l'avénement du Messie? Cette même version, telle qu'elle était alors et que nous l'avons présentement , offre néanmoins une foule de prophéties, toutes en faveur de la divinité de Jésus Christ. Il ne suffisait point d'en altérer quelques-unes : il eût été nécessaire de falsifier toutes les autres qui sont restées dans les LXX. Tout ce qu'oui fait ceux des Juifs qui se servaient de ce texte, c'a été de l'abandonner aux chrétiens comme ils l'avaient reçu, et d'entreprendre d'autres versions de leur original , telles que celles d'Aquila , de Théodotion , ainsi que je l'ai remarqué plus haut.
Cette accusation d'avoir corrompu malicieusement nos Ecritures grecques n'est donc soutenue d'aucune preuve solide. Encore moins le texte des Septante s'est-il presque tout perdu, et celui qui nous est resté jusqu'à présent est à peine méconnaissable. Ces sortes d'assertions, quels qu'en aient été les auteurs, ne I ai lent que d'une critique précipitée.
Quoi ! Dans ceux des passages du Nouveau Testament, tirés des Septante, dans les citations des Pères
ailleurs où l'on découvre de temps en temps une diversité très-sensible de style, plus ou moins de soin à rendre les mêmes plnwcs, les mêmes mots souvent employés par nos auteurs sucrés. Hody, Lambert Bos et plusieurs autres savants en ont produit une foule d'exemples. Inférez de là que celle ancienne version a du partir de différentes mains , et que l'argument de Cappel sur la perte des meilleurs manuscrits lié breux de toute l'Ecriture n'est rien moins que concluant.
De quelque œil que nous envisagions les opinions clés anciens et des modernes louchant l'histoire de la version des Septante , nous ne devons pas perdre cVî vue que ce point de critiquées! très-indifférent à la religion. Mais il paraît constant que plus d'un bon siècle avant Jésus-Christ il y avait déjà une version grecque de toutes nos Ecritures liébraï |ues. Ce que lliiinfrcd, llody et Lambert Bos ont opposé à ce sentiment touchant la traduction de quelques livres sacrés à laquelle ils donnent une date plus récente n'offre que des conjectures de nul poids. Enfin les ajoncs ont cité la même version des Septame : par ce mjuj endroit elle mérite infiniment noire vé- ération.
grecs et latins , dans nos eucologes anciens et modernes, enfin dans nos écrivains ecclésiastiques qui ont fait usage de ce lexte, aurions-nous une version absolument différente de celle dont s'étaient servis jusqu'à la publication de l'Évangile les Ju;fs établis en Egypte et dans les autres villes de la domination des Gentils?
Les Bibles polyglottes de Com pinte de 1514-1517, dédiées à Léon X; celles d'Anvers de 1569 1572 ; celles de Paris de 1G35-1645, qui coûtèrent des frais immenses à sou éditeur ; les Bibles hébraïques, grecques et latines avec les notes de Valable, des aimé s 1586 , 1588 , 1596 , 1599 et de 1616 ; la belle Bible grecque d'Aide Mauuee, imprimée à Venise en 1518; celles de Bâle de 1545, de 1550 el de 1582 ; la Bible de Strasbourg qui parut en 1526 ; l'édition de la Bible grecque de Francfort-sur-Ie-Mein, en 1597, que nous devons aux soins de François Junius, ou, selon d'autres, au savant Frédéric Sylburge ; la magnifique édition romaine, publiée par l'ordre de Sixte V en 1587, d'après un excellent manuscrit de plus de mille ans d'antiquité, et conférée avec d'autres exemplaires éga binent anciens, réimprimée même à Londres en 1653, mais avec quelques changements; les belles Polyglottes de Londres de l'an 1657 ; le célèbre manuscrit alexandrin , que le savant Gr.ibe commença à fairs imprimer à Oxford en 1707-1709, qu'on vit reparaître en entier dans la même ville en 1707-1709-1719- 1720, et que le docte Breilinger fil réimprimer à Zurich en 1730-1752, avec les diversités de leçons, tirées (I) du manuscrit du Vatican : Quoi ! dis-je, cette multiplicité d'éditions des Septante, et tant
(I) On promet bien plus dans le litre du prenver volume de cette nouvelle édition que nous devons aux soins de M. Breilinger. Voici ce titre ; H Tta/aîa Ai«- Qwy} xc/.rà toù; iSoo//.v;/ovT«. Vêtus Testanientum ex verswne Septuaginta interprétant , clim ad (idem codicis atexnndrini summo studio et incredibili diligentia expres&um , emendalum ac suppletum a Juanne Emesto Crabe S. T. P. Nunc veto exemplaris V aticani , aliorumque mss. codd. leclionibus var. nec non dissertation mbus iltmlratum , msignilerque locupletatum. Summa cura edidit Jouîmes Jacobus Breiti.gerus. Tomus 1 Tiyiiri Helvvtiorum 1750. Les autres trois frontispices n'annoncent que les diversités de leçons, que l'éditeur a prises du manuscrit du Vatican d'après l'édition romaine. Il les a mises au bas des pages. Il n'y a point d'autres variantes dans tou^ les volumes, quoique M. Breilinger en eût promis plusieurs qu'il devait tirer de la marge d'une Bible d'isaac Vossius, d'un prétendu Ociateuque de Bàle, d'un Psautier de Zurich et de quelques cahiers qui se trouvent dans la bibliothèque de Leyde, publiés autrefois pir M. Bos, et en dernier lieu par M. Mill, professeur à Utrecht. M. Breilinger aurait peut-être tenu sa promesse dans un cinquième volume qu'il semble annoncer vers la fin de s;» préface i-ur le quatrième tome de celle édition des Septante, et dans laquelle il s'engage à soutenir courageusement l'antiquité el l'autorité du Ms. alexandrin contre les injustes chicanes de quelques demi-critiques. Il ne parait pas que l'éditeur eu ail rien fait. Du moins j'ignore absolument si ce cinquième volume a é é donné au public. L'on trouvera d'autres anecdotes au sujet de l'édition de M. Breilinger, dans le tome XI de U Bibliothèque rationnée des ouvrages des savants de C Europe, juillet, etc., 1735, part. 1, art 8, pag. 223 235
•l'atiircs que je lais à dessein , ne nous offriraient
elles qu'un tex'e l<>ut délabré, tout corrompu, inconnu à toute l'antiquité juive et chrétienne? Les travaux de cette fouie de grands hommes sur les variantes grecques du Nouveau et de l'Ancien Testament, auraient-ils é'.é infructueux?
L'on me dira sans doute que les différentes éditions de la Bible des Septante, quelque multipliées qu'elles soient, ne se réduisent dans le fond qu'au nombre de quatre. Toutes ito< Bibles grecques, actuellement imprimées, viennent ou de l'édition de Complule de 4517, ou de celle d'Aide Manucc de 1518, ou du manuscrit du Vatican publié en 1587, ou enfin du manuscrit alexandrin donné par Crabe. Entre ces quatre éditions il y a mêu.e des variétés sensibles. Qu'importe ! Coulerez sans préjugés les passages de celte version, tels que nous les avons dans nos Bibles, avec ceux que citent les apôtres, les Pères et les écrivains ecclésiastiques; vous trouverez presque partout un merveilleux accord. Les diversités de leçons prouvent, à la vérité, que nos manuscrits grecs
Les habiles journalistes s'y décident avec force contre l'autorité du funeux manuscrit alexandrin , dont les éditeurs anglais ont fait tant d'éloges. «Si M. Breitinger, disent-ils (pas. 234), veut bien prendre la pei e de comparer le Vieux Testament du Ms. d'Alexandrie avec les llcxaples du P. Monifaucon, et le Nouveau avec l'édition du docteur Mill , il changera de sentiment , et il verra que ce Ms. ne représente pas le Vieux Testament selon les Septante , mais avec les additions et changements de Tiiéodoiion ; et que dans le Nouveau son copiste a pris la liberté d'altérer le style des écrivains sacrés à tout moment ; en un mot, que le manuscrit est extrêmement interpolé, et par conséquent peu digne de foi. S'il lui reste quelque doute là-dessus , on se fera un plaisir de lui communiquer les lumières qu'on a. S'il persiste au contraire à soutenir ce qu'il a avancé et à prôner son saint jusqu'à mépriser l'autorité de tous les autres manuscrits, et à traiter de demi-savants audacieux et chicaneurs le célèbre Gataker et tous ceux qui ont jugé comme lui du manuscrit d'Alexandrie, il trouvera à qui parler.» Voy^z Jo. Goltlob Carpzov. Crïtit. suer., part. II, cap. 2 , § 8, pag 557, seqq.
Ne méprisons pas cependant l'édition de M. Breitieger. Elle a un avantage bien supérieur à celle d'Oxford. Au moyen des variantes qu'il a tirées avec fidélité de l'excellent ms, du Vatican, son travail réunit les deux éditions. Dans cette édition des Septante donnée par Breitingcr, outre les préfaces des éditeurs anglais et celles qu'il y a mises, il n'y a que les anim adversions de L. B >s , qui forment le chap. 3 des Prolégomènes de ce littérateur. Remarquez aussi que c'est une inadvertance dans le savant Woliius (loe. cit., tom. IV, sect.4, pag. 168, seq.) que d'attribuer à Breitingcr les Prolégomènes qui sont à la lèie du tome H du ms. alexandrin , imprime a Zurich. M. Lée en est le seul auteur , et on les avait déjà dans l'édition d'Oxford ; les autres Prolégomènes des tomes III et IV des deux éditions, à l'exception de ceux du 1", composés par Grabe, nous viennent des amis de ce savant homme. Du reste , à la suite des mêmes Prolégomènes, Breitingcr a ajouté , ainsi que je l'ai dit, des préfaces de sa façon. Ce qui augmente encore le prix des Prolégomènes en question, c'est que leurs auteurs y montrent que les variantes tirées du Ms. alexandrin ne sont point rapportées avec fidélité dans h Polyglotte de Londres; et que l'on y en a omis uu ff'-and njuihre.
ne sont pas tous uniformes : c'est que les copistes qui les ont transcrits étaient des hommes. Disonsen autant de nos manuscrits hébraïques, mais jusqu'à un certain point. Bien cependant d'essentiel à la religion ne s'est perdu. Nos deux textes grec et hébreu, nonobstant leurs dissonances, s'il est permis de parler ainsi , n'en sont ni moins intègres , ni moins authentiques. La parole de Dieu demeure stable, pure et invariable dans les livres saints, écrits en grec ou en hébreu.
A des fautes, à quelques interpolations près, qui n'ont d'autre cause que l'ignorance, 1a trop grande liberté des copistes, enfin le laps du temps, la version des LXX est absolument la même dont loule l'antiquité ecclésiastique a fait usage. Je le répèle : qu'un faux zèle pour la vérité hébraïque ne nous fasse point dégrader un texte qui a été consacré à l'instruction des fidèles, principalement dans les premiers âges du christianisme. Toutes nos versions latines qui ont eu cours dans l'Eglise d'Occident jusqu'au temps du pape Damase, et qui n'étaient point en petit nombre (I), avaient été même faites uniquement sur le texte grec des LXX. Quelques livres (2) de notre Vul-
(1) S. Augustin., de Doclrina Christian., lih. II, cap. M, Oper. tom. III, part. I, col. 25; Hierony mus, prœjùt. in Josuam, Oper. tom. I, col. 247.
(2) Ce sont les livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, les deux livres des Maehabéis, la prophétie de Baruch ei TE pitre de Jérémie; mais les additions au livre de Daniel (cap. XH,X11I), et le cantique des trois jeunes Hébreux sont de la version de S. Jérôme, sur le grec de Théodolion. Colles qu'on trouve au livre d'Eslher (vers. k, cap. X, ad fin.) sont aussi de la même version d'après les LXX. Dom Calmet s'est trompé en soutenant un sentiment contraire dans sa dissertation sur la Vulgatc (Dissert, tom. I, pag. 90). Plus d'un écrivain a commis la même faute. (Voyez D. Sabatier, Vel. ltalicœ tom. I, part. II, pag. 792- 794, et tom. II, part. If, ptg. 855.) Des auteurs ont éeril que notre Psautier éi ait de l'ancienne Vulgate : c'est encore une erreur. Quoique nos psaumes se ressentent à chaque pas de celle ancienne version, ils sont au moins de la correction de S. Jérôme. (Voyez dom Calmet, Remarques sur les versions latines, loc. cit., loin. II, pag. 253 et suiv.) Quelques modernes ont pensé que celte version de noire Psautier avait été faite d'après l'édition grecque de S. Lucien martyr. C'est ce qu'assurent les auteurs suivants : Brian. Wallon, Proleqomenain Bïblia polyglot., cap. 10, § 9, pag. 71 ; Nalalis Alexander, Dissert, de Vulgata, qua-sl. IV in ejusd. Dissert, ecclesiast. Triade, Paris, 1678, pag. 285 ; M. Duguet, Conférences ecclésiastiques, d:ssert. XII, pag. 227. Humï'red Ilody regarde la chose comme très-incertaine , De text. Origine , lih. III, part. II, cap. 2, pag. 552. Je croirais plutôt que S. Jérôme le traduisit sur le texte des Hexaples d'Origène. Il l'insinue assez clairement dans sa lettre à Sunnia et à Fretela (Oper. tom. II, col. 627). Ce Psautier, qui n'est autre que celui qu'on appelle lo Psautier gallican, est parmi les ouvrages de S. Jérôme (loin. I, col. 1222, seijq.), avec les marques de sa révision, comme il le dit lui-même dans sa préface sur ce livre, adressée à Paul et à Euslochie. C'est donc encore une inadvertance dans le savant M. Chais (Discours préliminaire, à la tête du premier tome de la Bible, etc., pag. 76) d'avoir dit qu'il n'y eut qtm le livre des Psaumes auquel le S. docteur ne ton- ha puni. Il est certain que S. Jérôme le induisit sur
m DE LA REY
gâte n'offrent d'au ire traduction que celle de l'ancienne édition latine ou italique, connue encore dans l'Église d'Occident sous le nom de Commune. S. Jérôme , après l'avoir retouchée avec soin (1) sur l'exemplaire grec qui était dans les llexaples d'Origène, l'avait publiée avec des additions tirées de l'hébreu. Mais, soit qu'il fût peu satisfait des soins qu'il s'était donnés pour rétablir cette ancienne version dans sa première purelé, ou plutôt parce qu'il voulut fermer !a bouche aux Juifs, qui ne cessaient de reprocher insolemment aux chrétiens qu'ils ignoraient les véritables Écritures (2), cet illustre docleur entreprit une nouvelle version de nos livres hébraïques. 11 fut le premier des Pères qui se mil à un si grand ouvrage ; et il le fit (3) à la prière de Chromace (comme nous aurons occasion de le dire), évêque d'Aquilée. On ne voit pis néanmoins, que l'Église se servit d'abord généralement du fruit de ses travaux. Du temps de S. Grégoire le Grand, Von employait (4) indifféremment celte version de S. Jérôme et l'ancienne Vulgate latine que le savant Flaminius Nobilius lâcha (5) de rétablir dans l'édi-
l'hébreu à la prière de Sophrone, personnage de merle : et ce Psautier se trouve dans les Œuvres de ce l'ère (tom. I, col. 835- 033), avec une préface adressée à Sophrone môme.
(1) Egone contra Scptuagima interprètes aliquid sum locuius, quos ante annos plurimns diligentissimc emendatos mea; linguae smdiosis dedi? Uieromjmus, lib. II, adversus Rufinnm, et Epist. LU, ad Lucinium, oper. tom ÏY, col. 421, 427 et hltK Go n fer ejnsdem pr;efat. in libros Salomonis; Epistola ad Sunniain et Fretelam ; Gomment, in cap. III epist. ad Tit., oper. loin. IV, col. 95D; tom. II, col. 627; tom. IV, c»l. 457; vid. llumfred. Ilody, loc. cit., pag. 353, seq.
(2) Ne Judœi de falsitate Scripluramm ecclesiis ejus diutins insullarent , Hieronym. prœfat. in lsaium, oper. tom. I, col. 473.
(3) Prœfat. ejnsd. in libr. Paralipomen. ad Chromatium, oper. tom. I, col. 1021, seq.
(4) Novam vero translaiionem dissero ; sed ut comprobationis causa exigit, nunc novam, nunc veterem per leslimonii assumo; ut quia sedes aposlolica, oui auclore Deo praesideo, ulraque niiiiur, moi quoque labor sludii ex ulraque fulcialur. S. Creyorii papœ epistola ad Leandrum in exposition, in librum Job, oper. edit. Paris. 1705, loin, I, col. 6; Gonfer Joan. Martianœi Prolegomena in Divin, bibliolhcc. S. Hieronymi, prolegom. II, cap. A, oper. loin. I, init. Notre savant père Richard nous fait observer que quoique S. Grégoire le Grand dise que de son lemps l'Eglise romaine se servait assez indifféremment de l'ancienne ilalique et de la nouvelle traduction faile sur l'hébreu, ce pape a presque toujours suivi celle-ci dans ses Morales sur Job. Il ajoute que S. Isidore de Séville, qui vivait vers l'an 090, dit sans restriction que tontes les Eglises suivaient la version de S. Jérôme ; Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, loin. V, art. Vulgate, pag. G29 de la première édition de Paris; Isidorus Hhpalens.y lib. I de Ofliciis ecclesiastic, cap. 12, Operum edit. Paris. 1601 pag. 583.
(5) Voyez Daniel Huctius, de claris Interprclibus, edit. Paris., 1661; pag. 110. Richard Simon, Disquiiiiiones erilicœ de variis... Bibliorum edùionibus, cap. 19, pag. 158; le même, Histoire critique du Vitux
Teslam., liv. il , eh. 11, pag.
loc. cit., bb. II, cap. 1, pag. 343; Le Lo
llumfred llody,
Biblio-
ÉLATION. 60G
lion qu'il en donna à Rome en 1388, G'esl la même version que le Père Morin de l'Oratoire tit réimprimer à Paris en 1628, avec le texte grec des LXX, tiré du fameux manuscrit du Vatican, tel que Sixte V l'avait fait publier en 1587. L'habile oratorien distingua simplement en versets l'une et l'autre de ces éditions que Wallon fit ensuite reparaître avec des additions, dans ses belles Polyglottes.
De quelque autorité cependant qu'ail é'.é dans l'Eglise la version de S. Jérôme, à cause de sa grande conformité (1) avec le texte hébreu ; quoiqu'elle prit enfin la place de l'ancienne italique, elle ne fil pas tellement abandonner celte même version, qu'elle n'en ait toujours retenu des vertiges bien marqués.Aussi noire Vulgate, reçue aujourd'hui dansloule l'Eglise d'Occident, oifre-l-clle encore un certain mélange de cette ancienne édition latine, des versions d'Aquila , de Théudoiion et de Symmaque (2),
iheca sacra, cap. 4, secî. 1, loi». I, eùil. Paris. 1723, pag. 230, seq.; Daniel VVhilby, Appevdix examini's variunsium leclionum Novi Test amen ti Miilii,o\\ il donne un essai pour montrer comment on pourrait rétablir plus exactement celle antique version par les fragments qu'on en trouve dans lés anciens auteurs ecclésiastiques. Après ce que dont Sabalier nous a donné de celte version qui s'imprima à Reims , ei qui parut à Paris en 1749-1751 , vol. 5, fol.., on eût dit qu',1 n'y ;;v;iit pas apparence qu'on ferait de longtemps d'autres découverts bien importantes; Voyez ce que ce savant bénédictin dit dans sa préface (pari, lii, § 1, pag. 63, seqq.) au sujet des travaux qu'on avait déjà faits avant qu'il s'occupât des menus recherches. Cependant le P. Biancliini a trouvé encore de quoi augmenter la collection de ce bénédictin, dans trois ouvrages manuscrits qu'il a laissés après sa mort; savoir : Ganlicum canlicorum latin* vei^ionis antimise, seu veleris ilalicuc, quo egregium opns Bibliorum saeroruin ejnsd em version is a cl. P. Snbalier editum supplelur et illustralur; Collalio lihri Psalmorum amiquœ latinae versionis, seu veleris italie;e edttionis dicti P. Sabalier, et alterius cditionis f. ete per Josephum Blanchinum cum textu grajeo, et cum epist< la S. Hieronymi ad Sunniam et Fi etel-an, qua osiendilur cuiuara pradalio debeaiur; Loea sacre Scriptural secundum aiiliquam la imam italam versionem quaî legunlur in Cassiodori Gomplexioni- 1,'us et aliis Patribus a puciato P. Sabalier omissa. Josephi Blanchini Presbyl. Oralorii romani Elogium historicum. Romx 1764, pag. 21.
(1) Quia haie nova translulio ex hebrœo nobis arabicoque eloquio cuticlaveriustians[udisse perlubetur, credendum est quidquid in cadialur. S. Gtegorius, lib, XX Moral, ni cap. XXX B. Job ; Operum loin. I, col. 665. înlerpretaiiu (Hieronymi) merito cœieris antefertur : nam est verborum lenacior et persplcuiiaie senlentiœ clarior, Isidorus Hisp tiens, lib. VI O.igin., cap. 5, Operum pag, 74.
(2) Annales Baronii ad annum Christi , 231, num. 40, seq., edit. Lucons., 1758, loin. II, p. 501, seq.; Joan. Lniedo, de ecclesiusiicis Scripturiset Dogmatibus, lib. II, cap. l,cdil. Lovanii, 1550, charl. 34, fol. verso, seqq.; Sixlus Scnensis, Bibliolheca sancta, inercs. XIII, lib. VIII, ad objection. IX, pag. 1118; Robert Beliarminus, de Verbo Dei, lib. II, cap. H ; Disputalion, de controversiis christ, (idei , loin. I, pag. 48; Naialis Alexander, loc. cit., quœsl. ead., pag. 287, seqq ; Jacob Le Long, loc. cit., tom. I, cap. I , seel. 1, pag. £52, seq.; d*»in Remy Ceillier, Hist. générale cU's auteurs sacrés cl ecclésiusliquex, tom X, chap. 8, an. Il, «as. 192.
indépendamment de quelques livres que j'ai spécifiés <hms une de mes notes, et dont l'authenticité a été si bien prouvée.
Apprenons de là combien la version des LXX, qne l'Eglise grecque a toujours conservée , est digne de nuire vénération et de nos respects (1), nonobstant les vices qu'on y a remarqués (2), qui sont toutefois sans conséquence pour les vérités morales et dogmatiques. Des auteurs ont même observé (3) qu'il s'en faut bien que la version des LXX ait cette beauté, celle délicatesse de style qu'on voit au premier coup d'œil dans un Démosihène, un Xénopbon, unlsocralé, et dans les grands- auteurs des beaux temps de l'ancienne Grèce; qu'au contraire tout ne s'y ressent que trop du génie hébreu. On ne doit point s'en étonner. Que cette traduction soit partie des Juifs d'Alexandrie (4), ou que nous en soyons redevables à ceux de Jérusalem, comme toute l'antiquité l'a pensé, la version des LXX nous vient des Juifs. C'est un grec mêlé d'héhraïsmes, qui s'approche beaucoup du style des écrivains sacrés du Nouveau Testament, et qui y répand le plus grand jour. On a cru devoir caractériser ce siyle du nom de langage helléniste, mais que de dissensions parmi les littérateurs ce nouveau terme n'a-t-il pas occasionnées (5)?
Que ces sortes de défauts qu'on a remarqués dans la traduction des LXX interprètes ne nous fassent pas moins respecter une version qui a été composée dans ira temps où la langue des anciens Hébreux devait être (0) suffisamment connue par tout ce qu'il y avait
(1) Voyez Brian Wallon, loc. cit. cap. 9, § 1, pag. 51, Natal. Alexander, Dissert. XI, in Histor. ccclesiest., sec. 2, qmest. 1, tom. III, pag. 455, seq.
(2) Voyez Bullarminus, de Verbo Dei, lib. H, cap. C, loc. cil. pag. 41; Joanues Morinus, Exercilation. b;blicar.,\\\). 1, exercit. IX, cap. 3, § i, pag. 207; Lambertus Bos, Prolegomena in LXX inlerpret. edil., c:ip. 1. sub fin.; Daniel Huelius, De optimo génère inwrprelandi, p g. 56, seq. ; Joan. Erneslus Grabius, Disseriatio de iciriis viliis LXX interpretum versioni unie Origeuis œvum illalis et remediis, cap. 1, § 5, pag. 7, seq ; Jo. Gitllob Carpzovius, Critka sacra, p.nï. II, cap. 2, § 6, pag. 513, seqq.; et alii
(3) Voyez Joan Hem ic.llotiingerus,T«esa/oMs philoloqieus, iib. I,cap. 3, pag. 350, seq.; Hunifred Hody, lue. cit., lib. II, cap. 4, pag. 110, seq.; Rich rd Simoii, Hisl. critique du Vieux Testament, liv. H, ch. 5, pag. 200; Jo. Gottl«>b Capzovins, loc. cit., §5, pag. 50o, seq. ; M. Dossuet, Discours sur l'Hist univers., part. I, pag. 75,
(4) Voyez Hunifred Hody, loc. n/.,pag. 110, seq.; Jo. Franc. Ruddeus, Histor. ecclesiasi. Vêler. Testant., period. H, seci. VI, a captif. liahyl. ad principal. Machab., § i2, pag. 1031); Jo. Christ <ph. Wolfius,fiiblwih. Iwbrœœ, put II, secl. G, pag. 440, seqq. Quantité d'autres? avants écrivains ont tenu la même opinion. Cependant M. Lée croit devoir se décider pour l'opinion contraire. 11 conjecture que cette version avait éé faite par des Juifs même de Jérusalem, auxquels le diabcle alexandrin était familier. Proiefjoniena in codicem alexandrinum, edil. Oxoniens. et Tiguriu., loin. II, cap. 1, propo-it, XII, § 42.
(5) V«¥. Jo, Al lier tus Fabricius, Bibltoth. yrœc, vol. 1H, hb IV, c;.p. 5, § 22, pag. 224-227.
(6) Jo. Jacob Breilingei us, prœj'al. in novam LXX inlerpret., editionem a se adoruaiam , tom. I, inilio, ch.rt. L
de savants dans la nation judaïque, soit au dedans, soit au dehors de la Palestine. Faute d'avoir pénéiM toute la force des termes hébreux de notre original; et d'avoir fait des progrès suffisants dans la littérature grecque et orientale (1), je crois que l'on s'est je'é dans deux extrêmes qui nous ont empêché de juger sainement de cette matière si analogue à celle de l'intégrité de l'original des Ecritures du Vieux Testament. Il semble qu'on a trop exagéré les vices de celte ancienne version qui, bien examinée de près, offre plus d'un sens qu'il est aisé de rapprocher de notre texte hébreu (2). D'une nuire part, Ton a iax<) de corruption dans notre original tout ce qui y a paru s'éloigner de celle même version des LXX.
De savants littérateurs ont déjà disserté sur les différentes causes (5) qui ont pu donner occasion aux
(l)Voy. Jo. Alb. Fabricius, loc. cit., vol. II lib. HI, cap. 12, § 7, pag. 531 ; Franciscus Lée , Profegonien, loc. cit., proposit.XI, § 34, seqq ; le P. le Quien, préface à l'Antiquité dis temps détruite, ou Réponse à t Antiquité des temps, un. W.C& savaulnous fait remarquer avec raison que, pour justifier une infinité iïmdroits du texte qu'on croirait avoir été changés, lorsqu'on les lit dans les Seplaulc, il faut avoir recours aux langues chaldaïque et arabe. C'est que les mois hébreux ont des significations bien plus é'e.dues qu'il ne paraît d;ms les dictionnaires de Kimchi et de Bnxlorf. Aussi S. Jérôme et les rabbins mêmes ont-ils recouru à ces langues, pour expliquer l'hébreu qui est une langue morte depuis bien des siècles. Mais toute morte qu'elle est , je suis persuadé qu'il nous resle suffisamment de secours pour ne pas désespérer d'en pouvoir saisir le vrai génie.
(2) In quibus ab hebreica veritute pulanlnr Sepluaginia interprètes discrepare, et bene intellccli inveniuntur esse concordes, S. Augustin, de Civil. Dei , lib. XVIII, cap. 44, Oper. tom. VII, col. 527; voy. Ger.ird Outbovius, Observai, in libros Vet. Teslamen. quibus texlns hebr. cumvers. twv LXX , confertur; Spécimen. Bibliolh. historié, philol. theoiog., < lassis I", fax icul. 5, pag. 215 fit seqq., el in rchqnis; Lettre du P. Souciet au prétendu théologien de Salamanque (Richard Simon ), au sujet de la lettre de ce dernier sur le rétablissement du texie de la Bible des LXX, etc.; journal de Tievoux, juin 1709 , article 74, pag. 95i et suiv. ; Francise. Lée, loc. cit.
(3) Voyez le P. le Quien, Défense du texte hébreu, ch;»p'. 8, pag. 158-170, etc. ; pré, ace à C Antiquité de* temps, détruite, loc. cit., seq. ; Jacob. Usserii Armachani ad Ludov. Capellum epistola , quaî exsl. in fine syntagniatis de LXX interprel., ejusdem Usserii, pag. 205-207, seqf). ; Joan. Lensden, Philologus hcbrœomixlus, disserl. IV, de versioue. grwca LXX interprel., pag. 28, seq. ; Aiiloiiius llulsius, Authenlia absolutu S. texlus hebrœi, vindica'.a contra criminaliones l sait ci \oss\i, etc., edil. Roierodam. 1002, cap. 52, pag. 108, seqq. ; Jo. Ilenric. IJotiingerus, loc. cil. lib. I, cap. 3, qmesl. 15, pag. 551, seqq ; Joh. Buxlorlius, fil., Anlicrilica , seu Vindiciœ veiilaiis hebr., part. I, cap. 4, pag. 68, seqq.; Hunifred Hody, mi supra lib. III, part. Il, c. p. 7, pag. 558, seq<|.; Stepban. Morinus, de Lingua primœva, cap. 8, pag. 230, seqq.; Richard Simon, Histoire ciitiq. du Vieux Test., liv. H, ch. 5, pag. 214, suiv. el passim.; J.-G. Carpzov., loc. cil., pari. 11, cap. 2, § 0, pag. 5i0, seqq. ; Ellies du Pin, Disserl. prélimin. sur la Bible , loin. I , chap. 6\ § 7, pag. 197, suiv.; Bernard de Monlfaucon, Prœiimin. ad tlexapla Origenis, cap. 2, § 3, pag. 24, seqq.; J. G. Gcrel, deCausis discrepanliurum versionis LXX virulis a textu originali. Couler. Jo. Jac. Breilii geri prœfationes in 3 et 4 loin. edit. LXX, cod.cis alexan • tlrmi, et alii.
