‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 116 sur 157 · VELAI ION · texte numérisé non relu

VELAI ION

que la nation judaïque a toujours été très-soigneuse de s'assurer ses anciens li'.res, au milieu même de ses calamités et de ses disgrâces.

On ne peut douter au>si qee ces révisions ne nous viennent d'une certaine c'assc de savants juifs connus sous le nom de Massorcthes. On les a ainsi appelés parce qu'ils ont été les auteurs de la Massore (I) ou

(1) Tradition. Les Juifs ne nomment pas autrement leurs notes critiques siii,?e texte hébreu, qu'ils disent, avoir reçues de leurs ancêtres. Ce terme de Massore, qui vient de "IDC, c'est à-dire livrer ou transmettre comme de main en main , marque en effet, ainsi que l'observe très-bien M. Simon (Histoire critique dn Vieux Testament, liv. 1, cli. Vi. pag. 152 , 134 )', que la tradition a été là règle que de savants Juifs qui possédaient parfaitement la langue hébraïque ont suivie. avec exactitude. Cette doctrine critique traditionnelle renferme différentes remarques qui sont comme autant de révisions laites anciennement parles M>ssorè h s. Les unes consistent dans rémunérai ion des versets des mots, des lettres du texte; d'autres servent à en noter toutes les diversités, afin que par une telle nié tir 'de on puisse en conserver la véritable leçon. Tel est eu gros l'objet que se sonl proposé nos docteurs juifs , pour pré-erver leur texte hébreu de toute altération essentielle. Mais il me parait difficile de fixer le vrai temps auquel ils s'occupèrent à revoir ainsi leurs écritures hébraïques. Le travail îles Massorèlhes n'a pont été l'ouvrage d'un jour , ni de quelques mois, ni d'une année, lies critiques juifs onl vécu en différents temps.

Faire remonter l'origine de la Massore au siè le mêire de Moï e ; soutenir que ce législateur des Hébreux ou les autres écrivains sacrés on fur -ni les auteurs , c'est un sentiment puérile qui ne mérite pas d'être réfuté , quoique des chrétiens l'aient embrassé après nue lo le de docteurs juifs. Tant que les autographes des livres sacrés onl existé, i! n'était pas bien dil'Iicile «le s'a >surer (le la véritable leçon du texte ; et li s précautions que prirent les Massorèlhes aur dent éié alors assez inutiles , puisqu'elles supposent nécessairement la perte de ces originaux. Sous l'économie mosaïque jusqu'au siècie de Malachie, le dernier des prophètes , quoique la plupart des anciens autographes eussent probablement péri , tout concourut cependant à conserver le texte dans sa pureté primitive, parce qu'il y avait d'excellents manuscrits qui tenaient lieu d'originaux. J'en ai fourni assez de [neuves dans mon l'r Mémoire. Il y eut d'ailleurs des écoles de prophètes , où l'on s'appliqua constamment à l'élude des divines Ecritures, ce qui dut efficacement contribuer à les maintenir dans leur plus i rande conservation.

Tout ce qu'on peut dire de vraisemblable sur une matière assez obscure d'elle-même, c'est (pie les Ivres saints ayant été exposés à bien des périls pendant ta cruelle persécution d'Anliochus Epiphane; lorsque les affaires de la nation judaïque vinrent à changer de face, il est bien naturel de penser que ceux quié aient à la tête du gouvernement el de la religion , n'oublièrent rien pour avoir le plus de copies qu'ils purent recouvrer des écrits sacrés. Nous savons même, par des monuments incontestables, que rien ne s'était perdu des saintes Ecritures (Voyez ci dessus, col. 550 et suiv. ). Le gouvernement Civil el religieux n'eut plus rien à craindre des fureurs d'un ennemi aussi redoutable que I'.ivail été Antiochus. L'élude des saintes lettres dot alors reparaître avec éclat A, l'exemple de ce qu'Esdras , JNé'iémic el quelques autres pieux personnages avaient fais auparavant sur les livres saints, on vil sous les Mach allées des docteurs zélés pour la correction des exemplaires de l'Ecriture : on s'empressa aussi de s'en procurer qui fussent de la dernière exactitude. Connue la langue hébraïque u'éla i i vers le même temps entendue que par les prêtres, les lévites et les savants de h», nation , on n'oublia

df.s titres piumitifs

d'une doctrine ci îiïque sur les livres saints, pour eu changements qui pourraient y arriver dans la Mine empêcher l'altération, et les défendre de tous les par la négligence des copistes.

(si ve se para la folia), docuerunlque en publiée, douce diffunderentur exemplaria isia hue et iltuç. i Elim

Leiv/rtlIT-DDH m*DD sheTraditio tmdilioms^prœfatioHe lerùa.eda. Veuetae apud Daniel. Bomherg., pig 28.

Dans ce même ouvrage, Elias Lévite parlé l'on avantageusement d'un ms. massore. bique intitulé N^JN N^dnI ( Cibus et cibus), duquel il avait fait beaucoup d'usage, et dont il du : Ptfrvusquimlitate, sed in reniassorelhica nullus ei similis. Avouons qu'il y a de l'injustice de ne vouloir juger de cotte critique des anciens Juifs <pie par l'état où elle se trouve présentement dans nos grandes Bibles rabbinïques. Il ne serait peut être pas impossible de la rétablir entièrement d'après les uiss. qui en existent, mais il faudrait taire un bon clmix de ces mss., en distinguer et en séparer ce qui appartient aux véritables Massorèlhos de ces additions qu'y ont faites ensuite les nouveaux rabbins postérieurs au XIe siècle. Les notes que Ton trouve dans nos Bibles ne sont point prises de la Massore : elles sont quelquefois de l'éditeur.

On voit par l'exposé que nous avons donné sur l'orig ne de; la Massore, que les auteurs de celle doctrine critique traditionnelle sur la manière d'apprécier le texte original considéré suivant l'analogie de la langue des anciens Juifs, d'en faire remarquer les anomalies qui sont du génie hébreu, d'en fixer enfin la lecture quant aux points voyelles et aux accents; on voit, dis-je, que ses auteurs oui vécu en divers siècles et en différents pays.

(je que nous venons d'établir montre combien est peu fondé le sentiment de ceux qui soutiennent que certains docteurs juifs de Tibériade inventèrent eux seuls toute la Massore vers la (in du Ve sièce ou au Conrmencemcnl du suivant. Celle hypothèse se réfute aisément par le Talihud de Babylone, composé vers l'an 500 de notre ère, Entre aures témoignages qu'on lit dans ce code judaïque, en voici un qui est pris du traité intitulé Chidduschin {de Sponsalibns) ord. III, cap. î, fol. 50, recio : « Quapropter nuncupati sunt pnmi (vel ami qui dociores) sopherim, quia ntimerabant OHuies litleras qu e sunt in lege, Dicebuit enini vuu in voce venter (Levii. Xi, 42j esse niediani litteram in libro Legis ( Quœreudo (fuœsiv'u ) { Levit. X, 16 ) esse mediain voeem (El radet se) (Levil. XI i, 53) médium versurn : (Consumpsil eam aper de sylvu) (Ps. LXXX, \i) rà in (sylvu) esse niediani ( litleram) in Psalmis : {! pse aulem misericors coudonabil iniquitalem ) (l'salni. LXXYIil, 58) médium in Psalmis tersiculum. » Gonf. Jac. Usserius ad Lud. Cappell. eplslol. qu.e exst. in fine ejusdem Usser. de prisca LXX interprelt, vers. Syntagm., pag. 411 et seq.; Geoi-g. Abichtius, Diss. de duobus versibus Josue XXI libro réslituendis ; Thés. uov. ihcolog. phUolog. Dissertait, ad V et. Testant., lom. 1, pag. 537; Juan. Buxtorl'. Tiberias, cap. 8, pag. 8 et seqq., etc.; cap. 14, pag 5't; cap. 15, pag. 57 ; cap. 17, pag. 41 elseqq., edil. in-fol.; Joan. Chrisiopn. Woil., Biblioth. liebr., lom. il, lib. III, cap. 1, p. 405 et seq.

