‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 111 sur 157 · pag. 5G, seqq., cap · texte numérisé non relu

pag. 5G, seqq., cap

61, seqq., cap. 10, pag. 00, seqq., cap.

seqq.

A lous ces auteurs que je viens de citer, on peut ajouter Jacques Us-cr (De grœca LXX interpr. Yersione Sgnlagma, cap. 5, pag. -47, seqq ). Mais on doit remarquer que ce savant a prétendu mal à propos que les llexaples renfermaient deux sortes d'éditions des LXX, dont Tune qui était sincère s'est perdue, et l'autre qui passait sous le nom de commune, y.oirfa, qui élaii fort corrompue, nous est restée. S. Jérôme, qui avait les llexaples d'Origène, nous l'ait observer tout le contraire dans sa belle lettre à Sunnia et à Fréléla, deux illustres personnages de son temps. Il eût élé très-inutile de mettre dans les llexaples deux éditions des LXX, qui auraient représenté la même version. Celle qu'offrait les llexaples suffisait assurément pour faire disparaître les vices de la version commune ouVulgate, qui se trouvait entre les mains des lidèles. ( lllud brevileradmoneo, ut sciaiis, aliani esse editionem quam Origenes et Ca?sariensis Euscbius omnesque Grœciœ iractatores, xotv^v, id est, commuuem appellant atque Vulgatam, et a plerisque nunc lovziKvè; dicilur; aliam Sepluaginta inlerpretum quai et in eÇaTr).cts codieilms reperilur, el a nobis in lalinuin sermonem lidelitcr versa est, et lîierosolymue atque in Orient is ecclcsiis decanlatur... xow^ aulem ista, hoc est, communia edilio, ipsa esl quai cl Sepluaginia. Sed hoc inlerest inier ulramque, quod r.oirfc, pro locis el temporibHS ei pro volunlate scriptorum veterum , corrupta ediùo est : ca aulem quœ habetur in iÇunteu, et quam nos verlimus, ipsa est, quœ in eruditorum libris ineorrupla cl immaculata Sepluaginia inlerpretum iranslalio rescrvaiur. Quidquid ergo ab bac discrepat, nuili dubium est, quin ila ab Ilebrœorum auolorilale discordet. » ilierouym., epist. ad Sunniam ex Frelelum, oper. loin. Il, part. I, col. 627. Couler. Sixtus Scocns., loc. cit., lib. Vîll, bœresi 15, pag. 1104; Humfr. Ilody. loc. cit., lib. III, part. I, cap.'5, pag. 501, seqq.; Hernie. Valcsius, epist. ad Jac. Ùsserium, de LXX inlerp. Euscbii Hitler, ecclcs. subjecta, pag. 788, seq.

premières versions dans leur intégrité, Qrigène nous multipliait en quelque façon les exemplaires du texte primitif. Mais en insérant dans sa grande collection l'original même de nos Ecritures hébraïques, il fixait bien mieux la chaîne de la tradition sur l'authenticité do ce texte. Par le moyen des llexaples on avait une voie ^ûre pour reconnaître comment cet original s'était conservé jusqu'au temps d'Origène , puisque le manuscrit dont ce grand homme avait fait usage devait être d'une antiquité respectable, comme nous le dirons bientôt.

Nous avons donné dans nos deux premiers mémoires des preuves que le lexle original des Ecritures du Vieux Testament ne pouvait avoir é:é corrompu, ni falsifié à dessein, jusqu'au temps de Jésus-Christ et des apôtres. Tout le Nouveau Testament, toutes nos anciennes versions, soit latines, soit grecques, soit syriaques, etc., supposent évidemment l'intégrité de ce texte dans ce même espace de temps que nous avons suivi. Partons de ce dernier point et ne laissons pas échapper le fil de la tradition.

Du siècle des apôtres jusqu'à la mort d'Origène, il y a environ cent cinquante années. Ce savant Père commença probablement ses llexaples à Césarée en Cappadece vers l'an 251, ou peut-être l'an 235 de l'ère chrétienne. Si de celle date nous allons au siècle des apô'.res, il paraît d'abord un certain vide qu'on peut toutefois remplir ; car la chaîne de la tradition touchant l'étal d'intégrité où dut se trouver l'original hébreu pendant cet intervalle qui est d'un bon siècle, n'en est pas moins suivie. Mais, pour saisir cetle chaîne, on doit s'assurer s'il existait alors de bons manuscrits hébreux qui pussent remonter jusqu'au temps des apôtres.

Selon S. Epiphane (1), la cinquième édition grecque, qui occupait sur quelques livres de l'Ecriture une des colonnes des llexaples d'Origène, fut découverte à Jéricho où elle était cachée dans des tonneaux avec d'autres livres hébreux et grecques. Les doctes Fabricius et Jean Golllob Carpzovius observent pour-

(I) Seplimo vero anno (ipsius Caracallœ) quintœ editionis libri Uierichunle in doliis reperli siml cum aliis libris hebraicis ac grœcis, Epiphanius, Liber de Mensuris el Punderibus , oper. loin. II, cap. 18, pag. 174. La scp'iènic aimée du règne de l'empereur Antoniu Caracalla, iils de Sévère, tombe à l'an 217 de Jésus- Chrisl, et c'est l'année de la mort de ce prince.

Plusieurs écrivains, tels que l'auteur de la Synopsc de l'Ecriture ( parmi les Œuvres de S. Alhanase ), Euthymius dans sa Préface sur les Psaumes, la Chronique manuscrite attribuée à Raban Maurus, et quantité d'autres anciens et modernes ont suivi S. Epiphane touchant le lieu où il prétend que celle cinquième version lut découverte. Dom Monifaucon (loc. cit., cap. 8, pag. 58) appuie encore ce sentiment de l'autorité d'Eusèbe ( Eccles. histor. lib. VI, cap. 16, pag. 275, seq.), mais Emèbc dit seulement que Tune des trois versions, savoir la cinquième, la sixième et la scplic.ne, fui trouvée à Jéricho; ce qui a rapport à la sixième. Quant à la cinquième on doit suivre ce qu'en ont écrit S. Jérôme el Rufin d'après Oiigène. Voyez la note suivante.

tant (1), d'après S. Jétôuae (2) et RuPin, que ce que S. Epiphane a écrit au sujet de celle cinquième version doit s'entendre de la sixième, au lieu que la cinquième (3) lui trouvée aussi dans un tonneau (4) en la ville de Nicople, sur le cap d'Aclium dons l'Épire, la septième année d'Alexandre, fils de Mamniée, Pan de Jésus-Christ 228.

Si nous pouvions fixer d'une manière précise en quel temps vivait l'auteur de la sixième version grec- :jue , qui était un chrétien (o), nous aurions plus de

(1) Bibiiothecœ grœc. vol. II, lib. îlï, cap. 12, § 11, pag. 341. Jo Goitlob. Carpzovius, Ont. socr., part, lï, cap. 3, § 5, pag. 571, seqq.

(2) Prologus ad Damasum papam in exposttionem Cantici canlicorum seenndum Origenem, Oper. ejusd. Oriçenis loin. III, pag. 11. Bu/inus advenus Uierouym., Inveclivarum iib. Il, Oper. tom. IV, part. Il, col. 426.

(5) Par les fragments que nous avons de celle version Pou voit qu'elle contenait les petits prophètes, le Psautier. !e Cantique des cantiques ei peutêire Job. Il y a même des preuves qu'elle renfermait le Penlaléuque. Celle version était beaucoup plus !i • lire que celle de Symmaque, dont la traduction s'éloignait encore bien pins de la lettre que celle d'Aquila et de Théodoliun. En voici un exemple : elle traduit

par ùnà rpvfriç xoù 7t).ïjer/wv^5 g-i'tou xal ohov kiztar^kj

pov. A volupiate et nbnndaniia trilici et vint defeeerfim a me : ce qui est dit dans Osée, VU, 14 : pT"T.l p. TïP TTOTÏ» H7TWÏI. Vulg. Super trilicum et vinuni ruminabant , recesserunt a me. r.lle rend encore le ternie hébraïque, "fl&'UrP (Usée. VI, 1), curabit nos, ou atligahit nos, par ceux ci : u*/<eï$ «ttoSsigst. Sunos exhibcbit.

(b) C'était dans ces sorlcs de vases ou dans de grandes cruches de terre que les anciens serraient les livres et les écii.s pour les soustraire aux mal* heurs des temps.

(5) L'auteur de la Synopsc de l'Ecriture prétend que celle version qu'il confond, après S. Epiphane, avec la cinquième édition, nous vient d'un pieux iidèle de Jérusalem. (Voyez Jo. Demie, llotlingerus, dissertai. II! de Translalione Bibliorum in tinguas vernaculas , pag. 108; apud Jacob le Long, BibUolh. fflcr., loc. cit., pag. 148 ) C'était encore apparemment un juif converti au christianisme qui pouvait aisément se procurer d'excellents manuscrits hébreux tWme bonne antiquité : et l'on a des preuves que celle même version avait été faite par un chrétien ; la manière dont elle rend le passage suivant du prophète Habacuc, chap. III, 15, ne permet pas d'en douter. L'hébreu porte : "jrPTOTlN Wï -p; yuïO niOP. Vulg. Egressus es in salutem populi lui, in saluiem cum Christo ino.

La sixième édi'.ion grecque décèle en effet un in* terprèle qui n'est point juif en traduisant ainsi ce même passage : Èfâldsi tcu sws-eu tôv }.uiv cou l\» l^coû tcû XpiffToO cou. Egressus es ad salvandum populuni iuum pcrJesum Clirisium iuum. Aussi celle façon de traduire a-l-elie fait dire à S. Jérôme dans son commentaire sur le même endroit du prophète : Sexta editio prodens manifestissime sacramcnlum, ila vertit ex hebrœo, etc. 11 est surprenant qu'après s'èirc exprimé de la sorte S. Jérôme ait pu due ailleurs que les auteurs des cinquième et sixième éditions étaient des Juifs. Idem, Apoloq. advers. Ru fin., lib. Il, oper. loin. IV, part. II, col. 435.

Nous avons des exemples que la sixième version ne s'attachait pas trop littéralement à son texte et qu'elle sentait assez la paraphrase, qu'ensuite elle était même aussi libre que la précédente. Voici comment elle rend le passage du psaume hfihr. XXXVII, 55 II est dit

dans l'original ; p;i n"ïï*o myro yT; ÎKIT, piton : S S. XXVII.

DE LA REVELATION. 078

lumières louchant la véritable antis^ilé des manuscrits hébreux qu'on découvrit en même temps à Jéricho. Il est cependant à croire qu'ils devaient te* monter à un âge fort antérieur à Origène, car c'étaient probablement des manuscrits hébreux doit l'auteur de celte version avait fait u^age.

Indépendamment de ces manuscrits qu'on apporta à Origène avec la sixième édition grecque, il est incontestable que ce l'ère dut en avoir de très-anciens. L'histoire (1) de sa vie, les différentes recherches qu'il fut obligé de faire relativement à sa belle collection , et ce qu'Eusèbe (2) en dil à l'occasion des travaux de ce grand homme sur l'Écriture, en sont le garant. Nonobstant les persécutions qu'il eut à souffrir de la part de ses ennemis, on vit d'iilusires et savants per-

sonnages de son siècle s'empresser à l'aider de leur crédit et de leurs richesses pour la composiiion de ses ouvrages. Retiré encore (5) chez la vierge Julienne, qui avait hérité d'une bibliothèque bien fournie (4), où elle conservait, entre autres, les écrits mêmes (à) de Symmaque , quels secours n'y irouva-t-il pas en

Vidi impium potentem et viresceutem instar tauri viridls. La sixième édition a traduit : Vidi impium a

impudentem sibi vindicautem vi durilia , et dicenlcm : Sut» sicut indigena , ambulant in juslitia. ÉiSov ccse€j)

xed àvaioyj IvriTrowtyutevov èv cjàv;pÔT»jTi, xoct >iyovT«, èip.l «ç àuro/Cwv 7repi7iaTWv |v Si/.aicoûv/j.

Je ne porte ces sortes d'exemples que pour faire comprendre toujours plus qu'on ne doit pas apprécier par ces traductions l'étal auquel était anciennement notre texte original.

On a des fragments de celle version sur le Penlaléuque, sur les petits prophètes, sur le Cantique des cantiques et sur les Psaumes. Riais non-; ignorons jusqu'à présent si cet interprète avait travaillé sur les autres livres de l'Ecriture.

Je ne dirai rien delà septième édition. Voyezci -dessus, dans les notes, où mus croyons avoirdonné une cxplicaîion-satislaisaule. Selon llnmfred llody, elle fut trouvée à Jéricho; mais cela est liés -incertain. Comme cette édition ne nous donne aucune lumière sur les Mss. hébreux, il esi inutile que nous en parlions d.» • vantage. Du resie elle avait é é composée par un Juif, c;»r il a traduit le passage en question d'Ilabacuc de la manière suivante : Apparuisli super sainte populi lui ad lïberandum electos tuos. Celle façon d'inlerpiéler l'Ecriture n'esl point sans malice. Il y a sais doute de la différence entre le mot hébreu "jlTOC cl les termes grecs !x/.exT©ûs cov qne ce J-ûf a employés.

(1) Origène dit qu'il se servit d'un habile Juif pour apprendre l'a langue hébraïque (de l'riucipiis, lib. i, oper. loin. 1, pag. bî).

(2) Tanlam porro curam ac diligentiam in divinis Scripluhs perscrulandis adhibebul Origenes , ul lubraicam tinguam didiceril et autlicnticos Scripluràrum libros lie bruicis scriplos Utteris qui apud Juclœos kabenlur, sibi compar averti. Luscbius, loc. cit., lib. VI, c;ip. 10, p;ig.

(3) Idem, ibid., cap. 17, pag. 278.

(4) llac (Juliana virgo) abundans opibus, easque in Ecclesiœ commoda profuudere sotita, summa liberalilaie hominem (Origenem) de republica christiana opiime me* ritiim complexa est; nec Iwspiiio excepil solum, sed bibliothecam eliam , quam instruclissimam a Symmac.he hœreditario jure obtinebat... Daniel iluctius, Origenianortitn liber I, cap. 3, num. 2, ejusd. Origen. Commem lariis, etc., ab eod. Huet. edius praumssus, loin i, pag. 17. Couler Euseb. loc. cit.

(5) Eusebius, ibidem.

( Vingt-dc tu*.]

manuscrits hébreux pendant l'espace de deux ans qu'il y resta caché pour se soustraire aux cruautés de l'empereur Maximin contre les chrétiens?

Dans sa belle lettre à Jules-Africain, écrite de Niconiédte (1) vers l'an 228, Origène lui dit (2) qu'il a ramassé avec beaucoup de travail les différences de l'hébreu et du grec des LXX interprètes en conférant l'un avec l'autre ; qu'il a examiné à cet effet toutes les différentes versions; qu'enfin il a fréquenté et consulté plusieurs Juifs pour savoir comment ils entendaient eux-mêmes certaines expressions de l'Écriture (3).

Des travaux de celte nature, qui demandaient de l'assiduité et de la patience , qui coûtaient tant de soins et de fatigues, exigeaient assurément qu'Origène se procurât quelque chose de plus que des manuscrits hébreux , communs et récents. Convenons que ceux qu'il eut entre les mains durent être d'une respectable antiquité et d'une autorité généralement reconnue, remonter môme au delà du siècle des apôlres.

Des recherches si utiles à la religion, si avantageuses aux bonnes études, sont des preuves démonstratives de l'état d'intégrité où se trouvaient nos Écritures hébraïques au temps d'Origène. Il n'y avait pas de moyen plus sûr de nous en constater le dépôt inviolable.

Concluez de là que le texte hébreu n'a pu être corrompu depuis le temps des apôtres jusqu'à Origène; fuir, s'il l'avait été lorsque ce grand homme entreprit ses travaux sur l'Écriture, il s'en serait très-certainement aperçu. Personne ne doute de l'excellence de son génie, de sa sagacité, de sa pénétration et de ses autres talents : et s'il s'en était aperçu, observe feu M. l'abbé Ladvocal (4), il en aurait averti ; il n'aurait eu garde d'insérer le texte hébreu dans la première colonne de ses Hexaples, de le donner pour le texie primitif et original des livres divins de l'Ancien Testament.

Les Hexaples d'Origène ne pouvaient être un ouvrage plus intéressant. Aussi toutes les Églises admiraient (5) cette grande collection et la regardaient-

(1) Coufer. Caroli de la Rue in epislolam Jul. Africain ad Origenem, et Origenis ad Julium Africanum responsum de Susannœ historia , admonitio. Ejusdem Origenis oper. loin. 1, pag. 8, sub init.

(2) Idem Origenes,epist. ad Jul. Africanum., oper. loin. I, num. 4, seq., pag. 15, seqq. Vid. supra, vol. II, not., pag. 14, in fine, et pag. seq.

(3) Idem, loc. cit., num. 6, pag. 18.

(4) Lettre dans laquelle il examine si les textes originaux de l'Ecriture sont corrompus} et si la Vulgale leur rst préférable, pag. 58, suiv.

(5) Origenem mirantur, dit saint Jérôme en parlant de ces travaux d'Origène dans sa préface sur Josué. Ilœc immorlale illud genium suo nobis labore donavil , ut non magnupere perlimescamus supercilium .ludœoruni , solulis tabiis, et oblorta lingua , et stridente sai va y rasa fauce gaudenlium. Idem, in cap. 111 Epistol. ail Titum, oper. lom. IV, pari. I, pag. 473. Coufer. HumfreJ. Ilody, supra cit., lib. 111, part. I, cap. 5, »;'g. 501, seqq. ; Joseph. Dlanchinus, Epislola ad P. ïo. Chrysosiomum snolaruni piarum , inier ejusdem Blauchiui Scripturarum canonicurum Vmdicias, pag.

Saint Epipliane, tout prévenu qu'il a élé contre Oii-

elles comme un des plus importants services qu'il eût pu rendre à la religion. Quoique les obèles, les astérisques et quelques autres marques grammaticales qui accompagnaient les Hexaples aient occasionné delà confusion dans les différents exemplaires que des copistes (l) peu instruits firent ensuite de cette version des Septante, l'on ne peut nier qu'elles ne fussent d'une grande utilité. Elles faisaient apercevoir d'un seul coup d'œil si les Septante avaient rendu fidèlement leur original, et servaient beaucoup à assurer l'intégrité de ce texte primitif.

A quoi bon Origène se serait-il tant appliqué à marquer par des astérisques et par des obèles ce qu'il fallait ajouter à la version des Septante ou en retrancher, si ce n'est pour nous apprendre, comme le dit saint Épiphane, que ces passages distingués d'astérisques montraient qu'ils étaient dans l'hébreu comme les astres dans le firmament (2), et que les obèles dénotaient que les paroles suivantes n'étaient point dans la base ou dans l'original de l'Écriture, mais qu'elles avaient été ajoutées par les LXX iaterprèies (5) ? J'en ai produit dans une (4) de mes notes un exemple bien remarquable au sujet d'une célèbre prophétie d'isaïe, dont les Septante n'ont pas trop saisi l'objet , et qui concerne uniquement léatts-Christ. J'ai même fait observer, après Eusèbe, que ce passage du prophète, tel que l'avaient rendu les Septante, était noté d'une obèle dans les Hexaples.