DE LA nÉYÉLATION. (150
Ire les LXX et le des causes générales ; mais quand ils sont des' en-
ûiversités de leçons qu'on trouve enlr.
texte original. Nos critiques sont presque convenus dus dans les causes particulières, on n'a trouvé entre
La véritable cause des diversités de leçons enlre le texte hébreu et la ver-ion des LXX Tonne une question si compliquée, qu'il n'est pas surprenant qu'on voie les plu» grands critiques divisés sur cette importante matière. Des savants sont partis de ce point, pour appuyer la prétendue corruption de notre texte hébreu. C'est de là encore que sont nées tant de disputes littéraires dont nous parlerons sous la quatrième époque , lesquelles probablement ne se termineront pas si tôt.
Dom Calmet, ce savant bénédictin , qui avait fait une élude suivie de l'Ecriture, duquel nous devrions nous flatter de recevoir plus de lumière sur la matière présente, a pris dans ses dissertations et dans ses commentaires différentes routes pour assigner ia cause des diversités de leçons. Peu satisfait de ce qu'il en avait dit lui-même, de ce qu'il en avait lu dans nos critiques, ce docte commentateur a paru succomber sous le poids de la difficulté Dans plusieurs livres de l'Ecriture, nous dit-il ( Dissert, sur la vers, des LXX, Disert, lom. I, pag. 91 ), les LXX ou leurs copistes ont fait de si grandes transpositions, que l'on ne sait à quoi en attribuer la cause; il y a dans le Pentateuque des endroits où ils sont plus remplis et plus étendus «pie le texte hébreu des Juifs; il y a de très-grandes transpositions et de très-grands changements dans plusieurs autres livres de l'Ecriture. Ces changements sont très-anciens, puisqu'ils se trouvent dans les manuscrits de la plus haute antiquité. Jusqu'ici, ajoute le P. Calmet, je n'ai vu personne qui ait donné de bonnes raisons de ces renversements.
Je sens moi-même toute la grandeur de la difficulté Mais ne désespérons pas de pou voir jamais remonter aux sources de tous ces changements : eiles ne sont pbinlsi cachées qu'il soii impossible de les découvrir. J'ai cité suivant ma méthode ordinaire quelques au leurs qui peuvent beaucoup nous éclairer dans celte recherche. Si l'on étudie attentivement les causes et l'origine de ces diversités de leçons entre le texte hébreu et la version des LXX, l'on verra que noire original, bien loin d'avoir été corrompu, s'est toujours conservé dans sa pureté et da.is son intégrité essentielles; que Ton peut même trouver plus d'une voie de conciliation.
D'abord une des principales causes de ces diversités est <pie la traduction des LXX n'a jamais é;é parfaitement conlorme à l'original hébreu, et que de tout temps il y a eu une grande différence entre les {\cu\ textes. Telle est la première cause qu'en assignent les meilleurs critiques ; c'est aussi celle par où a cru devoir partir notre savant père le Quien. Voyez sa Défense du texte hébreu, part. 1, ch. 8, pag. 155. Cet habile homme nous a présenté là- dessus les plus belles vues pour lixer nos idées sur celle matière. Qu'on me permette de le suivre : je ne saurais m'atlaciter à un guide plus lidèle. En abrégeant ses preuves je les entremêlerai cependant de quelques remarques.
II. Le père le Quien ob.-erve en second lieu (loc. cit., pnij. 156, suivantes) que les pères, comme Origèue, saint Je orne, saint Epiphane, saint Augustin et plusieurs autres, reconnaissent que les Septante ont omis beaucoup de cho»es qui étaient dans le texte et en ont ajouté d'autres qui n'y étaient pas. Aussi Origène mitil de petites étoiles à ce qu'il avait suppléé dans son rditiou des Septante par celles de Théodoiion et d'Aumla, et se servit-il d'obèles pour marquer ce que les bepiante avaient ajouté de leur propre mouvement,
III. Saint Jérôme nous nièneà une au ire cause de ces jiversites, en disant dans sa préface sur le Penlateuque et en plusieurs autres endroits, que les Sepiante oui souvent parlé de nos mystères en termes obscurs. llli Uilerprelaii suni unie advcntuni Uomini et quod ne-
sciebant dubiis protulere sentenliis. Oper. tom. I, sub init. Ce même Père nous lait encore observer que lea Septante ont caché particulièrement les termes qui pouvaient découvrir le mystère de la sainte Trinité. Il dit la même chose dans sa préface sur lsaïe, où, en pulant de sa nouvelle traduction, il ajoute : Qitœx cum sane liane edilionem lecjeritis, ab illis (Seplame) animadvertetis abscondita. Oper. loc. cil., col. 473. Ces paroles de ce docteur que l'Eglise dit lui avoir été donné pour découvrir les sens cachés dans les saintes Ecritures, fournissent au père le Quien la réflexion suivante : En vérité, dit notre savant dominicain, je ne puis concevoir comment on peut à présent préférer celte ancienne version à l'hébreu. Celui-ci découvre les mystères du christianisme, qui ont é:é accomplis comme ils y sont prédits ; et celle là les supprime, les cache, et craint de les divulguer. N'est-ce pas vouloir priver l'Eglise de ce qu'elle a de plus cher et dont elle semble tirer toute sa gloire et toute sa force ? selon ces paroles de saint Pierre , dans sa première lettre, chap. 1 : Habemus firnùorem proplieticum sermonem , cui benefacilis attendentes lanquam lucernas lucenti in caliginoso loco.
IV. Les Septante ont plutôt fait une paraphra e de L'Ecriture qu'une traduction littérale, selon l'aveu de plusieurs docteurs de l'Eglise.
V. Les Septante n'ont point fait difficulté de donner aux mots hébreux des significations chaldaïques. C'est ce qu'on voit dan sieur traduction du chap. 1 1 d'Habacuc, vers. 4 : Sise snblraxerit, non placebilanimœmeœ in eo. Il y a dans la Yulgate : Ecce qui incredulus est, non eril recta anima ejusin semetipso. Dans ce passage, lesSeplanleont interprété la particule hébraïque rUTlpnr é'«v, fc?, à la façon des Chaldéens; au lieu que chez les Hébreux elle signifie la même chose que ecce, en chez les latins. L'on voit que les Septante se sont plutôt attalachés au sens qu'à la lettre de tout le contexte du passage du prophète. Ils ont traduit le mot TVTjV par celui de v-nomOn-tui, qui signifie proprement se soustraire, être négligent, se retirer : significations dont le Urine hébreu est susceptible, comme l'a observé le savant Pocock (Nolœ miscellancœ in portant Mosis, cap. 5, pag. 44). On voit encore qu'au lieu de Ytf23, anima ejtts, les Septante ont mis ^ <puy^ fj.ov, anima mea. Les Septante étaient des Juifs qui s'accommodaient, dans leur version, au génie de la langue hébraïque, où ces sortes d'en a liages de personnes sont assez fréquentes. Si M. le Clerc eût lu plus attentivement ces Remarques mêlées de Pocock, qu'il cite lui-même dans sa Bibliothèque ancienne et moderne , tome XX, pari. I , art. 1, pag. 17, il n'eût poinl dit que les Septante ont mal traduit ce passage du prophète. A la vérité ils n'ont pas suivi le texte à la rigueur, mais leur version rentre très bien dans l'idée du prophète. Quiconque se soustrait à la voionlé du Seigneur, suit par négligence, soii par incrédulité ou par impiété, n'a point une âme droite, ou n'est point agréable à Dieu. Au contraire, l'homme juste vil de la foi qu'il a en Dieu, ou ne met sa confiance que dans le Seigneur, comme porte la suite du passage. Tel est le sens de l'hébreu. Dieu ne se complaît point dans l'âme de l'impie, qui se relire de lui, et c'est dans ce sens que les Septante ont rendu le passage du prophète, en transportant dans leur version toute la force que les termes hébreux ont en arabe, en syriaque ou en chaldéen.
Saint Jérôme nous avertit dans son commentaire sur le passage suivant que les Septante en ont fait do même au chapitre 1 de l'Ecelésiaste, vers. 14, où ils ont mis : Ecceomnia vanilasel voluntas spirilus Ilehr , Ecce universa v.tnitas et afjîiciio spirilus. Le mot HIV!, qui signifie depablio, affliciio bu hébreu, veut dire aussi voluntas et volnio en chaldéen (Voy. Jean. Uenr. H*»l* linger., loc. cit., pag. 505, seq.). Cela prouve uuc
eux que trop de dissensions. C'est que déjà décidés p*r une hypothèse favorite, ils ne se sont pas assez
défendus de l'esprit de système, si pernicieux à la découverte de la vérité Je mets parmi ceux de ce
lorsque les Septante firent la traduction de ces livres, connue de bien d'autres compris sous le nom d'hagiographes et de grands prophètes , la langue qu'on parlait en Judée était syriaque, on un hébreu altéré et mêlé de chaMéen : ce qui n'arriva que vers le temps des Machabécs, comme je l'ai dit précédemment.
VI- Saint Jérôme nous fait remarquer, dans ses Commentaires sur l'Ancien Testament, que les LXX interprètes ont souvent confondu les lettres du texte, surtout quand elles avaient quelque rapport dans la prononciation ou dans la figure. Par exemple, dans le passage suivant du prophète Zaeliarie, chapitre XII, vers. 10, l'hébreu porte : El aspicient in me quem confixer un t. Ce que les Septante ont rendu ainsi : El aspicient ad me, pro eo quod me insullaveriinl , où il est ( lair qu'ils ont pris un "1 pour un *T, et un 7 pour un \ en lisant TTp"l, saltaverunt , au lieu de TpT, confodefunt. Saint 'Jérôme, à qui nous devons cette observation, nous a laissé un beau témoignage de l'estime que saint Jean l'évangélisle faisait du texte, hébreu. Joannes aulem evangelista, qui de pectore Domini hau- &it sapienliam..., non magnopere curavit quid ijrœcœ titterœ confinèrent ; sed verbum interprétants est e verbo, Ut in hcbrœo legerat, et lempore dominicœ pnssionis im- I lelum est. Hieronym. Comment, in cap. XII Zacliar., Oper. lom. 111, col. 1784: vid. et col. 1787. Dans les scolies de l'édUion romaine, il est dit que quelques manuscrits des Septante portent : Et\ h è^hz-^a.^ in quem confixerunt ; et que d'autres ont l'une et l'autre leçon. Mais, comme Aquila, Symmaque et Théodolion avaient traduit ê$exsvr*jffpw , il n'est pas douteux que cette dernière leçon ne se soit peu à peu introduite dans quelques manuscrits. Il est certain que du temps de saint Jérôme on ne voyait pas d'autre leçon dans les Septante que la première. C'est saint Jérôme qui nous en assure (loc cit.; vid. et ejiisd. lib. de optimo Génère inlerpretandi, Oper. loin. IV, col. 252; Petr. Sabalier., JSutœ in hune locum Zacharia?, veteris ila- Btae tom. II, part. 1!, pag. 91)9, seq ). Si quelques Pères, tels que Terluilien, saint Cyprien et Lactance, se sont servis de pupugerunt, compugerunt, ou de transfixerunt, ils l'ont probablement pris des versions d'Aquila, de Symmaque ou de Théodolion, ou plutôt de l'Evangile et de l'Apocalypse de saint Jean.
Saint Justin martyr, dans son Apologie à l'empereur Antonin , et Théodorcl ont lu l£e*évTi??av. Mais n'allons pas inférer de là , avec l'auteur des beaux Prolégomènes mis à la tête du second volume de l'édition du manuscrit alexandrin, publiés à Oxford en 4709, ei réimprimes à Zurich en 1731 par Bieitinger, que saint Jérôme a critiqué mal à propos les Septante sur cet endroit, comme sur quatre autres dont M. Lée fait mention (ibid., cap. 1, propositio VIII, § 29). Ne disons point, avec le même éditeur, qu'avant saint Jérôme aucun n'avait lu d'une manière différente, et que telle dut être originairement la véritable leçon des Septante. En vain cet éditeur nous allègue-t-il encore l'autorité du manuscrit d'Alexandrie, il pouvait dire aussi que l'ancien manuscrit du cardinal Barberin, cité par Usser, de grœca LXX inlerpret. vers. Syntagm., cap. 5, pag. 28, a retenu Vi&xhmvav. Tout cela ne détruit point l'observation que nous venons de f ire d'après saint Jérôme sur la façon de traduire des Septante. Ce savant Père avait sous les yeux et l'ancienne version vulgate latine faite sur les Sepiante, et les Hexaples même d'Origène, où il n'y avait pas d'autre leçon. Ce qui prouve avec évidence que les Septante avaient réellement confondu les lettres du passage en question. D'ailleurs ces deux manuscrits, quoique d'une respectable antiquité, ne sont point tels qu'on doive les croire antérieurs à saint Jérôme. Le basant Gr.be, qui a tant travaille sur le manuscrit
alexandrin, l'a jugé de la fin du quatrième siècle, vers l'an 3y6; mais les doctes Mill et Wetstein l'ont cru plus moderne d'environ cent ans. M. Lée même (loc. cit., cap. 1, propos. XV, § 24), n'ose pas prononcer là dessus, quoiqu'il lui accorde mille ans au moins d'antiquité. Peut être encore que ce manuscrit n*est pas si ancien , car Casimir Oudin a prétendu qu'il ne devance pas le dixième siècle : Triades Disserlalionum crilicarum. Lugduni Batavor.,* 1717. Voyez toutefois ce que M. Lée a dit à ce sujet, proposit. ead., seqq. loc. cit.; Jo. Jacob. Breilinger., prœfal, in nov. edit. LXX, tom. III, init.
Comme toute l'antiquité chrétienne sentit l'imporsance de ce passage, elle abandonna la leçon des Septante pour s'attacher à celle que saint Jean l'évangéliste rapporte conformément au texte hébreu. Plusieurs manuscrits qu'on lit ensuite de celte version auront été réformés suivant la bonne leçon. Mais, pour ne rien perdre ni du texte des Septante ni du texte de l'Evangile, quelques manuscrits auront rassemblé les deux leçons, ainsi qu'on les trouve dans la belle édition de la Bible d'Aide Manuce et dans celles de Bàle , qui l'ont copiée. ûniëA^oj-cKi npàç //.e , si* et e£exÉvT>î<TKv «v0'w /.areop^cavro : Aspicient in me, in quem iransfixerunt, pro eo quod me iasuliaverunt.
Le père Morin (Exercitt. biblic. lib. I, exercit. 3, cap. 5, § 10, pag. 79) a prétendu que l'une et l'autre de ces leçons durent cire anciennement dans le texte hébreu. Isaac Vossius [de LXX inier'pr., cap» 2i, pag. 77) a dit môme (pie les Juifs avaient malicieusement corrompu ce texte des Sepiante en y insérant i^ap^/r gk-jto ; qu'enfin saint Jérôme n'avait puisé sa leçon que dans un manuscrit interpolé et corrompu. Ces assertions méritent à peine d'être réimées. Voyez cependant llumlred. Hody, de Uiblwr. Texlib. originalibus, lib. III, part. I, cap. 2, pag. 250.
Le chapitre XI, vers. I, d'Osée nous offre un autre exemple de ce que nous venons de remarquer. Les Septante y ont traduit : È£ AtyàîtToy /xsTs/.âùtOx xà rixv* aûtoO; Ex JEggplo vocavï filios ejus, au lieu de Film m
meum, OT?, comme nous avons dans l'hébreu : et c'est ainsi qu'il faut lire. Aussi saint Matthieu (XI, l) a-il appliqué cet oracle à Jésus-Christ.
Saint Jérôme nous avait fait remarquer dans son Commentaire sur saint Matthieu et ailleurs, que les Septante avaient mal rendu ce passage d'Osée. L'éditeur des doctes Prolégomènes dont nous venons de faire mention s'élève encore ici {Le. cit., cap. 1, propos. VIII, § 29) contre la remarque de saini Jérôme ; mais sa critique manque de justesse. Quoi ! parce que saint Jérôme dit que les exemplaires des Septante se trouvaient fort conompusde son temps, faudrat— il conclure avec M. Lée que les LXX interprètes avaient traduit to tsxvov aùroû , et non pas «fe t-ixva? Est-ce qu'il était impossible à ce savant Père de discerner ce qui partait de la version des Septante ou de leurs copistes? M'avail-il pas entre ses mains les Hexaples d'Origène, dans lesquelles la même version était irès-ebâtiée? Si cet illustre docteur eût eu sous les yeux un manuscrit des Septante, tel que celui que le savant Grabc a fait imprimer, il en aurait pensé bien différemment de ce qu'en disent nos critiques modernes. C'est qu'il avait cent fois plus de secours que iiôds n'en avons pour juger sainement de celta matière. L'on voit bien que les Anglais ont voulu \n\ peu trop relever leur manuscrit alexandrin et en excuser les vices, tout excellent qu'il est d'ailleurs.
Je ne prétends pas (pie la leçon des Massorèlcs n'ait absolument aucun déiaul, et qu'il faille toujours corriger notre texte actuel des Sepiante sur nos Bible-, hébraïques imprimées. Une critique saine et judicieuse garde un jusie milieu ; elle appiéeie lotit; elle
Ci 3 DE LA RÉVÉLATION- 61 ;
nombre Louis Càppei, ie P. Morin, Isaac Wossius, qiiement occupés à nous jeter dans le doute et dans le P. Pezron, Guillaume Winston, cîc. Au lieu de l'incertitude, lâcher de nous fixer, ces critiques semblent s'être uni- Quelques savants n'ont point assez évité un autre
évite le préjugé. Mais à quoi bon tant blâmer saint Jérôme dans le jugement qu'il a porté de la version des Septante? Ce grand homme avait fait un sérieux examen de tous les meilleurs manuscrits grecs et hébreux qu'il put déterrer. En habile critique , il sut parfaitement distinguer ce qui venait des LXX interprètes et ce qu'on ne devait rejeter que sur l'ignorance ou le peu d'habileté de leurs copistes. J'ose donc dire que, quelque juste que soit la proposition VIII de ce savant éditeur : Non est masoretlrica lectio ut nunc se habel, ad prœjudicium Sepluagintaviralis interprétations et Ecclesiœ primilivœ, mordicus ubique defendenda (ibid., loc. cit.). il s'en faut de beaucoup qu'il l'ait prouvée. Manquait-il d'exemples pour en démontrer ia vérité, sans aller les puiser dans les cinq passages que M. Lée nous a produits de cette version d'après saint Jérôme?
1/ y a encore divers endroits où les Septante ont confondu de la sorte les lettres hébraïques, surtout dans les noms propres, qu'ils rapportent tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Voyez J H. lloltinger., loc. cit., pag 563, seq.; Bern. de Monlfaucon, Prœlimin. in Hexapla Crigenis, cap. 2, §, 3, pag. 24, seq.
Nous devons observer que les Septante se sont servis de manuscrits hébreux qui étaient sans points. On sait que le même moi hébreu varie de significations ouand il est différemment ponctué. Celte version offre quantité d'exemples qui montrent que ces interprètes ont lu quelquefois les mômes termes tout autrement que nous les avons de la ponctuation des Massorèlhes, et qu'ils leur ont donné un sens qu'ils peuvent avoir en quelque façon.
VII. La version des Septante avait été fort altérée par les copistes. Origène, dit le père le Quicn, s'en est plaint dans son épîlre à Jules Africain, dans ses homélies sur les prophètes,el dans sa huitième sur saint Matthieu. Il y blâme leur négligence à déerirc fidèlement les saints livres et à rechercher les exemplaires les plus corrects ; il les reprend de la liberté qu'ils se sont donnée d'y changer, d'y ajouter, d'y retrancher ce qui leur plaisait. De là viennent tant de diverses leçons que nous trouvons aujourd'hui dans tous les exemplaires grecs de l'Ancien et du Nouveau Testament.
A cette septième cause des variantes j'en ajouterai une autre qui lui est analogue, et qui peut-être en est une des principales. Origène avait fait dans ses llexaples une espèce de mélange de la version des Septante avec celle de Théodolion. Il y avait encore inséré les traductions, entre autres, d'Aquila et de Symmaque. Je parlerai de ce grand ouvrage d'Origène sous la troisième époque. Des copistes, peu attentifs aux astérisques, aux obèles et aux autres marques grammaticales dont Origène avait accompagné ses Hexaples, uniquement pour distinguer ce qui était des Septante et du texte hébreu , omirent souvent ces mêmes no • les. La liberté et l'ignorance des copistes ne se bornèrent point là : ils se servirent des autres textes grecs qui étaient dans les Hexaples, pour réformer à leur gré ce qui leur paraissait défectueux dans les Seplante. Ils firent passer quelquefois de la marge dans le texte les diverses leçons ou scolies qu'Origène avait recueillies de plusieurs exemplaires grecs. H arriva de là plus d'une confusion , plus d'un renversement dans les copies qu'on lit des Septante ; cela occasionna naturellement que de deux leçons on n'en a fait enfin qu'une seule. (Voyez Claud. Salmasius, de Lingua hellenistica Commentai'., edit. Lugd. Batav., 4645, part. I, pag. 245; Jacob. Usserius, de LXX Interprète etc., cap. 8, pag. 84, seq.) Lit hinc apud vos et apud plerosque error exoritur, quod scriptorum negligeniia, virgulis et asleriseis subtractis, dislmctio univcis'i confunditur... Quœ signa dum per scriptorum
S. S XXVII
negltgenlwm a plerisque quasi super flua relinquuntur, magnus in Icgcndo error exoritur. Hieronym., epislola ad Sunniam et Fretelam. Oper. loin. Il, col. 655 et 651. Donnons-en un exemple : nous le tirerons du psaume hébr. XXIX, I, où il est dit : m TWlb TD*1 : D^N Afferte Domino, filii Dei, (ou filios arielum). Le mot hébreu DVK peut s'expliquer ici diversement.
DV7N 7N, Deus dominorum. Daniel, XI, 36, D'HTia ^N, fortes potenlum, ou duces potentissimi, Ezéeh. XXXII, 21. Comme le môme terme se trouve tantôt avec un 1 après sa première radicale (yiNn ^tf, fortes ou po-
tenles terrœ, ibid., XVII, 15), et tantôt sans P, on peut le traduire encore par celui d'mieles, ainsi que l'a fait saint Jérôme dans sa version des psaumes qu'il donna sur l'hébreu. En quelque sens qu'on le prenne, c'est une métaphore qu'emploie élégamment l'écrivain sacré pour exprimer le respect et l'hommage que les grands de la terre doivent reudre au Tout-Puissant.
Les scoliastes grecs, antérieurs, à Origène avaient senti que le terme d'D'ON ou d'D^N est équivoque, et ils l'auront noté à la marge de quelques manuscrits des LXX ; ce qui aura occasionné des variations dans les exemplaires de cette version. Le copiste, incertain sur le choix qu'il devait faire de l'une ou de l'autre explication, les aura unies tontes deux ensemble, lelles que nous les avons encore d;ins nos exemplaires.
Ëvéy/.aTS tw Kupfft) , viol Qzov. Evlyxare tS Kupt'w vlobç xjstwv. Afj'erte Domino, filii Dei. Afferte Domino fdios arielum*
Eusèbe avait observé que dans les Hexaples d'Origène la première leçon se trouvait marquée d'un obéle pour montrer qu'elle était superflue. Voyez Bern. de Monlfaucon, No'œ in Uexaplor. Origcnis quœ supersunt , tom. I, pair. 508; Petr. Sabatier, loc. cit., loin. 11. pag. 55. S. Jérôme l'avait également remarque dans notre Psautier qu'il traduisit sur le lexle grec des LXX, et dont j'ai parlé ei-dessus.
N'omettons pas une dernière cause des diversités de leçons. Quoique noire texte hébreu soit parvenu jusqu'à nous dans toute son intégrité essentielle, il n'est point tel que nos Bibles imprimées le représentent, sans la moindre faute. Je réserve cet article intéressant pour le dernier mémoire.
Telles sont les causes générales qui ont influé princi| alement sur tontes ces différences qu'on trouve de nos jours, entre la Version des LXX et notre original hébreu. Mais ne concluez point de là que notre lexle a été essentiellement corrompu. Les LXX ont suivi de tout autres règles d;ms leur version que celles auxquelles se sont attachés les interprètes qui ont vécu aptes la venue du Sauveur. El nous ignorons toute la valeur que certains termes hébreux avaient anciennement, du temps surtout que les LXX firent leur version. On ne peut donc tirer aucune conséquence légitime contre la pureté et l'intégrité de notre original, de l'étal actuel où se trouve la version des LXX.
Il n'est pas possible de suivre certains détails sur les variantes qui concernent ces deux textes dans tous les livres de l'Ecriture : ce sérail la matière d'un Irailé bien vaste. Mon objet n'est que de proposer des vues générales. Je vais seulement tenter de démêler l'origine des additions qu'on trouve dans le Pentateuque des LXX.
Comment est-il donc arrivé que les cinq livres do la Loi de cette version se trouvent maintenant si conformes dans tant d'endroits avec le Pentateuque samaritain , et qu'elle s'éloigne en tant d'autres de noire texte hébreu? En était-ce de môme avant la venue du Sauveur? Le père Morin a prétendu que tous les an-
(Vingt.)
écucil également dangereux qui nous empêche de retirer de leurs travaux lout l'avantage que nous pou-
ciens conviennent qu'elle avait été parfaitement conforme avec l'original hébreu, et que tel a éé le sentiment de Philon , de Josèjdic , des lalmudistes el «le tous les écrivains de cette nation. Il conclut delà que les diversités de leçon entre l'original hébreu et les LXX ne se sont vraisemblablement introduites nue depuis Jésus Christ jusqu'au temps d'Origène ; Exercit. Biblicœ, lib. I. exercit, 9, cap. 1, pag. 197. Mais celle uniformité de sentiments ne s'accordepas trop ni avec ce que R. Azarias a remarqué sur la version des LXX , ni avec les treize passages que j'ai cités d'après le Talmud, el dont quelquesuns forment effectivement des diversités de leçons. Le P. Morin lui même ne l'a point ignoré ( loc. cit., Exercit. 8, cap. 1, pag. 180, seq. ; cap. 4, pag. 189, seq.). On trouvera les mêmes passages rapportés dans htfW j?2 ». e. Oculus Israelis , rCDB r&XO sive Tractai, de volumine, cap. 1, num. 8, edil. Venet. 1G24, pag. 145, col, 4 ; Confer et TDTffr h. e. Pera, sect. rW*TO , edit. 1650, pag. /*, b ; R. Azarias, loc. cit. ÎTJU ^T2N h. e. Verba intelligentiœ , sive, part. Il, cap. 7, fol. 45 verso, etc. ; Jul. Barlolocius, Bibliolh. magn. Rabb., tom. I , pag. 457, seq.; vid. eliam Joan. Meyeri Dissertât, proœmiul. 111 , in Seder Olam , elc. , § 21, pag. 222, seq.
Les écrivains juifs anciens et modernes n'ont donc pas été aussi uniformes dans leur manière dépenser sur la version des LXX, que l'a supposé le savant P. Morin. Je dirai même qu'il est très-probable que Philon et Josèphe, entre autres, n'ont avancé leur sentiment louchant la parfaite conformité de cette traduction grecque du Pentalcuque avec l'original hébreu que sur la foi du prétendu Arislée. Persuadés qu'ils étaient de la vérité de la narration rapportée par l'auteur qui s'était caché sous ce nom, ils n'examinèrent pas la chose de trop près. De quel poids doivent être encore leurs témoignages? N'onl-ils pas donné dans leurs écrits plus d'une preuve qu'ils ne se sont pas toujours conformés au texte original de nos Ecritures? Josèphe, par exemple , paraîi s'éloigner sensiblement du lexie hébreu dans la supputation des temps des premiers âges, pour se rapprocher du calcul des LXX. Philon n'a pas eu plus d'égard à son original hébreu dans quantité de passages de nos Ecritures- C'est une remarque qui n'a pas échappé a R. Azarias dans son Ï1ND DOT loc. cit., cap. 8, fol. 48, recto.
Il est vrai que, selon le P. le Qui* n, les Grecs qui ont été les premiers dépositaires des livres de Josèphe, et qui nous les ont transcrits, les avaient corrompus pour les rendre plus conformes à la version des LXX dans ce qui regarde la chronologie; Défense du texte hébreu , part. H, ch. 5 , pag. 316, suiv. Ce savant en donne des preuves dans le même chapitre: il reconnaît néanmoins que Josèphe a été peu exact, el quelquefois contraire à l'Ecriture. Combien de critiques n'ont pas fait le même reproche à cet ancien historien?
