‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 109 sur 157 · TROISIEME EPOQUE · texte numérisé non relu

TROISIEME EPOQUE

DE L'INTÉGRITÉ ET DE LA PURETÉ DU TEXTE ORIGINAL DE NOS LIVRES SAINTS DU VIEUX TESTAMENT, DEPUIS LE TEMPS D'ORIGÈNE JUSQU'AU SEIZIÈME SIÈCLE.

Ce serait remplir très-imparfaitement Tobjc' que nous nous sommes proposé, et nos Considérations deviendraient insuffisantes, si nous nous arrêtions aux seuls sièeles que nous venons de parcourir dans nos deux premiers mémoires. Quoique nous osions nous flatter d'avoir dissipé bien des doutes que des critiques peu circonspects n'ont que trop répandus sur l'intégrité des monuments sacres de la révélation, notre plan exige que nous fassions d'autres recherches.

Il se présente à nos regards une suite de siècles capables de fournir plus d'une remarque intéressante. Tous ces travaux que les Juifs et les chrétiens ont entrepris en différents temps, sur nos Ecritures hébraïques, sont autant de monuments incontestables , liés les uns aux autres , qui forment une chaîne jamais interrompue d'une tradition sûre , pour consta-

ter la conservation de l'originaj hébreu dans sa j)t:. relé et dans son intégrité essentielles ju-qu'à nos jours.

Nous suivrons les principaux de ces travaux, en nous attachant d'abord à ceux que nous devons aux chrétiens, depuis Origènc jusqu'à la fin du X\T siccle. Delà nous passerons aux travaux dont nous sommes redevables aux Juifs. Nom reprendrons même de plus haut ce qui concerne cette nation, relativement à nos vues. Ces deux preuves réunies ensemble doivent donner beaucoup de jour à la matière p,csente. Il ne me paraît pas qu'il y ait même d'argument plus propre à montrer q:enos Ecritures hébraï ques se sont toujours conservées exemptes de fautes préjudiciables aux vérités du dogme et de la morale.

DE L'INTÉGRITÉ DE L'ORIGINAL HÉRREU, JUSTIFIÉE PAR LES TRAVAUX DES CHRÉTIENS SUR LE MÊME TEXTE , DEPUIS LE TEMPS DORIGÈNE JUSQU'A LA FIN DU SEIZIÈME SIÈCLE. AVANTAGES QUE LA RELIGION ET LES BONNES ÉTUDES ONT RETIRÉS DE CES TRAVAUX.

Dans cet intervalle de temps, que nous allons embrasser, combien d'indices n'a-l-on pas qui donnent la véritable voie qu'il faut suivre, pour s'assurer de la pureté et de l'intégrité du texte original des livres du Vieux Testament? Les seuls Ilexaplcs (1)

(1) Ce grand ouvrage, digne de l'immortalité, formait une collection trop importante pour la passer sous silence. C'était un immense recueil composé de plusieurs versions grecques, rangées en autant de colonnes, toutes collatérales, vis-à-vis de notre texte original, décrit en caractères grecs et hébreux.

Dans les anciens on trouve ces travaux d'Origène, cilés sous le nom de Télraples, dTlexaples et d'Oclaples. S. Epiphane, qui a expliqué avec beaucoup de netteté et de précision l'économie de la grande collection d'Origène, dit {De Ponderibus et Mensuris liber, cap. 19, Oper. tom. Il edit. jam cit. Paris., 4 622, pag. 175; confev. Pelavii animadversiones ad eumd. Epiphan. libr., ad calcem cjusd. sancti Operum, pag. 404, seq.) que les Tétrapîes renfermaient sur quatre colonnes les versions grecques d'Aquila, de Symmaque, des LXX et de Théodolion. Ces Télraples étaient un ouvrage à part; et Pou doute si Origéne y travailla avant ou après qu'il cul donné ses ilexaples. C'est toutefois un sentiment assez reçu, que ce Père- s'occupa d'abord de ses Télraples, quoique Henri de Valois ait été d'une opinion contraire (Nol. in Eusebii Pamphili ecclesiasticœ Hisloriœ lib. IV, cap. 10, pag. 277 edit. jam cit. Cantabrig. 1720);

d'Origèec, tout imparfaits qu'ils nous sont parvenus, rendront à jamais durable la mémoire de ce célèbre

mais le P. Bernard de Monlfaucon, qui l'a combattu } (/ rœliminaria ad Ilcxapla Origenis a se édita cap \ § 5, p. 9, seqq.), prétend même que, dans celte pre*nuerc : compi dation Origènc mit simplement l'édition des LXX, telle qu il l'avait trouvée, sans y fiire aucune revision, comme il la lit dans la suite, quand il donna ses Ilexaplcs avec ses Oclaples. Lorsqu'à ces quatre versions Ongène ajouta le texte hébreu, transcrit en lettres grecques et hébraïques, tout ce corps d'ouvrage prenait le nom d'iiexaples, comme nous l'apprend Rufin, qui avait été témoin oculaire de cet ordre. < Fainosissimos illos codiecs primus composuii ipse (Ojigenes), in quibus per singulas columelas c regione separatim opus interprète uniuscujusqne descripsit : ua ut primo omnium ipsa hebra?a verba hcbraicis Iilteris poneret ; secundo in loco per ordinem gratis hlleris c regione hehnea verba desenbereî ; terliam Aquiheediiionem subjungcrcl; quartam Symmaehi ; quinlam LXX interpretum quaï nostra est • sexlam Theodotionis eoUoearel. Et propier hujusmodi eompositionem exemphria ipsa nominavil fgfctâft >. Uufinus, Interprétatif) Enscb. hist. cccles. lib VI cap. 13 edit. Basil., 1528, pag. 141. '