Celle sorle d'attention dans Origène à charger ses Hexaples de notes grammaticales doit nous fane sentir que ce grand docteur n'avait manqué aucune précaution pour nous donner un texte hébreu irès-cor-

gène, n'a pu se dispenser de louer ses Hexaples (liber de Ponderibus et Mensuris, oper. ton). II, cap. 7, paç. 164, eteap. 17, pag. 175).

(1) En omettant ou en confondant les notes grammaticales qu'Origène avait répandues dans ses Hexaples et dans ses Télraples, il était naturel qu'il eu devait naître de la confusion. Aussi aniva-t-il que d'une édition très pure et fort correcte, les exemplaires communs de la version des Septante devinrent bientôt corrompus et mélangés par la faute des copistes ignorants. Saint Jérôme s'en plaint dans sa lettre à Sunnia et à Fiétela (oper. loin. II, col. 651 ). Pour remédier à ce désordre, l'on entreprit, environ un demi-siècle après la mort d'Origène, comme nous le dirons dans la suite, différentes corrections de cette même version , surtout par le moyen ûe^ Hexaples, dont on conserva longtemps l'original. Nous montrerons plus bas combien il importait d'être attentif à prévenir la confusion et l'omission de ces sortes de noies.

(2) Ea vocabula... quœ asleriscis insignila sunt in hebraicis vocibus esse veluii defixa , non êecus nique in firmamenlo stellœ. Epiphanius, loc. cit., cat>. 2, pag.

(3) Ubicumque dictio quœpiam occurril quœ apud Sepluaginta legitur , in liebrœo vero non item . obelus vocabulo huic adjuncti<s in matrice ac velul Scripturœ solo et fundumenlo déesse significut , nec eo loco reperiri. Idem, loc. cit., cap. 7, pag. 164.

Ces dernières paroles de saint Epiphane sont tièsdigues de remarque : elles prouvent sensiblement combien l'on respectait la vérité hébraïque dans le quatrième siècle de fUglise.

(4) Voyez ci-de.^us, col 627., 028.

68l DE LA RÉV

rect. Elle ne saurait permettre de dire, avec quelques écrivains (I), qu'il n'avait qu'une connaissance trèssuperficielle de la langue des anciens Hébreux. Saint Jérôme, qui était lui-même si habile en ce genre d'érudiiion, nous assure (2) que toute la Grèce admirait dans Origène la connaissance qu'il avait des Écritures hébraïques, et nous fait remarquer ailleurs (3) que, dans ses Commentaires comme dans ses Traités sur l'Écriture, il recourait à l'original du Vieux Testament.

Origène ne s'appliqua point à l'élude de l'hébreu par le seul désir de savoir ; il la crut absolument essentielle à l'intelligence des livres sacrés; mais il ne la cultiva qu'autant qu'il était nécessaire pour ne cou • rir aucun risque de s'en laisser imposer , ni par les versions grecques, par celle, entr'aulres , d'Aquila, qui était la plus littérale, ni par les Juifs eux-mêmes qu'il avait consultés (4). Son grand discernement, sa grande application a la critique des saints livres, l'étendue de ses connaissances (5), enfin, ses travaux immenses, tous analogues à faciliter l'intelligence du texte hébreu, sont un indice manifeste qu'il avait fait

(1) Hticlius, Origeniunorum liber II, cap. 1, § 2, Origonis in sacrœ Script. Commentariis ex recensione ejusd. Muet, pmemissus, pag. 26. M. De Tillemont , Mémoires pour servir à lliist. des six premiers siècles de l'Eglise, lom. III, édit. de Paris, pag. 754, not. Elie ftouliereau , dins ses Remarques sur sa traduction du livre d'Origène contre Celse, pag. 2. Dom Ceillier, Hist. générale des auteurs sacrés, tom. II, chap. 27, art. 6, pag. 780. Joan. Clericus , Quœstiones hieromjmianœ, qu;est. 2. Joan. Morinus, in Exercitat. biblicis , apud Joan. Mb. Fabricium, Biblioih. grœc. vol. Il, lib. ill, cap. 12, § 12, pag. 543, et Fabiicius ipse ibidem. Dans le cinquième livre de sa même Bibliothèque, en. i, § 26, pag. 224, M. Fab:icius paraît porté à juger plus favorablement du savoir d'Origène d-tns la langue hébraïque. En effet, les témoignages des anciens l'insinuent suffisamment. M. Simon ne rend pas à Origène assez de justice là-dessus (Hist. critique du Vieux Testant., liv. H, cb. 3, pag. 199).

(2) < Jam vero quod in Origène Graccia tola miralur , in paucis non dicam inensibus , sed diebus , ita liebrnex' lingme viceral difficultés , ut in discendis canendisque psalmis cum matie conlenderet. > Nieronym. Epist. ad Paulam, oper. loin. IV, part. I!, col. 54. Ëjusdem liber de Viris illnstribus, voce Origenes. Eu>ebius, Htsl. Eccles., lib. VI, cap. 16, pag. 275. Guillelm. Cave, Scriptor. Ecclesiasticorum Histor. lilt-eraria sœc. 111 , tom. 1 edil. Oxoniens. , an 1740, pag. 113.

(3) < De Adamantio aulem sileo : cujus nomen (si parva licet componere magnis) , meo nomine invidiosius est ; qui cum in homiliis suis, quas ad vuigmn îoquitnr, communem ediûonem sequalur , in lomis, id est, in disputatione majori, hebraica veritate siipatus, et suorum circumdatus agminibus, interduin peregriiu* linguae qu.Trit auxilia. i Ilieiouymus, Prœfat. quœstionum hebraic. in Gènes., oper. loin. H, l'art. I, col. 507.

(4) llieronymus, Apologia adversus Ruffinum, lib. I, oper. loin. IV , pari. II, col. 563. Origenes ipse in Epistola ad African. , num. 6, 7. Idem in Exodum. Idem, homilia 19, in Jeremiam, Oper. lom, I, pag. 18 seqq., loin. 11, pag. 115 , ton». Ill, pag. 263. Vide supra.

(5)Si xlussenens., Diblioth. sancl, tom. I, lib. IV, p. 458, seqq. Guiilclmus Cave, loc. cit., in Vila Oriyenis, et ah»;

ÉLATÏON. 6$1

des progrès suffisants, pour sentir par lui-même, sans le secours des autres traductions, la force et rénerg'n$ des termes de son original.

C'était par le moyen de ce texte primitif comparé avec plusieurs versions de divers auteurs, qn'Oriiièue jugeait de leur exactiMide ou de leur infidélité; et il proteste n'avoir rien négligé de ce qui pouvait le conduire à cette grande tin (I). 11 nous aurait jeté dans bien des faux pas, si dans ses notes critiques qui accompagnaient ses lîexaples ousesOctaples, et qui indiquaient le rapport que ces différentes traductions avaient entre elles et le texte du Vieux Testament, il n'eût su que très-imparfaitement la langue sainte. La nature d'un si excellent ouvrage , que les anciens et S. Jérôme ont loué avec (ant de raison, demandait assurément une connaissance rien moins que superficielle de celte même langue.

Si Origène paraît quelquefois s'êlre égaré dans certaines élymologies qu'il nous donne des termes hébraïques; n'en alléguons d'autre cause que son goût décidé (2) pour les allégories. Dans les Ecritures, il cherchait moins le sens littéral qu'il croyait être trop simple, qu'un sens sublime et élevé pour lequel il avait un attrait particulier. Son gé.iie était pour ainsi dire incapable de se rétrécir , lorsquM s'agissait d'en venir à la simple lettre du texte. Ce Père ne voulait que du grand. Mais il n'en était pas de même dans l'ouvrage dont il eu question. La matière concernant les Hexaplcs demandait un tout autre travail; il ne fallait y faire que les fonctions de critique , ne s'y montrer qu'une espèce de grammairien, qui sût apprécier un manuscrit , en le conférant exactement avec de bons exemplaires , soit grecs , soit hébreux. Eh ! qui en était plus capable qu'Oi igène, lui à qui ce genre de littérature était si familier ; lui enfin qui possédait parfaitement toute la science des Grecs (3)?

Je fais cette remarque au sujet de la connaissance qu'Origène devait avoir de la langue hébraïque, parce qu'il me semble qu'une (elle observation peut influer en quelque façon sur l'état où se trouvait l'exemplaire

(i) « Ethxcquidem dico,non quod pr;r desidia recusem scrutari Scripiuras quai apud Judiros sunf, ill.isque cum omnibus no>tris comparare , ac videfe quitl intereas sit discriminis. Hoc enim graviter, nisi arrogans dictu est, pro virili fecimu». ..Conamur non ignorarc quas habent Scripiuras, ut cum Jud;eis disserenles, non pro fera m us ea quœ in eorum exemplaribus désuni, sed simul ulamur iis qure pênes se habent, licet in nostris desiderentur. Si enim ejusmodi fueril noster ad ea de quibus nos inter et ipsos controversia est, apparatus, noncontemnent, neque, pro ut soient, irridebunt eos qui credunt ex gentibus , quod vera et qune apud illos scipta exslant , ignorent. » Origenes, Epistola ad African., num. 5, oper. tom. i, pag. 16, seqq. Confer. Rufinns, lib. III, Invecliv. advers. Hieronym., Oper. ejusd. Ilieronymi tom. 1\, part. 11 , col. US ei 450 , et supra.

(2) Hîerpnymus, Commentar. in Jerem. proph.% cap. 27, seqq. Praîfal. Comment, in Malach. prophet, operum , lom . III, col. 658, seqq., 663, 067, el col. 1807 e« alibi.

(3) Vincensius Lirinensis. Commoniiorium, edit. jam cil. Taris., !56i, chart. 22, fol., verso, et seqq.

CS3 T>ES TiTRRS

du texte hébreu qu'il inséra dans ses Hexaples; Quels que fussent enfin les progrès que cet habile homme fa dans celle science ; en se servant de nos Ecritures hébraïques , et en y recourant, afin de remédier aux défauts des aulres versions , il ne pouvait laisser de monument plus respectable, pour nous apprendre que ce même original avait de son temps toulc son intégrité et loi: te son autorité.

Déplorons la perte d'un ouvrage donl il ne nou^ reste que des fragments (l). Les llcxaples d'Origène nous

(1) Pierre Morin, savant français, qui florissait en Italie dans le xvr siècle et au commencement du xvu% me paraît avoir élé le premier des littérateurs qui ail fait imprimer un bon recueil de ces fragments. Ce que Jean Drusius ou Van Den Driesche avait déjà publié, ne concerne que les fragments d'Aquila, deSymmnque et de Tliéodotion, sur le Psautier; il les donna en grec, en latin et en hébreu, cl les fit imprimer à Anvers en 1 58 i .

La collection de Pierre Morin, qui est bien plus copieuse, forme les scolies ou les noies qui sont à la suite de chaque chapitre des livres delà belle Bible des LXX de l'édition romaine de 1587. La date du frontispice de celle Bible que j'ai sous les yeux,ei qui appartenait autrefois au célèbre M. de Thou, e*tde 1586 ; c'est une erreur d'impression. La bulle de Sixte V est à la vérité dalée de la même année; mais le privilège de ce pape est de l'année suivante ; et tous ceux des bibliographes que j'ai consultés louchant cette magnifique édition , la datent en effet de l'an 1587.

L'année d'après, Flaminius Nobilius, savant Lucquois, accompagna son édition de l'ancienne version latine imprimée à Romccl publiée encore par ordre de Sixte V, de quantité de noies, où l'on vil reparaître, entre aulres, les mêmes scolies de la Bible précédente. Yers le même temps, Jean Van Den Driesche s'occupa d'un semblable recueil qui ne parut cependant qu'après sa mort, par les soins de Sixiin Amana et sous le litre suivant : Velerum 1 nlërprelum grœcorum in to'.um Velus Testamentum Fragmenta, collecta et versa et nous illuslrata a Jeanne Drusio, edil. 2 Arnhemii , 102-2, in 4°. J'en trouve citée une autre édition de 1610, qui sera la première. Si lvs dates des deux é iitions concernant cerccucil de Drusiussoni véritables, comme il n'y a point lieu d'eu douter, il eu résulte que Flaminius Nobilius n'a pu le voir avant qu'il publiât ses notes sur l'ancienne Yulgate latine ; par conséquent ji n'a pas profilé de cette dernière collection , comme le dit J. Albert. Fabricius, Biblioihec. grœc. vol. Il, lib. 111, cap. 12, pag. 527.

Quoique celte collection de Drusius fût plus abondante que les deux publiées à Home , le père Morin n'y eut pourtant aucun égard dans sa magnifique édition des LXX, faite à Pans en 1628 , sur celle du Vatican ; il y joignit seulement l'ancienne Vulgale latine, telle que l'avait donnée Nobilius; et il se contenta d'y faire réimprimer les scolies de Pierre Morin :»vec les notes du savant Lucquois. Brian Wallon a inséré tous ces fragments dans la première partie du sixième volume de sa Polyglotte, avec quelques additions. Voyez .lac. le Long, Bibliothec. sacr. loin. 1, art. 11, p'g. 405; Publia Grœca Vei. Teslam,, édita a Lamberto Bos.

On trouve encore quelques restes des llcxaples dans le IIe tome des œuvres de S. Jérôme, que nous 'levons aux soins du P. Marlianay. Jean Albert Fa oricius porie deux exemples des mêmesFragirients dans sa Bibliothèque grecque [vol. Il, lib. lil, cap. 11, pag. 546, seqq.). L'un qui est peu considérable, renferme le 1" verset du chapitre Xi d'Oséi1. Cave et Wallon l'avaient déjà donné d'après un manuscritde la bibliothèque barbérine. Ce Fragment a cela de singulier qu'il contient le texte hébreu en lettres grecques, et que

PRIM1T.FS

fourniraient plus d'un témoignage de la vérité du texte hébreu que nous avons encore. Ils serviraient à terce texfe et les différentes versions y sont représentés en cinq colonnes à la marge du même manuscrit. Il d il résulter, de là que dans quelques exemplaires des Té:i aides des copistes, peu au fait des caractères hébraïques, avaient seulement transcrit dans une cinquième colonne le texte hébreu en lettres grecques; de sorte que celte collection pouvait s'appeler Pentasélide, rkvTaaéJ.iôov, c'est-à dire ouvrage à cinq colonnes. Peut-être qu'on nomma ainsi ies Hexaples d'Origène, ayant plutôt égard au nomVe des divers textes i.u'ils contenaient, qu'au nombre des colonnes; ou ne comptant que pour une seule celles où était l'original hébreu, décrit séparément en deux sortes de caracières. Je n'ai rien dit de celle collection, en parlant des travaux d'Origène, parce qu'il me paraît qu'on doit moins l'attribuer ace Père qu'aux copistes eux-mêmes. Dans le célèbre manuscrit de René Marchai, il y a la note suivante sur le IIIe chapitre d'isafr, vers. 24 , où il cl fail mention du Pentasélide : Ili ires versiculi subjuncli non en ml in Pentaselido (sive in libre qninque columnarum) , neque eorum meminit Origenes in expositione sua. Ces sortes d'exemples sont si raies que jusqu'à présent on n'en a pas découvert d'autres dans les manuscrits de la version grecque des LXX.

Le second Fragment que nous venons de citer d'après Fabricius, et où il y a quelques lacunes dans les versions d'Aquila, de Synumiqoe et de Tliéodotion, contient tout le Ier chapitre de la Genèse, fabricius Ta lire principalement du commentaire de Phiiopuue sur l'ouvrage des six jours. Mais ce ne sont là, pour ainsi dire, que de simples essais, eu égard à ce qu'on en a vu paraître dans la suile.

Aucun écrivain ne s'est autant distingué dans ces recherches que le P. deMonlfaucon. Nous lui sommes redevables d'une collection, la plus complète qui < ûi jamais paru, des Fragments des Hexaples. Ceux qu'il nous a donnés dans ses Hexaples d'Origène, roulent sur le Penlaleuque, les Livres de Josué, des Juges, de Rulh, des Rois et des Païa'ipomènes, de Job, des Psaumes, des Proverb.es, de i'Ecclésiaste, des Cantiques, des grands et des petits prophètes. Dom Sabatiera fait usage de celle collection dans son édition de l'ancienne Yulgate italique. Dom Guarin s'en est aussi beaucoup servi dans son Lexicon hebr. chald., imprimé à Paris en 1746. vol. IL in 4°. C'est de ce dernier ouvrage que M. Constance? a pris ceux qu'offrent ses Concordandœ Bibliorum hebraicorum, dont nous avons un volume in 4. imprimé a Rome en 1738, cl qui va jusqu'à la lellreninelusivement.il est à souhaiter que le public ne reste pas plus longtemps privé de la suile de ces travaux du savant M. Constance. Je sais qu'ils sont terminés depuis quelques années, et que l'édition n'en a été interrompue (pie par la mauvaise volonté des imprimeurs romains.

Chrétien Scl.œtlgenius a fait sur la collection du P. de Monlfaueon quelques remarques adressées à Wolfius; elles méritent d'être consultées. Celui-ci les a insérées dans le IIP volume de sa Bibliothèque hébraïque, nom. 180i, pag. 8u0 81)4.

Tous ces restes des hexaples lie sont, à la vérité et pour l'ordinaire, que des morceaux détachés ; mais ils n'en sont pas moins précieux. Attendons nous à voir même faire de nouvelles découvertes par la voie (lai manuscrits, de ceux en particulier, donl font mention le P. le Long (BibUoihccœ sacr. cap. 5. sccl. 4, pag. 159, seqq.) el ie P. Biaiicuim. (Vindicte canonicarum Scriptwarum , pag. 25 d -zli el seqq.) Parmi les manuscrits que ce dernier a laissés après sa mort, el qui sont aujourd'hui entre les mains du P. de Magisiris, prêtre de l'oratoire de l'Eglise Neuve de Rome, il y en a deux qui renferment des Fia-

miner Lien des questions qu'on agile depuis plus d'un

siècle, sur ce qui concerne la pureté de cet ori-

gments qui n'ont point encore paru ; 1° Prophète Majores descripli secundum Origenis Hexapla, quibus Fragmenta edi la a Cl. P. Mont faucon innumeris in locis illtistrantur ; 2° Prophète minores secundum Origenis Hexapla, quibus pariter Monljauconiiopussupplelur ctilluslrutur. (Cou fer. Jo$. Blanchini Elogium hisioricum, a Clar. P. de Magistris ediium. (llomœ 176-5-, pag. 20, seq.). Ces deux pièces ont été transcrites sur un excellent manuscrit de la bibliothèque du Prince Chigi.

