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contraires. Qu'importe ! L'amour de la vérité doit seul guider nus pas dans nos remarques sur la matière qui nous occupe. On a dit dans quantité d'écrits de philologie sacrée , et on l'a répété à la tèto des dernières œuvres de S. Jérôme, que nous avons très-peu de chose des travaux de ce Père sur le tcxlo grec de nos Écritures de l'Ancien Testament. Cette opinion, toute fausse qu'elle est, serait d'une bien moindre importance que celle qui suppose qu'à peine nous avons de nos jours quelques livres de sa version latine faite sur l'hébreu. Mais la même version n'est point perdue : il ne faudrait que lecourir aux manuscrits conservés dans nos bibliothèques pour en vérifier l'existence En faisant reparaître cette version dans si pureté primitive, nous aurions à produire un monument de plus qui constaterait d'une manière authentique l'intégrité de notre original. On ne saurait trop multiplier les travaux, ni trop accumuler les preuves, quand il s\igit d'assurer les litres primordiaux delà religion sainte, attaqués si honteusement par une philosophie tout humaine, et qu'une critique licencieuse s'efforce d'obscurcir.
Suivons nos considéra: ions relativement à l'éat < ù se trouvait ce même texte au temps de S Jérôme. Quoique ce Père ne manquât point d'excellents manuscrits hébreux, que les Juifs (I) lui avaient procurés, ni de bien d'autres (pie pouvaient lui fournir les différentes bibliothèques des chrétiens, on ne le vit cependant jamais témoigner que son texte hébreu ou celui des ilexaples fussent sujets à des défauts. N'est-ce pas une preuve indubitable que ce même texte était alors Ircs-sineèrc, voit qu'on considérât
tes louchant cette version cl l'anc.cnne Vulgale latine, corrigée par S. Jérôme (Voyez ses Vindiciœ, clu.% loc. cil., pag. 28 ï et seqq. ), il est certain qu'on aurait recouvré sur ce sujet bien des pièces qu'on a crues ensevelies pour toujours dans la nuit des temps. Par ( xemple tous nos éditeurs des œuvres de S. Jéiô ! e, oui avancé, cl bien des critiques l'ont dit aussi, qu'à l'exception du Psautier, du livre de Job, des prélaces t.ur..fofi livres des Paralipomèm-s cl de. Salomon , que ce Père -jvaii rétablis d'après le texte des LXX, le reste s'est presque entièrement perdu (Cou fer. Vallmsii Prœfal. in oper. ejusd. S. Bieronym., loin X, pag. 1 et seqq.). Cependant le P. Biancbini (loc. cit.) nous assure avoir tiouvé dans quelques bibliothèques une bonne partie de cei te ancienne traduction latine d,\ la révision de S. Jérôme, et il en donne des preuves.
De telles recherches et ces découvertes doivent nous intéresser , parce qu'elles servent infiniment à constater l'authenticité des monuments sacrés de la révélation; elles vengent notre Vulgale des insultes de l'erreur; elles assurent toujours plus l'intégrité essentielle de notre texte primitif, qu'on ne peut liop défendre contre les attaques de l'incrédulité cl les hypothèses de quelques faux critiques.
(I) « Intérim jam et ego linguam ei H le (notarius) ai liculum movcbamus, cum subito llehrams inlerve-» nit, deferens non pauca volutuina, quic de synagnga quasi lecturus acceperat. Et illico : Ilabes, inquit» quod poslulavcras : meque dubium et quid faceren uesçicnlcm, ita festinus exierruit, ut omnibus praplci\ missis ad scribendum Iransvoiarem : quod quide»n usquu ad prajsens l'acio. i llipronymus, ad Damamni papam episiola, Operum lom. II, part, j , col. 5#*
"ftS DES TITRES PRIMITIFS
l'exemplaire hébreu qu'avait employé Qrigène, soit
<;a'o:i jetât les yeux sur les manuscrits des chrétiens el des juifs? Est-il à croire que S. Jérôme eût voulu entreprendre une version sur un texte douteux et incertain ? Il nous donne pour règle invariable (1) que quand les versions ne sont pas uniformes, il faut recourir aux sources; il supposait par conséquent que notre texte hébreu n'était point corrompu, et qu'il jouissait de toute son authenticité dans l'Eglise du Seigneur.
S. Jérôme était si convaincu de l'intégrité cl de la pureté de ce texte, qu'en cent endroits de ses ouvrages il ne peut assez admirer l'opiniâtreté, je dirai même l'cnlôlemenl de certains prétendus critiques de son siècle qui osaient s'élever contre la vérité hébraïque. On en a vu des preuves dans notre second mémoire, ou sous la seconde époque.
Ce serait un étrange paradoxe de dire que tout ce que notre célèbre docteur a écrit sur ce sujet n'a clé que l'effet des préjugés qu'il puisa dans son fréquent commerce avec les Juifs de son temps. Non , S. Jérôme fut trop instruit : il respecta trop la religion cl ce qu'elle a de plus saint, tels que sont les monuments sacrés de notre foi, pour s'en laisser imposer dans une matière qu'il avait étudiée à fond une bonne partie de sa vie et avec une sérieu.-e application M. Simon et quelques autres écrivains oui même accusé ce savant Père d'avoir donné dans les rêveries des rabbins, d'avoir combattu exprès les Septante, pour autoriser davantage sa nouvelle version. Mais dom Marlianay a montré (i) que celle critique était aussi injuste qu'elle est peu fondée. Si S. Jérôme s'est écarté lui-même de sa propre version, tant dans ses Questions hébraïques sur la Genèse que dans ses Commentaires, il en a toujours donné des Faisons que tout homme équitable devrait goûter.