Laissons ce que les écrivains juifs, anciens et modernes , ont pensé au sujet de la version des LXX; il n'y a pas grand fond à faire sur tout ce qu'ils nous en ont rapporté. Ne serait-il pas possible que la traduction que ces interprètes nous ont d'abord donnée des cinq livres de la Loi, se lui trouvée peu à peu confondue en plusieurs endroits avec une autre ancienne version grecque, faite siir le texte samaritain ; eleela par la malhabileté , par la licence de quelques copistes ? N'a-t-on pas vu anciennement la version des Septante interprètes altérée de façon qu'elle était méconnaissable? C'est S- Jérôme qui l'a dit Nuncvero cum pro varielale regionum aiversa feranlur exemplaria, et yermana Ma anliquaque Irunslalio corrupta sit ; llieronjm. Praefat. inParalioom.ad Chromai., oper. tom.
vions nous en promettre. L'original hébreu impiime a été pour ces littérateurs la seule et unique lègle de
I, pag. 1021. Que ne lit pas Origène pour la remettre dans sa première pureté? Nos anciennes versions latines furent également exposées à des altérations de la part des copistes. Cum apud Lalinos tôt sint exemplaria, quoi codices; et unusquisque pro arbilrio suo vei addiderit , vel sublraxeril quod ex visum est , et ulique non possil esse ver uni quod dissonat ; Hieronym. praefat. in Josue, Oper. tom. I, col. 247. Les autres préfaces que S. Jérôme a mises à la tête de la Bible , et ses travaux sur l'Écriture prouvent abondamment celte assertion.
C'est un fait, duquel on ne peut douter, qu'il y a de grandes variétés de leçons entre le Penlateuque hébreu et le lexie grec des LXX, et que ce dernier est souvent conforme au te.xle samaritain. On lit par exemple, Genè.e , XLIII , héb. XXVI l : n> nbw ViUm
TJTiy Ï20NO "JTOT l Eldixemnt : Sospeieslservusluus, paternosler, comme traduit la Yuigate , ou Pax servo luo patri nostro , comme porle l'hébreu , adltuc ipse vivit. Le grec a ainsi rendu ce passage , vers. 28 : Ol
Sès?7tav, lywdvei 6 izoûçtjovô Trar^p^wv, ë-ri Çv) . Mais il a ajouté ce qui suit ; Kai zlitzr Ei/dyvjtôs b uvdfoinoç exeîvo,tô 0sw. Et dixit: Benedictus est virille Deo. Le texte des Juifs omet entièrement ces dernières paroles qu'on trouve mot pour mot dans le samaritain :
: Qirbtib mm xmm -pa, icm
Il y a quantité de pareils exemples qu'il est inutile de rapporter : Hoitinger, entre autres , en a produit un grand nombre. En confrontant les trois textes que nous avons dans les Polyglottes, on s'apercevra aisément de ces sortes d'additions, ainsi que de plusieurs diversités de leçons , qui s'éloignent de l'hébreu et se réunissent souvent avec le texte samaritain.
La haine implacable qui a régné de tout temps en Ire les Juifs et les Samaritains nous empêche de penser que les LXX aient fait leur version des cinq livres de la loi sur un manuscrit de ces schismatiques. Tout ce que le savant Huet, Whislhon el d'autres écrivains ont avancé pour donner quelque probabilité à cette hypothèse, ne satisfait absolument pas. 11 n'y a encore aucune vraisemblance de dire que les Samaritains ont réformé leur texte sur une version qui élail entre les mains de leurs mortels ennemis. La même raison d'inimitié enlre ces deux nations doit nous faire rejeter la conjecture- d'André Masius qui dit dans sa préface sur Josué que les Samaritains établis dans les villes grecques s'étaient servis de la version des LXX. Soutenir que celle version fut faite sur un exemplaire hébreu plus conforme au manuscrit du Pentaleuque des Samaritains , c'est renouveler une hypothèse qui ouvre la porle à une foule d'objections sans nous éclairer davantage dans la recherche d'une cause qu'il importerait de connaître. Dire avec un savant bénédictin que « celte version fait foi que depuis la captivité les exemplaires juifs variaient considérablement, les uns contenant plusieurs choses qui n'étaient point dans les autres , ceux-ci lisant d'wue manièrent ceux-là d'une autre,» (Nouveaux Eclaircissements sur le Penlateuque samaritain , chap. 9, § 5, pag. 173) c'est plutôt rompre le nœud de la difficulté que la résoudre. Quoi! l'Église d'Israël, celle conservatrice des oracles du Seigneur , eût-elle été si peu attentive au dépôt inviolable de ses écrits sacrés? J'ai montré dans mon premier mémoire combien les prophètes, les prêtres, les lévites, les docteurs de la loi durent êire jaloux de la pureté des livres saints. Il serait superflu de revenir là-dessus. Le même auteur (Ibid., pag. 174, suiv. ) s'élève contre le sentiment de Méyer qui avaitdit que les Juifs eurent seuls un avantage pour la conservation de leurs livres, qui contre-balanceraitei même surpasserait tous ceux que l'habile bénédictin attribue aux Samaritains à cet égard : c'est qu'il n'y eut que les seuls Juifs chez
cl7 DE LA RÉVÉLATION
leurs rechercnes. Ils ont pris une voie tout opposée h celle de leurs adversaires, qui ne paraissaient occupes
que du texte des Septante. Si des critiques plus modérés firent quelque cas de notre original hébreu, ce
qui l'on vit une succession non interrompue de pontifes et de docteurs. Qnod pontificum et doctomm successio apud Hebrœos solos remanserit : Joan. Meyerus, Dissert, proœmial. 5 in uhv TîDl W31Ï dm Ï7D NT1 , sive Chronicon Hebrœorum majas et minus a se latine versum et notis illustratum , § 5. pag. 208.
Le savant bénédictin répond à cela que Méyer se trompe visiblement, ei que l'avantage qu'il donne aux Juifs ne convient réellement qu'aux Samaritains. Eux seuls , ajoute t-il, depuis la fondation de leur temple de Garizim , comptent une suite continue de souverains pontifes depuis Mamssé, frère de Jqddus jusque bien avant dans les temps du christianisme; au lieu que depuis dix huit siècles les Juifs sont sans temple, sans prêtres , sans aucune marque publique de religion. Les Samaritains ont eu aussi bien que les Juifs des docteurs célèbres dans la toi de Moïse , capables d'en maintenir le texte dans sa pureté Celte, réponse me paraît très-faible : l'on peut en conclure tout au plus que depuis l'époque de ia fondation de leur temple, les Samaritains oui conservé soigneusement leur Pîntatcuque , mais non que ce Penlaieuque n'eût contracté auparavant quelques interpolations qu'on ne vit jamais dans les manuscrits que les Juifs tenaient en dépôt dans le temple de Jérusalem. Celle même réponse déguise, d'ailleurs une partie essentielle de ce que Méyer avait dit dans le paragraphe précédent. Pour montrer la préférence du Pentateuque hébreu sur celui des Samaritains, cet auteur allègue en preuve la succession toujours constante de prophètes et de prêtres. Voilà en effet un avantage réel que les schismaliques de Samarie n'eurent jamais, parce que c'était là une marque de la véritable Église qui n'existait qu'en Israël. Méyer ajoute : Obstant en qnœ ab Esrœ et Hasoretharum tempore, de liorum fide , religione , stud'ns, selwlis, scripiis, viris legis perilis, et in sacris lilteris, a viris doùtis passim celebranlur. De ce côté assurément les Juifs ne le cèdent pas aux Samaritains; quoique les premiers n'aient depuis tant de siècles ni lemple, ni prêtres , ni victimes. Il est même faux que les Samaritains se conservassent toujours en Samarie sans éprouver de ces révolutions qui font souvent changer de face au gouvernement civil et religieux. On les vit aposiasier pendant la persécution d'Anthiochus Epiphaue. Jean Hircan détruisit la ville de Samarie , qui ne fut rebâtie dans sa première splendeur que sous llérode le Grand. Le même Hircan prit Sichem , et brûla le temple que Sanaballat avait fait bâtir sur la montagne de Garizim. Ceux de celle secte continuèrent cependant à y avoir un autel , sur lequel ils otîrainl des sacrifices selon la loi de Moïse.
Reprenons la cause des additions dans les cinq livres de Moïse , de la version des LXX. Je sens qu'il n'est pas bien facile de remonter à leur véritable source. S'il est cependant permis de hasarder une conjecture sur une matière si obscure, il me semble que, pour en rendre raison, nous devrions recourir à l'ancienne version grecque du Penlaieuque, faite par les Samaritains eux-mêmes, ou sur leur propre texte, ou du moins sur leur traduction chaldéenne-samaritaine. L'une et l'autre de ces deux versions sont trèsanciennes; mais je ne crois point que la grecque date d'une aussi haute antiquité que l'a dit H iitinger (Yoy. Brian. Wallon, Prolegomen., cap. 11, § 20 et 22, pag. 80,seq.;Henric.Wliarion. Auclarium Historiœ dogmulicœJac. (Jsserii Armachani, de scripturis et sacris Vernaculis , edit. Londinensis 1689, cap. 1 , pag. 519 ; Antouius Van Dale, De Origine et progressa idololattiœ el super slilionum, etc., cap.4, edit. Amsielodam. 1696, pag. 83, Joan. llenric. Hotiingcrus, Exercil. Anti-Morinianœ, etc., §25, pag. 28; Nouveaux Éclaircissements sur le Pentateuq., etc., chap. 12 , pag. 256 el suiv., 256 et suiv.; Confer. Jacob, le Long, Biblioih. Sacr.,
tom. I, secl. 4, cap. 2, pag. 110, seq., et secl. 4, cap. 5, pag. 157, seq.
S'il s'est introduit dans le texte des LXX plus d'une leçon d'Aquila, de Théodoiion et de Symmaque, pourquoi ce même texte n'aurait-il pu en contracter d'autres par le moyen de celte ancienne version grecque dont les Samaritains se servaient à l'exemple des Juifs répandus en Egypte, dans la Libye, dans Cyrène et dans plusieurs villes de la domination des Grecs?
Je ne disconviens pas qu'il est très-difficile de fixer le vrai temps auquel commencèrent à s'introduire ces sortes de leçons dans le texte du Pentateuque des LXX; quelques unes devancent assurément le siècle de Jésus-Christ. Il est hors de doute que, depuis la venue du Sauveur, le lexle des LXX fut encore plus sujet à des interpolations et à des renversements de la part des copistes; c'est qu'il fut alors beaucoup plus répandu ; à force d'en multiplier les exemplaires, l'on ne prit pas toujours assez de soin pour les rendre conformes aux originaux. La langue grecque se trouvait trèscommune dans ce temps-là, aussi se donnait-on aisément, la liberté d'ajouter, de changer aux manuscrits de celle version. On voyait les Pères même de l'Eglise alléguer des leçons conformément au Pentateuque samaritain. Est-il surprenant que des copistes en fissent passer de pareilles dans leurs manuscrits du Pentateuque des LXX, d'autant puisqu'ils avaient peul-èlre encore sous leurs yeux des exemplaires de la version grecque-samaritaine? Origène et S. Jérôme se sont plaints de celte licence des copistes, noua l'a vous déjà observé; S. Augustin n'en a point disconvenu. Quand on lit, par exemple, les derniers chapitres de l'Exode, les livres des Rois, des Proverbes, de Job, des Prophètes el plusieurs autres livres de cette version, on voit que la plainte de ces Pères était très-fondée.
Cette assertion ne touche ni aux mœurs ni aux dogmes , parce que ces sortes d'additions ou d'interpolations et de renversements en sont indépendantes. La version des LXX n'en est pas moins authentique; les diversités en question ne changent rien dans la substance de l'histoire et de la doctrine de l'Ecriture.
Peut être m'objcclera-l-on que plus d'un auteur a nié l'existence de celle version des samaritains; mais ce sentiment esi opposé au témoignage des anciens. D'abord il est certain que ni Aquila, ni Théodoiion, ni les auteurs des cinq, six et septième versions qu'Origène mit en colonnes dans ses Oclaplcs, n'avaient traduit leur Penlateuque sur un texle samaritain. Par exemple, la cinquième édition grecque qu'on voyait dans ces Octaples était à la vérité d'un auteur inconnu. Le P. de Montfaucon (loc. cil., cap. 8, § 3, pag. 59) dit que l'on doute si elle venait d'un chrétien, d'un juif ou d'un samaritain, parce qu'il n'y a aucun monument qui puisse nous le certifier. Mais ce qui me fait croire que celte version , ainsi que la sixième , ne pouvait venir des Samaritains, est qu'elles renfermaient, entre autres, les petits prophètes que rejetaient ces schismaliques. On ignore si la septième version placée dans la grande collection d'Origène avait quelque chose sur le Pentateuque, comme la cinquième et la sixième: il y a cependant apparence que son aulejr le traduisit. Il ne paraît pas encore que Symmaque , déserteur de Samarie, se fut d'abord occupé d'une semblable version sur le Pentateuque samaritain, quoi qu'en ait dit le docte Fabncius (Diblioihec. Grœc, vol. Il, lib. III, cap. 12, § 10, pag. 337 ). Il n'y a rien dans l'anliquité qui favorise l'opinion de ce bibliographe, il esl même 1res douteux (Voy. supr. ) que Symmaque ail fait deux versions grecques de nos Ecritures ; et si jamais il les a faites, ce ne dut être qua
DES TITUES PRIMITIFS
ne fut qu'autant qu'ils le trouvèrent conforme à cein ancienne version. Avec des principes si contraires,
lorsqu'il se trouva parmi les Juifs ou parmi les ébioniles, deux secles ennemies des Samaritains. S. Epiphane (De Mensuris et Ponderibus, cap. 16, oper. tom. II, pag. 172) et l'auteur de la synopse attribuée à saint Athanase ( Juter Allumas, opéra loin. 11, pag. 2,03 ediL nov.), disent, en termes bien formels, que Syinmaque entreprit une nouvelle traduction pour l'opposer à celle des Samaritains; ceux-ci avaient donc a leur propre usage une version grecque du Pentateuque. Q-.i'eût-il servi à Symmaque de s'appliquer à décréditer leurs interprétations, s'il n'eût été question que de leur texte hébreu-samaritain ou de leur version chaldéenne-samaritainc , qu'eux seuls connaissaient? Aussi l'auteur des Nouveaux éclaircissements, etc. (loc. cit., pag. 256) souscrit -il à la conjeelure d'un de ses savants confrères , qui dit en parlant de Symmaque : Certe omnino consenlaneum videlur eum grœcam versionem edidisse, ut eam alteri grœcœ , quœ erat Samaritanorum, opponeret. Bernard, de Montlaucon, Praiiminar. ad Hexcpla Origenis, cap. \, §9, pag. 19.
On a beau dire que lorsque les Pères citent cette ancienne version grecque ils ne font allusion qu'à celle de Symmaque , placée dans les Hexaples d'Origènc. Fabricius ( loc. cit. et pag. seq. ) lire de là un argument que celle version n'a jamais existé. Voyez encore Isaac Vossius de LXX interp., cap. 19, pag. 96 ; llumfred. Hody, de Biblior. tcxl. originalibus, etc., lib. IV, cap. 2 , pag. 603, et cap. 3 , pag. 662 , seq. Mais les différentes preuves que nous présentent ces trois littérateurs, pour s'inscrire en faux contre l'existence de la môme version grecque, distincte et de celle de Symmaque, et des autres répandues dans le grand ouvrage d'Origène, laissent un vide qu'elles ne remplissent qu'imparfaitement; elles ne sauraient empocher qu'on ne regarde du moins comme très-vraisemblable le sentiment du P. ftforin, de Hotlingcr, de lluet, de Henry Wharton, du P. de Monlfaucon et de plusieurs autres, 'fous ces écrivains n'ont rien dit au sujet de cette même version qui ne soit très-fondé dans nos monuments ecclésiastiques. C'est une chose certaine, qu'on en découvre des traces bien marquées dans les plus anciens manuscrits qui nous ont conservé des fragments des Hexaples d'Origène, et où l'on trouve des restes de celte version conférée avec les leçons des autres interprètes. On la voit encore citée par les Pères et par plusieurs écrivains ecclésiastiques, surtout parmi les Grecs. Jules Africain, Eusèbe, Georges Syncelle en ont l'ait usage dans leurs Chroniques. 11 en est fait mention dans les Scolies qui sont sous le nom de S. Cyrille d'Alexandrie, sur le IV chapitre, vers. 8, de la Genèse. S. Jérôme la cite également dans ses questions hébraïques sur le même endroit , et dans sa préface de son Commentaire sur les Jivres des Rois , Thcodorel dans sa question XV sur l'Exode ; Procope de Gaze dans son Commentaire sur le 1er chapitre, vers. 6 et 9 du Deuiéronome ; Diodore de Tarse dans ce qu'il nous a donné sur le XXlV'des Nombres, vers- 7; enfin un ancien scoliasle grec de la version des LXX , que rapporte Flaminius Nobilius sur les diverses leçons de celte version, l'ont aussi employée ( Voyez les Scolies qui sont dans l'édition romaine des LXX, et le VIe tome des Polyglottes de Londres). J'omets les Chaînes des Pères grecs sur le Pentaleuque, tant imprimées que manuscrites : le P. de Monlfaucon y a puisé la plus grande partie de ce qu'il en a publié dans ses notes sur les Hexaples d'Origène (Yoy. Nouveaux Eclaircissements , etc., loc. cit., ch. 7, pag. 450 ; Jacob Lelong , Bibliolh. sacrœ tom. I, sect. H, pag. 110, seq.). Le même P. de Maufaucon a conjecturé avec assez de fondement qu'Origène avait placé les leçons de celte version dans ses Hexaples en forme de noies marginales ( Idem., loc. cil. cap. 1 ,
élail-il possible de parvenir jamais aux véritables causes des diversités de leçons entre les deux textes? Les hypothèses de tous ces savants péchaient donc par un vice essentiel. Aussi toutes leurs recherches n'ontelles abouti, la plupart du temps, qu'à nous tenir caché ce qu'il importait de découvrir. Tant que les critiques ne partiront pas de certains principes communs, qu'on ne s'attende pas à voir sortir la vérité du sein des ténèbres.
Il y a toujours eu une gradation dans les progrès des sciences. Les erreurs préparent la découverte de la vérité. Les disputes littéraires sur les causes des variantes entre les lextes grec el hébreu , ont occasionné des systèmes quelquefois étranges; mais aussi elles en ont fait naître de lumineux qui nous guident avec plus de sûreté.
Ceux des littérateurs qui ont tant insisté sur la vérité hébraïque , avaient toutefois de leur côté un avantage dont leurs adversaires ne pouvaient que manquer. C'est d'abord que le texte hébreu s'est trouvé bien moins exposé à des variations de la part même des copistes , que ne l'a été la version des LXX; cela ne devrait pas souffrir de contradiction. De tout temps on a conservé les écritures hébraïques avec beaucoup de soin et de fidélité; la nation qui a eu ce dépôt sacré, semblait être faite exprès pour veiller à la garde des livres saints; les monuments anciens et modernes nous l'attestent, les travaux entrepris en différents temps sur le même texte viennent à l'appui de celle considération. En second lieu, la version des LXX n'a jamais élé qu'une simple traduction, el le texte hébreu est un texle primitif. De ces principes, il me semble qu'il devrait résulter que, s'il y a des variantes entre les deux lexles, il faut plutôt en rechercher les véritables causes dans la nature même de la version des LXX, que dans les changements auxquels l'original hébreu a pu être exposé depuis tant de siècles. Nous sommes irop éloignés des temps qui virent paraître celte version. Notre manière de penser, nos études très-limitées, le défaut de livres anciens qui pourraient nous aidera saisir toute l'énergie des expressions qu'emploient ces interprètes ; tout cela nous empêche de pouvoir toujours apprécier au juste le vrai génie de leur langue. Nous trouvons plus d'une fois, dans certains lours de
§ 8. p'ig. 18 , seq. , el cap. 9, pag. 61) ; et c'est le sentiment qu'à suivi le savant bénédictin auquel nous sommes redevables des Nouveaux Eclaircissements , etc., (loc. cit. , pag. 129). Mais il ne lui paraît pas qu'Origène eût cette version tout entière entre les mains.
Il serait superflu d'insister davantage sur la causo de ces additions, ainsi que des autres variantes qui oui fait la matière de nos remarques. Les trois exemplaires hébreu , grec el samaritain du Penlateuque , nous présentent une preuve invincible de riniégrité essentielle des livres de Moïse. C'est la seule chose qui importe à la religion. Toutes les disputes de nos critiques au sujel des diverses de leçons n'ont aucune relation avec les vérités du dogme el de la morale. Ils ont sur ce point une unanimité de sentiments. On ne saurait trop l'inculquer.
Câl
DE LA KÉY
phrases, des variâmes quî n'ont d'autre source que notre propre ignorance.
Les citations des Pères ne sont pas toujours conformes les unes aux autres. Ils ont souvent allégué des passages de la version des LXX sans s'astreindre à ce que le lexie grec portail littéralement. N'aurail-on pas encore tenté de réformer nos anciens manuscrits d'après ces sortes de citations? Du temps même de ces Pères, les exemplaires des LXX n'étaient pas tous uniformes. A combien de diversités de leçons ces différentes citations et toutes ces copies n'ont elles pas donné lieu? Enfin ce qu'il y a d'essentiel à considérer, c'est que la version des LXX nous vient de ira docteurs qui n'éiaicnl que des hommes , et que notre hébreu est un texte original composé par des écrivains que la Divinité elle même inspirait. J'avoue que nos Ecritures hébraïques ont pu souffrir de l'ignorance des copistes ; mais qu'il s'en faut de beaucoup que les causes d'où sont parties les variantes entre les deux textes soient égales de part et d'autre ?
Je n'aime pas à répandre des doutes sur ce qui concerne la version des LXX ni à en exagérer les vices, pour rehausser l'excellence de noire original hébreu. J'embrasserais avec joie tout système qui me ferait disparaître des taches qui sont beaucoup moins nombreuses qu'on ne l'a dit. Je crois que l'on ne peut trop s'élever contre ceux des critiques qui ont fait si peu de cas de nos Ecritures grecques.
Que ne devons-nous pas aux savants qui nous ont offert les plus belles ouvertures , en nous montrant que celle version ne s'éloigne pas tant de notre original hébreu, qu'elle le paraît an premier aspect ? Le célèbre Pocock a donné quelque chose d'annlogue à celte importante matière. Ses remarques mêlées sur ta Porte de Moïse (1), ses commentaires sur Osée et
(1) TiyQ nNl Porta Mosis, sive disserlationes aliquot a R. Mose Maimonide suis in va ri os Misfinaiolh, sive lextus Talmudici partes, commentariis prœmissai qtmead universam 1ère Judaeorum disciplinani aditum aperiunt , nunc primum arabice proul ab ipso auclore coitscriptse sont, et latine édita;. Una cum Appendice noiarum miscellanea, opéra et studio Eduardi Pocockii. Oxonii 1655. Les quatre premiers chapitres de l'Appendix sonl destinés à concilier différents passages de l'Ancien etdu Nouveau Testament, qui paraissaient d'abord opposés les uns aux autres dans les textes grec el hébreu. M. Pocock le fait assez heureusement par le moyen des langues chaldaïque ou syriaque et arabe , qui par leur grande analogie entre elles et l'hébreu, répandent des traits lumineux sur l'intelligence de nos textes originaux , en nous d >nnant la signification de divers termes qui nous étaient comme inconnus auparavant. Les passages qui l'ont l'objet des remarques de l'auteur, ont en vue Jérémie, XXXI, 52, conféré avec Y E mire aux llébr.. VIII 9; haïe, \\\\\\, 16 , avec CEpîire aux Rom., [h* s le ^ cl,aPilre, l'auteur concilie Michée,
V 2, avec Mattli. Il, 6; Psaum., LXVIIÏ, 19, avec Epure aux Ephés., IV, 8. Le 5e chap. roule sur Hahacuch, I, 5, comparé avec Act. Xlll, 41. Il confère dans le 4' chap. un autre passage tfAbacuch , Il , 4 . avec Uébr., X, 38; Amos, IX, 12, avec Act. XV 17 ! Psaum. XIX, 5, avec Rom.,X, 18. Il finit ce chapi! tre par illustrer Exod. IV, 20; XIII, 18; Psaum. XXII
ÈLATION. GS2
les autres petits prophètes , présentent des vues qui aplaniraient bien des difficultés. Mais ce ne sont le encore que de simples essais. Les recherches de cei habile écrivain , la profonde connaissance qu'il avait des langues savantes, prouvent toutefois qu'avec de tels secours l'on pourrait aller beaucoup plus loin qu'il ne l'a été, el que celte voie de conciliation entre les deux textes n'est point absolument impossible dans plusieurs endroits où la version grecque des LXX ne semble pas s'accorder avec son original.
Le docte Péarson sentit celte voie de conciliation. La préface (1) qu'on voit à la tête de son édition des LXX, faite à Cambridge, en 1665, d'après celle de Londres de 1653, prouve aussi ce qu'on peut enfin attendre des efforts des savants. Mais les observations de cel écrivain anglais , qui roulent uniquement sur quelque peu de passages , la plupart de la Genèse , ne sont pas toujours assez justes. Péarson se montre trop prévenu en faveur des LXX. Sa prévention se manifeste suffisamment dans la critique peu modérée qu'il fait de S. Jérôme. M. le Clerc (2) n'a pu presque se le cacher ; lui qui mendiait, si j'ose ain ï parler, toutes les occasions , pour s'inscrire en faux contre les savants commentaires de cel illustre docteur de l'Église.
J'ai fait mention dans une (3) de mes noies, d'un autre écrivain dont les travaux sur ce genre d'éludés peuvent être d'une grande utilité. Gérard Ouihovius mérite d'être distingué dans ces sortes de recherches. Les doctes interprétations qu'il nous a données de différents passages de l'Écriture, nous annoncent également qu'on ne doit pas désespérer de découvrir un jour ce qui a paru être si peu connu de tant ds littérateurs.
Si à la savante méihode dont Edward Pocok a comme jeté les fondements, nous joignions une élude, bien suivie de ce qu'on a domé de mieux sur divers points de la philologie sacrée : si nous faisions un choix de ce qu'une f:ule d'excellents commentateurs ont dit sur l'Écriture, que n'aurions-nous pas
17; I aux Corinth., XV , 55, avec Osée, XIII, 14 ; Ad. VIII, 33 , avec lsaïe, LUI, 8, et quelques autres endroits de l'Ecriture qu'il louche en passant. Celte excellente méthode l'ait disparaître bien des fautes dans les deux textes grec el hébreu. Le savant Pocock met tout a profit, et se sert encore avantageusement des écrits des Juifs , pour donner plus do poids à ses observations.
(1) Cette préface se trouve encore dans différen éditions des LXX : j'en ferai mention plus bas.
(2) Bibliothèque Ancienne et Moderne, lom. XX, année 1723, part. I, art. 1, pag, 12 , suiv.
(3) Supra Brian Wallon dit qu'il connaissait par* t'culièrement un très- savant homme, mais qu'il ne nomme pas , qui au moyen surtout des langues orientales, avait entrepris de concilier la ver sion des LXX avec l'hébreu. 11 ajoute avoir vu cet ouvrage sur quelques livres de l'Ecriture, déjà tout achevé. Prolegomen. ad Bibl. Polyglotta , cap. 9 , § AG , pag. 97 ; Confer. Francise. Lée , Prolegomen. ad tom. II, Codicis Alexandrin, ab se edili , propos. 11 , § 56, se<j.
à ai tendre de telles iv cherches? Tout cela exigerait sans doute un travail des plus opiniâtres ; mais nous en recueillerons tôt ou lard de véritables fruits.
Que de prétendues diversités de leçons entre les deux textes grec et hébreu, celle voie de conciliation r.e ferait-elle pas disparaître? Que de systèmes diamétralement opposés sur l'intégrité et la pureté de nos textes originaux ne réunirait-on pas moyennant une telle mélhode? Mais qu'on ne se promette point de venir à bout de loul concilier. 11 y a des variantes réelles , et les causes qui y ont influé nous sont connues.
Pour ne pas faire perdre de vue le fil de mon discours , j'ai renvoyé au bas des pages la discussion de ce qui concerne l'origine des variantes. J'ai observé qu'une des principales causes est que la traduction des LXX n'a jamais été ni littérale, ni même fort exacte, de l'aveu même de ceux qui lui ont été les plus attachés, comme S. Épiphane (1), S. Ambroise (2) et S. Augustin (3). Toute version ne peut qu'être inférieure à son original : rarement est-elle même sans des défauts considérables. Doit-on être surpris que la version des LXX en eût de tels, comme l'observait un savant moine (4) qui florissait au commencement du douzième siècle ?
C'est aussi ce que nous apprend le prologue qu'on
(1) Voyez ce que nous avons remarqué dans une noie, au sujet d'un fameux passage de cette version dont les ariens faisaient un abus manifeste. S. Epiphane sentit bien que pour combattre efficacement ces sectaires , il était nécessaire de recourir au texte hébreu.
(2) Enarratio in psalm. XXXVII, num. 49; Psalm. CXVII, num. 15, 27 et 55; Operum lom. 1, edil. Paris. 1086, col. 837, 1013, 1193, 1254, seq.
(3) Quelque cas que S. Augustin fil de la version des LXX qu'il croyait être même inspirée de Dieu, on voit cependant qu'il en sentait les défauts et qu'il lui préférait l'original hébreu. En parlant de l'éloquence du prophète Amos, dont il porte un exemple, ce Père nous avertit qu'il ne se servira point des Seplanle , parce qu'ils se sont quelquefois éloignés de la lettre, afin qu'on fût plus allenlif au sens spirituel. Aussi sont-ils devenus obscurs en certains endroits ; mais cette obscurité vient d'eux. S. Augustin ajoute qu'il va employer la version de S. Jérôme, qui est exemple de ces défauts, parce que ce Père, trèsversé dans les langues latine et hébraïque, s'était appliqué à faire une traduction plus exacte sur l'hébreu. « Non secundum LXX interprètes qui eliam ipsi divino Spiritu inlerpreiati, ob hoc aliter videnlur nonnulla dixisse , ut ad spirilualem sensum servandum magis admonerelur leeloris inleulio ; unde eliam obscuriora nonnulla, quia magis tropica, 8unt eorum; sed sicutex hebiaeo in latinum eloquium presbyiero Hieronymo utriusque linguae perilo interprétante translata sunt. i Augustinus lib. IV, de Docirina christ, cap. 7, Oper. lom. 111, part. I, col. 70, i;eq.