On imprime depuis l'année dernière (1769) à la Propagande, les deux versions grecques de Daniel selon les LXX ei selon Théodotion, tirées du même manuscrit qu'on croit être du Xe siècle. Dans le programme que Vénancc Monaldini, libraire romain, publia en 17G8, il est dit que ces deux versions sont de la correction d'Origène, et telles que ce Père les avait placées dans ses Télraples, en y ajoutant les astérisques, les obèles et autres marques grammaticales. Outre les traductiones latines, celle édition qui est déjà fort avancée, et que nous devons aux soins du père de Magistris, irès-avaulagcuscmcm connu par ses travaux littéraires, sera accompagnée d'un fragment des commentaires deS. Hippo!yte,évêqucdc Porto, sur Daniel. Tout cela, joint à plusieurs disserialions cl aux différentes remarques du savant éditeur, ne peut qu'accroître h belle collection du P. de Montfaucon. Le P. de Magistris rend un vrai service à la religion et aux lettres, en publiant un ouvrage que l'Europe savante attend depuis longtemps. Ce religieux et infatigable écrivain s'engage même à prouver dans une dissertation particulière, contre Ilumfred liody, An'oine Yan-Daleel tous ceux d'entre les modernes qui les ont suivis, la vérité de l'histoire de la version des LXX. Ce sera une espèce d'apologie de ce que les SS Pères oui cru communément làdessus d'ap:ès le récit d'Arislée.

La plupart des savants pensent que la version de Daniel selon les LXX s'est entièrement perdue depuis bien des siècles. Anciennement et jusqu'à nos jours, l'église grecque n'en a pas lu d'autre que celle de Théodotion : Danielem propheiam juxta LXX interprètes Domini Salvatoris Ecclesiœ non legunt, u tentes Theodolionis edilione: et hoc cur accident nescio . ... Hoc unum uffirmare possum quod multum a veritate discre pet, et recto judicio liber repudiatus sit. Ilieronymus, Prœfat. in Daniel., operum tom. I, col. 987, seqq.

Ongène, comme on l'a vu, s'é ail beaucoup servi de la version de Théodotion; et dansloul.es nos Bibles grecques il en est reslé plus ou moisis de vestiges. Les savants croient encore communément , qu'au lieu de l'éd non de Daniel selon les LXX, qu'Origène tenta en vain de rétablir dans sa pureté, ce Père plaça dans ses Hexaples et dans ses Télraples celle de Théodotion. Le fameux manuscrit de Marchai, qui a été copié sur un bon exemplaire corrigé d'après les Hexaples elles Télraples, paraît appuyer ce dernier sentiment. En effet l'édition de Daniel s'y trouve seulement sous le litre qui suit : Daniel juxta Theodolionem. Nos Bibles grecques n'en présentent point d'auire. Mais si la version en question est des LXX, et si elle est véritablement de la correction d'Origène, tirée même de ses Télraples ; Isaac Yossius n'avait donc pas tant de tort de dire (Responsio ad objecta Hulsii), que ce Père n'avait substitué à l'édition de Daniel selon les LXX que le 4e chapitre de la version de Théodotion , parce que ses exemplaires des LXX étaient très-défeclueux au même chapitre. Ce serait encore sans raison que J. Golllob Carpzovius (Criticœ Sacr. part. II, cap. 3, pag. 566) aurait dit que l'opinion de Vossius n'avait pour appui aucun monument antique. Les nouvelles lumières que le savant Père de Magistris nous don-

DE LA RÉVÉLATION. GSG

giuai de nos Ecritures du Vieux Testament, cl la manière de le lire. Cet ouvrage admirable aurait prévenu toutes ces dissensions littéraires dont les savants se sont tant occupés jusqu'à nos jours. Origène nous y apprenait comment on 'e lisait de son temps, comment on l'écrivait, et corn menton l'entendait. Pouvaitil prendre une meilleure voie pour empêcher qu'on ne fît quelque changement à ce texte, soit dans les caractères, soit dans la prononciation, soil dans le sens, qu'il ne fût aussitôt remarqué par les moins habiles?

On ne peut trop se réerirer contre la négligence des Grecs qui ont é'.é si peu attentifs à conserver un trésor de cette importance (1). En transcrivant ie

nera là-des-us, dissiperont nos doutes sur h sincérité «le celle version : car enfin il ne serait pas fort improbable qu'elle fût de l'édition de Lucien on de celle d'ilésychins, ou enfui de toute autre.

(1) Brian Wal'oo Prolegomen. cap. 4, § 13, pag. 32; M. l'abbé Duguet, Conférences Ecclésius.iques , dissertaiion XII, paaf. 21(5 et suivantes.

Les IJexaeles d'Origène formaient une compilaiiou si considérable, qu'on ne pouvait se la procurer qu'à (rès-grands frais, ou en faire des copies qu'avec beaucoup de travail. S. Jérôme le témoigne dans sa Préface sur Josué. Quoiqu'Origènc eût eu bien des secours, et que ses amis l'eussent servi de leurs ricliesses pour perfectionner celte grande collection, il y sacrifia néanmoins plusieurs années. C'était d'ailleurs l'usage de ces temps-là de n'écrire ces sortes d'ouvrages qu'en gros caractères ou en lettres onciales : ce qui les rendait fort volumineux. Et le P. de Montfaucon pense que les Hexaples devaient former au moins un cinquantaine de volumes i\\\nei grosseur énorme (Prœliminar. ad Hexapla Origenis, cap. il, § I, pag. 75). Aussi n'en dut -on tirer que très-peu de copies. On se borna à en transcrire uniquement et selon le besoin les différentes leçons d'Aquila, de Tbédotion et de Symmaque, ou quelques autres qui paraissaient plus importantes, qu'on se contenta de renvoyer aux marges des exemplaires de de la version des LXX. Comme les copistes choisissaient tantôt les unes, tantôt les autres de ces leçons, selon leurg. ûi et eu les accommodant quelquefois à leurs opinions particulières; de là est arrivé ce peu d'uniformité et même cette multiplicité de variantes, qu'on trouve aux marges des plus anciens manuscrits de cette version.

Une autre cause n'influa pas peu à faire négliger ces lîexuples. On crut pouvoir s'en passer, surtout après les différentes corrections qu'on entreprit du texte des LXX, quelque temps après la mon d'Origène. Les Pamphile et les Eusèbe prirent pour règle de leur révision le grec des Hexaples : Pamphile luimême en déposa l'original; ainsi que celui des Télraples, dans la belle bibliothèque qu'il forma àCésarée ; mais ces deux bons corps d'ouvrages disparurent tellement dans la suite, qu'il n'en est échappé à l'injure des siècles aucun fragment, tel qu'il était sorti des mains d'Origène. Ce qui nous en resterions le tenons des travaux de Pamphile, d'Eusèbe cl de quelques autres savants qui avaient consulté les Hexaples et les Télraples. Le P. de Montfaucon (toc. cit., § 3, p. 74) nous a don .é même une liste de ceux d'entre les anciens écrivains ecclésiastiques qui dans leurs commentaires se sont servis des Hexaples d'Origène, et a poussé celle liste jusqu'à Eulhymius; mais il douic fort s'ils existaient encore de son temps. Enfin il conjecture que l'original des Hexaples et des Tetra pies , conservé dans la bibliothèque de Césarée , y péril ou avec cette bibliothèque même, ou lorsque Iq ville fut prise sous Cho»roès, roi des Perses, ou peuN être peu de temps après, lorsqu'elle tomba cuire les

texte hébreu en lettres grecques, Origène nous donnait même une espèce de Massore beaucoup plus courte et plus simple, que n'est celle des Juifs.

Quelque temps après la mort d'Origène, arrivée en 254 (l) , ci le décès des évoques de la Palestine qui l'avaient connu et qui s'étaient empressés à répandre dans leurs provinces son édition des LXX , on vit paraître d'autres travaux qui prouvent combien on respectait les Ecritures hébraïques. Il eût été assez inutile de recourir à ce texte primitif de nos livres saints dans les corrections qu'on fit alors de la version vulgate des LXX, si on ne l'avait en même temps regardé comme exempt d'erreurs contraires à son intégrité et à sa pureté. Par ces travaux , l'on mettait toujours plus le même original à l'abri de toute corruption essentielle.

Les critiques n'ignorent pas ce que nous devons à S. Pamphile, couronné dans la persécution de Maximin, l'an 509 de l'ère chrétienne (2). Ce savant prêtre, non moins célèbre par son éloquence que par la pureté de ses mœurs (3), transcrivit lui-même (4) la plus grande partie des ouvrages d'Origène, et en orna la riche bibliothèque qu'il avait élevée à ses propres dépens (5) dans Césarée en Palestine. De concert avec son ami Eusèbe, qui fut dans la suite éveque de cette ville, il entreprit de rétablir l'ancienne version grecque vulgale Kctv^v , sur l'original môme des Hcxaples et desTélraples (G), qu'il déposa dans sa belle bibliothèque.

mains des Arabes, qui y enlevèrent ces manuscrits et ce qu'elle avait de plus précieux.

(1) Guillelmus Cave, loc. cit. tom. 1, sa'C. III, p:ig. 115. Origène était né à Alexandrie vers l'an 185 de Jésus-Christ, selon J. Alb. Fabricius (Biblioth. Crœc. vol. V, lib. V, cap. 1, § 26, pag. 214), et mourut en J.53. Casimir Oudin (Commcularu de Scriptoribus Ecclesiœ antiquis, il lor unique scrip lis , etc., tom. I, sœc. III, edit. Lipsiens. , 1722, pag. 265 ) met cette mort à l'an 256.

(2) Guillelm. Cave, ibid., png. 155.

(3) Eusebius, Ecclesiast. Hisior. lib. Vil, cap. 32, p*g. 371.

(4) Pamphilus presbyter... tanlo bibiioihecœ divinœ amore flagravh , ut maximum partent Origenis voluminum sua manu descripseril , quœ usque hodie in cœsariensi bibliolheca habentur. ilieronymus , Liber de Viris illustribus , cap. 75, Bibiioihecœ ecclesiast. Auberli Mirœi, edilioni llamburg. 1719, cura Joan. Alb. Fabricii praemissus, pag. 165.

Parmi ces manuscrits que Pamphile avait copiés, il y avait vingt-cinq homélies d'Origènc sur les douze petits prophètes : S. Jérôme en faisait tant de cas qu'il les regardait du même œil que s'il avait eu les trésors de Crésus : « Sed et in duodecini propheias viginti quinque fÇqy^tfc&w Origenis volumina , manu ejus exarata reperi , quœ tanlo ampleetor ac servo gaudio, ut Crœsi opes me hahere credam. Si enim la> tilia est unam episiolam habere marlyris, quanto inagis toi millia versuum , quai mihi viielur sui sanguinis signasse vestigiis ? > Idem, loc. cit.

(5) llieronym. Epist. ad Marcellam., oper. loin. II, pag. 711; ïlufin. in D. Hieronym. Invectivarum lib. III, oper. ejusd. Hieronym. tom. IV , part- II, col. 426, seqq ; Guillelm. Cave, loc. cit. , pag. 155.

(6) On connaît un célèbre manuscrit qui est de cette correction : il appartenait autrefois à René Marchai de Boismoreau, ensuite au caidinal de la Uo-

Par le moyen de ces deux savants hommes, les fidèles de la Palestine ne tardèrent pas à jouir de nouveau d'une édition qui avait coûté tant de sueurs à Origène, et dont les exemplaires communs se ressentaient de temps en temps de la licence ou de la négligence des copistes, quelquefois même de la maliee des hérétiques.

L'élude des saintes lc'ires, qui, comme le dit Eusèbe (1), distingua Pamphile au-dessus de ions

cbefoucaud qui en fit présent à la bibliothèque du coïlégedc Louis-lc-Grand, que les jésuites avaient à Paris. Ce manuscrit renferme tous les prophètes. A 1:» fin du livre de Jérémie, nu au commencement des prophéties d'Ezéchiel, il y a la note suivante : « Desumpluin estabexemplari palris Apollinarii cœnohian lire; in quo subjecla sunt ipsa. Exscriptum estab Hexaplis editiones compleclonlibus, et correclum est ad fideni Telraplormn Origenis, qu;e eliam manu ejus emendata et scholiis illustrata eranl. Ego Eusebius seholia adjeci. Pamphilus et Eusebius correxeruni. > Au commenremenl du livre du prophète Isaïe il y a celle autre épigraphe que nous porterons simplement en latin , pour abréger : « Desumpius est Isaïas ab exemplari Apollinarii ccenobiarclue, in quo turc subjiciunlur. Desumpius est ls:>ias ab Hexaplis secundum editiones adornatis.Collalus aulein fuit cum alio Hexaplo banc nolani habente : Accurate editiones omnes corrects? sunt, collatœ enim fucruni cum Teiraplo Is:ii:e , et cum Ilexaplo. Ad luec, ab initie us<|ue ad visionem Tyri , accuratius emendatus est. Nacli enim tomos exegeticos Origenis in Isaiam usque ad fineni visionum Tyri, et sedulo considérantes quo sensu singulas dicliones acceperit, quantum facullas tulit, omne dubium et perplexum secundum illius sen- Siuncoireximus.Prœtereacollata est eliam Septuaginla intcrpreluin edilio cum iis que- in Isaiam scripsit Eusebius : alque in quibus cral v;irieias , indagalo expositionis sensu secundum ejus rationem emendavimus. i

Aujiigemenidu savant père Monlf;iucon (Pul&ogra* pldœ grœcœ lib. III , cap. 5, pag. 225, seqq.) , ce M s. est du VIIIe siècle : on y a ajouté même de temps en temps à la marge quelques notes qui décèlent un compilateur beaucoup plus récent, et (pie l'on croit être du douzième siècle. Voyez le Long. Bibliothec. mer. , tom I, sect. i , cap. 3, pag. 168 cl seqq. ; Bernard de Monlfaucon, Prœliminariaad Origenis Uexapla, cap. I , § 5, pag. 14, et in Hexaplis, loin. II, pag. 87; Joseph. Blanchinus , Canonicarum scriplurarum Vindiciœ , png. 258, et seqq. ; Daniel Huelius, Origenianorum lib. III, cap. 2, sect. 1; ejusd. Origenis Commentar. in sacr. Script, prœmiss., pag. 257 ci seqq.

Sauf Piisage que le père de Monlfaucon a fait dans ses Fragments des lléxaples , ce fameux Ms. de Marchai, et les quatre chapitres d'O^ée que Jean Phélippeaux en publia à Paris en 1656 fol. avec ses commentaires, nous n'en avons encore d'imprimé que le livres dTsaïe où les additions sont notées en marges par des astérisques ; les obèies y ont été omises par respect, à ce qu'on croit, pour la version des LXX ; mais on y a laissé les lemnisques. Celte édition parut avec les commentaires de Procope de Gaze sur les prophéties dTsaïe, et sous le tilre qui suit : Procopii sophiste christiani variarum in Isaiam propheiam commeniaiionum Epitome ; cum pnepo&iio Eusebii Pamphili Fragmente de vilis prophelarum, Joanne Curterio interprète. Addihc sunt ad gr;eca Isaisc verba veierum septem inlerpretalionum ddl'erenlia; cum suis nolis ab Origenis Hexaplis desumpue, etc., Parisiis, 1580, fol.

(1) Liber de Martijribus Palœslinœ, cap. 11, ad calcem Ecclesiast. Ilistor. Eusebii edit. Cantabrig. su^ta allauc, cap. 128.

m DE LA RËY

ceux de son temps, et qu'il enseigna aux autres dans une espèce d'académie qu'il établit à Césarée, nous oblige de croire qu'il ne dut point négliger la langue hébraïque ni ies manuscrits hébreux. L'histoire nous apprenti que cet illustre martyr avait ramassé avec une diligence extraordinaire et à grands frais , tout ce qu'il put découvrir (1) des écrits des plus célèbres auteurs ecclésiastiques. 11 était d'ailleurs natif de Béryte en Phénicic , dont le langage n'était qu'un dialecte de l'ancien hébreu.

Ajoutons à la gloire de ce grand personnage qu'il ne se bornait point à rétablir la pureté de la version des LXX, en recourant aux originaux. Son zèle et sa libéralité éclataient plus d'une fois dans l'usage qu'il faisait des exemplaires des livres saints. Non content d'en multiplier les copies à ses dépens , on le voyait s'empresser à les distribuer indifféremment (2) à tous ceux qui n'étaient pas assez riches pour s'en procurer de correctes et d'exactes. Ce seul trait audessus de tout éloge caractérise un véritable savant auquel rien n'est plus à cœur que ce qui lient de près à la religion, tel qu'est le dépôt inviolable des textes originaux de nos Écritures.

Ce même siècle, qui fut témoin des travaux de Pampbïte et d'Eusèbe, nous présente un autre savant également zélé pour la conservation et pour la pureté des livres sacrés. Les Hexaples et lesTétraples d'Origèuc se trouvaient alors, pour ainsi dire, comme concentrés dans la seule Palestine ; et jusqu'au temps de Pamphile et d'Eusèbe, l'on ne voit pas qu'ils fussent fort communs. Les Eglises voisines de la Palestine sentirent toutefois l'utilité de ces sortes de travaux. C'est sans doute ce qui engagea S. Lucien à corriger la version vulgale des LXX , qui était entre les mains du peuple. Ce savant (3), né à Samosale en Syrie, de parents illustres, et prêtre d'Antioche, mort aussi pour la foi de Jésus-Christ, l'an 512 (4) de l'ère vulgaire, était beaucoup versé (5) dans les écrits des Juifs et des chrétiens.

Avant de publier son édition des LXX, S. Lucien

(1) llieronymus, Epislol. ad Marcellam, loc. supra cit.

(2) < Scripluras quoque sanctas non ad legendum tanlûm, sed et ad hahendiim tribuebat promptissime. Nec solum viris, sed et feminis, quas vidisset leciioni dedilas. Umleei mulios codices proepa rabat ut, cum nécessitas poposcisset , volenlibus largirelur. > Hieronymus, Apologiœ lih. I adversus Rufîn. , oper. tom. IV, part. Il, col. 559.

(5) Vir omnino optimus, tum vilœ conlinenlia, tum tacrarum Litlerarum scienlia clarus. Eusebius, Ecclesiasiic. Uistor., lih. IX, cap. 6, pag. 4U.

(4) GuiHelmus Cave, loc. cit., pag. 154.

(5) » Sub l)i -icletiano et Maximiano lyrannis, raucttn martyr Lucianus, vir non minus inJudœorum quam in noslrorum scriptis exacte versât us, iîlorum libros in nosiram dialectum optime atque accuratissnne transtulit. > Nicelas Metropoliia Heracleensis, Proœmmm Commentât, in psalmos, apud Vsserium de LXX tnterprei., :ap. 7, pag. 71 ; Suidas, voceAwua- Wf; idem, voce Nofliûeiv; Confer. auctor Synopseos athanasianœ, inler opéra 'Si Athanasii , edit. Paris . i<W8, tom. Il, pag 201.