Nous avons déjà louché en gros (3) quels furent les motifs qui engagèrent S. Jé;ôme à entreprendre une nouvelle version de nos livres du Vieux Testament, et en dissertant sur l'état où se trouvait le texte grec des LXX, nous avons porté quelques témoignages de ce Père, qui justifient pleinement ces mêmes motifs. Les versions latines étaient encore en 6Î grand nombre et si peu uniformes entre elles par la licence des traducteurs cl par l'incapacité des copistes, que les personnes les plus sages et les plus éclairées de l'Eglise souhaitaient fort qu'on y remédiât. Il est vrai qnc, quoique ces versions se !i»ssetH
(i) Ul veterum librorum fides de hebrœh volumimbmexaminanda est, ilunovoruin grœci sermonis normmh desiderat. Idem ad Luc'vmuni epi&lola, ibid., loin. IV, pari. Il, col. 570 et alibi.
(2) Notœ prolixiures in librum Quœslionum Jubraiearum in (Jenesim. Oper S. Llicruuytn. loin. Il, col. 5PJ et ser|q.
Le but que S. Jérôme se propose dans cet ouvrage est de montrer la pureté du texte hébreu , et d'y réfuter ceux qui le croyaient; corrompu. Il y donne a<.ssi les ciymoiogies des choses, des noms el ùc^ pays marqués dans la Genèse sel m l'hébreu.
(5) Vovez ci -dessus, col. 615.
beaucoup multipliées chez les Latins, il y en eut toujours une plus estimée, plus autorisée el plus généralement reçue que les autres. Celait celle qui passait, sous le nom d1 ludique (!). On l'appelait encore Yancietme, pour la distinguer de la version de S. Jérôme, de laquelle on s'est serxi dans la suite. Parmi, celle multiplicité presque inuonibiable de liaduelions latines, l'Eglise accorda le premier rang à l'italique* parce qu'elle était el plus littérale et plus claire (2). Elle n'avait pas une certaine purc.é de langage, mais, nonobstant sa simplicité ci même s» rusticité, comme le dit un auteur (5), elle était tuéléts d'expressions hardies, grandes, nobles el sublimes.
On ne peut sans doute désirer rien de plus dans une version, que l'exactitude et la clarté. 11 faut convenir toutefois, que celte ancienne Vuigate n'était telle que respectivement au texte grec des LXX. d'où elle avait é.é tirée immédiatement. Or, si ce même texte demandait d'être relouché, si Origène sentit la nécessité de cette rélorme, s'il n'oublia rien pour la rapprocher de l'original hébreu, en l'enlre-mélani d'obéles et de petites étoiles ; de^ lors à quoi aboutissait dans le fond cet accord de l'ancienne version latine avec son texte grec, surtout après les travaux qu'on avait vus d'Origône, de Pamphilc eld'Eusèbe, de Lucien et d'ilébychius ; travaux qui fui eut applaudis par toute l'Eglic? La même Vulgalc ne s'é. oignait pas moins des véritables sources en bien des endroits. Car, si elle eût clé parfaitement conforme à l'hébreu, jamais elle n'aurait déchu de son premier rang ; cl. l'Eglise n'aurait jamais permis qu'on la levât d'entre les mains des lidèles, pour leur en faire adapter une autre.
Ce que tous ces grands hommes que je v:cns de nommer avaient senti n'échappa point à la pénétration de S. Jérôme. Il était essentiel que les chrétiens connussent toujours plus la vérité hébraïque, soit pour être en étal de soutenir aux juifs de leur temps que les passages qu'ils leur citaient de l'Ecriture se trouvaient tels dans l'hébreu, soit pour juger des corruptions el des infidélités que 1rs Juifs pouvaient avoir commises dans leurs différentes versions.
Il y avait un autre motif non moins pressant. En entreprenant une bonne version latine sur l'original primitif, c'était rendre à l'Eglise un service de ia dern ère impi rtance :on la délivrait do celte multi-
(1) Voyez ci-dessus, col. G04 cl suiv. ci 666. On croit qu'elle fut appelée italique , parce qu'elle avait pris naissance en Italie ou peut-être dans Komo même. On en ignore le véritable auteur : elle parlait cependant de différentes mains, et il n'est pas douteux qu'elle ne soit des temps apostoliques , comme je l'ai remarqué ailleurs
(2) 7m ipsis autem inlerprctationibus Ila'.a cœlerh prœferaiur ;naiiwst verboru<n lenacior ciun pcrspicuitaie senlentiœ. Augustinus , lib. H de Uocirina christiana, cap. 15, § 2-2 Oper. loin. [Il, part. 1, col 27, el seq.
(5) M. Du Pin , Dissertation préliminaire sur ta Bi bte% lib. I, ch. 7, § l.^g. £00.