DE U UI
Icuvcnj la perle, peut-être moine bien des richesses que nous ne connaissons point. Quels Iraiis lumineux ne répandraient pas sur la pureté cl sur l'intégrité de noire original hébreu, ici qu'il est de nos jours, tous ces ouvrages qui sont restés confondus dans la nuit des temps , cl desquel* nous ne trouvons que des fragments ou de simples citations dans les anci. ns! Quels secours ne tirerions-nous pas encore de quelques auteurs des bas siècles, si leurs travaux sur l'Ecriture étaient passés jusqu'à nous, plus conservés et moins interpolés par la licence des copisles?
Je m'aperçois qu'on pourra dire que les solides éludes, ainsi que la plupart des sciences, tombèrent bientôt avec ia ruine de l'empire romain ; que la dévastation des peuples du Nord amena la barbarie et avec fille la chute des lettres d.ms tout l'Occident. Ou m'objectera encore que depuis celle époque funeste au progrès des bonnes études si nécessaires à ccarler de nos originaux sacrés ces lâches que l'ignorance était seule capable d'y introduire , on ne voit pas que les langues savantes, l'hébraïque entre autres, lussent cultivées dans nos écoles avec quelque application. Peut-être même ajoutera i-on qu'elles fuient absolument négligées; csr l'étal des bonnes études dut toujours se trouver en raison de nos progrès dans ces mêmes langues.
N'exagérons point tan! les malheurs Je ces siècles. N s pertes ne sont point telles qu'on voudrait nous les l'aire envisager. La religion sainte n'a rien perdu. Les éludes languirent, il esl vrai; elles étaient même I mitées; mais plus elles étaient bornées, plus ceux qui s'y adonnaient s'attachaient à des objets utiles Quoique les savants fussent rares et les études imparfaites, observe très-bien M. l'Abbé Flcury (i), en parlant des siècles qui nous occupent, elles avaient cet avantage que l'objet en était bon. On étudiait les dogmes de la religion dans l'Ecriture, dans les Pères et dans les Canons. La foi de l'Eglsc était respectée. L'autorité de la révélation, celle autorité puissante qui écrase l'orgueil de l'esprit humain, n'était point un joug importun. On croyait que la religion n'était point arbitraire; qu'il ne sullisait point d'être citoyen; quM f.iDail encore être chrétien. Il y avait peu de criositccl d'invention, mais une haute estime pour les anciens. On se bornait à les étudier, à les copier, à les compiler et à les abréger. Celait le moyen le plus sûr de conserver la tradition et le dépôt sacié de nos livres saints. On méconnaissait le grand art de penser de nos jours, cet art perfide cl. dangereux, qui se répand avec fureur dans le corps de la socié é, et qui séduit tant d'esprits faibles parles vaines lueurs d'une raison aussi superbe que trompeuse.
Nos pères n'ont point vu du sein de la poussière, Ce fantôme effrayant lever sa lêle altière , Fouler les livres saints, insulter aux mortels ,
(1) Discours sur C Histoire rcrtésinstiq>ie. c-rs depuis \'m 600 jus jn'à l'ai, 1 100 -, é 1:1. d ; Pans, m-/*0, 1708, art. 21 , pag. 5ô<i.
Et d\tn pied dédaigneux renverser les autels J;.
La manière d'enseigner était encore la même des premiers temps. Les écoles étaient dans les cathédrale , surtout dans ies monastères, qui furent des asiles pour la doctrine et la piété, tandis que l'ignorance et la barbarie inondaient le reste du monde. On y gardait soigneusement des livres de plusiei rs siècles, cl on en transcrivait de nouveaux exemplaires ; c'était une des occupations des moines. Il ne nous resterait guère de livres sans les bibliothèques des monastères, que je compte, dit le savant auteur d'où j'emprunte une partie de ces réflexions , entre les principaux moyens dont la Providence s'est servie pour conserver la religion dans les temps les plus mueralie, (*)•
Disons ce qui en est. Ces s'ècles que nous taxons tant d'ignorance, ne furent poini tels qu'on y eût cnllèieaicnt perdu de vue nos manuscrits hébreux. Nous voyons même que ceux d'entre les savants qui ne pouvaient consulter ce texte primitif, sentaient la nécessité d"y recourir (5) par le moyen des Juifs, cl profilaient de leurs lumières. La littérature hébraïque n'y reparut pas toujours avec un certain éclat ; e le y ('prouva même plus d'une i évolution ; ma s elle s'y soufml assez pour que notre texte original selroinât toujours à l'abri des infidélités des copisles et de la malice des hommes. On y vil paraître de temps en temps de savants juifs convertis à la foi de Jésus- Christ, ainsi que des docteurs chrétiens , principalement occupés à des travaux sur l'Ecriture; cl ils ne pouvaient s'y adonner sans consulter nos propres originaux. Tels furent les Robert Gros head, évêtjuc de Lincoln , les ftogéf Bacon , les Hugues de Sainl- Ctier, les Nicolas de Lyra, les Paul, évoque de Burgos
(J) Voyez Réflexions sur le Poème de la Relig'on naturelle (composé par M. de Voltaire), édit. de P. iris, 17ÔIÎ. pag. 5.
(2) M. l'abbé Flcury, loc. cit., art. 22 , pag. 5H Cl suiv.
(5) Ces! ce qu'on voit par une note critique, insérée dans un manuscrit (rime Bible laiine qu'Etienne l!, abbé de Citcaux fil corriger au commencement du Xiie siècle (l\m MCIX) , et dont parle le P. le Long (iïibiiolh. sacr. , cap. A, seel. 1, lom. I, pag. 250) d'après le témoignage du savant éditeur des ouviage* de S. Bernard (Operum rjuid. snneti cura, l). Jo. i\iahilhuiii, p. 11 Appendich lomi IV). Voici ce que parte celte même note : « Undenos mulimn de discordia nosirormn lihrorum quos ah mm interprète su-cepimiis, admirantes, Judmos quosdam in sua ScrïfWura peritos adiviiims , ac difigculissimc lingua ruina lia inquisivinius de omnibus illis Scripturàrum locis, in quihus ill.u partes et versus , quos in pradiclo nostro exemplari iuvenichamus, et jaui in hoc opère nostro inserebaums, quosmie in aliU mollis bisioriis laiinis non i iveuiebamus. Quisrws libros pluies connu iml.is revoiventes, et in locis illis uni eus rogahamus, hebraicam sive cbaldaicam Scripluram romanis vérins nobis expouentes, parles vel versus pin quihus turbab;.mur, minime repereiunl. Quapropter hebraicaï : tque chiddaicai verilaii et mollis 1 bris laiinis, qui il!a non babebant, sed per * iniiia duahus illis linguis concorda ni i credentes , omuia illa superfiua prorsus aluasimus, veluli in muliis bitjiis libri locis apparei, et pi;ecipue in lihns Hcgum, obi major pars erruhi iuveniebalur. >
et quantité d'antres qui se distinguèrent dans la littérature grecque et hébraïque (1).
L'exemplaire manuscrit de la Bible latine (2), revue
(1) Vid. ïlumfred Ilody, de Biblior. Tcxlib. or'ufi - „•#(., lib III, part. II. cap. 12, pag. 4-1 9 et seqq.
(2) J'ai vu en 1749 re ms. dans la bibliothèque «le nos dominicains de Paris, du col'ége de la rue Saint Jacques. Il est transcrit sur de beaux parchemins en lettres à demi-gothiques, et forme quatre grands volumes in-fol. Le révérendissime P. Brémônd , d'heureuse mémoire, connu honorablement dans la république des lettres, et dont les bienfaits me seront toujours présents, avait trop à cœur l'élude des langues orientales pour négliger ce qui y avait du rapport. Les sages règlements qu'il fit renouveler à re sujet dans le chapitre général tenu à Bologne en 1748, où il fut élu supérieur de loin l'ordre, le prouvent assez. Ce savant homme, qui sentait tout le prix du ms., puce qu'il était ho.» connaisseur lui-même, ordonna qu'on en tirât copie. En 17-49, il fil destiner à ce travail quelques jeunes étudiants du noviciat généra) de Paris, où il y avait depuis i inq années un cours <le langues sous la conduite de M. l'abbé de Villefroy. J'étais du nombre de ceux qui devaient transcrire ce précieux ms., mais des circonstances qui n'intéressent aucunement le ptiblic, et auxquelles nous ne nous attendions pas, fiienl malheureusement échouer noire projet. Eu multi-pli: nt cet exemplaire, nous l'eussions mis à l'abri de mille accidents qui n'ont que trop privé la religion et les lettres de tant d'excellents ouvrages égarés peutêtre pour toujours.
M. Simon a donné une notice assez détaillée de ce ms. dans ses Nouvelles observations sur le texte et les versions du Nouveau Testament (part. II, ch. 1, pnq. 128-M1). Je crois toutefois ne pas devoir me contenter de renvoyer simplement à ce qu'il en a écrit ; cet excellent ouvrage, étant du ressort de la matière que je traite; exige que je le fa*se connaî re ici d'une manière particulière par quelques exemples que je rapporterai bientôt. On doit observer auparavant que la Bible manuscrite dont il s'agit, et sur laquelle les dominicains ont revu la Vulgaie, ne peut être un de -ces exemplaires que le célèbre Alenin corrigea par ordre de Chai lemagne, et qui furent éerits du temps de ce prince. Mais il n'est pas douteux que les dominicains n'aient eu de ces anciens mss. lorsqu'ils firent leur correction de la Bible latine. Antiqui (codices) Fr. dominieanorum, qui ante annos 500 ex codicibus Caroli Magni jii>SU conscriptis, Biblia, aut Bibliorum par le m, in Franchi emendarnnl. Tertius (codex) litterarum magnitudine cnnspicuus, qui ante annos 500 ex Caroli Magni Bibliis iiudcqiiaquc coHéciis, jussu, ut prefatiO habel, F. Jordani magislri ordinis pra-dicatorum et F. Hugonis prioriS proviucïalis in Fiancia, correcttts fuit Lucas Bntgehsis, Nol. in cap. \W libriJob, et m cap. X Vroverb. Notationum in sacra Biblia, ecl'tl. antuerpiens. 1580, pag. 97 et 180.
Alcuin n'entreprit sa révision que pour rapprocher de la version originale de S. Jérôme noire éililion Vulg le latine, qui, de son temps, avait contracté grand nombre de fautes de copistes. Cet habile homme s'acquitta très-bien d'une commission si importante; et, dans un siècle où tous les livres étaient manuscrits, et qu'on en conservait soigneusement des copies dans les bibliothèques publiques, surtout dans celles des églises, il lui était aisé de se procurer de liès-;mcieus exemplaires de la Bible latine , dont quelquesuns remontaient jusqu'au temps de S. Jérôme. De ce père à Alcuin il y avait moins de quatre cents an-; ; amsi vit-on sot tir <lc ses mains une édition pure et châiiée de la Vulgaie. Alcuin dédia ce grand ouvrage à ( harlemagnc. Dans son épître dédieaioire, qui est la vingtième parmi le recueil de ses Œuvres il dît à cet empereur : Sacros libros in nnius clarissinù corporit êancitatem connexos, atque dUigenier eiueudatn,
PRIMITIFS ï9i
dans le treizième siècle par les religieux dominicains de France, peut faire juger que la critique sacrée
vestrœ clnrhshnœ anctoritnti dirigere curavi. Charîcma* gne fut irès-satîsfaii de cette édition . et la manière dont il en par'e prouve qu\\lcuin avait rempli parfaitement les ordre* d • <e prince!. //m» pridem nnhersos Vetensac Novi Testament! libros librnriommimperitia depravutos , Deo vos in omnibus adjuvante, examnmm correximus. EjfKdèm pr.W'.tio m HomU'vmuin Pauti Diac. Confcr Mabill >nii Velu Analecta. Paris. I723 p>g 25.
La même édition qu'Aleuin, âsé de quatre-vingts ans, acheva dans >on ahbaye de S. -Martin de Tours, vers l'an 805, se répandit aussitôt dans le* Frises la* fines par Pautorié de CharVmagne. Mais à force d'en multiplier les copies, les transeripteurs y insérèrent plu* d'une additi n en forme d*é laircissomeuls ; de sorte que du temps de Hugues de Saint Victor, qui vivait au commencement du douzième «ièrle. Ie> exemplaires communs de la correction (PAIeirin éiavni si interpolés, qu'il était difficile de distinguer ce qui appartenait à la version de S. Jérôme on aux autres interprètes. Usn autem pravo inv-tlescente. qui nonnnnquam solita monts quant vera apnetit, faclum est nt , diversas diversis seqnentibns translaliones, ita tandem omnia confusa sint ut pêne uunc eut tribuendnm sit iqnorelnr. Hugo a S. Viciore, Lib. de Scripluris et Scriptoribus sneris. cap. 9, Opcr. tom. I edit. Rolhomag. 1G48, pag. 5.
Ce détail louchant la révision d'AIcuin est néeessaire pour bien juger du travail de nos doctes dominicains. Si leur Bible manuscrite eût c:é encore telle qu'Aleuin l'avait corrigée, ils ne l'auraient point chargée «le toutes ces imtes critiques, ni de tant de lignes ou d'ohèles, comme ils l'ont fait. Ainsi le texte du-, ms. est une de ce^ édition* communes qui étaient fort répandues dans le temps que le* dominicains entreprirent leur révision, c'est à dire en 1256. Par un règlement du chapitre général tenu à Paris dans la même année, sous le B Jourdain, IP général de l'ordre, on voit en effet qu'ils étaient alors occupés à cette correction delà Bible. Que tons lés exem\à nres de la Bible à l'usage de tordre soient rtçus, corrigés et ponctués selon lu correction que font actuellement nos religieux destinés à ce travail d ins la province de France. Volumus et mandumus, ut secundwn correelionem <{uam fnciunt Fratres , qnibus hoc injnngitnr in provincia (Frauda') aliœ Bibliœ ordinis carriganlur et purgsntur. Confer. Edmund. Martcne , Thes'turus novus Ànecdotorumy tom. IV, nuni. 54, col 467ii.
On voit également par ce statut que le ms. des dominicain* doit dater à peu prè* de la même année , puisque les note* critiques qui L'accompagnent , soit, dans les marges, soit dans le corps de l'ouvrage, sont écrites d'une même main que le t-xle. Mais donnons quelques exemples louchant la manière «l nt ces doctes critique* se sonl acquittés do leur travail dans ce bon ms., connu sous le nom de Correctorinm Bibliorum; M. Simon non* fournira quelques uns de cesexemples.
Au chapitre IV, verset 8 ils la Genèse, ils observent en marge que S. Jérôme assure que ces mots : Egrediumur foras, ne sont point du texte hébreu, quoiqu'on les trouve dans le samaritain cl dans les exemptai res latins. Jo. (Ilieronymus) dicit quod hoc superflnnm. in nostris codicibus et samaritains , nec est in hebriris.
Au chapitre VI il» verset 7 du même livre, sur cet endroit : Qui eqrcdiebaïur et noi reverlebulnr, qui est un de ceux que les censeurs de Home, dit M Sinon, n'ont pas jugé à propos de corriger, il y a à la marge qu'on lit ce passage dans quelques exemplaires latins sans l.i particule négative t conformément au |&tn hébreu : min HT3P Nï^, et qu'un certain André a au«si d'il é h même interprétation à cette leçmr. Qttida-n amiqui habeni : Qui egredhkatur et wrerteba'
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no fui point négligée en Occident, dans ces àges mémos Co qu'il y a d'admirable dans le manuscrit en ques- •ù le goût des bonnes éludes paraissait presque éteint, tion, c'est que depuis Origcne cl S. Jéiômc, on u'a-
tîir donec; nnde in licbrœo liabelur : Qui egret*n$ es* exiens el revérïebalur donec. Quam Lilleram eliam expomt Andréas.
Au chapitre VII du Léviiique, vcrseï J9, il y a dans le texte de ce ms. : Qui fuerii nmndm, vescetur ea. Ils remarquent , dans une noie sur cet endroit, que le pronom en no se rapporte point au mot rfiro q\é précède immédiatement, mais à celui qui est auparavant ; en quoi ils mollirent leur exactitude à éclaircir les mots équivoques ; ils s'appuient ici de l'autorité de Radulphc, des anciens exemplaires latins cl de l'original hébreu ; ils ajoutent que les glo-es cl les postil- . les lisent en un autre sens : Qui fuerii immuiidus ; mais celle leçon , qu'ont suivie quelques commentateurs , est fausse. A (aniiqui codices) Ile (hebrœi) haboit : Qui fuerii mundus. vescetur ea ; et referuut non ad proxime dicium, $ed ad carnem sanclam, de (jua sup'iius (vers. 18) locutm est, ut dicit Radulphus , glossœ et poslillœ exponuiil : Qui fuerii immundus, elc:<
Il règne dans tout ce ms. une noie qui mérite d'être considérée. Quoique S Jérôme < ûl fait sa traduction stir l'Iiébrcn, les copistes ne la itèrent pas d'y insérer d:m> la suite quelques additions , joignant ensemble plusieurs interprétations ou éclaircissements. Les dominicains mit lâché de remédier à ces imperfections, qui étaient autrefois bien pins ficqucnies dans les éditions communes de la Vulgate qu'elles ne le sont présentement. Ces additions sont marquées, ou dans le texte du ms. par une ligne au dessous des mots superflus, ou dans une noie à la marge, el souvent dans l'un et dans l'autre la niarg e expliquant plus an long la disposition du texte; ou lit, par exemple, au chapitre V du Lcvitique, verset 4: Vit benecl non fecii. Ces mois , el non fecit , sont barrés d'une ligne ronge au-dessous, pour marque, qu'ils sont superflus; et (es Titres qu'on voit au-dessus, lia et Ile, signifient qu'ils ne soni ni dans liahan ni dans l'hébreu ; aussi ne se trouvent-ils point dans l.i Vulgate.
Noire édition latine ayant été l'aile sur l'hébreu, nos critiques oui eu raison d'avoir souvent recours au même texte. M. Simon en apporte des exemples.
Il est à propos de considérer que les dominicains n'ont pas barré d'un obèle ou ligne rouge au dessous ions les endroits de leur édition laline qu'ils savaient n'eue point dans l'hébreu. Ils n'ont point osé apparemment le faire, dit M. Simon, à cause du grand nombre n'exemplaires latins où ils trouvaient des additions. C'est ainsi qu'au chapitre IX, vcrsel 25 du livre I des Itois, ils lisent comme il y a dans notre Vulgate : Siravitque Saïtl m solario, el dormivil , sans aucune ligne au dessous de ces mots. Il> ont toutefois obvié suffisamment à cela, en avertissant à la marge qu'on ne les lii ni dans l'hébreu ni dans Bède, mais qu'ils se trouvent communément dans les exemplaires latins , lani anciens que modernes./?, et 11. non liabent, sed M. el aiitiqui Ubri liabent communiler. Au chapitre X du même livre, vers. 1 , ces mois : Et liberab s poputum tuant de manibus inimicorum ejus , etc., avec le reste du u êiiie verset, «pie nous lisons dans noire édition, sont marqués de lignes dans le ms. des dominicains. On a observé en même temps à la marge qu'ils ne sont nrdans l'hébreu ni dans quelques anciens exemplaires latins ; qu'on les trouve néanmoins dans les modernes el dans quelques anciens.
JNos doctes dominicains suivent constamment celte méthode dans le ms. Leurs notes critiques sur les marges et quelquefois sur les mois mêmes du texte latin du Vieux Testament, où ils indiquent les diverses leçons non seulement du latin, mais encore celles de l'hébreu et de la version grecque des LXX, font voir qu'ils entendaient parfaitement la langue hébr ï pie, et qu'ils étaient irè,-exeroé> dans la critique sacrée. Pour ce qui concerne le Nouveaa Testament, ils y
suivent h peu près le même plan que sur l'Ancien ; mais ils y ont répandu moins de notes, et ils se son! conientés quelquefois de faire connaître les diversités de leçon par un simple vel, ou. à la marge, sans spécifier ni les exemplaires ni les auteurs d'où ces varié'és ont éié prises (Voyez M. Simon , loc. cit., pag. 158 et sttiu.). Il manque dans ce ms. tout le Psautier, qui, selon les apparences, formait un volume à pan. Connue les notes qui accompagnent le manuscrit sont dans les marges mômes, il ne peut qu'être différent de celui dont parle Luc de Bruges (Nol. in capul XIX Ubri Job supra cit.t pag. 9>), ou plutôt celui-ci a é é copié sur le premier, mais avec celte diflcrei.ee que le transcripieur a jugé à propos de renvoyer a la (in les remarques critiques (pie les dominicains avaient édiles en marge ; et pour indiquer ce renvoi, il a mis à la marge du texte un polit signe en or. Biblia illa a S. Dominici Frairibus correela nonnullus liabent sub f/nem notas ad quas signa aureo in texlus margine collncaïas leclor militur; Lucas Brugensis , loc. cit. Couler. Jacobus Echard, Scriptores ordinis prœdicatorum, sec. XIII, loin. I, pag. Hi7, seq.
M. Simon , qui a examiné de près le ms. , et qui le loue beaucoup, ne paraît pis cependant assez é juitable dans le jugement qu'il porte du travail de n:;s dominicains; ce docte critique voudrait leur enlever une partie de la gloire qu'ils ont méritée par une entreprise si utile. Appuyé d'une prétendue tradition , que ce ms. était un don de S. -Louis , M. Simon dit qu'il se peut faire que ce religieux monarque ait donné à nos dominicains du collège de S. Jacques l'un de ces mss., ou plutôt quelque mitre avec de semblables remarques qui n'élaieul pas si étendues, et qu'ils auront eux-mêmes augmentées, ayant eu chez eux , ajouiel-il (loc. cil.) , des personnes très-avanies dans tes langues orientales et dans la critique de l'Ecriture. Mais si M. Simon avait bien obsené l'écriture de ce ms. qui est partout égale, et ne peut par conséquent venir que d'une même main ; s'il avait encore mieux fait attention au temps que les dominicains de France s'occupèrent à cette révision , il aurait sans dmile reconnu que les remarques critiques du ms. soûl toutes l'ouvrage de nos pères. La tradition qu'il produit est d'ailleurs absolument fausse, comme l'a très bien montré le savant père Echard (loc. cit., pag. 197, seq.), qui prouve même ipie le fameux Correclorium deSorhonnc, dont il donne une notice, n'est qu'un abiégéde celui du couvent de Saint-Jacques.
Cette révision de la Bible laline fut si bien reçue dans l'ordre , que dans un de nos chapitres généraux tenu à Paris en 1256 sous le général Humbcri , on défendit expressément à tous nos religieux de se servir des corrections de la Vulgate laline, faites à Sens. Correcliones Uibliœ senonensis non approbamns , nec volumus quod fratres innitaninr illi correclhni. Acia capiiuli gen. Paris, babiii an. 1256. Viil. Marlene, loc. cit., col. 1715.
De là l'empressement qu'on eut chez nous de mu! tiplier les exemplaires de cet excellent ms. dans les différentes provinces de l'ordre. Nous le considérâmes pendant longtemps, surtout avant la déclaration di concile de frenie, et les éditions de Sixte V et dd Clément VIII, comme l'unique rè^le qu'on devait suivre dans la lecture de la Bible. Kl c'est de la mémo source que sont venus probablement tous ces ms. qu'on trouve encore dans quelqurs maisons de notra ordre sous le nom deCorrectio, Correcliones ou de Cor* rectorium Uibliœ.
Dans la bibliothèque de l'Aca. ternie Pauline de Leipsick, appartenant autrefois aux dominicains, qui y avaient aussi un collège pour leurs étudiants , on conserve avec le plus grand soin un de ces ms. composé par les mêmes religieux. La manière dont ils
T>\ HES TiTftES
viiil encore vu rien exécuter de pareil sur les versions « l les textes originaux de nos divines Ecritures. Les doctes dominicains y ont suivi, par rapport à l'édition commune de la Yulg.ile latine, une telle méthode, que par le moyen de leurs notes renvoyées aux marges, et des lignes, ou espèces d'obcles insérés dans le texte, ils font apercevoir en quoi leur édition s'é'oignc ou se rapproche plus pu moins du texte primitif cl de la version originale de S. Jérôme. Celte excellente compilation, dont le savant Hugues de S:iinl-Clicr, le premier des dominicains honoré de la pourpre romaine, fut comme l'âme et le principal auteur, est un de ces monuments littéraires qu'on ne peut trop apprécier, surout relativement au siècle qui lui donna naissance. Qu;md le même siècle et les suivants n'auraient produit d'autre ouvrage que celui (!) que nous venons d'annoncer , c'en serait assez pour fixer toujours plus touchant l'intégrité cl la pureté de notre original lié- •Irrew, cette chaîne de la tradition, qu'il nous importe tant de ne point laisser échapper, Cl qui paraissait comme rompue dans ces âges de 1er, où les éludes sur l'Ecriture étaient bornées, parce qu'on remontait rarement jusqu'aux sources. Nos doctes dominicains
s'expriment dans la prélace de celte Bible fait voir sensiblement qu'ils prirent pour modèle de leur correction celle qu'avaient déjà donnée nos dominicains français. « Quantum in brevi pot di ni us . ex glossis S. llierouymi et aliorum docloruui , et ex libris llebneorum et antiquissimis exemplaribus qmc jani ante tempora Caroli M. scripl.a fuerunt , hic iu brevissima notula scripsimus e» qu;e ex novis et diversis Ibbliis, propler varias litleras, inagis dubia vel superflu:» credi bamus. Ubieunque CrgO in texlu iibrorum Veicris Teslamenii, rpi% in hebraeo Canonc eonlin-'n. lui*, punctum de miuio super aliquam diclionem . vel syllabam , vel inter diras dictinnes vidons, seins illnc ciiiii auctoritaie mu ko ru in exposrtorum et anliqupruin Iibrorum , eliam sic apud Jlel>r;voS haheri, Si verndictio illa , vel amplius, linc.e de ininio suhjecia fuit, lu libri exposilorum et antiqui non habent , cl lune maxime cautuin est si juxia liohraîos punctum de mi* uio supposiium bancal. » Prœfalio eid. correction! IJiblioruui praunissa. Cou'er. Jo. GoiilobCarpzov. Crilic. saer., part. II, cap. G § 5, pag. Gj5; JacobusEcbanl, loco ciiato, pag. 198.
Ce ms. de la bibliuthc pie Pauline forme seulement un bon vol. in- fui. sur parchemin, et renferme le Psautier, mais sans aucune remarque criliijue, comme on en voit en marge dans le reste de l'ouvrage sur différents endroits des autres livres de l'Ecriture du Vieux «;i du Nouveau Testament. En comparant ce meute ins. de Leipsick avec uneauire bonne correction tic la Bible', donnée par Magddi Jacques, dominicain hollandais, le docte Carpzovius ( loc. cit., pag. G94) l'a trouvé beaucoup moins étendu dans les notes critiqués que ne l'est le second, qui a pour litre Correcloriuni Mb fia?, cnm difjictlium qnurunidam dicliounm luculcnla tnlerpretaiione , per ftlagdalium Jacob nm Condensent ^ admis prœdiculoru . digestion , M «g. Adamo Bopardo thcologo nuncupulum. Colonne 1508 , in-8.
(I) M. Simon (loc. cit., pag. 157 et 141) fusait t;mi de cis de cette Bible latine , qu'il la jugeait digne d'être imprimée emicre comme elle est. Il dit même que si les censeurs de Home , qui ont corrigé noire édition Vul^ale sur de bons exemplaires manuscrits , avaient vu celui-ci , il leur aurait beaucoup servi. V m z encore sa Critique de la bibliothèque (les ailleurs ecciésiasl. de M Du Pin, loin. I , l;b, IV, ch. 12, pag. iiï'i cl suiv.
employèrent des manuscrits grecs , hébreux et latins d't.nc haute antiquité; ils recoururent aux anciens commentateurs: la collection qu'ils nous oui laissée en est une preuve parlante, cl leur critique démontré qu'ils surent lairc un bon choix parmi les diversité* de leçons. Pouvaient-ils mieux mériter des lettres et de la religion qu'en nous transmettant la croyance, pour ainsi dire, de tous les siècles sur l'intégrité et la pureté de nos (exles originaux et en rétablissant une version que l'Eglise avait adoptée (!) comme plus conforme au lexlc hébreu ?
Raymond Martin, autre savant religieux de l'ordre de S* Dominique, Irès-instruil dans les langues hébraïque, chaldaîque et arabe, publia vers le môme temps un ouvrage qui durera autant que la religion et les bonnes études seront en honneur. Ce grand corps de doctrine ('2), où l'auteur se propose princi *
(1) Cujns (Hieronymi) Iranslalio qnh hefiraieas veritati concord are niagis probilaest, ideir o Kcclesia Cii i isti per uuiversam lalinilalcm prap cricris omnibus iranslalionibus , qnas vitiosa inlorpretatio, siver prima de hëlmnn in gr.ecum, sive secunda de grac<> in laliniim f icla , corruperat, banc solam legendaui et iu auctoriiaie habendam cousliluil. Hugo a Sancl» Viclmc . loc. cit.
(2) Ce t assurément un des plus grands ouvrages qui aient jamais paru contre les Juifs ; il a fait beaucoup de p! igia re> . cl aucun ouvrage moderne ne l'a menue égalé qu'airant qu'il en a suivi la marche. Pour bien disputer contre b'sJmfs, il y a une ceriaiio manière que peu d'écrivains, d'ailleurs excellents , ont à peine saisie. L s Juifs , uuoique vivants parmi nous. ont. des mœurs cl une façon de penser toutes contraires aux nôtres, Raymond Martin commença d'abord par bien étudier le eoractère de celle nation, qui csi toujours la même , et après do.^ recherches immenses sur les ouvrages des Juifs, il publia son livre qui eut lout succès. L'ordre de S. -Dominique se (il une gloire de fournir aux frais de l'im resion de cet ouvrage qui a pour litre: Pugio fidei Raumundi Martini . ordinis prœdicaiorum , advenus M (taras et Jaduos; nunc pr'nnum éditas impensis ordinis : cura vero et (tusp'ciis felicis memoriœ llev Tlianxv Turco : sibinde/ue fief. Joannis Baptisuv de Mariais, m gis'rorum generalium: ope et opéra IU. cl liev- D. episcopi lodavensis , et IU. prœsidh D. de Manssac co»;i;is cous'istoriur.i : cnm observe tioiûbm D. Josephi de Voisin, presbgteri et exsenaloris burdigalensis. Ad Sereniss reliai stirpi's primnm principe m Ludovicum Borbonium tonf/n'/ju/.Parisiis 1051, in- fol Le savantJosèphe de Voisin, qui eut soin de celle édition, raccompagna partout d'exrellenics remarques et, entre autres, d'un grand nombre d'observations préliminaires su- le pr< ôaioou la préface de Mari in. Le but de l'habile éditeur est de faire observer tout ce que ce bon ouvrage renferme de recherché en f ut d'érudition rabbinique, ci tout ce nu'il y a de plus propre à faire triompher la vérité de l'erreur, la religion chrétienne du judaïsme, par les livres mêmes et les traditions des Juifs.
Le Poignard de lu foi commence à devenir 1res rare, nonobstant la seconde édition que Jean Benoit Carpzoiusen publia à Leipsick en 1G87, in-fol. avec une introduction à la théologie judaïque, et un petit écrit que donna llerman , juif, touchant sa conversion au christianisme. La nouvelle. édition qu'on ferait de cet ouvrage serait d'auianl plus utile, qu'on pourrait pro* liter des fatigues d'ÈsdrasEdzard, Ce célèbre hébraïsa.ii d'Allemagne , mort en 1708 , prit la peine de vérifier sur les imprimés tous les pas-ages des livres des. Juifs que R lyinond Martin y allègue frémièmmcnt.
paiement dcconfondrelVpinï&trcié et l'incrédulité des Juifs, paraît, au premieraspect, n'avoir qu'un rapport éloigne avec la matière qui concerne Pintégrilé du texte primitif des livres du Vieux Testament. Mais, si l'on considère bien la nature de cet excellent livre, si l'on tlott apprécier l'étal de couservaiion de l'original Ihé'areu par nos progrès dans les langues savantes, l'ouvrage de Raymond Martin offre un témoignage public de l'authenticité et de la pureté île nos Ecritures Iwhraîqucs , surtout dans l'intervalle de temps que nous envisageons.