Disons donc que bien avant le VI' siècle de l'ère chrétienne, les Juifs avaient déjà l'ait des observations sur leur texte hébreu, quoiqu'on ne les vît. recueillies en un corps que vers le même temps par les docteurs juifs de Tibériade, qui les accrurent encore de leurs notes critiques: ceux-ci avaient fait une étude profonde la langue hébraïque, comme le témoignent dans leurs grammaires IL Jouas, fils de Ching, Ephodée, IL Elias Levila, ainsi (pue plusieurs aures écrivains de la même nation (Voyez Joan. Buxtorl', lue. cit., cap. 5, pag. 10 et seqq.; Juin. Cliri.-l. Wo.lius, loc.. cit., loin. I, num. 557, pag. 205 et seq.). Je croirais aussi que ces notes augmentèrent dans la suite, car il est certain que l'on ne doit paini en séparer les diver.-nés de leçon parmi les juifs orientaux cl occidentaux;

point de la faire fleurir dans les éc les. Telles so;,t le-, considérions que nous avons touchées en gros,, dans ledit mémoire; elles nous indiquent la véritable origine de la Massore.

Pour mettre un frein à l'ignorance ou à l'inadvertance des copistes , comme à la témérité des faux critiques, qui auraient pu altérer le texte de l'original soit en se servant d'exemplaires peu corrects, soit en y insérant (Us additions cl des interprétations arbitraires qu'aurait démenties l'enseignement des ministres du Seigneur, l'on s'attacha à collationner les mss. hébreux avec ceux, entre autres, qui étaient ifcconuus d'une autorité publique , et que l'on conservait soigneusement dans le temple de Jérusalem pour l'instruction des fidèles. Non contents de comparer ainsi Jes exemplaires de l'Ecriture, les Juifs y tirent ensuite des remarques i, après avoir distingué leurs livres sacrés en difîérenles sections. Us prescrivirent même des règles afin de les copier avec plus de fidélité. Us marquèrent exactement dans des écrits séparés le résultat de ce qu'ils avaient observé sur l'analogie de la langue sainte, et sur ses anomalies d'après le propre texte des livres sacrés. C'est de là que naquit celle Massore, espèce de critique, de laquelle ou ne confond une trop les premiers auteurs avec ceux qui avaient déjà f «il le recueil ou le canon de nos divines Ecritures. Celte critique prit môme de nouveaux ac-,> froissements, mais peu à peu, moyennant d'autres observations puisées dans le génie de l'hébreu , considéré de plus près. A mesure que les mss. de l'Ecriture se répandaient, et que les exemplaires s'en multipliaient, plus ils pouvaient être exposés à des fautes de copiste , plus encore se trouvait on obligé d'en prévenir la moindre interpolation, en les Coliationn.iut avec d'autres mss. reconnus lrès-correc:s par les docteurs de la loi , qui étaient en grand nombre dans la nation judaïque.

Cette sorte d'étude est très-ancienne chez les Juifs. Elle s'y maintint constamment jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Nous avons même cité ci-dessus ( coi. 70G et seq., not.) l'autorité du Talmud de Jérusalem, où il y a un passage bien précis au sujet de trois mss. hébreux qui étaient conservés dans une salle des vestibules du temple (nTfnD) , et que l'on consulta pour s'assurer de la véritable leçon.

L s désastres qu'éprouva la nation dans la ruine de Jérusalem et (\n temple, les nouveaux malheurs qui la suivirent après celte grande époque, les dangers enfin qui la menacèrent de temps en temps dans les divers pays où elle se trouva dispersée : tant de circonstances lâcheuses la firent penser sérieusement à ne point perdre de vue les titres primordiaux de sa religion, bon premier soin se tourna donc à ne point négliger les bons mss. des livres saints, et à recueillir surtout les remarques relatives à ce sujet, éparses çà et là dans les écrits des anciens.

Les docteurs juifs ne se bornèrent pointa ces recherches Aux premières observations qu'ils avaient compilées ils en ajoutèrent d'autres que l'on conserva dans dus livres particuliers, cl que fou expliqua dans les écoles de la dispersion. C'e>l ainsi que se multiplièrent insensiblement les notes critiques auxquelles ils donnent le nom de Massore : le volume en sérail bien plus étendu que ce (pie nous en avons dans nos Bibles, si nous l'avions telle qu'elle était anciennement. « Tra-icrea quod reperitur scripium in margiue iibrortim ( biblicorura i non est nisi eompendhiin ex lla.^sora (magna). Constat enim auctores Uassiirae non scripsissc verba sua circa piarginem, cum brevius ibi lue» il siraium quàm ni exlendere se in eu pussent, el c rima iiiuiur quain ut conlinuissci omnia verba ipsolum ; sed scripserunt isia in scpar.uos qualcruiones

801 BE LA REVELATION. 802

Ne nous cachons pas qu'il est peu do matières qui d'un siècle que celle qui a rapport à ce ira w; il des dotïcni exercé davantage les philologues depuis plus cleurs juifs. Il n'est guère possible de suivre ici les

j'en dis autani de celles que compilèrent R. Aaron, lils de Moïc de la tribu d'Asehcr, cl K. M >ïse, fils de David, de la tribu de Nephluli, deux laineux masgorèthes qui vivaient dans le XIe sîèc'e.

Les unes et les aut-es de ces leçons se trouvent à la lin de nos grandes Bibles rabbiniques et d 'lis quelques éditions de nos Bibles. Ou ignore en quel temps furent recueillies les premières, qui sont au nombre de 236, et qui roulent sur les lettres et les mots. Les secondes, qu'on ne doit point confondre avec les premières, qui sont beaucoup plus anciennes, ne concernent que la manière de lire différemment certains mots quant aux points voyelles el aux accents, mais elles ne changent en aucune façon ni la forme, ni la signification du terme, comme il est facile de s'en assurer. On en fait mouler ordinairement le nombre jusqu'à 8Gi ; on en compte cependant davantage dans le VIe tome de la Polyglotte de Londres, d'après un ins. de Seblen ( Voyez Wollius, loc. cit., loin. I.num. 193, pag. l"2(jel seq.; Carpzov. , Crii. sac. part. 1, cap. 8, § 7, pag 557 et seqq.).

Ce sentiment sur l'origine el le progrès de la M:\ssore, qui est d'ailleurs fondé, lent un juste milieu et évite les exliêmes dans lesquels ont donné quantité d'écrivains, faute d'avoir su bien apprécier ie^. monuments littéraires des Juifs.

M Moïse , ni L ciras , ni aucun auteur inspiré n'ont assurément poiul eu de parla toutes ces remarques ou noie: massoréihiques. C'est de quoi nous eon- \enonsavec le P. Morin, doin Caimel ci aunes savanis philologues. Mais ce dernier écrivain {Dictionnaire historique, critique, etc., de la Bible, loin. II, éd. de Palis, 1750, pag. bit ) s'écarte beaucoup de la vérité, lorsqu'il rejette au Xe sièele, el même plus lard, les iiavaux i\es massorèlhes. Du reste cette opinion n'a point é-é particulière à don) Caliuet.

Lu voilà assez sur ce qui concerne le temps auqnel les Juifs se sont occupés d'observations analogues à la critique des Kcrilures hébraïques, soit avant, sol après la venuede Jésus-Christ. Donnons maintenant une niée, la plus succincte qu'il sera possible, de ces mêmes remarques.