ËLVTION. 690

ne se contenta pas de conférer ensemble, par la voie des meilleurs manuscrits (1), les différentes verrions qui avaient paru jusqu'alors ; mais il eut recours dans sa révision , à la vérité hébraïque (2). Suivant les témoignages des écrivains qui appuient nos réflexions , ce S. martyr s'acquitta de son travail avec tous les soins possibles, et il nous donna une édition conforme à l'hébreu; car, selon Euthymius, entre autres, elle n'avait rien de superflu ni rien de mutilé ; elle était exemple de vices introduits dans le texte des LXX par l'ignorance ou par !a liberté des copistes.

Je conviens que les écrivains que je cite dans mes noies sont un peu éloignés des temps qui concernent mon époque. Nicétas (5) et Euthymius (4) ne devancent point le IXe siècle. Suidas (5) ne parait guère plus ancien qu'eux. L'auteur (6) de la Synopse de l'Écriture, faussement (7) attribuée à S. Athanase, est peut-être à peu près du même âge. Quoi qu'il eu sait, leur autorité n'est pas moins digne de nos égards. Ce sont d'ailleurs des écrivains liès-nourris de la lecture des anciens auteurs ecclésiastiques : leurs ouvrages en font foi, et montrent qu'ils étaient habiles. Sans vouloir cependant prétendre avec eux, que S. Lucien ail fait une nouvelle version grecque sur le texte original des Ecritures hébraïques , il est certain qu'il corrigea l'édition (8) commune Kotv^v ,

(\) GuiHelmus Cave , toc. cit., pag. 155.

(2) c Omnibus ( quœ extabant in Hexaplis ) editionibus visis, et cum hebraica veritale diligciiiissiine magno cum laborecollatis ; propriam edilionem niiiil mancam, niiiil habentem superfluuin tradidil; quas apud Nicomediam manu ejus conscripta reporta est. in lurrequadam apud Judxos calceillila , post ipsius Luciani certamen. » Euthymius Zigabenus , Piœfu. in psalmos, mter varia sacra Stepli. Le Moyne, tom. I, pag. 103.

(3) Voyez Cuil. Cave, loc. cil. tom. II, s;cc. XI, pag. 153.

(4) Voy. ci dessus.

(5) Cet écrivain parait avoir vécu vers la lin du X sièele, et peut-être plus tard. Voyez Jean Ali). Fabricius, Bibliolh, Grœc. vol. IX, lih. V,cap. 40, pag. 622, seqq.

(6) Le célèbre P. de Monllaucon qui nous a donné une très-bonne édition des œuvres de S. Athanase, ne détermine presque rien sur l'âge auquel a vécu cet écrivain anonyme. Il dit en général {In Synopsim Soipturœ S. Admonilio , Oper. c'jusd. sancti a se edit. tom. Il, pag. 125) qu'il est postérieur à ce Père de l'Eglise.

(7) Mon i faucon, loc. cit. Confer. ejusd. Animadversioncs in Vitamel ScriptaS. Athanasii, tom. II, novits colleciionis patrum et scriptorum grœcor. ab eodem edit Paris, 1706, Animadvers. XV, pag. 30 et seqq.

(8)Hody,./o£. cil. lib. IV, cap. 4, pag. 627, soutient que c'est une erreur de dire que l'édition de S. Lucien concernait la version vulgale ou commune des LXX. Cet auteur veut au contraire que la correction du S. martyr roulât en général sur la version même de ces interprètes. Il me semble que c'est vouloir faire naître des difficultés où il n'y en a point. Le passage delà lettre de S. Jérôme à Sunnia et à Frétéla , que nous avons rapporté ci-dessus dans une de mes notes et où le S. docicur distingue bien clairement l'édition de S. Lucien de celle des LXX corrigée par Origéne , est très-décisif contre l'opbnn du savant Anglais V

Jes LXX sur plusieurs exemplaires grecs, el en particulier sur l'hébreu. Eulhymius prétend même que l'édition dont nous parlons convenait avec la vulgate des LXX(1) ; c'est qu'au temps de cet écrivain, les cndroiis ajoutés au texte commun des LXX interprètes n'étaient plus marqués d'étoiles (2), et qu'une partie des passages notés de lignes ou d'obèles avaient été retranchés ou renvoyés à la marge. Ce n'est pas que l'édition de S. Lucien eût été originairement semée d'étoiles et d'autres marques , telles qu'elles étaient dans les Ilexaples ; mais eu faisant disparaître de sa correction ce qu'il y avait de trop dans le texte des LXX, et en y insérant ses propres additions, il la rapprochait effectivement davantage de l'original hébreu. D'où il résulte que le S. martyr se régla plutôt sur ce texte primitif de nos Ecritures que sur tout autre, et qu'il y ajouta ou en retrancha ce qu'il jugea nécessaire, sans embarrasser (3) son édition ni

est certain que le martyr Lucien ne revit pas d'autre texte grec que celui qu'on liait communément dans les églises, el qui se trouvait dans les mss. très répandus entre les mains des (idèles. Or c'est précisément ce qu'on appelait alors la version vulgate des LXX. La différence qui était entre celle-ci et celle des Ilexaples, c'est que la première avait contracté des fautes par l'ignorance des libraires ou des copistes , et que la seconde était fort correcte, au jugement de S. Jérôme. En voici un exemple que nous tirons de la même lettre de S. Jérôme. L'édition populaire ou commune lisait de la manière suivante cet endroit du V* psaume, vers. 8, (hébr. 9): Dirige in conspectu tuo viammeam. Le ms. du Vatican et l'édition que nous en avons ont conservé celte leçon qui est la même dans notre Psautier latin. S. Jérôme dit cependant que les LXX des Ilexaples elles trois interprètes autorisent la leçon contraire à la Vulgate : Quod nec Septuaginta hubent , nec Aquila , nec Symmachus , nec Theodotio, sed sola Koivii editio. Idem, loc. cit., lom. il, col. 650. Aussi la correction de ce Père porie-t-clle : Dirige in conspeclu meo viam luum;ce qui est conforme

à l'hébreu ! "pTï i^ TOT1 , comme S. Jérôme l'observe au même endroit.

Quelles que fussent ces différences entre la version commune des Septante et celle des Ilexaples, on voit cependant p->r plus d'un passage de S. Jérôme , que ce Père désigne les Septante des Ilexaples sous le nom d'édition vulgate ou d'édition commune : Volumus hebrai uni sequi et vulgaiam edilionem non penilus pnvlerire. Idem , comment, in cap. XXVI Ikaiœ, oper. tom. 111, col. 219; multum in hoc loco Septuaginta editio hebraicumque discordant. Primum orgo de vulpala editione traeiabimus et po-tea seïjucmur ordincm verilalis. Idem, in cap. XXX. vers. SI, Isaïsc, lom, cit. cal. 258. S. Jérôme tient ailleurs le même langage, quand il parle absolument de la version des Septante, ou qu'il la compare avec le texte hébreu, ainsi que l'a remarqué M. l'abbé Dûguet (Conférences ccclésiasL, lom. /, dissert. XII , pag. 225 el seq. ; Brian. Vallon, loc. cit. prolegomcnd, § 25, pag. 65).

(1) Hœc cnm LXX inlerprefuni editione consensit , et (in tu ub ali'.s depmvaia fuerant reprobavii; Eulhymius , loc. cil.

(2) Feu M. l'abbé Duguet, loc. cit.

(5) Le savant évêque d'Avranches, M. Huet , (Oriçmianor. lib. III, cap. 2, seq. 4, .§ 10, loc. cit., p. 263) conjecture que l'édition lucianée , quoique différente de celle d'Origène , avait cependant cela de commun avec elle, qu'on y voyait les mêmes notes grammaticales. Il en dii attlant de l'édition d'IIésychius, dont

DES TITRES PRIMITIFS Cî?2

d'étoiles ni d'obèles ou de lignes ; les unes et les autrrsdeces notes grammaticales lui paraissant superflues et inutiles. Il semble néanmoins q-.'il s'y était donné beaucoup plus de liberté qu'Origène n'eu avait pris, lorsqu'il revit ses Télraples, et qu'il composa ses Ilexaples : un passage (1) de S. Jérôme l'insinué

nous parlerons bien'ôi. Ce docte écrivain se fonde sur un passage de S. Jérôme (oper. lom. IV, part. ]{' col. 62o) qui du dans une de ses lettres à saint Au' gnstin que toutes les éditions dos Septante qu'on lisait dans les églises étaient distinguées d'ol è es el d'astérisques. M. Henri de Valois a été de la mémo opinion. Mais ce passage doil uniquement s'entendre des éditions dont on se servait du temps de S Jérôme et de S. Augustin. En effet, si celles de Lucien el d'IIésychius eussent eu ces marques , S. Jérôme n'aurait assurément pas écrit que, pour découvrir les additions que ces deux mart\rs avait f.utcs à leurs corrections, il f.dlait recourir aux versions qu'on avait déjà vues paraître en différentes langues (Noyez la note suivante.) Les obèles, comme nous l'avons observé plus d'une fois.étaicnt destinées a- manquer ce que la version des Septante avait de tmp ; Cl les petites étoiles ou les astérisques désignaient ce qu'Origène y avait ajouté pour la rendre plus conforme à l'hébreu. Disons plutôt qu'après la mort «le S. Lucien et d'IIésychius, leurs éditions se trouvèrent peu à peu muées de semblables marques , parce qu'on en scn'.ii la nécessité, sou pour discerner ce qui appartenait à la version dos Septante et au lexte hébreu , soit pour suivre l'exemple des Eglises de la Palestine, qui employaient l'édition ctoiléc d'Origène. Par ces sortes de marques, il était facile de savoir ce qu'on pouvait alléguer aux Juifs contre lesquels ou avait de fréquentes disputes. Vl sciremus non qnid nobis, sed qnid Judœis adversni nos cniamibns , nul déesse nul abundare videreinr. Ilufinus, Inveclhar. advers. Ilieromjm. lib II, oper. ejusd. Uicromnn. loin. IV, pan. Il col. 450.

(1) Prœtcrnûlto eos codices quosa Lnciano el llesijcliio nnncnpalos, paucoruni hominnm assnit penersa contenlio : qitjbus u tique nec in Yeteri inslrumento posl Seplw qinia interprètes emendare qwd licnit, nec in JSovo profnitemendusseuum mullarum Genlium linquis ante translata, doceal esse fulsa qnœ addita snnt. l'iierouymus, in cvangelislas ad Danwsum P. Prœfatio, oper. tom. I, col. 1425.

Ce passage de Si. Jérôme parai: insinuer que les éditions de Lucien cl d'IIésychius n'étaient point anciennement aussi répandue-^ que nous l'avons assuré d'après un autre passage du même Père ( voyez la note suiv., c<d. G94). S. Jérôme y d'il que les exemplaires de ces deux martyrs n'étaient soutenus (pie par la mauvaise obstination de quelques particuliers; que ces éditeurs n'ont pas eu droit de changer dans l'Ancien Testament après les Septante; qu'enfin leurs corrections dans le Nouveau sont ii utiles. Les annales de l'Eglise nous apprennent même que les exemplaires des Evangiles, qui passaient sous le nom de ces deux martyrs , lurent condamnés dans un concile romain , tenu sous le pape Géiase en 494. S. Jérôme dit encore dans la préface de son Commentaire sur Daniel, que toutes les Eglises des Grecs, des Lalns, des Syriens el dos Egyptiens lisaient l'édition d'Ori L,ènc avec des astérisques el des obèles. De plus , il assure dans une de ses lettres à S. Augustin que les bibliothèques «les églises offraient à peine un ou d< ux exemplaires des Septante qui n'eussent ces sortes de noies.

Ces autorités du S. docteur semblent être contraires à notre sentiment; et dom Martianay (nota in prœfat. Hieronymi in Paraljpomenon , oper. ejusd. sancti loin. I, col. 1025) les lait valoir pour en conclure qu'il n'y avait que l'édition des Hcxaples qui.

suffisamment. Dans unedeses lettres au pape Damasc, el qui sert Ue préface aux quatre livres des Evangiles , ce Père Marne les éditions de Lucien et d'Hésychius: il ajouté que les différentes traductions (ailes en diverses langues, avant les travaux de ces deux martyrs sur nos Ecritures grecques, découvrent les additions qu'ils y avaient faites, el par conséquent la corruption de leurs éditions. Mais on doit observer que S. Jéiôme ne jugeait de ces éditions que relativement au texte des LXX, dont il se servait , et tel qu'on le lisait communément dans les églises de la Palestine. En voulant donner à sa correction plus de conformité avec l'original hébreu , S. Lucien se crut obligé d'y faire plusieurs additions qui furent cause qu'elle s'éloignait en certains endroits de celle des LXX. Ainsi la plainte de S. Jérôme avait quelques fondements. Ce Père aurait souhaité une édition plus pure de la vulgate grecque, et voulu que le S. martyr eût distingué des notes ce qu'il avaii mis dans son texte, ou ce qu'il en avait retranché conformément à l'hébreu. Cela n'empêcha pas que l'édition de S. Lucien ne fût tiès-bien reçue dans plusieurs Eglises de l'Orient (1); ce qui prouve qu'au fond elle était la môme que la version des LXX. En elfel il n'est pas croyable que des Eglises chrétiennes eussent permis l'usage d'une version qui aurait été toute contraire au lexie do ces interprètes , pour lequel elles avaient une singulière vénération. Les Eglises de Conslanlinople et d'Amioeue suivirent l'édition de S. Lucien, parce qu'elle rapprochait davantage l'un de l'autre les deux lexles grec el hébreu de nos saintes Ecritures.

Inférez du travail de eu illustre mar:yr, quel qu'en fût d'ailleurs le succès, qu'il sentit la nécessité de relût reçue par les Eglises de l'Orient, mais on peut concilier S. Jérôme avec lui-même.

Quoique l'édition des Septante de la correction d'Origène fût peut-être d'un usage plus universel que celles de Lucien et d'Hésychius, il n'est pas moins vrai de dire que ces deux dernières furent lues dans d'autres Eglises. S. Jérôme était peu satisfait des éditions de Lucien et d'Hésychius , parce qu'elles n'étaient pas sorties de leurs mains avec les marques de leur révision, ainsi que l'avait fait Origène ( voyez ci-dessus). Mais comme l'on reconnut enfin l'utilité el la nécessi:é de ces sortes de notes, afin de savoir ce qui appartenait et aux Septante et à l'hébreu, ces deux éditions en furent bientôt remplies. 11 y avait cependant encore de* particuliers qui en retenaient des copies sans les noies grammaticales , cl qui dédaignaient de se conformer à Pu-sage généralement reçu dans les Eglises. Aussi S. Jérôme se récriait-il contre leur obstination. Si la critique de ce Père eût eu uniquement en vue les éd. lions de Lucien ci d'Hésychius, il n'aurait jamais dit que toute l'Eglise se trouvait partagée par ces trois différentes éditions, connue il l'assure d'une manière bien posU live dans le passage de la noie qui suit.

(1) Alexandrie et ^Egyplus in Septuaginla suis He- 6ychium laudat auclorem. Constanlinopolis usqùe Anlioc'hiam , Luciani marlyris exemplaria probat. Mediœ inler bas provincial pale^iinos codices legunt ; quos ab Origene elaboratos Eusebius et Pamphilus vulgaverunt : tolusque orbis hae inler se Irifaria varietale compugnat. Idem, in librum Paralipomenon praiïat., oper. tom. cit. , col. ead. Confer. Slephan. Lc-Movne, notai ad Varia Sacra, pag. 5 il.

ÉLATION. éi

courir au lexie primitif des livres saints du Vieux Testament; qu'enfin les Eglises qui approuvèrent son édition , sentirent aussi qu'on devait corriger les exemplaires grecs des Septante sur le même original.

Vers le temps que les Eglises de la Palestine jouissaient des fatigues d'Origène sur l'Ecriture, et que celles de Conslanlinople et d'Antioche faisaient lire aux fidèles la Cible corrigée par S. Lucien , l'Egypte vil naîire dans son sein le savant évoque (1) Ilésychius qui s'occupa des mêmes travaux sur le lexîe grec des S'p'.anle. Les Eglises d'Alexandrie et de toute l'Egypte (2) firent usage de celte édition d'Hésychius. S. Jérôme (3) la cite sous le nom d'exemplaires alexandrins.

Il ne nous est pas aisé d'entrer dans certains détails touchant la manière dont Ilésychlus corrigea la version des Septante. Fout ce que nous en pouvons dire, c'est qu'il paraît que son édition n'était ni u.oe nouvelle version (4) , ni une correction qui altérât

(1) J'embrasse ici le sentiment le plus reçu qui fait Hésyehius évoque de quelque ville d'Egypte. Des écrivains disent qu'il était simple moine d'Alexandrie. Il y a pins de vraisemblance que c'csi le même évoque qui souffrit ie martyre pendant la dixième persécution qui enleva une foule de grands hommes à l'Eglise , et lui donna tant d'illustres martyrs. Eusèbe nous a conservé la mémoire de cet évêque (Ecclcs. hhtoriœ tib. VI II, cap. 13, pag. 594; Conf. Guitlclm. Cave, loc. cit., tom. /, sec. 3, pag. 155).

(2) Voyez la note précédente, mon. 1.

(5) Liber XV Commentai*, in cap. LVlil, 11 isai.e, oper. tom. III, col 435

(4) M. l'abbé Dugnet, loc. cit., prtg. 29.7 ; Jo. Alb. Fabricius, DibUolli. grée,t vol l!y l'ib. III, cap. 12, § \h, pag. 5o8.

Un savant très-instruit dans ces sorte; de matières, a dit : Id euim tantum Lucianus et flésychius conati videntur, ut collalam cum hebrœo LXX virorum edilionem iis tantum repur garent, qnœ in eam profanorum liominum, hœreiicornmque el aliorum citam iemerilate vetuslateque, denique et librariorum ignavia inepserant. Joan. Curicrius, prœfatio ad Procopii commentai-, in Isaiam,p. v. verso folio. Mais le témoignage de saint Jérôme ( ut supra rëtulimus) qui avait vu luimême les deux éditons, montrent clairement que Lucien el Hésychius avaient fait quelque chose de plus que de collalionner simplement leur texte grec avec la vérité hébraïque. Lucien , comme on l'a dit , régla sa révision plutôt sur le lexie hébreu que sur celui des Seplanle ; aussi iniroduïsit-jl dans son édition des changements qui en cet tains end; oils l'éloignaieni du texte de cette version, llésych.us ne perdit point de vue l'original hébreu ; on voit néanmoins par un aulre passage de saint Jéiôme , où il cite son édition sous le nom d'exemplaires alexandrins, que l'évoque géyplien l'avait quelquefois mêlée d'additions que n'avaient ni l'hébreu ni les copies de la version des Seplanle corrigées par Origène : Quod in alexandrinis exemplaribits in principio hujus capituli (haiœ LVI11, 11), additum est : t Et udhuc in te laus mea semper : » et in linc: i El ossa tua quasi lierba orientur, et pinguescent, et hœreditute possidebunt in generutiones el generaliones : j in liebraïco non iiabelur, sed ne in LXX quidem emendath el veris exemplaribits, LJnde obelo prœnotandum est. ilieronymus, inhaium, oper., tom. et loc. supra cit.