Jamais la littérature hébraïque ne p.rul se relever avec plus de succès ni avec plus d'ardeur que dans ce XIIIe siècle. Qirlquc petit qu'y fût le nombre des savants qui s'appliquaient à cotte é mie, c'est ui\ fait que les dominicains s'y distinguèrent (i), et qu'ils tirent un grand usage île la connai-sanec des langues orientales , pour établir les vérités saintes de la reli gion. Peu d'écrivains ont éié même aussi capables que notre auteur de bien connaître parla voie de plusieurs
Le docte Wolfius a inséré ces recherches d'Edzird dans le IV* volume de sa Bibliothèque hébral que, pag. 572 - 618.
Les noies d'Edzard n'auraient rien laissé à dé-irer, s'il avait p»is la précaution de spécifier les éditions d-mi il s'était, servi pour confronter toutes ce* citations. Le savant abbé Pocb, dont j'ai parlé plus haut ( Vol. I , pag. 291, noi. ), a remédie à ce défaut. Il a revu luimême les rem nptes d'Edzard, cl a indiqué chaque édition où se trouvent les mêmes passages tirés des auteurs juifs. Il a l'ait encore plus: il a vérifié d.-ns les ouvrages imprimés des docteurs de la même na lion, quelques antres passages ciiés par M. min, qui avaient éeiiappé aux recherches d'Edzard. Je ne dôme point que M. l'ahlél'och ne se fil un vrai | laisir de nui* livrer «es laborieuses fatigues; mais il faillirait un puissant Mécène . zélé punr cette sorte de littérature, un peu trop négligée de nos jours, et qui voulût se prêter aux dépenses du l'impression d'un livre de celte importance.
Je laisse à part les critiques peu mesurées qu'on a faites iucousidéi émeut de ce bon ouvrage (Voyez "WoU", loc. cil., loin. I, tium. i9t2, pag. 1017 el seq. ). Je p s-e également sous silence ce qu'en a dil M. l'abbé llouttevilic dans La Religion chrétienne prouvée par les [ails, loin. 1, Discoure historique el critique, eic, (v>g. :0b' el suiv. Un célèbre écrivain de nuire ordre a lél'u é amplement l'injuste critique de ce savant abbé, qui n'a connu ni l'auteur , ni son ouvrage. Voyez l'Hhtoire des hommes illustres de l'ordre de S - Dominique pur le IL P. A. Tonron , religieux du même ordre , loin. 1, liv. V, pag. 498 et suiv.. nies.
(1) Cou fer. Jacob. Eehard > Scriptores ord. prœd. recensai, loin. 1, sec. Xlil, pag. 2i6et se.|.; 5i)G. Le savant P. Tourna, loc cit., loin. 1, liv. I, pag. 5'* et suiv., liv. Il, pag. 119; liv, V, pag. 484, suiv, 488, suiv*., 505, suiv. ; iicnrici a Porta , ord. picdic, de tinguur. oriental, ad omne doctrinœ genus Prœsiaulia ., pag'. 58 el seq.
Ce lait , attesté par les fastes littéraires , dément d'une manière palpable le paradoxe de Jean Buxlorf, qui a osé avancer dans la préface de son bicAounatre hébreu et chaldéen , qu'après S. Jérôme pendant l'espace d'environ mille ans, Téude des langues fui tellement négligée que notre Vulgule souffrit des altérations préjudiciables à la foi , el que la doctrine de fEgli.se se trouva toute couverte d'horribles ténèbres. C'est là le langage de l'hérésie ; mais il n'y a que Mgnurajice ou h passion qui peuvent le dicter.
ÉLATION.
manuscrits hébreux le véritable état du texte primitif. Tout ce que la synagogue avait opposé aux chrétiens, toutes les traditions des docteurs iuifs et toutes leurs différentes manières d'interpréter récriture; rien n'échappa aux recherches du savant Martin. En consultant avec soin les monuments de l'infidélité do celle malheureuse et in/.rato nation, depuis l'époque de sa ru ne jusqu'au XHP siècle ; en rapprochant les divers textes de l'Ecriture, répandus en grand nombre dans ces écrits anciens el modernes , noire savant apologiste ne put produire aucune de ce? citations de-; rabbins qui heurtât de front la vérité hébraïque ou l'intégrité essentielle du texte hébreu (1). Quel concours de preuves pour la conservalion de ce- lexte primitif!
N'omettons point mm autre réflexion qui se présente naturellement à l'esprit. Dans les différentes conférences ou disputes que nos religieux eurent alors avec ces ennemis de Jésus-Chrisi , on convenait de port el d'autre d'un principe commun. La vérité hébraïque était la seule et unique règle da^ controverses cuire le juif cl le chrétien. El si l'on eût soupçonné la synagogue du XIIIe siècle coupable d'avoir laissé égarer, ou d'avoir altéré les litres primordiaux de son culte, aurail-on manque de le lui
(1) Il e^t cnn>tant qoe Raymond Miriio a accusé les Juifs d'avoir p >r:é des mains .vncrilég"S sur les livres sacrés : il a lâché même d'appuyer celle accusation par différents exemples. ( l'ugionis fulei port. Il, cf./). 5, § 9, pag. 223, seq. [vid. Observai. Jos. de Voisin, pig. tU]\ cap. Il, § 10, jwfl. 528 . el II! part , distinct. 5, cap. 2, § 12. paq. 5 1 7 ; cap. A, § 1 1 , r ;;. 548, seqq , etc., éd. Paris.) Mais ce savant dominicain n'ignorai! point «pu; les Juifs citenl el interprètent souvent le^ divines Ecriture.* suivant leurs préjugés. D'ailleurs plusieurs de ces exemples sont aiis- CCptibles d'un hou >cns, ou si quelques-uns des munies passag s allégués par noire auteur sont contraires au cnulexié des écrivains sacrés , on doit moins les attribuer à un de-sein prémédité des Juifs d'avoir voulu les corrompre, qu'à l'inadvertance des copistes. Voyez au reste ce que nous avons remarqué, col. 801, suiv., not.
Je ne nierai pas cependant que des copistes fanatiques n'aient quelquefois introduit dans tes mss. hébreux des leçons vicieuses, en haine de la religion cbiétienne. J'en trouve un exemple bien sensible dans un ms. du Vatican [Bibliotlncœ Apostot Vatican. Calaloq., lom. I, pag. 20, cod. 55 ) où l'on a malicieusement effacé le 19" verset du dernier chapitre de Zacharie, cl l'on y a subslilié (fol. tô2, cul. il, uilèidcem) eu rar.icicrès rdduniuues les paroles
suivantes : nnra n$iT3ffl cwarHà riKen n\-in ntfr.
Hoc est vi'cculum chrislianoruni el peccatam omnium gallium. Au lieu de D'IÏU /Egypli , le copiste juif a mis impudemment O^jJ'J. il y en a un .uitie exemple remarquable au sujet d'un évangile traduit eu hébreu par un apostat, el où il y a bien des impertinences ( Voyez le même Catalogue iU\ Vatican, loin. I, pag. 70, cod. C). Mois ces sortes de tarifications du texte n'ouï jamais é:é le crime de toute la nation juive. Quand même elle l'eût tciué, ce qu'elle n'a point fait, ses efforts eus-eni été vains. L'altéralion générale de ions les mss. hébreux aurait élé impossible, parce que les du étions en oui eu de louî temps Voyez Wallon, Vrolegomen. ud biblia polgglotta, cap. 6, § 0, pag. 59, seq.
reprocher? Uayu.ond Martin, qui avait fait une étude si approfondie des livres saints, aurail-il osé avancer dans un livre entrepris pour la défense de la loi et le triomphe de la religion, que les oracles des prophètes qui regardaient le Messie , sa doctrine, ses mystères, les circonstances de sa vie et de sa mort, étaient bien plus exprès dans le texte hébreu, qu'ils ne le sont dans les versions de l'Ecriture (I)? A quelle fin aurait-il protesté rie ne vouloir s'attacher ni a la traduction grecque des LXX, ni à celle de saint Jérôme (2) pour suivre uniquement le texte hébreu? J'avoue qu'en employant celle méthode, noue auteur, comme l'observe le B. P. Tournn (3), a eu le double avantage et de se rendre moins suspect à ses adversaires, et de les combattre avec plus de force. M. ûs il n'est pas moins certain que tout le tissu de cet ouvrage prouve manifestement l'original hébreu , conservé jusiju'alors dans loulc son intégrité essentielle.
Qu'on me permette de le dire : la littérature hébraïque, d'où dépend en quelque façon la conservation du sacré dépôt du texte primitif du Vieux Testament, doit beaucoup à l'ordre de S. Dominique. Consacré par état à la défense et à la propagation de la Foi, cet ordre s'occupa presque dès sa naissance , à des travaux sur l'Écriture qui foraient honneur à notre siècle. Toujours attentif à faire fleurir cette littérature qui a procuré de si solides avantages à la religion , il fil de bonne heure, et renouvela dans ses différents chapitres généraux des règlements (4) tous relatifs à l'étude des langues savantes. Si le concile général de Vienne, observe encore notre célèbre Père Toutou (5), d'après un aulre écrivain (0), lit en 1311, un décret pour or-
(1) i Noverinl oui cjusmndi sunt ( qui omnia fere vitupérant qniu ignorant), in plurimis valde sacras Scriptural locis venialem iimlui planius arque pérfeclius haberi pro lide chrisiiaua in huera hebraiea quain in Iranslationë noslra; > Baymundi Ma.tini Proœmium \u Pu gionem (idei, nitni. 14, p. 8, éd. Paris.
(2) i CiKlerum inducendo auctor. latent lexlus ubicumque ab hebraico fuerit ric&umptum , non septuaginia sequar, nec iuterpreluin alium, et quod majoris pr.iisuuiptioiiis videbitur, non ipsnm etiaui in hoc rc verebor ilicrnnyiiuiiii ; nec lolerabilcm linguie Linue vitabo improprielalem, ut connu qtuc apuil llebr;eos .sunt, ex verbo in verbum , quoliescunque servari hoc potuit iransferam verilalem. Per hoc éiiiu'i Judieis faltiloquis la ta valde spaliosaquc subterfugtendi pracludelur via ; et minime polerunl dicere non sic haberi apud eos ni a uoslris contra ïpsos, me interprète, verilas iuducetur. » Idem, loc. en , nuin. 10, pag. 7.
(5) Un supra, loc. cil., pag. 504.
(4j Confer. Aclacap tuli generalh ord. prœdic. Romœ célébrait an. 17ùG, sut H P Jeanne Tlioniu île lioxadors, S. T. P. t'jusdfwtjue ord. gêner, wagisiro in cod. capit. electo, pag 88 eqq
(5) Luc. cit., pag. 500.
(Gj iQuoniain Kaymundus, licctdivina graliadives, ex terni s auiem opibuspaupei', cam liuguai'uin (liebràic.n et :<rahica:) scbolam, .■-eu fratruiii collegium qui soli liuic linguai um studio iucumbcrcnf, alere non poterat,pi:e iilio regum Castelle cl Anagonum idellecil. Alqne <x hoc KaymùiHJi institulo non inultis post annis profluxisse puiainus decrelum coneibi vieuuciïsis, quo sauciium exslitii, ut in studfis seu universjitatibu* roman» curLe et parisiensi in Gaiha , et in
S P1U.M1T1FS
donner que dans le collège romain, ainsi que dans 1 s universités de Paris, de Cologne, d'Oxford et de Sa'.amauque, on enseignât désormais publiquement l'hcbreu, le chaldéen ei l'arabe; ce lut à l'imitation de ce qui se pratiquait déjà dans les écoles des FF. prêcheurs, surtout en Espagne. De là tous ces ouvrages de littérature orientale qu'ils nous o;it laissés , cl qui ont* tant contribué à venger nos textes originaux des insultes de l'erreur.
Jetons quelques regards sur l'état où se trouvèrent les lettres hébraïques dans les âges qui nous restent à parcourir. Cette considération nous mènera aux avantages que la religion et les bonnes éludes ont retirés de cette branche de la littérature , par les travaux qu'elle a fait naître sur le texte primitif des livres du Vieux Testament.
Le xive siècle ne donne, à la vérité, que peu d'écrivains dans ce genre d'études «pie nous avons en vue; mais leurs ouvrages, ceux (I), par exemple, de Nicolas de Lyra , de Richard, archevêque d'Armagn, en Irlande, et de quelques autres , servent également à marquer le fil de la tradition de leur temps , ainsi que «les âges antérieurs, touchant l'authenticité et la pureté de l'original hébreu.
Le xve siècle se trouve beaucoup plus fertile en écrivains (2) : la littérature grecque el hébraïque commence à y refleurir même avec éclat : on y voit une foule de savants la cultiver avec succès; et elle reprend encore de nouvelles forces dans le siècle suivant. La Bible polyglotte de Complule , qui paru; alors, el qui fui le fruit des plus laborieuses recherches sur nos originaux sacrés, piésente un événe menl honorable aux lettres el à la religion ; il comble de gloire les savants auteurs auxquels nous sommes redevables d'une si grande Collection. Quelle meilleure preuve peut-on donner qu'on ne négligeait point dans ces temps-là ces solides études, si nécessaires à maintenir la pureté et i'in'.égrité de l'original du Vieux Testament?
Vers le mène temps, Sanclcs Pagnini, après avoir confronté Cl examiné avec la dernière exactitude tous les anciens manuscrits qu'il put retrouver (5) en hé» brc'u, en chaldéen el en grec, entreprit une nouvelle version (4) latine de louies nos Écritures. Le dessein
oxoniensi in Ang'ia, et in bononiensi in Italia, et in salmaiicensi in ISispania, eonMiluerenlur professons linguarum hebraiea;. arab;e;e el chalriea» periti , qui linguas easdein rincèrent, etc. Francisais Pcnïa, Koi.e audilor, ISolœ in vitam S. Raijmundi de Peniaforl., cd'u. roman., 1G01, pag. GG. Couler. Clar. Ant. Touron'i loc. cit. , pag. 501 .
(1) Vul Humfred tlody, de Texiibus original., cap. 12, pag. 431, seqq.
(2) bleui, ibid., pag. 458, seqq. Confer. Paulus ColomeMiH, G ut lia Ofieutcdis, sive Vallorum qui Magnant liebrœum vel alias orientales excotuerunl, Yilœ , etc. llag;e Comilum, 1GG5, pag. 4, seqq;
(5) S;xlus ScueusU, tibliolheca sanct,, lib. IV, pag.
(4) On a dit (pie Sanctes Pagnini fut, après S. Jérôme , le premier des interprètes qui nous donna une version latine dii texte hébreu. Sanctcs Payninus Lucèns:$ vost iK&ronifmum prinius Pibiiu lubraua
Sanetes Pagnini, mort en 1541 (1), parut si grand LéonX, que ce souverain pontife ne se contenta pas de l'approuver, mais il voulut même fournir aux frais de l'impression, afin d'avancer un ouvrage aussi intéressant. Cette version, à lamelle l'auteur travailla pendant vingt-cinq ans, et qu'il termina avant l'année 4518, ne fut cependant imprimée qu'en 1528 (2). Les
intégra in lalinum fidelhsime convertit. Joan. Buxlor- Jius , epistvla dedicatoria lexico hebrateo et cliald. prœjixa. Mais noire savant dominicain s'est assez illustré par son érudition orientale et par ses écrits, sans lui attribuer une gloire qui ne lui est point due. Cette opinion, suivie par quantité d'écrivains, s<»u catholiques, soit protestants, ne saurait subsister avec ce que l'histoire littéraire nous apprend d'Adam Lsion d'abord moine deNorwich en Angleterre, ensuiie cardin >l, et mut vers l'an ioUT. Ou assure qu il •avait traduit en latin toutes nos • écritures hébraïques à l'exception du Psautier, Hubert W.kfeld, aussi Anglais, mort en I 58 , chapelain du mi Henri Mil, et savant dans les langues orientales , qu'il professa dans dilîérenies académies , dit dans sou 1 mué de ta Sincérité du texte hébreu , qu'il possédait la version latine de ee cardinal, et qu'elle lui l'ut dérobée par un chartreux nommé Richard Cnlier. Jean B;dcu>(SrnplorumUlustrium Mujons Dritanniœ... CuluU>qus,cen' turiu 7, § 15 ) parle de celle version. Voyez encore la lelire de M. Colmniés à M. Jusiel, touehaul ^Histoire critique du Vieux Testament de M. Simon. Vous trouverez cetie lettre à la suite d'un petit ouvrage d'Isaae Vossius, intitulé: Observalionum ad Pompotiinm M dam appendix , etc., Londini, 168G. Copier. Huinfred llouv, de Textibus original., lib. M, pari. Il, •cap. 12, pag. 440 et 450. Jacob le Long , liibliolluc. wr., seel. 5, cap. 4, pag. 284.
(1) Jacobus-Echard, loc.cit., tom. II, pag. 115.
(2) Comme celle première édition qui est dans notre bibliothèque de Casauale , est extrêmement rare, j'i'ii vais transcrire le litre afin de la laite mieux connaître : B.blia. Ilabes in hoc libro, prudens leclor, ulrui*que Instrument! novani iranslalionem a H. S. T. iSoctore Sancte Pagniuo Lucetisi coiicionaiore apostolico pra-ilicaloni oïdmis , nec non et li bruni de inler- ■ prelaineiilis hebraicorum , araimeorum , gr;ecoi unique uoiuinuui sacris in luteris coulentoruui, in quo juxta idioma cûjuscumque lingiue , propria.' pouiuitur imerpretalioiies,derivaliones,ac connu compositioacs ndauuis.-um disquirunlur, cilantur loca,et codieum lalinorum variantes sutttiolanlur et cor ru pi a ac depravata propria; resiiiuunlur script ioni ; accentus quuque per iiupositas virgulas couimoustrauiur , singulis in capitibus ouol sint versus in -hebrads codieibu-. receuseniur, ut pauca desideranda habes et in libri Ironie ejusdeni K:to/**jv, i. e.,abbreviaiionemlibroruni hisloiialiuni veteris tnsirumenlt,ei errai or uni casligationes, quas quisque exacte couspieieus suuni corrigai libruui, duas Joannis Fraiirisci Pici Miramlului Doinini egregias epistolas adeumdeni, episiolam translatons ad Cleuienlein VU , P. M. et proœmiuiu iu quo maxiuiis cfl'erunuir laudibus sacraj lutcraj, l528, iu-4°.
Après le frontispice, on voii les deux lettres d'Adrien VI et de Clément VU à la lin du livre de l'Apocalypse : Veteris ac N«-vi -Instrumenti nova translalio per revereuduiu sacra; theolog. duel. Sancleiu Pagi.iruum Lucens. nuper édita, explicil. Impressa est auteni Lugducii , per Anionium du lVy calcographum...
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ÊLATION. 7~>3
deux lettres des papes Adrien VI et Clément VII, qu'on voit à la tôle de celle édition , sont encore un témoignage public du cas que le saint siège a toujours fait de nos écritures grecques et hébraïques.
Nous nous dispensons bien volontiers , d'entrer dans le mérite de celle traduction latine que Pagnini nous a Lissée. Quels que puissent être (1) les défauts qu'on y a remarqués , elle fait beaucoup d'honneur à ce savant dominicain. Son travail est infiniment mile, en ceq-u'il fixe l'élymologie ou la propriété de la plupart des termes hébreux.
Il n'est pas nécessaire que nous suivions les autres travaux qu'on vil paraître dans le même siècle, comme ceux de Thomas Mal venda (2). autre dominicain trèsversé dans la littérature hébraïque ; ceux aussi du
Pont. Max. indiclo Viennœ coneilio, ut-essent in christiauorum academiis qui hebra;as, qui gr;ecas publiée proliterentur liilei as sanxil ; lu, jam coaclis viris aliquot peritis, novam piissiine tranilalionem condis satrarum lillerarum, ut qu;e in iis vel 'lempnruni vetuslate, vel librariorum incuria, aut haueticorum ma* lilia, siinl aduiis>a peccala errataque per ill. un ptfrS t lectionis sacrai fides restilui. Conter, Jo Campeusis Pnelal. in P>almos et aiii apud -lluiufrcd Hody, toc. cit., cap. 13, pag. 478.
(1) Quand ou considère sans préjugé l ule l'étendue du projet de Sanctes Pagnini ei la manié- e dont il l'exécuta, son travail mérite notre reconnaissance. Sixte de Sienne ( Bibliotli. suncl., lib. 4V [Couler. Jacob. Echard , Scriptores ora. prad., lom. Il, pag. 110]), qui était si capable d'apprécier ces séries d'ouvrages, en fait aussi un bel éloge; et M. Iluel, qui était un assez bon juge ( De cluris iulerpretib., lib. IL cap. 5, § 15), l'estimait encore beaucoup. Il u:e parait «pie Géuébrard (Prœfui. in Origans opéra ) eo a porté un jugement trop rigoureux. J'en (lis presque autant de quelques aunes qui ont examiné cette version. (V<>y. llici.ard Simon, Histoire' critique du Vieux Testament, liv. Il, ch. 20, pag. 514, suivantes. Ljusd. Disijinsitiones ait., cap. 22, pag. 182.seijq.; Jo. Golilob Cupzovius, dit. sxr., part. Il, cap. 7, § 4, pag. 720, seqq.)
Avouons que notre interprète a un peu trop i é^ligé la Yulgaie, qui fournil; de grandes lumières sur ta vraie intelligence des termes hébreux. Disons aussi que Pagnini s'est d'ordinaire irop attaché à l'iuterp étatiou bornée des docteurs juifs , parce qu'il ne devait pas suivre si scrupuleusement le pur sen> grammatical. S Jérôme a employé une tout autre méthode dans sa traduction. Le devoir d'un interprète n'est point tant de rendre les termes de son texte selon lu rigueur de la grammaire que de s'appliquer à en bien développer le sens. C'esi là le plus grand défaut qu'où puisse reprocher à la version de Pagnini ; aussi, pour être trop littérale, en est-elle devenue souvent obscure, rude et barbare ; elle n'est pas même exempte de vices • mais ne refusons pas à ce savant religieux le tribut de louange qui lui esi du par bien des titres. Sa traduction a servi, pour ainsi dire , de canevas, à tant dVuires verrions , soit latines, soit en langues vulgaires , çu'on a vues dans la suite sur l'Écriture, ( Qûicounrca fait quelque peu de progrès dans la lit-i tcraiire ké'ivaïque doit convenir que celle traduction! est lîts-propiv à bien faire entendre la lettre du texte;' car dit, a de iV'xaciilude et de la Gdéiité. i
(2; La version latine qu'il fit, immédiatement sur l'hébreu, ne va que jusqu'au X.VP chapitre vers. 16, dYzée.lnel. sa mort , arrivée en 10*28 , l'empêcha de la terminer tout eulièe, ai* itei qu'il en avait eu le dessein. On trouve celte traduction parmi ses Commentaires sur l'Ecriture , qui parurent à Lyon , en 1G£0, eu cinq volumes in-fol.
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cardinal Cajétan, religieux du même ordre; ceux enfui d'Arias Montanus, qui ne fit que retoucher la version de Pagnini, sans la rcmlre beaucoup meilleure, au jugement de plus d'un cri t i ij ne. Nous tairons également ce que d'autres interprètes de l'Écriture firent dans ce temps-là , tels qu'Isidore Clari , moine du mont Cassin, et ensuite évêque de Foliimo, Sébastien Munster, Léon de Juda , Sébastien Châtillon ou Chàleillon, connu sous le non» de Castalion , Tmndlius, Juniiis, André et Luc Osiaudcr, cl autres. Les diffénuites traductions de ces derniers auteurs, quoi(;ne flétries par un juste jugement de l'Église, annoncent néanmoins que les protestants ainsi que les catholiques, se réunissaient .alors sur ce point loudamcnt 1, que la vérité hébraïque subsistait en son entier.
Le même siècle nous oH'ro une époque bien affligeante pour la religion. Une partie de l'Occident se détache de la loi de nos pères. Les hérésies de Luther cl de Calvin y causent tour à lotir el y forment une division dont nous sommes encore malheureusement témoins. Cependant du sein même de ces disgrâces la religion vit comme renaître la littérature hébraïque, et depuis lors eltc a pris des accroissements qui devraient lui assurer un étal à jamais stable. C'est que dans des temps aussi fâcheux on sentit encore davantage de quelle importance il était d'étudier à fond nos originaux sacrés pour repousser avec force les Xraits de l'impiété et de i'erreur.
A mesure que l'on vit l'hérésie faire des progrès et se masquer sous 's voile de la littérature grecque et hébraïque, plus aussi s'appliqua-t on à l'étude des langues orientales cl à la connaissance de nos manuscrits hébreux. La belle Polyglotte d'Anvers fut publiée par les ordres de Philippe II, roi d'Espagne, dans Je temps même que les erreurs de Luther cl de Calvin faisaient le plus de bruit. Cette magnifique colléelion ne pouvait paraître plus à propos. Les catholiques montraient p;;r celte sorte de travaux combien ils respectaient les originaux de l'Ecriture, et de quel oeil ils considéraient l'éndc des langues orientales. Quelque divers que paraisse d'abord l'objet de ces langues, elles ne concourent pas moins à un but général (1) ; elles se prêtent mutuellement du secours; elles s'éclairent les unes et les aunes, parce qu'elles parlent toutes d'un principe commun, je veux dire qu'elles ont presque le même génie.
Ce n'est pas au reste que la vraie intelligence du
(\) Confcr. Albert. Sclmllens, Oratîo inanrjuralis de b'ontibus ex quibus ornais linguœ hebrœœ notiiia nianavit, liorumque vitiis et defect.bus, pag. 15, sep ; cju il. Origines lubrœœ, siveliebra.ee tingitœ antiqnissima nuluru ci indoles ex Arabice peuelrulib.ux reuocatay lib. I, loin. I, passim ; ejusd. Originum kebr&axum-t I'mii. il, cap. I, pag. 2, seqq. ; cap. f, pag. 8(i pag. i)5, seqq., cta lui passim ; Slcphan. Mmions, Uisnert. deutililate linguarum oriental, ad hitelligenliam suer. Scriptural, pag; 14, ?eqq ; 52, seqq., cdu. LugiL 13a- ■»av. 1G87; J. Christoph. NVoliius, Observationes varice ùd rem liebr. grauunai. pertinentes, in cjusd. liiulioih. heb:., par!. II. pag. 055; llccrit*. a Porta, de linguarum crienltdinm ad umne doctrinal genus l'rwsuintia, ^«'{jr« 97, seqq. el alibi passim.
texte de l'Ecriture dépende absolument de la counaissance de l'hébreu et des autres langues qui lui sont analogues, telles que le chaldéen, le syriaque et l'arabe. C'est à l'Eglise seule, qui a le dépôt de nos divines Ecritures, que nous devons recourir pour en apprendre le vrai sens. Mais elle a fait sagement d'exhorter les théologiens à s'occuper de l'élude des langues savantes, de les presser même à ne poîm les négliger, parce qu'elles sont d'une nécessité iud spensable, surtout pour melire dans leur vrai point de vue les vérités dogmatiques consignées dans nos livres saints, celles entre autres qui nous divisent de uhéologions protestants. Comment encore démontrer solidement l'intégrité de nos orginaux sans une connaissance exacte du génie qui caractérise les langues dans lesquelles ils ont ce d'abord écrits?
Nos progics dans ce genre «le littérature, les avantages réelsquien résultent pour bien établir J'authcnlicité, la sincérité, l'iniégriié de nos divins originaux, cl. l.i vérité de nos dogmes contre l'impiété cl l'erreur, doivent nous convaincre que la solide théologie tient intimement à ces études , et ipi'il faut h faire toujours marcher d'un pas ég:d avec elles (I). Tout théologien qui possède les langues savantes pcul se flatter de ne point craindre les armes del'hérésie. Elle aura beau abuser du sens de nos Ecritures pour couvrir la nouveauté de .ses prétendus dogmes, qu'elle a introduits dais le champ du Seigneur ; en vain sous un faux dehors d'érudition orientale, méprise) a-l elle l'enseignement toujours subsistant de l'Eglise, en recourant aux originaux de nos s unis livres, la vérité se manifestera bientôt et le trône de l'erreur sera renversé (2).
C'est une chose cou tante que nos disputes avec les faux philosophes du siècle, el que nos controverses avec les hérétiques aueicuset modernes ont servi infiniment à la religion. D'une p:.rl elles ont démontré que nos écrits sacrés n'ont d'autre origine que la Divinité elle même; que noire croyance est la loi de tous les temps. D'une autre part, ces mêmes disputes ont jusiilié pleinement le sage décret des pères du concile de Trente au sujet de n ire Yolgaie; elles on! enfin ressuscité une branche de la littéri-
(1) Laiinœ qnidem lingual homines... dunbus aliis Sçripturarntn divinanun cogn'uionem opus liabent, liebraut sciliecl cl giœca, ut ml cxemplaria prsecedei.t; i recurralur, ai quant dubitaiionem attulerit luiinvru.n interprétai:: hfiuiia vaneias. Auguslinus , lib. Il, de Dûcù'iiia clirisiumu, cap. 11, operum loin. 111, part. I,
toi.
seq
(2)Lcs hé.éucs, dit saint Augustin, ne sont venues que du mauvais sens quVn s'est opiniâtre a donner à nos divins originaux en dépit de l'Elise. Neque enim natte suiu haïr es** , nisi... dmn Scriptural bonœ inlellguniur nvn uct>d, ci quod in vis non ben in • icll'ujuulur, elumi lemereatque uudacler asseiitur. Idcù), Tractât. {6 in Joanuem, Oper. loin. M, pari. H, col. 450. Coma r ejusd. lib, Ml <ie Genesi ad Lilleram, cap. 9, Oper. loin, eod., pari. 1, col. 2i5, seq. Nediun inlerpreiatione pervers» de ïicangelio Chrisii /i.,l liomims evungelium, nul quod pejus e*t diaboti. Uicronymus, in cap. / 'ipintol. ad liulnl., Oper. tf>u». IV, jpurl.I, col. 5£i.
rare, qm était pour ainsi dire comme tombée en ruine, cl qu'on pouvait en quelque manière regarder comme un membre presque déjà mort dans le corps
littéraire.
Ainsi l'hérésie nous fit remettre sérieusement aune étude qui n'avait éié que trop souvent négligée; et tout épineuse qu'elle est, nous l'avons cultivée avec ardeur. Les progrès que nous y avons faits ont été rapides. Nous avons traité depuis lors tout ce qui concerne la saine théologie d'une manière si solide et si lumineuse, que rien n'est désormais capable de résister à tant de preuves invincibles , qui appuient la religion et ses monuments sacrés.
Si par le passé on juge de l'avenir, on peut assurer que nos progrès dans l'élude des langues, la plus propre à maintenir nos lexies sacrés dans leur pureté et à repousser les traits de l'erreur, seront plus ou moins grands en proportion des encouragements qu'on donnera à ceux des littérateurs qui s'y appliqueront.