On doit sans doute avouer que jamais ouvrage ne fut aus-i laborieux que celui de la Massorc. Diviser chaque livre de l'Ecriture en grandes et petites sections, en compter le nombre des versets, jusqu'à celui des mois el des lettres, marquer le verset, le mol et la lettre du milieu de chacun deces livres; être attentif à spécifier de temps en temps combien de lois la même lettre est susceptible de tel point voyelle, marque!' quand un ternie est plein ou délèelif, c'esl-à dire quand il ;» ou n'a point quelqu'une des lettres quiesceutes 'VIN, cl imites les lois qu'elles doivent y être considérées comme sujtcrUues, soit au commencement, soit au milieu, soil à la lin d'un mot. Tel es! en partie l'objet que se propose la Massore. Maiselle ne s'arrCle point à ces minuties: elle fixe souvent la siguilicaliou douteuse dù> termes en indiquant, par exemple, Cènes. XXX, iv2, que la parole D'"UU, qu'on rend ordinairement par parles, signifie ici mesures; mais que ce n'est guère que dans ce seul endroit de la Genève qu'on doit le prendre en ce sens. La Massore est pleine d'une infinité d'autres observations qui tendent à ne pas taxer de fautes certaines anomalies qui sont du gé.ie de la langue hébraïque. C'est un poiul essentiel qu'on ne doit poiul perdre de vue.

Parmi ces différentes remarqueson distingue encore ce qu'on appelle, 1° lttursopherim, retranchement des trribes ; T Tikkun sopherim, ordonnance des scribes; 5° Sebhirin , c'est-à-dire QptnunU ou faisant des c on lecture*.

La première de ce- noies indique cinq endroits de

l'Écriture où la particule conjonctive 1 ne doit point être m>se au commencement de quelques mois, parce que les bous mss. ne la portent pas. Ces endroits sont Genève XYlîi, 5; XXIV, ao; Nombres Xli, 14; Psaume I.XViil, L2b, da s lesquels U faut poïtea au l;eu de et postea. Psaume XXX VI, 7, judicia tua pour et judicia tua. Couler. Tractai. Talmud. nednrim, fol. 57, col. 2; Mussoru magna ad Gen. X VI II, 5; il/assora parmi ad psa'.m. XXXV l, 7 ; Joann Goiltried. Wcrcîiav., Ablatio scribarum ; Thesaur. nov. thcolvg. philulog. sive Syllog. dissertât! . exegetic. ad Y et. Test, loca, etc., loin. I,pag. Il) et scqq.,edit. Luï?d. Balav., î7.>2.

La seconde observation critique n'insinua point une corruption du texte hébreu, encore moins quelque diversité de leçon, comme l'a cru le P. Morin ( Itli. II, Exercitl. bibl. XXIÏ, cap. 2, pag. 575; cap. 3, pag. 581) ; elle montre seulement que dans dix huit <ndroils de l'Ecriture, les Juifs ont cru devoir poiter quelque tempérament au style de l'écrivain >acré, en l'i nier prêta ni dans un sens divers de celui qui se présente d'abord naturellement à l'esprit ; quoiqu'il failie laisser ces p ssages tels que les écrivains sacrés les dictèrent. Bien des auteurs on! pris de là occasion d'accuser les Juifs d'avoir corrompu les livres saints, mais celle accusation est fiivole. Si les Juifs avaient réellemeni altéré leurs Ecritures hébraïques dans ces mêmes passages, croit-on qu'ils eussent fait mention de cette ordonnance îles scribes? Elle pr< uve au contraire leur bonne fui, ainsi que l'a très bien remarqué le savant du Voisin, Observai, ad pngionis fid<i liai)mundi Martini, part 11, cap. 5, p. "20'6 edii. Lipste is. (Confer. Mutsora magna texlnalis in Ezech. VIII, 17 ; Josue Lcvila, llalieoi Olant, pari. Il, cap. 1, § 114, in Clave maxima Talmud., edii. Van Bashiiysen, pag. 79 cl scq. Salomo Glassius, Vlulologia nacra, lib. 1. tract, I, pag. 20 et se |.; Theod. llacksp an us, ISolœ ad Nizzachon li,ib. Lipmanni, cap. i>, pag. 52->- et seqq.; Joui Chr si. Wolf., Bibliolh. h'br., to.n 11, secl I, § 10, p:g. 22; Joan. Meyerus, Disserl. de vero sensu Tikkun sopherim in Thesaur. nov. tlieol. plttiolog. Dissertai ad Vcler. Testament. , loin. I, pag. 1 et

seqq.

La troisième a en vue quelques mois de l'Ecriture qni.au premier aspect, semblent exiger devoir cire 1ns autrement qu'ils ne le sont dans le texte hébreu; mais les luassorcibcs n'ont aucun éjjard à ces conjectures, qu'ils traitent même d'erreurs. Au-si ils observent qu'il laul suivre la leç-n ordinaire, parce qu'elle est authentique (Voy. Juan Buxl riiiis, Cldvis. M assurée, cap. 10, p g. G5.

Je laisse à part bien d'autres remarques des massorèlhes. Une de leurs notes qui mérite encore quelque attention est celle qu'ils loin sur divers endroits de l'Ecriture, et (puis appellent piska, c'est-à-dire pause, pour marquer que le sens est ici fini, cl que par conséquent il n'y manque rien ; quoiqu'ils y aient quclquelois laissé expressément de petits espaces \ides qui pourraient fane soupçonner que l'Ecriture sainte y e-l déi'cclueuse. ( Voyez J an. Golllob Carpzovius, Criiic. sac, part. I, cap. 6, § I, pag. 304 et seqq.: Joan Chrislopb. YVagenscil, Manlissa ad lela ignea Salanœ advenus Marshumuu, a se édita, ton». I-, pag. 55 et seq.; liuxtoiï., loc. cil., cap. Il; pag. 07).

Les massorèlhes observent aussi plusieurs mots dont les lettres se trouvent déplacées ou transposée . IL désignent leur ob,ervaliou par les termes île mut duui umeuclur, c'est à-dure ce tjui est antérieur et po* siérieur, ou, gomme Ton dit autrement, ùi-cepo-j nço-spo-j. Ils remarquent, Ecclcsiasic IX, 4, que ces muta dont ils donnent la véritable orthographe, soûl au nombre de 02, ci qu'au lieu de lire, par exemple,

disputes lilléraires que l'objet de ces observations cm loiis-iious de faire remarquer que les uns ont fait le (iques a occasionnées parmi nos savants. Conlen- plus grand cas de la Massore, et que d'autres l'ont

il sera choisi ou préféré, connue porte le texle (loc. cil.) il faut mettre il sera, ou il vivra en société. Le sens îiiènic de la phrase détermine pour la dernière leçon.

Ces détails que nous ne pouvons éviter, nous rnè« lient naturellement à ne pas omettre une autre partie de la Massore, louchant le keri ou /«, et le chetibh ou An*. C'est ici a sûrement un des points les plus essentiels de celle critique des Juifs. Le keri que l'on trouve désigné aux marges de nos Bibles hébraïques par la lettre p, montre qu'il y a une diversité de leçon : elle est. indiquée dans le texte delà plupart des Bibles par un petit cercle au-dessus du rheiibh. Les Juifs pensent qu'il faut la préférer à relie qui esi dans le texte, et qu'ils nomment pour celle raison clieiibli ou écrit. Quoique les massorèthes aient fait sagement de ne point négliger celle variante, il- ont pu toutefois se tromper dans l • jugement qu'ils en portent. Leur observation est bonne en général, mais cl!e est sujette à des exceptions L a Massore ne doit point nous servir de règle infaillible : il faut l'apprécier selon les lois d'une saine critique en comparer les remarques avec l'analogie de la langue et le contexte de l'écrivain sacré, les rapprocher encore des endroits parallèles, les confronter exactement avec les bons manuscrits hébreux, enfin ne point négliger les anciennes versions chaldécnnes, grecques et latines qui viennent souvent à l'appui des c nsidérations massorélhiques.

A la faveur de celle méthode, qui fera connaître la nature du keri-chetibh , nous pourrons tirer de la Massore, quoique imparfaite dans nos Bibles imprimées, des arguments solides en faveur de l'intégrité du texte primitif hébreu.