L'édition de Crabe a conservé mot pour mol la seconde addition qu'on lit encore dans la Polyglotte de

LVAÏÛÏC^: Et OSSa tuante. KvAry.iz-xzoj 6); f^7^riàr.,xiU\>

655 DES TITRES PUIMITIFS

notablement le texte grec; mats qu'k. l'exemple de le fameux manuscrit alexandri

Lucien , il tenta de le rapprocher de l'original hébreu, eu y insérant toutefois quelques additions tirées ordinairement du même original; cl qu'il conserva dans Si pureté, autant qu'il lui fut possible, le texte des Septante interprèles. L'on a même avancé que le fond fi) de celle édition s'est conservé dans

xcr.l tziocj9y!<7£?ki, y.ul x.)-/; pour, vomi ysvewç yevcûv. Le Savant

Mody (Detexl, orig'm., lib. IV, cap 3, p. (,58) a donc eu tort de dire que le ms. alexandrin ne portait point

patriarche d'Alcxandi

n , dont Cyrille Lucar, . ensuite de Constantinople, fil présent à Charles I-, roi d'Angleterre , et que Crabe (1) publia au commencement de ce siècle.

N'oublions pas de dire que le même Grabe a porté du travail d'Hé ychius un jugement qui n'est rien moins que favorable à cet ancien évoque égyptien. L'éditeur du manuscrit alexandrin prétend (2) que l'objet que se proposa Hésycl.ius dans sa révision, ne lut point de corriger la version des LXX des fautes

ésente pas telle que cet évêque l'inadvertance des copistes; que, bien loin de nenser

-T^dftt fîjftft 11: tf r d*!,s sa p,,relé el *» «»**« trim-

dhuc in te laus mea semZ 1?„» VCS' l cve'«,,e eSyPUcn eut uniquement en vue de l'a-

celte leçon qu'il cite lui-même pour prouveroue ce r

est fort différent de l'édition d'Hésychius, ou que tout qU' S y Cla'enl 6,lssees Par Ie laps du temps ou par au plus il ne la repçéser'" égyptien l'avait publi de commun avec cel

leçon suivante : El adhuc m le laus mea semper, l'un et l'autre portent : Et erit Deus tuus semper;' mais avec cet te différence que l'édition romaine ajoute avant le mol semper, tecum : ce qui est confirmé par le ms. de René Marchai. La même édition romaine n'a retenu de l'antre addition <\ne, Et ossa tua phïguescem; quoiqu'elle soit dans S Cyrille d'Alexandrie, dans Procope de Gaze , dans le ms. de Marchai et dans l'édition de Venise>

De là nous pouvons inférer, 1° Qu'Hésychius, quoique pénétré de respect pour nos Ecritures hébraïques ne voulut point négliger une leçon qu'il avait trouvée d;>nsde tout autres exemplaires grecs que dans ceux d'Origène ; 2° que le ms. de Marchai qu'on considère avec raison comme représentant la véritable leçon des Septante , est ici manifestement interpolé ; 5° que la même leçon omise en partie dans le ms du Vatican ou dans l'édition romaine des Septante et dans la Polyglotte de Complote , était celle quTlésyehius a-

Complote avait suivie dans son édition qui fut adoptée par les Eglises d'Alexandrie et de toute l'Egypte; qu'enfin c'est cette même correction d'Hésychius que saint Jérôme a ici en vue, quoi qu'en ait dit le savant auteur des Prolém gènes mis à la tê:e du troisième tome de l'édition du ms. alexandrin , § 4, vers. fui.

(1) Sans vouloir prendre aucun parti, je vais me .borner à rapporter ce que de savants critiques en ont dit. Hesychiana tua videlur editio, écrivait le P. Morin à Patrice Juniusqui préparait l'édition de ce manuscrit. La lettre du P. Morin se trouve insérée dans le recueil intitulé : Antiquilales Ecclesiœ orieuialis Cl. virorum... disserlationibus episjoltcis enucleatœ , etc., edit. Londin. 16*2, epist. 54, pag. 279 Toute cclte^ lettre esl remplie d'excellentes remarques sur nos éditions grecques du Vieux Testament.

Isaac Vossius a été du même avis, Hesychianam editionem exhibet exemplar alexandrinum quod in Anglia asservatur. Lucianea vero etiammtm extal in muliis Orient is ecclesiis : hujus quoque exemplur habel Serenissima lleyina Christina. Idem Vossius, prœf lio ad leciorem, appendici ad libruin ejusdem de Sepluuginta interprelibus e or unique translatione, prœfixa.

Le savant lisser penchait beaucoup pour ce sentiment. Neque vero, aliud quid obstine ego video quotmnus in alexandrin o hoc codice a chrisliunis œgyptiis in lanio honore habito, hesychianam ab œgyi>tiis olim in LXX suis laudatam editionem, contineri existimareur, nisi quodin Isaiœ LVlli, 11, verba illa : Et adhuc in le erit laus mea semper i hic desiderentnr, quœ in alexandrinh exemplaribus suo wmpore lecta fuisse confirmât Uieronymus. Usserius, de grœca LXX inlerprelum veraione Synlagma, cap. 9, pag. 101. Confer. Jo. Morini epislola ad Thom. Cromberum, epist. 43, inler Anliquil. eccles oricntaliSj pag. 236 ; Brian Wallon, Prolegomen, cap. 9, § 25, pag. 63.

Mais qui empêche de dire que ce passage d'haïe aura pu disparaître par quelque accident des anciens exemplaires tic l'édition d'Hésychius, et que le topisje du manuscrit alexandrin n'aura fait aucune attention

daper à la leçon de son texte hébreu, tel qu'il l'avait alors. Le savant Grabe ajoute qu'ilésychius prit même la liberté de substituer à la véritable leçon des LXX d'autres termes grecs qu'il jugea à son gré être plus propres el plus connus, de sorte que son édition doit être regardée plutôt comme une i.ouvclle version qu'une véritable édition des LXX interprèles.

Ce jugement peu équitable prend sa source dans la prévention la plus marquée contre l'édition romaine des LXX. Grabe décèle à chaque pas ce préjugé dans les prolégomènes de son édition ûu manuscrit alexandrin. Pour venger ce manuscrit des critiques très fondées que de savants li lérateurs en avaient faites, Grabe embrassa un parti tout opposé. D'abord il entreprit de prouver (3) que le livre des Juges, tel que l'édition du manuscrit du Vatican le représente, était le même de celui qu'ilésychius avait mis dans son édition ; qu'au contraire, le manuscrit alexandrin était là dessus entièrement conforme à la véritable version des LXX donnée par Origène. Jean-Ernest Grabe poussa plus loin ses conjectures; il voulut que l'édition romaine fût, du moins en parlie (4), de la cor

a cette lacune. N'en trouverait-on pas d'exemples dani nos éditions grecques les plus châtiées ? Les copistes n'ont point été infaillibles. Ce seul passage omis, aimi que quelques autres, ne saurait d ne être une raison suffisante de penser que le même manuscrit fût absolument différent de l'exemplaire corrigé par Ilésychius, comme l'a remarqué le docte CarpzoviuS (Criticiv sacr. part. II, cap. 2, § 8. pag. 559).

Ce qui paraît confirmer ce qu'on vient de npporter d'après divers auteurs, c'est que l'Eglise d'Alexandrie s'attacha longtemps à l'édition d'Hésychius ; aussi M. Lée prétend il que le manuscrit alexandrin était anciennement à l'usage du clergé de la même Eglise. «Ad Ecclesiam eliam ipsam patriarchalem hic procul omni dubio pertinebat, nique venerandse aniiquitatis libéra clero alexandrino liahebalur; etsi velus forsan traditio illum plus ocquo depr.edicaveril , mugnique fcceril. Ejusdem Prolcgomena , cap. 1, propos. 12, § 43, et propos. 14, § 47, loin. II, utriusque edilionis Oxoncns. el Tigurin. Codicis Alexandrin, préfixa.

( 1 ) Voyez ci dessus.

(2) Jnan. Ernestus Grabe, Epislola ad JoannemMillinm de Ubro Judicum, Oxonii 1705, pag. 46; Confer. ejusd. prolegomena , cap. 1 Codicis Alexandrini ulriusque edit. ci/., tom. I, prœfixa, § 10.

(3) La lettre précédente de Grabe à Mill roule principalement là-dessus.

(4) Epislola ead.} pag. 47.

Cî>7

DE LA BËY

rection d'IIésychius, qu'elle fût par conséquent trèscorrompue; qu'enfin la plupart des livres de l'Ancien Testament contenus dans son manuscrit eussent clé lires des Hexaples d'Origène.

On a dit (1) de M. Grabe et de ses amis qu'ils avaient pris à tâche de faire mépriser tous les antres manuscrits grecs : jamais reproche ne fut plus fondé. Ce serait renouveler le souvenir de trop de disputes littéraires, s'il fallait retracer l'histoire de ce qu'on a écrit de part et d'autre à l'occasion du manuscrit alexandrin. Ces dissensions d'auteurs sont étrangères a notre matière. Reprenons un principe admis par les meilleurs critiques, et ne nous laissons point aveugler par le préjugé. Toutes nos éditions des LXX ne sont pas exemples de certains défauts ; il leur est arrivé ce qu'on a remarqué ailleurs louchant notre version vulgate : elles sont plus ou moins mélangées (2) de ces différentes éditions qu'on v.t paraître dans les premiers siècles de l'Église el dont nous avons parlé jusqu'à présent.

Quelques livres des LXX ont même beaucoup plus souffert de ce mélange que noire version latine, parée que les Latins ont conservé plus soigneusemeiit leur édition de S. Jérôme ; on aurait cependant tort d'inférer de là que nous n'avons plus l'ancien texte des LXX. J'ai prévenu (3) cet;e objection. Si nous avions les Hexaples d'Origène entiers, il serait aisé de décider sans le moindre embarras tout ce qui concerne nos anciennes versions; mais l'état où se trouvent présentement nos différentes éditions grecques laisse sur leur pureté primitive des doutes qu'on ne pourra parfaitement éclaircir qu'à mesureque l'on fera un plus grand nombre de découvertes à la faveur des manuscrits grecs. Les marquis grammaticales, transcrites dans des manuscrits par des mains peu habiles, quelquefois altérées par le goût des copistes , enfin omises, parce qu'on se souciait fort peu de les conserver, ont poné nécessairement de la confusion dans nos exemplaires grecs.

Nous avons dit dans notre second mémoire (4), en parlant de l'origine des variantes entre les deux textes grec et hébreu, que l'omission, l'addition el la transposition de ces sorles de notes ont peut-être plus influé qu'aucune autre cause sur ces diversités de le-

(1) M. le Clere , Bibliothèque ancienne el moderne, tom. XX, part. I, pag. 05. Voyez ci-dessus dans les noies.

(2) Confcr. Jo. Curterius, Prœfatio ad Comment. Procopii Gazœi in Isaiam, £, v. fol. verso, seq. ;Humfred. Hody, de Bibliorum Textihus originalibus , lib. IV, cap. 3, pag. 654; Daniel lluetius, Origenianorum lib. 111, cap. 2? sect. 4 , § 10, Ongenis Commentariis in sacr. Script. Promit» , pag. 2'o3 ; Jac. Usseriu?, ae LXX interpr. versione Synhigma, cap. 8, pag. 79 et seqq.; Richard. Simon, Disquisitiones criticœ de vartis Biblior. editionib., etc., cap. 18, pag. 148 ; Jo. GolllobCarpzovius, toc. cit., pag. 533 et seqq.; Jacob, le Long, Bibliolh. sacr. tom. 1, cap. 3, sect. it , pag. 160 et seqq.

(5) Voyez au commencemeni de cet ouvrage. (4) Ibid. "

ÉLATION. «38

çons. Il est très important de bien observer celle cause des variantes. S. Jérôme s'est plaint de ce désordre qui régnait de son temps dans la version des LXX, et nous l'avons fait remarquer au même endroit. Après avoir parlé des travaux d'Origène en des termes très-pompeux ; après les avoir comblés de justes éloges, n'a t-on pas entendu dire à ce savant Père de l'Église qu'Origène avait corrompu (1)

(l) El miror quomodo Septuaginta inlerprelum libros legas , non pnros, ut ab eis edili sù'iit, sed au Ori^ene emcndalos, sive corruptos per obelos et asteriscos ; et christiani hominis interprelationem non sequaris, etc. Hieronymus, epîslola 74 ad Augustin. , oper. loin. IV, part. Il, col. 69Q.

Quoique Origèneeûtmêié son édition des LXX de différentes marques grammaticales , on doit se ressouvenir qu'il ne loucha point à l'ancienne leçon de ce lexle,et qu'il se contenta seulement de la purger, par le moyen de divers manuscrits, des vices qu'elle avait visiblement contractés. Neque verbiun aliquod de suo unum saltem inseri.il ; neque noslrorum exemvlarium fidem (ecit in aliquo vaclllare. Rufinus, Inveciiv. lib. Il advers. Hieromjmwn , oper. ejusd. Iîieronyin. loin. IV , pari. 11 , pag. 450. Ce témoignage est bien précis. Cependant M. Simon (Histoire critique du Vieux Testament, tiv. II , cit. 3, pag. 199) prétend l'infirmer en disant que Rufin était trop attaché ait parti d'Origène, et qu'il n'était pas capable de juger des ehangements que ce Père avait introduits dans le grec des LXX, n'ayant aucune connaissance de l'hébreu. Mais M. Simon, qui ne cherche la plupart du temps qu'à embrou lier la matière et à répandre des doutes où il n'y en a point, aurait dû ob erver que sans savoir l'hébreu Rufin était très-versé dans le grec, et que par la collation des manuscrits de l'ancien texte des LXX avec celui qu'Origène avait placé dans ses Hexaples, il pouvait facilement juger si ce Père l'avait réellement altéré. Origène avait abondamment pourvu à l'intégrité du même lexle en distinguant les additions par des astérisques, et ce qui lui paraissait superflu par des ligues ou des obèles. M. Simon le reconnaît lui-même ailleurs el dans sa Bibliothèque critique qu'il publia en 1708 sous le nom de M. de Sainjore, tom. I , ch. 13, pag. 177. Aussi avons-nous dit plus haut que S. Epiphane , tout ennemi qu'il était de l.i mémoire d'Origène , ne lui refusa pas néanmoins les éloges que son travail lui avait justement mérités.

La version que ce Père avait mi-e dans ses Hexaples, était donc en un sens la pure version de ces interprètes, et elle ne l'était pas en un autre. Elle Tétait, parce qu'elle s'y trouvait corrigée sur de bons exemplaires grecs , en lisant ce qu'Origène y avait marqué par des obèles, et en omettant les endroits notés d'astérisques. Si on la lisait tout de suile avec les additions , et si on en retranchait les passages signés d'obèles , ce n'était plus la version des LXX dans sa pureté , mais leur version reformée sur le texte hébreu et sur les autres interprètes grecs.

Celle observation est absolument nécessaire pour bien entendre tous ces endroits de S. Jérôme, où il paraît blâmer l'entreprise d'Origène.

Plus les copistes auront pris de soin à bien distinguer ces marques grammaticales, à ne pas ies omettre, ni à les transposer; plus leurs exemplaires lues des Hexaples ou des Tétraples devront représenter 1 édition d'Origène dans sa pureté. La version des LXX étant une des principales , qui sert à apprécier l'état d'intégrité de l'original hébreu , il est essentiel de connaître qu< ls livres de cette version ont pu être plus ou moins sujets à des interpolations, à l'occasion de ces sortes de marques , ou mal copiées, ou omises dans les mss. Pour parvenir à celte connaissance, il latu savoir qu'Origène avail plus ou moins chargé (U

ei mis de la confusion dans la version ùVs LXX, pour avoir introduit dans ses Hexaples cl dans ses Téira-

ces notes grammaticales quelques livres de son texte des LXX; la raison en est qu'en comparant celte version avec le texte primitif, il l'avait trouvée plus ou moins conforme au môme original.

Par les fragments qui nous restent des Ilcxapîes, foins voyons, ainsi que le père de Mon l faucon le remarque (PrœUminar. ad liexapl. Onqen. cap. 4 , § 1, pag. 37 ), qu'Origène ne (il pas tant de changements dans la Genèse, et qu'il ne mit point autant d'aslérisques , comme dans la plupart des autres livres de l'Ecriture. Le livre de l'Exode avait beaucoup souffert ; aussi Origène eut-il à y faire bien des additions et des mutations; car, oulre qu'il y i établit et nota if astérisques six versets entiers du chapitre XXVHI, que les LXX avaient dérangés; depuis le XXXVIe chapitre jusqu'à la fin du même livre, où tout se trouvait extrêmement confus et bouleversé, il remit chaque chose en son lieu, et indiqua celte nouvelle disposition par de petites étoiles et par des obèles. Comme les livres du Léyilîquè, des Nombres et du Deutéronome se trouvaient à peu pies dans le même état que la Genèse, il leur apporta le même remède.

On observe quantité de ces marques grammaticales dans les fragments qui concernent les livres de Josué et des Juges , à cause des changements qu'Origène y introduisit en très-grand nombre. Les livres des Rois ne lui coulèrent pas moins de soin ; quantité de passages y avaient bien besoin d'être corrigés, et fcinïouldans le IIIe livre des Rois, où plusieurs hisloi res étaient entièrement hors de leur place. Origène les rétablit dans leur ordre naturel.

Nous ne connaissons pas jusqu'à présent assez de fragments des Hexaples sur les livres des Paralipomènes, pour déterminer préci ément ce qu'Origène y avait fait. Il manquait en divers endroits du livre de Job environ huit cents vers, qu'Origène y remplaça par le secours des autres versions, et principalement de celle de Théodotion : il marqua ces additions d'astérisques ou de petites étoiles. La cause de ce grand vide , on doit la chercher , comme le conjecture le P. de Monlfaucon , dans les interprètes eux-mêmes, qui effrayés par la difficulté de traduire un ouvrage aussi obscur qu'est le poème de Job , y firent tant d'omissions.

Origène introduisit moins de changements dans les Psaumes , qui étaient entre les mains de chacun, mais on y rencontrait de temps en temps des notes grammaticales. Le livre des Proverbes ne fut pas tant chargé de lignes ci d'étoiles, si ce n'est vers la fin, eu égard au désordre qu'Origène y aperçut. Dans l'Ecclésiasle il lit plusieurs additions que nos éditions des LXX ont conservées en bonne partie. Dans le Cantique des cantiques, suivant le P. de Monlfaucon, il n'y avait que peu d'obèles el d'étoiles.

L'édition (pie Jean Courtier a donnée des commentaires de Procope de Gaze sur lsaïe peut nous apprendre jusqu'à un certain point ce qu'Origène avait l'ait par rapport aux oracle» de ce prophète. Quoiqu'il y eûl répandu quantité de notes grammaticales, elles étaient néanmoins peu nombreuses en comparaison de celles dont il remplit les Ivres de Jérémie el d'Ezéchicl.