S. Jérôme nous atteste également qu'il régnait dans les Ilexaplcs d'Origène l'ordre que nous vouons de décrire après Rufin {fJieromjm. Comment, in cap. ]\{ Epm. ad Titum, Opcr. tom. IV, p:>rt. I ei'il nove Paris, jam cit., col. 437). S. Ejffpfaafte en convient

docteur de l'Église. Ils son! une preuve non équivoque de sa grande capacité , comme de ce qu'on était en état d'exécuter sur noire texte hébreu , dans les premiers âges du christianisme. Les précieux restes de ces Ilexnples doivent nous faire sentir combien ont perdu la religion et les lettres par la perte d'un ouvrage qui était d'un travail immense , et en même temps si capable de jeter le plus grand jour sur l'intelligence de nos divines Écritures. Quoi de plus propre encore à nous transmettre dans sa pureté et

aussi. Ces autori es ne permettent pas d'embrasser l'opinion de quelques savants qui oui é:é d'un autre sentiment.

Origène ne borna point là ce recueil. Ses laborieuses recherches lui procurèrent deux autres versions grecques; il les joignit à la môme collection des Hexaplcs à laquelle on pouvait donner le nom d'Octaplcs, sans eu être pourtant un ouvrage distinct. Ces deux versions y étaient désignées sous le nom de cinquième et sixième éditions, qui ne renfermaient cependant qu'une partie de la Bible, du moins si on en juge par les exemplaires qu'Origène en avait, et par les fragments qui nous en restent. Quibus quatuor grœcis edilionibus, si liebraicœ duœ accesserint, Hexapla vocantur. Quod si quinlmn et sextam ediùonem adjnnxcris, consequens est ut Oclapla nom'mentur, S. Epiphanius, toc. cit.

On voii par là qu'il y avait dans les Octaples autant de colonnes que de textes différents, recueillis par Origène. Ainsi la lr* colonne renfermait le texte primitif en caractères hébreux; la 2e représentait ce môme texte en lettres grecques ; la 5e était destinée à la version d'Aquila ; la he nous donnait celles de Symmaque ; la 5e occupait le texte grec des LXX; la 0e était pour la version de Théodolion ; wne cinquième édition grecque se trouvait dans la V colonne, cl la sixième édition dans la 8°.

Outre ces différentes versions, il y en avait une septième sans nom d'auteur : elle contenait les Ps Mîmes; et c'est sans fondement que Ilumfred llody (De Bibliorum Tcxtibus originalibus , etc., lib. IV, cap. 1, pag. 593, scq.) l'a mis en doute. Eusôbc (Histor. Eccles., lib, et cap. cit., pag. 275, scq.) s'exprime là-dessus en termes bien formels. Henri de Valois, Daniel, lîuet et lsaac Yossius concluent même du témoignage d'Eusèbe, qu'elle n'avait que les Psaumes. Mais les fragments qui nous restent de cette 7° édition prouvent encore qu'elle renfermait les petits prophètes. S. Jérôme l'insinue dans son Commentaire sur le 11e chap. d'Uabacuc ( Opcr. tom. III, col. 1 (j06v). C'est aussi une erreur dans Sixte de Sienne d'avoir écrit que la grande collection d'Origène ne contenait rien de la 7e version.

Comme Origène avait employé celle septième édition dins sa grande collection , on eût pu désigner son recueil sous le nom d'Ennéaples, quoique les anciens ne lui aienl jamais donné ce nom. Nobis curœ fuit omnes veteris legis libros quos vir doclus Adamantius in Hexapla digesseral , de cœsariensi bibliotheca descriplos ex ipsis aulhenticis emendare, in quibus ipsa tiebrœa propriis sunt characteris verbadescripta, et grœcis Utteris tramiie expressavicino. Aquila etiam et Symmachus, Septuaginla, et Tlieodotion sunm ordinem lenent. JSonnulli vero libri , et maxime In qui apud Hebncos versu compositi sunt, 1res alias editioues liabent , quam quintam, sextam et septimum translationem votant, auctorUalem sine nominibus interpretum cousecutas. Ilieronymus, Commentai', in Epislolam ad Titum, cap. 3, Oper. tom. IV, loc. cit Confer. lluunus , supra et loc. cit.

On peut juger de la disposition de ces travaux d'Origène par la table suivante. L'ordre que nous y tenons nous paraît très-conforme à ce que nous ve-

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son intégrité ce môme original que la Providence à daigné nous conserver? Rien n'était aussi plus avan

nous de dire de celle collection d'après le témoignage des anciens.

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