Le keri-chetibh offre sans doute des mots autrement lus dans la marge cl autrement écrits dans le texte des Bibles hébraïques. On peut dire en quelque man ère, que c'est ici une espèce d'énigme qui a donné bien de l'embarras aux critiques les plus versés dans la Massore. Aussi voit-on beaucoup de divisions parmi les savants, soit juifs, soit chrétiens, louchant I origine de ces variantes. Une difficulté qui se rèncontVet'iicor.' là dessus, c'esl qu'il ne règne paS assez d'umfoi mité entre l 'S manuscrits et les imprimés hébreux au sujet des diversités de leçon qui lonl l'objet du keri-ehelibh. 1° On trouve des manuscrits qui représentent le keri dans le lexte même sans aucune note marginale ; 2° il y a des manuscrits où le keri et le chetilih sont tellement permutés ensemble que la leçon marginale de nos Bibles imprimé s y est la leçon du texte; et où l'on voit quelquefois tout le contraire ; 5° on déc< uyre dans certains exemplaires hébreux des leçons sous le nom du keri qui ne sont point telles dans d'autres; 4° les manuscrits donnent quelquefois des keri et des chetibh absolument inconnus dans nos imprimés; 5° il se trouve enliu des manuscrits qui au lieu du keri cl du chetibh donnent la Iiçon primitive, d'où ces sortes de variantes semblent avoir pris naissance. Voyez le savant Daniel Ernest Jabïonski, qui a bien discuté cette matière, et P.1 appuyée môme de plusieurs exemples dans sa Wile préface (§ 13) qu'il a mise à là lète de la Bible bébraï ue imprimée à Berlin cri 16i)î), en grand

in-8*:

De là il résulte, 1° que les manuscrits hébreux n ont pas été tous copiés avec la même exactitude ; 2° <,ue les notes inassoréihiques relatives au keri et au chetibh n'ont point été transcrites uniformément iîan> les mauuserils hébreux de différents âges; 5,J qu'il y a de l'absurdité d'allribuer aux auteuisdes livres sacrés l'origine des variantes en question, ainsi qne l'ont fait quelques écrivains juifs et chrétiens {Voyez Jo. GotllobCarpzovius, Crilica sacr., part. 1,

cap. 7 , § 3 , pag. 550 et seq.; § 4, pag. 355; Jo. Christoph. Wolf. , Biblioltt. hebr., loin. II , Ijb. M, cap. 2, pag. 510 et seq.; 514 et seq., loin. IV, lib! III, cap. 1, pag. 208).

Peut-on s'imaginer que des écrivains inspirés de l'esprit de Dieu aient é é capables d'hésiter sur la véritable leçon, ou qu'i s aient voulu en laisser de fautives dans le texte, pour nous apprendre aux marges de leurs livres celles qu'il faudrait suivre? IVaioiM pas dire aussi avec David Kimchi (Prœfat. Comment, in prophet. priores) et avec fipkndée (£ramm«t. h br., cap. 7), que les exemplaires de l'Ecriture sciant trouvés fort corrompus dans la captivité de B bvlone, Esdras ou les docteurs de la grande synagogue en firent ensuiie la révision; et que lorsqu'ils se virent arrêtés par quelque doute, ils se contentèrent de meure en marge la correction, sans oser toucher au lexte. Celle opinion ne saurait subsister par les mêmes raisons qui coin ba tient la précédente. Esdras, Aggée, Zaeharie et Malachie, que les Juifs niellent parmi les docteurs de la grande synagogue, qu'ils font auteurs du canon des livres sacies, ne jouissaient pas moins du privilège de l'inspiration une les autres prophètes. On doit encre mépriser l'hypothèse d'Isaac Abarbanel ( Prœfat. Commentai-, in Jerem.) qui attribuait le keri à la correction d'fjsdras et des massoièihes, et le ehelibh à quelque dessein mystérieux, ou même à l'erreur des auteurs sacrés , qu'il osait accuser d'ignorance dans leur propre langue. Quelques savants Juifs , tels qu'Elias Lévite (Prœfat. 111 Massorcth Hammassorelh , pag. 15) et Jacob ben Chaiini (Prœfatio ad Biblia venela magna rabbinica, chart. 2), se sont élevés avec force contra une opinion aussi singulière qu'elle est hardie et téméraire. Consultez encore ce qu'en a écrit Jean André Uanziùs, Sincerilas scriplurœ Vct. Testant, prœvalente keri vacillans , § G et seq.; 51 et seqq. ; cjusd. Sinceritas Scriptitrœ Vel. Testant, suspicione errons in décade exemploruni Abrabbaneli ub asseclis incusutorunt aHlena , eluclam , § 1 el seqq., in Thesauro nova theolog. philolug. Dissertât, ad Y et. Testant., etc., loin. I, pag. 32 ei seqq., pag. 48 el seqq.; pag. 56 et seqq.; Joan. Morinus , Exercil. biblic, lib. il, exercil. 2i, cap. 1, pag. G22.

Ma s laissons les différentes opinions des Juifs sur l'origine du keri-chetibh : on les trouvera suffisamment détaillées dans l'ouvrage du I'. Morin que nous venons de citer ; exercil. 21 , cap. 1, 3 ; exercil. 24 , cap. 1 et seqq., pag. 554, 610 et seqq.; vid. et Ludovic. Cappellus , Crilic. sacr., lib 111, cap. 14, pag. 400 el seqq.; Jo. Buxtorl'., Anlicriiica, sett Vindiciœ veritatis hebr., part. II, cap. 4, pag. /<i8et sèqq.:Ju. Christ. Wolf, loc. cit., loin. U, pag. .08 et seqq.; loin. IV, pag. 203 et seqq , ei alii,

Ne nous arrê'ons pas même à ceux des critiqués qui ont attribué l'origine de ces variâmes à dive s exemplaires qu'Esdras avait retouchés cl revus, ou qu'il avait écrits, selon eux, de sa propre main. Celte hjpoihèse offre des difficultés auxquelles on ne peut satisfaire, quoiqu'elle ait été défendue par le savant lîiller d'une manière ingénieuse el avec un appareil imposant d'érudition hébraïpie dans son Arcanum keri el chethib, Ubri duo, pro vindicanda S. codicis hcbrœi integritate et firmanda locorum pins ôclmgenlorunt explicniionc contra Luduv. Cappellum, hauc. Vossium, Wulloninn, el asseclas eorunt, etc., Tu • binga! 1602, in-12, pag. 24 et seq. ; vid. Wolf, loc. cit., loin. I!, pag. 510 el seq ; et ton». IV, pag. 225; Mémoires pour l'Histoire des sdences et des beaux* arts, ou Journal de Trévoux, novembre 1715, pag 2187 ci suivanies.

Ne cherchons phrôt d'autre cause du keri ehelibh que 'a diversité de quelques anciens et excellent

DE LA RÉVÉLATION

trop méprisée. Mais tous ces écrivains ont donné dans et le génie hébreu et 1a nature de cette sorte d'ouvrades extrêmes, faute d'avoir approfondi suffisamment gc. II fallut être moins aveuglé par les préjugés, ne

manuscrits dont les uns étaient probablement a 1 «- «sase des Juifs de la Palestine, et les autres pour les Juifs de Babylone. Quelle que soit enfin 1 origine de ces variantes, quel qu'en soit le nombre, qu il est difficile de fixer, et que l'on pourrait, ce me semble, diminuer de beaucoup par la voie des manuscrits d une autorité reconnue, loulesles difficultés qui embarrassent nos critiques devraient s'évanouir d'elles-mêmes, en Rattachant aux règles que nous avons établies cidessus pour apprécier les observations massorétbiques louchant le keri-chetibh.