La religion et les bonnes études ne pouvaient donc retirer de plus solides avantages qu'elles n'en ont retiré de tous ces travaux entrepris en différents temps sur nos Ecritures. Mais il est encore un point essentiel à discuter, qui donnera infiniment de poids à ces considérations ; le passer sous silence, ce serait presque enlever à notre texte primitif hébreu une des meilleures preuves en laveur de son authenticité et de son intégrité. Nous terminerions môme mal ce qui a rapport aux principaux travaux des chrétiens dans le XVIe siècle, si nous manquions de nous arrêter à ce que le concile assemblé à Ti ente eu 1546, sous Paul 111 , détermina louchant noue Yulgate latine. Le décret émané à cette occasion est très-dépendant de notre matière; il lit naître quelque temps après d'autres travaux sur l'Ecriture, qui nous rappellent à celte chaîne de la tradition de tous les âgos antérieurs sur la pureté et l'intégrité essentielles de notre original hébreu. Tâchons d'éclaircir un sujet si intéressant : nous avons promis d'y revenir; mais étcudons-nou* le moins qu'il nous sera possible,
Les ennemis de l'Eglise ont accusé les pères du concile d'avoir préféré la version Yulgate latine aux textes originaux ; d'avoir même décidé que les Ecritures gre< ques et hébraïques n'avaient plus aucune authenticité, lies théologiens guidés par un (aux zèle pour les décisions du concile, n'ont que trop favorisé cette assertion, tout opposée qu'elle est aux vues pleines d'équité et de sagesse qui dictèrent ce décret (1). Les uns ci les autres sont dans l'erreur.
(i) Insuper eadem sacrosancla synodus, considérons non parum utilitans accedere posse Ecclesiœ Dei, si ex omnibus latinis editionibus quœ circum(eruntur sucrarum libtorum, quœnam pro aulhenlica habenda sil iiïnoiescat, slatuit et déclarât ut hœc ipsa velus et Vulyaia e'dîtio, quœ longo toi seculorum usa in ipsa Ecclesia probâta est, in publias leclionibus, dkputationibus, prœdicalionibus, ut authmtica habeatar, et ut nento illam rejicere quovis prœtextu audeat vel prœsumat. Acia Concilii Trideniini, sess. 1Y, décret. II.
S. S. XXVII
Jamais le concile de Trente n'eut l'intention qu'on Lui prêle. Jamais celle respectable assemblée ne compara l'édition Yulgate ni avec l'hébreu , ni avec le grec, mais seulement avec d'autres nouvelles versions latines, qui étaient déjà îrés-muliipliées et qui se multipliaient chaque jour.
C'est par ce point capital qu'on doit uniquement envisager le décret du concile sur ! "édition et l'usage des saintes Ecritures. La Yulgate y est déclarée seule authentique par comparaison avec les versions latines qui couraient alors , soit qu'elles fussent composées par des prétest nls, soil qu'elles eussent des catholiques pour auteurs. Tant qu'on perdra de vue un point aussi fondamental, on ne pourra ni décider ni même entendre la question. Mais, comme il est démontré (1)
Il y a peu de commentaires plus naturels de celte décision du concile, que la prélace même de nos Bibles publiées par ordre de Clément Yllï. In multis magnisque bene ficus quœ per sacrant tridenlinam syno duin Ecclesiœ suœ Deus conl.dit , id in primis nume~ randum videlur quod inler tôt talïnns editiones divina* rum Scripturarum, solam velerem Vutgatam... 'gravis-sinw decreto autlienlicqm dectaravit.
(1) On ne peut mieux caractériser le véritable esprit de ce décret qu'en recourant aux ouvrages des plus célèbres théologiens qui eu ont été connue le; promoteurs, ou en cous liani ceux des écrivains impartiaux qui ont fait l'histoire et l'apologie du concile de Trente. Or tous ces théologiens et ces historiens, comme tous ceux qui oui été contemporains du <• Sicile ou qui ont vécu api es, ont une unanimité de sentiment tbucli ml les principes généraux que nous avons d'abord établis.
L'objet de ce décret étai' d'annoncer aux fidè'es que les monuments de la révélation desquels le concile *e servait en prononçant sur la loi et sur les mœurs étai nt d'une autorité infaillible. Ces monuments n'étaient autres que les saintes Ecritures «Iles-mêmes, contenues dans notre Yulgate latine Aussi le concile la déclara-t-il aiïli eniique, parce qu'elle était une copie; fidèle de l'original, autant que ces sortes d'exemplaires peuvent l'être des ouvrages autographes des écrivains sacrés; el en effet, elle ne renfermait rien qui ne fût liès-conibrme à l'analogie de la loi et des mœurs.
Les préliminaires du décret el tout ce qui suit n'ont pas d'auire objet 11 s'agissait alors de combattre les cireurs, surtout de Calvin, qui avait la téméraire audace de s'inscrire en faux contre l'autorilé de la Yulgate latine. Cet hérésiarque prétendait que cette version n'était point propre à conduire les fidèles dans la voie du salut. Selon lui, à peine renfermâit-elle quelque page qui n'eûi des finies importantes. Adeo ut nulla'est intégra puginu, ut vix sint ires continui versus non insigni errore fœdatï. Jo.mnes Cal vin us, in II Decretum 1 V 'sessionis concilii trideniini Antidotum. Oper. loin. VIII, eilit. Amstelodaui., ItiGT, pag. 250.
11 n'en fallait pas beaucoup pour réfuter ces gro — sières calomnies, déni ntics par l'usage même que les protestants modelés ont fait de celle version. C'éla t assez que le concile déclarât noire Yu'gale sans tache et comme devant faire autorité en tout ce qui a rapport aux vérités dogmatiques et morales.
Pour assurer en même temps à certains livres di celle Yulgate la canon ici lé qui leur était due el que leur contestaient les héiéiques, le concile prononça anulhème contre ceux qui ne recevraient point les livres en question tels qu'ils sont spécifiés dans son décret, et de la manière que l'Eglise avait accoutumé de les lire, aimi qu'ils se trouvaient dans la même version. Prout in Ecclesia calholka el in veleri Yulgaia
( Vingt-quatre.)
que le décret ne peut et ne saurait avoir d'autre sens, de la Vulgate, je veux dire, à tous les mots, à tomes celte authenticité ne s'étend point à toutes les parties les phrases de cette édition latine qui n'ont aucune
tatina editione habenHur. Il ordonne ensuite que l'Ecriture, et surtout la Vulgaie, soit imprimée très-correctement : Decemil et statuil ut posthac sacra Scriptura, potissimum vero hœc ipsa vêtus et Vulgataeditio, quam emendatissime imprimatur.
Quoi de plus sage que de commencer par fixer une version qui dût servir de règle pour juger les controverses qui s'agitaient alors et pour diriger les dispuies qui pourraient s'élever à l'avenir? On voyait dans le même temps plusieurs nouvelles versions que les catholiques et les protestants s'opposaient comme à l'envi : les uns citaient une version, et les autres une auire. N'élail-il pas de la prudence et de la sagesse de parer à cet inconvénient, qui ne pouvait qu'oceasioner de la confusion, produire des troubles, éterniser les dispuies, exposer môme les catholiques à se laisser pervertir par de nouvelles doctrines?
Or quelle élait alors la version latine qui pût et dût mériter d'être distinguée de tant d'autres, sinon celle qui avait é é approuvée dans l'Eglise par un long usage de plusieurs siècles? Avant la déclarai ion du loncile de Trente et les éditions de Sixte V et de Cément VIII , celle même version se trouvait en effet universellement autorisée ; l'Eglise en jouissait paisiblement lorsque les héré ies de Luther et de Calvin troublèrent celle tranquillité au commencement du XVP siècle. l'eu contents d'une traduction qui ne s'accordait pns avec leurs idées particulières, ces hérésiarques la méprisèrent , ne mirent plus de bornes à la nouveauté , et n'oublièrent rien pour décréditer celte ancienne version consacrée par l'usage public de toutes les Eglises. Que fallait il de plus pour la rendre authentique ? L'Eglise dispersée n'a pas moins d'autorité que l'Eglise assemblée. La Vulgate, reçue alors par le commun consentement des Eglises, avait donc toute son authenticité. Si l'Eglise n'eût point eu une telle version avant la déclaration du concile, il faudrait dire que cette môme Eglise aurait manqué d'une traduction authentique de l'Ancien et du Nouveau Testament pendant l'espace de 1592 ans, où parut l'édition de la Bible, corrigée par Clément VIII. Conséquence absurde et insoutenable, sous quelque asjsecl qu'on la considère. Avant que l'Eglise eût reçu la traduction de saint Jérôme, il est incontestable que l'ancienne italique, quoique différente en bien des endroits de ses textes primitifs, y jouissait de loule son authenticité : c'est-à-dire qu'elle y avait toute l'autorité nécessaire pour faire loi dans tout ce qui était du ressort des vérités morales et dogmatiques. Par exemple, notre psaulier, que nous employons aujourd'hui dans le service public, et que saint Jérôme retoucha avec soin , ou plutôt qu'il traduisit sur le texte grec des llexaples , est-il moins authentique parce qu'il s'éloigne plus d'une fois de la vérité hébraïque? Mais d'où lui vient cette authenticité, si ce n'est de l'usage public que l'Eglise en a l'ait longtemps avant le décret du concile, et qui l'a même préféré à aelui que saint Jérôme avait traduit de l'hébreu? Si ce dernier psautier, quoique plus correct et plus conforme à son original, avait é;é également reçu dans l'Eglise avant la tenue du concile, il n'est pas douteux qu'on ne lui eût donné la préférence sur l'autre lorsque le concile porU son décret. Mais le concile n'a pas voulu innover là-dessus. 11 a laissé entre les mains des fidèles cet ancien psaulier que nous appelons gallican. Comme il était déjà d'un usage universel, et qu'on ne pouvait lo changer sans causer quelque contusion dans le service public, l'Eglise a jugé à propos de le conserver; parce qu'en le retenant il n'y avait rien à craindre pour les mœurs ci pour la foi catholique, quoiqu'il ne lût pas exempt , cl qu'il ne le soit pas même de nos jours, de fautes de copistes et de traducteurs. De là nou s pouvons conclure avec certitude que des
fautes de copistes ou de traducteurs, mais étrangères au dogme el à la morale , n'empêchent point qu'une version ne puisse être authentique et déclarée con me telle, puisqu'il n'en rémlte aucun inconvénient pour les vérités de la religion. Si l'on se refuse à cette conséquence naturelle, il faudra soutenir que la Vulgate n'a aucune authenlieiié ; ce qui est hérétique. Le con ■ cile a donc l'ait sagement de préférer l'ancienne Vul gaie latine, recommandable par tant de titres, à d'autres versions de nulle autorité et pour ainsi dire toutes crues, de préférer, dis-je, à tout ce chaos de versions disparates, plus capables de diviser les esprits que de les unir, une traduction dont elle était en possession de temps immémorial, ei qui était la seule propre à réunir tous les fidèles dans un même langage, dans une même profession de foi.
Les plus célèbres théologiens partent de cet autre principe, qui est une suite nécessaire du précédent : que le concile de Trenle a déclaré notre Vulgate simplement authentique en ce qui concerne la foi et les mœurs. Rien n'est plus commun ni mieux établi que celle doctrine : on la trouve répandue et rebattue dans nos livres de controverse, dans nos éléments de théologie, dans nos prolégomènes et nos commentaires sur la Bible. Après tant d'excellentes dissertations qui prouvent si bien ce principe, il semble qu'on ne devrait point en faire désormais une question. Si autrefois, et même de notre temps, on en est venu jusqu'à taxer d'hétérodoxes et d'irréligieux ceux des théologiens el des critiques qui onl entendu el expliquent avec raison le décret du concile d'une authenticité simplement relative aux dogmes el à la morale, et non d'une authenticité absolue et universelle, ce sont là des excès que la saine théologie condamne, et qui devraient être inconnus, surtout dans un siècle où Ton se pique si fort de lumières, et où l'on peut connaître plus que jamais les vrais intérêts de la religion sainte.
Qu'on ne s'imagine point que le sentiment de ces théologiens soit purement arbitraire ; il esi fondé sur des preuves lumineuses ; il est appuyé du décret même du concile, qui ordonne qu'on ferait une édition très correcte de la Bible, dans le temps même qu'il déclare authentique celte même Vu'gate qui étail entre les mains des fidèles , el dont les novateurs contestaient alors l'authenticité. Enfin ilestjuslilié parles corrections que de très-savants théologiens ont proposées el ont faites de la même traduction quelque temps après la tenue du concile, el par la conduite que les souverains pontifes tinrent eux-mêmes dans la suite relativement à cet important objet. (Confer. Bibtia <.d vetustissima exemplaria castigatu. Quidin liorum Bibliorum casiigaiione prœstiium sit subsequens prœfaiio [ olumnis Ilenienii AJechlinicnsis ordinis prœdicat.] indicabit. Lovami 15i7, fol. Vid. el ediliones eorunidcm Bibliorum ab eod. annis sequen ibus eu rata:, praeserlim edilio anni 1580, etc. Romance correcliouis, in lulinis Bibliis edilionis Vulgalœ jussu Siili V P. M . recognitis, loca insigniora observala a Francisco Luca Brugcnse, qua? exslanl in fine Bibliorum Vulgaisc edilionis, cum prolegomenis Jo. Baptiste Du llamcl.)
C'est un fait constant que l'édition de la Vulgate latine, telle qu'elle existait du temps du concile, renfermait bien des endroits qui exigeaient d'eue corrigés ; autrement le concile n'eût jamais ordonné qu'on en fil une bonne correction. C'est encore une \ériié, (pie le savant Hentenius, religieux de l'ordre de S. Uominique, de concert avec les théologiens de Louvain ; que le savant Lue de Bruges, que Clément VIII, avec tous ses prédécesseurs depuis Pie IV jusqu'à lui; qu'enfin une loule de théologiens cl de cardinaux ont travaillé à corriger la Vulgate. Ce n'est pas un fait moins constant , que la Bible corrigée par Clément
DE LA RÉNÊLAT10N.
dépendance de ce qui regarde la fri et les mœurs. Il
est bien vrai qu'il n'est pas permis de la rejeter, mais
VJH et 'es éditions postérieures qu'on en a vues paraître contiennent pins de quatre mille versets qui s'y lisent aujourd'hui d'une tout autre manière de celle qu'on les lisait en 1546, au temps du concile.
Concluez de ces faits notoires que la Yulgate latine n'était point exempte de fautes lorsque le concile prononça sur son authenticité, et qu'elle ne Pesl pas même encore ap es les corrections de Clément VIII. Mais concluez aussi «pie cette authenticité ne s'étendait ni ne pouvait s'étendre à tous les mois, à toutes les phrases, aux endroits, entre autres, que l'on semait alors avoir besoin d'une bonne correction. Par conséquent , celte décision d'authenticité n'est que respective, ou, ce qui revient au même , elle ne porte que sur la version , en tant qu'elle ne contenait rien qui ne fût très conforme , pour la foi et les mœurs , aux divins originaux.
Comment le concile eût-il pu déclarer celte Yulgate absolument exempte des moindres fautes de copistes ou de Iraducleurs dans tous ces endroits qui sont indépendants de la foi et des mœurs? Pour prononcer là-dessus un jugement éclairé et raisonnable , il eût été nécessaire de collalionner exactement celte édition avec les originaux mêmes, d'avoir de bons exemplaires et de cette édition et de ces textes originaux. Il n'y avait qu'une telle voie pour s'assurer que la Yulgate était parfaitement conforme à ces textes. Le concile n'a point fait ces sortes d'opérations, qui étaient indispensables , mais très-difficiles à pratiquer dans un concile général. Il n'a donc pu ni dû déclarer la Yulgate authentique dans tous ses points, sans partage, sans exception, sans restriction ; aussi ne l'al-il point fait.
Le concile est donc censé n'avoir voulu définir que ce qui suffisait pour combattre les hérétiques du temps
11 a marqué les sources d'où les arguments seraient tués, savoir : les saintes Ecritures et la tradition ; et, afin que personne n'osât disputer à la Vulgale son autorité, il l'a déclarée authentique, c'est-à-dire incapable de tromper ; parce qu'elle ne contient aucune erreur en ce qui est de l'analogie de la foi et de la morale. Aussi le décret fait-il défense de la rejeter. Et pour réprimer la licence des esprits, il ordonne qu'elle soit reçue dans les leçons, dans les sermons, dans les expositions. Ainsi par la même loi on emointde ne point la rejeter en ce qui regarde la foi et les mœurs, et l'on en recommande l'usage pour toujours. C'est, comme l'observent les journalistes de Trévoux, le raisonnement d'un théologien qui ajoute : Quœexplicatio, cum magnos auctores hubeal , qui superius surit désignai, repudiari non polesl certe quasi religioni contraria. Joannes Mariana soc. Jes., pro edhione Vulgala, cap. 28, iuier ejusd. tractatus varii argumenti, edit. Goluniie Agrippina?, 1609, pag. 109.
La loi et les mœurs sont les deux grands objets, les seuls essseniiels qu'on se propose dans un concile pour la règle d'authenticité d'une version quelconque. C'est toute faulhet. licite qu'on puisse accorder à la traduction d'un livre aussi considérable (pie celui de la Bible. Quoi 1 l'Eglise » en déclarant notre Yulgate authentique, eût-elle voulu délinir qu'elle était exempte de toutes fautes et entièrement conforme aux autographes des écrivains inspirés? Eût-elle décidé que l'ancienne Eglise , tant grecque que latine, n'avait point de version authentique de l'Ecriture, et que les Eglises d'Orient manquaient encore d'une telle version ? Conséquences absurdes. L'Eglise n'est pas seulement chez les latins , mais elle est encore chez les grecs, les syriens, les arabes, les arméniens, et quantité d'autres, principalement chez ceux qui se servent des sources mêmes. Qui croira donc, s'écrie Bellarmin, que l'Eglise, en déclarant notre Yulgate authentique, ail voulu assurer que celle prérogative appar-
il n'est pas défendu de recourir à d'autres versions, surtout aux anciennes, et principalement a nos textes
lient à elle seule, en sorte que les autres Eglises n'auraient point de versions authentiques?
Telles sont les idées saines qu'on doit se former delà décision du concile de Trente. On ne peut donc trop blâmer la prévention de certains écrivains qui, sans y penser, se joignent aux ennemis de l'église, en prêtant an décret un tout autre sens que celui que nous venons de donner d'après les plus célèbres théologiens. Il est presque inutile de les citer, ces théologiens. Quand je nommerais André de Yéga , Diego Payva d'Andrada, Alphonse Salinéron, les cardinaux Bellarmin et Pallavicin, Mariana, Sixte de Sienne, Bonfrérius, Généhrard, le P. Alexandre, enfin le grand Bossuet et M. de Filz-James; ce ne serait que la trentième partie de ceux qu'il serait facile de citer en faveur de ce sentiment. Tous ces théologiens conviennent également que la déclaration du concile n'affaiblit en aucune manière ni l'autorité ni l'authenticité des textes primitifs. Les livres sacrés et originaux , remarque judicieusement Dom Calmet , ont une authenticité intrinsèque qu'ils tirent de l'inspiration de l'Esprit saint, qui les a dictés; aussi les copies de ces versions et les copies de ces originaux sont toujours authentiques lorsqu'elles y sont conformes. Mais elles peuvent avoir une autre sorte d'authenticité qu'on peut appeler extrinsèque , et qu'elles tirent de l'autorité de l'Eglise, qui les adopte et les déclare authentiques. Les Pères du concile ne font dans leur canon aucune mention expresse des textes originaux, bien loin de leur donner une autorité inférieure à celle de la Yulgate. Ces textes sont Jes sources , par conséquent authentiques d'eux-mêmes, et même plus authentiques que les versions, comme s'exprime le cardinal Bellarmin dans une de ses dissertations que nous citerons ci-dessous. « L'Ecriture sainte , dit encore ce savant cardinal , est le principal trésor de l'Eglise; mais la plus grande partie de ce trésor périt, si nous disons que les sources mêmes ne méritent plus aucune créance, et peuvent être rejetées, comme corrompues et dépravées. . .. Assurément c'est bien mal servir l'Eglise que de lui enlever ainsi un trésor si précieux, et de parler des textes originaux des saints apôtres et des saints prophètes avec tant de mépris que l'on ose même assurer que ces textes ne sont plus authentiques. >
De tout cela on peut conclure une proposit on bien simple : c'est que toute respectable qu'est la Yulgate, parce qu'elle contient la parole de Dieu , et qu'il n'y a rien de contraire à la foi et aux mœurs, elle ne peut cependant égaler, comme version, l'autorité et l'excellence des textes originaux : ceux-ci ne sont pas seulement divins dans leurs objets, mais ils le sont encore dans leur composition, en qualité de sources. C'est d'ailleurs un principe constant que l'authenticité d'une version, quelle qu'elle soit, ne peut rien diminuer de l'autorité radicale du texte primitif. Si nos exemplaires grecs et hébreux ont des fautes de copistes, on peut y remédier aisément par la confrontation des manuscrits, par une judicieuse criiique exempte de préjugé. Quelles que soient enfin ces méprises, sans doute beaucoup plus nombreuses dans la Yulgate et dans les versions que dans les originaux, parce que, outre les fautes des iraducleurs , on se donne toujours bien plus de liberté en transcrivant des traductions qu'en copiant un texte primitif, notre original hébreu n'en est pas moins authentique : il peut servir de règle pour la foi et pour les mœurs : on peut en tirer des arguments efficaces pour établir les vérités de la religion , lanquam ex texlu Spiritui sancti, comme le dit très-bien Salinéron dans ses Prolégomènes, chap. III.
D'après des principes si bien établis dans quantité d'excellentes dissertations dont nous citerons quel-
originaux grec et hébreu, dans les endroits qui ne tic! à la religion
concernent aucun point de foi, ou n'ont rien d'essen-
ques unes à la fin de cette noie, que penser enfin de celte multitude d'écrits que l'on a composés contre notre Vulgate? Que deviennent dès lors, par exemple, et VAnti- barbants bit liais de Sixtin-Aniama, et le trop fameux livre de Thomas James, qui a pour titre : Bellum ]iapale , sive concordia discors Sixti Quinli et Clementis Octavi circa Hieronymianam editionem. Prœlcrea, in quibusdam lotis gravioribus habelur cornparatio ulriusque editionis cum postrema el ullima lovaniensium ; ubi mirifica industria Clementis el cardinalium super castigationeni liibliorum depulatorum , notas dunlaxal marginales lovaniensium in textum assumendo clare demonstralur, Londmi, 1606, in-4°? Que penser, dis-je, de quantité d'autres pareils écrits sortis de la plume des protestants, en faveur des textes originaux, mais faits en vue de déprimer l'autorité de notre Vulgate latine? Il y a bien de l'entêtement et de l'illusion dans tous ces ouvrages. Mais tout ce qu'on a objecté contre l'authenticité de celie version peut également se rétorquer contre les textes originaux eux mêmes. Ni le texte hébreu imprimé, ni notre texte grec du Nouveau Testament, ni enfin le grec de l'Ancien dans les éditions d< s LXX, ou dan les manuscrits, ne sont exempts de fautes de copistes. Il faut donc rejeter tous ers textes, ou convenir de bonne foi que de simples fautes de copistes, qui ne touchent ni aux dogmes, ni aux mœurs, ne sauraient déroger à l'authenticité d'une version et des textes primitifs. C'est assurément une calomnie manifeste d'oser dire que l'Eglise a préféré celte Vulgate à nos textes originaux. En remontant de nos jours, d'àize en âge, jusqu'aux premiers siècles du christianisme, il y a une chaîne d'une tradition toujours suivie louchant l'autorité et l'authenticité de ce texte dans l'Eglise du Seigneur.
Mais, si l'Eglise en déclarant notre Vulgate authentique el en ordonnant d^ la conserver et de ne recevoir aucune autre version dans l'usage public et commun; respecte néanmoins nos textes grecs et hébreux comme des originaux divins, dont nos traductions ne sont que des ruisseaux , n'est ce pas encore une injustice de reprocher à celle Eglise, qu'elle nous propose pour règle de foi un livre rempli de fautes? L'hérésie et l'incrédulité ont beau accumuler des sophisme*, l'une pour s'ioscrire en faux contre l'aulor té légitime de l'Eglise, l'autre pour combattre l'authenticité des monuments sacrée de la révélation, ces fautes, quelque réelles qu'elles soient, ne concernent ni la substance de la fui, ni l'essence de la morale. (Tailleurs elles ne sont point de nature à ne pouvoir être corigées; Par conséquent elles ne dérogent ni à l'autorité ni à l'intégrité des livres saints. Cent fois on a prouvé aux prot stants que celte Vulgate est iclle, et les plus modérés d'entre eux, comme les plus savants l'onl reconnu. Vulgatum interprètent semper plurimi feci, non modo quod nulla dogmuta insalutria
conlinel, sed etiani quod multum habet erudilionis
Grotius, Prœfal. ad Annotât, suas in Met. Testant. Cent fois on a démontré contre les incrédules, que ces fautes ne peuvent donner la moindre atteinte aux litres primordiaux de la révélation. Le triomphe de l'incrédulité et de l'erreur est donc un triomphe imaginaire.
Il serait sans doute à souhaiter que nous eussions une version parfaitement conforme aux autographes dictés parla Divinité. On ne peut irop louer les efforts des savants qui travaillent à purger ces versions el même nos textes primitifs de ces failles qu'ils ont pu contracter par l'incapacité des copistes. Mais quel que soit le succès de ces sorles de travaux, la vérité de la religion n'en sera pas moins stable, soit qu'on la puise dans nos versions autorisées , soit qu'on ia cherche dans nos textes primitifs.
Eh ! qui empêche encore d'avoir recours à ces mêmes sources pour mieux développer les différents passages de notre version latine qui appartiennent au dogme et à la morale? Cet argument, bien pris et bien approfondi, a une grande force : il est fondé sur la lettre même de ce décret, qui ne considère que les autres éditions latines, sans spécifier ni le texte l.ébreu ni le texte grec.
De là il s'ensuit évidemment qu'en prononçant sur l'authenticité de notre Vulgate, les pères du concile supposent partout l'authenticité dont jouissaient déjà nos textes, primitifs. Cette Vulgate, ainsi déclarée authentique, ne donne par conséquent pas même la plus légère atteinte à ces divins originaux. Leur autorité cl leur intégrité n'en demeurent pas moins entières, puisque le décret les laisse tels qu'ils élaieni auparavant. Qu'élail-il même nécessaire que le concile étendît son décret d'authenticité à l'édition grecque des Septante ? N'est-il pas prouvé que l'Église honora toujours ce précieux trésor de l'antiquité, qu'elle n'en abdiqua jamais la possession ? Elle lui conserve encore de nos jours la qualité sublime d'Écriture. La bulle de Sixte V, qui est à la tête de l'édition des Septante de l'an 1587, et l'usage constant de l'Église, qui a retenu dans son édition plusieurs livres et quelques parties de l'ancienne Vulgate latine, en sont un argument invincible.
Quelle nécessité encore de parler dans le décret de notre texte primitif des livres du Vieux Testament?
Outre les ouvrages que nous avons cités (vol. I, pag. 162, not.) de M. de Filz James, de M. l'abbé Ladvocat et du P. Alexandre, voyez encore ce que ces deux derniers ont dit au sujet de cette déclaration du concile de Trente; le premier à la page 22 ei suivantes de la même lettre, le second dans sa Disserlalio ecclesiastica , apologelica et anticritica adversus Fr. Claudium Frassen, seu Dissertations alexandrinœ de Vulgata Scripturœ sacrœ versione, Vindiciœ, Paris., 1082, passim. Couler ejusd. Hislor. ecclesiast. Veleris et JSovi Testant.... el in loca ejusdem insignia Bissertationes, sect. IV, Dissert. XXXIX et XL, loin. IV edit. Paris, 1699, pag. 406, seqq. , 425, seqq. ; D. Calmet , Dissertations sur la Vulgate, loin. 1, part. II, pag 104, suivantes; La sainte Bible en latin el en français, avec des notes littérales..., des préfaces et des dissertations tirées du commentaire de dom Augustin Calmet..., de M. Cabbé de Voice, etc., edit de Paris. 1748, 1759, loin. I, pag. 1 15, suiv. el loin. XIV, pag. 7, ruiv. ; la même Bible, réimprimée à Avignon en 1767. lom. I, pag. 125, suiv., 131 , suivantes; Richard Simon, Hisl. critique du Vieux Testant., lin. Il, chap. XIV, pag. 264, suiv.
Dans les volumes (pie nous venons de citer des éditions de ces deux Bibles, il y a sur la Vulgate une excellente dissertation traduite du latin du cardinal Bellarmin, où l'on explique en quel sens le concile de Trente a déclaré authentique celle dont l'Egli-e se sert depuis S. Jérôme. Voyez aussi le journal de Trévoux, ou Mémoires pour T histoire des sciences et des beaux-arts, juillet 1750, art. 85, pag. 1605, suiv.; septembre 1753, I vol., art. 94, pag. 2017. suiv.; Il vol., art. 100, pag. 2186, suiv. ; octobre 1753, art. 105, pag. 2551, suivantes; La Religion naturelle et la révélée, étublies sur les principes de la vraie philosophie, etc., lom. VI, dissertation 25, art. 1, pag. 3, suivantes; Elies Du-Pin , Dissertation préLiminaire sur U Bible, liv. I, chap. 7, § 3, pag. 20 >, suiv. ; el autres.
Son authenticité fut-elle jamais, et surtout du temps du concile, regardée comme douteuse? Ignorait-on la nobl?sse, l'excellence et l'autorité d'un texte auquel ce qu'il y a eu de plus savant dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine a toujours cru et a même donné pour principe, qu'il fallait recourir à l'hébreu pour les livres de l'Ancien Testament, et qu'effectivement il y a eu recours?
Ni les catholiques, ni les protestants ne contestaient alors l'authenticité de l'original hébreu. Mais il n'en était pas de même de la version Vulgate latine. L'hérésie redoublait tous ses efforts pour en ruiner l'autorité, elle faisait un abus manifeste des texl: s primitifs et de ses nouvelles versions. Il était donc nécessaire de prononcer sur le choix d'une traduction qui fermât les voies à l'hérésie. La sagesse de ce célèbre décrei éclate dans la conduite qu'on a vu ensuite tenir aux souverains pontifes touchant les différentes corrections qu'ils ont fait entreprendre par ce qu'il y a eu de plus savant parmi les théologiens et les critiques des deux siècles passés. La manière dont on procéda sous le pontificat de Clément VIII à la révision de la Bible latine, démontre sensiblement combien l'on respectait entre autres le texte primitif hébreu. C'est ce que nous apprend la préface qu'on trouve à ta tête de celle édition corrigée par l'ordre de ce pape. In liac Bibliorum recognilione, in codicibus manuscriplu, hebrœis grœcisgue fonlibus et ipsis velerum patrum commeniariis conferendis non médiocre studium adhibilum...
Nous voyons encore par la bulle du pape Sixte V, mise à la tête de son édition latine, faite en 1589 et publiée en 1590, qu'après l'avoir fait examiner et corriger par plusieurs habiles théologiens, l'on consulta, à l'exemple des SS. Pères, le texte hébreu, la version grecque et les anciens manu^rils, lorsque les exemplaires variaient, ou que le latin était ambigu et équivoque. In iis tandem quœ neque codicum, ne<;ue doclorum magna consensione salis muni ta videbautur, ad Hebrœorum Grœcorumque exemplaria duximus confugiendum. Ces précautions auraient été absolument inutiles, ou plutôt déraisonnables et même dangereuses,* si ces souverains pontifes et ces habiles théologiens eussent cru que les textes originaux étaient corrompus, dépravés et altérés, ou d'une autorité inférieure à la Vulgate latine.
Si .l'on s'écarte de celte doctrine que tant de grands hommes, tant de savants zélés pour la déci ion du concile, ont soutenue avec forceconlre les insultes de l'erreur, l'on n'adoptera que des notions peu sûres, des principes qu'il est plus aisé de combattre que de bien défendre ; je dis même des hypothèses toutes erronées. Enfin l'on se mettra dans l'impuissance de repousser les traits de l'incrédule qui aura la téméraire audace de se jouer des monuments sacrés de la révélation.