(4) « Prx'terea alia eliam est ratio, idioma scilicet hebraieœ lingme diversiim a gra?ca : variis enim ac multiplicibus loquendi modis prophelx ssepe numéro usi sunt. Omnis autern lingua in alia m conversa, ut plurimum dillicullaiem atque obscuritaiem générât. > EulhymiusZigabeuus, prœfalio in Psalmos. Pliilippo iSaiilo , episcopo brugnatensi , interprète, lnler varia cuira Stevhani !e Moyne, lom. I, pag.
PRSMiTIFb m
voit à la tète de l'Ecclésiastique de Jésu* fils de Sirac. L'interprète grec, qui portail probablement (1) le même nom que l'auteur de ce livre sacré, nous y avertit de lui pardonner de ce qu'en quelques eudroits il semble n'avoir pas rendu toute la beauté et toute la force de son original, faute d'avoir pu trouver des lermes qui en exprimassent toute l'énergie. Les mots hébreux n'ont plus la même force lorsqu'ils sont traduits en une langue étrangère. Ce qui n'arrive pas, ajoule-l il, seulement en ce livre- ci, mais la loi même, les prophètes et les autres livres sont fort différents dans leurs versions de ce qu'ils sont dans leur pro' pre langue (2).
Ce passage du prologue ne nous permet point de douter que le traducteur ne fasse allusion aux livres de la version des LXX, qui existait dé à de son temps, et qu'il trouva sans duule en Egypte lorsqu'il y vint sous le règne de Ptolémée Evergèle (3), surnommé Phiscon, successeur de Ptolémée- Pliilomélor. Le témoignage d'un écrivain aussi respectable ne pouvait être d'un plus grand poids. Une telle autorité doit nous faire sentir combien notre texte hébreu mérite d'être préféré à la version des LXX. Mais loul inférieure qu'elle est à son original, elle a néanmoins sa grande utilité (i), surtout pour l'intelligence des ailleurs sacrés du Nouveau Testament et pour bien entendre les Pères grecs el latins.
(1) Voyez dotti Calmel, Préface sur le livre de l'Ecclésiastique, art. 2, Dissert. lo:n II, p irt. I, pag. 291 , suiv.
(2) Non enim eamdem vim habent hœc in se ipsis hebraice dicta atque ad alleram translata linguam. Non solum autern ha;c, sed et ipsa lex et prophetiaa et caleri libri non parvam habent differeniiam, ( qunndo ) inter se diela (eonsideranlur). Interpres Ecclesiastiei, in Prologo.
(3) Des savants ont observé avec assez de fondement que ce Ptolémée- Evergète n'a pu êire le prince du même nom qui succéda à Plolémée-Philadelphe, mais qu'il faut entendre celui qui régna après Ptolémée-Philométor vers l'an 132 avant Jésus-Christ. Voyez Jac. Ussérius , de Grœca LXX inlerpret. vers., cap. 3, pag. 21, seq.; Ilumfred. Hody, De Tcx* libus original., etc., lib. II, cap. 9, pag. 193, seq. Jo. Alb. Eabricius, loc. cit., lib. tll, cap. 29, § 1, pag. 729; Jo. Chrisioph. Wolsius, Bibliolh. Hebrœœ part. I, num. 410, pag. 257; M. Prideaux, Hist. des Juifs, lom. IV, part. 2, liv. V, pag. 8.
(4) Dan. Ileinsius, Aristarchi sacri pars altéra, cap. 15. Ludg. Balav. 1639, pag. 955. Joan. Pearsonus, Prœfalio parœnetica editioni LXX, Canlabrig. 1G65, prœmissa, et hinc a Leusdeno in fronle edilionis Amsielodam, 1683, el anle Prolegomena, tom. 1 codicis alexandrini ob Em. Crabe adornali, in- 8° et in folio, lumin editione eorumd. LXX, ex recensione Jac. lit eilingeri, tom. 1, pag. 1, seqq. repelita. Lud. Cappellus, Critica sacra, lib. VI, cap. 10, pag 561, seq. Jo. Ilenr. Michaelis, Dissertai, de Usu rû-j LXX in iV. Test., Halis, 1709. Jo. Gottlob Carpzovius, loc. cit., part. 2, cap. 2, § 10, pag. 547, seq. Andr. Georg. Wachner, Antiquilales ilebrœorum de Jsraelilicœ genlis origine, fatis, etc., Gotlinga; 1743, vol. 1, sect. i, cap. 38, §25i, pag. 155. M. Le Clerc, Bibliothèque ancienne et moderne, tom. XX, part. 1, an. 1723, art. 1, pag. 20, suivantes. Lambert. Bos, Prolegomena in Vet. Test. LXX, ab se eailu , cap. 1,
Quels qu'aient été enfin les auteurs de cette version des LXX, les anciens (1) ont eu raison de dire que la Providence l'avait préparée pour mieux disposer les Gentils à embrasser le christianisme. C'était une lumière qui luisait comme dans un lointain. D'un côlé elle procurait aux Gentils la facilité de s'instruire des écrits de Moïse et des prophètes, de l'autre, comme l'observe un illustre évêque (2), elle mettait les Juifs dans l'impossibilité de contester dans la suite l'autorité d'une version dont ils avaient euxmêmes été les auteurs et les approbateurs, et qui avait précédé de plus d'un siècle la prédication de l'Evai gile. Aussi voyons-nous que saint Luc, qui écrivit son Evangile principalement 'pour l'instruction des Gentils, se sert d'ordinaire de celte traduction dans les passages qu'il cite du Vieux Testament. C'est par la même raison, comme nous l'avons observé (3), que les apôtres l'uni employée lorsqu'ils portaient la foi dans les pays où il n'y avait pas d'autre langage que celui des Grecs et qu'ils annonçaient l'Evangile aux Juifs qui demeuraient hors des terres de la Palestine. On sait que ces Juifs étaient fort attachés à la version des LXX, quoique dans leurs assemblées religieuses ils n'abandonnassent jamais la lecture de l'original hébreu (4).
(1) Eusebius, de Prœparat. evangelic, lib. VIII, cap. 1, pag. 349. S. lrameus, lib. III, contra ilœreses, cap. 24, oper. edit. Taris. 1700, pag. 215. S. Augustinus, de Doctrina chrisliana , lib. II, cap. 15, oper. loin. II, part. I, col. 27, edit. Paris. 1080. S. Jo. Chrysostomus, homilia 4 in cap. 1 Gènes., oper. tom. IV, edit. Paris. 1725, pag. 21.
(2) Mandement de M. de Svissons contre les erreurs des frères Hardouin et Bemajer, tom. I, part. 1, en. 2, art. 1, page G.
(3) Voyez ci-dessus.
(4) Il esi constant que ceux d'entre les Juifs qui étaient acco.utumés à faire usage des Bibles grecques lisaient en même temps le texte original dans le culte public. Ils ne se servaient de la version des LXX que comme d'une espèce d'explication, à l'exemple des Juifs de la Palestine qui accompagnaient de quelque paraphrase chaldaïqne la lecture de la loi et des prophètes. Le docte Lighfoote a écrit (Horœ hebraicœ in Act. apost. cap. 0, pag. 42, seq.) qu'il n'était point permis aux Juifs, en quelque pays qu'ils fussent, de lire leur texte autrement qu'en hébreu; mais il existe une ordonnance de Juslinien (Novella 146) qui parait détiuire l'opinion de ce philologue; on voit même, par un passage de Terlullien, que moyennant un tribut que les Juifs payaient au prince, ils avaient la liberté de lire publiquement leurs Ecritures en grec ei en hébreu. Affinuuvil hœc vobh etiam Aristœus; ila in grœcum stylum ex aperto monimento reliquit. llodie apud Serapœum Ptolemœi Bibiiolhecœ cum ipsis liebraicis iitteris exhibenlur, sed et Judœi palam leciilant, etc. Tertullian., Apolugelicus, cap. 18, pag. 18, edit. Cl. Havercampi. L'éditeur observe dans une note sur le même endroit, que cet exemplaire devait ?:re écrit en deux langues , Monimenlum Biglosson.
L'ingénieux auteur, M. Deodati, dont j'ai parlé un peu plus haut , a tronqué une partie de ce passage (loc, cit., part, altéra cap. 6, pag. 108). Comme il lui fallait prouver que les Juifs ne lisaient leurs livres sacrés qu'en langue grecque depuis la venue du Sauveur, il ne s'est attaché qu'aux paroles suivantes : Sed et Judœi palam leclilanl, vectiqalis liber-
ELATION. 026
Une considération qui mérite qu'on s'y arrête, c\>t que les écrivains sacrés du Nouveau Testament ne se servent de l'édition des LXX interprètes qu'autant qu'elle ne s'éloigne point de la doctrine contenue dans la vérité hébraïque (1), que souvent ils négligent celte version pour se conformer à la lettre du texte original.
Des auteurs (2), un peu trop amateurs des Systems vulgo audxlur sabbatis omnibus. Il est clair néanmoins que Terlullien fa»l ici allusion aux Ecritures qu'on trouvait encore de son temps en grec et en hébreu dans un manuscrit de la bibliothèque du temple de Sérapis. Le savant Hody (loc. cit., pag. 225) ne fait pas moins de violence à ce texte en lui prêtant un sens absolument contraire à celui que ce Père avait en vue. La raison qu'en donne Ilody, c'est, dit-il, que Terlullien adressait son Apologie aux Grecs et aux Romains ; il eût été donc inutile de leur citer les Ecritures dans une langue qu'ils ne pouvaient entendre, telle qu'était l'hébraïque. Verborum isiorum, ditil, (ibid.)... hune senswn esse puto ; inBibliotheca Ptolemœi, quœ apud Serapeum est, asservanlur Scriplurœjudaicœ ab interprétions LXXll conversœ. On devrait senlir, ce me semble, que rien n'est plus arbitraire que celle interprétation. Le raisonnement de Terlullien a bien plus de force en lui faisant alléguer l'original même de l'Ecriture.
(1) Apostolos et evangelistas in interprelatione veterum Scripturarum sensum quœsivisse, non verba ; nec magnopere de ordine sermonibusque curasse, dum inlellectui res pulerel. Ilieronymus, epislol. ad Pammach. de Optimo génère interpretandi, oper. tom. IV, part. II, col. 254. Notare debemus illud, quod plerumque admonuimus, evangelistas et apostolos non verbum interprétâtes esse de verba ; nec LXX Inierprelum auctoritalem secutos, quorum edilio illojam tempore legebalur : sed quasi llebiœis et inslruclos in lege, absque damno sensuum suis usos esse sermonibus. Idem, lib. IX Commentai', in cap. XXIX ls., oper. tom. III, col. 247.
(2) C'est l'hypothèse qu'embrassa le père Morin dans la préface qu'il publia à la tête de la Bible des LXX, réimprimée par ses soins à Paris en 1628. Voici comment il s'y exprime, page 2 : Hac aposloli, apostolicique viri nulluque alia usi sunt ; hac fidei dogmala doctrinamque suam comprobaverunt ; hanc in sermonibus et homiliis ad populum enarraverunt ; hanc denique solam in ecclesiarum sinum tutelamque deposuerunt, et episcoporum fidei commiserunt.
Le père Morin répète souvent la même chose dans ses Exercitations sur la Bible. Les apôtres ont sans doute employé la version des LXX, l'Eglise de Jésus- Christ en a toujours fait un très-grand cas, mais c'est trop dire que de soutenir que les écrivains sacrés du Nouveau Testament firent uniquement usage d'un texte fort inférieur à son original.
Je suis presque surpris que Sixte de Sienne, ce célèbre dominicain, d'ailleurs si versé dans la criiique sacrée, ait paru si peu s'éloigner du même sentiment. Quanquam scirent ( aposloli ) editionem LXX interpretum in multis redundare, et in multis deficere, eam tamen non modo non contempsisse, sed ubique eam prœdicasse et ex ea prima fidei chrisiianœ fundamenla jecisse. Sixtus Senen^is, Bibiiothecœ Sanciœ lib. VIII, page 1120.
Isaac Yossius n'épargna rien pour donner du poids à la même hypothèse. Il la défendit même avec beaucoup d'ardeur, surtout dans son traité De sibyllinit nliisque quœ Chrnli natalem prœcessere oracuiis, cap. 13, edit. oxoniens. 1680, pag. 68, seqq.
Je ne dirai rien de tout ce que le père Pczron a écrit là dessus. Jamais critique ne parut moins modéré sur celte matière que le fut ce savant religieux si
mes, ont soutenu sans aucune preuve que les a; ôires et les évangélisles firent lant de cas de la version des LXX, qu'ils abandonnèrent entièrement le texte hébreu. Il est aisé de démontrer le contraire en confrontant les divers passages du Nouveau Testament qui font allusion à ceux de l'Ancien. Saint Matthieu et saint Jean, pour ne rien dire des autres apôtres, n'allèguent d'ordinaire le Vieux Testament que selon l'original hébreu (1).
connu dans la république des lettres. Voyez son livre intitulé : L'Antiquité des temps, rétablie et défendue contre les Juifs et les nouveaux chronologïstes, ebap. 3, pag. 21, etc., et sa Défense de l'Antiquité des temps, cli. 5, page 205, suiv.
Pour se débarrasser cependant d'une foule de difficiles inséparables de son opinion, don Pczron se tit forcé d'avouer que dans l'Eglise naissante, on avait quelquefois employé les Ecritures hébraïques. « Si l'on parle, dit-il, (Défense, etc., loc. cit.) du texte hébreu qui était du temps des apôtres, et qu'on a conservé dans sa pureîé jusqn'au renversement de Jérusalem, j'accorderai aisément qu'on a pu quelquefois s'en servir dans quelques endroits de la Palestine, et non pas ailleurs. > Mais ce n'était là qu'm.e défaite. Le père le Quien montra par des passages très-précis l'usage que les apôtres avaient fait du texte hébreu, et prouva évidemment dans les deux savants ouvrages qu'il lui opposa que celle prétendue corruption du môme original était insoutenable. Nous parlerons plus au long de celte dispute littéraire sous la quatrième époque.
(i) Comparez les passages de saint Matthieu, eh. H, vers. 15, avec Osée, XI, i ; Matin., 11, 18, avec Jérémie, XXXI, 15; Ma II). IV, 16, avec Isaïe, IX, ï; Maiih. Mil, 17, avec le même prophète. LUI, 4; Matlh. XII, 18, 19, 20, 21, avec le même, XIJI, 1, % 3, 4; Mai th. XV i, 5, avec Zacha.ie, IX, 9; Mallh. XXVII, 9, 10, avec le même, XI, 12, 13. Voyez ci-dessus, page 246, 248, suiv. Michel le Ouien, Défense du texte hébreu, part. I, chap. 1, pag. 13, suiv., et l'Antiquité des Temps détruite, chap. 1, page 5 à 11.
En comparant tous ces passages les uns avec les autres, on trouvera partout une parfaite harmonie entre ces oracles et saint Matthieu qui les cite, mais on verra aussi que dans tous ces endroits la version des LXX s'éloigne sensiblement de l'original. Il faudrait trop s'étendre s'il me fallait rapporter au long ces différents passages. Je vais justifier par un seul exemple ce que je viens de dire.
Quand je confère le Xll chapitre de saint Matthieu, v. 18, avecleXL!l,l,dTsaïe, que j'ai déjà cité, quelle harmonie entre le prophète et Tévangéliste ! L'un m'annonce un magnifique oracle qui regarde immédiatement Jésus-Christ, l'autre me le présente accompli dans la personne de cet Homme-Dieu. Voici comment saint Matthieu s'exprime dans son Evangile. « Ut adimplcrelur quod dicluni est per Isaiam prophelam dicentem : Ecce puer meus, quem elegi, dilectus meus, in quo bene complacuit animai ineaï : ponam spirilum rneum super eum, et judicium geutijjusnunliabil. >
Rapprochez ce même passage du texte d'Laïe, tout marche de concert; au lieu que les Septante me font presque disparaître celte excellente prophétie parleur manière de traduire : « Jacob puer meus, assumam eum ; Israël eleclus meus, suscepit eum anima mea : dedi spirilum ineum super eum, judicium gentibus ciluce!. i Mais l'hébreu porte : « Ecce servus métis, snsci|)iam eum : eleclus meus, complacuit sibi (in illo) anima mea : dedi spirilum ineum super eum , judicium gentibus proferet. >
La paraphrase chaldaïque et quantité d'auteurs Juifs
Je ne puis me dispenser d'appuyer pour un moment sur une question si dépendante de mon sujet. De quelque manière qu'on envisage tous les passages de l'Ancien Testament cités dans le Nouveau, la vérité hébraïque n'en demeure pas moins en son entier.
Jamais savant ne dut être plus capable de juger de celle question , que le fut St. Jérôme. Ce grand docteur se trouvait pourvu de bien des secours dont nous manquons aujourd'hui. Nous nous épuisons en conjectures : nous bâtissons sur des hypothèses, faute de monuments. Nous mettons dans l'ordre des découvertes utiles, une foule d'opinions dont la postérité plus éclairée que nous , ne fera pas le moindre cas. Renfermons-nous dans les bornes d'une critique plus modérée. Respectons davantage l'autorité des Pères versés dans la science de nos Écritures. Au moyen d'excellents manuscrits grecs et hébreux de l'Ancien et du Nouveau Testament, beaucoup plus corrects qu'ils ne le sont de nos jours, S. Jérôme élait tout près des sources.
Ce savant Père était si convaincu que les évangélistes et les apôtres avaient toujours allégué l'Ancien Testament selon la vérité hébraïque, qu'il osait délier Ruffm et tous ceux qui lui opposaient l'autorité du la version des Septante, de lui montrer un seul passage cité autrement que dans le texte original (1).
rapportent cet oracîe au Messie; les Septante Tout toutefois appliqué à Jacob et à Israël , ou au peuple hébreu. Aussi Eusèbe nous fait observer que dans les Iîexaples d'Origène , les noms d'isr.ël et de Jacob étaient nolés d'un obèle. Apud Sepluag. obelo notatum eut illud Jacobi et Jsraelis nomen ; apud reliquos vero interprètes silentio prœtermissum est , quod in hebrœo non referalur. Hinc merilo nec apud eva-igetistim dicitur , quippe qui hebrœus esset ; proindeque ex Hebrœorum Scriptura propheliam explicasset. Eusebius, Demonslrat. Evangel. lib. IX, edit. paris. , 1028, pag. 452, seq.
Comparez encore S. Jean, XIX, 57 , avec Zaeharie XII, 10; S. Paul aux Romains, IX, 17 , a\ec Exode IX, 16; le même, avec Isaïe, LU, 7; le même, XI, A, avec le IIIe livre des Rois XIX, 18; le même, XII, 19 , et dans son Epîire aux liébr. X, 30, avec Deuléronome XXXU , 55; et dans son Epîlre 1 aux Corinlh. XIV , 21 , avec Isaïe, XXVIII , 11 ; S. Paul au même endroit, XV, 54, avec le même prophète, XXV, 8, etc, Louis Cappel, quoique peu favorable à l'état où se trouve présentement notre texte hébreu , nous en a produit d'autres exemples dans sa Critique sacrée (lib. I , cap. 1 , pag. 54-57 ) ; Confer. Ilumfren. Hody , loc. cit. , lib. III , part. I, cap. 2 , pag. 253, seqq. ; Michel le Ouien, L Antiquité des temps détruite, etc., ch. 1, pag. 22 , suiv. ; Jo. Alb. Fabricitis, Delectus argumentorum , et Syllabus scriptorum qui veriiatem religionis christ, asseruerunl, cap. 28, pag. 525.
(1) Nec hoc dicimus quod Septuaginla interprètes sugillemus, sed quod apostolorum el Chrisli major sit audoritas : el ubicumque Septuaginla ab hebrajo non discordant, ibi aposlolos de eorum interpretalione exempta sumpsisse; ubi vero discrepant, id posuisse in graco quod apud Henrœos didieerant. Sicut ergo ego ostendo mulia in Novo Te&lamento posita de veteribus libris, quac in Septuag. non habenlur, et haec scripta in hebraieo doceo , sic accusator ostendat nliquid scriptum esse in Novo Testament o de Septuag. interprétions quod in hebraieo non hàbealur, el fiïiïta contentit est. S. Ilicronymus, lib. II, advers. Rullin».
Un célèbre écrivain (S) a avancé que S. Jérôme serait bien embarrassé, si on le priait de justifier celle même proposition que nous citons dans une note (2) d'après son Apologie contre ttufiin. Ne prenons point à la rigueur tout ce que S. Jérôme a dit 9ur le même sujet. Il était trop instruit pour ignorer que le Nouveau Testament offre quelques passages, pris de l'Ancien , qui sont susceptibles d'un sens tout différent de celui que nous donne le texte hébreu.
Le principal objet que se proposait S. Jérôme dans la matière qui nous occupe, c'était démettre l'original hébreu à l'abri des diverses attaques qu'on ne cessait de lui livrer obstinément. Cet illustre docteur ne pouvait mieux le défendre qu'en montrant à ses adversaires que tous les passages qu'on opposait ne présentaient en effet aucun sens (3) qui combaitît les vérités dogmatiques et morales consignées dans les Ecritures hébraïques. Ainsi la critique de S. Jéiôme était des plus fondées , puisqu'il ne disait rien qui ne fût exactement vrai.
Mais de tous ces passages cités du Vieux Testament dans le Nouveau , uniquement selon la version des Septante , que peut-il en résulter de défavorable à la pureté et à l'intégrité de notre original hébreu? Au temps de Jésus-Christ cl des apôtres , ce texte ne jouissait pas moins de tous les caractères de vérité et d'autorité qui en sont inséparables. Il me semble en avoir donné des preuves suffisantes. Rapelons-nous aussi, car l'on ne saurait trop le dire, que les apôires toujours éclairés par l'Esprit saint (i) , n'alléguèrent certains passages de la version des Septante que pour se conformer à l'usage qu'en faisaient communément les Juifs de la dispersion et les peuples nouvellement convertis, quoique ces mêmes passages n'eussent jamais été dans nos Ecritures hébraïques. De tout temps on a vu celle version s'éloigner en beaucoup d'endroils de son original. S. Jérôme (5) nous en avertit plus d'une fois. Concluez de là, qu'une partie des diversités de leçons entre les deux textes grec et hébreu est beaucoup plus ancienne que ne l'ont dit
oper. loin. IV , part. II, col. 433 ; confer. ejusd. proœmium in lib. XV Comment, in cap. LIV, Isaia?, oper., lom. III, col. 300 , où le S. docteur s'exprime presque dans les mêmes termes; et il ajoute : Hoc diximus quia pnicsens capituîum cum in sensu unum sit , in verbis discrepat.
(1) Feu M. du Guel, Conférences ecclésiastiques, dissertât. 43, lom. I, pag. 241.
(2) Voyez la note de la col. précédente.
(5) Et hoc in omnibus Scripluris sanciis observanduiu est, aposiolos et apostolicos viros in ponendis lestimoniis de Yeteri Testamenlo , non verb < considérais, sed sensum ; nec eadem sermo uni calcare vesligia, dummodo a sentenliis non recédant. S Ilieronymus, Commenlur. in cap. 5 Amos, operum lom. III, col. 1412; vid., idem, lib. IX Commenta,: in cap. XXIX I aie, in cap. XXXI Jeremto, in cap. II Malach. , ibid. , col. 249 , 679 , 1823 , et aiii passini. Voyez ci-dessus, pag, 278, not.
(4) ^isum est enim Spiriiui sanclo et nobis, Acl.
(5) In rlurimis a veritate hebraica discordât. Hieronyimis, lib. VI Commentai', in cap. XV Isaia? oner
toi;!. III, Cu' IM l
ELATION. G3-D
quelques auteurs modernes (l). Ernesie Crabe Ta très-bien prouvé dans un ouvrage (2) relatif à la même matière. Par conséquent loules ces citations que nous avons en vue ne sauraient détruire l'intégrité du lexle original. II y a plus : on trouve quantité de passages cités de l'hébreu par les évangélistes et les apôlres (5) qu'on chercherait en vain dans notre version des Septante.
(1) Joseph Blanchinus, Prœfatio inVindicias canonicarum Scripturarnm vulgatœ latinœ editionis, etc., pag. 18, scq. , et episî. ad Francise. Gorium , ibid., pag. 226, seqq.; Anlonius Marlinellus,S. Basilic. Vatican, cleric. heneficialus , Dissertalio de Psalterio romano , Romae, 1745 , § 9, seq. , p;*g. 11 , seq., cl alii.
(2) Dissertalio de Variis vitiis Septuag. versioni ante Origenis œmm illalis, etc , cap. 1 ; confer. Jo. Gotllob Carpzov. Critica sacra, part. 111 , contra Pseudo-Crilicam Wlùstoni, cap. 3, § 2, pag. 900, seq.
(5) Quod si velus eis taulum inlerpretalio placet, qire et mihi non displicet ... unde in Novo Teslamento probare poierunt assumpia testimonia quae in libris veteribus, non habenlur. Hieronymus, Prœfat. in Josue. — Cur me,dil-il en parlant de sa version faite sur l'hébreu, non suscipiant latini mei , qui inviolala edilione veteri ila novam condidi, ut lahorem ineum Ilebrans, et quod bis majus est, apostolis aucloribus probem ? Se ri psi nuper libriim de optimo Génère inlerpreiamii, ostendens illa dcEvangelio : Ex iEgypto vocavi Filiuni meum : Etquoniam Nazaracus vocabitur : Et videbunt in quem compunxerunt : et illud aposloli : Qure oculus non vidii, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt , quae preeparavit Deus ddigenlibusse : caeteraque bis similia, in Ilcbraeorum libris invenir), Certe apostoli et evangelislae Septuag. interprètes noveranl : et unde eis lucc dicere, qu;c in Scptaug. interprelibus non habenlur. Christus Dominus noster utriusque Testament) conditor, in Evangelio secundum Joannem : Qui crédit, inquit, in me, sicul dieit Scriptura , flumina de ventre ejus Huent aquae vivae. Ulique scriplum est quod Salvator scriptum esse testalur. Lbi scriplum est Septuaginla non habent , apocrypha nescil Ecclcsia. Ad Ilebraeos igilur reverlendum est, unde et Dominns loquitur, etdiscipuli exempla praisumuni.Idem, Prœfat. in Pa« ralipomadChromalium. — In (evangel slis et apostolis) inulla de Veteri Testamenlo legimus qu;e in noslris codicibus non habenlur, ut csi illud : Ex /Egypto, etc.; Eiquoniam Nazarseus, etc. ;Quxi nec oculus vidil, etc.. Videbunt in quem compunxerunl; Flumina de ventre ejus fluent, etc. ... El mulia alia qiue proprium <™vr«.yi*a. desiderant. Interrogemus ergo eos, ubi Iilcc scripta sini; et cum dicere non poiuerint, de libris hebraicis proferamus. Primum lesiimonium e^t in Osea , secundum in Isaia, ter lin m in Zacharia , quartum in Proverbiis, quinlum in Isaia. Quod multi ignorantes, apocryphorum deliramenla secianlur : ei Iberas mvnias libris auihenlicis pra'feruni. Idem, Prœfat. in Pentaieuch.— Sed elevangelistacet Dominus quoijue noster alque Salvalor, nec non etPaulns aposiolus, mulla quasi de Veleri Testamenlo proferunt, quai il) noslris codicibus non habenlur. Super quibus in suis loeis plenius disscremns. Ex quo perspienum esl illa magis vera esse exemplaria quj| cum Novi Teslamenti aueiorilale concordant. Idem, Proœm. Quœsiion. hebraic. in GY»., operum lom. 1 , init., et col. 2i7, 1025 ; loin, il, part. I, col. 506, seq.^ Confer. ejusd. Coîr.menlur. ia tap. XI Oseoe, el in cap. 2 Malin. , operum loin. III, col. 1511, el tom. IV, part. 1, col. 10. Je m'arrête de crainte de trop metendre. On ne peut être plus précis Mir celle que-dion (jue ne l'a été S. Jérôme. Le parallèle qu'il fail aillent s de quantité de passages démontre évidemment la vérité que j'ai en vue. Le savant Ilody a réuni uuu
Parmi quelques passages que je cite en noie d'après S. Jérôme, il en est un, entre autres, auquel cet illustre docteur de l'Église revient souvent dans ses Commentaires sur nos Écritures. C'est celui qu'allègue S. Matthieu au chapitre Ii , verset 23 de son Évangile : Jésus-Christ vint demeurer dans la ville de Nazareth , afin que fût accompli ce qui avait été dit pur les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.
Si jamais il y a eu une citation de l'Ancien Testament faite dans le Nouveau de laquelle les ennemis du nom chrétien aient cru pouvoir triompher, c'est assurément ce passage de l'évangéliste. Les Juifs et les libertins se réunissent ici pour insulter à la religion sainte. A entendre les Juifs (1), l'allégorie, l'allusion
foule de ces témoignages auxquels il n'est pas permis de se refuser. De Bibliorum Texlib. originalib., lib. III, part. I, cap. 2, pag. 245, seqq.
(1) Voyez entre autres le livre hébreu qui a pour litre : Munimen fidei , II. Isaaci, fil. Abrahami, part. II, cap 2, seqq., et cap. 6. Confer. Joan. Chrisloph. Wagenseilii Tela ignea Sutanœ, sive Arcana et horribiles Judœorum adversus Chrislum Deum et chrislianam religiunem libri kA/.Zoroi. Alldorphi Noricorum, 1681, lom II, pag. 395, seqq. , et pag. 396.