Il nous reste à dire encore un mot sur ce qui concerne la forme de la Massore , telle qu'elle parut d'abord par les soins de tt. Jacob bciîChaiim, dans nos crandes Bibles. On la divi>e ordinairement en grande et pciitc : celle-ci est toujours écrite en caractères rabbiniques, dans la marge intérieure des mêmes Bibles entre le texte hébreu et la Paraphrase chaldaifine. La gronde se trouve au haut et au bas des marges du texte, mais en caractères carrés, et en partie à^la fin de la Bible : ce qui est cause qu'on distingue la grande en Massore textuaire et en M <s oie iî- ■ir.de. Celte dernière est imprimée selon l'ordre de l'alphabet hébreu, et sert de supplément à celle du texte. Le style de la grande et de la petite Massore est en chaldéen, et très concis : aussi est-il difficile à entendre, eu égard encore à la plupart des termes techniques , surtout dans la petite Massore, qui en sont très abrégés. Une aune difficulté qui la tend d'un usage incommode, c'est qu'elle n'indique point les endroits de la Bible où l'on trouve tel ou tel mot qu'elle cite assez souvent ; et il faut toujours avoir les concordances hébraïques à la main pour vérifier ces passages. En recourant à ce qu'Elias Lévite en a écrit dans son Massorelh Ilamnwssoreth, et principalement au savant commentaire massoréthique de Buxtorf, celle matière ne présentera que peu de difficultés à surmonter. Voyez les aunes écrivains qui ont travaillé là-dessus, et dont Wollius nous a donné un bon catalogue dans sa Bibliothèque hébraïque, tom. Il, pag. 554-558, 542 544, et tom. IV, pag. 226- 229 et suivantes.

Sans nous étendre davantage sur le travail des Massorètl.cs, regardons le comme une des meilleures «Uilioiis qu'on ail jamais faites du lexle hébreu. Ceux qui présidèrent à ce grand ouvrage prirent p ur base de leur critique la confrontation des manuscrits d'une bonne antiquité. Il est vrai que ces savants juifs sont souvent entrés dans certains détails qui nous paraissent minutieux el superflus ; mais cela était peut-être nécessaire, eu égard aux circonstances des temps. Tout ingrates el obscures qu'aient été quelques unes de leurs observations, on y voit néanmoins un assemblage de pièces de rapport dont la liaison est réelle, quoiqu'elle ne se montre pas au premier coup d'œil à cause de la confusion qui y règne, el que l'on pourrait faire disparaître, si l'on poursuivait les recherches que des savants ont entreprises sur la Massore, après les fatigues de Buxtorf (Voyez Wolf, loc. cit., tom. Il , pag. 471 ). fcn un mot, c'est un travail utile, el tel est le jugement qu'en portent les plus habiles critiques, ceux principalement qui ont fait de véritables progrès dans la littérature orientale. I Disons-le aussi, c'est en vain que, pour décrier les remarques des Massorèthes, pour en prouver la futilité, et montrer combien elles ont nui à la conservation des manuscrits hébreux, on ne cesse de nous répéter qu'elles ne roulent que sur des minuties, qu'elles laissentdans le texte les fautes lespluscapitdds. Eh! que ne dit-on pas? Une chose qui m'a frappé plus d'une fois, en lisant ceux de nos écrivains qui sont si prévenus contre la Massore, c'est encore qu'ils s'effnrl'ent d'appuyer leurs invectives du suffrage des plus

S. S. XXVlï.

savants juifs. On n'oublie point de prêter à J;icob lien Chaiim, originaire de Tunis, auteur de la fameuse Bible rabbinique imprimée à Venise en 1525-26, chez Daniel Bomberg, des sentiments qtfil n'eut jamais. On allègue quelques passages de ce célèbre rabbin , qui au fond ne disent rien. On fait valoir le témoignage d'Elias Lévite ,qui possédait pai failemcnlce ttemalière, et qu'on dit mal à propos avoir renchéri sur les plain tes que nous venons d'exposer contre la Massore. On insiste beaucoup sur une prétendue autorité d'Aben- Esra, comme si cet auteur juif eût écrit que les Massorèthes ressemblent assez à un homme qui s'amuserait à feuilleter un livre de médecine et à eu compter les pages, sans en apporter d'autre remède au malade. On nous compare enfin tout l'ouvrage de la Massore à ce grand orme dont Virgile a dit (Alne;d. VI, 283) qu'il était la retraite des vains songes :

Ulmus opaca, ingens : quant sedem somnia vulgo Vana teuere terunt, t'oliisque sub omnibus baerenl.

Voilà en peu de mots le résultat îles objections que M. Benjamin Kennicolt a renouvelées d'aprè- le 1*. Morin, Louis Cappel, le docteur Sharp-, le P. Ilouhiganl et bien d'autres, dans son Examen du lexle hébreu tel quil se trouve dans nos Bibles imprimées , se* conde dissertation; Bibliothèque des sciences et des beaux arts, loin. \YI, janvier, eic, part. I, pag. 16 et suiv., avril, etc., part. II, pag. 555 el suiv. ; ton». XVI, juillet, etc., part. I, pag. 19.

N'anticipons pas ici sur nos considérations touchant les laborieuses recherches dont s'occupe ce savant anglais depuis bien des années. On voit assurément que tous ses travaux tendent à élever un grand édilhc aux dépens de la Massore, qu'il mépris»! trop, parce, qu'il ne la connaît pas assez. Mais il n'en a rien dit qu'on n'ait déjà réfuté dans une foule d'ouvrages de nos plus célèbres hébraïsants. Lisez la Bibliothèque hébraïque de Wolfius , loin. Il, lib. 111, cap. 2, pag. 529 et seq., et ce que Carpzovius a publié là-dessus dans sa Critique sacrée, part. 1, cap. 6, § 5 et seq. ; pag. 505 et seqq.

Tous les bons écrivains juifs cl chrétiens tombent

d'accord que la Massore est défectueuse dans l'état

où elle se trouve présentement; c'est que nous no

l'avons pas tout entière dans nos imprimés, el qu'elle

y csl interpolée. Les manuscrits qui nous en restent

(Wolf., loc. cit., cap. 1, pag. 469; Carpzov.,uti supra,

§ 2, pag. 294 et seq.) et ce qu'Elias Lév'ue en avait

vu de ses propres yeux, ainsi qu'il le témoigne dans

sa 111e préface (Massorelh Ilammassoreth, pag. 27 et

seq.; con[er. Joli. Buxtorf Tiberias, cap. 19 , pag. 45

et seq.) prouvent combien elle doit être étendue. Si

ce savant juif el quelques autres de sa nation , tel

qu'Aben-Esra, Jacob ben Chai i m , se sont plaints du

peu d'exactitude el de la confusion qui régnent dan ;

celle critique; ils n'en o l rejeté la cause que sur la

licence et l'ignorance des copistes (Voyez surtout ï

Jacob ben Chaiim , Prœfal. in Biblia maqn. rabbin.

ab se édita, sub liuem). Mais il s'en faut bien qu'ils

aient blâmé l'ouvrage en lui-môme, eux qui en ont fait

tant de cas. Pour ne point Irop allonger celte noie,

je me contenterai d'en rapporter ici trois témoignages.

Summatim (dicam quod sentw, mmirum) ipsi (Musso-

relhœ) constiluerunt legem el Scripturam in formam

suam stabilem. El procul dubio, nisi advenissent, jam

consumpta esset placenta, fucluque f'nisset lex velut duœf

neque reperla fuissent duo cxemplaria librorum quo-

rumeunque Scripturœ qui simut consentirent, quemad-

modum aliorum auclorum libris accidit.Num vides quel

differenliœ et varielates deprehendunlur in Targutn

Onkelosi! etc. Elias Levila, hc. cit., pag.. 25 et seq.

Cum autan animadvertissem ingentem uCililatem quee

pcrapiiur ex Mussora magna el parva alque Massora

maxima {sive finali) etc., R. Jacob ben Chaiim

(Vingt six.)

point épouser précipitamment des systèmes pleins d'inconséquences,* en un mot, garder un juste milieu.

Prœfat. in Biblia rabbin, venet., chart. ult.,col. 1. Certe merces debeturauctoribus Massorœ ob opus(corum), qui sunt quasi custodes murorum civilalis : propler ipsos enim perstant lex Domini et libri sancti in forma sua absque alla additione aul defrtfC/fo/ie,Âben-Èsra NTO YD* sive Fundamenium timoris, sub inilium. Confer. Wolf, toc. cit., tom. Il, pag. 528 et seqq. ; Buxtorfius in Tibcriade, cap. 20, pag. 47 cl seqq.; Jo. Morinus , Exercit. BibL, lib. II, exercit. 21 , pag. 555 etseq.; ejusd. Opuscula hebr. samarii., pag. 210 ot seq. ; Richard Simon, Hisl. critique du Vieux Testament, liv. I, chap. 24, pag. 155; XXV, pag. 139, etc.