N'oublions jamais cette belle maxime du savant et illustre archevêque de lolède, le cardinal Ximenès : Qu'il est très-utile à l'Eglise de donner au public les originaux de r Ecriture, soit parce qu'il n'y a aucune tra-
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ductionqui puisse parfaitement représenter les originaux, soit parce qu'ondoil, selon le sentiment des SS. Pères, avoir recours au texte hébreu pour les livres de l'Ancien Testament, et au grec pour ceux du Nouveau (1).
Tel est le langage que la bonne critique et la saine théologie doivent tenir au snjelde la matière présente. Mais ayons pour la Vulgate tout le respect , toute la vénération qu'elle mérite par tant de litres. Il s'en faut bien que les nouvelles versions latines et même h s anciennes soient aussi bonnes. Elle est d'ailleurs écrite d'un style simple, noble, nature! et sans affectation. En un mol , il en est peu qui puissent fournir des preuves si lumineuses sur la pureté et sur l'intégrité essentielles de noire original primitif des livres de l'Ancien Testament. C'est donc sans raison qu'on a tant déclamé contre celte version , contre le décret du concile qui l'a autorisée, et contre les constitutions des souverains pontifes qui ont défendu d'y toucher sous peine d'anathème. Sixte V fil sagement une leîlo défense ; mais il n'a eu en vue que les particuliers ; il n'a point exclu une autorié publique, qui pût même reloucher celle Vulgate dans les endroits ou des fautes accidentelles se seraient glissées.
Sans les corrections de Clément VIII (2) qui, en
(î) i Muîla sunt, bcaiissime pater, qua? ad excudendas impressoriis formis originales sacrre Scripiurce linguas nos excilarunt. Atque ha c inprimis : quod, cum uniusenjusque idiomatis sua; sint verbocum proprielates , qnarum tolamvim non possil quantumlibei abholula traduclio prorsus expriincre... accedit quod ubicumque lalinorum codicum varietas est, aut dépravais leetioms suspicio... ad primam scriptural originem recurrendum est ; sieul beatus llieronymns - et Augustmus ac c.< leri cccle -iastiei tractaiores adinonent : ila ut libroruni Vetoris Tesiamenù sincerilas ex hebraica verilate, Novi autem ex gracis exemplarités, examinelnr. » Franciscus Ximenius de Gisneros, ad Leonem X pont. max. Prologus Vêler. Tesi. lom I pruemissus, initio; M. l'abbé Ladvocal, uli supra, loc. cit., pag. 65.
("2) C'est une question qu'on ne devrait pas mettre en doute, et dont les er.tiques comme les théologiens, même protestants, tombent d'accord ; que, dans la révision même de nos bibles latines, faite par ordre de Clément VIII, l'on a corrigé bien des taules qui exigeaient effectivement une telle correction. Aussi notre Vulgate en est-elle devenue beaucoup plus correcte qu'elle ne Pelait dans l'édition qu'en donna Sixte V. Mais voici un savant dont les recherches sur notre original hébreu et les anciennes ver ions devraient annoncer un critique judicieux et exact, qui ose cependant avai.cer le contraire. M. Benjamin Kennicott ( Examen du texte hébreu du Vieux Testament. Bibliothèque des Sciences et dès-Beaux Arts, janvier, etc., 1761, tom. XV, part. Il, pag. 529 et suiv.) s', ppuie entre autres sur un passage des Paralipoménes qui au fond ne décide rien ; d'où noire critique prétend conclure que l'édition de Clément VIII, qui a fait disparaître celle de Sixte V, se trouve réellement la moins respectable des deux. C'est que, si nous en croyons M. Kennicott , Clément VIII a corrigé sou exemplaire sur des Mss. hébreux des plus modernes, et par conséquent des moins authentiques. Il ne faut pas une grande logique pour sentir qne le raisonnement de M. Renuicoil est un pur paralogisme et même un sophisme.
Dans le IIe livre des Paralipomènes, chap. XIII, vers. 5 et 17, il est dit, selon l'hébreu imprimé, qu'Abia, roi de Juda. livra bataille à Jéroboam, roi Vis-
fixant le texte de notre Cible latine , ont été si avan- que nous aurions autant de versions que d'éditeurs: tageusesà l'Eglise et à la religion, il y a apparence Toi exemplaria quoi codices, comme S. Jérôme s'e»
raêl , avec une armée composée de 400.000 hommes d'élite, et que les troupes du roi d'Israël consistaient en 800,000 combattants, dont 500,000 furent blessés à mort. La Vulg.re de Clément VIII porte ces mêmes nombres, mais l'édition de Sixte V donne seulement 40,000, 80,000, et M), 000 hommes.
De trente et une éditions antérieures à celle de Clément VIII, de Tan 151)2, que M. Kennîcolt a consultées , il dit n'en avoir trouvé que huit qui hissent les nombres de ce passage comme l'hébreu de nos Bibles. De cinquante et un Mss. de la Vulgate il en trouva aussi vingt-deux qui étaient conformes à eetle leçon, au lieu que tous les autres exemplaires, soit imprimés, soit manuscrits, portent 40, 80 et 50 mille. De plus il nous fait observer que ces derniers manuscrits sont presque tous de la plus ancienne date.
Supposons pour un instant qu'il faille préférer eetle dernière leçon, parce qu'elle est conforme aux plus anciens comme aux meilleurs Mss., soit hébreux, soit latins, selon M. Kennicolt; que conclure de celle preuve? Clément Mil aurait donc réformé un passage sur des Mss. modernes et de peu d'autorité, Mais pour démontrer que l'édition de Clément VIiI n'est point aussi respectable que celle de Sixie Y, il re-te encore à prouver que ses corrections, du moins une bonne partie, sont de même nature. Nous osons défier M. Kennicolt de jamais le prouver, de quelque autorité et quelque anciens qu'il suppose ses Mss. et latins ei hébreux. Son raisonnement porte donc nécessairement à faux ! (Test même une indécence dans un savant aussi instruit qu'il le paraît, de vouloir meure les deux pontifes aux mains l'un contre l'autre, en affectant d'ignorer quelle e-t la nature des corrections qui concernent les deux éditions, quoique d'ailleurs différentes entre elles, mais dans des points d'aucune importance pour la foi et les mœurs. Ni l'un ni l'autre de ces souverains pontifes n'ont jamais prétendu définir que, par la voie des meilleurs Mss., on ne put, dans bien des endroits qui ne sont pas de l'essence de la foi et de la morale, donner dorénavant des leçons plus correctes que celles qu'offre leur édition. La constitution que Sixte Y mit à la tête de sa !iib!e latine de l'an 1590, dont il corrigea lui-même les épreuves, annonce à la vérité que ce grand pape, de concert avec ses théologiens, ne 1 égligea aucun des moyens cap;: blés d'en procurer une très bonne édition; mais il s'y explique aussi de manière à nous faire entendre qu'il n'osait se promettre d^en pvoir donné une qui ne laissât absolument rien à désirer. Jllud sane certum nique exploration esse volumus noslros hos lubores el vigilias eo nunqnam spectasse, ut nova editio in lucem exeal , sed ut Vulgala velus ex iridentinœ synodi prœscripio emendalissima prisliuceque puritati , qualis primum ab ipsius inlerprelis manu slyloque prodierat, quoad ejus lieri polcal, resliluta imprimatur. Six lus V, lue. cil.
Dans la piéface de 1 édition de Clément VIII, dont le fond esl tiré de la constitution de Sixte V, on voit tenir le même langage : Accipe... velcremet vulijalam sacras Scriptural edilionem, quanta lieri potuil diligenlia casligalani : quamquidem, sicut omnibus nuineris absoïulam, pro huinana imbecilliiate affirmare difficile esl, ha cœleris omnibus quœ ad hanc ustjue diem prodierunt, emenduliorcm purioremque esse minime dubitandum... Proposilnm non fuit, novam alitjuam edilionem cudere, vel aniiquum interprétera ulla ex parte corr'uptw vel emendare ; sed ipsnm veterem ac vulgalam edilionem lalinum a menais veterum librariorum, nec non pravar m emendalionum erroribus expurgalauiy suas prislinas inlecjrilali ac puritati, quoad ejus lieri potuil, restituera; eaque resliluta, ut quam emendatksime imprimeretur, juxta concilii œcumvnici (teorelum, pro virfbus opérant dure
Nonobstant cet'e diligence et ces soins qui oi<! rendu l'édition de Clément VIII plus pure el plûd correcte que celle de Sixte V, on y a cependant laissé à dessein quelques endroits lois qu'ils étaient, et qui paraissaient devoir être changés. Jn hac tamen veniul» gala leaione, sicut nonnulta consul to mutaia, ila etiam alia quœ mutanda videbantur consullo immulala relicla sunt.
Le cardinal Bellarmin, qui est l'auteur de celle préface, témoigne la même chose dans sa lettre à Luc de Bruges : Scias velim Biblia vulgala non esse a nobis accuraiissime casiigata , multa enïm de industria, justis de causis périr ans: vimns quœ correctione indiqere videbantur. Varias lecliones quœ in Bibliis lovaniensibttshabentur, el inquas tu librum ulilissimumscripsisti, milti videbantur omnino addendœ, quippe quœ instar blblio'.liecœ rftihi esse videntur ; sed non pkicuit aliis ut in prima edi'.ione apponerenlur.
Ce cardinal proposa même un grand nombre de corrections à faire dans la première édition de Clément VIII de l'an 1592. On corrigea plusieurs de ers fautes dans les éditions postérieures qu'on vit paraître de l'imprimerie du Vatican en 159 3, 1598, 1021 et 1097. On no peut encore ignorer que Lue de Bruges, Henri de Bukcntop et antres savants calholiques, n'aient fait de semblables re herehes pour rendre l'édition de noire Vulgate latine encore pli» correcte qu'elle ne l'est, par conséquent plus conforme à nos originaux. (Voyez Libellas aller cou linens alias leciwnum varieiales in iisdetn B btiis ex veiustis manuscriptis exemplaribus collectas, quibus possii perfectior reddi féliciter cœpta correcùo, si accédai summi pontificis aucicrilas, observatore et correctore Francisco Luca Brugense. Ëjusdeni Epislola ad Jacob. Blasœum episcopum audomaripolilanum eidem libello prœfixu, el Prasfaiio Bibliis Vulgalœ edilionis anluerpiens. 10l8,i/i-4° prœmissa. Nalalis Alexander, Uistorîa ccelesUislica veleris novi ,ue Teslamenli ; Henrictis de Bukenlop, Ord. Minor., Lux de Luce, libri très, in quorum primo ambigus lecliones, in secundo varia! ac dubift lecliones qu.iî in Vulgala ialiua sacrai SeripluriC editionc occurrunt, ex originaliuîh linguarum texlibus illuslraulur, el ita ad delerminaium clarunrque sensum cerlamque autverisimiliorem lectionem reducunlur. In tertio agitur de editione Sixti V faeia anuo 1590, mullaque alia Iraclanlur qunc [saltem pleraquc) omnes hac'.enus latuerunt iheologos el sacne Scriptural interprètes. in 4°, Bruxellis 1710, lib. III, cap. 7, pag. 510 et seqq., 522 et SCqq.
Sixte V et Clément YIII ont dit cependant anaihème à quiconque oserait ré ormer leur édition ; el Clément VII 1, comme on n'en peut douter, a fait bien des changements considérables, mène en très-grand nombre, dans celle qu'il publia d'abord eu 1592. Clément VIII serait-il donc op, osé à Sixte Y? non, a -sûrement. La défense de ces deux pontifes ne prouve en aucune manière que leur édition lût sans fautes. Il s'en faut bien qu'ils aient jamais voulu le décider; mais ils ont voulu uniquement définir par leurs constitutions que leur B b!e était entièreme il exempte d'erreurs contraires au dogme et à la morale. Ils ont prononcé anathème contre l^'js ceux qui, d'autorité privée, auraient la hardiesse et la témérité de loucher à leur édition, el qui refuseraient de la reconnaître. Celle défense est pleine de sagesse , elle a mis un frein à la licence des éditeurs, et elle a tranquillisé les fidèles sur ce qu'il leur importe de ne point ignorer. Si on examine même avec attention et selon les règles de la plus exacte critique la Bible de Sixte Y comme celle de Clément VIII, on verra en effet qu'elles n'ont aucune erreur essentielle. C'est par ce seul endroit que M Kennicolt aurait dû commencer
plaignait au sujet des versions de son temps. Où en serions-nous dans l'Eglise de Dieu, s'il était permis à
ses attaques, mais il sent bien qu'elles seraient impuissantes. Nulla igitur est in utroque ponlifice repuqnanlia; nulla in utrisque bibiiis alia credendi, aut agendi, nulla substantialis diversitas,sed accidenlalis solummodo. llcnricus de Bukenlop, toc. cit. Prœfat. ad III libr., pag. 516.
Inutilement le même écrivain vient-il nous opposer qu'on diî à Rome que Clément VIII n'a corrigé d:ins son édition que des fautes d'impression. Ce n'est point la seule réponse à laquelle on se horne dans cette capitale du monde chrétien. Quoique la préface de Bellarmin, qu'on lit communément à la lêle de l'édition de ce pape, le donne à entendre, l'auteur s'y décèle un peu plus bis. Que M. Kennicolt sache enfin que celte préface, d'ailleurs très-estimable, est d'une autorité bien intérieure à celle que pourrait avoir une bulle proposée à l'Eglise universelle, ou un canon d'un concile. Taniitm auctor'Ualis liabet quantum cujusvis docli cl pii prœfatoris dicta liabere consueverunt. Nie. Serarius, Prolegomena, cap. 19. Mémoires de Trévoux, septembre 1755, vol. II, pag. 2218. Voto deW Em3 signor cardinale Domenico Passionei a nostro signore papa Benedcllo XI V, nella causa délia beatificazione dt'l venerabile servo di Dio cardinale Roberto Bellartnino. Yenezia, 1701, uum. 26, pag.;63 et seqq.
Disons une fois pour toutes , que les défenses de Sixte V et de Clément VIII ne regardent que le commun des fidèles mais non ceux que l'Eglise peut encore charger de donner des éditions de la Bible latine, même plus correctes.
Venons au passage des Paralipomènes. Ce grand nombre de soldats, dans une nation telle que le peuple hébreu , qui n'occupait qu'une terre de peu d'étendue, a paru si incroyable à quelques critiques, qu'ils n'ont fait aucune difficulté de décider que le passage en question était corrompu. On ne disconvient point qu'il y a des Mss. de notre Vul^ate latine qui portent ici une tout autre leçon que celle du lexto primitif; et ce sont ceux qu'a suivis Sixte V dans sa révision. Mais cette leçon est-elle la seule véritable, et la leçon contraire répugne-t-elle à la constitution de l'ancien peuple hébreu, dont la population était presque immense relativement au pays qu'il occupait, et chez lequel tout était soldat dans le besoin? En effet, dans le dénombrement que David lit faire de son peuple , il est dit au IIe livre des Rois, chap. XXIV, vers. 9, que Joab trouva dans Israël huit cent mille hommes forts et propres à porter les armes, et dans Juda cinq cent mille; quoiqu'il ne soit point fait mention dans ce dénombrement de la tribu de Benjamin, qui se trouvait cependant toute réunie au domaine du roi Abia. Le Ie livre des Paralipomènes, ch. XXI, vers. 5, porte même ce dénombrement fait par ordre de David, jusqu'à onze cent mille hommes dans Israël, cl à quatre cent soixante cl dix mille dans Juda. Ce n'est poiul mon objet de concilier ces deux calculs. Voyez entre autres le P. Calmet sur cet endroit du livre des Rois. Ce commentateur observe que le premier de ces nombres n'esl point excessif; car l'on conçoit assez qu'un p iys de soixante lieues de long et de treille de large, bien fertile el bien cultivé, peut nourrir six ou sept millions d'hommes (Voyez Les Mœurs des Israélites par M. l'abbé Fleury, art. 6, pag. 57 de J'édil. de Bruxelles, 1755). 11 est encore dit dans le Il livre des Paralipomènes, chap. XIV, vers. 8, qu'Asa leva dans Juda une armée de trois cent mille hommes qui portaient des boucliers el des piques ; et dans Benjamin, deux cent quatre vingt mille hommes qui portaient aussi des boucliers, et qui tiraient dés flèches, tous gens de cœur et d" exécution. Nous lisons aussi au même livre des Paralipomènes, chap. XVII, vers. 14 et suivants, que le dénombrement des troupes de Josaphai montait à onze cent soixante mille hommes ,
DE LA RÉVÉLATION 754
chaque particulier de corriger notre Vulgate suivant ses caprices?
Que ce respect et celte vénération pour la Vulgate ne nous portent pas a trop l'exalier par un zèle aveugle et outré. Gardons-nous de la meure au dessus des lexiesoriginaux,qui en sont la base et le fondement. Une ver ion, quelque authentique qu'elle soit, e4 toujours une ersion, et les originaux seront toujours originaux. Bien loin de rendre service à l'Eglise catholique en déprimant ou en attaquant ces mêmes textes, nous serions semblables à un homme insensé, perché sur un irbre, et qui couperait, qui
sans compter ceux que le roi avait mis dans les villes murées par tout le royaume de Juda.
Ce soni là des faits attestés par nos livres saints. Il n'y a qu'une critique licencieuse et téméraire qui oserail s'inscrire en faux contre des témoignages si sacrés. M. Kennicolt respecte trop nos Ecritures pour se refuser à une autorité de tel poids.
Que l'on juge maintenant si l'on doit réformer le passage en question suivant les idées de notre critique anglais. Une fois qu'on admet les dénombrement! de troupes des rois de Juda et d'Israël, dont parleni les écrivains sacrés, comme nous devons les aameiire, il n'y a plus rien qui doive surprendre dans le nombre des soldats qu'Abia, roi de Juda, et Jéroboam , roi d'Israël , mirent en campagne l'un contre l'autre : ni la quantité d'hommes tués ou blessés dans l'armée du roi d'Israël, ne saurait paraître exorbitante.
C'est nne règle que pose notre critique (!oc. cit. , Bibliothèque des Sciences, etc., part. I, pag. \â el suiv.), que de deux ou plusieurs manières de lire un même passage, il faut préférer celle qui est la mieux appuyée sur les anciennes versions. Or, s'il y a jamais eu une leçon qui soil telle, c'est assurément celle que nous discutons. Le savant père Iloubiganl, qui a multiplié plus d'une fois les fautes de copistes de notre texte hébreu commun , justifie cependant la leçon en 'question du texte hébreu; el il remarque contre Caslalion , (pie le grec même est conforme à ces nombres de 4-00,000 , eic. En effet, toutes nos éditions des LXX sont ici uniformes, sans en excepter les anciennes versions, telles que l'arabe, le syriaque et les paraphrases clialdaïques. Jo.-èphe confirme enfin la même leçon dans ses Antiquités judaïques (lib. VIII, cap. 11, edil. Uavercampi , tom. 1, pag. 451 el seqq.).
Si M. Kennicolt insiste à nous dire que les anciens Hébreux exprimaient souvent leurs nombres par une ou plusieurs lettres qui en étaient les signes et dont les caractères sont très-faciles à confondre : le f , par exemple, qui est la marque de 500, ayant pu ^ô prendre p >ur le "I qui noie 200; qu'ainsi, dans le passage des Chroniques, on a peut être écrit par précipitation n, marque de 400,000, pour D, marque de 40,000, etc., nous répondrons que ce n'esl là qu'une conjecture. IL Kennicolt aurait dû plutôt nous produire des .Mss. hébreux, ou du moins quelques Mss. de nos anciennes versions grecques pour appuyer so?i sentiment. Concluons donc que Clément VIII, qui a rétabli dans son édition latine le passage des Paralipomènes, tel que le porte le lexle hébreu, n'a rien fait que selon les règles du bon sens, qui exige qu'où préfère un texte primitif à une version, surtout lorsque la leçon de ce même texte se trouve d'accord avec toutes les anciennes versions Par conséquent l'édition de Clément VIII n'esl point telle qirc la suppose M. Kennicolt. C'est ce que nous voulions prouvci contre noire critique anglais.
abattrait la branche qui le soutient et qui tomberait avec elle (I).
No poussons pas plus loin nos recherches pour le présent. I es Ira aux des chrétiens que nous avons envisagea depuis Origène jusqu'au seizième siècle, ont fourni suffisamment de preuves en faveur de la pure lé et de L'intégrité de noire texte hébreu. Tous ces travaux nous ont servi pour ainsi dire comme de chaînons qui unissent le fil de la tradition sur l'authenticité du texte primitif des livres du Vieux Teslament. Celle tradition ne s'est jamais démentie dans l'Eglise du Seigneur. De tout temps la vérité hébraïque y a é;é respectée.
Avant de terminer ce qui concerne tous ces travaux, et avant d'entrer dans ceux que nous devons aux Juifs, et qui ont également influé à maintenir notre texte hébreu dans son intégrité essentielle, qu'il me soil permis de finir par une considération trèshonorable aux docteurs catholiques.
Une chose qui m'a paru toujours digue de quelque attention, c'est qu'une bonne partie des plus grands travaux qu'on a faits en différents temps sur le texte môme de nos Ecritures, "et qui tendent plus ou moins à en constater la pureté et l'intégrité, nous en sommes redevables à des auteurs catholiques. Les protestai,ts, qui se flallcni d'avoir porté la critique sa crée jusqu'à un point de perfection auquel on n'était selon eux jamais parvenu, n'ont marché, à le bien considérer, que sur les traces de nos docteurs anciens et modernes (2). Ils les ont même plus d'une fois compilés à leur façon sans leur en faire tout l'honneur.
Quel Ponds, par exemple, de littérature hébraïque ; que de principes solides, relatifs à l'intégrité de notre texte hébreu, ne nous offrent pas les écrits de Raymond Martin, de Nicolas de Lyra, de Paul, évêque de Cargos, d'Augustin Steuch, de Planlavit, de tant d'autres enfin; de ceux encore qui ont consacré si utilement leurs veilles à d'autres excellents ouvrages contre les Juifs ?
Sancles Pagnin s'est immortalisé par son Trésor delà langue sainte : ouvrage que les Buxiorf et les plus célèbres hébraïsants ne désavoueraient point. Augustin Jusliniani peut et doit même être considéré comme le père (5) des Polyglottes. La Bibliothèque
(1) Feu M. l'abbé Ladvocat, loc. cit., pag. 66.
(2) Voyez M. Simon , lié pou se aux Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur son Hist. critique du Vieux Testament, par M. Le Clerc, ch. 5, pag. $8 cl suiv. M. Simon y montre que tout ce qu'il y av il de plus grand ci de plus considérable sur l'bcriture et sur les langues orientales, venait des docteurs catholiques. Voyez au^si sa Réponse à la défense des mêmes sentiments, chap. 2, pag. 70 et suiv.
(3) François Tillard avait eu le dessein de travailler à une Bible polyglotte hébraïque, grecque et laline, comme on le voit dans la prélace qu'il mil à lalètedesa grammaire hébraïque, publiée à Paris en 4508; mais celle Bible n'a jamais vu le jour. Ce sont de ces projets que forment les savants, sans jamais les exécuter, L'on peut en dire de même d :
sainte de Sixte de Sienne, autre savant dominicain, ne périra jamais : l'on a peu d'ouvrages sur cette matière, où il y ait plus d'érudition et de bon sens, CGïttme le remarque un critique (.4). Je puis omettre ce que nous devons aux Malveuda, aux De Muis, aux Bellarmin, aux Ma.sius, aux Sérarius, aux Bonfrérius, aux Villalpandë. Les Arias Moulaniis, les Valable, les Le-Nourry, les 11 net, les Marlianay et les le Quien sont dos auteurs assez connus, ainsi que les Morin el Petit- Didier, les De Voisin, les Génébrard, les de la-Haye, les Ceilliér, lesLamy, les de Monifauc on, les Calmet, les Duguet, les De Sacy, les Sabaiier, les De Villefroy et ses savants élèves, comme lant d'autres.
Quel ouvrage encore que la Bibliothèque sacrée du père Le-Long ! On pourrait à la vérité la rendre beaucoup meilleure qu'elle ne l'est ; nais elle lait honneur aux lettres cl à la religion. Je ne dis rien ni des travaux de M. Du-Pin, ni de ceux des PP. Souci.l, Scipion Sgamhat , Chérubin de S. -Joseph et Noël Alexandre. M. Simon mériterait sans doute un des premiers rangs parmi ceux qui se sont rendus céiébres dans la tri ter a tare sacrée , si une critique trop libre ne l'avait jeté dans plus d'un écart bien marqué.
On a vu plus haut (2) ce que Hugues de Saint- Cher (il sur la Vulgate latine, de concert avec d'autres dominicains. L'entreprise la plus utile el qui éternisera sa mémoire, est la Concordance de nos
la Bible qu'Aide Mannce l'Ancien avait aussi promis de nous donner dans les mêmes langues, un peu avant l'année 1516, qui fut celle de sa mort. Ainsi Jusuniani, dominicain génois, morl é\êquede Nebhio dans l'Ile de Corse en 1536, a été le premier qui se soit occupé eliicaeement de ces travaux si miles aux lettres et à la religion. Sou Psautier en hébreu, en grec, en arabe, en chaldéén, avec trois traductions laline- dont deux sont de sa façon, et qui concernent les textes hébreu el chaldaïqne , ne fut, pour ainsi dire, que comme un essai d'un plus grand ouvrage travaillé dans le môme g ûl sur toute la Bible. Il nous apprend dans une lettre qu'il écrivit au cardinal Bandinelli Sauli, qu'il avait dé à achevé tout le Nouveau Testament en grec, en latin, en hébreu , en arabe, en chaldéen ; el que l'Ancien élaii près de paraît) e. M. l'abbé Poch m'a dit avoir vu ce manuscrit du Nouveau Testament en grand papier dans la bibliothèque des religieux des Ecoles Pies de Gènes. Il y a beaucoup d'apparence mie c'est le même que celui que le savant Jusliniani écrivit en bonne partie de sa propre main, el qui formait deux gros volumes dont il lit présent avec sa bibliothèque à la république de Gènes, comme il le dit dans ses Annali di Genopa, lit».. V edit. Géuuensis 1557, cliari. 224, vers. loi. et seq. Confer. Jacob Echard , Scriptores Ord. Prœd% loin. H, pag. 96elscq<].SixlusScnens Bibliotli. suncl. lib. IV, sub Augusiino Nebiensi. Conrad us Gesuerus, Bibliothcca universalis edil. Tigtiriu. 1545, verso fol. 104 et seq. Pierre Bayle , Dictionnaire hist- criliq. loin. II, edit. de Rotterdam, 1720, pag 1606 ci sinv, Jo. Chrisloph. Wolfius, Bibliotli. hcbr.t part. Il, sive vol. Il, sect. 4, pag. 555.
(1) M. Simon, Uisfoire critique du Vieux Testament, liv. 111, chap. 17, pag. 457.
(2; Vol. II, pag. 15w2ct suivantes.
bibles, de laquelle il fui l'inventeur (1). On peut dire avec sûreté qu'elle a fait naître les Concordances hébraïques du rabbin Isaac Nathan (2). Marias de Calasio ne s'éloigna ni de l'ordre, ni de la méthode de ce savant juif, dans ses belles Concordances (3) réimprimées à Londres en 17*7 en quatre gros volumes in-fol., par les soins de Guillaume Romaine. Mais ce savant religieux de S. François les rendit encore d'un plus grand usage que ne relaient celles de l'écrivain juif. Il les corrigea en bien des endroits ; il y montra le rapport que les racines hébraïques ont avec les autres langues orientales, et ne manqua pas d'y assigner les diversités de leçons qu'offrent la version Yulgale et celle des LXX ; aussi ses Concordances peuvent elles servir d'un excellent Dictionnaire.
Sans ces sortes de travaux, dont les catholiques ont été les premiers auteurs, et qui seront un monument à jamais durable pour constater dans les siècles futurs l'intégrité essentielle de notre texte hébreu; le docte Conrad Kircher, théologien luthérien, aurait il pensé à donner ses Concordances grecques de l'Ancien Testament publiées, à Francfort en 1607, en 2
(1) Confer. Jacob. Echard, loc. cit., tom. I, sec. XIII, pag. &)3etseqq.
(2) Cet écrivain juif, qui vivait vers le milieu du XVe siècle, dit dais la préface de ses Concordances, qu'à l'exemple des chrétiens, il avait entrepris un Semblable travail. Elles pâturent d'abord à Venise en 1524, chez Daniel Bomberg, in-fol., sous le litre de illuminans Viam : l'auteur y lait allusion à un passage de Job, XLI, U.
Jean Buxlorf le père, mort en 1629, revit cet ouvrage avec soin, et profita beaucoup de? Concordances de Calasio, qui sont assurément d'une iresgrande utilité, surtout pour les jeunes hébraïsanls. Celles de Buxlorf lurent publiées par son fils, et parurent sous ce litre : Concordantiœ Bibliorum hebraicœ nova et arlificiosa methodo dispositœ, in loris innumeris éepravatis cmendaiœ , defickutibus plurimis explelœ, radicibus antea conjusis distinetœ, et significulione vocum omnium latina illustrâtes Accesserunl novœ concordantiœ chaldakœ vocum quœ cor pore Biblico hebraico continenlur, cum prœfalione qua operis usas abunde decluratur,per Jofian. Buxtorfium filaun RjsileaB 1632, fol. Confer. R. Schablai lii. Joseph, Labia Dormienlium, etc., edit. Amsti lodam. 1680, charl. 57. Julius Bartoloecius, Bibliotheca magna rabbinka, part. III, pag. 915 et seq. Jac Le Long, Bibliotheca sacra, art. 9, pag. 454, seq. Jo. Chrisloph. Wollius, loc. cit., part. I, seu vol. I, pag. 680 et seqq.; part. Il, pag. 565 ; part. III, pag. 607. Vincent. Alexander Gonsianiius, Prœfalio in suas Concordantius Bibliorum hebraicorum. pag. 15 ei seqq.
(5) Concorda ni ia; sacrormn bibliorum hebraicœ, in quibus chaldaica; etiam lihrorum Esdrœ et Danielis suo loco inferuniur; deindc post themalum, seu radicum omnia deriv.--.ta et usus latius deducla, ac lin guarum ckaidaicat, syriacae et arabicas vocabuloruin rabbinicorumque cum hebraicis convenicnliam ; latina ad verbuin versio adjimgitur , ad quam Vulgalae et LXX interpreium editionum differentia lideliler expenditur; demum nomma propria ad calcem novo ordme digeruninr, auclore Mario de Calasio, onlin. minor. observant., linguae S. professer. Romaî 1621, vol.,IV, m -fol., Dans la Bibliothèque hébraïque du savant Wollius ( loc. cit., vol. I, pag. 681), cette édition est datée de l'an 1622, mais c'est assurément une erreur d'impression.
ÉLATION. 758
tomes in-4°; et Abraham ïrommius aùraif-iï entrepris les siennes d'après celles de Kircher, qu'il refondit, pour ainsi dire, en les faisant reparaître dans un ordre tout nouveau (1)? A quelque chose près, l'ouvrage de Trommius n'est à proprement parler qu'un renversement de celui de Kircher (2), mais il y a plus d'ordre, sa méthode est plus sûre et plus commode. Si à toutes ces concordances l'on joint celles des particules hébraïques et chaldaïques de Chrétien Noidius et ce que nous devrons bientôt aux travaux de II. Consianec (3), il paraît que l'on aura peu de chose a souhaiter sur celte maiière, si tant est qu'on ne voie faire encore quelques nouvelles découvertes par le moyen des manuscrits grecs et hébreux des livres de l'Ancien Testament. La nouvelle édition de la bible hébraïque que M. Benjamin Kennicoll nous pré-
(l)AbrahamiTrommii Concordantiœ groccœ versionis vulgo dicta? LXX h.terprelum, cujus vocessecundum ordinem elcmenlorum sermonis gra>ci digestai recensentur, contra alque in opère Kircheriano faetuin fuerai. Leguntor hic prœterea voces gr.tc;e pro hebraicis redilbajab anliquis omnibus Veteris Tesiamenli inlerpreiibus, quorum nonnisi fragmenta ex slant, Aquila, Symmacho , Theodotionc el aliis, quorum maximam parlem uuper in lueem edidit D. Bernard, de M oni faucon. Am&ielodami el Trujecli ad Bhenum, 1718, vol. Il, in fol.