Les propbé ies de Jérémie ornaient plus d'une lacune qui venait des interprètes; el Origène y remédia moyennant la version de Tiéodotioii qu'il accompagna en même temps d'astérisques : déplus il y avait de la confusion el des transpositions depuis le XXVe chapitre jusqu'à la lin ; mais Origène remit chaque chose en sa place. Dans Ezéiliiel on voyaii encore un plu. grand nombre d'omis, ions faites parles LXX, auxquelles il suppléa, en y ajoutant des astérisques.

S. Jérôme dit qu'Origène avait note d'obèles ccrlains endroits de la version de Daniel selon les LXX,

pics une si grande quantité de ces marques? Non, ce n'était point la faute d'Origène, mais celle des copistes, uni avaient négligé de conserver les astérisques el les obèles des Tétraples cl des Hexaples dans les endroits qui leur convenaient. S. Jérôme l'a bien senti. Ce célèbre docteur do Hait si peu de l'utilité du travail d'Origène sur la version des LXX , qu'il crut devoir suivre le même plan lorsqu'il corrigea l'ancienne vuîgale italique, comme nous le dirons plus bas ; et il semble qu'il contribua autant et plus qu'Origène à répandre les livres de l'Écriture avec de pareilles notes. Dans sa deuxième préface (1) sur le livre des Chroniques ou des Paralipomènes, et dans son prologue (°2) sur Job, on voit qu'il s'attacha constamment

et qu'il y avait fait quelques additions désignées par de petites étoiles. Peul-êlreconclura-t-on de là qu'elle se trouvait dans les Hexaples, oulre celle de Théodotion, mais comme c'est un sentiment presque généralement suivi , et auquel nous nous sommes conformés de point en point , qu'Origène tenta en vain de la rétablir; il est probable qu'il ne se servit que de celle de Théodotion dans les oracles du même prophète. Voyez toutefois ce que nous avons observé là-dessus dans les notes.

Origène eut peu à toucher aux livres des petits prophètes ; ainsi il n'y fit que rarement usage de ses no es grammaticales.

Le célèbre M>s. de René Marchai, dont j'ai parlé ci-dessus avec assez d'étendue, fournit sur la méthode qu'employa Origène dans sa révision de tous les prophètes, des notions qu'on trouverait peut-être difficilement ailleurs. Mais je crois devoir avertir que la notice que Jean Courtier a donnée de ce ms. , est itès-défectucuse, si nous nous en rapportons à M. Simon (ubi supra, loc. cit., pag. 179 el suiv. ). Ce cri' tique observe que l'éditeur du commentaire de Pro cope fur lsaïe s'est trompé en beaucoup d'endroits, et a induit en erreur bien des savants qui ont parlé de ce ms. sans l'avoir vu. Il lui reproche qu'il a omis dans son édition d'isaïe les marques de plusieurs scolies ; qu'il a même quelquefois donné pour véritahle texte des LXX ce qui était une addition indiquée par une étoile ou astérisque. M. Simon dit, de plus, que Courtier a avancé dans sa prélace, qu'on ne trouve point d'obèles dans ce ms. J'ai suivi moimême ce sentiment sur la foi de- cet éditeur el de quantité d'autres écrivains. Mais notre critique dit que cela est faux, el nous assure \ avoir vu les obèles désignés par cette figure : il y a encore les Hypolemnisques dans ce ms. auquel M. Simon ne donne guère plus de 800 ans d'antiquité.

Cette manière de corriger les LXX doit nous faire comprendre combien il était essentiel d'être attentif à copier exactement les lignes el les astérisques dont Origène avait chargé ses ilcxapîes et ses Tétraples, où les additions, comme on l'a dit, étaient tirées pour l'ordinaire de Théodotion, souvent même d'Aqutla , cl quelquefois , mais plus rarement , de Symmai|ue, (Voyez Bern. de Munifaucon, loc cit., cap. 0, pag. 01 el seqq.)

(1) Ubicumque ergo asteriscos, id est * s'.ellas radiare in hoc volumine videritis, ibi scialis de hebra-o addilum quod in lalinis codicibus non habetur. Ubi vero obelus, iransversa sciiicci virga: praeposita est , illic signatur quid LXX interprètes addiderinl. llieronym., loc. cit., oper. tom. I, col. 1419,

(2) Rogo ut ubicumque précédentes virgulas : videritis, sciatis ea qnœ subjecta sunt , in hebiwis vp« luminibus non haberi. Porro ubi stelhe imago fulseril' ex liebrxo in nostro sermonc addita. Idem loc. cit., oper. tom. codem, col. 1187 et alibi.

DE LA RÉVÉLATION

à méilode en publiant une bonne édition latine

de ces deux livres du Vieux Testament.

Revenons à l'édition d'Iîésychius et au manuscrit alexandrin. Quelque grande que soit l'autorité de ce manuscrit, cl quoiqu'il puisse rétablir (1) bien des passages de la version des Septante de l'édition du Vatican ; néanmoins on a des preuves certaines qu'il est interpolé en quantité d'endroits. Il paraît aussi qu'on n'en a pas toujours rempli les lacunes (2) de

manière à satisfaire pleinement. Un habile journaliste (1) nous a même f;iit observer qu'il ne fallait que recourir aux fragments des Hexaples d'Origène, donnés par le P. de Mouifaucon , pour être convaincu des interpolations qu'on ape.çoit dans le dis. alexandrin. Ce journaliste avait raison. Le seul livre des Juges, que M. Grabe a prétendu être si correct, si si;;ecrc dans son édition, et si corrompu dans celle de Home, en fournit un fort argument. Le P. de Mont-

(1) Non enim issu'n qui absolulam sinceritatem et omnibus numeris velul à-izonp-rdoyla. quadam constantein edilioni romame tribuam. Si codex aliquis darctur exacte ut uns, et magna cum cura desciiptus, quique Qrigenis a; la le non esset inferio.", c;elei is paribus ilii poiius in rébus dubiis crederem quam edilioni roman ai ; nec m go multis in locis illam edilionem de luo utilker corrigi posse. Joann. Morinus, Epistola Patricia Junio , inter Antiquilales Ecclesiœ orienialis, éic., pag. 287 et set}. ; Couler. Lamberlus Bos, Proiegomena in Velus Testament, ex Versiune LXX inlerprei. sceundum excmplar vaticanum Roma; editum, accuratissime a se denuo ediium, una cum scholiis ejusdem editionis, variis manuseriptorum codienm veierutnque exemplarium leclionibus ; née non iragriicnlis versionum Aquike,Symmachi et Theodolioms. Frane(|uene, 1709, cap. 2, '** fol. verso.

(2) Voyez Lambert Dos ( loc. cit., cap. 2**4 folio verso). Ce liltérateurobserve (ibid.) qu'on lit dans ce ni»> quelques passages qui se ressentent beaucouj) du dialecte ionien; et le docte Grabe s'en est aperçu lui-même. S'en suivrait-il de là , que le ms. a éié copié sur un exemplaire de la vers on des LXX, qui avait élé retouché par quelque savant Grec, auquel ce uialecte élaii familier? Quoi qu'il en soit, le copiste y a souvent confondu la véritable manière d'écrire, en mettant des voyelles, et quelquefois des lettres, les les unes pour les autres. Le savant lios en donne des exemples [ibid.) ; J. Erneste Grabe a rétabli dans son édition la véritable orthographe, mais il y a laissé plus d'un mot tel que son ms. le représentait. Dans quantité d'endroits, ce ms. était encore si diflicilc à lire, à cause des lettres et des p iroies entières à deniiconsumées et tout effacées par le laps du temps, que Grabe a tâché d y suppléer ou en devinant , ou en j écornant à d'autres Mss.

Outre ces défauts et quelques leçons vicieuses, le m-, alexandrin a plusieurs lacunes. 1° Il y manque depuis le verset 2l jusqu'au vers. 2b' du chapitre I de la Genèse, et depuis la lin du mèuie chapitre jusqu'au vers. 3 du chapitre suivant. 2° Les chapitres XIV, XV et XVI du même livre manquent aussi de quelques versets. 3° 11 y a ;n vide depuis le dernier mot du verset 17 du chapitre XII du livre l des Rois jusqu'au vers. 9 du chapitre XIV. 4° La plus considérable lacune se trouve dans le Psautier; le ms. est ici défectueux depuis le vers. 19 du psaume XLIX, jusqu'au vers. 2l du psaume LXXSX (Coufer. J . Krnesii Grabe prolegomenu ad Oclalcuchutn, cap. 1, §9). Euiin I éditeur n'a pu diss.muler (/oc. cit.) qu'il a rencontré par-ci par-là dans son ms. des ratures qui y font disparaître des versets entiers , cl qu'une main récente a lâché de réparer. Mais ces mêmes versets ainsi renouvelés laissent à douter si le scribe les y a remis conlormçment à la leçon primitive, ou s'il n'a pas rétabli eu leur place d'autres mois de sa façon. Ces défauts , rarement inséparables des mss. d'une bonne antiquité , n'empêchent pas que l'édition alexandrine ne soit très-estimable. J'entre dans ces sortes de détails, parce qu'ils peuvent conduire à la véritable source des variantes. Il importe beaucoup dVquérir des notions claires cl précises sur la qualité des mss. qui oui servi à nos principales éditions grecques. Ces nvlions sont très-liée^ à notre sujet ; c'est d'elles que

fanon remarque (2), en parlant des sources d'où il a tiré les diversiiés de leçons, concernant ce livre de l'Écriture, qu'un manuscrit (3) de la bibliohèque des moines de St. Basile de Rome s'accorde la plupart du lemps, sur le môme livre, avec celui du manuscrit alexandrin. Or le manuscrit du même monastère contient plusieurs leçons prises de Théodoiion, quelquefois encore des autres interprèles ; et l'édition de Grabe en offre de lemps en lemps de pareilles. De celle preuve de fait , vous pouvez conclure que , si le livre des Juges du manuscrit alexandrin a été pris des Hexaples (4) d'Origène , le copiste qui l'a transcrit , aura confondu plus d'une fuis la. véritable leçon des Seplanlc avec celle de Théodolion , el qui plus est avec celles des autres anciens traducteurs.

Comme tout semble nous annoncer qu'on fera plus d'une déeouvene par la voie des manuscrits grecs, car tous ceux qui existent dans les diffère. îles bibliothèques d'Italie, en France, en Allemagne, en Angle* terre et ailleurs , ne sont ni imprimés , ni assez connus ; nous aurons un plus grand nombre de fragments des Hexaples, peul-èire même il ne sérail pas impossible de rétablir (5) cet excellent ouvrage. Nous aurons plus d'une bonne pièce concernant la version des Septante, peut-être encore les éditions entières de Lucien el d'flésyeliius. Dès lors nous apprécierons bien mieux la belle édition de Grabe, ainsi que notre magnifique édition romaine (6). Mais , si celle-ci ne

dépend la solution de bien des difficultés qu'on fait touchant l'intégrité de l'original hébreu.

(1) Voyez ci-de.-sus.

(2) In librum Jitdkum admonitio, Hexaplorum Qri* genis quœ supersunl loin. I, pag. 22 i.

(3) Ce ms. ne renferme que l'tleptateuque, c'esl-àdirc les cinq livres de Moïse, Josué et les Juges, mais il y manque presque toute la Genèse.

(4) Ou peut même accorder, et la chose est trèsprobable, que le ms. alexandrin a élé tiré des Hexaples d'Origène ; mais il ne s'ensuit pas de là que ce ms. représente la pure version des LXX, telle qu'Origène l'avait placée dans sa co leclion. Voici le jugement qu'un savant critique a porté de ce ms., ainsi que de Celui du Vatican : Valicanas plerumque exhibât puram LXX inlerpretum versionem, Alexandri';us vero Uexaplarem Origenis , negleclis tamen obelis et asteriscis , iulerdum etiam , ut ui Libris Josue el Judicum versionem Theodolionis. Joannes Jacolms Wetstenius, Protegomena in JHovùm Testanientum grœcum , edit. Amsterdam. , 1751 , pag. iC. Grabe a même confessé que le livre de Job de son ms. était de la (orrection de Lucien, t'rolcgomena, cap. 1 , § 7, loin. IV, edilioni Cod. Alexandr. praunissa.

(5) Voyez la Bibliothèque critique de M.Simon, loin. I, chap. 13, pag. 184 et suiv.

(6) Les diversités de leçons cuire celte édition el

^'éloigne pas de beaucoup (1) de l'ancienne version encore de la correction dlîésychius , comme le soude^ Septante, avant la réforme d'Origène, si elle est lient Grabe, sans en avoir toutefois des preuves bien

celle de Grabe consistent principalement dans leslivres Je Josué et des Juges, dans les livres III des Rois et dans Job. (Confer. Joan. Morinus, epistola Pairicio Junio, loc. cit., pag. 276, seqq ; Jac. Ussemis, clegrœca LXX intërprel. vers. Sijntagm., cap. 9, pag. 101 et 148 et seqq ; Lambert Bos, loc cit., cap 2, *' A folio verso).

(1) Vid. Cardinal. Anton. Carala, Epistola ad Sixtitm V, editioni grœcœ LXX intërprel. prœfixa; Clar. virorum prœfatio de cadem editione , ibid. sub finem , Job. Morinus, loc. cit., pag. 279; Exercituil. biblicœ, exercit. IX, cap. 2 et seqq. , et cap. G, pag. 2li2 et seqq., et pag. 217 et seqq. ; Btianus Wallon, Proiegomena ad Biblia polyglolla, cap. 9, § 50 , 52, 55 et 41 , pag. 65 et seqq. ; Lambert. Bos, loc. cil. 2 ** 2 fol. verso* et seq.; Joan. Jacob. Wetslenius, loc. cit., pag. 26.

Par une lettre que Laurent Zacagni, garde de la bibliothèque du Vatican , mort en 1712, écrivit à Grabe le 29 de novembre de l'an 170i, on voit que ceux qui se chargèrent de celle édition ne se conformèrent pas toujours à la leçon du manuscrit du Vatican. Quelques variantes prises du prophète Osée, et que Zacagni envoya à Grabe, en sont la preuve. Voici ce qu'il lui en marque dans la môme lettre. Ex lus discrepantibus leclionibus libi judicandum rclinquam, vir clarissime , an totum codicem cum accurutissima editione romana operœ pretium essel con ferre , cum in paucis nullius ferme ponderis , modo unum alterumque excipias , ab codem codice in tolo O&ea , et tribus Ezechielis capitibus, ea de causa di(]'erre dcpreiiendalur, quod allerius polius scripli codicis lectionem doctissimi viri qui editionem curarunt , interdum se.jui maluerint. Aussi Grabe souhaitait-il qu'on collalionnâl loule celle édition avec le manuscrit. M. Benjamin Kem.icolt qui a publié la lettre de Zaca<:ni , clans son Examen du texte hébreu du Vieux Testament (Voyez Bibliothèque des sciences et des beaux-arts , juillet , etc., tom. XVI, première partie, art. \,pag. 9 et suiv.), conclut de cette lettre qu'il est certain que puisque les éditeurs des LXX du Vatican ont préféré en quelques endroits aux leçons de ce ms. les leçons de quelque autre; et qu'ils n'ont pas marqué expressément ces endroits-là, on ne pourra jamais dire avec assurance de quelle manière tel ou tel texte est rendu dans le ms. du Vatican , jusqu'à ce qu'on ail fait une collation exacte de toute l'édition romaine avec le ms. en entier, tomme Grabe le désirait. ( Voyez Bibliothèque critique par M. deSainjore[M. Simon], loin. 1, cfi. 19, pag. 280, de l'édition de Paris, 1708.

Quoique cette observation soit juste, elle ne doit cependant rien diminuer du mérite de l'édition romaine. La manière dont elle fut exécutée nous le garantit, et confirme ce que nous avons dit louchant l'accord de celle belle édition avec les LXX avant la correction d'Origène , mais à quelque cln se près. Supposé même qu'elle fût en bonne partie d'ilé.sychius, elle n'en serait pas moins exempte de toutes ces corruptions que Grabe lui a reprochées par trop de prévention pour son ms. alexandrin. Faisons un peu mieux connaître l'édition romaine. Celle notion lient à noire plan.

C'est un fait attesté par les fastes littéraires , que le cardinal Antoine Carafa , de concert avec de trèshabiles gens, tels que Pierre Morin, Flaminius Nohilius , Jean Maldonat , Antoine Agelli et antres fort versés dans les langue > savantes, ne négligea aucune voie pour procurer une bonne édition des LXX, telle qu'on la lisait anciennement. On sait aussi que Sixte V n'étant encore que cardinal, avait fortement sollicité Grégoire Xlîl, auquel il succéda, de rendre à l'I'.glise ce service si digue d\ lie et de lui. Afin (pie rien ne manquai à l'exécution d'un si beau projet, le cardinal Carala lit chercher sn-smeiisemenl dans les plus cé-

lèbres bibliolhèques d'Italie tout ce qu'il y avait de rare et de meilleur en manuscrits grecs du Viens Testament.

A pi es avoir comparé exaclemenl plusieurs de ces mss. avec les ouvrages des 1ères et avec les anciennes versions , les savants éditeurs firent un choix de différentes leçons, qu'ils rejetèrent en forme de scories à la fin de chaque chapitre de leur texte tiré principalement du ms. du Vatican. Cet excellent ms., dont l'anliquilé est beaucoup mieux assurée que n'est celle du ms. alexandrin , est écrit en lettres majuscules que les anciens appelaient lettres onciales. Il est sans distinction de chapitres, de versets ni de mois; et sans accents ni esprits : il porte seulement en tiire : Kar« tgvs ISSc/jtfxovTa. O" l';1 dit être du temps de S. Jérôme, et même plus ancien ; du moins on ne peut lui refuser une antiquité de près de douze cents ans. Comme les quarante six premiers chapitres de la Geuè e, le psaume CV jusqu'au CXXXYlil et les livres des Machabées manquaient dans ce manuscrit qui a extrêmement souffert aux mêmes endroits du laps des lemps, les éditeurs y suppléèrent, surtout par le moyen de deux autres qui sont d'une bonne antiquité : l'un, qui appartenait au cardinal Bessarion , était également écrit en lettres majuscules; le second, dont le cardinal Carafa était le possesseur, fut liié d'une bibliothèque de la Calabre, partie d'Italie, nommée anciennement la Grande-Grèce. Entre ce dernier manuscrit et celui du Vatican, il y avait une telle conformité qu'on eût dit que l'un et l'autre n'étaient qu'eue copie du même original. Je lire ces anecdotes de la p élace mise à la tête de celle belle édition.

Si les savants éditeurs s'éloignèrent quelquefois de leur manuscrit du Vatican, ce ne fut pas sans de bonnes raisons. Outre l'excellence de tant de manuscrits qu'on employa dans l'édition romaine, on peut encore l'apprécier par l'accord qui règne ordinairement entre elles et les citations des anciens écrivains ecclésiastiques. Lambert Bos, qui fit réimprimer en 1709 la version des LXX sur l'exemplaire du Vatican, nous assure (l'rolcgomen., cap. 2, ** 2 folio verso) (ju'il a pris la peine de conférer avec l'édition romaine plusieurs de ces citations alléguées dans les écrits des anciens Pères et de Pliilon. Ce littérateur les a trouvées très-conformes à la même édition.