La matière que nous venons de discuter est si dépendante de la question louchant l'origine des points voyelles, que nous ne pouvons pas trop nous dispenser d'y entrer du moins pour un instant.

II est incontestable que les points voyelles dont se servent les Juifs fixent la prononciation et le sens des mois hébreux. Un terme différemment ponctué ci prononcé signifie des choses toutes différentes. Aussi celte question de l'antiquité des points a-l-e!Ie paru de conséquence : elle l'est en effet, De toutes les discussions critiques il en est peut-être peu sur lesquelles on ail composé tant d'ouvrages et même d'ouvrages savants. On connaît assez ce qu'en ont écrit JesV Morin, les Cappel, les Wallon, les Lœschcr, les deux Bustorf, lcsVollms, les Carpzovius, les Noël Alexandre, les Michaëiis, et grand nombre d'auteurs distingués dans la république des lettres. Mais on voit encore régner un schisme littéraire qu'on pourrait aisément terminer, si l'on était moins préoccupé contre les livres dos Juifs.

Les uns datent l'origine des points de l'invention même des lettres hébraïques ; d'autres la font remonter jusqu'à Moïse et aux écrivains sacrés ; ou ils la ilonncni seulement à Esdras et à la grande synagogue ; d'autres la reculent jusqu'au lîe siècle de notre ère,' ou vers le milieu du IIIe, ainsi que l'a fait M. Fourmont l'aîné (Disserl. critiq. sur l'époque de la pond nation hébraïque de la M assort, etc., Mém. de lin. de Vacad. des inscripL, tom. XIII , pag. 504 et Miiv., édil. de Paris). Bien des écrivains, peu satisfaits de ces différentes hypothèses, ont cru devoir fixer Porfainc des points voyelles à l'an 500, après JcsuscSrist, ou environ. C'est Elias Lévite, très-versé dans la grammaire, qui a été comme le premier auteur de celte opinion. Mais en attribuant ainsi l'invention des points aux Massorcthes de Tibériade, il a été abandonné par tous ceux de sa nation, quoique d'habiles critiques aient embrassé son sentiment.

D'antres savants n'ont pas l'ait grand cas de l'hypothèse d'Elias Lévite. Jacques Basnage {llht. des Juifs, liv. 111, ch. 9, § 45, pag. 250) s'est écarté encore davantage de l'opinion commune, en fixant Finvenlion des' points voyelles au XIe siècle. Il a soutenu qu'Aaron Ben-Ascher et Jacob Ben-Nephtali en furent les premiers auteurs, ainsi que de la Massore. Ce que dom Calmct a écrit là-dessus dans le Dictionnaire hisl. critique, etc., delà Bible {tom. 11, art. Massore) revient presque au sentiment de Basnage 11 n'est pas à craindre qu'une hypothèse au. si singulière et qui est démentie par tous les monuments littéraires des Juifs, fasse jamais beaucoup de sèctaieurs parmi les vrais savants. Le 1». Morin avait déjà avancé la môme hypothèse touchant l'origine des

points. ... . ►, ,

Enfin l'on trouve des écrivains qui ont prétendu que cel art n'avait été inventé chez les Juifs qu'à l'exemple des Arabes, qui avaient pondue leur Alcoran. Les deux Morin et Richard Simon ont tenté de donner quelque vraisemblance à cette opinion, nui iuanojic toutefois de preuves suffisantes. (Voyez Jo,

Nous ne devons point regarder fa Massore comme si elle était d'une autorité infaillible cl divine. Indépendamment de cette doctrine critique, il y a bien

■Morinus, loc. cit., exercit. 18, cap. 5, pag. 525 et seqq. ; Ricli. Simon , Disqnisil. critic. de var. liibl libr. editiouib., cap. 5, pag. 23 et alibi; Steph. Morinus, de Lingua primœva, part. II, cap. 13, pag. 427 et seqq., e/454 et seqq.).

L'origine des accents a essuyé les mômes contradictions de la part de nos critiques. Ceux qui ont admis ou réfuié l'antiquité des points voyelles, en ont fait autant au sujet des accents du texte hébreu.

C'est là, à pou près, ce qu'on a pensé sur la matière présente. Mais il est encore une hypothèse asses singulière dont l'objet de cette note nous oblige de faire mention. C'est celle que M. François Masclef, chanoine d'Amiens, mort en 1728, publia dans sa nouvelle méthode : Granimatica hebraica a puncti* aliisque inveniis massorelhicis libéra. Parisrs 171 G, in 8°, et ibid. 1731, etc. On en trouve le projet dans le Journal ou Mémoires de Trévoux, Octob., 1711, pagAISi et suiv. ;novenibr., pag. 2002 c/ suiv.;décembr. pag. 2154 et suiv.). Jamais on ne vit proposer un système avec des raisons plus spécieuses ni plus éblouissantes que le fut celui-ci. L'intrépide M. Masclef tenta de faire face à toutes les objections qu'on lui opposa. Il a eu même des partisans qui se sont efforcés de remettre son hypothèse en réputation , mais les arguments de ses adversaires sont trop forts pour pouvoir y répondre d'une manière solide. Voyez ce qu'on a écrit pour et contre celte nouvelle méthode dans le même Journal, année 1711, décembre, pag. 2 155 et suiv.; décembre 1713, pag. 20G5 et suiv.; mai 1751, pag. 925 et suiv.; octobre, pag. 1753 et suiv.; juillet 1732, pag. 1233 et suiv. ; août, pag. 1456 et suiv. ; septembre, pag. 2G28 et suiv. ; octobre, pag. 172G cl suiv. ; juin 1750, 1 vol., pag. lv212 et suiv.; et le même combiné avec le Journal des Savants, édil. de Hollande, octobre, année 1757, pag. 459 et suiv. ; mois de février 1758, pag. 45G et suiv.; août, pag. 177 et suiv. Voyez aussi le Journal de la même édition, août 1716, pag. 177 et suiv.; août 1725, pag. 130 ei suiv. ; août 1755, pag. 400 et suiv. , etc ; Pelr. Guarinus., Prœfat. in gr anima t. hebr. etchald., tom. H, pag. 5 et seqq. ; Wolfius, Mclhodus liebraismi nova, llamburgi 1716, in-4°; Bibtioth. bebr., tom. II, pag. 486; Miscellanea lipsiensia, loin. 6, pag. 222 et seqq. ; Carpzovius, Crilica sacra, part. I, cap. 5, sect. 7, § il, pag. 2G1 et seqq.; Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts, etc., édil. de Neuchàlel 1765 , art. Langue hébraî ;ue, loi». VIII, pag. 78 et suivantes.