(2) Le principal défaut que les savants ont remarque dans les Concordances de Kircher est d'avoir suivi l'édition des LXX laite à Francfort en 1597, cb .'z les héritiers d'André Wechel, qui, comme on sait, est moins pure que ne l'est celle du Vatican à laquelle Kircher eût dû s'attacher. L'auteur met d'abord les noms hébreux et ensuite l'inlerpiélalion que Jes LXX y ont donnée, et allègue les endroits de l'Ecriture où ils se trouvent différemment cités. Sans abandonner l'édition de Francfort, Trommius suit au contraire l'ordre alphabétique des mots grecs; ce qui convient mieux à des concordances giccques. Il est vrai que Kircher avait en quelque façon remédié à cela; et que, pour trouver les mêmes mots avec moins de difficulté, il les avait mis dans un index alphabétique, sans explication, en renvoyant par des chiffres aux pages de ses concordances précédentes où on les trouve. 11 faut avouer que celle méthode est un peu incommode, parce que l'on et obligé de parcourir bien des cbifl'ies, quelquefois fautifs, avant de parvenir à ee qu'un veut savoir. L'ordre de Trommius est beaucoup plus naturel; en mettant l'index des mois hébreux cl chaldéens selon l'ordre de ces langues, avec lesdifferenls motsgrecsqu'onl employés les LXX pour rendre ces mêmes termes hébreux cl cbaldéens, on voit d'un seul coup d'œ.l, sans trop de recherches, les différentes manières dont ces interprètes les ont traduits, et l'on trouve plus aisément les passages où iis ont. Outre quelques additions et différentes corrections que Trommius a faites dans se^ Concordances, il a ajouté à la lin du Le volume une coliaiion des chapitres el des versets avec l'édition romaine. Par celle collation, qui est de Lambert
Dos, l'ouvrage de Trommius peut servir pour les édi lions des LXX qu'il y cite, où la distribution des chapitres el des versets n'est pas partout la même. Voyez la Bibliothèque ancienne el moderne de Jean Liciers, tom. X, aimée 1718, part. II, art. 5, pag. 565 et suiv. el pag. 380 et suivantes. Ada Eruditur. Livîtee, mense januar. ann. 1719, pag 49 et se<jq.
(3) Voyez ci-dessus, vol. Il, pag. 58, not. Joan, Christ. Wollius, loc. cit., part. II, lib. III, cap. S, pag. 565, et part. IV, pag. 248.
pare en Angleterre ne pourrait-elle pas nous four- muliiplées jusqu'à six éditions
nir là-dessus dos matériaux peu connus jusqu'à présent ?
Parcourons rapidement quelques autres travaux des catholiques. On ne peut nier que Félix dePrato, savant religieux augtisliii, n'ait comme donné naissance aux grandes bibles rabbiniques (1). Les Juifs se sont tellement empressés de les imiter, qu'ils les ont
(1) C'est le nom qu'on donne aux Bibles hébraïques, accompagnées de paraphrases chaldaïques et de commentaires des principaux rabbins. Félix de Prato, ainsi appelé d'une ville de Toscane, où il naquit, avait été juif de naissance. Outre sa grande érudition rabbinique, il savait le latin et le give. Il entra dans l'ordre de S.-Angus'in. et mourut à Rom»!, fort âgé, en 1559. (Cou fer. Jo. Chrisloph, Wolfius, loc. cil., tom. III, sive part. III, pag. 935 etseq.)
Ce docte religieux s'est fut un nom par son édition de la grande Bible rabbinique, imprimée à Venise chez Daniel Bomberg en 1518, en quatre volumes iri-fol. A la tôle de celle belle édition il y a une peine préface latine, ou épîirc dédicatoiru de Félix de Prato à Léon X : elle est datée de l'an 1517. L'éditeur y dit <p»'il s'est servi de plusieurs Mss. que lui procura Bomberg auquel il enseigna lui-même la langue hébraïque. Félix de Prato a mérité par là toute notre reconnaissance; car jamais disciple ne répondit mieux que ce fameux imprimeur aux vues de son maître. On sait que Bomberg, né à Anvers, é abli ensuite à Venise, et mort vers l'an 1550, s'est acquis de la célébrité dans l'histoire de la typographie par ses belles éditions hébraïques de la Bible et de quantité d'ouvrages des Juifs.
L'entreprise de Félix de Prato est d'autant plus louable, qu'il e>t le premier qui ait accompagné les éditions de nos Bibles, de notes masorélhiques, telles que le Keri et le Ketibb, quoiqu'elles n'y soient pas eil grand nombre ; à cela près, on n'y voit aucun vesiige de la grande et de la petite Masore. Cette édition est encore recommandable par plusieurs variantes notées en marge, et que l'on chercherait inutilement dans d'autres exemplaires connus. En voici une qui paraît remarquable : au chapitre XII, vers. 128 des Proverbes, on trouve à la marge la particule ta, écrite avec un Segol .-. {El); celle ponctuation jusliiie la leçon de notre Yulgale, qui lit : lier anlem devium ducit AD morfem. Mais en lisant la même particule par un Paluch-(Al), ainsi qu'elle se trouve dans nos éditions, il faut rendre ce passage par le suivant : (fc's/) autem iUr (jusliiiœ) semila immortulis ; riïCrbiï TOXTÙ "pTl. Du reste, que l'on lise avec la Yulgale : Qu'il y a un sentier détourné, qui conduit à ta mort (leçon appuyée sur les anciennes versions), ou que l'on traduise avec notre texte hébreu , tel qu'il est ponctué : Que la voie (de la justice) conduit à fimmorlàlilé ; l'une ou l'autre de ces deux leçons fait un liés beau sens.
Il s'en faut bien qu'on ait retranché de celle édition, ainsi que l'ont dit Wolfius et autres, tout ce qui était injurieux à la religion chrétienne. La paraphrase chaldaïque de Jonathan fils d'Lziel et les commentaires de II ischi y renferment bien des traits odieux, dignes d'animadversion. C'est sans doute ce qui obligea Léon X à retirer son privilège daté de Tan 1515, et qu'on ne trouve point dans tous les exemplaires à la fin du H- livre des Paralipomènes. Nous avons dans la bibliothèque de Casanate un second exemplaire du IVe tome de la même édition, où le privilège de Léon X n'est point imprimé. Voyez le 1" tom, pag. 645 et suiv. de noire catalogue de la même bibliothèque, publié à Rome en 1701, fol. Vous y trouverez sur celle édition, comme sur les suivantes, des notices ircs-détaillées et beaucoup
dont la dernière parut à Amsterdam en 1724-2G-27 par les soins de Moïse de Francfort, en quatre volumes in-fol. 11 est môme dout ux que nous eussions eu la belle Polyglotte d'Angleterre sans celle d'Alcala ou de Complute, et celles d'Anvers et de Paris. Ces grands corps d'ouvrages annoncent des savants consommés dans la littérature orientale, comme dans la critique sacrée.
Il y a plusieurs ouvrages de même nature qui ont servi de modèles à autant de productions sorties delà plume des protestants. Sans la grande bibliothèque rabbinique du P< Bartolocci, qu'on eût à la vérité pu remplir de quelque chose de mieux que ce que l'auteur nous y a la plupart du temps recueilli des écrivains juifs, il est encore douteux si le célèbre Wolfius se serait jamais mis à perfectionner celle sorte de littérature, qu'il a accrue des recherches du docteur juif Schabtai, fils de Joseph (1). Celui-ci avait
plus exa< tes que celles qu'en ont données les savants P. le Long, Wolfius et autres.
(1) C'est un très-bon ouvrage que la Bibliothèque hébraïque de ce juif, intitulée : les Lèvres des dormants; titre qui l'ait allusion à un passage des Cantiques VII, 10. Elle est écrite en bon style rabbinique, remarquable surtout par sa simplicité, et qui approche t\u pur hébreu, autant que la matière le permet. L'auteur y a de la précision et de l'exactitude : il y a renfermé en 1 6 i pages in4°, tout ce que la bibliographie juive avait yu paraître jusqu'en 168o. Peu de livres ont même échappé à ses recherches, si estimées que plusieurs savants en ont entrepris une traduction latine. Voyez la préface du I" tome de la Biblioth. hébr. deWolf-, pag. 12 et suiv .'.Bibliothèque germanique ou Histoire littéraire de l'Allemagne , de la Suisse, etc., année 17:29, tom. XVIII, pag. 141 et suiv.; et Wolf* ipse, loc. cit., loin. I, pag. 1023 et seq , tom. 111, pag. lOOi etseq., et tom. IV, pag. 909 et seq.
Schabtai naquit l'an 1691 à Kalisch, enPologne, et vivait encore en 1719. 11 laissa à son gendre Isaschar Behr, fi!s de Nathan, des suppléments très-considérables à sa Bibliothèque, écrits de sa propre main. Par une léponse datée du 14 octobre 1757, que le B. P. Norbert Bichter, dominicain, ancien vicaire général de noire congrégation du B. Ceslas, en Silésie, eut la bonté de me faire communiquer, à l'occasion d'un peiil mémoire que je pris la liberté de lui adresser pour me procurer ces suppléments, j'appris qu'ils n'étaient point encore imprimés, et que l'origi nal qu'en possédait Isaschar, pé itavec son imprime rie bien fournie, dans l'incendie qui consomma Dyrenfurl quelques années auparavant. Si Isaschar n'avait eu la précaution d'en tirer d'abord une copie qu'il donna à un juif de Londres, qui lui promit de la faire imprimer, ces suppléments seraient absolument perdus. Comme les nouvelles littéraires parlent rarement des livres des juifs, et que les juifs eux-mêmes ne sont pas trop communiealifs sur ce qui concerne leurs propres ouvrages, j'ignore si ces suppléments ont ce publiés.
Quelque bonne que soit la bibliothèque hébraïque de Wolfius, qui s'est beaucoup servi de l'ouvrage de Schabtai, j'y ai découvert divers endroits à réformer. Ce savant n'a pu tout voir par lui-même; et il est très fseile de commettre des erreurs dans cette sorie de matière, si l'on n'a sous les yeux les ouvrages dont on parle. Les suppléments en question seraient
d'un
grand
usage pour rectifier les travaux du pro-
76l DE LA KÊV
même profilé (!) des travaux du savant P. Bartolocci, de ceux mêmes du docteur Buxtorf.
J'avoue que Jeau Ouxlorfet Jean Henri Hotlinger, entre autres, avaient déjà donné quelque chose sur les auteurs juifs. Mais ce n'était là encore que des essais très-informes, que Ton doit compter presque pour rien. Quelle différence entre les travaux de ces deux derniers auteurs et la bibliothèque de Bar:olocci, qui renferme \m trésor immense d'érudition juive, et qui, nonobstant la critique qu'en a faite M. Simon (2), et les beaux travaux de Wolfius, sera toujours d'un très-grand usage! La plupart de ces ouvrages sont autant de monuments qui servent à venger notre texte primitif d'une infinité d'erreurs que de faux critiques ont affecté de reprocher à cet original.
Disons aussi un mot de la grande collection d'Antiquités hébraïques, publiée à Venise en 17Met terminée en 1769 par M. Biaise Ugolini. Quoiqu'elle soit composée d'un bon nombre d'écrits d'auteurs protestants, il y a plus d'une pièce du docte éditeur, comme on y en voit bien d'autres que nous devons à des catholiques. L'idée de cet immense recueil, qui est en trente
fesseur de Hambourg, mon en 1739. Voyez encore la Bibliothèque germanique, loin. VII, année 1724, pag. "2-25; Nouvelles littéraires de Breslau. Il y est dit que M. Chrétien Goltlïeb Unger, décédé en 1719. a laissé d'amples recueils pour une bibliothèque rahbiniquc, où l'on irouve plusieurs suppléments à celle de M. Wolfius.
(l)Confer. ejusdem D>T^TOT, chart. 108, col. 3.
(2) Voyez sa Bibliothèque critique sous le nom de M. de Sainjore, tome 1, chap. 25 et suiv., pag. 5G3, 509
et suiv. , .«.,«.
M. Simon, ou l'auteur des Réflexions sur la Bihlioihèque rabbiuique du P. Bartolocci, trouvées, dit-on, parmi les papiers de M. Barat , mort au collège de Mazarin , y aceuse ce bibliothécaire de ne savoir pas les premiers éléments de la critique , d'avoir pris à tâche de choisir dans les livres des Juifs , tout ce qui peut les tourner en ridicule. M. Simon, ou quel que soit l'auteur des mêmes Réflexions, ajoute que le P. Barlolocci montre , à la vérité, une grande érudition rabbiuique; mais que, à cela près,c'esl un auteur peu judicieux , et qu'il ne rend pas toujours aux écrivains juifs la justice qui leur est due. Le P. Barloloc i donne, dit-il, pour des réalités les fictions et les allégories des rabbins. Il prend plaisir à mettre au jour et à réfuter nue infinité de rêveries des Juifs, dont la fausseté saute aux yeux de tout le monde , et auxquelles les Juifs mêmes qui ont tant soit peu de sens, n'ajoutent aucune foi , ne les prenant pas à la lettre. Ils ont écrit des livres exprès là-dessus, dont le bibliothécaire ne traite qu'en passant ei légèrement. Un écrivain judicieux , continue M. Simon, se serait arrêté à examiner le fond de ces livres , et à les faire connaître, parce qu'ils sont rares et connus de peu de personnes. 11 faut avouer que le P. Barlolocci n'a donné que trop de prise à celte critique qui est un peu vive. Mais cela n'empêche point que son ouvrage, dont Wo.fius a fait un bon abrégé, ne soit digne d'éloges. Jamais collection sur les écrivains juifs n'avait élé plus ample. (Jn y irouve bien des notices singulières qui sont dues à lui seul ; aussi sa Bibliothèque, qui n'est pas commune dans les pays ullramontains, est-elle encore liès-recherchée par les curieux et consultée parles savants. Voyez Jo. Cliristoph. Wolfius, loc. cit., loin. 1, Praifat. pag. 6 et seqq. Il est parlé assez avantageusement de celle Bibliothèque , qeoiquVlle ail des défauts.
ÉLÀTION. 702
quatre volumes i/i fol., était admirable. Il eût fallu le remplir de pièces mieux assorties , lui donner un meilleur ordre, le réduire dans des bornes plus raisonnables , et être plus attentif à la correction des épreuves qui concernent les langues savantes.
M. Charles Chais, né à Genève en 1701, qui commença à nous donner en 1744 un commentaire littéral sur l'Écrilure, uniquement composé de notes choisies, tirées de divers auleurs anglais, se vit forcé d'éiendre davantage son plan (I) dans la 11- partie du tome IV et des suivants; parce qu'il sentit qu'il privait injustement le public de bien des richesses dont nous sommes redevables aux recherches des interprètes catholiques. Aussi ses autres volumes en sonl-ils devenus plus instructifs. Il est àsouhailerque l'auteur finisse une lâche qui lui a dé.à mérité un rang distingué dans la république des lettres.
Que ne pourrait on pas encore dire de la helle édition de la Bible hébraïque, donnée parle P. Houbigant? Je réserve à en parler dans mon IV* mémoire. Le projet de M. B. Kennicotl qui est adm-Hement occupé à nous donner une édition du même texte, d'après tous les manuscrits hébreux connus, est sans donle beaucoup plus vaste que ne Test celui qu'a rempli le savant prêtre de l'Oratoire de Paris. Jamais rien de plus grand que ce projet ; mais le docte Anglais s'y éloig.ie, au fond, de la méthode iracée par le célèbre oratorien ? On ne peut mieux assurer l'authenticité et l'intégrité des monuments de la révélation que par ces sortes d'ouvrages.
Ce point d'histoire littéraire , que j'ai touché fort légèrement , parce qu'il est presque indépendant de mes considérations, exigerait, ce me semble, une discussion irès-étendue; elle deviendrait aussi curieuse qu'intéressante. Mais ce ne serait point tant par le nombre des écrivains que par la bonté de leurs ou • nages qu'il faudrait résoudre celle question. Elle fournirait sans doute plus d'une anecdote relative à l'intégrité de notre texte primitif.
Que tout cela soit dit sans vouloir déroger au mérite de lanl de bons ouvrages qu'on a vus paraître des protestants. On ne peut nier qu'ils ne se soient empressés comme à l'envi de multiplier des écrits louchant la pureté cl l'intégrité de nos originaux sacrés. Ils ont même plus travaillé sur celte matière que ne l'ont fait les catholiques des siècles derniers. Ils sont très-louables d'avoir vengé les textes de nos divines Écritures de toutes ces attaques que leur ont livrées le libertinage et l'impiété ; mais on sent busmê qu'ils n'ont eu souvent presque d'autre vue que de rabaisser l'autorité de nos anciennes versions et des véritables traditions de l'Église, afin de donner quelque espèce d'appui à leur prétendue réforme. Ma'gié celle foule d'ouvrages qu'ils ont faits sur l'Écriture, on ne voil point que leurs versions , soit latines, soi< en langues vulgaires, approchent encore de l'excel-
(1) Voyez l'avertissement que le libraire a mis à la lêie du loin. IV , part. 11 , pag. 25 du même commentaire.
leuce de notre version Yuîg le , qu'ils onl décriée si injustement et par trop de prévention.
De quelque main que nous tenions ees différentes productions sur nos Écritures , envisageons-les du même œil que les vases el antres dépouilles que les Hébreux (i) enlevèrent aux Egyptiens, et qu'ils firent ensuite servir aux ornements du tabernacle. Tirons le même profil de tant de dissertations, de traités et de commentaires que nous ont. donnés les protestants. Eloignons-en tout ce qui est étranger» l'analogie de la foi. Evitons de nous jeter dans la profondeur de la lettre qui tue , sans penser à l'esprit qui vivi'ic ,
(1) Exod. XII , 25. Si qua forte vera et fidei nostrœ accommoda dixerunt... non solum formhtanda non suiit, sed ab eh etiam lanquam injustis possessoribus in tisum aostrum vindicanda. Auguslinus , De Doclrina Christ., lib. 11, cap. 59, Oper. tom. III, part. 1, col. 42.
à Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi (1).
La sûre intelligence des Écritures dépend, au fond, non de celle des langues orientales, ni de tous ces traités remplis d'érudition, ni de tant de recherches sur l'état passé et présent de nos lextes hébreu et grec, mais de la tradition universelle de l'Église , qu'on peut savoir, dit un célèbre théologien , sans tant de grec eld'héiireu, par la lecture des pères el par les principes d'une saine théologie. C'est là, ajoute ce grand homme , la vraie science ecclésiastique : le reste est abandonné aux curieux, même à ceux du dehors, comme l'a éié durant tant de siècles la philosophie aux païens (2).
(\) Ad llebr. XII, 2.
(2) M. Bossuel, évêque de Meaux , Instructions sur la version du Nouveau Testament , imprimée à Trévoux (par M. Simon), loin. Il, pag. 329.
DE L'INTÉGRITÉ DE NOS ÉCRITURES HÉBRAÏQUES, JUSTIFIÉE PAR LES TRAVAUX DES JUIFS, DEPUIS LA CHUTE TOTALE DE LEUR RÉPUBLIQUE JUSQU'A NOTRE TEMPS.
Jamais nation ; e se montra plus jalouse de ses écrit- sacrés que le peuple hébreu. Dans les temps les plus malheureux , jusque sur les bords de l'Eupîirate , pendant la captivité de Babylône , après ce (•bâtiment et malgré les révolutions qui l'agitèrent ensuite, la garde du dépôt des livres saints lui tint exlt ê inemeni à cœur. Notre premier mémoire nous a tout occupés à mettre celte vérité dans un certain jour.
Les grandes calamités onl rendu celte nation encore plus remarquable. Les exils, les persécutions , la misère, ne l'ont point changée. Elle ne cesse de se gouverner en quelque façon selon ses propres lois, quoiqu'elle soit sous le jor.g des peuples. Depuis bien des siècles les Juifs se soni formé une espèce de code de droil civil et canonique qui les rend toujours étrangers au milieu des nations. On reconnaît en eux ce mur de séparation qui les distingua anciennement du reste des peuples.
Ce fut presque toujours le génie du peuple juif, qu'une exaclilude scrupuleuse et souvent même superstitieuse sur ses devoirs , un attachement servile aux traditions de ses pères. On ne peut lire ses écrits anciens et modernes, tels que ses Traités lalmudiqucs et ses auteurs qui les ont commentés, sans trouver à chaque pas une multitude d'exemples qui l'ont juger jusqu'où ce peuple a pu aller en ce genre , el qui rendraient incroyable tout ce qu'on y trouve de plus outré , comme de plus minutieux : le Nouveau Testament nous en offre bien des preuves. Mais, si les Juifs ont donné et donnent encore une aussi grande autorité à la tradition des anciens sur le fond de leurs dogmes, sur mille usages arbitraires, qu'ils croient toutefois essentiels à leur religion , pouvons-nous douter qu'aprés la ruine de Jérusalem et l'entière désolation de
la nation, ils n'aient pris des voies propres à mettre leurs écrits sacrés à l'abri de toute altération dangereuse, eux qui onl eu tant de déférence pour la tradition touchant la lecture el la lettre même du texte?
Tâchons de fixer nos idées sur celle longue période de temps que nous devons parcourir ; mais que l'on ne s'attende pas à certains détails. Nous toucherons seulement à l'essentiel; car si nous voulions envisager les travaux des juifs de la même manière que nous avons déjà annoncé ceux des chrétiens, un gros volume ne suffirait p as. Il faut donc nous borner à des considérations générales; mais nous ne pourrons nous dispenser de les entremêler de quelques faits littéraires concernant la nation : elles en recevront plus de jour.
D'abord, il serait très utile de reprendre ici ce que nous avons louché en gros au sujet de querques travaux dont les juifs s'occupèrent dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. La matière qui a l'ait L'objet de noire second mémoire nous a encore obligés de ire point passer sous silence les versions grecques d'Aquila et de Théodolion. Nous avons même observé, à celle occasion, que ces travaux, ainsi que les disputes qui bs firent naître, durent nécessairement contribuer à maintenir l'original hébreu dans sa pureté el dans son intégrité. Les chrétiens , comme les juifs, y avaient un égal intérêt. Il nous semble aussi que nous avons prouvé que les juifs n'ont jamais éié capables de porter des mains sacrilèges sur leurs livres saints.
Ces considérations étant suffisamment développées dans le dit mémoire, venons à d'autres qui montreront toujours plus la fidélité des Juifs à nous transmettre les divines Ecritures dans leur intégrité essentielle.
7<& DE LA IlÉV
Après un examen bien réfléchi des monuments historiques des juifs, j'avoue que je me trouve très-embarrassé sur le choix d'un point fixe d'où je devrais partir pour entamer leurs travaux touchant le texte hébreu. Depuis leur ruine totale jusqu'à un certain espace de temps, on ne peut pas trop se lier à leur propre histoire. Ce n'est pas que tout y soit également faux, douteux et incertain ; mais les faits y sont souvent obscurs : Tordre chronologique y est si peu assuré, que les dates que les juifs nous donnent euxmêmes, et d'où nous pourrions tirer quelque lumière pour suivre leurs travaux analogues au texte original, sont sujettes à beaucoup de difficultés Plusieurs de ces dates ont encore occasionné bien des discussions de lt part des savants , mais il reste des doutes difficiles à éclaircir.
Évitons cet embarras , et ne nous engageons point dans une roule si épineuse, d'où nous ne sortirions qu'avec peine; employons une tout autre méthode que celle dont nous nous sommes servis au sujet des travaux des chrétiens. Nous ne prétendons pas rejeter absolument l'ordre des siècles; mais, sans nous astreindre à certaines dates, trop disputées par d'habiles critiques pour faire une autorité irréfragable, nous considérons en général ce que la nation juive a entrépris afin de conserver ses écrits sacrés depuis la grande époque de son entière dispeision dans presque toutes les parties de l'univers.
Commençons par jeter un coup d'œil sur ce qui se passa dans la nation au temps qu'elle éprouva le plus grand des malheurs. Ce tableau, que nous ne pouvons qu'ébaucher très-superficiellement, servira do préambule à ce que nous devons dire sur ce qu'elle a hit pour nous transmettre en entier le corps de nos divines Écritures.
L'état de désolation où se trouva le peuple juif dans la ruine du temple et de Jérusalem ne semble pas permettre de dire qu'il pensât à s'occuper des travaux d'où dépend la correction des manuscrits hébreux ; et les misères qui accompagnèrent bientôt ce malheureux peuple ne paraissent pas trop compatibles avec la culture de ce> éludes qui avaient fleuri jusqu'alors dans*les écoles de la nation, et qui avaient tant contribué à maintenir chez les anciens Juifs la pureté du texte original des livres sacrés.
Les calamités de ce peuple croissaient même de jour en jour. En vain lenla-t-il de se relever do sa chu'e; les Humains lui firent sentir de nouveau tout le poids de leur puissance. La dispersion des Juifs devint telle sous l'empereur Adrien , que l'Italie, l'Espagne et les autres parties des provinces de l'empire se trouvèrent tour à tour peuplées de familles juives, et s'en trouvèrent comme surchargées.
Atque ulinam nunquam Juclœa snbacla fuisset Pompeii bellis , imperioque Titi !
Latins excisœ pestis contagia serpunl ,
Vicloresque suos natio vicia premil (1).
(1) Claud. RutiliusNumatianus Gallus, Itinerarium, lib. I, vers, 305, seqq. edit, Amstelod. 1687, pag. 11.
ÊLATION. 70$
Plusieurs de celte infortunée nation s'étaient même déjà vus forcés d'aller chercher une retraite dans les terres de Babylone , où depuis quelques siècles il y avait des Juifs assez puissants.
Dans des circonstances où tout fut désespéré pour la nation , où les hommes , la religion et le pays se virent comme sous l'anathème, que seront devenus ses écrits sacrés, qu'elle regarde encore de notre temps d'un œil si jaloux? I! n'y avait plus ni lemple, ni autels, ni sacrifices. Le châtiment que le Seigneur déploya alors sur la nation ne pouvait être plus grand. Mais cet état de misère, qui n'a jamais abandonné co peuple, devient lui-même un prodige de la Providence, puisqu'elle conserve les Juifs parmi tant de périls, pour constater aux yeux de l'univers la vérité des oracles dont ils sont les fidèles dépositaires.
Les plus grandes révolutions que puisse essuyer un peuple n'ont point été capables de détruire la nation judaïque. Ses pertes inouïes l'ont sans doute beaucoup affaiblie, mais jamais on ne l'a vue se confondre avec les autres peuples; et depuis l'époque de sa dispersion elle s'est constamment occupée de la religion et des traditions de ses pères.
il f.ut avouer qu'il y a bien des écarts et des égarements dans une bonne partie de ses écrits anciens et modernes, beaucoup d'ignorance et de superstition dans son enseignement. En tous lieux les Juifs portent avec eux-mêmes des marques sensibles d'une nation endurcie et justement livrée à son sens réprouvé, ils ont rejeté l'oint du Seigneur : l'Esprit saint s'est retiré d'eux : ils ont substitué la doctrine des hommes aux vérités divines. Néanmoins, quel peuple encore que ce peuple juif! Quelle fidélité en lui à conserver avec un scrupule religieux le dépôt de ses anciens litres ! D'où nous sont venus nos manuscrits hébreux, sinon des Juifs?
Nous n'avons pas assez de mémoires pour savoir en détail, et d'une manière bien sûre, quelle fut l'application des prêtres, des lévites el des savants de la nation, d'abord après la ruine du lemple et de Je rusalem. On ne doit pas admettre sans discernement tout ce que les écrivains juifs nous racontent de l'étal où se trouvèrent alors lfturs études, celles principalement qui regardent la science des saintes Écritures. Mais il y aurait de l'excès à rejeter indifféremment leur récit, sous prétexte qu'ils sont la plupart aussi mauvais historiens (1) que chronologisies peu exacts et critiques ignorants.
Je ne disconviens point que leur histoire ne soit.
(1) Les Juifs ont senti eux-mêmes que ce reprochées l fondé Ils s'excusent en dis;mi : t Quod speetal ad eas res quarum verilatein copiose expiicare maximi lacunus, non est mirandum , cum doetores nostii felicis mémorise loti invigilent et vacent assidue studio lanlum legis, neque diverlant animum ad varios traclatus profanos, leelionemque chronicorum de iis qum prioribus seculis conligemnl : (non est* înquarn, mirandum) si error quispiam iliis exciderit, aut aliqua ejusmodi hisloria cum defectu ab illis sil proposiia.> K. Azarias de llubeis, D^ETWl JO pari, il, sive lmrè bina, cap 27, charl. 99, verso fol.
767 DES TITttES
pleine d'anachronismes cl même de fables qui déshonoreni la raison humaine. Les Juifs oui été encore liés - négligents à nous transmettre avec quelque exactitude le souvenir de ce qui les concerne depuis l'entière dispersion de la nation. Mais je regarde comme un fait incontestable, que de temps en temps ils ont eu des savants qui se sont appliqués à la critique de l'Écriture. Nos histoires fie font guère mention de celle sorte d'anecdotes; c'esl qu'elles ne nous paraissaient pas de grand intérêt, et que nous n'avons toujours eu que du mépris pour les Juifs et pour leur manière d'étudier. I! importait toutefois à la nation judaïque de conserver des mémoires de ce qu'elle a fait sur le texte hébreu. Les calamités (l) qu'elle a essuyées, les différents exils auxquels elle a clé sujette, ont été cause que ces mémoires ont souffert des malheurs de ce peuple ; aussi ignorons-nous une partie de ses travaux relatifs à l'Écriture ; et ceux qui nous restent, sont défectueux. Nous savons cependant qu'elle s'en esl occupée avec assez de soin. Dans ses anciens livres ( el elle en a de tels ) il y a des faits concernant celle matière, lesquels on ne peut révoquer en doute sans répandre un pyrrhonisine historique sur ce que les fastes des nations ont de plus avéré.
Les historiens juifs qui ont rédigé les mémoires de la nation, nous donnent des catalogues où sont marqués la succession de leurs docteurs el de leurs chefs (2),
(1) Outre les auteurs juifs qui ont écril des histoires générales de leur nation , dans lesquelles il est parlé des malheurs que ce peuple a soufferts depuis la chute totale de sa république, on pourra consulter làdessus Isaac Aharbanel en différents endroits de ses ouvrages , et principalement dans son commentaire sur le XIVe chapitre, vers. 14 du Lévitique ; Salomon ben Virga, dans son Sceptrum Judée, imprimé plusieurs fois et dont nous avons une traduction, peut-être trop élégante , l'aile par Georges Genlius sous le litre suivant : Historia judoka, res Judœorum ab eversa œde hierosolymitana ad hœc fere tempora complexa. Amsteiodami, 1651, in 4° ; Samuel Usque, Consolaçam as tribidaçoens de Israël, En Ferrare 5513, da Criaçain 27 septembre (Chhsli 1555), dialogo 111; Jtilius Barloloccius, Bibliollieca magna rabbinica, loin III, pag. 696, seqq. ; Jacq. Dasnage, Histoire des Juifs, passim; et alii apud Jo. Christoph. Wolf, Biblioth. Iiebrœus, tom. 11, pag. 1072, seqq., el 1101.