Je ne disconviens pas que ?.!. Breitinger (Prœfatio in novam codicis alexandrini editionem tigurinam, 1. IH et seqq.) n'a peut-être donné que trop de preuves qu«5 M. Bos n'a pas suivi assez exaclemenl l'édition de Rome, qu'il n'a point eu de manuscrits, et que les diverses leçons tirées du manuscrit d'Alexandrie sont pleines de fautes, pour s'être lié à celles que Wallon a insérées dans sa Bible polyglotte. Quelque fondée que soit cotte critique, le témoignage de Lambert Bos est d'un grand poids ; d'ailleurs les diversités de leçons entre son édition cl celle de Kome sont aj fond peu importantes. Son savoir dans la littérature grecque nous répond d'ailleurs qu'il était très-capable de bien faire cette collation, û\-n produire même des exemples, comme il le dit dans ses Prolégomènes.

Sans trop insister sur la preuve de Lambert Bos, parce que les Pères ont souvent cité de mémoire des passages entiers de l'Ecriture, il y a d'autres considérations qui sont dignes de remarque, et justifient le cas que l'on doit faire de 1 édition romaine par ses trails de conformité avec l'ancien texte des LXX interprètes. D'abord elle n'a point la plupart des additions qu'Origène avait notées d'astérisques dans ses llexaples, et qu'il avait tirées des autres vers'ons. Par exemple, les versets A, 5 et 6 du chapitre X de Josué, qui concernent les vilies de refuge, smil omis dans l'édition de Borne, quoique le lexle hébreu les

DE LA REVELATION

avérées , que doit-on penser de ce que ce docte Prussien a écrit touchant la manière dont ilésychius s'ac-

ait conservés. Les commentaires des Pères grecs nous attestent que les anciennes éditions dos LXA n'avaient pas ces mêmes versets. Saint Jérôme nous lait observer que les quatre premiers versets du chapitre XVII de Jérémie manquaient dans le texte des LXX L'édition romaine les a également omis, de même que le célèbre Ms.de René Marchai dont nous avons déjà parlé. Origène prit soin de marquer de petites étoiles celle omission. lien laut dire autant du verset 4 du chapitre I d'isaïe, où ces paroles Abalicnati simt retrorsum, avaient été ajoutées à la version des LXX, comme saint Jérôme, saint Basile et Procope de Gaze l'observent, mais l'édition de Rome n'en fait aucune mention. ,

Le verset 22 du chapitre II du même prophète n y est point. Saint Je; orne, saint Basile» sa int Cyrille, e<c, oui encore observé que les LXX lavaient laissé. Il en est de même du verset 13 du chapitre VI de ce prophète où il est dit : Semen sanction enl id quod steterit in eu. Il y a quantité de semblahl s omissions dans l'édition romaine, parce qu'elles étaient de la sorte dans les LXX. On pourrait en donner ici une foule d'exemples d'après Flamimus Nobilius. Mais, pour abréger, je ne porterai plus qu'un célèbre passage d'isaïe, chap. IX, vers. 6, qu'on ne voit pas dans notre édition. Conformément au texte hébreu, notre Vulgale a lu ce passage : (El voctibiiur nomen ejus) Admirabilis, Consiliarius, Dcus forlis, Pater fuluri seculi, Pr'mceps pacis. L'ancienne Vulgale latine, tirée fidèlement de la grecque des LXX, du temps même des apôtres, et citée par saint Jérôme dans ses Commentaires à côté de la sienne, porte simplement : {Et vocabilur nomen ejus) Mugni Consilii Nuntius ; adducam enim pacem super principes et salutem. Le texte grec de l'édition de Rome qui répond à cette version, a ajouté seulement kut» après le mol salutem : Rai ftylcuc* «utw et sanilatem, ou salutem per ipmin. D'autres éditions portent ocùtsû, c'est-à-dire ejus.

Saint Cyprien, dans son livre II des Témoignages contre le» Juifs, et saint Ambroise, dans son Commentaire sur saint Luc, livre III, chapitre 3, n'en ont pas davantage, ainsi que les exemplaires grecs dont saint Justin se servait contre Tryphon, cl ceux de saint Jérôme qui étaient très-corrects. Saint Cyrille d'Alexandrie, saint Basile, Procope de Gaze et plusieurs autres ont suivi la même leç-m. Si ces belles qualités (pie le prophète donne au Messie se trouvent dans quelques exemplaires des LXX et dans quelques Pères grecs, comme saint Ignace (EpistoL ad Anlioch), saint Irénée (lib. IV, advers. Ilœres., cap. 66) , Eusèbe ( Demonstrat. cvungel. lib. Vil cî . iX) , cela peut venir de deux causes principales : 1° Ces exemplaires auront été retouchés par des Juifs convertis à la foi qui n'ignoraient pas la leçon de ce passage selon le texte hébreu. 2° Ces Pères, instruits eux-mêmes de ce que portail le texte primitif, auront négligé la leçon commune de» LXX pour se conformer à celle de l'original. Ou pourrait dire encore qu'il y avait anciennement, comme il y en eut en effet, des versions qui retinrent ces litres d'honneur concernant le Messie. Croil-on que les martyrs Lucien et Hésvchius eussent laissé échapper dans leurs corrections des LXX des traits si frappants cl qui caractérisent le Christ ?

La Bible polyglotte de Complute ou d'Alcala, que le cardinal Ximénès fit d'abord imprimer en 15H, nous fournit une preuve de ce que nous venons de dire. Voici comment on y lii le passage en question, El vocabilur nomen ejus : Magittts Consilii Nunlius : Admirabilis Consiliarius : Deus for lis : potens , Princeps pacis : Pater fuluri seculi. Adducam enim pacem super principes et sanitatem ejus. Celle version s'apnro-

quittade sa révision ? Ce ne fut donc pas une nouvû.tc version qu'entreprit notre évêque égyptien; ni elle

che beaucoup plus du texte hébreu que toute autre ; c'est qu'elle a voulu conserver l'ancienne leçon des LXX et celle du lexie primitif, qui porte : "OL7 Nipvi

Quoique les éditeurs de cette Bible polyglotte aient réformé plus d'une fois leur texte grec, tantôt sur l'hébreu, tantôt sur noire Vulgale, il est certain que la meilleure partie de leur correction fut prise sur de véritables manuscrits grecs qui contenaient la version des LXX avec les mélanges ou les additions qu'Origène avait mises dans ses llexaples, et c'est de ces sortes de versions mixtes que les éditeurs auront lire le passage en question d'isaïe.

Dans les Polyglottes d'Anvers et de Paris, on a retenu la version des LXX telle qu'elle était dans cette Bible de Complute.

En second lieu notre édition romaine a conservé presque toutes les additions qu'on ne trouve point dans le texte hébreu, et qu'Origène avait marquées d'ohèles. J'en vais produire un ou deux exemples.

Il est dit au chapitre XXXII, vers. 43 du Deuiéronome : Et adorent eum omnes angeli Uei. S. Justin nous a conservé ces paroles dans son Dialogue avec Tbrypîion , ei S. Paul les cite dans, son Epîire aux Hébreux, ch. I, vers. 6 , ainsi que plusieurs Pères qui se servaient de la ver-ion des LXX. Le même verset contient des additions qui sont encore dans

l'édition romaine. Lœiumini, cœli, eum eo Lœ-

tamini, génies, eum populo, et confort enlur in eo omnes filii Dei. L'hébreu ne dit rien de semblable, quoi pu? S. Justin, S. Hilaire et S. Epiphme aienl suivi cette leçon.

Une autre addition considéra' le , qu'Origène nota d'obèles, e t celle du chapitre XV, vers. 60 de Josué, où il est fait mention de onze villes de refuge. S. Jérôme a observé qu'il n'y a que les LXX qui aient celte addition. La Polyglotte de Complute et notre Vulgale ont omis ces onze villes, parce qu'elles se sont attachées au texte hébreu. Voyez les scolies de Flaminius Nobilius sur cet endroit.

Il y a une foule de pare lies preuves de conformité de notreédilion avec celle des LXX, que l'Eglise lisait anciennement ; je les omets à dessein , de crainte d'ennuyer mon lecteur. Mais je ne puis passer sous silence une troisième considération qui appuie les deux précédentes. Outre les diversités de leçons qni subsistent encore de nos jours entre les deux textes grec et hébreu, et qui ont éié remarquées surtout par Origène et par S. Jérôme, L'édition romaine renferme les mêmes transpositions, soit de versets, soit de chapitres, que les anciens ont dit se trouver dans leurs mss. des LXX. Voyez entre autres, Exode, XXXVI . XXXVII, XXXVIII et XXXIX; IIP livre des Rois, III, 4, 5; IV, vers la fin; Jérémie, depuis le chapitre XXV, vers. 15, jusqu'à la fin du livre de ce prophète; le P Morm (loc. cit., lib. I, Exercit. IX , cap. 2 , pag , 205 et seqq.; Confer. Brian. Wallon, Protegomen. ad BibL polyglolla, 19, cap, § 41, pag. 66 et seq.; Lambert. Bos, Protegomen. , loc. cit. , cap 2), n'a pas négligé ces passages , cl les a comparé-, avec l'ordre qu'ils tiennent dans nos Bibles hébraïques. Les vingt premiers versets du chapitre XIV du IIIe livre des Bois, qui concernent la mort d'Abia , fils de Jéroboam, ne sont point dans l'édition romaine, tels qu'ils devraient être; aussi Origène suppléa à ce manquement par la version de Théodotion, en y mettant des asléri>ques, comme si les LXX eussent omis tous ces versets. La même histoire se trouve cependant ac chapitre Xll de l'édition romaine. Tliéndurel l'a lue au même endroit dans sa question XL sur le illc livre des Rois. Ces versets peuvent donc ê'ire regardé* comme une .éritahle transposition.

dut ê're aussi corrompue que nous l'avons vu avancer par le savant éditeur du manuscrit alexandrin.

Je n'ai presque rien dit des autres éditions de la même véision, dont le lovte grec se rapproche plus ou moins de celui des LXX Voyez les ailleurs que j'ai aies ci-dessus dans les notes; Joan. Morivus , lue. cit. , pag. 196 el seq; ). J'ai seulement eu eu vue de montrer que l'édition romaine n'est point aussi corrompue que Yossius clGrabc i'onl assuré ; mais qu'elle a des marques certaines de sincérité, que les anciens ont. reconnues dans leur version de> LXX interprètes. Hicn ne paraît par conséquent plus vrai que ce que j'ai observé plus haut, qu'en accordant même que l'édition de Home nous vînt delà correction de Lucien (Voyez le Long, Dibliotli. sacr., tom. I, cap. 5, secl. V, pag. 1 GO ; Jo. Alb. Fahrichis, Biblioih. grœc. vol. V, lib. 5 , cap. 1, §52, num, 18, pag. 273 ; Andr. Aîa$ius,riot. in Josué, Criticor. tacrorum lom. Il, eilit. Londin, pag. 50; Jucoùus tisserins, de vers. LXX interprète Syntagm. , cap. 8 , pag. 80 etseq.) ou dTîésychius, ce qui est très-incertain ; elle n'en serait pas moins digne de toute notre vénération; puisqu'aii fond elle nous a conserve le môme texte que l'Eglise grecque a lu anciennement. Voyez la Bibliothèque critique par M. de Sainjore [ Richard Simon], ehap. 15, pag. 178 et sutv.

Si ce qu'un judicieux et habile critique , dont la probité nous est connue, a écrit touchant ses m>s. syriaques, très-anciens , el qu'il compara avec le ms. du Vatican, est véritable, comme il semble qu'on ne doive pas en douter, ce iaii donnera encore plus de force à nos différentes remarques sur l'état présent de cette version , relativement aux premiers siècles de l'Eglise.

André Masius nous atteste avoir eu, entre autres, un ms. syriaque , dont la date remontait à l'an 927 d'Alexandre le Grand , ou à l'an 015 de l'ère chrétienne. (Jacques Usser dit [de LXX interpret. cap. VU, pag. 74] que cette année d'Alexandre répond en bonne partie à l'an G2G de Jésus-Christ ; mais je crois qu'il s'agit ici de l'ère des Séieucidcs, qui précède noire ère de 512 années , el dont les peuples de Syrie et plusieurs autres ont l'ait usage pendant longtemps.) Masius qui était versé dans la littérature orientale , nous assure encore que ce ms. contenait plusieurs livres de la Bible, savoir, ceux de Josué, des Juges, des Rois, des Paralipomènes, d'Ësdras, de Judith, de Toi)ic et presque tout le Deuléronome. Il ajoute que son ms. avait été traduit exactement sur le grec d'après un exemplaire des llcxaples d'Origène, corrigé de la main d'Èusèbe de Césarée ; qu'enfin l'on y avait conservé avec la plus grande diligence les marques grammaticales, telles que les astérisques, les obèles, les lenmisques et les hypolemnisques. De la collation que cet habile homme lil de ces mss. avec celui du Vatican , il conclut dans sa préface sur Josué : Jlla apud omnes pervulgala el sœpe lypis édita in vulgus (lnlellig. Aldin. Argenlorat. el Basileens.) , est illa quidetn êimplkis inierprelaiionis LXXll seniorum ; sed haud punun, n'eque ab omni admixtione verborum Theodolionis liberalum. Hoc enim facile intelligit quisquis eum cum codice valicano multo sctneinlegriori exemplari confert, de quo dicam opporluno loco. Andréas Masius, toc. cit. Vid. ejusd. Proœmium in Commentât'. Bar- Cephœ de Varadiso ; cpistola nuncvpator. Commenlarior. suorum in Josue; Couler. cliam Jo. Morinus , toc. cil. lib. 1, Excrcil. IX, cap. 6, pag. 217 et seqq.; Lambert Cas, supra cit. cap. 2, *f 5 ; Jacob le Long , Bibliotli. suer. lom. 1 , cap. 2 , sect. 5, pag. Uti el seq.

Dom Calmet ( Remarque sur la version syriaque. Dissert. lom. 11, part. 1 , art. 4 , §1, pag. 2.0) a dit d'après M. l'abbé Renaudot (Vid, le Long, loc. cit.) , que ce fait attesté parMasins, homme de foi et d'érudition, est un des plus grands embarras des sa-

Nous avouerons qu'llésychius ne s'attacha pas toujours scrupuleusement au lexie des Septante revu par Origène. Nous dirons encore qu'il chercha dans sa révision un tel tempérament qui rapprochât ce môme texte de h vérité hébraïque. Mais convenons aussi que son édition approuvée dans toute l'Egypte cl parles Eglises voisines, offre un monument authen-

vanls dans les langues orientales; que , quelque recherche qu'on ait pu faire après sa mort, en n'a jamais pu découvrir aucun de ces exeni| laires syriaques. Mais le docte Grabe nous apprend que Daniel Êrneste Jablonski , célèbre par ses ouvrages de lil érature, lui écrivit que cet excellent ms avait été enfin trouvé dans un bourg peu éloigné de la ville d'Herborn, parmi les livres de M. Lent, autrefois professeur en langues orientales au collège de la même ville (J . Ern. Grabe , Polegomena in codicem ms. Alexandrinum tom. IV, cap. 4, § 9, utriusque edil. oxoniens. et ligurin.). Le P. le Long n'a point oublié celle anecdote littéraire dans sa Bibliothèque sacrée, pag. 90. Hic rarissimus codex reperilur inter cedices mss. Dn. Lentii, lingg. oriental, professoris. M. Dreilinger nous apprend même que ce ms. de Masius était entre les mains de M. Jablonski. Frœfalioin novam edil. codicis alexandriui a se curatam Tig:ri, lom. lil, pratpxa. I. 2, fol. verso.

Pouf rendre encore suspecte la fui de Masius , M. l'abbé Renaudot cl le P. Caimct insistent sur la difficulté de meure et de conserver les obèles ci les astérisques dans des langues aussi différentes que le grec et le syriaque. Mais ne voyons-nous pas imprimer tous les jours à l'usage des chrétiens de l'Orient, des mss. syriaques et arabes, où chaque période est distinguée par des astérisques ou par une marque à peu près pareille , qui y lient lieu de notre point? On peut jeter les yeux sur i;i Polyglotte de Londres, où l'on a mis ces sortes de mar ucs à la fin de tous les versets du samaritain , île l'arabe, du syriaque , etc. M. l'abbé Renaudot, qui avait manié tant de mss., ne p >uvail ignorer (pie cette ponctuation est lort usitée chez les Orientaux. Dans un très-ancien ms. syriaque de 1j révision de Jacques , evèque d'Edesse, et dont nous avons promis do parler (ci-dessus) dans notre 4e Mémoire , après chaque période , il y a quatre gros points de cel'e sorte »~ en rouge. Cette liguie esi souvent deux ou trois lois de suite, quand ii y a de la place. Les distinctions moins considérables sont cependant marquées d'un seul point, el les autres de deux points mis l'un sur l'autre diagonalement, de la même encre que le corps du ms., c'esl-à dire ou noir.

Tenons-nous en donc au témoignage de Masius : c'esl conformément à ses mss. syriaques qu'il fit imprimer le livre de Josué en hébreu , avec la versi n des LXX ornée de notes critiques, de la manière qu'Origène l'aval mise dans se s llexaples. Cet ouvrage parut à Anvers en io<2, fol. Outre de savantes préfaces , il y a encore un commentaire littéral sur l'nisloire de Josué. Il seraii à souhaiter qu'on eût multiplié davantage ces sortes d'éditions , Paul Colonnes avait eu le dessein de laire réimprimer le texte des LXX selon l'édition romaine , et de l'accompagner d'un grand nombre de passages parallèles , comme pour y servir de commentaire. ( Confer. Jounncs Enckius ', de Versiuni bus Cjrœcis Vel. Testant, maxime sepiuaginluvirali, inier ejusd. Melclemata varia, ele , illmœ 175G , pag. 215 , et seq.) Mais il en a été de ce projet comme de celui que Patrice Junius avait formé louchant son édition du ms. alexandrin, dont il publia seulement le livre de Job , qu'on vit paraître à Londres, de l'imprimerie royale, en 4G57 fol., avec la chaîne des Pères grecs sur le même poème, ooimee par ce .'avant.

tique du cas qu'on y faisait de l'original primitif des livres du Vieux Testament. C'est la seule et unique chose qu'il importe très-fort de ne jamais perdre de vue dans les divers travaux qu'on vit entreprendre anciennement sur nos Ecritures. Les autres matières qu'on peut Imiter relativement à ces différentes révisions du texte des Septante, sont des questions de pure critique ; mais elles tiennent toujours par quelque endroit à notre sujet ; aussi avons- nous cru devoir les discuter, afin de prêter plus de jour à l'objet que nous nous proposons d'éclaireir.