Suivant l'hypothèse de M. Masclef, la lettre 2 Bvih sera toujours prononcée BE, le à Ghimel GUI, et le T Dalcth DA : ainsi des autres; toutes les fois cependant qu'elles n'auront point à leur suite quelqu'une des six lettres TTIM, n et V, qu'il pi étend avoir été les voyelles des anciens Hébreux , et auxquelles il donne un son qui ne doit jamais changer. Cela posé, l'on devra toujours prononcer DABELî le mol de TïT (parole), au lieu de DABAR, comme l'ont ponctué les Massorèlhes : on lira, par la même raison, BAB le mot de "IfrG [il a déclaré), que nous prononçons BEEB; car la icitre N, selon M. Masclef, csl cou slammeni un A bref, le H un E long avec une aspira tion forte, le T OU bref, et le ' se rendra toujours par la voyelle I. Enfin le n sera un E long, et le V un A également long, mais l'un et l'autre fortement aspirés. Ne prononcez donc plus le mot de Dieu DTDN par celui d'ELOiilM, comme toute l'antiquité l'a fait, ma s plutôt par ALEIM. Moyennant colle méthode de lecture, peu digne d'un siècle aussi éclairé que le nôtre, vous apprendrez toutefois dans une heure de temps, à lire noire texte hébreu sans tout cet attirail ennuyeux de points oiassorélhiqnes. Quel système bizarrel

bC9

DE LA RÉVÉLATION

d'autres témoignages qui nous assurent l'intégrité de nos livres saints; et nos seuls manuscrits heureux en sont autant de monuments incontestables. Les

La nouvelle méthode du chanoine d'Amiens abrège en "apparence bien du chemin ; mais elle ne peut faire que de faux hébraisanls. En substituant des voyelles toutes factices aux vraies voyelles de a hmnie hébraïque, cette méthode n'est point capable ,1e donner, de son fonds, aucune facilité pour 1 intelligence du texte hébreu. C'est un système tout a nul mal assorti, plein d'inconséquences et d'absurdues ; «ui est même contraire à l'autorité et à l'intégrité de notre original. Ne pourrait-on pas défier un Masdefrsie de venir jamais à bout de traduire d une manière raisonnable nos écritures hébraïques, s'il ne les a étudiées auparavant avec des points voyelles, ou dans nos grammaires communes , ou dans nos dictionnaires? . .

Tous nos bons hébraisanls, les Juifs eux-mêmes , ne se sont formés par un long usage à lire sans points, qu'eu se servant de livres qui sont pondues. C'est la méthode constante que suivent les Juils pour apprendre l'hébreu à leurs enfants; mais on n'acquiert la facilité de la lecture qu'en raison des progrès dans la connaissance de la langue hébraïque. Tenons nous en à la tradition des Juifs, quia pour appui de solides fondements. Les points voyelles datent d'une antiquité très-respectable. Supposons que les Juifs massorethes de Tibériade aient été les premiers qui, vers le commencement du VIe siècle de l'ère chrétienne , se soient avisés de désigner par différents points de leur invention la manière dont le texte devait cire lu et prononcé; ils ne l'on* lait sans doute que conformément à l'analogie de la langue hébraïque, qui s'était toujours conservée parmi les savants de la nation juive. Ces Massorethes ont suivi la lecture qui était déjà reçue et autorisée par l'usage de plusieurs siècles. Cet usage, comme l'observe M. Simon (Histoire critique du Vieux Testament, lio. I, cli, 27, pag. 148), réglait ce que les points ont entièrement iixé; et il ne pouvait venir que d'une tradition ancienne. Ce que les caraïies, dont nous parlerons dans la note suivante, ont fait à cet égard, est une preuve évidente de la vérité de la tradition qui concerne les points. Louis Cappel, dit encore le môme auteur, ne rend pas assez de justice aux Juifs, quand il témoigne rejeter la Massore, parce qu'elle vieut iVa\\\ ; au contraire, on ne pourrait pas l'estimer si elle venait de quelques autres; d'autant plus qu'on ne peut apprendre la manière d'éerhe ou de prononcer une langue que de ceux qui ont l'usage de l'écrire et de la prononcer. 11 n'y a pas apparence que les Massorètnes aient ponctué les livres de la loi autrement qu'on les lisait en ce tempslà dans les synagogues. Il est vrai, ajoute M. Simon, que l'hébreu était une langue moi le Cl hors de l'usage commun; mais on ne laissait pas pour cela de lire l'Ecriture dans les synagogues et dans les écoles. Les Juifs ne pouvaient être suspects dans celle matière, comme ils pourraient l'être dans une autre où il s'agirait de la croyance.

Quelque origine que l'on attribue enfin aux points voyelles, concluons qu'ils ne sont pas moins destinés à nous transmettre la véritable prononciation reçue anciennement, lorsque l'hébreu était une langue vivante. Ils donnent par conséquent la significaliou propre et particulière des termes, et servent à établir une différence essentielle entre ceux des mots qui sont écrits avec les mêmes consonnes. (Voyez la Dissertation sur les points qui forment les voyelles de la langue hébraïque, avec quelques remarques sur la poésie des anciens Hébreux par M. Adolph., secrétaire de feu M. le duc d'Orléans; Journal des savants com-

biné avec les Mémoires de Trévoux 401 et suiy.t édit. de Hollande.)

, aom l ioo} pag.

Juifs massorethes furent des hommes qui purent se méprendre, nonobstant leur attention scrupuleux à mettre les écrits sacrés à couvert de la hardiesse st

En supprimant ces points, pour en substituer d'autres purement arbitraires, on change absolument le son de la langue hébraïque, qui procède avec le plus de régularité dans lou es ses parties, cl qui, par la variété des voyelles, a distingué les premières personnes d'avec les autres, les substantifs d'avec les adjectifs, etc. Celle langue devient, par le nouveau système de M. Masclef, une langue dans laquelle tout et confondu : il n'existe plus aucune de toutes ces d slinctions que donne la grammaire dans toutes les langues du monde; ce qui est contraire au mécanisme des langues. Telles sool les rélïexions que fait II. de Guignes dans un excellent Mémoire manuscrit, historique et critique sur les langues orientales. M. Bjornslahl, savant suédois de l'Académie ri'Upsal et correspondant de celle des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, a eu la complaisance de me le communiquer. M. de Guignes, qui a si bien nié. i é de la république littéraire, et qui est si capable de juger de la matière présente, observe de plus (ihid., part. 1) qu'outre que les ailleurs de ces points avaient pour eux une tradition non interrompue, dans nombre de mois hébreux dont la prononciation nous a é:é conservée par les Pères de l'Eglise, il en evisie beaucoup qui sont conformes à la ponctuation des Massorethes. Notre célèbre académicien des Inscriptions ajoute une autre réponse prise dans la nature de la langue même ; c'est que toutes les formes des mois hébreux, telles que nous la donne la prononciation des Massorethes, sont conformes à la prononciation actuelle des mots de la langue arabe, qui sont dans la même forme. On n'y aperçoit d'autre différence que celle qui est occasionnée par la diversité de dialecte. Ainsi l'opération des Massorethes estime opération conforme au génie de la lingue hébraïque : eUe est faite d'après la tradition et la connaissance qu'ils avaient de l'hébreu, et ils ne pouvaient donner à une forme ou à \\i\ mot d'autres voyelles que celles qu'ils y oui appliquées. Au resie, dit encore M. de Guignes, s'ils se sont trompés à l'égard de certains mots qu'ii é:ait difficile de déterminer; si d'autres points produisent un meilleur sens; leur ouvrage n'étant à cet égard qu'une espèce de commentaire, on peu! ou adopter ou rejeter le sens qu'ils ont donné à ce mot : mais il ne faut pas oublier un môme temps que, dépositaires d'une ancienne tradition, ils nous présentent le sens dans lequel on avait toujours pris ce mot. Quelle est la langue dans laquelle il n'y ait point ainsi des termes équivoques? Dans le grec cl le latin, ions les joins les commentateurs essaient de donner un antre sens à un mol; ce qui csl, en hébreu, substituer d'autres voyelles, parce que le changement de voyelles à un même corps de consonnes produit une signification différente.