("À) Tout désespéré que fût l'état de la nation après la ruine de Jérusalem eldu temple, nonobstant encore la grande dispersion des Juifs dans les provinces de l'Occident el de l'Orient ; il en resta toutefois en Judée qui travaillèrent à rétablir la religion et la synagogue désolée : ils pensèrent aussi à se donner une tonne de gouvernement. Les prêtres el les lévites qui demeurèrent dans leur p;itrie, eurent même quelque autorité sur ce petit corps de la nation, qu'on lâcha d'y rassembler. Il est vrai que le pouvoir de ces prêtres ou de ces sacrificateurs était alors fort limité, puce qu'il était proportionné à la misèie d'un peupie tout aballu. Ce ne fut d'abord qu'une autorité 1res faible, peut-être inconnue. Mais elle s'accrut peu à peu el à tel point sur tous les Juifs dispersé-., qu'on leur vil prendre en Occident le titre de patriarche, el en Orient celui do chef ou de prince de la captivité. L'un el l'autre étaient à la tète de la religion , présidaient sur toutes les synagogues de leur district, entretenaient des ofliciers qui étaient à leurs ordre*»
leurs écoles, el ceux qui les ont gouvernées, soit dans la Judée, soil en Babylonie. L'ordre des temps observé
ils levaient même des tributs que leur payaient les synagogues, et jugeaient les différends de la nation , qui regardaient ordinairement l'observance el l'étude de la loi.
M. Jacques Dasnage croit que la véritable origine de ces chefs du peuple, qui parurent en Occident sous le titre de patriarches, et qui résidaient en Judée, ne doit se placer que sous l'empire d'Adrien. Il reconnaît cependant qu'il y en avait déjà du temps de l'empereur Nerva. Ceae charge de patriarche, dont il est souvent parlé dans les lois impériales, fut enfin abolie au commencement du Ve siècle de l'ère chrétienne l'an 42i). L<\s Juifs d'Occident, c'c>t-à-dire ceux de la Judée, de l'Egypte, de l'Italie et des autres parties de l'empire romain , élurent alors des primats dont l'autorité était bien différente de celle des patriarches. Il y a apparence que ces primats n'étaient que chefs des synagogues.
On ne connaît pas trop l'origine des chefs ou des princes de la captivité, qui avaient leur domi< ile ordinaire à Dabyione ou à Bagdad : ils gouvernaient celte partie de la nation qui y était réfugiée , et loul ce qui se trouvait de Juifs dans l'Assyrie, la Chaldée et dans le royaume des Parthes. Il paraît, qu'il n'y avait pas de ces chefs avant la fin du 11" siècle de l'ère chrétienne; mais ils ont subsisté plus longtemps et avec plus d éclat que les patriarches de la Judée ; on en voyait encore dans le XI' siècle. Les Juifs qui dépendaient de ces chefs, s'appelaient communément Juifs orientaux par opposition à ceux de la Judée el de l'Égyple, souvent nommés Juifs occidentaux. Consultez Jacques Basnage, Histoire des Juifs, liv. M, ch. 1 , suiv. , pag. 31, 55 , suiv., pag. 44 , sniv. ci ch. 4, pag. 55, suivanies.
Cette observation sur les patriarches des Juifs et sur les chefs de la captivité, aux décisions desquels la nation déféra avec le plus grand respect, m'a paru nécessaire pour faire voir combien ce malheureux peuple dut être attentif au milieu même de ses calamités à conserver ses écrits sacrés el sa religion, quoiqu'il en méconnût le véritable esprit, et qu'il la surchargeât d'un nombre presque infini de traditions loul humaines. Que cette déférence de la nation pour les décisions de ses chefs, ne nous fasse po ni dire qu'elle nuisit par plus d'un endroit à la pureté des Kcrilures hébraïques , ainsi que l'a prétendu M. Kennicolt dans son examen du texte hébreu, (Bibliothèque des Sciences et des Beaux Arts , juillet, etc., 1761, tom. XVI, pari. I, pag. 16). Ce savant s'appuie de l'autorité du I*. Mono {Exercit. Biblicœ lib. i , exercit. I, cap. 6, p g. 25, 21), §eq.) qu'on savait avoir témoigné dans ses écrits tant de préventions pour loul ce qui nous vient des Juifs. Le docte oralnrien soutient (loc. cit.) que quoique les Ju.fs n'aient jamais corrompu leurs écritures de propos délibéré, la corruption en aurait éié cependant tièsfacile jusqu'au Xe .siècle , parce qu'il n'y avait aucun Juif qui eût oé réclamer contre elle, il ne fallait, dit-il, qu'une décision de ce chef du peuple, qui autorisât des corrections fautives, introduites dans les Mss. hébreux (Conj'er. Joli. Gulllob Carpzov. Crilic. sacr.,parl. 111, contra pseudocriiicamW histoni, cap. 9, pag. «j68, seq.). Mais quand même celle (retendue décision aurait eu heu , le l\ Morin el M. Kennirot devaient observer que longtemps avant le Xe siècle il y avait un bon nombre de Juifs kuaïtes qui ont toujours fait peu de cas des traditions talmudiques, el encore moins de ces sortes de décisions. Leskaraïtes, dont nous parlerons plus ba>, n'auraient point manqué de s'opposer vivement à de pareilles corrections du teMe hébreu ; leur or gine est d'ailleurs bien plus ancienneque ne l'a prétendu le P. Morin, qui la place au Vlll' siècle {loc. cit., lib. II, exercit. VU, cap. 1 .
7C9 DE LA RÉVÉLATION
dans ces catalogues n'est que trop couvert de nua
ges. Ce qui concerne les écoles des Juifs souffre encore quelques difficultés. Quoi qu'il en soit des obscurités et des incertitudes qui régnent dans ces listes ; quelle que soit aussi la suite de leurs docteurs (1), je
paq. 307). C'est même un fait notoire, que leurs Ecritures hébraïques sont encore absolument les mêmes qne celles des autres Juifs.
(i) C'est une vérité constante que les anciens Juits ont eu une tradition de doctrine venue de Dieu même depuis le commencement de leur nation jusqu'au temps de Jésus-Christ. Quelque altérée (pie lût cependant une partie de celle tradition parmi les scribes et les pharisiens , lorsque le Mes ie parut sur la terre, ainsi que ce divin Sauveur le leur reprochait ( Malth,. XV, 0), l'Esprit saint, qui conduisait alors l'Eglise d'Israël , n'était point encore éteint dans les membres qui la gouvernaient et qui la composaient. Super cathedram Mosis sederunt scribœ et pharisœi. Omnia ergo quœcumque dixer'mt vobis servate et facile ( Mallh. XXIII, 2, 5). Les Juifs, qui ont rejeté celle pierre qui devait faire la tête du coin, cherchent a élaver leur doctrine, presque toute humaine, sur celle même tradition qu'ils ont défigurée par des subtilités trop éloignées du lexte de la loi et des prophètes. Ils ont toutefois eu une foule de personnages très-célèbres dans leur nation, et ils en poussent la liste bien avant la venue de Jésus-Christ. Mais , comme ils ont renoncé à rOifiï du Seigneur, nous ne devons faire attention à toute celte longue suite de leurs docteurs dont les apophihegmes et les décisions se trouvent encore consignés dans la Mischne ou leurs Dcutéroscs, et dans les autres traités et commentaires lalmudiques, qu'autant qu'elle a été propre à nous faire parvenir dans sa conservation essentielle le dépôt des divines Ecritures. Le partage de plusieurs de ces savants a été l'étude, l'instruction de la loi et tout ce qui a eu quelque liaison avec l'état civil el religieux de la nation. Je laisse à part el leurs écarts et leurs égarements ; mais je ne puis considérer celte longue suite de docteurs juifs, depuis la chute de leur république jusqu'à nos jours, sans admirer la providence du Seigneur, (pli nous a ménagé cette autre vo'.e pour nous conserver les litres primordiaux de notre religion sainte.
La classe des docteurs que j'ai en vue commence, selon les écrivains juifs, à Simon le Juste, qu'on prétend être Jaddus, ce souverain sacrificateur qui vint au devant d'Alexandre le Grand, et duquel il esi parié dans les Antiquités judaïques de Josèphe (lib. XI, cap. 8, pag. 580, seq.y edil. Clar. Havercampi). Les chroniques juives l'ont vivre Simon le Juste Tan 5448 ou 500 ans environ avant Jésus-Christ. Maimonides, qui a écrit un savant commentaire sur la Mischne, observe que le compilateur de ce corps de droit civil et canonique des Juifs ne l'ait mention d'aucun auteur des doctrines traditionnelles qui soit plus ancien que le même Simon. (Voyez R. Mosis Maimonidis Prœfatio ad D'VTï TTO (Ordinem seminum), Mischnœ ab Guillelmo Surenliusw adornalœ el latine versa'- vol. 1, part I, pag. 25, edit. Amstelodam 1698, d. 2.)
De la daie donnée jusqu'à Juda, surnommé le Saint, chef de l'académie de Tibériade et qui vivait encore vers la fin du IIe siècle de l'ère chrétienne ou peutêtre même au commencement du IIIe, nous aurons une période de temps d'environ 500 ans. Quelques écrivains terminent à Juda cette suite de docteurs misekniques; mais il faut y comprendre Clnnina, fils de Chamma, avec ses collègues , et qui succéda à Juda dans le gouvernement de l'académie de Tibériade. Lsti sunt ultimi misclinicorum. H. Abraham ben Dior, '"ttipn "©D charl. 28, verso fol.
Tous ces docteurs sont encore appelés Tançâtes
ne vois aucune raison plausible qui doive nous faire rejeter entièrement ces anecdotes littéraires de
ou Traditionnaires , parce que les Juifs les considèrent comme les dépositaires de leurs traditions ou d'une espèce de seconde loi que Moïse avait, disent-ils, reçue de Dieu même , outre la loi écrite. C'est celle même loi orale qui depuis Moïse s'était transmise à la postérité de bouche en bouche par le ministère des anciens el des prophètes jusqu'à Esdras , enfin par une suite non interrompue de sages jusqu'à Juda le Saint. Celui-ci recueillit cette loi afin quMle ne lut, pas exposée à se perdre, eu égard aux calamités qui accablaient sa nation depuis la ruine de Jérusalem et de son tcoplc. Il forma de toutes ces traditions éparses çà et là dans les écrits des anciens un volume d'une grandeur à peu près égale à nos Bibles hébraïques, <t connu sous le nom de HJUD ou de Seconde Loi. t Magister nosler {Jehuda) sancir.s... collegit omîtes traditiones , et omnia judieia, sentenliasque, el exposiliones quas (seniores) audiveiaut a Mose doclore nostro , quasque singularum generaiionuni synagôgre super universa lege didicerani. Ex bis omnibus librum Mischme composuit. deque eo palam educuit sa pieu tes, ut omnibus lsraeliiis innoiescere*. Descripserunt euni omnes , et ubique docueruni, ne ab lsraeliiis lex oralis oblivione periret. > Ram bain, Prœfat. ad npu"P, alias "1TI rUTO, edil. Vcnel. 554, Chr. 1574 , tom I, charl. 2 , col. 2 , fol. vers. ; Confer. ejusd. Prœfat. ad Seder Zeraim , loc. supra cit. apud Surenhusium, pag. 18; Joseph de Voisin, Observationes m pruœmium Pugionis fidei Raymundi Martini; Thesaur. anliquil. sacr. BlusUgolini, loin. I, col. 52, seqq; Jul. Barloloccius , Bibiwlhec. magna rabbm., tom. 111, pag. 74, seqq. ; Jo. Chrisioph. Wolf, Bibliolh. hebr., loin. II, lib. IV, cap. l,pag. 009, seq., et cap. 5, pag, 839, seqq. ; llenric. Ollho , llistoria docturum misclinicorum, apud eunidetn Woliium, loin.
IV, pag. 423, seqq. ; IÏDN <p"©rœa, sive Tracalm dêCapitibus Pairum, qui exst. inter tractatus mischnicos a Guillelmo Surbenusio édites, part. IV, pag. -409, seqq. ; Surhenusii Prœfat. eid. parti twv mischnaioth prœniissa, fol. verso seqq.
Ce code judaïque, écrit d'un style beaucoup approchant de l'hébreu et du chaldéen , forme une bonne compilation assez méthodique de tout ce qui lient aux rites, aux usages, aux coutumes des anciens Juifs, du moins autant qu'il était possible de le conserver par la tradition après la destruction de Jérusalem. C'est constamment, comme l'observe un habile homme, la partie du Talmud la plus ancienne el la plus épurée de toutes les fables, de tous les contes ridicules qu'on lit communément dans une foule de nos auteurs qui en ont parlé, il faut cependant convenir qu'il y a bien des minuties. (Voyez la Lettre du P. Souci et au sujet de la Mischne, imprimée à Amsterdam par les soins de Guillaume Surfienusius, Mémoire pour llustoire des sciences el des beaux arts, ou Journal de Trévoux, février 1710, art. 30, pag. 555, suiv.). Mais l'on peut assurer qu'il n'y a aucune tradition ou aucun usage rapporté dans l'Evangile, qu'on ne puisse vérifier par la Mischne. Elle fait d'ailleurs une perpétuelle allusion aux coutumes des anciens Juifs, telles que l'Ecriture nous les décrit. Par ce seul endroit l'ouvrage peul répandre des lumières sur une infinité de passages du Vieux comme du Nouveau Testament. Aussi plusieurs savants hommes s'en sont servis avec avantage pour la même fin. Les Heures hébrc.ïaues et luimudiques de Lighlfoot et de Schoellgenius , quelques autres ouvrages travaillés dans le même goût et qu'il est inutile de citer ici, en sont une preuve évi dente.
Ce te collection fut si bien reçue des Juifs , qu'ils s'empressèrent de i'expliquer cl de la commenter dans leurs écoles. Ils publièrent d'abord des suppléments
la nation, nonobstant les vides qu'elles semblent laisser à rempli? dans certains siècles de l'ère cb retienne.
bous le nom de Tosaplithblli (Additiones) et de Baraitlibih (Extranea) .-celles ci sont relativement à la Mischne ce que nous appelons Extravagantes par rapport à notre droit camp! Les unes et les autres de ces additions parurent cependant insuffisantes, et l'on pensa à d'autres explications qu'on jugea d'autant plus nécessaires que la compilation de Juda le Saint était extrêmement concise et irès-dilïicile à entendre. Ainsi une seconde classe de docteurs appelés Amoraïtes , e'est-à-dire Parleurs, Disputeurs ou Sophistes, s'appliquèrent à en faire des commentaires qui donnèrent naissance à la ghémare, îOm, terme à. demi hébreu, qui signifie Perfection. C'est encore un supplément à la Mischne qui sert de texte dont la ghémare est la glose, dans laquelle il y a assurément bien des futilités et beaucoup d'extravagances. Celle mischne et ceite ghémare forment précisément ce que nous appelons Talmud, ou corps doctrinal.
Comme il y a deux sortes de glnmnres, l'une qui fut composée vers l'an 270, ou cent ans après, au plus tard, pour les Juifs de la Palestine, et l'autre pour les Juifs de Babylone vers l'an 500 de l'ère chrétienne ; il y a aussi deux sortes de Talmuds, savoir : le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone. Le premier est beaucoup moins étendu que le second, parce que la ghémare ou la glose n'explique qu'un certain nombre de cas. Elle est d'ailleurs écrite d'un style très-concis, dilticile à entendre. Les chrétiens l'estiment cependant beaucoup plus que le Talmud de Babylone; car l'on n'y trouve ni tant de fables, ni tant d'inepties que dans l'autre , et il peut servir à illustrer les Antiquités hébraïques, ainsi que les livres du Vieux et du Nouveau Tesiament. Les écrits de Ligtnfoot le prouvent assez. Le second, qui est d'une diction moins obscure que le premier, traite au contraire fort au long une infinité de questions qu'agitaient les Juifs de ces temps-là. Aussi ceux de la Palestine abandonnèrent-ils leur Talmud de Jérusalem dès qu'eut paru celui de Babylone, qui depuis lors a toujours été d'une très-grande autorité chez les Juifs.
Celle classe de docteurs finit à la clôture du Talmud de Babylone, c'est-à-dire au Ve siècle. Quoique celte époque soit disputée, elle est cependant suivie parle commun des savants, soit juifs, soit chrétiens. Le P. Moriii, qui s'est toujours écarté de la rouie ordinaire dans ces sortes de matières, assure d'abord que la Michne composée, selon nous, par Judas le Saint, l'an 120 ou 150 de la destruction du lemple, ou l'an 1lJ0 ou 220 de Jésus-Christ, ne futfinie qu'au milieu du VIe siècle (Exercu. liiblic. lib. 11, Exercil. VI, cap. 2, pag. 297); il pl.ee la ghémare de Jérusalem dans le VU {lac. cit., pag. 299), et prétend que ce. le de Babylone est du VHP {Ibid., pag. 501, seqq.). Mais il a été réfute avec force sur tous ces points par divers auteurs, ei principalement par le savant Wollius ( loc. eu. , tom. 11, lib. IV, cap. 1, pag. 074, seqq.).
A celle classe de savanls, dont les travaux ne se bornèrent pas toujours au seul iexie de la Mischne, on fait succéder les docteurs Séburéens,UitfyDD Probabilisies ou Opimohisies. ainsi appelés du mol ehaldéen T2.D, qui si^nilie opiner , penser. Ils fleurirent dans quel. pies écoles de Babylo ie depuis l'an 470 jusqu'en 08:). Après eux on vit paraître daulr* s docteurs sous le une de Gliéonim. Excellents, Illustres. C'est le nom que le> Juns leur ont donné, eu égard, disent ils, à l'excellence de leur doctrine et à la grande réputation qu'ils s'étaieni acquise par leur savoir. Omnes sapiemes qui vixerunl posl compositam ghemaram, et in ca exstruenda laborarunl, compararuntque sibi nomen sapienlia sua, illi vocantur Gheonœ. R. Muscs ben Mai-
Les anciens livres de ce peuple nous attestent que dès les premiers temps de ses calamités il eut des savanls dont les travaux ont beaucoup contribué à mon, Prœfat. mHpTn T , chart. A, col.l , fol. recto.
Cette dernière classe de savanls subsista jusqu'en 1058, que leurs écoles ou académies d<- Babylone furent entièrement détruites par l'invasion des Sarrasins (Confer. Julius Barloloecius, Bibliotli. magna rabbin., tom. III, pag. 546, seqq. et 065, seqq.).
Depuis cette époque jusqu'à nos jours on ne connaît leurs savants que sous le nom de rabbins. Ces derniers, comme ceux dont nous venons de parler, sont une branche des anciens pharisiens. Du débris de leurs écoles de delà PEuphrale se lormèreni celles d'Egypte et de l'Europe. Ce lut surtout en Espagne que les Juifs se retirèrent et qu'ils ont eu des rabbins célèbres. Leurs principaux auteurs, dont nous avons encore les ouviages, ont vécu depuis le milieu du Xe siècle.
Nous ne pouvions mieux faire que d'assigner en gros ces différents ordres de docteurs parmi les Juifs. On voit par laque depuis la destruction de leur république, ils n'oni jamais manqué d'une certaine classe de savants; qu'il y a même peu de matières qu'ils n'aient tràilées. Mais il s'en faut bien qu'ils aieni fait dans les arts et les sciences de ces progrès qui ont donné et donnent encore lani de célébrlé aux autres peuples policés. Nous devons ici considérer les savanls de celle nalion sou> un loul autre point de vue, dé-, endaiiiment dénoue objet.
Les Juifs ont toujours éiéeisont encore, pour ainsi dire, comme concentrés en eux-mêmes. De tout temps leurs éludes furent limitées 11 cA rare de voir encore les Juifs s'appliquer aux belles-lettres ; aus-<i cultivent-ils peu leur raison, et ils ont dès l'enfance une foule de piéjugés donlil est presque impossible de les délivrer : ce qui les rend Fort ai acheta leur religion. Leur méthode d'étudier est absolument différente de celle que nous suivons depuis bien des siècles. Il oui même des constitutions de leur- pères qui leui défendent la lecture des sciences profanes. Cela n'empêche pas qu'ils n'aient écrit sur les arts et les sciences ; mais ils n'ont presque fait que copier les livres des Arabes> qu'ils ont traduits à leur manière, Ainsi leurs ouvrages ne nous doivent intéresser qu'autant qu'ils ont du rapport à la religion.
Ce qui caractérise le vrai génie de celle nation, relativement aux connaissances qui peuvent nous être de quelque utilité, c'< st une élude assez suivie qu'elle a faite de son ancienne langue, de ses Ecritures, de ses lois et de Ses usages religieux. Elle a eu d'excellents grammairiens; et nos grammaires hébraïques, quoique beaucoup plus instructives que celles des Juifs, ne sont fondées cependant que sur les préceptes qu'ils nous ont laissés. Ils ont donné beaucoup de commentaires sur l'Ecriture; mais la plupart ne se sonlguèresaitachés à la lettre du texte, et surtout leurs anciens interprètes, connus sous le nom de Médiaschitn. Les commentateurs Juifs qu'on a recueillis dans nos grandes Bihles rabbiniques, sont les principaux qui peuvent nous servir pour entendre le sens littéral de t'Ecritu e. Isaac Abarbanel est un de ceux qui s'y soni le plus appliqués. On peut louteiois tirer quelque avantage de leurs médrackim , ainsi que de leurs écrits tahnudiques.
Je pourrais dire u > mol des Juifs karaïles qui, malgré les calamités communes à toute hi nation et les persécutions que les autres Juifs leur ont su>cuéeen différents temps , n'ont manqué ni d'habiles grammairiens, m de savants interprètes de l'Ecriture ils ont bien moins négligé la lettre du l< Xie dans leurs commentaires que ne l'ont làii les autres Juifs rabbanites. Mais je réserve à parler de celle secte dans une autre remarque. Je vais terminer celle-ci en observant encore qu'il semble que la Providence a
DE LA RÉVÉLATION
nous transmettre les Ecritures hébraïques dans leur intégrité essentielle. Les différentes révisions qu'ils ont f;.i;es du même texte, et dont nous parlerons plus bas, ne permettent pas de douter que la nation ail négligé un dépôt qu'il lui importail tant de conserver au milieu même de ses malheurs.
En faisant encore remarquer celte succession de ses docteurs, je m'écarle d'autant moins de mon sujet, qu'elle (orme comme une classe particulière qui mérite d'être observée. C'est à ces prétendus sages qui n'ont vu dans les livres saints que ce qui flattait leurs préjugés el leur incrédulité, parce qu'ils avaient sur le cœur un voile que le Chrisi qu'ils ont méconnu pouvait seul leur arracher, c'est à ces hommes, dis je, que nous sommes toutefois redevables de la conservation de nos litres primitifs; C'est même dans les écoles ou académies de la nation que l'étude des langues hébraïque et chaldéenne fut cultivée avec quelque succès. Tout ce que nous avons de livres de ce peuple en est un argument invincible; et l'existence au moins de quelques unes de ces écoles qu'il eut dans la Palestine el en Babylone quelques temps après la ruine de Jérusalem ne devrait point èlre regardée comme problématique (1).
comme dévoué les savants de cette nation à ne pas s'écarter des trois genres d'éiude que je viens d'assigner. Par là elle en a fait le peuple le plus propre qui fût jamais à ne poinl perdre de vue les litres primordiaux de sa religion el de ses lois. Une bonne partie des iravaux littéraires des Juifs, soit canules, soit rabbaniles, ne roule que sur ces trois objets. Aussi onl-ils é'é toujours plus attentifs à la conservation d'U dépôt de nos divines écritures du Vieux Testament.
(1) Quoique tout ce qui lient à celte partie de l'histoire littéraire des Juifs ne soit appuyé la plupart du temps que sur leurs propres témoignages, il paraît cependant que nous n'avons pas de preuves assez fortes pour leur contester une partie au moins de leurs écoles ou académies qu'ils eurent autrefois dans les teires de la Judée et de la Babylonie après la ruiite de Jérusalem.
D'abord c'esi un poinl de philologie qu'on ne met guère en doute, que la Mischna el la Gémara de Jérusalem (Voyez ci-dessus col. 771, suiv., not.) sont venues des écoles que les Juifs avaient anciennement dans la Palestine. On convient encore communément que la Gémara de Babylone doit aussi sa naissance aux académies qu'ils fondèrent vers le commencement du IIIe siècle de l'ère chrétienne dans la Babylonie el sur PEuphrate, où il y avait depuis longtemps des Juifs même puissants , et dont le nombre s'accrut beaucoup après la chute totale de la république. Les deuxTalmuds renferment louchanll'exislence de ces écoles des traits qui assurément ne port ei ut pas tous à faux : les Juifs n'avaient aucun intérêt de les inventer, et l'on n'en détruit d'ordinaire la vérité que par des arguments négatifs. Quoi ! parce que les lalmudisies oui donné dans mille fables, dans mille travers, et que les Juifs sonl d'assez méchants historiens; ni les uns ni les autres n'auraieiit-ils donc écril rien de vr.ù ? Aucun ancien mémoire, pas même le moindre fragment historique n'aurait-il pu éehapiiiîx malheurs de celte nation.
La plus forte objection qu'on fait contre ce qui concerne ces académies, celles surtout de la Palestine consiste à dj'rii que leur exisience ne s'accorde pas trop avec la \ériiable histoire < On sait, » dil le I*. \ alnuM dans sa dis>erlaliou sur les écoles des i'c-
S. 5. XXVII
Les écrivains juifs ont un s:yle plus ou moins épuré : c'est que la manière donl ils s'énoncent dans
breux (Dissertations, etc., tom. I, part. H, pag. 580), < par l'Histoire de Joscphe que toutes les villes de la Galilée, et en particulier Japha ou Japhné, Séphorn, Tihéi fade, furent ruinées el désolées par les Romains, non seulement pendant la guerre que Vespasieu et Tite firent dans ce pays, mois encore plus dans celle que leur fit Adrien ; en sorte que jusqu'au IV siècle de l'Eglise, il n'était pas permis aux Juifs de paraître dans le pays. »
Il est incontestable que les Juifs souffrirent beaucoup dans tous ces malheureux temps. Après une perle de six à sept cent mille hommes que la guerre et la misère avaient fait périr sous Adrien, vers l'an 15G de Jésus-Christ, ils ne devaient pas être fort nombreux dans la Judée. Mais au fond il yen était resté, quoique pauvres el misérables. Et avant cette époque l'état des Juifs ne fut poinl tel dans la Palestine qu'il* ne pussent y avoir des écoles, car elle était fort peuplée. Pendant la guerre d'Adrien, le.^ Romains y ruinèrent 50 châteaux considérables et 985 gros bourgs. Les vainqueurs y perdirent cependant bien du monde. Quelque grande que fût celte seconde défaite, les Juifs étaient encore trop attachés à leur patrie pour l'abandonner entièrement.
En vain insisle-t-on sur les lois impériales, telles que l'édit d'Adrien, comme si ce prince eût banni à jamais les Juifs de loules les terres de la Palestine. (Voyez Eusebius, Commentai-, in Isai. XI, 11, CollectionisnovœPalrum et script. gvœcor., edit. a D.Bern. de Monl'aucon, tom. Il, pag. 379; Hieronymus, Comment, in cap. VI hai. et cap. XV111 Jcrem. , Oper. loin. III, part I, col. t)5 el 617. Confier. Ilenr. Valesii Notas in lib. IV llistor. eccles. Eusebii, cap. 6, pag. 145, scq.). Mais il paraîl qu'on a outré l'édit que cet empereur donna l'an 157, après que la guerre fut terminée, et par lequel il était défendu aux Juifs d'entrer dans Jérusalem sous peine de mort. En effet Eu.-èbe lui même , dans un autre endroit de ses ouvrages (llisior. eccles., lib. eiloc. cit.), restreint celte défense aux seuls environs de la ville de Jérusalem ; et S. Jérôme ne s'éloigne pas de ce sentiment dans son commentaire sur le premier chapitre du prophc:c Sophonie (Oper loc. cit , col. 1C56 ). A ces deux témoignages nous pouvons ajouter ceux de S. Augustin (de Civil. Dei, lib. XVI, cap. 21 , Oper. tom. VU, col. 454) et de S. Hilaire (Tractatus inLVUI Pso.lm., Oper. edit. Paris, 1605, col. 150), qui assurent pareillement que les Juifs n'étaient exclus que de Jérusalem et non des autres villes de la Judée. Celle défense ne s'étendait donc point à lous les pays de la Palestine, comme lanl d'écrivains l'onl prétendu. Voyez V Histoire universelle depuis le commencement du monde jusquà présent, traduite de l'anglais, d'une société de gens de lettrés, loin. X, liv. III, chap. 2l, pag. 59i, édil. d'Amsterdam, 174G.
On ne peut douter aussi qu'Origène, qui vivait dans le 11e et le IIP siècle de l'Eglise , n'eût trouvé beaucoup de Juifs en Judée, et qu'il n'y eût consulté des docteurs de cette nation sur les difficultés de l'Ecriture, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut. S. Epiphane el S. Jciôine font mention d'une célèbre académie qu'il y avait à Tibénade, et qui devinl si fameuse. Peu de Pères fréquentèrent autant que ce dernier les Juifs de la Palestine. Il recourait à eux de temps en temps. C'est d'eux qu'il avait appris l'hébreu et le clialdéen. El nous l'avons fait observer ci dessus, en parlant des travaux de S. Jérôme. S. Epiphane nous apprend encore qu'un certain Joseph, qui de juif s'était lai L chrétien, et que Constantin éleva à la dignité de comte* demanda à ce pi ince la permi>siou de faire bâiir des églises dans loutcs les villes de la Judée qui é aieni habitées par des Juifs, et dans lesquelles personne n'avait pu en construire jusqu'alors, parce qu'ils s'y étaient toujours opposés. I lie (José*
[Vingt-cinq )
leurs libres csi plus ou moins éloignée de l'analogie qui ne convient qu'au génie du langage des anciens Hébreux. Parc7ftmple les gloses lalmudiques ou les Gémarcs de Jérusalem et de Babyione, ceux aussi des auteurs qui ) ss ont commentées, offrent souvent un certain mélange de différents idiomes. Tantôt on y voit régner de l'hébreu, du chaldéen et du syriaque; tantôt ce sont des phrases (jui tiennent beaucoup de ces langu ;s, mais qui sont plus d'une fois en- «Tè-nicîécs de quelques façons de parler communes aux Persans, aux Arabes, aux Grecs, et qui n'excluent p. s même quantité d'autres termes absolumeçi barbares. La Paraphrase chaldaïque du faux Jonathan sur le Penlatcu'jiie est fuit remarquable par cetse >lureîé et celte inégalité de style. Ce défaut est également sensible dans la Parapira>e de Jérusalem sur le même livre et dans celle que nous avons sur Estber. Quoique l'autre Paraphrase sur Ses hagiographes ail en général une diction moins impure, cile est d'un dialecte fort inférieur «à la pureté et à la simplicité du langage chaldéen qui caractérisent les livres de Daniel et d'Lsdras.
Les anciens interprètes juifs, connus sou^ le nom de mëdraschim , affectent aussi un style qui approche tantôt de celui de la ftliscbna , tantôt de celui des lalmudistcs. Enfin les livres môme les plus châtiés , comme ceux de Maimonidcs, d'Abraham Aben-Esra, d'Isaac Abarbancl , de David Kimchi, d'Elias Lévite
plias ) poshdnvit sibi, ut in Judœorum pagis omnibus et oppidis extruendarum in Christi honorent ccclesiarum potestas imper atoris edicto fier et , quibus in locis nenio unquam ecclesias œdificare poluerat ; quod nullus neque genlilis, neque samaritanus, neque clirislianus liabitarct, prœserlim Tiberiade, Diocésareœ, quœ et Sephorim di citur, Nazarelhi et Capcrnaumi, ubi diliqenter hoc observant, nemo ut gentis alterius domicUium illic habenl. Epiphanius, adversus hœreses , lib. 1, loin. 11, edit. Paris. 1622, p:)g. 15G.