Je ne sache aucun ouvrage juif, où l'on s'efforce plus de pervertir, d'obscurcir le vrai sens des oracles des prophètes , de montrer leur peu d'accord avec les citations qu'en allèguent les apôtres et les évangélistes en faveur de la divinité de Jésus-Christ et de notre sainte religion, que le fait R. Isaac dans ce prétendu Bouclier de la foi. Ce qui rend ce livre trèsdangereux, c'est que sous un tour nouveau, sous un faux air de modération et d'impartialité, l'auteur y lente de renverser toutes nos preuves. Il y réun** un amas de sophismes : il les prépare même avec art et avec quelque méthode. Wagenseil qui le publia d'abord sur un manuscrit qu'il trouva en Afrique, ne se contenta pas de le faire imprimer ; il l'accompagna même d'une traduction de sa façon. Cet éditeur aurait dû faire quelque chose de plus. Quoique les objections d'Isaac, qui était caraïle et qui mourut en 1594, ne soient point absolument neuves, puisqu'elles ne. disent au fond rien qu'on n'eût déjà solidement réfuté, Wagenseil eût cependant rendu un service à la religion, si, au lieu de s'appliquer à combattre, par exemple, le livre fa. ...tique de R. Lipman et autres pareils écrits de ténèbres qu'il a donnés dans sa collection, il eût tourné ses vues à meure dans un certain jour la futilité des sophismes du Chizzouk Emounah.
Le savant Wolfius parle plusieurs fois de ce trop fameux livre dans sa Bibliothèque hébraïque (part. I, nurn. 1145, pag. 641, seqq.; part. II, pag. 1052; part. III, nmn.1145, pag. 544 , seqq.; part IV, num. eod., pag. 879, et ibid., pag 659, seqq.). Il en donne même des suppléments et des diversités de leçons d'après un manuscrit beaucoup plus copieux et plus correct que l'édition de Wagenseil, et celle d'Amsterdam de 1 705» in-16 II en traduit encore quelques endroits, pour faire voir combien cet ouvrage est pernicieux cl digne de l'attention des défenseurs de la religion. Wolfius fait aussi mention de différents écrivains qui y ont répondu ; il n'oublie point les travaux, entre autres, de Jean Millier, de Jacques Gousset et de Brandan fleurie Gebhard.
Feu M. le duc d'Orléans, ce prince d'un savoir prodigieux, d'une piété aussi solide qu'éclairée, dont la religion et les lettres regretteront longtemps la perte, avait entrepris lui-même de réfuter ce méchant livre. Sa mort prématurée et le grand nombre d'excellents ouvrages de sa composition, encore tous manuscrits, ne lui permirent oas de mettre la dernière main
perpétuelle aux Écritures régnent, par l'abus le plus manifeste , dans S. Matthieu, depuis le commence-
à celte réfutation qui consiste dans plusieurs dissertalions contre les Juifs. L'illustre écrivain y examine avec soin les difficultés de ces ennemis du nom ch» étien; il y répond beaucoup mieux que ne l'a fait Gousset, au jugement de M l'abbé Ladvocat, Dictionnaire historique portatif, etc.. lom. II, édit. de Paris, 1755, p.ig. 82; voyez aussi Nouveau Dictionnaire historique et poriïtSf, etc. , par une société de gens de lettres, édit. d'Amsterdam, 1766, lom. II, pag. 746. Je ne puis passer sous silence une antre réfutation du même livre de laquelle M. l'abbé Bernard Poch, savant, p être génois, s'oceupedepnis plusieurs années! Très-versé comme il est dans la liitérature rabbinique, il n'est pas douteux que son ouvrage ne réponde à l'attente du public. 11 donnera à son livre, qui paraîtra bientôt, le même litre que celui dont s'est servi le rabbin Isaac. Une chose à quoi on doit s'attendre, c'est que dans le même ouvrage qui est écrit en hébreu et en latin, qu'on pourrait intituler : Démonstration evangélique , on trouvera tout ce que la théologie judaïque a de plus abstrus. Ce sera encore une espèce d'abrégé du Pitgw fidei du célèbre Ra y -* moud Martin. M. l'abbé Poch ne néglige jamais les sources, et se sert avantageusement des livres desanciens juifs, surtout du TTÏÏ dont il fait un Irès^ grand usage.
Wolfius souhaitait qu'on fît au livre d'Isaac «ne* réponse succincte, mais qui n'omît rien d'essentiel.. Ce bibliographe avait raison. Quand on écrit contre les ennemis de la religion, et principalement contre les Juifs, on ne peut être irop précis. Si on ne les suit toujours de près , si on leur laisse le moindre subterfuge, les armes qu'on leur oppose, quelque bonnes qu'elles soient d'ailleurs , ne font presque aucun effet. Ils cherchent à s'envelopper continuel'ement sur ce qu'ils pensent pour nous dépayser. Rien n'est donc plus nécessaire que de ne jamais s'écarter du vrai plan de l'attaque,
Au reste ce seul ouvrage impie, très-répandu parmi les Juifs, dément avec évidence l'assertion de J.-J. Rousseau qui dit dans son Emile ou de l'Education, tom. II, part. I, livre IV, édit. in-8, selon la copie de Paris, 1762, pag. 79 : « Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu'ils n'aient un état libre, des écoles, des universités où ils puissent parler et disputer sans risque. Alors, seulement, nous pourrons savoir ce qu'ils ont à dire. » Oui, ce seul ouvrage prouve assurément que les Juifs n'ont eu que trop de liberté de produire au grand jour ce qu'ils ont de plus fort à nous opposer. Avancer le contraire, c'est vouloir s'agiter et se tourmenter en vain, pour grossir, pour multiplier les nuages ; c'est affecter sur une malière dont il est si aisé de s'instruire l'ignorance la plus crasse, la plus impardonnable. Parcourez seulement celte foule d'écrivains juifs dont le savant Wolfius, entre autres, a donné uno liste ( loc. cil. part II, hb. IV, sect. 1, § 4, pag. 1048, seqq.; part. IV, lib. IV, sect. 1, §4, pag. 483 et seqq., 659, seqq). Ajoutez à ce catalogue ceux d'entre nos apologistes de la religion chrétienne, anciens et modernes, qui ont réfuté avec force ces mêmes ouvrages tous anti-chréiiens et dont vous trouverez une notice exacte dans le même bibliographe, dans J. Albert Fabricius, etc. ; repassez ce que le célèbre Bartolocci et le même Wolfius ont dit des livres des écrivains juifs, où l'on voit à chaque pas les traits les plus envenimés contre le christianisme ; jugez, après cela, ce que l'on doit penser du langage que Rousseau prêle à son prétendu vicaire savoyard, ( loc. cit. pag. 78 ) : < Connaissez-vous, dit-il , beaucoup de chrétiens qui aient pris la peine d'examiner avec soin ce que le judaïsme allègue contre eux ? Si quelques uns en ont vu quelque chose, c'est
DE LA REVELATION
ment jusqu'à la fin ; et le passage que nous avons en vue est, disent-ils, une preuve bien sensible du peu de justesse de toutes les applications que cet évangéliste fait des oracles en faveur de Jésus-Christ.
L'incrédule à qui les monuments de la révélation sont tant odieux, lient le même langage (1). Il va encore plus avant : il voudrait anéantir, s'il était possible, la religion soit naturelle , soit révélée, parce qu'elle heurte de front tous ses penchants déréglés. Les uns et les autres blasphèment ce qu'ils ne comprennent pas.
dans les livres des chrétiens, i Quelle manière d'écrire ! Que de paradoxes en si peu de mots, dans un ouvrage consacré à l'éducation publique!
Rousseau a voulu jeter des regards curieux et critiques sur toutes les parties de la religion, ne former et n'entasser que des difficultés, souvent les plus triviales, pour tendre des pièges à la simplicité des fidèles, ne se rendre remarquable que par une suite continue de contradictions, par des objections très-puériles et surtout par ce ton de confiance avec lequel il a usé les proposer, ne marquer qu'une partialité qui révolte, n'en imposer qu'à des esprits superficiels, ne commettre enlin que des infidélités indignes d'un homme de lettres. Rousseau a eu le malheur de réussir. 11 ramène tout aux décisions d'une raison présomptueuse. Les doutes peu fondés qu'il répand sans retenue et sans contrainte sur des vérités primitives , ses sophismes surannés qu'on a cent fois combattus, ses raisonnements aussi impies qu'absurdes sur les monuments de la révélation ; tout cela montre que si ce trop fameux auteur n'a pas toujours été aux sources, il n'a point ignoré ce que peuvent nous opposer les ennemis de la religion sainte. Il ne s'est que trop approprié ce que les impies de tous les temps avaient dit contre elle.
Tels ont été les efforts de cet homme de génie, toujours si peu semblable à lui-même , dont le public s'est tant occupé et dont les écrits pervers n'ont abouti qu'à procurer un nouveau triomphe à la religion, fermement appuyée sur le rocher des siècles.
Outre quantité de bons livres fiançais qu'on a écrits contre Rousseau, où l'on venge avec solidité notre foi si honteusement outragée dans tant de brochures infâmes, on ne peut trop recommander la lecture d'un excellent ouvrage italien, qui est intitulé : Dei Fondumenû délia religione e dei Fonli deW Impietà, libri ire, c'esl-à dire Des Fondements de la religion, et des sources de l'impiété, en trois livres, par le R. P. Antoine Valsecchi, dominicain, premier professeur de théologie dans l'université de Padoue, seconde édition revue et augmentée par l'auteur. A Padoue 1769, 3 vol . in-4. Le savant auteur y réfute de temps en temps les illusions et les sophismes de Rousseau : il le fait toujours avec force et avec dignité.
(1) Antoine Co'Uins, Discourse of the Grounds and Reasons o( the Christian religion, c'est-à-dire Discours sur les Fondements et sur les raisons du christianisme. Londres, 1724, part. I, § 8, pag. 40, suiv. Voyez le Sens littéral de l'Ecriture sainte, défendu contre les principales objections des anti-scripluraires et des incrédules modernes ; traduit de l'anglais de M. Slackhouse, etc. loin. I,édit.dela Haye 1741, cïiap. 5, pag. 130, suiv.
L'objet du livre de M. Collins, qu'on a attaqué dans tant d'ouvrages profonds et lumineux sortis d'Angleterre, est de renouveler les anciennes objections des Juifs contre le christianisme. Ce qui caractérise ce même livre, comme tous ceux de nos prétendus sages, c'est qu'on y assaisonne les difficultés avec plus de malice, et qu'on y répand plus de fiel. Partout ce n'est qu'un style aigre, mordant et passionné.
II était écrit que le Christ serait une pierre d'arhoppement aux deux maisons d'Israël (1). Les prophètes avaient prédit que le Messie serait renoncé par son peuple, et qu'il devait être un signe exposé aux contradictions^). Tout a été vérifié. La synagogue a rejeté le Christ. Elle continue à chercher un asile dans les sophismes les plus grossiers. Elle s'étourdit toujours plus sur la véritable cause de ses malheurs. Mais en vain s'obstine-t-elle dans son infidélité et ferme-t-elle volontairement les yeux à celte lumière salutaire qui dans tous les âges fil l'espérance d'Israël, le Juif se trouve accablé sous le poids des oracles qui lui annoncent l'avènement du Christ qu'il méconnaît encore.
Le faux sage du siècle a beau puiser dans son propre fonds de quoi fortifier ses égarements à mettre nos divines Ecritures pour ainsi dire dans le creuset, il est prouvé que les prophéties de l'Ancien Testament, citées par les évangélistes, ont élé accomplies en Jésus-Christ. De savantes plumes ont mis celte grande vérité dans tout son jour. Ni l'erreur ni le mépris le plus marqué de la religion ne peuvent rien contre ce dogme fondamental de la foi chrétienne. Elle demeure inébranlable : elle est au-dessus de toutes les attaques de l'homme et de l'impiété.
Le Christ, ce Nazaréen si bas aux yeux de la chair et du sang, est ce grand juge qui s'avance sur la nuée pour punir les horribles blasphèmes du Juif et du libertin, pour les convaincre de leur malice, pour confondre leur opiniâtreté et leur incrédulité. C'est aussi par ce même nom de Nazaréen que l'ont désigné les prophètes.
Il est donc vrai que ce n'est point à faux que S. Matthieu nous renvoie aux Ecritures qui nous donnent effectivement pour un des caractères du Messie comme devant être appeléou être Nazaréen ; car ces deux manières de parler rentrent l'une dans l'autre, selon le génie des Hébreux (3). Si, dans le sens et dans la réalité de la chose, comme nous le dirons bientôt, Jésus-Christ a véritablement été ce qu'il a dû être pour qu'il fût appelé Nazaréen , la prophétie s'est trouvée nécessairement accomplie dans sa personne.
Je sens que je m'éloigne presque de mon objet en insistant sur la justesse de l'application que S.Matthieu fait ici de divers textes de l'Ancien Testament ; mais je ne puis venger la critique de S. Jérôme au sujet de la
(1) Et erit vobis in sanctificationem, in lapîdemautem ofïensionis, et in pelram scandali, duabus domibus Israël ; in laqueum et in ruinam habilantibus Jérusalem. Is. VIII, 14.
(2) Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum in Israël, et in siguurn cui contradicetur. Luc. II, 34; confer. Epist. ad Rom. IX, 35; IPeir. H, 7, scq.
(3) Voyez Thomns Slackhouse, le Sens littéral de l'Ecriture sainte, etc., loin. 1, chap. 2, pag. 62, suiv., Jacobus Gusselius blœsensis îTSm N31Q1 HpTC UOT siveJesu Chrisli Evungeliique verilas salutifera, deiitonitrata in conf'utatione libri Chizzouk Emounah a R. Jsaaco scripti, etc., Amstelodami 1712, in part. I vjusdem libri, cap. 45, pag. 350.
version des LXX, relativement au passage que l'évangéliste a eu en vue, ni faire voir combien les écrivains du Nouveau Testament ont respecté la vérité hébraïque , sans entier dans cette discussion.
Qu'on ne vienne point dire que S. Matthieu parle en général des prophètes, et qu'il n'en spécifie aucun en particulier. Cette objection est frivole. De la manière dont révangélislc cite ici les oracles, il a voulu montrer en peu de mots leur accomplissement littéral dans la personne de Jésus-Christ. S. Matthieu ne pouvait mieux le faire q»'en alléguant ainsi les Ecrii lires de l'Ancien Testament, dans lesquelles le Messie est annoncé en termes bien précis, tantôt sous le nom de lïa Netzer (haie, XI, 1 ), tantôt, mais en style prophétique, sous le nom de Nazir (1), expressions qui ont un rapport bien marqué avec les mots de NaÇwpatss, ou de nazaréen, qu'emploie saint Matthieu.
L'évangélisle, toujours occupé à montrer l'accord perpétuel de l'Ancien Testament avecle Nouveau, et sans perdre de vue la vérité hébraïque, nous fait envisager deux objets qu'il regarde comme inséparables dans ces oracles relatifs au Messie. D'abord il s'attache plutôt au sens (2) qu'aux propres paroles des prophètes. Il nous y découvre Jésus-Christ comme en étant la seule et unique fin. Il nous le représente dans ceux des personnages de l'Ancien Testament qui en ont été incontestablement l'image la plus parlante. Est-il donc surprenant qu'il fasse, entre autres, allusion aux bénédictions que Jacob et Moïse (3) donnent au patriarche Joseph, en l'appelant le Nazaréen, c'est-àdire le séparé, ou le plus saint d'entre ses frères ? Qui peut nier aussi que Joseph (4) n'ait été une figure très-
(i) DbTCntfurïwi r; rm nsn by nia -pat* rmi
: TTIN TÏ3 Tp1ptn«pP Vxrb J^nn vulg. benedictiones patris lui confortai» sunt benedictionibus patruni ejus, donec veniret desiderium collium mternorum : fiant in capite Joseph et in capite Nazarœi inter fratres suos. Gènes. XLIX, 26. Yid. Deuteron. XXXIII, 16. Il est dit de Samsoh : 1V3H rWT a\-fe»N Tïro quia Nazarœus Dei erit puer ille. Judic. XIII, 5. Ce qui est très-analogue aux termes dont se sert S. Matthieu : On NaÇwpaïos x^ô^era» , quod Nazarœus vocabitur.
(2j Si fixum de Scripturis posuisset exemplum ( Evangelista ), nunquam diccretquod dictum est per prophetam, sed simpliciter quod dictum est per prophètes ; nuncautem pluraliler prophetas vocans, oslendit se non verba de Scripturis sumpsisse, sed sensuiri. Nazarœus sauclusintcrprelalur. Sanclum aulem Dominum futuriim omn'rsScripiura commémorât. Uieronymus, Comment, lib. J in c. IIMallh., oper. t. IV, pari. I, col. 10.
(5) Gènes. a Dent-, loch citaiis.
(4-) Ce patriarche est appelé le Nazaréen on le Separé d\nlre ses frères, c'est à-dire le Rejeté ou le Méprisé parmi eux. Et quel tiire, observe S:ackhouse (loc. cit. loin. I, chap. 2, pag. G3), plus convenable à celle description que fait encore Isaïe de la condition et de 'état de bassesse où le Messie, devait paraître dans le monde? « Nous l'avons désiré, mais il est méprisé, le rejeté, comme le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui sait ce que c'est que langueur.
PRIMITIFS esc
expresse du Sauveur ? On peut en dire autant de Samson. Toute l'Ecriture nous atteste même, comme l'observe saint Jérôme (1), que le Christ sera véritablement saint, c'est à dire Consacré au Seigneur , mais d'une sainteté qui devait le séparer de la corruption du reste des hommes (2). Tel devait être encore le Messie, selon l'aveu des Juifs. Jésus-Christ a donc été ce même Nazaréen annoncé par les prophètes.
S. Matthieu fait plus : il ne se contente pas de nous montrer que les expressions de l'Ecriture ont donné lieu à l'application qu'il en fait à la personne de Jésus- Christ. L'évangélisle veut nous apprendre encore que la demeure du Fils de Dieu à Nazareth rend sensible le rapport qu'il y a entre le nom primitif de celte ville (3) et le mol de netzer que lui a donné un prophète. Il
Nous nous sommes détournés pour ne pas le voir, tant il était méprise, et nous n'en avons fait aucun cas.» (haie, LUI, 5). Quoi de plus relatif à celle espèce de reproche l'ail au Sauveur que sa demeure à Nazareth, bourg méprisable, situé dans le canton le plus obscur de la Galilée, habité par des pêcheurs et par une populace si vile qu'on disait en forme de proverbe : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? » (Jean, I, 46.)
L'évangélisle , en faisant allusion à ce premier sens que nous marquons et que l'on trouvera très-bien expliqué dans plusieurs commentateurs ( Voyez enire autres Fridcrici Spnnhemii Dnbia evangelica, part. Il edii. genev. 1700, dub. XCIII, page, 578,seqq. ), a voulu lever en quelque façon le scandale que causa depuis le nom de Nazaréen, dont on appelait communément Jésus-Christ et ses disciples. Car il nous donne lieu de croire, comme remarque M. de Sacy dans son commentaire sur le second chapitre de S. Matthieu, vers. 23, que si les hommes le nommaient ainsi par mépris, à cause qu'il avait été élevé à Nazareth, que l'on regardait alors comme la dernière des villes, c'était néanmoins pour vérifier en même temps le témoignage que les Ecritures rendaient de lui, en disant qu'il serait la fleur de Jessé, le Saint des saints et la sainteté même; que dans sa vie et dans sa mort il paraîtrait véritablement consacré à Dieu. Voyez Joan. Lii-hfooti Horœhebraicœel tlialmudicœ in quatuor evangelistas, ad cap. Matthœi loc. cit., page 208, seq.
(1) Loc. cit.
(2) Talis enim decebat ut nobis essel pontifex sanclus, innocens, impolluius, segregatus a peccaloribus, excelsior cœlis faelus. (Ad Hebr. Y1I, 26.)
(3) Quoique nous ne connaissions guère le nom de la ville de Nazareth que par les écrivains sacrés du Nouveau Testament, qui rappellent constamment NaÇapéfl (Voy. Adriani Relandi Palestina, voce Nazareth, Thesaur. anliq. sacrœ Blas. Ugolini tom. VI, col. 866 seq.), il paraît que son nom primitif était celui de Netzer, c'esi ce que nous assure David de Ponds dans son dictionnaire hébreu intitulé Gerwen David, édit. de Venise 1587. Voici ce qu'il en dit à la pige 141 : « Nezereus, hoc est qui nalus atque educalus est in Nelzer, civilale Galilaeaï, itinere irium dierum a Jérusalem distante, i J'avoue que le témoignage de ce docteur juif n'est point sans exception; mais quel monument contraire peut-on lui opposer? Il ne nous reste que le texte grec de l'Evangile de S. Matthieu. Si nous en avions l'original hébreu ou chaldéen dans lequel il fut d'abord écrit, ainsi que l'atteste toute l'antiquité chrétienne-, quoi qu'en disent les critiques modernes, nous trouverions entre le véritable nom de cette petite ville et celui que lui donne David de Pomis nlus de c nformilé que l'on ne pense.
sortira une petite branche du tronc de Jessé (1) et un surgeon, ou une fleur, ou plutôt, le Nazaréen (2) naîtra de ses racines.
Il est Incontestable que de quelque façon que Ton traduise ce passage , il concerne immédiatement le Messie. Les Juifs eux-mêmes, anciens et modernes, n'en disconviennent point. L'évangéliste qui hit allusion à ce passage du prophète nous en montre l'accomplissement littéral dans la personne du Sauveur, et fait voir combien il estimait la vérité hébraïque dont il préfère ici la leçon à la version des LXX. En effet, on chercherait inutilement dans cette traduction grecque (5) le Christ aimi désigné en propres termes, comme l'appelle Isaïe.
(i) rro witfo "tf3i wi ytto nian *«n
Jsaïe, XI, 1.
(2) C'est S. Jérôme lui-même qui le traduit de celle sorte : < Possumus et aliter dicere quod eliam eisdem verbis juxta hcbraicam verilatem in Isaia sciïplum sii. Exiet virga de radice Jesse, et Nazar;eus de radiée eius conscendet. » tlieronymus , lib. I Comm. in cap II M;illh., oper. lorn. 1Y, loe. cil. In liebrceo le\tu juxta lingua? illius iSfo/ta, ila scriptum est : Exiet virga de radice Jesse, et Nazaracus de radice ejus crescet. Cur hoc omiserunt Septuaginta, si non licel transferre de verbo pro verbo ? Saerilegium est, vel celasse, vel ignorasse mysterium. » Idem, epislola de opthno Génère inlerpretnndi, ad Pammachium, oper. loin. IV, pari. II, col. 252.
(3) La version des LXX a traduit une partie de ce passage d'Isaïe de la manière suivante: Kaî à,0cs ix. rfo plÇns âvcKêriasTCAi, et llos de radice ascendel. C'est ce qui a lait dire à S. Jérôme :« lllud quod in Evangelio Malihaei omnes quœrunt ecclesiaslici, et non iuvcniuiU, ubi scriptum s'il : Quoniam Nazarœus vocabiiur, eruditi Hebrœorum de hoc loco ( Isaiœ ) as>umpium putanl.i Idem, lib. 1Y Comment, in Isaiœ, cap. 11, oper. loin. III, col. 99.
On donne du poids à celle observation de S. Jérôme en disant avec M. Simon ( Histoire critique du Nouveau Testament, I part., chap. 22, p:>g. 266 ) qu'il est important de bien remarquer que les Juifs demeurent d'accord avec les chrétiens que ce passage d'Isaïe où il est parlé de celte fleur appelée netzer en hébreu, s'entend du Messie. Cela était connu alors de tout le inonde. S. Matthieu, qui écrivait en cbaldaïque pour les Juifs nouvellement convertis, lesquels étaient accoutumés à ces sortes d'explications, a fait allusion à ce mot hébreu nezler, ou fleur. On n'a qu'à consulter le Talmud, le livre intitulé Zohar et les anciens médrascim ou commentaires allégoriques , on y trouvera de semblables interprétations de l'Ecriture fondées sur de simples allusions de mois et même de lettres. Si les Juifs, continue M. Simon, étaient capables de faire ces réflexions, ils ne traiteraient pas de fausse, au moins de ridicule, la citation de S. Matthieu, qui n'a fait que suivre les usages et les manières reçues de son lemps parmi ceux de sa nation. Si l'on ne remonte jusqu'à cet ancien usage, l'on rencontrera de grandes diflicullés dans plusieurs passages de l'Ancien Testament que les apôtres et les évangélisles ont cités dans leurs écrits, pour confirmer leurs pensées.
^ Par ces principes, on résout facilement quantité d'objections que les Juifs forment contre les citations qui sont répandues dans tous les livres du Nouveau Testament. Les apôtres , qui ont suivi exactement les explications qui étaient en usage de leur temps, ont gardé presque partout celte même méthode. Les Juifs ne la peuvent combattre qu'ils ne détruisent leurs propres principes adopiés par leurs ancêtres* On en trouvera une infinité de preuves, toutes sans réplique,
DE LA REVELATION. G53
Celle manière d'expliquer un oracle aussi imporiant justifie par conséquent et la citation de l'évangéliste et la critique de S. Jérôme, qui a soutenu, après de savants juifs, qu'il ne se vérifiait à la lettre que dans l'hébreu (1).
On a fait quelques difficultés contre celte dernière explication, mais elles me paraissent de peu de conséquence • le savant Junius les a si bien prévenues dans ses Parallèles sacrést qu'à peine méritent-elles que l'on s'y arrête. Il est vrai aussi que Frédéric Spanheim (2) n'a rien omis pour réfuter lout ce qu'en a dit le même auteur : on s'aperçoit toutefois qu'il a senti l'insuffisance de la plupart de ses objections. Spanheim convient lui-même (3), en terminant ce quM en a écrit assez au long dans ses Doutes évangéliques, que les deux interprétations que nous venons de donner sont trèspropres à justifier la citation de S. Matthieu. Disons aussi qu'elles prouvent rattachement de cet éyangélisle à l'original hébreu.
Quelque parti que l'on prenne enfin pour Tune ou pour l'autre de ces explications qui sont si bien appuyées, il est aisé de voir que les expressions des prophètes y ont assurément donné lieu (4). Les prophètes, observe un des plus judicieux écrivains juifs, se servent souvent d'expressions métaphoriques et équivoques. Alors leur intention est moins de désigner les choses qui se présentent d'abord naturellement à l'esprit en lisant leurs oracles, que de représenter des objets plus éloignés, qui se déduisent uniquement de l'étymoîogie ou de la dérivation des termes (5) .
C'est donc une injustice manifeste dans nos incrédules comme dans les Juifs d'accuser S. Matthieu d'avoir appliqué faussement l'Ecriture à son sujet. Qui ne voit même que sans donner la moindre atteinte à la lettre du texte des oracles, l'évangéliste en a conservé toute la vérité ?
Qu'on ne dise point encore que dans ce passage l'évangéliste ne fait allusion à aucun texte de nos Ecritures, telles que nous les avons de nos jours, et telles qu'elles étaient au siècle de Jésus-Christ (6) ;
dans le livre, entre autres, de Chrétien Scheltgenius, qui a pour titre : Horœ hebraicœ et talmudicœ in theo* logimn Judœorum dogmaticam et orthodoxnm de Messia, tom. 11 in-4*, Dresdae et Lipsise 1755-1742, pass. Confer. et Pugio fidei Raymundi Martini ordinis pianlicalorum , cum observatioiiibus Joseph, de Yoisin, ouvrage profond et d'une littérature rabbinique immense.
(1) Voyez ci-dessus.
(2) Loc. cit. dub. 92, pag. 568, seqq.
(3) Loc. cit., dub. 93, pag. 603.
14) M. Stackhouse, loe. cit., pag. 64.
(5) Secunda propositio est : Quod prophètes sœps aahibeanl vocabula œquivoca et melapjiorica , quorum intentio non est id quod in prima purabola scu metaphora docenl et significant ; sed propler etymologiam et derivationem aliquam. R. Moses Maimonides, ïTÏID D'Oïl;] Doctor perplexorum ad dubia et vbscuriora Scripturœ loca rectius intelligeuda veluti clavem continens... cotiversus a J vanne Buxtorfio, Basileœ 1020, part. II, cap. 29, pa<?. 274.
(6) Je nfétonne que dans un livre consacré à. i.i
qu au contraire S. Matthieu n'y n en vue que cer
lains oracles égarés anciennement, conservés louie
défense des vérités saintes, Ton ait embrassé uuq hypothèse dont les libertins ne peuvent que tirer avantage, parce qu'elle conduit naturellement à des conséquences toutes contraires à l'intégrité du Canon des Ecritures hébraïques. M. l'abbé Houlleville, ce savant apologiste de noire religion, duquel on ne peut trop respecter le savoir et les lumières, trouve d'abord que noire seconde explication appuyée sur le terme de TW, est trop subtile ( Voyez la Relie/ion chrétienne prouvée par les faits, édit. de Paris, 1765, tom. ïV, liv. III, réponse à la 12e difficulté, pag. 25-2 et suiv.). Il en est, dit-il, une si simple, que je serai toujours surpris qu'on ne Tait pas encore offerte aux contradicteurs. S Matthieu ne cite en effet aucun prophète en particulier. Pourquoi donc ne pas supposer que dans ce grand nombre de prophéties qui ne subsistaient plus que dans la tradition orale, quelqu'une portait que le Messie serait appelé Nazaréen ? U. François a tenté la même réponse (Défense de la religion contre les difficultés des incrédules, tom. III, Paris 1755, cl». 2, art. 2, pag. 269). Il ne Ta touchée qu'en passant. Peut être en a-t-il senti la faiblesse; du moins nel'a-l-il proposée que comme une simple conjecture , et sans attaquer l'intégrité du corps de nos livres sacrés. Mais M. l'abbé Houtteville va plus avant. Parlant toujours de ce système, que le canon des Ecritures n'était poinlvenu entier jusqu'au temps de Jésus-Christ, il suppose en conséquence qu'une parlie s'en était perdue dans les différentes disgrâces du peuple juif; qu'elle se conserva cependant encore dans le souvenir qui s'en était perpétué. C'est dans celle source, dans celte tradition , selon lui, que S. Matthieu a puisé ; ce sont enfin à ces sortes de prophéties transmises par une semblable voie que les évangélistes rappellent, quand ils ne désignent pas de prophète particulier.