J'omets les travaux de S. Dasile , évêque de Cësarée en Cappadoce, et mort l'an 578 (1) de l'ère chrétienne. George Syncelle (2) nous atteste que cet illustre évêque s'était beaucoup appliqué à collationner le lexie des LXX et à le corriger des fautes de copistes. Théodorel (3) fait aussi mention d'un certain Jean-Joseph qui avait également consacré ses veilles et ses soins à la correction du même texte. Les éditions de ces deux savants hommes donneraient un nouveau degré de force a nos considérations touchant l'intégrité et la pureté du texte primitif des divines Ecritures du Vieux Testament; mais c'est assez de les avoir indiquées.

Je me dispense encore de parler de deux autres versions grecques (4), ainsi que de quelques personnages célèbres dans les mômes siècles, cl dont les annales de l'Église nous ont conservé le souvenir. Eusèbe, par exemple, fait mention d'un savant prêtre nomme Dorothée (5), contemporain de Cyrille, évêque d'Antioche, et très-versé dans la science de nos Ecritures hébraïques ; ce trait, comme tant d'autres que je lais à dessein , annonce toujours plus de quel œil on regardait anciennement noire texte primitif. Occupons nous phnôt de ce que nous devons à un autre docteur de i'Église , dépendammenl du même objet.

Si parmi les grands hommes qui ont illustré les trois premiers siècles de l'Église , il y en a eu peu

(l)GuiHielmus Cave, loc. cit. sec. IY , ton). ! , pag. 259.

('-2) Clironograplïia ab Adamo ad Diodeiianum, studio P. Jacolù Gonr , Ord. Prœd. , etht. Paris, i 652 , pag. 205.

(5) Uisserlatio ms. in Prophetas el EdiUones , npud Joan. l'nelippauim, Prœfatiamin Oscam comment miis suis iliuslratuni prœmiss i} pag. 20 cl seq.

(i) S. Jé*ôme en l'ait mention dans s»n commentaire sur le IIe thi| ilrc d'il shacuc , et dit que, outre los versions que nous avons déjà assignées en parlant de la grande collection d'Oiigôie, il en avait encore trouvé deux autres grecques : ce Père en ci:e w.\ passage de chacune. « Uep'-ri , exceptis quinque ediiiunibus , id est Aquila», Symmachi, Sepluiginla, Theoilotionis et quiula; , in duodedm prophetis ei duas alias editiones , in quarum nna seriplnm est . : Quia lapis de parieie clamabit , quasi vermis in liguo ioniens ; et in altéra : Lapis enim de pariete vociferabitur , cl <r/.w)./;| de ligna loquelurea. > ilieronym. Oper. ton). 111, col. 1G0Ù.

(ô) Qui cuin siudio-sissimus esset S'craru.ui Scripturaruni, hebrnicam quoque linguam addidicil , adeo ut ipsos etiam licbruicos codices perilissime legeret. Eiisebius, Uht. Eccles. secuL III , lib. VU , cap. 0'2, pag. 566.

S. S. XXVII

ÉLATION. 710

dont le nom ait été aussi célèbre que celui d'Origène; si, nonobstant les erreurs qu'on lui a reprochées , sa rare vertu et son profond savoir le rendirent l'objet de l'admiration de ce qu'il y avait de plus éclairé dans le même temps; les âges postérieurs n'en ont donné aucun qui soit comparable à S. Jérôme par ses travaux sur les textes primitifs de nos Ecritures du Vieux et du Nouveau Testament. On dirait que ce docteur fut suscité par Dieu pour renouveler dans toute l'Église le goût et l'intelligence des saintes lettres , dans un siècle surtout où les catholiques jouissaient d'une profonde paix. Né à Stridon , peiite ville située aux confins de la Dalmalie cl de la Pannonie , vers l'an 529 (1) de l'ère chrétienne, S. Jérôme fit bientôt connaître à quoi la Providence le destinait. On admira en lui un génie vaste , élevé, plein de feu, orné de toutes les connaissances (2) qui font véritablement le grand homme. Tous ses ouvrages sont marqués à ce coin. A une application infatigable au travail , à une lecture sérieuse et continuelle de tout ce qui avait paru de meilleur jusqu'à soi: temps sur les sciences sacrées et profanes, il joignit l'élude du latin et du grec , langues qu'il posséda parfaitement ; el sans négliger le cbaldéen , il s'instruisit à fond de ions les mystères , de toutes les obscurités delà langue hébraïque, par le moyen, cuire autres, de quelques habiles Juifs quM avait comme forcés à devenir ses maîtres (3) , en employant son bien ei celui de ses amis.

Tel fui le docteur que la Providence prépara pour donner à son Eglise une version qui tînt lieu non seulement de toutes les différentes versions latines et grecques, mais encore du lexie original. Quel est le traducteur des siècles passés cl même de nos jour», en qui on voie toutes ces qualité^? Quel a é'é le critique qui fût mieux à portée que S. Jérôme de juger sainement de l'état d'imég; ilé cl de pureté où se trou vaitde son temps le texte primitif de nos livres saints? Nous n'avons plus en entier les trois versions grecques qu'Aquila, Théodotion et Symmaque firent an. cicuncmenl sur l'hébreu; à peine nous en iesle-1-i! des fragments échappés à l'injure des siècles. Il nous manque la leçon du tcx'c hébraïque, fixée en caracoles grecs par Origène. Toutes no; recherches n'ont abouti jusqu'à présent qu'à démêler quelques livres des corrections de Lucien et u'ïlésychius paru i nos éditions modernes. S. Je ôme avait cependant tous ces secours ; il composa sa version sur un texte hébreu qu'il conféra avec celui des llexaples d'Ori* gène , transcrits en bonne partie de sa propre main,

(1) Confer. Guillclm. Cave, loc cit., pag. 207.

(2) Vir enim pralcr (idei meritum dotemque virlutum, non solum laiinis atque grgecis, sed et hebrans etiam ita liilcris insiiiulus est, uise ilii inomni scieulia nerno andeat comparare. Sulpitins Severus, Dial, 1, mini 4, inler ejusd. opéra onmia , edit. Lugdun, Balav. 1635, pag. 251.

(5) Ilierooynius , Prœfrtt. in Job; in ParaUvomcn^ in Daniel ; cpistola XL] ad Pammacliium cl Oceamiai nner. l' un. S, col! 7Uo 989, 1417, el lom. IV, parfc

11, col. 342 el alibi.

[Vingt-trou,),

DES TliitES PUIMITIFS

Qu'on ne s'attende pas à nous voir traiter selon toute son étendue ce qui concerne les immenses travaux de S. Jérôme sur le texte de nos Ecritures hébraïques, travaux si injustement critiqués pur Jean Leclerc (l). Celle matière demanderait trop de détails. lïo riions -nous à quelques considérations plus an;ilogu<$ à noire sujet.

Nous pouvons nous tlatter d'avoir encore presque tout ce que notre illustre docteur (2) composa

(1) In Quœsliunibus Hieromjmianis, passim. Coufer J. G'ittlob Garpzovius, Criticœ sacrœ proœnnu.m,

Une chose qui indigne cl révolte dans M. Leclcre, dont la critique ne respira partout qu'une liberté effrénée, c'e-l qu'il cul ta hardiesse et la témérité de taxer S. Jérôme d'ignorant en langue hébrnïjuo, d'homme sans jugement dans le choix surtout de la véritable leçon île l'original hébreu (Qwest. IV, Vil, XIV, etc.). Des paradoxes de telle nature se rélïiicnt d'eux-mêmes. C'est trop faire honneur à un écrivain que d'en combattre dépareilles assertions, Pom Marlianay daigna cependaul y répondre dans sa Erur ditionis hievumjniiauœ Uefensio advenus Çlericum,oper. l'jusitém Hirrmijm. loin. III, col. tï57ciseqq. Conf. ejusdem Prolegàmenon lil, in loin. 11 oper. ejusd. S., § 1 et sc<;q. D'autres auteurs n'ont pas vengé avec moins de forée le grand savoir de cet illustre Père, il faudrait trop copier si je voulais en transcrire les témoignages. Un savant avait raison de d.rede 8. Je tome : JSi'mo majorent erudilionem et apparalum linijuamin ad travslaiionrm Scriptum alluiii post Ilierouijntum (juain Uieromjmus ipse. la se Casaubpn, ,<?/;»- :.iolu epigrmnmhlk gnveis et Maritale tradudis prœfixa. L'autorité d'un critique aussi éclairé dil suffisamment, .le m'étonne mo re que Carpzovins, qui comble, de justes éloges les le <ux travaux de S. Jérôme, ose avancer {loc. cil.) cet autre paradoxe : que notre saint docteur ne mérite aucunement d'être comparé à Sanctes Paguini, à Arias Munlanus, à Sébastien Munster, à Paul Fagins, enfin aux B.ixiorf, à Pierre Cunée, etc. Ces philologues oui fait assurément de grands propres da:. s la 1 liérature hébraï ;ue, mais d'ordinaire ils n'ont cultivé la lai gue des anciens l!é!»reux que .suivant les idées bornées des Juifs; et ils étaient la plupart absolument dénués de ce goût tin et délicat qui se manifeste à chaque pas dans la lecture des œu- \ r-cs de S. Jérôme, de cette force, de cette supériorité ne génie qui embra se un objel par toutes ses laces. avaient-ils ce fonds d'érudition toujours inépuisable, «<;llc noblesse, cette pureté, celte élégance de .>iyle qui rapproche S Jérôme des meilleurs auteurs du ; ièele d'Auguste ? Quel contraste entre la manière élevée dont noire saint doc curli aile ses sujets et celle qu'ont coutume d'employer nos hébraïsanis cl même prand nombre de nos commentateurs ! Les uns et les ; utres entassent s u\cnl pêle-mêle une fertile d'auto- ) fiés, qui couvrent plutôt leur ignorance Sur la vraie intelligence des termes hébreux qu'elles n'en inanités ten tel n'en fixent le sens littéral.

Qu'une fausse critique ne nous fasse point déguiser la vérité. Beaucoup d'néi cliques décès uerniers temps mit parlé de S. Jérôme avec un extrême mépris, ou ils ont tâché de diminuer le mérite de sa traduction li Ulie, parce que l'Eglise, qui reçoit cette version , a toujours eu pour lui tout le respect qu'elle rend à ses docteurs ci à ses P&es

(%) Je ne dirai rien do quelques petits ouvrages de S. Jéiôuie sur l'Ecriture, qu'on prétend s'être égarés. Par exemple , Cassiodore ( De in- Hiluiwne dhmariun UliemrUm, cap. 3 , oper. loin. ii edit. lioloma&. 1070, pag. î>40 ) cite certaines remarques que 8, Jérôme avait écrites fort eu abrégé fcuties prophètes, pour i;ui!i:eî aux jeunes gens Té-

sur nos Ecritures, et même ce qu'il nous donna d'après les textes grec et hébreu des livres de l'Ancien

lude des livres sacrés. Il ne paraît pas (pie ces remarques soient venues jusqu'à nous ; du moins nous ne les trouvons ni séparément, ni dans les diflércoles éditions (pie nous avons des œuvres de S. Je rôme.

Dans sa lettre à Pammaque (oper. lom. IV, part. H, col. 244), il parle des mémoires des douze petits prophètes qu'il lui diiav<ùr envoyé- depuis peu à Domniou. Lepèredom CcJIicr (llisi.uèn. des auteurs sacré*. /.X, c. 8, art. G, p. 279) conjecture queee sont les même» que S. Jérôme cite à la lin de ses Hommes illustres. Nous ne les avons plus, ni laTetirepar laquelle il les adressait à Domnion. Je n'ose décider s'il faut les disli ligner des remarques sur les prophètes du même Père. Quoi qu'il en soit, il y a d'autres semblables ouvrages sur PEcriiûre attribués à S. Jérôme, et que nous avons perdus, mais qu'on doit peut être placer dans le nombre de ceux qu'un a regardés connue lui étant supposés. Voyrz dum Ceillier, loc. cit., art. 7, pag, 35 (S et suiv.

Venons à un antre point beaucoup plus intéressant. Sébastien Mon- ter ( Prœjatio in Biblia laiina a se edita, pag. 2, col. 1 ) a prétendu que la version latine de S. Jérôme sur la Bi!>le s'était absolument perdue, à la réserve de celle qu'il lit de TEc tésiaste et du Psautier. Celle opinion est insoutenable : elle ne mérite point qu'on la réfuie. D'autres critiques oui cru tempérer ce sen'imenten disant que la même ver ion s'esl perdue en partie, clc'e>t l'opinion qu'a suivie "M. Benjamin K« nnieoll dans son examen du texte hébreu , etc. ( Voyez la Bibliothèque dis sciences cl des beaux-arts, juillet, etc.. 1 70 1 . loiuc XVI, première partie, pag. 14.) Mais il s'en faut bien qu'une telle assertion ait assez de preuves. Au contraire, tout nous porte à ( mire (pie nous avons encore la version originale de S. Jéiôine, soit dans notre Vulgate, soil naos les œuvics imprimées du ce Père, soit eulin dans nosmss.

1° On ne doit point jtfgei de la version latine de S. Jérôme par celle dont l'Eglise se sert de nos jours, cl que nuis connaissons sous le nom de Vulgate. (Voyez ci-dessus, col. 013, 011. ) Celle-ci a toutefois cela de commun avec la version primitive du S. docteur, qu'elle renferme ses préfaces et tons les passages fameux qu'il a tant fait valoir. Elle suit presque toujours ses corrections, elle a presque partoui ce qui manquait aux LXX. Enfin, à l'exception de quelques passages empruntés des autres versions, elle est faite sur l'hébreu, et jusqu'au XIVe siècle, comme nous le dirons plus bas sous celle troisième époque, il n'y a eu pet sonne depuis S Jérôme qui ail entrepris un semblable travail d'après nos Ecritures hébraïques. Mais cette même Vulgate s'éloigne deia version de ce Père en ce qu'elle contient certains mois, certaines sentences tirées de l'ancienne italique; on le voit surtout dans les livres des Rois et dans les Proverbes. t\ous avons même dit ailleurs (loc. cil , pag. 250 et suiv.), qu'elle n'est point exempte de quelques mélanges des autres versions. Voyez les notes que dom Marlianay et Dominique Vallarsi ont faites sur la Divine Bibliothèque de S. Jérôme. Lis remarques de ces deux éditeurs peuvent nous conduire à démêler ce qui appartient à la version de ce Père.

2° La version des prophètes, telle que la renferme noire Vulgaie, est assurément tout entière de S. Jérôme. S'il y a des différences elles sont très-légères, el ne proviennent que de là diversité des mss., cor les exemplaires de la version de ce Père s'élanl beaucoup multipliés, il leur est arrivé ce qui arrive ordinairement aux ouvrages dont on fait plusieurs copies. A cela près, nous avons dans la Vulgate sa traduction originale.

5° li existe certainement des ms>. qui peuvent

Testament. En embrassant ce sentiment, je m'aperçois que j'aurai une foule de critiques qui me seront

rétablir cette version, et nous la donner beaucoup plus correcte qu'on ne la trouve dans les deux dernières éditions des œuvres de S. Jérôme, publiées par dont Uiiriiiiiiay et parM.VI.Vallarsi <t Maffei. Ces mss. sont en grand nombre; le P. le Long en fait mention de plusieurs dans s» Bibliothèque sacrée ( lom. I, cap. 4, sect. 2, paq. 234 et seqq.; confer. Catatogus codicum manuscriiùorun biblioilieca: regiœ, pari. III, tom. III, Parisiis 174i, pag. i etsuiv.).

Vers la fin du VIIIe siècle et au commencement du IX*, le célèbre Alcuin rassembla quantité d'exemplaires de la même version, et les coHalionua très-exac-ieîiieiit emre eux, pat ordre de Charlctiingne. Quelques mss. de cette révision d'Alcuin sont connus. Il y en a principalement deux fameux, dont l'un se conserve dans la bibliothèque des PP. de l'Oratoire de révise Neuve de Rome, et l'autre dans celle du monastère de l'église tle S. -Paul hors des murs. Le savant P. Biauchini en adwinéiirie holfae\Vmdicïœ cànomearum Scriplur. Sulgalœ laiinœ edit., etc., p. 512 etseqq., Ô50 et seqq.). Nous aurons occasion de dire un mot de ces travaux d'Alcuin, lorsque nous parlerons plus bas d'un célèbre ms. de la bible Vulgale latine, corrigée par les dominicains de France, dans le Xllî* siècle. Ce même manuscrit serait d'un grand usage pour rétablir la version originale de S. Jérôme.

Dans h bibliothèque de l'église cathédrale de Vérone, on a encore un excellent ms. qui contient les livres des Unis. Il offre partout des indices assurés qu'il renferme la version primitive de S. Jérôme. Le P. Biancbini en a publié un bon fragment tiré du Ie* livre. M. YHIaisl en a fait aussi usage. Voyez la prélace que cet éditeur a mise à la tète du IXe tome des œuvres du môme Père ( ** % verso folio etseqq.); et l'on voit que ce Savant Vétotmis n'a pas tant manqué «le mss. peur son édition, ainsi qu'on le lui a reproché : ses petites notes qui accompagnent entre autres la Bib'iuthèqne divine de S. .Jérôme en sont une preuve suflismle. Selon le P. Biancbini (loc. cit., pag. 3G2) et M. Vïil.rsi [t'Ai supra) ce ms. est du VIe siècle, ou environ.

Cuire les mss. que nous venoi.s d'assigner, on ne devrait pas négliger ceux de la bibliothèque du Vatican : ils sont d'une bonne antiquité et très-propres à remettre celle version latine dans sa pureté primitive. On a l'ail des recherches immenses sur l'ancienne version italique. On a vu les travaux dont Flami ius Nobilius, le P. Sabatier, et tout récemment le P. Biancbini, se sont occupés, relativement à cet objet. Le savant Crabe avait même déterré dans la bibliothèque bodleyenne un excellent ms. qui renfermait l'ancienne Vulgale latine du livre de Job, beaucoup plus pure que ne l'a donnée dont Marliaimy ; ei il s'en est beaucoup servi (Disserl. de vdùs LXX inicrprelum , cap. 3; confer* ejusdem Prolcgomen. ad codic. alexandrin, lom. IV, cap. 5, § 7 ) pour purger l'ancien texte laiin de ce poème des fautes tic copistes. Combien de pareils manuscrits ne croupissent pas dans la poussière de nos bibliothèques, souvent inconnus à ceux qui les possèdent? Si, à l'exemple de Jacques Hontenias, savant dominicain, de Luc de Bruges et de plusieurs autres célèbres personnages, on s'appliquait à conférer avec soin nos mss. latins de la version de S. Jérôme, nous 1.» verrions bientôt reparaître telle qu'elle était sortie des mains de ce Père.

Celte importante collection .justifierai pleinement la proposition q«e il0US ;iVons avancée ci - dessus ( col. 697, GD8 ), savoir , que les latins ont été plus attentifs à conserver la version de S. Jérôme que les Grecs n'ont pus de soin pour leur lexie des LXX. &i le savant P Biancbini eût pu terminer ses recherches et communiquer au public ses différentes découver-

Page 1