Je sens que cela ne s'est passé que dans le IVe siècle. Constantin ne parvint à l'empire que l'année 300, et mourut le 2?. de mai de l'an 557. Mais celle autorité de S. Epiphane me paraît supposer qu'il devait y avoir longtemps auparavant eu Judée un assez bon nombre de Juifs qui, jaloux de leur religion, ne voulaient pas môme souffrir des étrangers qui habitassent parmi eux. Quoi qu'il en soit, les témoignages des anciens prouvent suffisamment qu'avant le IVe siècle il y avait des Juifs dans la Palestine. Voyez touchant l'histoire de ces différentes académies des Juifs, soit dans la Palestine, soit dans la Cabylonic, Jacob. Altmgius, llislor. academiar. Iwbrœarum, Operum loin. V, lïeptad. Vlil, pag. 243, seqq. ; Jui. Barloloceius, Uièlioth. magna rabbin., loin. 111, pag. 663. seqq.;Sei- ; io Sgambatus, Ârcliivor. Vet. Testant., lib. 111, lit. 2, pag. 421 ; Jo. Chris toph. Wolf., loc. supra cit., loin. II, lib. IV, cap. 4,§ G. pag. 9)8, se.jq.; M. Basnage, Histoire des Juifs, liv. V, chap. 5, § 7, suiv.; Jo. Simouns Asseinanus, in Prologo de scriptoribus tyris, loin. I Bibliolhccœ orienialis pra.'inissO,§ 2 ; Guillelmus Surcnhusius, Prœfat. ad part. IV Misclinœ ; Jacob. Ilhenferdius, Disserl. pag. 86, seqq.; et alii apud Jo. Goillob Carpzovjum in Annotât, ad Tliom. iioodwini Moscn et Auronem, Vu, 1, cap. 6, § 7, pag. • 23, seq ; ejusd. Critica sacra, part. I, cap. J>, sect. 5, § 10, niiiii. 5, pag. 220, not. Confer. Thcsanr. unîiqiiit.sucr. Mas, Lgolini. loin. XXI, col. 76o, seu/j , ééS!y, seqq.; Jo. Alb. Fabricius, Bibliographia untiijiuaia, cap. 21. p.!g. GlG, ^c<jq.
DES TlTttES PÎliMÎTirS
et de quelques autres grammairiens et interprètes , ne sont point exempts de cetto sorte de mélange, qui au fond paraît inévitable. La discile de termes hébreux, presque tous (!) renfermés dans un seul volume de peu d'étendue a dû occasionner ce fréquent usage que les auteurs juifs se sont vus forcés de faire de différentes langues, selon les divers pays où ils ont composé leurs écrits. Mais comme les Juifs n'ont j tmais négligé leur propre lingue , ils se sont étudiés adonner d'ordinaire aux termes qu'ils emprunte!, l indifféremment des langues étrangères une inflexion, une espèce d'accord cl d'arrangement conformes à l'analogie hébraïque.
Cette observation sur le style hébreu rahbiniqtie , quelquefois rude , obscur et inégal , par là d'un accès difficile , quelquefois aussi naturel, simple, éégant, quoique un peu mélangé, n'em pêche pas que l'on ne reconnaisse dans les ouvrages des Juifs anciens cl modernes un certain lour, une phraséologie tout hébraïque et chaHéeune, qu'il est impossible d'imilersi l'on n'a fait auparavant une élude particulière de ces deux langues. Les Juifs n'ont donc pas cessé de les cultiver, eux qui ont écrit euire autres tant de commentaires sur les livres saints dans un dialecte qui n'a été propre qu'aux savants de leur nation. El combien celle application des Juifs (2) à ne jamais perdre de vue l'étude de leur ancienne langue n'a-t-clle pas contribué à maintenir nos manuscrits hébreux dans leur pureté et leur intégrité essentielles ?
(1) LaMischnaa conservé quelques termes hébreux, qu'on n'a point dans notre î-?xie original des écrits, du Vieux Testament : c'est ce qu'a observé un savait grammairien juif : Non repenunlur in manibus nostris alla se ri plu prœter ea quœ nobis relicla sunt , viginti quatuor libros et pancas dictiones quœ exslartt in Miscknœ sermonibus. Quaprovler uecesse est nos mentent advertere ad id quod de lingua (sancla) nobis supersil rcliquum, eu nique (sic) imtituere juxta ejus ntoduni et ut non intereal, ut exinde verba non liabeanuts impropria.
Verumlamen prœcessentnt nos deque ea prœmonuerunt nos viasqne ejus (et régulas) nos edocuerunl sapantes majores noslri , ete ; David Kimchi , prœfalio in 7TO2, 11. e, perfectionem, sive grammaticam, edit. constanlinopol imperii Solimanni 11, an. 12, h. e. 1552, cliart. 2, col. 1, fol. recto.
(2) Quand nous parlons ainsi de l'application des Juifs à étudier constamment la langue do leurs ancêtres , nous ne voulons pas prétendre qu'on ne puisse aller au delà de leurs recherches. Nos différents travaux sur l'Ecriture sainte prouvent tp'e nous les avons surpassés même eu faii de grammaire. Ouïra les secours qne leurs écrits nous oui procurés , nous nous sommes servis d'autres règles qu'ils ont presque négligées, maisqtii sont plus sûres que celles rpie nous leur devons, et en même temps bien pics lumineuses pour acquérir de véritables notions sur l'intelligence des termes hébreux. Voyez ci-dessus, vol. I , pag. 139, not.
Tâchons de ne | as nous départir du plan de critique qui nous a guidé dans ces considérations. Evitons toujours les extrêmes, et rendons aux juifs le. tribut de justice qui leur est dû Tout a concouru en eux à conserver avec soin nos livres sacrés. Sileurs écrivains avaient moins de préjugés qu'ils n'en montrent dans leurs ouvrages, l'étude de l'hébreu , qu'ils n'ont jamais abandonnée , auraii dû leur assurer d<is progrés qu'ils n'y ont p ;iui faits et qu'ils n'y
DE LA RÊV
Qu'on n£ pr<5tt iule p >s que ce que nous venons de dire se trouve démenti par le peu de progrès que les Juifs avaient fa& dans la grammaire av;int le dixième siècle lleslviai (pie le plus ancien grammairien que Pon connaisse parmi leux ne devance pas celte date. Le premier de ces grammairiens est Saadias (i)ou Séadias Gaon , fils de Joseph. Toui savant qu'était cet auteur, on l'a blâmé de n'avoir pas apporté à l'étude de la grammaire ce goûi de discernement, celle précision que demandent de pareils écrits. On eut voulu qu'il eût du moins donne à ces trois livres la méthode qui caractérise les travaux que d'autres savants de la nation entreprirent dans la suite sur la môme matière.
Je ne crois pas aussi devoir dissimuler que l'on a repioihé ces défauts aux grammairiens qu'on vit paraître vers le même temps. On met dans celte classe (2) un anonyme de Jérusalem, Àdonim, tils de
pourront faire lanl que leur méthode d'expliquer l'Ecriture sera borné'. Mais l'avantage que les Juifs nul eu ei qu'on ne doit pas leur contester, c'est que de tout temps il y a eu parmi eux un usage reçu , soil pour l'explication des termes hébraïques, soit pour la lecture du texie. Aussi leurs livres de grammaire, comme bien d'autres de leurs ailleurs anciens et modernes , peuvent être d'une utilité réelle: ceux qui la coin battent, qui la méprisent ou la méconnaissent, sont trop préoccupés , et se rendent incapables d'en juger faute u'éludier assez celle matière dont les abords n'offrent presque que des ronces et des épines à défricher.
Discedite segnes ,
Non sunl hœc lentis signa luenda viris.
En faisant une lecture assidue de nos Ecritures hébraïques , en la i approchant des ouvrages surtout des anciens Juifs qui ont eu des nouons moins limitées <ie la langue sainte que les nouveaux rabbins , il e->l ineonlesiable qu'on contracte insensiblement une espèce d'habitude avec le génie hébreu. Par là on saisit bien plus aisément certaines laçons de parler, qui sont propres à celte langue, et qui sont permanentes dans une nation dont les écrits sont, pour ainsi dire, frappés au môme coin . parce qu'ils ne respirent qu'un style tout oriental, si analogue à la langue hébraïque.
(1) llluslris magisler noster Saadias Fmmensh (/E gyptivs)excepii librum colleclionis cl librum liiiguœ sanctœ, librumque eleganliœ. Couler, grammaticorum judsicorum catalogua liebraicus aiuiijitus, apud Jo. Chrisloph. Wolf. Bibliolh. Iiebr., loin. 1, nuii). 55D, pag. 557, seqq.; loin. Il, lib. lli, cap. % § 11, pag. ôi)5, seqq ; Jo. Morinus, Exercil. bibl., lib. II, exercil. 14, cap. 1, pag. 451 ; Rien. Simon, Histoire crique du Vieux Testant., liv. I, eh. 50, pag. 407, suiv.
Ce rabbin Hérissait l'an 4087 ou l'an 1)2/ de Jésus- Christ, et mourut âgé de 50 ans, en 4702, selon la un nière de compter des Juifs, c'est-à-dire eu 942. il se rendit célèbre par plusieurs ouvrages, entre autres, par quelques commentaires sur l'Ecriture et principalement par sa version arabe du Pentateuque, insérée dans mis polyglottes de Paris et de Londres. Voyez Jul. Bartoloceius Bibliotkec. niagn. rabbin. , lotii. 1Y, pag. 2uG, seq. ; Jo. Christopli. Wolf, lac. cil., loin. 1, iium. 1753, p g. *J52, seqq.; loin, lli , pag. b59, seqq. ; et loin. IV , pag. 95t>, seq ; Jae. le Long, Bibiwth. &acr., cap. \ , pag. 41, cap. 2, pag. 50, 112, 115, seq.; 122, seq., loin. U, pag. 957.
(2) Sapiens hierosoly mi lauuscuj us nomen ignora tur, somposuil octo libros lucentes ut sapliiri. Rabbi Adonim; fil. Taniim, babylonius,collegit librum cummixtum ex lingna hebraica et arabica. R. Jehuda, (il. Marisch, ex urbe Taharat Africa; ( inlerioris a Muiiame ùanis condita), scipsit librum geucaiogiae .-.ivo ral.oucm
ÊLATOft. 77&
Tamim, Babylonien ; Juda fik de Karisch , Africain ; Ménachem fils de^Sanik , Espagnol, Adonim Lévite, surnommé le fils de Labrat , Arabe, né à Fez en Afrique. Une partie de ces grammairiens, quoique peu méthodiques, mériteraient (4) cependant qu'on les observât mieux qu'on ne l'a fait : il semble que quelques uns de leurs ouvrages (2) qui nous restent en-
derivalionis vocum,cni nomen indidit: Pater cl mater. II. Ménachem, fil. Saruk, ïlispanus, fccilcompdài trônes (sive lexicon). R. Adonim levita, cognomenio li!. Labrat, Arabs , fessanus, compo uit multos libros. Calalogus liebraicus anliaunt grammaticorum supra cit. apud Wolf., lom //, pag. 595.
(I) Quoique l'art de la grammaire ne paraisse p'is bien ancien ciicz les Juifs, et q .ic les règles qu'ils nous oui laissées aient éié même perfectionnées par nos auteurs, ce serait un paradoxe de soutenir que, lorsque ces premiers grammairiens juifs commencèrent à réduire leurs préceptes en art , ils n'avaient aucun principe fixe pour s'assurer de la nature de la langue hébraïque. Outre l'usage reçu, comme on Ta dit. iis avaient d'autres secours qui les dirigeaient dans i'ex plicaiion des termes de leurancienne langue, et cessecours leur tenaient lieu d'autant de règles pour entendre le texte original de l'Ecriture.
(2)Noiis avons encore de ce ï sortes de livres antérieurs à veux de Juda Ghitig. Je ne sache pas c pendant que les ouvrages de grammaire de l'anonyme de Jérusalem . d'Adonim, fils de Tamim cl d'Adonim Lévite. surnommé le (ils de Labrat, soie .1 parvenus jusqu'à nous; quelques recherches que j'aie faites à ce sujet dans nos bibliographes et dans des catalogues imprimés de mss. hébreux, je n'ai rien pu découvrir : mais je ne doule pas que les grammairiens postérieurs n'aient profité de leurs travaux. Quoi qu'il en soil d«, ces ouvrages, l'injure des temps a épargné le livre de juda, lils de Karisch, qui parait avoir vécu vers la fin du dixième siècle. Son ouvrage intitulé, CN1 UN, l'ater ci Mater, litre allusifàun passage d'Ézéchiel, XXU, 7, est cité par différents auteurs juifs, et la manière honorable dont H. Schabtai, fils de Joseph, en parle dans sou D3HU» TO^ "EO, lit. N, col. 1 , »um.2, prouve en effet que sa grammaire était un livre estimable , 7222 "ED.
Feu Jean Gagnîer, célèbre professeur de lingues orientales dans l'université d'Oxford, faisait tant de cas de cet ouvrage, comp»séen arabe, qu'il le traduisit en latin, comme il nous l'apprend lui-même dans une. lettre qu'il écrivit à ce sujet en 1715 au savant W<>1 • fins, qui l'a insérée dans sa Bibliothèque hébraïque (Tom. lli, num. 717, pag. 511, seq). Le docte Gagniei y donne eu môme temps une idée précise de ce que: renferme l'ouvrage en question, intitulé : E}istoli& Ui"ip p fTTTP Jehuda! ben Karisch, ad synagogani Ju dœorum DK3 F<z, de cognitioneTurgum et studio ejws, et obleciaiione conjuncla cum uiilitatc , econlra vero de tiamiio exnegleclu ejus.
Juda se plaint, dans la préface, que les Juifs de sou temps commenç <ienl déjà à négliger la ]< cime de la Paraphrase chaldaïque. Pour leur faire sentir la nécessité et l'utilité de cetie étude, l'auteur divise su» livre en trois parties. La première est employée à éelaireir par ordre alphabétique plusieurs ternies des livres saints, d'après la Paraphrase chaldaïque, qu'il dit èire écrite en langue aramée ; dénomination commune aux langues syriaque et chaldécune. Dana la 2e partie Juda suit la même méthode; il explique les termes hébreux parle moyen de la Mischna, du Talmud,des langues arabe et persane, sans y négliger même la langue vulgaire du pays où l'auteur se trouvait. Comme Juda y fait voir la dérivation des mots hébreux, ce n'est point aussi sans raison nue cette lettre a éié appelée Livre de Généalogie; on la mémo citéu -ous le litre de DN1 3tt. eu égard aux fermes diî
rure peuvent répandre du jour sur l'Ecriture; et, si su les examine grammaticalement , on ne pourra
*OX1 ^2N,par lesquels Juda commence la troisième partie de Sun ouvrage, où, par voie d'appendix, il (raite des mois arabes qui ne diffèrent des termes hébreux que par certains poinis dislinclifs, quoique les uns et les autres de ces termes se prononcent de la même manière. Cela prouve la grande analogie qu'il y a entre les deux langues. Juda vient ensuite aux lettres 7n\N, et a!fcïl nu?Q (il y a dans l'imprimé Dcbro ; ce
requi me paraît une faute typographique) : il passe à la dérivation de quelques termes qu'il explique par les endroits parallèles de l'Ecriture. Enfin il interprète en hébreu les principales phrases et mol. Cttaldéens qui se rencontrent dans les livres de Daniel et d'Esdras.
On trouve à la fin de l'ouvrage de Juda l'explication de soixante et dix termes hébreux, donnée par SaadiasGaon, appuyée en partie sur la Mischna , en I ai lie sur la langue arabe : le tout est terminé par ces paroles : Doctor et Rab. Saadias Gaon, cujus requies ut paradisus. Ce manuscrit, conservé dans la bibliothèque d'Oxford parmi ceux de lluntingion,num. 573, est de 84 feuillets in-8°. Je ne crois pas que la traduction qu'en avait faite M. Gagnierail encore paru.
Si le savant P. Horin eût connu cet ouvrage de Juda, il n'aurait point dit {Exercit. Dibl. lib. 1, exercit. 5, cap. 4,§ 6, pag. 116) qu'on ne trouve aucun monument sur cette matière, qui suit antérieur à Juda de F' z , surnommé Cbiug. Peut-être aurait d porté de cet ancien grammairien, comme de quelques autres qui ont vécu vers le même temps, un jugement bien différent de celui qu'il en a donné.
J'ai dit que, si l'on examine grammaticalement les ouvrages qui nous sont parvenus de ces anciens auteurs, ou y trouvera des modèles pour la pureté du langage. Voici une preuve que ces grammairiens et ces' lexicographes étaient très-versés dans la langue hébraïque, quelque imparfaite que l'on suppose leur méthode. Je lire cette preuve du Lexicon de R. Méuachem, lils de Saruk, fils de Jacob. On a quelques exemplaires manuscrits de son dictionnaire, qui est tantôt intitulé, Liber Radicum, et tantôt porte le litre de Compositiones, et même celui de Lingua erudilorum. Voici comment l'auteur débute dans sa préface, où il traite snlre autres de l'excellence et delà nature de la langue hébraïque.
Ope illius qui provenlum labioram [ex lsai. LVI1, 10] condidil, liuguœ erudilorum [leges) exsculpere incipiam ; alque eximi'um seleclœque omnium pronunliuiionum prolationis eloquium, quod cunclarum smie, quœ ornamento sunl diciionum capul est, demonslrare. {Est enim) lingua velnli calillo pur gâta, alwque (propterca) quavis lingua ab Adœ filiis [Gènes. X, 5] in insulas ac nationes dispersis, proprioque senuone discretis hœreditale adepla prœstanlior. Prima (ilaqite) labiorum aperitio, primaque considérât io ea esse debenl, ut inilio quidem honorent alque laudem gluriuso terribilique Deo ir-ibuat, quod liominem décora prœditum forma, supra crealas res suas omnes ornant , mirabilemque jeceril ; vitœ spiraculo [Gènes. II, 7] in ejus faciem inspiralo, quo linguœ suœ agililale lublorumque prtUalione polleret [alque) apte eleganlerque loqui (possci). Qucmadmodum vero cuncla, quœ spiritum vita> in ore habenl, ab honjine labiorum pronunlialione mirifice dislinxit, ila linguam quoque mnclam supra cœleras cunclorum terrœ populorum admirabilem reddidil, etc.
Après un tel témoignage, comment le P. Morin,qui avait lu quantité de livres des rabbins, qui était même si versé dans leur littérature, a-i il osé tant insister sur la perte presque totale de la connaissance de l'hébreu parmi les Juifs antérieurs à R Juda Chiug! Combien de pareils témoignages n'offre pas ce même Lexicon de R. Menachcm? Peut-être dira-t-on que la pureté du style hébreu, que nous vettous de faire remarquer dans la préface de cet ouvrage,
disconvenir qu'ils n'offrent des modèles exempts de fautes quant au langage. Je ne puis trop faire connaître celle sorte d'écrits qui servent infiniment à unir le fil de la tradition chez les Juifs louchant la conservation du texte primitif des livres du Vieux Testament.
J'ose revenir sur ce que j'ai déjà inculqué. Ces écrivains n'ont fait que fixer dans leurs grammaires et dans leurs lexiques les préceptes déjà établis sur l'usage de plusieurs siècles. Toutes les autorités de quelques savants juifs que le P. Morin (1) a accumulées, pour prouver que les Juifs eux-mêmes étaient très-ignorants dans la langue de leurs ancêtres ; tout ce que M. Simon a dit là-dessus (2) après ce docte père de l'Oratoire , pour montrer l'inconstance et l'incertitude de la grammaire hébraïque , ne saurait détruire notre assertion. De ces divers témoignages vous pourrez seulement conclure qu'avant Juda , fils de David, surnommé Chiug, Juif de Fez qui vivait vers le milieu du onzième siècle , les grammaires part moins de l'auteur que du savant juif qui a pu ensuite le traduire de l'arabe en hébreu de rabbin. Je sais que les écrivains juifs , surtout des Xe et Xl« siècles, composaient ordinairement leurs ouvrages en arabe, qui était leur langue maternelle à Jérusalem et à Babylone, en Afrique et en Espagne. (Voyez Joan. Morinus, loc. cit., lib 11, exercit. 17, cap. 5, pag. 528; Jo. Chrisloph. Wolf. Bibliothèque hébr., loin. I, pag. 4'23; Eduard. Pocockius, Prœf. in Portant Mosis, pag. 46, seq.) Mais il n'est aucun monument littéraire qui montre que R. Ménachem, fils de Saruk, ail écrit son dictionnaire en toute autre langue qu'en hébreu rabbinique ; les exemplaires manuscrits que nous en avons ne laissent aucun doute là-dess#us.
Ce lexicon donne par ordre alphabétique les racines hébraïques, les mots qui en dérivent, et qui leur ont du rapport. Ménachem y joint des explications tirées des endroits parallèles de i'Ecriiure : il le fait avec brièveté, et sans perdre de vue la signification primitive des termes hébreux.
Les ailleurs qui ont publié le catalogue des mss. de la bibliothèque du roi de France , dans laquelle on conserve un exemplaire ms. de cet ouvrage, se trompent assurément quand ds y disent (Tom. I, cod. 481, pag. 47) que le dictionnaire de R. Mé achem se trouve déjà imprimé. Il serait sans doute à souhaiter quo cela fût, ainsi que le désirait le docte Woliius (Bibliotheca hebr,, tom. 111, num. 1444, pag. 604 ) , qui a donné, mais seulement en hébreu, uu morceau considérable du commencement de la préface de l'auteur et un ou deux exemples touchant la manière dont il remplit sa lâche dans son livre. En faisant imprimer cet ouvrage , nous jugerions de la méthode que les plus anciens lexicographes juifs ont tenue pour expliquer les mots hébreux, et en quoi les modernes s'en sont éloignés. (Voyez Anlonius Maria Biscionius, Bibliothecœ mediceo-luuren'àanœCaialogus, tom.l, plut. 88 , cod. 9, pag. 140, seq. ; Sleihanus Evodius et Joseph Simonius As>emani , Bibliothecœ apof.ioticce Vatican, codicum mss. Culalogus, loin. 1, parl.I, cod. 402 et 412 , pag. 57(> , 582 , seq. ; Thesauri epistolici lacroziani, loin. Il, edil. lipsien., 1743, pag. 156, seq. ; Wolf., loc. cit.)
(1) Loc. cit., lit». 1 , exercit. 6, cap. 3, pag. 111 ; et cap. 4, seq., pag. 115, seqq. Confer. Pet rus Guarinus, Prœfaiw in grammalicam hebr. et chald., loin. Il, pag. lit, seq. ; 56, sei|q.
(2) Histoire critique du Vieux Testant., liv. I, ch. 30, suiv. , pag. 170, suiv. ; Voyez la Lettre de M. Spaulicim sur celle Histoire critique , à la suite du mémo ouvrage , pag. 574, suiv
hébraïques manquaient de méthode. Mais n'eu inférez point qu'il régnât auparavant parmi ions les Juifs de la dispersion une telle ignorance du langage hébreu, que tout fût à cet égard dans une confusion et un désordre extrêmes. Ces grammaires et ces dictionnaires, travaillés encore sur d'autres livres plus anciens, prouvent évidemment le contraire; et ces mêmes ouvrages que les Juifs postérieurs ont souvent cités dans leurs écrits , et qu'ils ont même compilés (I), ne peuvent que démentir l'hypothèse que nous combattons. Il est donc constant que les Juifs antérieurs au dixième siècle de l'ère chrétienne n'ont jamais iulerrompu l'étude du texte primitif des livres du Vieux Testament, quelque petit que l'on suppose d'ailleurs le nombre de leurs savants qui s'occupaient de la science de ces divines Écritures.
Juda Chiug aura donné d'excellentes règles pour mieux saisir le vrai génie de la langue hébraïque. Il aura formé ses préceptes sur des exemples pris de l'Écriture , en appelant même à l'appui de ses règles l'analogie de l'hébreu avec la langue arabe (2) , ainsi
(1) Voyez le dictionnaire hébreu que R. Sché'omo bon Abraham llapparchon a intitulé, Compositiones. Ce lexicon dont on fait cas , et qui n'est encore quVu ms., est une compilation tirée des travaux entre autres de Saadias Gaon, de Juda ben Chiug, de Jonas ben Gannach, et de quelques autres anciens grammairiens. L'auteur s'y est même servi de glossaires arabes. On met la composition de son lexicon à Tan. Util. Je ne doute point aussi «pièce Juif n'ait encore profité du dictionnaire de li. Ménacliem , fils de Saruk , qu'il cite lui-même au commencement de la préface de son lexicon. Voyez Jo. Christ. Wolfius, loc. cit., loin. 111, num. 1951, pag. 1024.
(2) Nous avons observé dans notre Ier mémoire ( col. G»j5, not. 1 ) , que les plus habiles critiques se réunissant tous à soutenir que la langue arabe est infiniment utile pour bien saisir l'énergie , la force, l'étendue des termes hébreux. Nous avons appuyé celte remarque du suffrage du célèbre Schultcns,qui l'a prouvé incontestablement. La connexion des matières nous a l'ait presque revenir là-dessus dans notre M* mémoire (col. 759, suiv., not. 1); nous y avons dit que les langues orientales concourent à un même but par les traits lumineux qu'elles répandent les unes sur les autres à cause de leur commune origine ( Linguœ hebr., chald., sxjr. et arab.) : Ex eadem fami lia orlum ducunt , comme le dit Abraham Aben- Ezra ; et selon un autre écrivain juif : Linguœ affines et quœ mulla inter se communia habenl in nominibus suis infîexionh et conslructionis ralione. R. Jehuda Levita, Liber Cosri, part II, § 68, pag. 132, edil. basil. 1CG0. Confer. lùluard. Pocockius, ÏV otœmiscellan . ad Portant Mosis, cap. 1, pag. 5.
Nous n'aurions point manqué de faire mention dans ces mémoires d'une espèce de dissertation pleine d'excellentes vues, intitulée : Dccalogus hebraicus ex arabica dialeclo illuslralus. Pars.i ... Upsalis , 4763, in-k°, pagg. 45, si nous l'avions connue alors. M Jacques Jonas Bjorn-tahl, qui esl auteur de celle pièce, et qui daigne m'honorer de son amitié, y a présenté de nouvelles lumières sur un point si intéressant. Il \r :i montré aussi que la langue arabe est une des plus propres à réparer les brèches que le temps a faites au langage de* anciens Hébreux. Ce savant suédois et profond littérateur, dont les connaissances annoncent les plus glorieux progrès dans la carrière des sciences , où il court avec lani d'honneur, y a donné partout des preuves de sa grande habileté dans les
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que l'ont fait tous les bons grammairiens juifs , cl nos plus célèbres littérateurs. Il se sera principalement attaché à lever celte confusion qui n'accom pagnait que trop les méthodes de grammaire de ceux qui l'avaient devancé dans le même genre d'étude. Aussi mérita-l-il par ses travaux (1) le bel éloge
langues orientales. Nous nous flattons que M. Bjornstahl ne privera pas davantage le public de la seconde parlie du même écrit, qui est toute faite, et qu'il nous a montrée à Rome en 1771.
Des témoignages qui nous viennent de si bons connaisseurs justifient abondamment la méthode qu'ont employée les anciens grammairiens juifs, en appelant la langue arabe à leur secours, pour mieux développer la signification des termes hébreux ( Voyez Eduard. Pocockius, loc. cit., et cap. III, png. 35, seq.; ejusd. Prœfat. generalis in proplieliam Joël commentants suis illustralam, d. 3, fol. verso). Familiarisée avec le génie du dialecte arabe , de même qu'avec ses expressions , ces grammairiens et ces lexicographes ne peuvent que nous intéresser pur leurs travaux. C'esi en les consultant , à l'exejnple de Pocock et de quelques autres célèbres philologues, que l'on tirera encore la véritable connaissance de l'hébreu, des ruines même de l'antiquité, comme s'exprimait le savant Gagnier; et que l'on viendra plus facilement à bout de mettre la \éiilé hébraïque dans un plus grand jour.
( I ) Nous avons encore quelques livres de grammaire qu'il écrivit en arabe selon la coutume de ces tempslà. Le premier, divisé en trois parties, est intitulé : Liber de Utieris quiescenlibus. R. Juda Chiug s'y oc cupe d'abord des Lettres niN, il en explique la nalhre ; il n'oublie point ce qui concerne les lettres PSD "ra , et pose des règles pour leur diflérenle prononciation , soil qu'elles aient le daghesch, soit qu'elles ne l'aient pas. Comme les leiires ma renferment ce qu'il y a de plus mystérieux dans la grammaire hébraïque, notre auteur parcourt ensuite sous différentes classes tous ces verbes irréguliers, où elles se trouvent quiescentes ou détectives : tels que les verbes quiscents Pé * et N, Aiin T et ', Lamed n et N. Les trois parties de son ouvrage roulent louies sur cet objet : il n'y a en effet rien de si essentiel à connaître, pour pouvoir réduire à leur véritable racine les verbes imparfaits et les mots qui en dérivent.
Le second ouvrage de grammaire porte en titre : Liber de verbis duplicatis, sive de Duplicantibus secundam radicalem. L'auteur y suit par ordre alphabétique tous les verbes dont l'Écriture fait mention , et qui redoublent leur seconde radicale.
Ces deux livres de Juda Chiug se trouvent en ms. sur du parchemin dans notre bibliothèque de Casa nale; mais le second ne s'y étend que jusqu'à la racine 7?n Accuwulavif , exclusivement.
A la suite des mêmes livres, qui sont fort rares, le ms. contient des remarques ou des éclaircissements d'un anonyme , qui servent de supplément à ce que Juda Chiug avaii écril tant sur les verbes imparfaits que sur ceux qui doublent la deuxième radicale. L'anonyme dit dans sa préface qu'il a intitulé ces remarques, Liber incremenii. Il ne s'y écarte jamais de la méihode de Juda.
Notre ms. , qui me paraît être du XIIIe siècle, est en beaux caractères rabbiniques, ronds, quelquefois un peu liés , ma. s assez faciles à lire. Ce sont ceux que les Juifs appellent jérosolymitains. L'écriture en est très-conseï vée. à l'exception de la deuxième page de la préface du 1er livre de Juda, où elle est à peine lisible. Le ms. renferme en lout!65 feuillets d'un peiii format in-/*°, ei commence par ces paroles: Deo adjuvante , qui dut [Isai. XL, 29] lasso virtutem ; incipium describere librum de Utlcris quiescenlibus in Unaua su>i«
qu'en ont faii les écrivains de sa nation, eu disant de lut qu'i/ fut le chef des docteurs qui redressèrent la langue sainte.
J'avoue (pie les éloges que les écrivains juifs ont donnés, connue à l'envi, à Juda Chiug, offrent un préjugé fondé du rétablissement de la langue hébraïque dans le XIe siècle. Mais on se ferait une idée bien fausse de ses véritables progrès, si l'on ^arrêtait uniquement à cette époque, sans aller plus avant. La grammaire hébraïque était aussi toute formée depuis plusieurs siècles. Il est vrai qu'elle n'était point
cla. Anciore R. Juda, cognomenlo Chiug , cujus requies sit in paradiso.
On trouve ensuite une petite préface de six lignes et demie à la louange du Très-lîaul .En voici le commencement : Laudes Deo nostro, qui est primus absque principio et fine, etc.
Après celle préface, l'auteur s'exprime de la manière suivante : Dicil li. Juda , cujus requies sit )>ara- <:i.;ns. Caput re'i est in libro hoc expiicare quœ sit ratio i'iterarumquiescenlinm et nwbiliumin linguasancla, etc.
Fol. 75: Expticit liber de littt ris quiescenlibus.
Fol. eod. : II ic est liber de Veibis duplicantibus ( secundam ) , quœ inveniuntnr in sacra Scriptura. Dicil Juda ben David, cujus requies sit paradisus : Cum per- ,<cvutarer ( quœ ad verba ) duplicantia ( secundam speçtanl ) , etc.