Mais à quoi bon tant insister sur la perte de nos écrits sacrés, et renouveler sur le Canon de nos livres saints des objections que ne forment que trop les incrédules, pour s'inscrire en faux contre l'intégrité et la pureté de l'Ecrilure? N'eûl-il pas été mieux de s'arrêter à l'une des deux réponses que ce savant écrivain avait d'abord proposées [pag. 246 el suiv.) ? En effet il est constant que l'usage de donner à l'Ecriture des sens théologiques , outre le sens naturel de l'histoire est fort ancien, puisqu'il nous vient même des Juifs. On le trouve très-bien établi au temps de Jésus-Christ et des apôtres. Les Juifs de nos jours et les incrédules ont donc tort de reprocher aux évangélistes une méthode manifestement justifiée par la théologie régnante de leur siècle.
Non content de celle réponse, M. l'abbé Houtteville en avait présenté une autre qui est sans doute décisive et qu'on n'ébranlera jamais : c'est de dire qu'il y a dans les livres saciés deux sortes de prédictions concernant Jésus-Christ. Les unes ne conviennent qu'à lui seul , les autres le regardent encore ; mais elles ont deux sens, le premier historique ou littéral, applicable à quelqu'un des personnages ou des types qui ligurent le Messie ; el ce premier sens est comme le sceau qui ferme les mystères. La clé qui les ouvre, pour ainsi dire, el qui nous y fait entrer, esl le sens spirituel ou prophétique; second sens qui n'a point d'autre objet que Jésus-Christ. Notre savant auteur montre très-bien que ce double sens n'est point arbitraire, l'Ecriture elle même nous en fournit des preuves toutes lumineu>es Celte matière a été si bien traitée par une foule de bons écrivains qu'il est inutile de suivre ici ce qu'en dil M. l'abbé Houlleville , dans deux ou trois pages de son livre (Voyez Règles pour rintelligence des saintes Ecritures, Paris 1752, el les défenses de cei excellent traité de M Duguet,
fois dans le dépôt d'une tradition orale ju: qu'au temps qu'il écrivait son Evangile*
Celle réponse est très-facile ; mais seule résoutelle pleinement la difficulté? Sera-l-elle capable de fermer la bouche au libertin et au Juif? Au fond , quelle preuve peut-on même nous donner que ces oracles disaient que le Christ serait appelé Nazaréen ?
II n'est que trop vrai que, pour soutenir leurs paradoxes, les incrédules prennent droit de tous les systèmes des écrivains chréiicns. Mais il est de l'intérêt de la religion de montrer qu'on a tort de se prévaloir contre elle de ces sortes d'hypothèses, parce qu'elles ne sont point fondées.
Ne recourons pas à une solution qui résout faiblement les difficultés; et pour lui donner quelque appui, gardons-nous bien de jamais attaquer l'état d'intégrité dans lequel a dû se trouver le Canon de nos écritures hébraïques, soit avant, soit après la venue du Sauveur. Nous bâtirions sur un fondement très-ruineux. Ce serait d'ailleurs accorder aux incrédules que nous ne tenons qu'une faible partie des monuments de l'ancienne révélation.
Vous avez beau soutenir (1) que nous n'avons plus rien, par exemple, des prédictions (2) de Jéhu, fils
dont la préface est attribuée à M. Bidal d'Asfeld.
Si au delà du sens de l'histoire, il y en a un qui est prophétique et qui esl le principal, on a raison de conclure que l'objection des incrédules est de nul poids. Nous avons employé nous-mêmes celle seconde réponse, qui est très-solide (Voyez ci-dessus pag. 298). Consultez au reste les Lettres de M. l'abbé de Villefroij à ses élèves, lettre 7 el suivantes, sur le double sens littéral des prophéties, pag. 207, suiv., tom. I de la première édit. de Paris. Ouvrage trèsprofond, attaqué fort mal à propos dans quelques brochures, et qu'on ne doit point séparer des Principes discutés (par les RR. PP. capucins) pour faciliter l'intelligence des livres prophétiques et spécialement des Psaumes, relativement à la langue originale, Paris 1755-1764-, vol. 15, in-12. Ces savants élèves, qui ne se départent jamais du sentier que leur a frayé M. l'abbé de Villefroy, sous les yeux duquel ils n'ont cessé de travailler depuis plus de vingt années, ont déjà rempli avec gloire la belle carrière que leur a ouverte ce grand maîire.
Les bonnes éludes doivent beaucoup à M. l'abbé de Villefroy. Il nous a tracé un plan sur le style prophétique, lequel bien entendu prêle à la religion de nouvelles armes pour confondre le Juif el le libertin. En admettant des prophéties qui n'ont qu'un sens applicable à Jésus Christ et à son Eglise, ce très» habile homme et ses dignes élèves ramènent, dans le fond, loule leur doctrine aux principes admis par les plus grands théologiens et par les meilleurs interprètes.
(\) M. l'abbé Houtteville, loc. cil
(2) M. l'abbé Houlleville a supposé mal à propos que des oracles des prophètes s'éiaient perdus, jouirons dans quelque détail, mais sans trop nous appesantir sur celle matière.
Jéhu, fils d'Hanani, est ce même prophète qui fil des reproches à Josaphat au sujet de l'alliance qu'il avait conlraciée avec Achab, roi d'Israël (II Paralipom. XIX, 2). L'Ecriture nous a donc conservé ce qui concernait l'objet de la mission de Jéhu. Mais il n'y a aucun passage dans l'Ancien Testament où il soit dil que le fils d'Hanani ait fait ou écrit d'autres prédictions. U est seulement rapporté à l'endroit
d'Hanani, de celles d'Addo, de Séméïas , d'Azarias, d'Anani, dEliézcr, de Gad et de quelques autres
cité des Paralipomènes, chap. XX, 54, que pour le reste des actions de Josaphat, tant les premières que les dernières, elles sont écrites dans les paroles de Jéhu, fils d'Hanani, insérées dans le livre des Rois d'Israël. Esl-il question dans ce passage de quelque prophétie particulière? Je n'y vois tout au plus qu'un mémoire qui traite de l'histoire de la vie de ce prince de Juda. Les prophètes lurent-ils toujours divinement inspirés dans tout ce qu'ils ont fait , dit ou écrit? Leur mission était limitée. Ils ne prophétisaient point par profession, mais par une vocation extraordinaire , quoiqu'il y eût toujours dans Israël des classes trèsnombreuses de prophètes dont le principal emploi était de prêcher, d'annoncer la parole de Dieu et d'être les interprètes de sa volonté.
Il y a d'autres réponses à ce passage, ainsi qu'à plusieurs que nous citerons dans cette note au sujet de ces livres des prophètes. Wollius a recueilli sur la même matière les différents sentiments des auteurs tant juifs que chrétiens , ce qui nous fournirait plus d'une solution : contentons nous de renvoyer à sa Bibliothèque hébraïque (part. II, sect. 4, § 12, seqq., pag. 23u', seqq.), ouvrage, entre autres, que M. l'abbé lloulleville eût dû consulter.
"Venons à un autre passage. Il est dit du prophète Séméïas qu'il avait composé l'histoire de Roboam: on la trouve effectivement citée (Il Paralipom. XII, 15). Cest encore une simple histoire. Je vous délie dôme prouver que ce lût un livre de prophéties. Si Seméias a prophétisé que la cinquième année du règne de Roboam le temple serait pillé par Sésac, roi d'Egypte, celte prédiction et quelques autre- du prophète se trouvent exactement décrites dans l'Ecriture. III Rois, XII, 22, suw. ; Paralipom., XI, 2, smv. ; Ibid., XII, suiv.
Le prophète Azarias, fils d'Oded n'est connu que par une prédiction de grand intérêt, qu'il fit à Asa, roi de Juda. L'Ecriture ne l'a point omise. Asa extermina les idoles de toute la terre de Juda, de Benjamin et des villes du mont Ephraïm, qu'il avait prises. Il rétablit et dédia l'autel du Très-Haut , qui était devant le portique du Seigneur, comme s'exprime l'Ecriture (ibid., Paralipom. , XV, 8).
Nous lisons (ibid., Paralipom., XV, 8) que le prophète Hanani ou Anani, père de Jéhu, reprit vivement Asa roi de Juda de ce que ce prince avait mis plutôt sa conliance dans Benadab, roi de Syrie, que dans le Seigneur. Vous avez donc agi follement, lui dit le prophète, et pour cela même il va s'allumer des guerres contre vous. On en vit en effet depuis lors jusqu'à la fin du règne de Baasa roi d'Israël. Fuitque bellum inter Asa et Baasa regem Israël , cunctis diebus eorum, III Reg. XV, 32.
Asa irrité des reproches d'Anani, le lit mettre dans les liens. L'Ecriture garde ensuite un profond silence sur la personne du prophète dont la mission paraît s'être bornée a cette seule menace.
El/czer, fils de DodaûdeMarésa,n'est encore connu que par les reproches qu'il fila Josaphat, roi de Juda, à l'occasion de l'alliance que ce prince contracta avec Ochoz as, roi d'Israël, prince impie. Les menaces du prophète qui furent accomplies, sont rapportées exactement dans le IIe livre des Paralipomèncs, chaD. XX, 37.
Le prophète Gad envoyé à David (I Rois, XII, 5), avait écrit l'histoire de ce roi, qui est citée I Paralipom., XXIX, 29. L'Ecriture est attentive à nous spécifier les différentes prédielions du même prophèle. (Voyez le 11e tiv. des Rois , XXIV, II, suiv. ; 1 Paralipom., XXI, 9, suiv.)
Pour le dire en deux mots : c'est courir après des fantômes, de soutenir que Jéhu, Séméïas, Azarias, Eliézer, Gad, ainsi que Smmel , Nathan , Ahias,
ELATION. f;42
dont il est parlé dans les livres des Rois et des Paralipomèncs. En vain ajoutez-vous que nous n'avons pas même le recueil entier des oracles des quatre grands prophètes ; qu'il nous manque ce qu'Isaïe avait écrit des actions du roi Osias ; que le livre d'Ezéchiel est imparfait et n'est que le fragment d'un ouvrage plus étendu, comme il vous le paraît par la date et le lour du premier chapitre. Vous direz encore qu'il y a de fortes difficultés contre l'intégrité du livre deJérémie; que certainement il ne nous
aient écrit d'autres prophéties distinctes de celles que rapporte l'Ecriture. Accordons toutefois à M. Du Pin (Dissertât, prélmin. sur la Bible, liv. I , ch. 1, § 7, pag. 25), que ces livres composés par des prophètes n'étaient pas purement historiques; mais qu'ils y avaient mêlé des piop' éiies. Que s'ensuil-i! delà? Les auteurs de ces mémoires y auront retracé le souvenir des prédictions qu'on avait faites sous les différents princes dont ils écrivirent l'histoire. Mais c'étaient des prédictions déjà consignées dans les monuments de la religion, et dont l'autorité était universellement reconnue.
Si vous tt>'opposez enfin les visions du prophète Addo, ou Mdi, contre Jéroboam, fils de Nauat :
: ma p dîot bv rrmn ny* mm H Paralipom.,
IX, 29 ; je vous avouerai q::e je doute si elles se trouvent rapportées dans l'Écriture. Ce sont peutêtre les seules qui n'y soient pas spécifiées , sans doute que leur autorité ne fui pas reconnue par l'Eglise d'Israël, toutes respectables qu'elles fussent d'ailleurs. Mais comme elles renfermai eut des oracles de nul intérêt pour le soutien de la foi et de la religion , aussi furent-eîles absolument négligées , et l'Eglise Judaïque ne jugea pas irécessaire de les admettre jamais dans son Canon des divines Ecritures.
J'ai dit qu'il est douteux que les prédictions du prophèle Addo soient dans l'Ecriture. La raison en est que Jo;èphe (Anliqmtt. lib. VIII, cap. 3) et plusieuis écrivains après lui , ont cru que c'esi le même prophèle qui lut envoyé à Jéroboam, lorsqu'il était àBéihel,où il dédiait un autel aux veaux d'or, et que c'est lui qui fut tué par un lion (ill Reg. XIII, 1 , 24 ; dom Calmet, Dictionnaire lust. critiq., elc, de la Bible, édil. de Paris, 1730, loin. 1, pag. 56). Voyez Isaac Abarbanel, Commentai', in eumd. ioc, libri Regum. Cet auteur juif y dit que tel est le sentiment des anciens docteurs de sa nation. Si celle conjecture qui paraît d'abord fondée a lieu, nous aurions dans le même chapitre du livre des Rois les prédictions ou les visions du prophèle Addo contre Jéroboam. Mais il y a une difficulté qui semble détruire celle opinion. Comment le prophèle qui prédit à Jéroboam le renversement de son autel et la naissance du roi Josias, eul-il le lemps d'écrire ses prophéties contre Jéroboam, puisqu'il fut lue avant son retour dans sa maison ? Dom Calmet (Comment, in hune loc.) conclul de là qu'il y a apparence qu'Addo est un autre que celui do. il il s'agit clans ce chapitre du livre des Kois. Mais ne pourrait- on pas dire qu'Addo avait auparavant mis par écrit ses prédictions, ou que le vieux prophète (loc. cit. vers. 11,19, seqq.) qui lui donna la sépulture, les recueillit, et qu'on les inséra dans les mémoires qu'Addo composa avant sa mon sur la vie de Jéroboam ? Quoi qu'il en soit , que de pareils oracles se soient égarés, qu'importe à la rel gion ?
Ce que M. l'abbé lloulleville ajoute au sujet du rc< cueil enlier des grands et des petits prophètes, mérite toute noire attention ; mais il aurait fallu que ce savant auteur en eût donné de tout autres preuves que celles qu'il en donne. Il est juste cependant d satisfaire à ses difficultés : nous le ferons bientôt Celle note est assez remplie.
reste rien de ses Lamentations sur la mort de Josias, que S. Jérôme croyait confondues avec les autres sur la ruine de Jérusalem. Vous n'épargnez pas même quelques chapitres du prophète Daniel. Vous concluez enfin que Ton n'est pas sûr d'avoir en entier ce qu'on appelle petits prophètes ; puisqu'on ne lit de Jouas que ses prédictions concernant les Niniviles, quoiqu'il ait prophétisé encore en Israël, selon que le rapporte l'Ecriture.
Le savant abbé Houtieville eût pu sans doute accroître celte liste des prétendus écrits sacrés qu'il soutient s'être perdus anciennement, appuyer même son hypoihèse sur le témoignage de quelques écrivains anciens et modernes. Eiïeciivcment, sa réponse à la difficulté que nous font les incrédules et les Juifs au sujet du passage en question de S. Matthieu , n'est point neuve. Mais quel devrait ê:re le résultat de tant de suffrages , le nombre en fût-il encore infiniment plus grand ? Tout système qui va même indirectement contre l'intégrité du corps des Ecritures, qui ne nous en laisse qu'un Canon imparfait et mutilé, en sera l-il moins insoutenable?
Il y aurait de la témérité , c'est même une erreur , de nier que la tradition nous ait développé et enseigné des vérités importantes. C'est par la même voie que sous l'économie mosaïque , ainsi que sous l'Evangile, on a expliqué quantité de passages obscurs de i'Ecriture. De tout temps il y a eu dans l'Eglise un enseignement de vive voix, soit avant, soit après la venue du Messie; et cet enseignement subsistera jusqu'à la consommation des siècles. Toutes les instructions, toutes les paroles, toutes les actions des patriarches et des prophètes, tout ce que Jésus-Christ et les apôtres ont dit, fait et enseigné, ne se trouvent point écrits. Néanmoins, le plan de la Provid< nce a toujours été tel, qu'aucun écrit dicté par la Divinité ellemême, essentiel au soutien de la foi et de la morale , enfin reconnu comme divinement inspiré par l'autorité ecclésiastique, n'a été ni confondu dans le laps du temps, ni égaré par la malice des hommes.
Tout le corps de l'Ancien Testament ne devait être et n';» été qu'une prophétie pour le Nouveau : c'est une vérité capitale, un dogme essentiel au christianisme, une doctrine consacrée par la tradition. II ne s'est donc rien perdu de ce que l'Esprit saint a daigné nous révéler anciennement et fait consigner par écrit en vue de ce grand et magnifique objet.
Ne reproduisons pas de preuves déjà établies dans nos Considérations, touchant le zèle et la fidélité des anciens Juifs à conserver avec soin leurs divines Ecritures, surtout los oracles relatifs au Messie. Il nous suffira de jeter un simple coup d'œil sur la nature de ces différents écrits cités dans le Vieux Testament. Ces livres intéressaient-ils essentiellement la religion, ou n'étaient-ils que des mémoires liés avec l'histoire civile et politique du peuple hébreu?
Un «cul principe devrait nous servir de règle sûre pour icsoudrc celte question : c'est qu'il est tres-dou-
rnoiiïiEs eu
leux (I) que la Divinité ait dicté elle-même ces différents livres que citent nos Ecritures sacrées de l'Ancien Testament. Il ne parait pas aussi qu'ils fussent tous autant de livres particuliers.
Vous pourrez, je l'avoue, m'opposer une foule de commentateurs qui ont regardé ces écrits comme inspirés de l'Esprit saint. Qu'importe? Ce n'est point tant le nombre des interprètes qu'il faut ici apprécier que les raisons sur lesquelles ils se fondent poui donner à ces livres un titre aussi respectable. Nos Ecritures, dit-on, n'auraient jamais renvoyé à de pareils écrits, si les Juifs ne les eussent crus émanés de la Divinité. Nous voyons cependant que S. Paul se sert, par exemple, du témoignage d'Aratus, poète grec, pour confirmer une vérité primitive. Dirons nous donc qu'Aralus fut un poète divinement inspiré? Les auteurs de ces livres sont, à la vérité, quelquefois allégués avec le titre de prophètes, et même de prophètes insignes. Que doit-on en inférer, sinon que chez les anciens Juifs il y avait d'illustres prophètes qui se chargeaient de mettre par écrit ce qui se passait de plus intéressant dans la république? Ces différents mémoires composés par des écrivains d'une aussi grande autorité, étaient encore bien plus dignes de foi. Les auteurs sacrés y rappellent comme à des actes authentiques dans lesquels on pouvait apprendre la vérité des faits qu'ils racontent eux-mêmes, animés de l'Esprit divin. Par là l'histoire sainte se trouvait soutenue de tout ce qui était le plus propre à en constater la certitude et l'authenticité. A l'autorité des écrivains sacrés se joignait l'autorité publique des annales du temps. Quelle preuve plus forte peut-on donner de la vérité d'une histoire?
Tous les discours d'un prophète, tous ses écrits n'étaient point inspirés du ciel : c'est une observation que nous fournit S. Augustin (2) au sujet de la matière qui nous occupe présentement. La raison en est que ces prophètes pouvaient écrire tantôt comme des hommes particuliers, avec une fidélité historique,
(1) Voyez les Remarques du P. Etienne Souciet sur te IIP lome de la Critique des auteurs ecclésiastiques et des Prolégomènes de la Bible publiés par M. Du Pin, avec les Eclaircissements par feu M. Richard Simon, pag. 592, suiv. et 59C; Alfonsi Salmeronis Commenlaria in evangelic. hisloriam et in Acta apostolor., edit. colon. Agrippinœ, 1602, prolegomen. 9, canon, ht, pag. 93.
(2) i In historia regum Juda et regum Israël qua; res gestas continet, de quibus eidem Scriptural canonica: credimus, commemoranlur plurima qu;e ibi non explicantur, et in libris aliis inveniri dicunlur quos prophète scripserunl et alicuhi eorum quoque prophetarum nomina non tacentur; nec lamen inveniun ■ tur in canonc queni recepil populus Dei. Cujus rei, fateor, causa me lalet; ni»i quod existimo, eiiain ipsos quibus ea qua? in auçtoritale religionis esse doberent, sanctus utique Spii itus revelabat, alia sicut homines historica diligenlia, alia sicut prophelas inspiralione divina sciibere potuisse. Atque ha-c ila fuisse distincte, ut illa tanquam istis, ista vero lanquam Dco per ipsos loqncnli, jndicarenlur tribuenda ; ac si illa périmèrent ad uberlalem cognilionis, hœc ad religionis aucioritalem : in qua auclorilale cusloditur canon, etc. > Augustinus, DeCivitale Dei, lib. XVIII, cap. 08, oper. ton). VII, col. 521.
DE LA RÊV
tantôt en qualité de prophètes qui suivaient l'inspiration de l'Esprit de Dieu. Le S. docteur ajoute qu'on a dû faire une distinction entre ces deux sortes de livres : les uns sont leurs propres ouvrages, et peuvent servir à donner une plus grande connaissance des faits; les autres au contraire viennent de Dieu seul, qui parle par eux. Aussi sont-ils écrits pour établir la religion ; mais quant à l'autorité, il faut s'en tenir au canon des Ecritures.
Observons toujours comme un point essentiel, que les livres saints ne renvoient jamais à ces mémoires , à ces histoires, lorsqu'il s'agit d'une instruction ou de quelque prophétie , et surtout des oracles relatifs au Messie. Ce n'est que pour confirmer la vérité d'un fait, d'un événement remarquable, que l'autorité publique avait déjà fait consigner dans les annales de la nation. Gela prouve que les anciens Juifs ne négligeaient point de rédiger par écrit ce qui arrivait de mémorable dans l'état. De quelque poids cependant que fussent ces annales de la nation, qui sont perdues depuis longtemps , il s'en faut bien que les anciens Juifs les regardassent du même œil que les livres divins qu'ils mettaient dans leur Canon.
Quand même il serait vrai que l'origine de ces sortes de livres ou de mémoires aurait été toute divine, l'on ne prouvera jamais que cela soit indubitable. La tradition n'est ni claire, ni constante là-dessus. Origène (i) et S. Augustin (2) tiennent à ce sujet un langige qui ne parait pas trop s'accorder avec le sentiment contraire. Enfin l'Eglise n'a pas décidé cette question et ne la décidera jamais , selon la remarque d'un habile critique (5).
Ne nous arrêtons point tant sur ces anciens livres cités dans nos Ecritures : quelque multipliés qu'ils fussent , leur perte est absolument indépendante des vérités dogmatiques et morales. Nous pouvons même dire avec assurance que ce qu'ils renfermaient de plus essentiel relativement à l'histoire du peuple hébreu, la Providence nous l'a fait parvenir en entier dans les monuments que nous avons de la révélation. Si ces livres eussent fait partie des Ecritures divines et canoniques; s'ils eussent réellement intéressé la foi et la religion , l'église judaïque, toujours assistée de la Divinité, eût-elle manqué de nous conserver un dépôt aussi sacré, qui lui était confié, et qu'elle nous devait transmettre (4) ? Les promesses du Messie et les ora-
(l) Prologus in Canlicum caniicorum . interprète Ruflino, operum tom. 111, edit. Paris. 1740, pag. 36.
(%) Loc. cit. supra.
(5j Le père Souciet, Remarques sur la. critique de M. Simon, loc. cit., pag. 595.
(4) < Si canonici ejusmodi libri exstitissent, Ecclesia non missel deposhi sibi tradili a Deo fidelis custos juxia illud ad Timolheum (1 cap. VI): 0 Timolhee, deposilum custodi. Cumque liber canonicus nihil sit, quam certa régula credendi et vitam legi Dei conformera inslîiuèndi, facere jacturam unius libri canonici nihil ahucl esset quam regulam vivendi juxta Dei pra> ceptum amittere. Quemadmodum gravissimum esset incommodum, si Ecdesia vel unius tantuui sacrainenti ex septem rrao initiaiur et sanctiiicalur, jacturam faccret. i Al fous. Salmcro, loc. cit. Confer. thom. S. S. XXVII.
ÊLATION. Gif.
clés qui y étaient attaches , l'ancien Israël les considéra d'un œil trop jaloux pour le croire capable de les avoir laissé égarer.
La perle de ces prétendus écrits sacrés n'est donc point telle que l'a dit le savant abbé Houtleville après quelques auteurs (1). Mais ne négligeons pas les difficultés qu'il a opposées louchant le recueil des grands et des petits prophètes. Nous avons promis d'y répondre : nous allons le faire le plus succinctement qu'il nous sera possible.
A quelque dérangement près dans l'ordre chronologique des chapitres des livres prophétiques, mais auquel de savants commentateurs ont remédié, l'on ne peut proposer que des doutes très-frivoles sur l'intégrité du corps des grands et des petits prophètes. 11 est vrai qu'Isaïe avait laissé des mémoires (2) sur la vie d'Ozias. Je pourrais répondre qu'il n'est pas bien certain que cette histoire soit absolument perdue (5). J'accorderai néanmoins que les malheurs des temps nous l'ont ravie, parce que, me direz-vous, on ne la trouve ni parmi les oracles de ce prophète, ni dans aucun livre de l'Ecriture. Mais qu'eut de commun avec le Canon sacré de nos Ecritures tin livre qui ne fut que l'ouvrage d'un particulier? Tout grand prophète qu'était Isaïe , n'avait-il pas pu décrire le récit des actions de ce prince de Juda , en qualité de simple historien? Je me fixe à cette réponse.
Vous ne vous apercevez peut-être pas que votre hypothèse vous jette dans le système de M. Simon, lorsque vous considérez encore la prophétie d'Ezéchiel comme un fragment d'un ouvrage beaucoup plus étendu. Vous ne deviez pas cependant ignorer ce qu'on a cent fois répondu à ce fameux critique dont vous transcrivez ici les objections (4). Aussi votre preuve n'offre-t-elle que de la faiblesse. Ni par le tour, ni par la date du premier chapitre du même prophète, vous ne produirez jamais de preuve, je ne dis pas convaincante, mais tant soit peu plausible, qu'il nous reste de simples débris de tous ses oracles.
Slapletonus, auctoritatis ecclesiasticœ Defensio conlra Whittakerum , lib. II, cap. 1, o[cr. tom. !, edit. Lutel. Paris. 46:0, pag. 955.
(1) Le père Morin a mal exposé le sentiment des anciens et des modernes, quand il a soutenu que c'était une doctrine commune à presque tous les auteurs soit catholiques, soit juifs, soit hérétiques, qu'il s'était perdu des livres du Canon des Ecriiurcs (Kxercilt. biblic, lib. I, exercit. 6, cap. 9, pag. 158). Parmi les écrivains auxquels il attribue cette opinion, il cite entre autres Origène et S. Augustin, qui n'ont jamais dit que ces livres perdus eussent été dans le Canon des Juifs. Je ne connais même aucun protestant qui ail défendu celle hypothèse, si l'on en ex3eple Guil« laumeWhittaker, qui a avancé : Canonica qitœdam per~ iisse credo esse ncminem qui dubitei. Ejusd. Whillakeri, conlrovers. 4, guaest. 5, cap. 1, Oper. theoloqic. edit. Genev. 1C10 tom. I, pag. 520. Mais Whilaker s'est trompé, ei Slapléton le lui a montré dans ses Disputes de controverses. Voyez la note précédente.
(2) Il Paralipomen. XXVI, 22.
(3) Voyez J. Christoph. WoKius , Bibliolh. hebr. part. 2, subsect. 9, § 6, pag. 147.
(4) Voyez YHist. critique du Vieux Teslam. pai M. Rich. Simon, liv. I, ch. 3, pag. 24.
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Vous ne répétez même qu'une objection de Spi nosa (1). Sans recourir à beaucoup de volumes pour en chercher la solution , il est bien facile de la détruire en consultant uniquement la savante préface (2) que dom Calmet a mise à la tête de son commentaire sur ce prophète.
(1) In Trnclatn thcologico-politico, apud Calmet infra cil. Couler. Jo. Christ. Wolf., loc. cit. VI11, §4, pag. 156. Daniel Iluctius, Demonstralio evangclica, proposât. 4, cap. 14, de prophela Ezéchiel., §6, pag. 401.
(9.) On trouve encore cette préface parmi sej Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes de l'Ecriture sainte, tom. II, part. 1, édil. de Paris, in-4°, pag. 559, suiv.
Dom Calmet nous fait remarquer (ibid., p. 5G0) que Spinosa prétendait montrer par Ezéchiel même (pie ce que nous avons de ce prophète n'était qu'un reste fort imparfait d'un plus grand ouvrage. La preuve qu'en donnait Spinosa est qu'Ezcchiel commence son premier chapitre par ces mois : Ht dans la trentième année, ce qui insinue, selon lui, qu'il a précédé quelque chose, puisqu'il est contre l'usage ordinaire de commencer un livre par un Et. Le prophète marque encore à la tête de ce chapitre une certaine année , sans dire à quoi elle se rapporte. De plus Spinosa objectait qu'au verset 5 l'Ecriture dit que le Seigneur avait souvent fait entendre sa parole (i Ezéchiel , fils de Ihizy.
Ces objections tombent d'elles-mêmes. I. La particule Et T n'est pas toujours conjonctive. 11 est aisé de le montrer par quantité d'exemples qu'on trouve dans l'Ecriture. (Voy. Christ. JNoldius, Concordanliœ particularum hebrœo-chaldaicarum, pag. 2b5 , seqq.) Elle est susceptible de divers sens qui sont très-bien au commencement d'un discours , eu égard surtout au génie hébreu ; et où elle ne sert souvent que d'ornement, bien loin qu'elle suppose quelque chose qui ait précédé. C'est comme si le prophète eût voulu dire que le Seigneur commença alors à lui faire entendre sa parole. Quoi de plus naturel? Plusieurs de nos écrits sacrés commencent encore par celle particule , tels que les livres de l'Exode, du Lévitique, des Nombres, iie Josué et des Jugés, les IV livres des Rois, ceux de Jouas, de Baruch, de Ruih, d'Esther, le Ier livre d'Esdras , le IIe livre des Paralipomèucs, et le Ier livre des Machabccs. Tous ces écrits ne seraient-ils donc que de simples fragments ? Quelle témérité !
II. Ezéchiel date ici sa prophétie en deux manières, la trentième et la cinquième, comme il est dit au vers. 2 du même chap. On explique la première date de la trentième année de la vie du prophète, qui était aussi la trentième depuis la rénovation solennelle de l'alliance avec le Seigneur, faite sous ïc règne de Josias. La seconde date a en vue la cinquième année depuis que le roi Jéchonias avait été transféré à Babylone. Ce transport était le second des Juifs ; le premier était arrivé sous le règne de Joakim, père de Jéchonias. Daniel avait éié du premier; Ezéchiel le fut du second, lorsque INabuchodonosor vint assiéger Jérusalem , et en emmena un grand nombre de captifs. Ce ne fut donc que cinq ans après sa captivité, la trentième année de son âge et du renouvellement de l'alliance, comme on a dit, qu'Ezéchiel reçut le don de prophétie. Ainsi ces diverses dates ne souffrent aucune difficulté. Par conséquent Spinosa raisonne faux , quand il dit que Dieu s'était souvent communique auparavant au prophète. 11 n'y a rien de semblable dans l'original hébreu : bapTriON ronn W m mn « Fuit auiem
verbum Domini ad Ezechielem. t Les mois D^DVD rtll multis vicibus , ou sœpe , sont de l'invention de Spinosa.
Les autres difficultés qu'on oppose ne sont pas moins frivoles. Si Josèphe ( Anliquitl. judaic. lib. X,
Quant au livre de Jérémie, il n'y a eu que trop d'écrivains assez hardis pour avoir douté (1) de l'intégrité des oracles de ce prophète, pour s'être même inscrits en faux contre leur authenticité (2) et leur divinité. Ces doutes ne sont pas cependant tels, ni ces difficultés si fortes , qu'on n'ait repoussé vigoureusement les léméraires efforts d'une critique audacieuse.
On ne peut dissimuler que la suite des chapitres des prophéties de Jérémie, ainsi que nous l'avons dans nos Bibles , ne paraisse peu conforme à l'ordre des temps. Origène (3) s'est plaint qu'il y régnait beaucoup de
cap. 0) a dit que ce prophète avait laissé deux livres sur la captivité de Babylone , c'est que l'historien juif distinguait les oracles d'Ezéchiel en deux parlies; puisque dans son Ier livre contre Apion, il convient lui-même que le prophète n'en avait composé qu'un, li est vi ai que dans les ouvrages de saint Clénieiit Romain, de Clémentd'Alexandrie, deTeriullien, de S. JeanClimaque, de Lucifer deCagliari et de S. Epipliane, on \oil cités sous le nom d'Ezéchiel plusieurs passages qu'on ne lit pas dans ses prophéties. Mais on peut répondre que ces passages se trouvent, quanlau sens, dans les écrits du prophète ; ou plutôt qu'ils oui é:é lires de quelque livre apocryphe. Voyez là -dessus Dom llemy Ceillier, ilist. générale des auteurs sacrés , tom. I, chap. 14, an. 5, pag. 294; Daniel lluet, ioe. cil. , de Proplielia Ezechielis , § 4, pag. 400; Jo. Franc. Buddeus, His. Eccles., period. li, secl. $' sistens caplivilatem Dabijlon. , loin. VI, § 15 , pag. 870, seq.; Jo. Alb. Fabricius, Codex Pseudepigraphus Vel. Testamenii, loin. I, pag. 1117 eiscqq.
(1) M le Clerc, qui s'eslérigé en critique sur ce que la religion a de plus sacré , a dit qu'il y a bien de l'apparence que la plupart des prophéties de Jérémie sont perdues. (V oyez ses Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur l'Histoire critique du Vieux Testament , composée par le P. Rien. Simon , édil. d'Amsterdam, 1 1/85, lettre VIII, pag. 169). M. leClerc n'en donne et n'en peut donner aucune preuve. Il a inséré dans ses Xe et XIIe lettres {ibid., p. 2-22 et suiv., 24G et suiv.) un très-méchant mémoire touchant l'inspiration des livres saints, qui est attribué à Noël Aubert de Versé (Voyez la Réponse de M. Simon aux mêmes Sentiments , chap. 12 , édit. de Botlerdam 1686 , pag. 122). L'auteur de cet écrit, dont M. Le Clerc parle avec beaucoup de complaisance , se déclare ouvertement contre le dogme de l'inspiration , et ruine par ces principes la canonicité et l'intégrité de nos divines Ecritures, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Outre quelques écrivains , tels que MM. Simon et le Vassor , qui ont réfuté ce mémoire, on ne doit point négliger ce qu'un savant anonyme y a opposé dans un ouvage que j'ai déjà cité, et qui a pour litre: La Religion naturelle et la révélée, établies sur les principes de la vraie philosophie et sur la divinité des Ecritures, etc., tom V, dissert. XX, sur l'Inspiration des livres sacrés , art. 2, pag. 245 et suiv.
M.Guillaume Vhiston a fait encore naître quelques doutes contre l'intégrité du livre de Jéiémie, de ceux mêmes d'Ezéchiel et de Daniel; mais ses difficultés sont si faibles, qu'il suffit de renvoyer à la Critique sacrée deCarpzovius (part. III, contra Spseudo-Critic. Whisloni, cap. 1, § 50 , pag. 849 , seq.). Ce savant a donné des réponses uès-solides aux objections du théologien anglais.
(2) Spinosa , loc. cit. , cap 10. Confer. Dan. lluelii Dcmonstrat. Evaugel., propos. IV , de Jeremid , § 6 , pag. 582, seqq.
(5) Epistola ad Julium Africanum, Opcr. tom. I , pag. 15.
confusion. S. Jérôme (1) Pa également observé ; et il est peu d'interprètes qui ifen conviennent. Mais ce dérangement, dont les véritables causes ne nous sont pas trop connues (2), nuit-il effectivement à l'intégrité du livre du prophète? Quoi ! Parce que des oracles qui sont comme autant de pièces détachées, souvent indépendantes les unes des aulres, auront été recueillis sans y garder l'ordre des temps auxquels ils appartiennent , faudra-il inférer que nous n'en avons que des fragments très-imparfaits? Ces transpositions înibarrassentles commentateurs, et causent de l'obscurité; mais au fond elles sont de très-peu d'importance, pourvu qu'il ne nous manque rien d'essentiel, et que nous ayons la vérité des choses. C'est une belle réflexion que fait Scaliger , en parlant de ces sortes de renversements d'ordre dans les livres sacrés et en particulier dans les livres de Jérémic (5).
Ce n'est point assez de former des doutes ; car quelle est la vérité la mieux établie que de licencieux auteurs n'aient lâché d'obscurcir? Tenons-nous-en plutôt à une critique modérée, qui pèse, qui examine les choses avec un sens rassis, qui ne prononce enfin qu'avec la plus grande retenue sur des matières intimement indépendantes des respectables monuments de la révélation.
Tout Jucla et Jérusalem auront pleuré Josias ; Jérémie surtout aura fait paraître sa douleur dans les vers lugubres qu'il composa à l'occasion de la perle d'un prince chéri de tout son peuple. Tous les chanteurs et les chanteuses les auront répétés tous les ans dans Israël.. Ce qui se sera observé comme une loi dans tout le pays (4). Nous dirons même avec quantité d'interprètes (5) , que ces cantiques composés à la mort du ru
(1) Prologus in Jeremiam pr op hetam , Oper. tom. III, col. 526, et seq.
(2) Voyez Daniel Iluet. , loc. cit., § 3 , pag. 578 ; 3. Christoph. Wolfius, Bibliolh. IJebr. part. I , subsecl. 10, pag. 149 et seq.; M. Simon, Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclésiast. et des Prolégomènes de la Bible, publiés par M. Dupin, tom. IV, liv. I, chap. 6, pag. 211 215.
(5) Horum rà uen-epa irpôre/sa minime nos movere debent, quia quo ordine quid referatur, modo conslct veritas, autnihilaut parum iniercst. Scaliger, Bienchus chronologie, apudeumd. Simon, loc. cit., p. 216.
(4) 11. Paralipomen. XXXV, 24, 25.
(5) Voyez dom Calmet, Préface sur les Lamentations deJérémie, Dissertatt. tom. II, part. 1, pag. 552 ; Confer. et ejusd. Commentai- . in easd.t pag. 598, seq.; Michael Wallherus, Officina biblica , edil. 2 Witteuberg. 1668, classe III, de Libris deperditïs, arcula 14, pag. 1191; Daniel Huet, loc. cit., pag. 588; M. Du Pin, Dissert, prélimin. sur la Bible , liv. I , ch. 8 , § 18 , pag. 111; M. Simon, loc. cil , liv. III, ch. 5, pag. 240, 241 ; Jo. Christ. Wolfius ; Bibliolh. hebr. part. Il , loc. cit., pag. 154 ; et alii.
11 y a beaucoup de commentateurs qui ont cru que les cantiques lugubres chantés à l'occasion de la mort de Josiassonl les mêmes qtieles Lamenialions|quc nous avons dans nos Bibles latines à la suite des prophéties de Jérémie. Dom Calmet (locis citalis) lait mention d'une foule d'écrivains anciens et modernes qui ont été de ce sentiment, parmi lesquels il met le paraphrasic chaldéen, Josèplie ( Antijiùtt. judaic \ib. X, cap. 6), etc. Saint Jérôme a é:é encore du môme avis (Comment, in eau. XII Zacharia:; Ejusd. Proœm.
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Josias se trouvent confondus dans la nuit des temps; quelle atteinte en recevra l'intégrité du Canon des Ecritures hébraïques ? Que l'on produise , une fois pour toutes, de bonnes preuves que ces lamentations sur un prince aussi pieux que l'était Josias , et que l'on soutient s'être égarées , avaient été considérées comme canoniques. C'est de ce point qu'il ne faut jamais se départir.
Servons nous toujours du même raisonnement , pour résoudre les difficultés qu'on oppose touchant la perle d'une partie des oracles des petits prophètes. Que Jouas , par exemple , ait prophétisé (1) dans Israël, c'est l'Ecriture qui nous l'atteste. Elle nous dit que ce saint homme inspiré de Dieu , et qui parait être un des plus anciens prophètes dont les écrits (2) nous ont été transmis, avait annoncé des conquêtes à Jéroboam (5), fils de Josias , roi d'Israël. On ne voit pas cependant que celle prédiction eût été consignée par écrit dans le corps des livres sacrés. Ce ne dut être qu'une prédiction faite simplement de vive voix , ainsi que tant d'autres desquelles il est parlé dans l'Ecriture. Il n'y a aucun argument qui puisse démontrer le contraire.
Je pourrais pousser plus loin cette preuve : elle est toute décisive en faveur du Canon de nos Ecritures hébraïques. Il me serait facile de l'appliquer également aux objections qu'on fait contre l'intégrité des oracles de Daniel, qui prophétisa à Dabylone dès le
in Lamentât. Jerem., Oper. tom. III, col. 1785, tom. V, col. 801 ). Voyez dom Rcmy Ceillicr, Hist. générale des auteurs sacrés , tcm. I, ch. 14, art. 5, pag. 282 et suiv.
Si ce dernier sentiment était bien vrai , nous n'aurions donc rien perdu de ces cantiques de Jérémic.
(1) Il est à croire qu'en qualité de prophète, Jona> se réunit avec ceux qui étaient honorés du même titre, pour inviter Israël par les plus pressants motifs à revenir à Dieu, et à détourner par une conversion sincère les malheurs dont il était menacé. L'Ecriture (IV Rois, XVII, 7-15) insiste fortement sur le constant mépris qui fut fait de leurs paroles, et qui attira enfin le renversement et la dispersion des dix tribus (Voyez le Commentaire sur les douze petits prophètes , attribué à M. Duguet, loin. III, édil. d'Avignon , ou plutôt de Paris, 1754, pag. 181). Mais ces instructions, ces menaces souvent accompagnées de quelques prédictions, n'ont pas toujours été écrites ; c'est quo l'Eglise judaïque ne lejugea pis nécessaire. Si la prédiction de Jouas en faveur de Jéroboam II fut mise par écrit, elle l'aura é:é peut-être dan> les mémoires que l'auteur sacré du IVe livre des Rois employa pour composer son histoire, comme l'observe dom Ceillicr (loc. cit. , art. 2, pag. 514).
(2) Spinosa, qui n'a rien oublié pour diminuer, pour anéantir même l'autorité des oracles , appuie beauboup sur la particule Et, qu'on trouve au commencement de la prophétie de Jonas. Il a prétendu en lirer un argument que nous n'avons pas tous les oracles de ce prophète. J'ai répondu à celte objection ,en parlant des écrits d'Ezéchiel. Voyez ci dessus, pag. 525 et suiv.; Francise. Ribera in libr. XII prophetarum Commentarii, edit. Brixiens. 1605, pag. 518.
(5) Ipsc restituit terminus Israël abinlroilu Emath, usque ad mare Soliludinis , juxta scrmonem.Domini Dei Israël , quem locutus est per servum suant Jonam.filium Amalhi, prophelam,quieraldc Geth,qua3 est in Opher. IY Reg. XIV, 25.
6aî DES TITRES
temps môme que Jéréinic prophétisait dans les terres de Juda, et Ezéchiel en Mésopotamie. Mais je me hâte de finir, parce que tout ce qui a rapport aux oracles de Daniel a éié savamment discuté par nos commentateurs, parles apologistes delà religion et par d'habiles philologues. L'opinion erronée de quelque particuliers est d'ailleurs abondamment réfutée par le consentement unanime de toute l'antiquité juive et chrétienne. En un mol, peu importe que ce qui nous était inutile ne nous ait point été conservé. Le Seigneur a pourvu à tout.
Quelque imparfait que l'on suppose même le Canon actuel de nos livres saints, dans le fond c'est assez qu'on y trouve les vérités que nous devons croire et les préceptes qu'il faut pratiquer. La divine Providence aurait remédié suffisamment à cette perle des livres cités dans l'Ecriture, en nous laissant d'autres écrits où nous avons tout l'essentiel de la religion.
Que l'incrédulité oc croie donc pas tirer le moindre avantage des hypothèses peu fondées de quelques critiques. Leurs assertions hardies sont entièrement étrangères à l'intégrité du corps de nos Ecritures.
Mais reprenons les citations des évangélisles cl des apôtres. Faille d'avoir su saisir la véritable manière dont ils ont cité l'Ancien Testament, on a regardé inconsidérément comme autant de preuves de corruption du texte hébreu tel qu'il est de nos jours , toutes ces citations qu'on lil dans le Nouveau, tantôt réunies (1) en plus ou moins de passages pris de dif-
(!) S. Paul, dans son Epîlrc aux Romains, chap. III, nous en offre un exemple bien sensible. Il y est dit , vers. 10 , il et 12: Sicul scriptum est : Quia non est jnslus quisquam. Non est inlelUcjcns, non est requirens Deum. Omnes decUnaverunt , simul inutiles facli sunt, non est qui facial bonum , non est usque ad nnum. Les six versets suivants de la même Ejiîirc se trouvent tout de suite dans le psaume "VIII de noire Vulgatc. En vain chercherait-on dans notre Psautier hébreu ou dans le reste de notre original, tous ces passages réunis ensemble. Un lecteur imbu de ce préjugé, que noire texte hébreu est fautif en mille endroits, croirait en trouver ici une preuve manifeste. Mais S. Jérôme, qui n'ignorait point l'usage que les apôtres faisaient de nos Ecritures , nous dit à celte occasion dans son commentaire sur ce psaume que saint Paul a tiré ce témoignage du Deutéronome , des Psaumes , des autres endroits de nos livres saints. Je trouve que les 10. 11 et 12 versets du chapitre de ce: te Epîlre sont pris du psaume VIII, liébr. XIV, v. 2, 5, et du psaume LU, liébr. LUI, vers. 4. S. Jérôme nous indique encore d'où l'Apôtre a tué ce qui suit : « Duo prirni versus, Scpulcrum païens est gultur eorum : Linguis suis doloseagebant : quinli psalmi (hebr.VI, \ers. 10) sunt. lllud autem quod sequilur : Vencnum a-pidum snb îabiis eorum : cenlesimi Iriceshni noni psalmi (liebr. CXL, v. 14") esi. Rursumque quod dicilur: Quorum os maledictione el amariludinc plénum est : de nono psalmo ( hebr. X, vers. 7) sumptum est. Très autem versiculi qui sequuntur: Veloces pedes eorum ad cfîundendum sanguinem : Conlritio et infelicitas in viis eorum : El viam pacis non cognoverunt : in Isaia propheta ( LÎX, 7 et 8. Yid. Provcrb. I, 16 ) reperi ; quos in decimo sexto explanalionis ejus libro , quem nunc diciarecupio , exposilurus sum. Ullimus autem versus, id est oeiavus : Non est timor Dei ante < culos eorum: in tricesimi quinti psalmi (hebr. XXXVI, 2) prim ijiio est. Ncc in hoc cuiquam videalur esse di-
PRIMITÏFS 652
férçnts endroits de l'Ancien , tantôt énoncées en de tout autres termes, mais qui expriment toui !e sens
versum ; si, quod in suis locis numéro dicitor singnlari , ab apostolo pluraliter dicatur, qui scribebat ad plurimos et in unum sensum multa eogebai exempla. Uieronym. prafal. in lib. XVI Commentar. lsai*, operum lom. Il/, col. 415.
Il y a beaucoup d'apparence que les 13, 14, 15, 16, 17 et 18 versets de cet endroit de saint Paul ont été insérés dans la version commune des Septante interprètes par des copistes ignorants : Qui arlem contéxendarum huer se Scripturarum aposloli nescientes , quœderunl aplum locum, ubi assumplum ab eo vouèrent tcstimonium, quod absque auctoritale in Scriptûra position non pulabanl. Uieronym., ibid. Ce qui prouve que ces versets n'ont jamais élé dans notre Psautier hébreu , tels que les représente l'Apôtre, c'est qu'on ne les trouve ni dans le chaldéen, ni dans le syriaque , ni même dans la plupart des exemplaires des Septante, soit manuscrits, soit imprimés. Aussi S. Jérôme nous fait-il remarquer au même endroit que tous les savants d'entre lès Crées qui ont commencé ce même psaume , n'ont fait aucune attention à ces versets, ou les ont notés d'une broche, pour indiquer qu'ils n'étaient ni dans l'hébreu ni dans les bonnes Copies de la version des Septante de la révision d'Origè;ie : Omnes Graciai tracialores , qui nobis eruditionis su:e in psalmos commentarios reliquerunt, veru annotant atque praitereunt, liquide conîîientes in hebraieo non haberi , nec esse in Sepluaginta interprétons (abOrigene recensilis), sed in edilione Vulgala que gra?ce x.our, dicitur, et in toio orbe diversa est. En effet les Hexaplcs d'Origène n'en faisaient pas mention , comme il est dit dans une note d'un seoliasle sur cet endroit du treizième psaume de l'édilon des Septante, publiée par ordre de Sixle V, pag. 425. Les éditions du manuscrit alexandrin omettent ces mêmes versets. 11 est encore à observer que dans une autre note du Ms. du Vatican, à la marge duquel se irouvenl ces versets et d'où ils auront passé dans quelques éditions, il est dit : Nusquam exstant in psalmis : undenam vero aposlolus excerpserit eos , quarendum est.
On voit par là de quels endroits de l'Ecriture les apôtres ont pris ces versets en question. Il y a neutres exemples de plusieurs passages lires de l'Ancien Testament, réunis ensemble dans le Nouveau. Comparez ce que dit S. Paul aux Romains, IX, 53 , avec Isaïe , VIII , 14 ; XXVIII , 16 : le même W, , 20, 27 ; avec Isaïe, LIX, 20 et XXVII , 9, ou IV, 4; ou avec Jérémie , XXXI, 34 ; aux Corinthiens, XV, 54, 55; avec Isi-ïe, XXV, 8; et avec Osée, XIII, 14. La première Epîlre de S. Pierre, II, 7 , avec le paume CXVII, liébr. CXV1II, 22 ; et avec Isaïe, YUI, 14 ; L' Epîlre aux Hébreux, iX, 19, 20; avec Exode, XXIV, 6, 7, 8; et avecNomhr., XIX, 6, 9; Matthieu, XXVII, 9 ; avec Zacharje, XI, 12, 13; et Jérémie, XXXII, 7, suiv., etc.
Quelquefois ces passages sont allégués avec un changement. Voyez l'Apôtre aux Hébreux, XI, 21 , comparé avec Genèse, XL VII, 51 ; le même aux Ephés., IV, 8, avec le psaume LXVU, liébr., LXVIII, 19 ; aux Romains, IX, 29, avec lsaïe, I, 9 ; aux Rom., IX , 27 , avec Isaïe, X, 22; aux Rom., IX, 53, avec lsaïe, XXVIII, 16, et la Ire Epîlre de S. Pierre, chap. H, 6; Actes, Vil, 54 : Tranferam vos trans liabylonem : et dans Ainos , V , 27 : Migrare vos facium trans Damascum. L'un et l'autre avaient eu leur accomplissement. Les Juifs ne fuient pas seulement transportés en Syrie dont Damas était la capitale, mais on les vit au delà des terres de Rabylone, dans la Perse et dans un lieu nommé Chaspia. Voyez le premier livre d'Esdras, chap. Vill, vers. 17.
Il est dit dans Michée, V, 1 : Et tu, Bethlehem, Ephrala, etc. , Mallh. H, 6 : Et tu, Bethlehem, terré Juda, etc. L'évangélisie se sert du nom de Juda au
de l'original hébreu. Sous quelque aspect qu'on considère ces différentes expressions qu'emploient les
lieu de celui d'Ephrala, parce que , de son temps, Bethléhem était plus connue sous ce nom. Peut-cire encore que celui d'Ephrala n'était plus alors en usage, ou qu'il était moins connu au peuple? D'ailleurs, comme Belhléhem.donl parle le prophète, se trouvait dans la tribu de Juda, on voit que S. Matthieu dislingue ici cette ville d'une autre ainsi nommée, située dans la tribu de Zabnlon.
Le prophète continue : Parvula es in millibus Juda, etc. Ce qui paraît d'abord opposé à ce qu'en dit S. Matthieu : Nequaquam miiùma es in prindpihus Juda. Celte difficulté disparaît aisément eu sous entendant la particule mm, an, mmquid, ne, dans ce passage de Michée ; savoir, An parvula es, parvula ne es, etc.? La phrase hébraïque est môme susceptible de celte particule : rvnnb TSï ntvw anb-na nnw
rnvn ^b>u
Edouard Pocock trouve une autre solution, en disant que le mot de "WX ne signifie pas seulement parva ou parvula; mais qu'un peut encore fort bien le rendre par celui de magna. Yoy. ses ISotce in portam Mosis, cap. % pug. \k,seqq., cl son Comment, sur cet endroit du prophète Michée. Ce verset offre une
autre différence occasionnée par le mot hébreu tpN dont le sens varie suivant la ponctuation ; car ''sba, construit, signifie milliay comme ont lu les LXX ,
l'Apôtre a lu avec un Schoureq, >3Y?N qui veut dire principes, dures.
Le changement des mots n'est quelquefois qu'accidentel, comme psaume XXXI, llébr. , XXXII, 1. PNian TO3 yWïTWl fWK Beatus , cujus dimillitur prœvarkatio, cujus tegilur peccatum. L'apôtre ( :;iix Romains, IV, 7 ) dit après les LXX : Bcati quorum renussœ sunt iniquitales, et quorum lecta sunt peccata ; en employant simplement un pluriel pour un singulier: cnallage assez fréquent dans l'Ecriture. Comparez Deulcron., VI, 10, avec Malin., IV, 7; ls. ïe, LU, 7, avec l'Epîlre aux Rom., X, 15, etc.
Tantôt ce changement ne consiste que dans Pénallage de personnes, de modes et de temps, comme on le voit dans Isaïe, VI, 9, 10, comparé avec M iltl»., XIII, 14, 15; S. Jean, XII, 40; An., XXVlli, 20 , 27, etc. Tantôt les écrivains du Nouveau Testament ne s'attachent qu'à ce qu'il y a d'essentiel dans le texte.
Il est dit encore, Deuîéronomc, XXIV, 1 : Si acceoerit homo uxorem , et habueril eatn , et non inveneril jraliam ante oculos ejus , propter aliqnam fœditatem ; scribet libellum repudii, ei dabit in manu illius, et dimillet eam de domo sua. S. Matthieu , Y, 51 , dit tout cela en moins de paroles, mais il en dit assez pour l'objet qu'il se propose : Diclum est autem : Quicuuque ilimiserU uxorem suam , del ei libellum repudii. Comparez encore Deutéronomc, XXV, 5, avec Malih., XXII, 21; haïe, IX, 1, avec Matthieu, IV, 15; Isaïe, XLI1, 4, avec Matih., XII, 21, etc.
Les apôtres, pour ôlre plus concis et se faire mieux comprendre, citent d'ordinaire le commencement et la fin d'un passage de l'Ancien Testament, et en omettant les paroles qu'on lil au milieu du contexte, Isaïe, XXVU1,11, 12. In loquela enim labii, ellingua altéra loquetur ad populum. Cui dixit : Refaite lassum, et hoc est meum refrigerium : el noluerïtnt audire. Voici comment l'Apôtre fait allusion à ce texte, I Corinili., XSV, 21 : In lege scriplum est : Quoniam in aliis linguis et labiis loquar populo huic, el nec sic cxaudienl me, dicil Dominus. Comparez aussi Isaïe, XL, 6, 7, 8, avec la première Epître de S. Pierre, I, 24. 25 ; Zachar., IX, avec Matin., XXI, 5, etc.
Les mots sont quelquefois transposés dans les citations du Nouveau Testament, sans ce. altérer le sens.
VÉLATION. 054
évangélistes et les apôtres , en sont-elles moins la parole de Dieu? Le même esprit de vérité qui inspirait les auteurs sacrés du Vieux Testament conduisait la plume de ceux du Nouveau dans ces mêmes endroits qui font allusion aux passages de notre texte hébreu, quoique exprimés avec quelque changement.
Le grand objet de la mission des apôtres était de faire sentir aux Juifs et aux Gentils la vérité el l'excellence de la religion chrétienne, en montrant que cette religion sainte se trouve appuyée sur deux té* moignages qui portent indubitablement l'empreints la plus marquée de la Divinité.
Le premier de ces témoignages est celui que les apôtres rendirent publiquement à Jésus - Christ de l'innocence de ses mœurs, de la sainteté de sa doctrine et de ses œuvres toutes miraculeuses. Ils l'attestèrent eux-mêmes par des miracles el le scel lèrent par leur propre sang.
Outre ce témoignage qui est si propre à faire la plus forte impression sur l'esprit des hommes, parce que tout prodige manifeste évidemment la puissance de celui qui l'opère et que nous sommes naturellement portés à écouler, à croire, à suivre ceux à qui la nature est soumise, il en est un autre fondé sur l'an torité des oracles des divines Ecritures. A l'exemple de notre Sauveur qui y renvoyait si souvent les Juifs, pour les convaincre de la divinité de sa mission, nous voyons que les apôtres s'arrêtent beaucoup à la même preuve. En effet, l'accomplissement des prophéties dans la personne de Jésus Christ formait un lémoi-
lsaïc, LXIV , 4 : A sccnlo non audicrunl, neqne auribus p.rceperunl : oculus non vidii , Deus , absque le, qim prœpurasli expectantibus le. Ce que l'Apôtre ( l Curinlli., 11,9 ) a rendu en transposant les. mois A'vuie et de vision, cl en faisant même une addiûon : Quod oculus non vidit, nec auris audivil, nec in cor ho mi ni s ascendit , quœ prœparavit Deus us qui dUigunt illum. Voyez le lil* livre des Unis , XIX, \if conféré avec PEpitre aux Nom., XI, 5, etc.
Genèse, II, 21 : "Htt Tw'ab T>m M crunl in came una. S. Mat th., XIX, 5, dit: El erunl duo in carne una, pour éclaircir davantage son sujet, ainsi que font fait les LXX interprèles, qui portent en cet endroit : Koe! Sffsvrat ci ôûo ziç ffâpxa //iV.v. El crunt duo in carnem unam, ou una caro. La Yulgato porte également : lu erunl duo in carne una. D'où il paraît que S. Jérôme a retenu le moi de duo de l'ancienne version italique. Voy. encore Marc, X, 7, 8; ICorinlii., VI, l(î ; Ephés., V, 51. La version syriaquea employé aussi le mot de JVfHn qu'il a pu emprunter du Nouveau Testament ou des LXX. Mais ne concluez pas de là que noire texte soit ici corrompu ou fautif, ctqu'il faille y ajoele mot de DOT, Le môme sens subsiste de pat et d'autre. L'hébreu est une langue trè;-concisc et ne dit rien de superflu. Toutes ces versions, ainsi qui! l'arabe, se sont servies du mot en question pour une plus grande clarté. Le Pentateuque samaritain porte encore : TT1N TCl OHOTO n\"fl El erit ex ambobtu illis caro una. Si nous devons corriger ici notre hébreu, il nous faudra réformer un texte primitif f[u\ , bien con idéré, supplée abondamment à ce que les autres versions ont exprimé. La paraphrase chaldalque d'Onkelos a traduit : Tl N")D.ub ÏVW ce qui est conforme à l'hébreu.
gnage des plus authentiques et même d'une force invincible, éiant encore soutenu du pouvoir miraculeux. Que fallait-il de plus pour démontrer que Jésus réunissait en lui tous les caractères assignés au Messie par les prophètes ; que par conséquent il était véritablement le Christ, le vrai libérateur envoyé pour lesalut de tout le monde?
Pour remplir celle importante mission, il n'était pas cependant nécessaire que les apôtres employassent toujours les mêmes paroles, les mêmes phrases, telles qu'on les lisait précisément dans les oracles des prophèles et dans les autres endroits du Vieux Testament. Souvent on ne leur voit citer les Ecritures que dans un sens littéral et immédiat (i), qui ne peut propre-
Com parez encore S. Matthieu, IY, 10, avec Deuiéronoine, VI, 13, etc.