M n'y a dans lout le ms. aucun indice qui décèle le Juif qui a traduit de l'arabe en hébreu ces deux ouvrages de R. Juda. Je croirais fort que le iradu cieur ost Moïse, fils de Samuel Harcohcn, fils de Gécalilia , savant né à Cordoue , et qui Unissait vers le milieu du XIIe siècle. Il y a des preuves qu'il avait fait «•elle version , ainsi que le porie un autre ms. du Ier livre de Juda, et duquel s'était servi le père Moriu ( Voyez entre autres ses Opuscula hebrœo samariiica, Prœfut. e iij. seq.) On sait aussi qu'il avait i lustré son auteur par de doctes commentaires qui foui peutêtre partie des considérations contenues dans notre ms. Je n'osé cependant l'assurer ; car il est même probable qu'elles, appartiennent à R. Jonas, (ils de Ganuach : celui-ci composa un excellent livre de grammaire qui porte le même tilre et n'a pas d'autre objet. R. 8< hablai (t"U|>ag.20) en ptrle; mais au lieu de Juda , fils de Gannacli , il parait <pnl devait dire Jouas, fils de Gahnacb. Au re le l'anonyme adresse ses observations à un do ses parents, ci lui dit {fol. 92, recto ) au commencement de sa préface : Fraler amantissinie, atque dilecle propinque : Dominas explanet libi dubia , et revelet [Job Xsl . 22] libi profnndiunes Juin multis abhinc annis pelïisti a no'bis ut augerem libi quœ ( de verbis quiescenlibus , et gemihantwus secundam radicale»)), rcliqucral lumen magnum et priaceps magnifiais R. Juda Chiug, felicis memoriœ, etc.
Je ne dois pas omettre ici que parmi celle multitude de passages de l'Ecriture, «pie R. Juda et l'anonyme citent irès-fréquemmcnl , je n'en ai découvert aucun qui ne fût conforme à ceux de nos Bibles hébraïques.
Le III' livre de R. Juda Chiug traite de la ponctua • lion sous le titre suivant, Liber de Punclatione. Ou vrage très-rare, que Buxlorl souhaitait tant do voir, tuais qu'il < hercha en vain pour" prouver Panlicmiié des points voyelles contre Louis Cappeli Feu M. Ga gnier p usait' que Ihixlorf en serait venu à bout. R. Juda découvre dans ce livre les {dus prof m Js mystères «le la langue hébraïque i et y explique savamment quantité de passages de PËcrilurei comme l'observe encore le docte Ga-nier, qui traduisit de l'arabe en latin ce même traité, ainsi que les deux livres pré éilouls. Voyez ci-dessous, pag. 259, la note concernant tés travaux de R Jonas lils de Gant ach.
réduite en art. L'usage seul en fixait les règles, qui ont toujours été invariables , quoiqu'elles ne fussent connues que par un certain nombre de savants de ta nation.
C'est dans les écrits des Juif- antérieurs aux IXe et Xe siècles, qu'on trouve les premiers vestiges de l'ail grammatical. Les travaux des Massorètlies, dont nous devrons nous occuper bientôt, en jetèrent les fondements. Saadias Gaon , qui eut pour maître un savant caraïte (1), et les écrivains qui vinrent après lui jusqu'à Juda Chiug , tentèrent d'en élever un édifice stable, solide, durable. Qui lques efforts que fissent ces grammairiens , leurs travaux, quoique d'ailleurs très-utiles, n'eurent pas tout le succès qu'on pouvait en attendre. Mais Juda Chiug profila de leurs lumières (2), les enrichit de nouvelles observations » et le fit avec tant d'art , qu'on !e considéra à juste litre comme le restaurateur (3) de la langue hébraïque.
Ces travaux de Juda ne furent pas cependant lete qu'ils ne laissassent rieiTà désirer. R. Jouas, fils de
(1) Ce fut Schalmon, fils de Jérucbam, juif caraïte, auteur dune lettre éer.ilC en vers, d'un style hébreu très - élégant. L'objet que Schalmon s'y propose est de prouver la vanité des doctrines talmudiques contre Siadias Gaon, qui avait fart un livre en leur faveur. Celle lettre, qui n'est pont encore imprimée cl dont il y a un exemplaire manuscrit dans la bibliothèque de Leyde, n'esi que de treize feuillets in 4°. Mais elle mérite d'autant plus notre attention , qu'elle montre évidemment, qu'avant le X'r siècle la langue hébraïque n'était point tant négligée , ainsi que des critiques l'ont dit inconsidérément, pour faire voir que l'iguo rame, qui régnait alors parmi les Juifs touchant 1 ur ancienne langue, avait beaucoup nui à la conservation des manuscrits hébreux. Voyez au sujet de cet auteur caraïte et de sa lettre , Notiiia karœorum ex Murdocluvi, karœï recentrons, tractatu liaurfviida,qucm ex ms, cum versione latina nolis et prœfalione de karœorum rébus scriptisque edidit Joann Lhristoph. Wolfins. etc., Hnmbiirgi et Lipsiae, 1714, pag. 115. 128, loi. Idem Wolf, (Ùblioth. hebr., lorri. I. iium. 2027. pag. 1087, ton». 111, mini. eod. , pag. i0G7 Jacob. Trigiandius, Dissertatio de kurœis, cap. 4 pag. 186. cap. 7, pag. 257, seqq.j cap. 8, p>g. 248, cap. 0, pag. 257, omoquidem exslat in calée ISotiliœ karœorum ah Wolfio édita-.
(2) <-Vsi de quoi convient même le savant père Morin , Exercitl. biblic. , Kb. U, exercit. \b , cap. 2, pag 434. Ejusd. Crammalica $timaritanà,cap.\, iuter ejns Opuscula hebraeo-samarilica , Paris. , 1G57, p g. 16. Confer. Jo. Christoph. Wolf., Biblioth. hebr.t loin. 1, num. 708, pag. 423.
(5) Les écrivains tombent d'accord que Juda Chiug est le premier qui ail mérité le titre de grammairien, eu égard à la méthode toute nouvelle qu'il introduisit dans les livres qu'on lui vit écrire sur la même matière ; c'est ce qui a fait di<e de lui : Quod vindicarit liuguam sanctam prmtali suœ , postquam (cjus) oblita cssel universa captivilas. Abraham Ben Dior, liber Traditionis, chart. 79, verso folio. Quantité d'auteurs de' la même nation ont tenu le même langage : mais ce sont là de ces expressions hyperboli mes que l'on doit restreindre dans leurs justes limites. La seule préface du Lexicon de R. Ménachem, dont nous avons rapporté un fragment ci-dessus, démontre invinciblement que la lingue hébraïque é ait déjà cultivée avec suc» ces par quelques savants de la nation, ci que les règles grammaticales en élaient assez connues pour pouvoir former un style hébreu, régulier et élégml; quoique le commun des Juifs de la captivité 'û( à peine les premiers éléments de celle langue.
TKS
Can .adî, (l)lcs perfectionna de manière qu'on trouva ses recherches beaucoup supérieures à loul ce qui avait déjà paru de relatif au môme objet ; aussi les
(!) 11 y a peu d'écrivains qui soient aussi célèbres pnrmi les Juifs que Test II. Joua?. , ne à Cordouc. Il florissait nu commencement du XII* siècle (l'an 112*}. Les livres qu'il composa en arabe sur la grammaire', sont si estimés des Juifs, qu'ils en considèrent railleur comme un dos plus excellents grammairiens qu'ils aient jamais eu. Aussi 11. Isaac, (ils de Moïse, connu ordinairement sous le nom d'Ephodéo , écrivain du XIVe siècle, Pappcllc-t-il nu commencement de la préface de sa grammaire, Grammalicnm perfectissimum, (omniumque) qrammuticorum prœstanlissimum. L'éloge qu'en fait Abraham Abcn'-Ësra , qui était si capable ,1e ju'<»er des écrivains de sa nation dans ce genre de littérature, n'est pas moins flatteur : (IV. Jouas), avlificum Iniguœ sapienlissimus, omni&ingcniosœ cogita'Àouh magister. '
Le véritable nom de notre rabbin est Abu Walid Martin Ibn Gatmacti. Un de ses bons ouvrages roule sur d'amples suppléments, des éclaircissements cl des défenses aux livres do Juda Chiug, nommé autrement, Abu Zecharias Chiug. C'est le même livre dont parle Wollius {loc. cit., lom. I, num. 83G, pag. 488), et qui dans la traduction hébraïque , faite sur l'arabe, par IL Jacob Humain , est iqtilulé : Liber Manuductionis cl Directionis. A ce titre M. Gagnier ajoute ce qui suit d'après le manuscrit arabe : i Eorum quae remotiora sont et difliciliora lironibus in libris Ai>u Zechari;e Chiug, cujus miscreatur Deus, qu;e quidem conciliaviiei complanavit Abu Walid, (ilius Gjanah Corduhensis, cujus miscreatur Deus, in urbe Sarakosta.i
J'omets à dessein quelques autres livres sur celle matière. Outre ceux dont Wolfius fait mention, on pourra consulter ce qu'en dit le savant Gagnier, dans une lettre qu'il lui écrivit en 1715, datée d'Oxford, et que le docte professeur de Hambourg a encore insérée dans sa Bibliothèque hébraïque. L'autre principal ouvrage de grammaire que notre auteur lit en arabe, et qui fut ensuite traduit en hébreu , est celui qu'il divisa en deux parties, dont la première a pour litre : Liber acu piclus, siveopns plmjgionicum. Jouas y donne un traité assez étendu de grammaire.
Le Catalogue hébreu des anciens grammairiens juifs, que rapporte Wollius (Bibliolh. hebr., tom.il , pag. 595, seqq.), attribue ce même ouvrage à IL Juda Chiug , contre l'autorité des manuscrits qui en l'ont auteur R. Jouas : ce (pie confirme le Père Morin {toc. cil., cxenital. 18, cap. 5, pag. 527), qui s'élut servi d'un exemplaire manuscrit de ce livre , ap partenani à la bibliothèque de M. Hardy , conseiller au Chàtelet de Paris. C'est doue una inadvertance dans le savant Wollius [loc. cit., lom. III, num, 856, pig. 572), (pie d'enlever cel ouvrage à notre auteur pour en faire honneur à Juda; d'autant plus qu'il convient lui-même (ibid., lom. 1 , pag. 478) , que R. Jouas a fait un livre qui porte ce litre, el qu'il ne distingue point de celui dont nous parlons. Wolfius en avait encore spécifié le sujet, et avait cité les manuscrits que Ton en conserve dans quelques bibliothèques de l'Europe. M. Gagnier a eu par conséquent raison ( Journal des savants , août , 1714 , pag. 229, édit. de Hollande) d'assurer que le Sepher Iîurikma étak d'Abu Walid Mervan Ben-G ana , autrement B. Jouas, el non R. Jéhuda , comme il est dit par erreur dans le même Journal. R. Schablai, fils de Joseph, a suivi le sentiment que nous adoptons el qui esl le seul fondé.
Il esl probable qu'au lieu de itCpTi'D , qu'on trouve écrit dans le catalogue hébreu en question, il faut y lire nnpYl'D , Liber Condimenli , connue porte le même catalogué donné eu latin par Wollius (iom. I, num. 55 d , pag. 558). Suivant cette petite e> rcciiou qui parait très-naturelle, Juda Cbing aura
m LA i:£\ÉL.\'IÎON.
plus grands auteurs que la nation juive produisit d.m* la suite ne marchèrent guère que su: les tracer de ce grammairien classique, mais sans négliger les ouvrages mêmes (1) de Juda. Une chose qui mérite bien d'être
encore composé cel autre livre de grammaire dont fait mention R. Schablai ( loc. cil. , pag. 53, num. 7) sous le titre de i"G2Tl 'U , Liber Cnmpùsitionis, s'w6 de Syntaxi, ainsi que l'interprète Wollius (loc. ciL, pag. 454).
La deuxième partie de l'ouvrage de Jouas, intitulé1: D*ïTOîYD, Liber Badicum , forme un dictionnaire très-ample des mots hébreux expliqués par la langue arabe. Les juifs el les chrétiens estiment beaucoup ce livre. David, fils de Joseph Kimchi, en a fait grand usage dans son lexicon hébraïque, au rapport du savant Pocock,' Prœfat. in Portant Mosis, a se cdiiam, cap. 30, el in Nolissuis miscellaneis adcaind , cap. î . pag. 18.
On ne peut trop blâmer les Juifs, qui -ni laul imprimé de grammaires et de dictionnaires , sans jamais penser à nous faire part des ouvrages que II. Juda Chiug et R. Jouas ont écrits sur la même matière. A l'exception du livre en hébreu, intitulé : ÏTNTCN "Û ■ptfom iron h. e. Liber de Liueris absconsionh et prolractionis (des lettres quiescentes el mobiles), que Wollius (lom.lfl, pag. 509), dit avoir vu de l'édition de Çoustanlinople in-4°, pag. 8, et qu'il- soupçonna être de R Juda Chiug ; nous n'avons rien d'imprimé de ces anciens ritbbjns. 1! est encore fâcheux pour la république des lettres que les traductions latines que le célèbre M. Gagnier, professeur à Oxford, avaii faites en partie des ouvrages de ces detix auteurs , n'aient point été rendues publiques , autant que je sache. Le lexicon de Jouas esl même très rare; du moins je. n'en connais que deux exemplaires manuscrits; ia bibliothèque bodleïeane d'Oxford en conserve un eu arabe, écrit en caractères hébraïques : l'autre traduction en hébreu se trouve dans ta bibliothèque du Vatican. Des écrivains ont dit qu'il y en avait encoro un exemplaire dans celle du roi de France ; mais les auteurs qui ont fait imprimer le catalogue dos manuscrits de celte bibliothèque n'y parlent (lom. 1, cod. 47,'j et 49 1) eue de la grammaire de Jouas-
Voyez louchant R. Jouas et R. Juda. Chiug, duquel j'ai parlé ci-dessus, pag. 255, noi., les écrivains suivants : Joan Gagnier, epislola, Oxonii, an. 1715 data, ad Jo. Christ. Wolf. , de horum rabbinorum operibus grammalicis mss. , in bibliolheca bcdlciana asservais, et a se lalinilale maximum partent donalis ; quai quidem exstat in ejusd.WolfiiJw/tof» hebruic, lom. 111, num. 7tlS, pag. 507, seqq ; num. 85b\ pag. 571. Wolf. ipse, loc. cit., lo.ii. I, num. 703, pag. 422, seqq.; num. 85G, pag. 480 , seqq. Joan. Morinus, Exerciit. bibticœ , lib. Il , pag 452 , 435 , 521 , 553, 534, etc. Ljusd. Opuscitla hebr. sumaritica , cap. I, pag. 15, seqq. llich. Simon, Èiisl. criliqueijdu Vieux Testament. liv. 1, chap. 5!, pag. 170, suiv. joan. Gagnier, Vindiciœ Kirclierianœ , sive Animadvcrsioncs in novas Abraham trommii Concordantias grœças versionis vulgo diclœ LXX iuterpr., Oxonii, 1718. Jean le Clerc, Bibliothèque ancienne et moderne, lom. X, part. Il, année 17i8, art. 5, pag. 405, suiv. Sleplianus Evodius et Jo eph Simonins Assemani, Bibliolh . apostoL Vatican* Codd. mss. Cutulorjus, part. I, cod. 54, pag. 44jj, seqq.
(1) David Kimchi nous averti!, que pour faire d-s véritables progrès dans l'étude de la grammaire hébraïque, on ne doit point négliger les livres de ces deux écrivains, t Libri nutom , in quibus se exercere débet quiconque vûltrei grammatica'studio cumula le se imbuere, sunl libri sapienlis U. Judte cum eu qnod iis addidit sapiens R. Jouas; in»!) ad (pieuiorom} scientiam reruin , liber ( iiiius ) radiemn. 5 David
Kimchi, Prœfat. i» W?30. cbarl. 2 , col. i -, falhi recto.
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considérée en passant, c'est que plus les grammairiens juifs sont anciens, plus ils approchent du sens dgs LXX interprètes. B. Jouas, par exemple, en appelle souvent à leur version , et confirme ses explications par leur autorité (i).
Il serait superflu de suivre ici tons les autres écrivains juifs (2) qui ont couru la même carrière; cela nous écarterait trop de notre sujet. Convenons toutefois que les ouvrages des deux auteurs que nous venons de nommer, forment une époque célèbre dans l'histoire littéraire de celle nation. Ce fut alors que l'étude de la grammaire prit une nouvelle face, et que les Juifs commencèrent à s'y appliquer sérieusement; mais que les progrès qu'ils y firent ne nous portent point à mépriser tout ce qui est antérieur au siècle de Juda Chiug : comme si l'ignorance de la lingue hébraïque eût été telle dans tonte la nation, que faute de pouvoir entendre le texte primitif dos livres du Vieux Testament, les Juifs eussent absolument négligé les mannscrilsdes divines Écritures. Qui, en suivant les études de ce peuple singulier, tontes bornées qu'elles ontéié, elles donnent une chaîne toujours continue de la tradition , touchant le soin qu'il a eu de veiller à la conservation de ce dépôt des livres saints.
On a beau dire encore que les Juifs parurent jusqu'au Xe siècle de l'ère chrétienne uniquement occupés de leurs traditions cl des décisions de leurs docteurs qu'on trouve consignées dans celle compilation presque immense, qu'ils nous ont transmise sous le nom de talmud (3), les vives et les grandes disputes qu'ils eurent fréquemment avec les chrétiens, et qui datent de la naissance même du christianisme, montrent toutefois qu'ils furent plus attentifs que jamais à ne point s'écarter de la lelire de l'Écriture. C'était aussi , comme nous l'avons observé ailleurs, Je reproche que faisaient aux Juifs de leur temps S. Irénée, S. Épiphane , S. Chrysoslome et quanti é d'autres écrivains ecclésiastiques.
Que l'on jette seulement les yeux sur celte foule d'écrivains que la synagogue a opposés à la sainteté el à la vérié de nos dogmes. Dans tous ces ouvrages de ténèbres (4), on voit les lexles de l'Écriture cités
(i) Joannes Gagnier, Vindiciœ Kircherianœ, ttti supra. Bibliothèque ancienne et moderne par J. le Clerc, lom. X, année 1718 , part. II, pag. 407, suiw
(2) Confer. J. Christ. Wolf., loc. cit., lom. I, mini. 539. pag. 357, seqq.; tom. Il, pag. 595, seqq.
(5) J'ai déjà averti qu'il y a (\û\\x sorics de Talmud.*. Celui de Jérusalem fut d'abord imprimé à Venise, * liez Daniel Bomberg ; Tannée de l'édition n'y est point marquée : je la croirais presque an'érieure à celle du Tahmid de Babylone ; du moins elle n'esl point postérieure à l'année 1524. Elle forme un seul volume in-folio très-bien imprimé. Le même imprimeur est aussi le premier qui ait donné une édition du Talmud de Bahylonc, elle parut en 1540, et dans tes années suivantes avec des commentaires , en 12 volumes in-folio. Confer. Wollius, loc. cit., pag. 889, seqq., el lom. IV, lib. IV, pag. 438, seqq.
(J) Le savant Wolliu-a donné une bonne liste de tous ces écrits dans les II' et IV' volumes de sa Bibliothèque, où il y a certains détails curieux ; on y trouve eu même temps un catalogue des au cuis qui ont
avec assez d'exactitude, mais ils y sont interpre es d'une manière si charnelle , plus d'une fois même i littérale, que le seul et unique objet de Moï»c et des prophètes y est toujours éludé et perverti. Telle es» la malheun use méthode que les Juifs ont constamment employée avant et après le Xe siècle , et qu'ils suivent encore de nos jours.
Quelle conséquence enfin pourrait-on tirer contre l'intégrité el la pureté essentielles de notre texte lu> breu, quand même l'on accorderait que les Juifs ne s'étaient attachés jusqu'au X'siècle qu'à des allégories ridicules et aux traditions de leurs docteurs. Les exemplaires de l'Écriture, ceux principalement que l'on destinait à l'usage des synagogues et des écoles, étaient écrits par des personnes très-versées dans !a langue hébraïque. Ce sont même ces docteurs si adonnés à l'élude du Talmud , qui ont établi des règles pour avoir de bonnes copies de la Bible ; et \\\\ fameux critique s'est vu forcé d'en convenir (1), quels ({n'aient été d'ailleurs les paradoxes qu'il avait d'abord avancés (2) sur cette importante matière.
Dans combien de détails minutieux el superstitieux ces docteurs ne sont-ils pas encore entrés touchant la manière de transcrire le Livre delà loi, Sepher Tora. Leur Traité des scribes (3) el les différents écrits que d'autres Juifs (4) ont publiés là-dessus font voir qu'ils
écrit contre les Juifs, et il y a quelques extraits intéressants de certains livres sur cel objet. Peu sont échappés aux recherches de ce docte bibliographe. Voyez Carol. Joseph. Imbonatus , Bibliolheca lalinohebmica, pag. 420, seqq. Dissertatio de advcn'.u Mcssiœ a .ludœorum blasphemiis vindicato , ad calcem cjusd. Bibiîoili., pag. 54, seqq. Jo. Albert. Fabricius, Delecius argumentorum... de verilale religione Christian., cap. 51, pag. 587, seqq.
(1) Voyez la Héponse de Pierre Ambrun à l'Histoire critique du Vieux Testament, composée par le P. Simon, prêtre de l'Oratoire de Paris, suivant la copie imprimée à Rotterdam, 1085, pag. 20.
Celle réponse est de M. Simon lui-même, qui y fait la critique de son propre ouvrage. Voyez M Ba llel dans son catalogue des Auteurs déguisés; la Bibliothèque universelle et historique de l'année 16^9, lom. XII, pag. 405 ; Acla eruditorum Lips., an. 1687, pag. 5C0 et 372; Vincentius Placcius, Theatrum anomjmorum et pseudonymorum , lui. A, inler pseudonymes, num. 147, pag. 45.
(2) Voyez P Histoire critique du Vieux Testament par le même auteur, liv. l, chap. 17, pag. 97; chap. 20, pag. 1 15; chap. 21, pnge 4 i9, clc.
(3) Massccheih Sopherim. Quoique ce même traité ne soit p as aussi ancien que ceux des lalmudisies. il paraît cependant qu'il a élé composé avant le X" siècle de Père chrétienne. On le trouve imprimé dans le Talmud de Hahylone de l'édition d'Amsterdam, 16H, à la (in de la seconde partie ou troisième ordre intitulé : De Frutriis. Il est divisé en 21 chapitres, et contient divers préceptes que les scribes ne doivent point perdre de vue dans les copies qu'ils font du Pentateuque et môme des autres livres sacrés. Aussi le P. Morin (Exercit. biblicœ. lib. II, exercit. 15 cap. 2, pag. 447, cl exercit. 22, cap 7, pag. 595 et SeqJ rogarde-t-il ce traité connue une autre Massore ou Tradition critiipie louchant la manière de transcrire avec toute l'exactitude possible les Ecritures originales du Vieux Testament.
(4) Confer. \\. lsaac (il. Jacob Alphesi. Constinitia de libro leyis, sub finem seclionis prime; I\. ftlose*
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n'ont jamais rien néglige pour la correction des exem plairesde celte nature. Quoiqu'ils ne s'appliquent, de nos jours, qu'aux rêveries de leur Tahnud, n'ont- ils pa« aussi (I) des scribes exacts. Peut-on même douter qu'ils n'en aient toujours eu?
Il y aurait de l'injustice de nous objecter que les Juifs n'ont eu cette attention que pour les copies du Rttntaleuque consacrées à leur service public. L'usage de lire les prophètes dans les synagogues est d'une haute anl'quité : on le trouve déjà établi (2) du temps même de Jésus-Chrisl. Il est encore cous'ant que la lecture d'une partie au moins des bagkfpriphes qui forment une classe des saintes Écritures, selon la division (5) que les Juifs en fout encore de nos jours,
ben Maimon, Manus for lis, part. I, lib. Il; Hilcoth Seplier Tara, cap. 7 et seq. ; Joseph de Voisin, Observationes in proœmium Pugionis fidei II. Martini, in Antiqnit. sacr. Thés. Blasii Ugolini, loin. J, col. 205 et seqq.; vid. et Jo. Christ. Wolf, Biblioth. hebr., loin. Il, lib. IV, cap. 3, pag. 151 ; J. G Curpsoy., Crilica sacra, part. I, cap. 3, § 4, pag. 104 et seq.
(1) M. Simon, à l'endroit cité de sa Réponse, etc.
(2) Luc. IV, 16; Açl. XIII, 15; couler. Jul. I3artoloccius , Bibliotheca magna rabbin., loin. II, pag. 652 et seqq.; M. Prideaux, Hist. des Juifs, loin. Il, part I, liv. V, pag. 141 et suiv.
(3) Les Juifs divisent les livres de l'Ecriture en trois grandes classes. La première contient le Penlateuque, qu'ils appellent ordinairement Tora, Loi. La seconde, qui renlcrme les prophètes, est subdivisée en deux parties, savoir : les prophètes antérieurs, nebiirn riscliionim , qui sont les livres de Josué , des Juges, des Rois ; et les prophètes postérieurs , nebibn acharonim , c'est-à-dire, Laie, Jérémie, Kzéchiel et les douze petits prophètes. La troisième classe comprend les hagiographes , àyfoypxpa, ou écrits sacrés, qu'ils no nmenl chetubim : ce sont le livre de Rulh , les Psaumes, Job, les Proverbes, l'Ecclésiaslc, le Cantique des cantiques, les Lamentations dé Jc.rémie, Daniel, Eslher, les deux livres d'Esdras et ceux des Paralipiimèues. C'est de.-> mêmes prophètes antérieurs et postérieurs que soûl tirées leurs haphthurolh ou leçons prophétiques, dont le sujet correspond à celles qu'ils prennent du Peniaieuque ; ils les lisent lous les samedis dans les synagogues à la fin de chaque parascha, ou section du livre de la Loi. A certaines fêtes de l'année, ils lisent encore publiquement dans leurs synagogues cinq autres livres d'entre les hagiographies ; ils les désignent sous le nom de Chamesch Megilloth, ou cinq petits volumes, savoir : le Cantique des cantiques, Ruth, les Lamentations de Jérémie, l'Eeclésiaste et Eslher. Du reste, la véritable oiiginc do celte économie des livres sacrés , telle que les Juifs la suivent, est irès-obscure, et les raisons qu'ils en donnent ne sont point solides, quoique leur Tahnud en lasse mention , mais avec quelque variété. La division générale des mêmes livres en trois classes est cependant fort ancienne, puisqu'on la trouve établie dans le prologue du livre de l'Ecclésiastique (Voyez ci-dessus, col" 701, nul. ). Jésus-Chrisl semble y fane allusion lorsqu'il dit ( Luc. XXIV, 44 ) qu'à1 est nécessaire que tout ce qui a été écrit de lui dans la loi de Moïse , dans tes prophètes et dans les Psaumes soil accompli. Josèphe en parle même dans son 1er livre contre Apu.u. (Voyez Eusebius, Hist. eccles., lib. 111, cap. H), |a-g. 105, et nul. Valcsii in eumd.) Si l'on souhaite de^ détails sur celle division , ainsi que sur les sections de la Loi et des Prophètes, lues dans les synagogues, on peut avoir recours aux ailleurs suivants : Joseph, de Voisin, loc. cit., col. 18 i et seqq.; Laurentius Fabricius, de Paititione codkis hebr., cap.
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a clé observée parmi eu* depuis bien des siècles. Il est même peu d'écrits sacres , après le Peniateuque , desquels ils aient fait plus d'usage que celui der Psaumes.
Leurs livres de prières, connus principalement sous le nom de Seder Tephilloth (I) , et leur Machzor, es-
5, et cap. 19 et seqq. ; Thesnur. librorum philologie , etc., Thomae Crenii, pag. 250 et seqq., et 548 et seqq.; Jo. Frischmulh, de Scriptural in legem, prophelas et hagiographa Distinctione. Jemc, 1665; Julius Rnioloccius, Biblioth. magn. rabbin., loin. II, pag. 505 et seq., et 071 et seqq.; et loin. IV, pag. 2 et seq., et 18C et seq. ; Joannes Buxlorfius paler, Tiberias she Commentarius masorelhicus, part. I, cap. M ; Richard Simon , Histoire critique du Vieux Testament , liv. I, chap. 9, pag. 58 eî suiv.; ebap. 28, pag. 157 et suiv.; Humfred. Ilody, de Texiibus originalibus, lib. IV, cap. 4, pag. 644 et seqq.; M. Prideaux , Hist. des Juifs, loc. cit., pag. 137 et suiv. ; Jo. Clirisioph. Wollius , loc. cit., loin 11, part. I, cap. 4, § 14 et seq., pag. 40 et seqq. ; Jo. Gotllob. Carpzov., Critic. sacr , pan. I, cap. 4. § l et seqq., pag. 152 el seqq. ; Conrad Ikenius Dissert, de Lege Mosis, Prophelis et Psalmis, ad Luc. XXIV, 44, inter ejusdem dissertaliones philologicas in diversa sacri codicis utriusque Instrument loca , maximum parlent mine demum in lucem éditas, Lugd. Ratav., 1749, pag. 419-455.
(1) Nous avons peu de livres hébreux après la Rible dont les Juifs aient plus multiplié les éditions que celles de leur Seder The phi Ilot h , c'est-à-dire Ordre des prières ou des oraisons qu'ils dirent soir et ma: in, chaque jour de la semaine el en différentes occasions, principalement le samedi et leurs autres fêtes de l'année. La formule de ces prières varie suivant les différents pays où les Juifs se trouvent. Par exemple , les Juifs allemands el polonais convienneul ass< z entre eux sur cet article; mais les Allemands s'éloignent là-des>us beaucoup plus de- Italiens, el il y a une plus grande diversité entre les Juifs espagnols et ceux d'Italie et d'Allemagne. Aussi avons-nous des recueils particuliers, mss. et imprimés de ces prières à l'usage des uns et des autres. (Voyez Jo. Chr.Sloph. Wolf., loc. cit., loin. II, inter anonymes, pag. 1452 et seqq.; lom. IV, pag 1066 et seq.; Jo. Buxlorlius, Synagoga judaica, cap. 10 el seqq.; Thés, unliquilt. sacr. iilas. Ugolin., lom. IV, col. 858 et seqq.)
Machzor signifie circuit ou cycle : les Juifs l'ont ainsi appel?, parce qu'après avoir parcouru celte espèce de bréviaire ot» d'office pendant le cours de Tannée, ils reviennent au même point par où is ont commencé. Ce terme vient de la parole chazar, c'est-àdire, retourner. Les prières que le Machzor reuf> rme sont presque toutes écrites en une espèce de vers rimes d'un style peu facile, que la plupart des Juiîs entendent à peine.
O.i peut appliquer an Machzor ce que nous venons de dire touchant le Seder Thephillolh ; car il y en a aussi quantité d'éditions , et les manuscrits comme les imprimés varient suivant les différents pays où les Juifs ont .les synagogues, comme en Italie , en Espagne, en Allemagne ci en Pologne. Dans le L-vaul iU suivent le lliluel espagnol. Le Seder Thephillolh renferme u.ême quelques prières qu'on lit dans Tau-tre recueil. Outre les sections de la loi et des prophètes, qu'on trouve au si quelquefois dans le Seder Thephillolh, il y a souvent dans le Machzor des livres entiers de l'Écriture concernant la classe des hagin* graphes. Au reste, cette espèce de bréviaire ou d'uflice divin , dressé principalement pour les grandes fêtes des Juifs , csl plus ou moins étendu , ainsi que les autres livres qui roulent sur le même sujel. Ces é- ri ts sont très-inuilij liés chez les Jui's, qui en i'oni remonter l'origine jusqu'à la plus hame autufuUl (Vf yez Jui. Burteluccius, toc cit., loin. IV, pag. âtié
I ccimIc Bréviaire ou d*Éucologe , forme encore un
tissu de passa