Ces divers exemples que je viens de produire dans cette note nous feront juger de quel usage peuvent être, par rapport à l'intégrité du texte original, les citations que les évangéiistes et les apôtres ont tirées de l'Ancien Testament. On pourra consulter sur ce sujet Joan. Drusius, Parallela sacra çriiicorum siurorum, toro.Vl!! ; Franciseus Junitis, Parallelorum sacrorum lib. lil ; Guillclmus Surenhusius , 15D îTOOT, slve Btê><j; xaraUayvfc (L/6er concilia lionttm), in quo secundum veterum theologorum hebrœorum formulas alleganrfi et modùsintèrpretandi, concilianlur loca ex Veteri in Novo Teslamento allcgata, Amsielodam. 1713 ; Francise. Taylor et Arnold Bootius, Examen prœfationis Morini in Biblia grœca, Amslelod., 1656; D. Pelr. Guarinus, ord, S. liened., Grammaiica lu'br. cluddaica, loin. II, lil). H, cap. 3, art. 8, pag. 295, seqq. ; Eduard. Pocokius, JSolœ miscdlaneœ m portant Mosis, cap. 1-4, vid. supra; Jo. Goliiob Carpzovius, Crit.sacr. part. I, cap. 3, § 10, pag. 122, seqq. ; pari. II, cap. 2, § 7, pag. 5'26, seqq ; part. IU, cap. 2, pag. 851, Seqq. ; FredcricusSpanhcmius, Dubia Evangelica, passif», et alii apud Jo. AU). Fabricinm in delectu argumentonim... de Veril. religionis christ., cap. 28, pag 521, seqq.
(1) Comparez Isaïe, Vil, 14, avec Matthieu, I, 23; Deuicronorne, XVIII , 15, avec Acies , III, 22; Psaume il, 7, avec Actes, XIII, 33, et aux Hébreu!, ï, 5, V, 5; Psaume XXI, héb., XXII, 2, avec Mail!:., XXVII, 46, et Mare, XV, 54 ; le môme Psaume, xers, 49. avec Matin., XXVII, 35, et Jean, XIX, 24; Ps. XXXIX. hébr.XL, 7, 9, avec l'Epîire aux Hébreux, X, 5, suiv. ; Psaume XLIV, hébr. XLV, 7, 8, avec la même Epître, 1,8,0; Psaume LXVI1, hébr. LXViH, 49, avec FEpître aux Ephé^iens, IV, 8; Psaume LXVI1I, bébr. LX1X, 10, 22, avec Mattii. XXYIS, 48, Jean, II, 47, XIX, 28, et aux Romains, XV, 3; Psaume CI, hébr. Cil, 26, avec aux Hébreux, I, 10 ; Psaume CIX, hébr. CX, 4, avec Matin., XXII, 43, 44, 45, Luc, XX, 42, 43, 44, Actes, II, 34, 55, aux Corinthiens, XV, 25, aux Hébreux I, 13; le même Psaume, 4, avec la même Epîire aux Hébreux, V, b\ VII, 17 ; Psaume CXVII, hébr. CXVIII, 22, avec Mallh., XXi,42, Marc, XII, 10, Actes, IV, 11, et avec la l'e Epître de S. Pierre, 11, 7 ; Isaïe, XI, 10, avec l'Epilre aux Romains, XV, 12 ; Isaïe, XXV11I, 46, avec la I,e Epître de S. Pierre, II, 6; Isae, XL1I, i et suiv., avec Malin., XII, 48 et suiv. ; Isaïe, XLV, 23 avec l'Epîireaux Romains, XIV, 11 ; Isaïe, LX1, i , a . ec Luc, IV, 1 8, 2 1 ; Amos, IX, i 1 , avec Actes, XY, 16, 17 ; Micbée, V, 2, avec Ma'.lh., Il, 6 ; Zacharie, IX, 9, avec Malin., XXI, 5, Jean, XII, 14, 15; Zacharie, XI, 12, avec Malin., XXVII, 9; et dans le même prophète, XII, 10, avec Jean, X!X, 37 ; le même prophète, X! II. 7, avec Mallh., XXVI, 51; MalacUic, 111, 1, avec Mallh., XI, 10; Marc, I, 2, etc.
ment regarder que le Messie el son Eglise. D'autres fois ils allèguent simplement les divines Ecritures dans un sens spirituel, ou ils ne s'en servent, comme l'expriment les théologiens, que par voie d'allégorie, d'analogie ou de comparaison, de figure (1) ou de type,
(1) Il est dît au sujet de l'agneau pascal, dans l'Exode, XI!, 46 : Nec os illius con/Wnpc/w, passage qu'on entend, dans un sens typique, du Christ, qui devait souffrir et être crucifié, comme l'explique S. Jean, X5X, 56. Ce dernier sens n'est pas moins vrai que le premier qui lui scrl de voile; il le suppose toujours, parce qu'il est fondé sur la lettre du texte.
Vous trouverez d'autres exemples dans Nombres, XXI, 8, 9, comparés avec Jean, III, 14, 15; Jouas, II, 1, 40, avec Matih., XII, 59; Genc e, II, 23. 24, avec l'Epîtreaux Epliésiens, V, 31, 32; O-ée, XI, 1, avec Mallh., Il, 15, etc. Il y a pourtant des interprètes qui prétendent que S. Matthieu allègue ici ce témoignage d'Osée dans un sens immédiat.
Reconnaissons donc qu'il y a des prophéties alléguées parles apôtres dans un sens purement typique. S. Matthieu (II, 18) applique, par exemple, au mas. sacre qu'HéroJe fit l'aire des Innocents dans Bcthléhern et dans tous ses contins, ce passage de Jéremie : « On a entendu un grand bruit sur les hauteurs; on y a ouï des cris mêlés de plaintes et de soupirs, de Rachel qui pleure ses enfants et qui ne peut se consoler de leur perle. > Il est clair que ces paroles du prophète concernent d'abord un objet historique et littéral dans la captivité des dix tribus sous les Assyriens, ainsi que l'entendent plusieurs habiles interprètes. L'évangélisle l'ait néanmoins l'application de ce passage à un autre événement arrivé sous Ilérode; mais il ne la fait sans doute que par voie de type, d'allégorie ou de comparaison. C'est que l'on peut considérer sous divers regards une même histoire, une même prophétie, el que dans le passage en question de Jérémie et qui est d'ailleurs relatif à un lait qui s'était déjà passé, il semble que l'Esprit saint eût ménagé ex près les paroles du prophète, pour nous retracer dans le meurtre des Innocents, une peinture bien parlante du malheur arrivé longtemps auparavant aux dix tribus emmenées captives en Assyrie.
Reconnaissons encore qu'il y a quantité d'oracles qu'on doit nécessairement el uniquement expliquer de Jésus-Christ et de son Eglise dans un sens direct el littéral, ainsi que l'ont fait les évangéiistes el les apôtres; mais tous les oracles qu'ils citent ne sont poinl de celle nature, quoique la grande el principale lin des prophéties , le centre commun où la plupart se terminent, soil le Messie. Tenons un juste milieu; n'abandonnons point la voie tra<ée par nos pères, et de ce que certains oracles cités par les évangéiistes et les apôlresne peuvent souffrir qu'une application de type, d'allégorie ou d'analogie, n'inférons pas que les mêmes passages où ces oracles sont ainsi énoncés dans les écrits du Nouveau Testament, offrent des preuves manifestes de corruption do noire texte hébreu. C'est un écueil dans lequel on ne s'est que trop jeté, faule d'avoir eu des notions claires et précises touchant la manière dont les évangéiistes et les apôtres appliquent a la nouvelle alliance divers passages, soit des prophètes, soil des autres livres du Vieux Testament.
M.Whiston, duquel j'ai déjà eu occasion de parler, cl dont l'hypothèse sur Tétai actuel où se trouve notre original hébreu, nous fournira quelques considéra lioDS que nous réservons pour notre quatrième et dernier mémoire, a prétendu prouver qu'aucun des oracles ciiés par les évangéiistes et lesapôaes n'avait eu son accomplissement typique dans la personne de Jésus-Christ. Si M.Whiston trouve des citations qu'on ne peut expliquer que dans un sens typique, on le voit tout de suite recourir à une mé.hude qui le lire
C37 DE LA RÉVÉLATION
el dans un sens moral ou tropologique, enfin dans un sens anngogique, qui est relaiif aux biens éternels.
aisément d'affaire, mais qui n'est pas moins fausse. C'est de dire que ces passages cités par les apôtres manquent aujourd'hui dans nos exemplaires hébreux, el que les Juifs ont eu la malice de nous en priver.
M.Whiston insiste plus d'une fois là-dessus dans un ouvrage qui a pour litre : The literal accomplissement of Scriptûre prophecies, etc., ou Accomplissement liitéral dcs+prophéiies de l'Ecriture, etc., avec un supplément où l'on prouve que l'histoire que nous avons kl d'Aristée, de la version du Penlaieuque par les LXX interprètes n'est pas supposée, etc., Londres, 17iii. Voyez la Bibliothèque anglaise, ou Histoire littéraire de la Grande-Bretagne, par Armand de la Chapelle, tom. XII, première partie, art. 3, pag. 62, suiv. Le savant journaliste a accompagné l'analyse qu'il nous a donnée de cet ouvrage de quelques réflexions qui (ont sentir les grands défauts de l'hypothèse de M.Whiston. On doit se rappeler que le livre de cet Anglais était pour servir de réponse à un autre ouvrage du fameux Collins, et qui est intitulé : A Discourse of the grounds etjeasons ofthe Christian religion, etc., m two paris , etc., ou Discours sur les fondements el les raisons de la religion chrétienne, divisé en deux parlies, dont la première contient quelques observations sur 'les passages du Vieux Testament qui sont cités dans le Nouveau et particulièrement sur les prophéties citées du premier et dites êire accomplies dans le dernier La seconde contient un examen du système avancé par M.Whiston dans son Essai pour rétablir le vrai texte du Vieux Testament et pour justifier les citations qui en sont faites dans le Nouveau, eic. 0 ivrage impie, réfuté par de savantes plumes et trop connu pour que je m'y arrête. Voyez la savante préface que M. Abraham Lemoine a mise à la tète de sa traduction française des Discours de M. Sherlock" intitulés : De l'usage et des fins de la prophétie dans les divers âges du monde , Paris, 1754, loin 1, pag. 2, suiv.
Si M. Collins y garda l'anonyme, ce ne fut que pour se divertir impunément aux dépens du public et de la religion. Au lieu de ne s'occuper que de la recherche de la vérité, cet auteur libertin ne pensa qu'à y répandre un pyrrhonisme dogmatique. 11 ne faut que lire son Apologie pour le droit de discussion el pour la liberté d'écrire, qu'il mil au commencement de son livre, pour s'apercevoir dans quel esprit il le composa. On trouvera encore un bon extrait du même ouvrage dans la première partie du XIe tome de la Bibliothèque anglaise, pag. 88, suiv. Consultez aussi le Nouveau Dictionnaire historique et critique, cic, par Jacques-Georges de Chaufcpié, tom, 11, art. Antoine Collins, pag. 120, suiv. Vous y trouverez des détails avec une notice raisonnée des écrits que ce livre a occasionnés.
Il faut avouer que M. Winston avait de tout autres vues que le fameux Collins. Il lut presque le premier qui se mil sur les rangs, pour défendre la religion contre les attaques de cet ennemi des monuments de la révélation judaïque et chrétienne. Mais cet Anglais, trop attaché à ses idées particulières sur l'accomplissement des prophéties et sur l'état de notre texte hébreu, donna trop de prise à son adversaire. M.Whiston ne voulait reconnaître qu'un sens littéral et immédiat dans toutes les prophéties du Vieux Testament que les apôtres appliquent à Jésus-Christ ( opinion qu'il soutint dans ses sermons pour la l'ondati. n de M. Boyle; voyez Défense de la religion , tant naturelle que révélée, etc., traduite de l'anglais de M. Gilbert Burnet, édit. delà Haye, 1740, tom. III, pag. 3iî, suivantes). C'était un système diamétralement opposé à celui de M. Collins, qui ne vovail dans tous ces augusies oracles qu'un sens purement allégorique ou de simple accommodation, n'ayant aucune relation
C'est ainsi qu'en faisant allusion aux passages de l'Ancien Testament, les écrivains du Nouveau montrent la parfaite harmonie qui règne entre l'un et l'autre. Mais dans toutes ces différentes manières de les appliquer aux événements qui concernent la nouvelle alliance, Jésus-Christ et les apôtres ont eu plutôt en vue le sens (1) de la phrase des auteurs sacrés que la lettre du texte. Ils ne s'en sont servis qu'autant que ces passages étaient analogues à l'objet principal de leurs instructions et étroitement liés aux dogmes qu'ils voulaient établir ou développer d'après les mêmes témoignages des saintes Ecritures.
Rien ne serait plus inconséquent que do conclure de celte manière d'alléguer les passages du Vieux Testament, que notre texte hébreu, où on les trouve avec quelque variété (2) , n'est point le même origi-
manifeste aux événements auxquels les apôtres les ont appliqués. Celui ci nous enlevait une des plus fortes preuves qui établissent la divinité de l'Evangile; l'autre donnait dans des extrêmes, pour avoir méconnu la nature de ces divins oracles. M. Whislou supposait continuellement que les livres hébreux de l'Ancien Testament avaient été corrompus, surtout dans les endroits qui ne sont susceptibles que d'un sens typique et mystique. Ce savant Anglais eût absolument renoncé à celle singulière idée, s'il n'cûl point manqué le véritable objet des citations que les apôtres font de l'Ancien Testament dans le Nouveau.
Je me dispense de dire un mot louchant le paradoxe du P. llardouin qui a supposé qu'avant même la venue du Sauveur il existait déjà une version latine de tout le Vieux Testament , et que ce n'est que suivant cette traduction que Jésus-Christ et les apôtres ont cité nos Ecritures, soit dans leurs discours, soit dans leurs écrits ( Joan. Harduinus e societale Jesu, Commentarium in Novum Testamenlum, Amslelodami, 1741; Annot. in Malth. V, 18, pag. 25, seq., in Acl. Apost. XIII, 46, pag. 578; in Epist. ad llebr. X, 5, pag. 665, et alibi).
Feu M. de Fitz James, évêque de Soissons, s'est éle\é fortement contre ce paradoxe, plus digne de mépris que d'une sérieuse réfutation. Voyez son beau Mandement contre le même père cl le père Berruyer, tom. I, part. I, eh. 2, art. 2, pag. 21, et art. 5, pag. 58, suiv.
(1) Voyez ci-dessus. Nous avons donné des explications à ce sujet.
(2) Il est dit, par exemple, dans les Actes des apôtres, que lorsque Jacob entra en Egypte avec sa lamille, ils étaient au nombre de soizanle el quinze personnes, comme portent les LXX interprètes. Ou ne trouve au contraire dans le texte hébreu que le nombre de soixante el dix. Sans recourir aux différentes solutions que les modernes ont données de cette difficulté (voyezentre autres la sainte Bible, avec un commentaire littéral, composé de notes choisies et tirées de divers auteurs anglais, par M. Chais, tom. 1, pag. 566, suiv. ) nous pouvons nous contenter de ce que S. Jéiôme en avait déjà dit dans ses questions hébraïques sur cet endroit de la Genèse, XLV1, 27 : < Non enim debuit sanctus Lucas, qui ipsius historiaî scriplor est, in génies Actuum volumen emitiens, con- Irarium aliquid scribere adversus eam Scrip'uram , quœ jam fuerat gentibus divulgata. Et utique majoris opiniouis illo duniaxat tempore LXX interprétum habebatur auctorilas, quam Lucie, qui ignotus et vilis , el non rnagme fidei in gentibus ducebatur. » llieronymus, loc. cit., oper. loin. II, part. I, col, 54-5, scq. Couler, idem in cap. II Flabacuc, oper. lorn. III, col, 1606. i Evangelistam Lucara tradunt veteres Ecclcsiie tmciaiores medicina: ai lis fuisse scicntissi-
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nal qui était communément rvçu du temps de Jésus- Christ et des apôtres ; ou du moins , que ce même texte était déjà corrompu dans le premier on le second siècle de l'Église, parce que les anciennes versions qu'on employait alors, présentent encore de nos jours quelques-unes de ces citations en de tout autres termes. Quiconque partirait de tels principes pour réformer notre original hébreu , ne pécherait il pas contre les règles d'une exacte criti tue , et ne nous donnerait-il pas, la plupart du temps, qu'un texte de sa façon ?
N'ayons enfin aucune difficulté d'avouer que les apôtres ont cité l'Écriture tantôt selon l'original hébreu (1), tantôt selon la leçon du texte grec des LXX. S. Jérôme lui-même nous en offre des preuves dans ses préfaces et dans ses commentaires sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ne disons pas toutefois avec le P. Marin (-2) , ni avec Isaac Vossius (5), que ce saint docteur a é:é le seul d'entre les Pères qui se soit déclaré en faveur de l'original hébreu ; et que tous les autres ont considéré la version des LXX comme le seul texte qui fût authentique. S. Jérôme a fait grand cas do notre original, parée qu'il en a senti tout le prix , et qu'en bon connaisseur, il a vu combien ce texte était en effet supérieur à la traduction des LXX. Mais il n'a pas refusé à cette version les ékgcs qui lui sont dus. On trouve même dans les premiers siècles de l'Église plusieurs Pères qui ont donné à l'original du Vieux Testament le haut rang qu'on ne peut lui disputer encore de nos jours parmi les versions grecque, latine et orientale, •juelle que soit leur grande antiquité, et de quelque autorité qu'elles soient dans l'Église. Nous pouvons bien nous dispenser d'accumuler ici une foule de témoignages des plus anciens Pères grecs et lalins, en faveur de ce même texte , après ce qu'en a produit Humfrcd Hody (i) dans un ouvrage digne
mum,et magis grxcas Iftteras scivisse quam hebrséas. Unde et sermo ejus la m in Evangelio, quam in Acli- Lus apostolorum , id est in ulroque volutnine , comptior est, et secularem redolel eloquenliam : magisque leslimoniis grœcis uiitur quam hebrans. > Idem in cap. VI Isaise, operum tom. Hf, col. 64. <r Hoc generalilcr observandum , quod uhicumque sancti nposloli, au! aposlolici viri loquanlur ad populum, his p 1er unique tcstimoiv.is abutantur, quee jam l'ucrant in gentibus divulgata. » Idem, Quœst. hebr. in Gènes., oper. tom. Il, part. 1, col. 544.
(1 ) Voyez Ilumfred Hody deBiblior. Textibus original. lib. 111, part. 1, cap. 2, pag. 243, seqq. ; Christianus Scholanus , de Anctoritate versionis sepluagintaviralis Francquerai 1665 ; Jo. Alb. Fabricius, Biblioth. grœc. lib. III, cap. 12, § 7, pag. 531 ; ejusd. Deleclus Argument, de Verit. relig. Christian., cap. 28, pag. 525.
(2) Exercilalioncs biblicœ, lib. 1, exercit. 3, cap. 4, § 1, et exercit. 4, cap. 4, pag. 81 , 89, edil. Paris. Î669.Confer. ejusd. prxfatio in LXX interpret. versionem a se éditant an. 1628.
(3) Disserlatio de LXX interpret. eommque translatione, Hagne comilum 1661, cap. 1, pag. 5, cl cap. 51), pag. 98,'scq. Idem, in tlesponsione ad Chrislianum Scotanum, etc.
(4) Loc. cil cap. 3 seqq. , cl part, I! , cap. 1 , seqq.
de l'attention des savants, et qui eût immortalisé son auteur, s'il y avait toujours gardé celte sage modération qu'on ne i eut trop allier avec l'esprit de parti.
Je ne dirai donc rien de tous ces grands hommes qui vécurent dans les beaux âges du christianisme, tels que S. Birnabé, S. Clément pape, S. Ignace, S. Justin, S. Irénée, Tertullicn, Thé-piiile d'Antioche, S. Cyprieri, Clément d'Alexandrie , Laclancef S. Iîippolyte , Jules-Africain, Eusèbe de Césarée , S. Épiphauc et autres. Tous ces illustres docteurs eurent beaucoup de vénération pour le grec des LXX. La plupart le considérèrent comme l'unique règle des disputes qu'ils eurent à soutenir contre les Juifs el les hérétiques de leur temps; mais ils reconnurent dans notre original hébreu un caractère d'autorité et de vérité, rien moins qu'inférieur à celui des versions mêmes dont ils eurent tant d'estime. Comment n'auraient-ils pas respecté ce texte , eux qui ne dédaignaient pas de censuPer les Juifs sur les difficultés de l'Écriture? « Quand Origène, Clément d'Alexandrie, Eu.èbe cl plusieurs autres, observe S. Jérôme, expliquent quelques passages de nos livres saints, pour donner un plus grand poids à ce qu'ils avancent , ils ont coutume de dire : Un Hébreu vie disait, ou J'ai app}is d'un Hébreu, ou Les Hébreux sont dans ce sentiment i (1).
J'ai observé plus haut (2) , qu'à mesure que la religion chrétienne se répandait dans les provinces occidentales de l'empire romain el dans une bonne partie de l'Orient, on communiquait les Ecritures aux peuples qui recevaient l'Evangile, et on traduisait les livres saints en leur langue, selon les besoins des Eglises. Les différentes versions qui parurent alors , et qu'on voit citées dans les ouvrages des Pères, auraient servi beaucoup à constater l'intégrité de notre original hébreu, si elles fussent parvenues tout entières jusqu'à nous. En rapprochant ces versions les unes des autres , en les conférant exactement avec le texte primitif, elles y cuisent répandu des traits lumineux.
11 est vrai que dans l'Église latine , on ne vit d'abord d'autre version que l'ancienne italique ou commune, tirée du texte grec des LXX, ainsi que je l'ai encore remarqué (5). La piupart des autres traductions qui furent faites en diverses langues au temps des apôtres, ou peu de siècles après, décèlent aus^-i une même origine que cette ancienne Vulgate. L'Église d'Orient était, pour ainsi dire, r.ée avec la version des LXX. L'usage assez commun du langage
(1) Ipse Oiigenes, el Clemens , et Eusebius, atque alii complures, quandode Scripluris aliqua disputant, et votant approbare (|uod dictint, sic soient scribere : Referebal mihi llebrneus; Audivi ab Ilcbrsco; Ilelmcorum ista est sententia. Idem, Apolog. advers. ll"(ftn.t lib. I, Oper. loin. IV, pari. Il, col. 565. C'est apparemment ce qui a fait dire au même père : Aposlolici viri Scripluris utuniur iwbraicis. Idem , loc. cit. col. 433.
(2) Voyez ci-dessus.
(5) Voyez ci-dessus.
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des Grecs dans tout l'empire romain, l'ignorance ou étaient les peuples de la langue des Hébreux ; tout dut concourir en quelque façon, à n'avoir recours qu'au texte de cette version grecque, pour en faire d'autres à l'usage des divers peuples convertis au christianisme. Mais il y avait dans ces premiers temps une version qui est d'une grande autorité , et qui peut beaucoup contribuer a venger notre texte hébreu de ces prétendues corruptions qu'on lui impute de nos jiurs.
On s'aperçoit que j'ai en vue la version syriaque, qui fut faite sur le texte original de nos Kcri • lures, et dont les Syriens (1) se sont servis de tout temps dans leurs eucologes. Cette version est une des plus anciennes qu'on ait eues dans les différentes langues orientales, depuis la naissance du christianisme (2). Son antiquité est la mieux attestée par les témoignages des Pères. Mais il n'est point nécessaire de la faire remonter aussi haut que le prétendent quelques savants (5) de Syrie , qui en datent l'origine du temps même deSalomon ; ni de dire avec
(1) Gregorius Bar-ÏIelmeus , sive Abulpharagius, Uistoria Compendiosa Dyaastiarum, etc. Arabice édita et latine versa ab Eduardo Pocockio, Oxoniae 1GG3. dynast. \i, pag. 64 ; Brian. Wallon . Pralegomen. in polyglotla, cap. 15, § 9, pag. 89. L'écrivain arabe, qui distingue les Syriens en Occidentaux et en Orientaux, dit que les premiers se servent indifféremment de la version que nous appelons simple, et d'une autre syriaque faite sur le grec des LXX. Mais, quoiqu'ils estiment beaucoup celle-ci , ils n'en font point usage dans le service public. Cela est cause que lesMss. de cette version sont extrêmement rares, en Europe. ( Voyez Eusèbe Rcnaudot, Perpétuité de la foi de L'Eglise catholique sur les sacrements, loin. V, liv. Vil, ch. 7, pag. 558). Les exemplaires qu'on possédait André Masius, et qu'il cite souvent dans ses écrits, étaient même incomplets. (Ejusd. Masii epist. nuncupatoria commentant in Josne, et prœfat. annotationum ineumd ; Prœfat. ejusd. in commenlarium Bar- Cephœ de paradiso a se latine conversant ; confer. le Long, Bibliotli. sacr. tom. I, cap. 2, sect. 5, pag. 93 et 96; Jo. Goltlob. Carpzov., Crit. sacr. part. II, cap. 5, § 2, pag. 639, seq.) — Il yen a toutefois dans la Bibliothèque du Vatican; celle du grand duc de Toscane en conserve un où il manque seulement le IV chapitre de Daniel (Clariss. Evod.Stepli. Assemaui, Bibliothecœ mediecœ Laurenlianœ Codd. Mss. catalogus, cod. 1, inter Palalinos, pag. 50).
(2) Eusebius Renaudni, loc. cit., pag. 537. Confer. le Long, loc. cit., pag. 95, seq; Bernard de Montfaucon, Prœlimhiarià in IlexaplaOrigenis, cap. 1,§8, pag. 19.
(3) De hac autem syriaca editione 1res fucie auclorum senlenlix : prima, quod ca lempore Salomonis etllirami regum prodiil; altéra, quodAlsa sacerdoscum ab Assyrio Samariam missusesset, eamdem hue translulit; tertia denique, quod diebus Adau (alias Thaddau) aposloli, et Abgari Edessnc régis elaborala est, quaudu et Testamenlum Novum eadem simpliei versione IraJuclum fuit. Gregorius Bar- llebraws , Horreum mysteriorum, sive commenlarius in Sertpturam. Confer. Josephi Simonii Assemaui Bibliolheca vrienlalis, clementina, vaticana, Romaï, 1721, tom, II, pag. 279 ; Gabrielis Sionita Prœfatio in P salierivm syriacum a se editum , Parisiis , 1625 ; Abrah. Echellensis Notœ ad cataloguai Ubrorum clwldœorum Hcbedjesu a se lalimtale donatûm. Romac, 1055, pa?. 238,scqq. ? §
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eux que ce prince la fit entreprendre à la prière d'iiiram,roi de Tyr, du moins pour ce qui concerne une bonne partie des livres du Vieux Testament. Sans nous arrêter à une date si reculée, qui n'a de fondement que dans l'illusion des Orientaux , ni sans insister sur une autre date également arbitraire, antérieure de plusieurs siècles à la venue de Jésus- Christ, nous pouvons assurer que la composition de celte version qu'on appelle simple (1), pour la distinguer d'une autre moins ancienne (2) et faite sur le texte des LXX, louche aux premiers âges de l'Eglise (5). Isaac Vossius s'est donc trompé, en soutenant qu'elle n'avait que cinq ou six cents ans d'antiquité (4). Malgré les altérations qui sont survenues à celte version par le laps des temps, par l'infidélité, par l'ignorance des copistes , enfin par la négligence des Syriens eux-mêmes, elle conserve encore de nos jours une infinité de passages très-propres à constater l'intégrité de notre texte hébreu, depuis tant de siècles. Si plus d'une fois elle s'éloigne de son original, du moins si nous en jugeons par la version que nous avons dans nos polygolles , en général celle version est assez exacte, comme l'ont observé de savants critiques (5).
(1) Versio simplex, c'est ainsi que les Marcionites l'appellent communément.
(2) Gregorius Bar-Hcbrams , Uistoria dynusliar. , dynast. 6,"pag. 6i.
(5) Voyez Brian. Wallon, loc. cit., pag. 90, seq. ; Jo. Goltlob Carpzovius, Crit. sacr., part. lî, cap. 5, § 2, pag. 623, seq. ; le V,. le Quien , l'Antiquité des temps détruite, ch. 5, pag. 80; Trdtlato detïa lingua ebraica, e sue affini, del P. Bonil'azio Finelii de' predicatori, sezio:ie 4, pag. 80, seq.; Thom. Smith, Vitœ quorumdam erudilissim. vivorum, Londini , 1707, in vita Jacobi Usserii, pag. 62.
(4) Isaac. Vossius , Dissertatio de LXX inter prêt., cap 28, pag. 89, seq.
(5) Rich. Simon, Ilist. crit. du Vieux Testant., Yw. II, ch. 15, pag. 272; Josephus Simonius Assemanus, lor. cit., pag. 282, seq.; Michel le Quien, loc. cit., pag. 81.
Parmi les Mss. de cette version simple, et dont le P. le Long fait mention {loc cit. ), il en est un entre autres qui a été d'un très-grand usage pour l'édition syriaque de la Polyglotte de Londres. C'esl celui que Jacques Usser fit venir du Levant et qu'il y fil copier en 1627, sur un bon exemplaire qu'avait Ignace, patriarche d'Alexandrie. Voici le jugement qu'un savant critique porte de la version syriaque, telle qu'elle était dans ce manuscrit qui renfermait tous les livres de l'Ancien Testament, à l'exception du Psautier : Translatio hœc admodum exacta est et fidelis, cl textus licbraici vasligiis ubique fere admodum presse insisiit, exceplis libris Paralipomenon qui admodum fœde habili, plurima pass'nn omissa , superaddila, immulula ac detorta hubent, siculi Proverbiorum liber mullis in lotis. a textu liebraico longe abit. In cœteris libris magna fidz versalus est hic inter près, ita tamen ut in lotis difiicÙioribus, ilidem ac alii interprètes plerique, a vero sensu aberrel haudraro, in quorum nonmdlis ad grœcam versionem inter dum se accommodât... Quanquam autem elegantissime scriplus est hic liber, puncta tamen el inter* punctionum notœ haud raro perperam se hubent, siveid nostri hujus exscripioris vitio faclum, sive alliorem originem habel. Arnoldus Boulins, initio Animadversionun\ sacr arum in Velus TestameiUum, apud Jacob le Long, ioc. cit., pag. 95, sey,.