Ce Mémoire Ms., daté de Paris le 2b' août 17GD, de 72 pages in -4°, est plein d'observations toutes neuves, qui jettent beaucoup de jour sur ce que nous avons déjà dit ailleurs louchant la grande analogie qui règne .entre la langue hébraïque ei les autres langues orientales. M. de Guignes y fait voir que leurs différences ne sont pas assez considérables pour former des langues diverses, mais qu'elles ne sont, les unes à l'égard des autres, oue de simples dialectes. Le savant auteur y démontre encore d'une manière sensible que les lettres hébraïques "Tte*, T\ et y n'ont jamais existé anciennement en qualité d<* voyelles ; qu'au contraire elles n'ont dû être considérées que comme de simples consonnes de l'ai, ha bel hébreu (Voyez Wolf. Biblioth. hebr. tom. Il, lik, Ui, cap. % pag. 484 et seqq.). Si aux preuves do M. de Guignes on joint celles que sou savant confrère, M. du Puy, a développées au long sur le inèuiQ

Fïî DES TITRES

île la témérité des ignorants et </.js faux critiques. Nous accorderons même, qu'à jnger des observations massoréthiques par l'état actuel où elles se trouvent dans nos grandes Bibles rabbiniques de Venise, de Bàle el d'Amsterdam , on voit qu'elles manquent quelquefois de justesse; que leurs auteurs ne semblent pas avoir toujours f:iit un bon choix de quelques leçons d'après des manuscrits très-corrects qu'ils eurent sous les yeux. Mais enfin que conclure de là ? L'ouvrage critique de ces savants Juifs n'aura pas acquis tout le degré de perfection dont il eût été susceptible. Le zèle qu'ils ont montre pour la conservation du texte de la Bible les aura portés à entrer dans certains détails trop minutieux. Ils auront même cherché des mystères où sans doute il n'y en eut jamais. Il est très-probable aussi que les défauts qu'on remarque dans plus d'un endroit de la Massore, viennent moins de leurs auteurs que du laps du temps ou île l'ignorance de ceux d'entre les copistes qui l'ont «ompilée. A quelque cause que nous attribuions les 'ices qu'on reproche à ce travail des Jiifs, peut-on 6sez les louer de s'être occupés de temps en temps a des remarques critiques sur leurs exemplaires hébreux ; de les avoir collation nés avec tant do fidélité, et d'en avoir noté les diversités de leçon? Les Juifs fie pouvaient prendre une voie plus sûre, pour préserver leurs manuscrits de ces altérations auxquelles notre texte ne serait peut-être que trop sujet de nos jours, sans leur sage prévoyance. Plût à Dieu qu'à l'exemple de ers critiques juifs, nous eussions eu, outre les llexaples d'Origèue, une espèce de Massore sur nos anciennes versions grecques, latines el orientales ! N'cst-il pas à présumer que nous les aurions reçues bien plus conservées qu'elles ne le sont encore? Croira t-on enfin que, si les observations massoréihiques avaient été nuisibles à la pureté et à la conservation du texte primitif des écrits du Vieux Testament, les juifs caraïtes (I), qui, depuis bien des

objet, dans un autre bon Mémoire également Ms. et rempli de recherches aussi ingénieuses qu'intéressantes, cette question, (piia occasionné bien des disputes littéraires, parce qu'elle tient à celle de l'origine et tlel'antiquit elles points me paraît décidée. Le Mémoire de M. du Puy a pour litre : Dissertation philologique el critique sur les voyelles de la langue hébraïque et dos langues orientales qui ont une liaison intime avec file ; lue dans l'Académie royale des Inscriptions el llelles Lettres, à Paris en 1767, avant Pàque. L'objet du chapitre 3 de cet écrit est de prouver que du temps de S. Jérôme il y avait dans le texte sacré quelques signes qui en fixaient la lecture, au moins dans les endroits les plus importants. Je dois encure celte anecdote littéraire à M. Bjornstahl,qui m'a montré un petit extrait du même écrit. Nous verrons paraître ces deux savants Mémoires dans ceux de la même Académie.

(1) Nous avons promis (ci-dessus) de dire quelque those touchant les juifs caraïtes, nous ne pouvions mieux faire que de le renvoyer à < e qui va l'aire le fciijei de la remarque suivante, afin de donner plus de force à notre raisonnement. Mais nous abrégerons beaucoup, pour passer bientôt à d'autres objets plus importants, relatifs à noire IVe Mémoire.

Celle tecie de juifs nous a été peu connue pendant

PKidlTiFS 812

siècles, sont si opposés aux juifs rabbanites, auraient souffert des dépravations d'une aussi grande oensé

longtemps : elle serait restée encore dans l'obscurité, si quelques savants du siècle passé ne l'eussent comme i étirée de l'oubli par leurs recherches. Jacques Triglandius est presque le premier écrivain qui, dans sa Dissertation, Diatribe de Secta Karœorum, qu'il lit imprimer a Delfl en 1703, avec les opuscules de Serarius, de Drusius el de Scaliger, louchant les trois sectes de Juifs, en ail donné des notices beaucoup plus certaines que celles que nous en avions auparavant.

Les livres des juifs caraïtes étaient demeurés, jusqu'au commencement de ce siècle, presque inconnus aux plus habiles comme aux plus curieux philologues. Buxtoif, qui était si versé dans la littérature hébraïque, n'avait eu aucune connaissance de ces sortes d'écrits; Jean Selden en a vu deux, le savant P. Morin un seul , et M. Simon n'en cite que deux (Hist. criliq. du Vieux Test., liv. I , ch. 29, pag. 163 et suiv., 51, pag. 17;> et 535. Vid. Wvlf., Bibliotli. hebr., tom. I, num. 183, pag. Ï19, seq.); mais Triglandius, qui en découvrit un nombre suffisant, a pu parler des caraïtes avec bien plus de certitude que lous ces auteurs et même que le docte Schupari. Ce que Triglandius en dit est appuyé de monuments que la saine critique ne permet point de révoquer en doute.

En effet il y a des preuves très- fortes que cette secte de juifs caraïtes est très-ancienne, el qu'elle devance même de plus d'un siècle le temps de la venue du Sauveur. D'abord, ce sont les juifs rabbanites ou tradilionnaires, leurs ennemis déclarés, qui attestent celle grande antiquité dans leurs propres écrits. Ils leur donnent un même âge qu'aux saducéeus avec lesquels ils s'efforcent de les confondre. M. Pridenux(Hist.de$ Juifs, part. H, liv. V, édii.dWmsterd , 1722, pag. 61), suiv.) a commis la même erreur après J. Drusius, Buxtorf le père, Th. Godwin, Ilot loger, J. B. Carpzovius, G. Cave, etc. Mais il est constant que les caraïtes n'ont jamais eu rien dccomimin avec les saducéeus, el qu'ils ont toujours été opposés aux opinions nions Irueuscs de cette secte de matérialistes. Je me dispense de produire des autorités rclaiivcs à cet objet, ainsi qu'à l'antiquité des caraïtes, avouée par le commun des juifs (Voyez Trigland., loc. cit., cap. 3 et seqq., pag. 272 el seqq., 188 et seqq , 105 el seqq. ad calcem JSoiiliœ Karœorum ex Mardochai, etc. , a Wolfioeditœ).

Rejeter ces différents témoignages, comme l'a fait le P. Morin (Exercitl. Biblic, lib. 1I{, exercil. 7 , cap. 2 cl seqq., pag. 308 el seqq.), sur l'ignorance des Juifs en matière d'histoire et de chronologie, c'est couper le nœud de la difficulté, au lieu de la résoudre, observe très-bien M. Basnnge (Histoire des Juifs, liv. Il, chap. 17, § 18, édit. de la Haye, 1716, pag. 428. Vid. el Trigland. loc. cil.) ; car il n'est pas probable que de savants juifs, tels que le compilateur de la ifiscliue, Moïse Maimonides, Abraham ben Dior, Abraham Zacut el autres, eussent donné aux caraïtes cet avantage, s'ils n'avaient vu dans les anciens monuments de la nation des preuves qui les eussent convaincus d'une vérité qu'ils avaient intérêt à combattre, et qu'ils ne reconnaissent que malgré eux.

A ces témoignages des juifs rabliai.ilcs on pourrait ajouter ceux qu'en produisent les caraïtes euxmêmes ; et ils n'en disent rien qui ne soit, au fond, confirmé par le récit d'Origèue, d'Eusèbe et de S. Jérôme. Mais c'est assez de renvoyer à ce qu'en ont encore rapporté Triglandius et M. Basnage.

Joseph Scaliger avait déjà entrevu celte ancienneté d'origine des caraïtes Œtenchus Trihœresii Nicolai Serarii Kjus in ipsum Scaligerum ammadversiones confulatœ, cap. 22. Trium Scriplorum lllustrium de tribus Judœorum seciis Syntagmatis pari. I, pag. 444, ex recensione Triglandii) Il prétend qu'après que la

cjMcnce? Auraient-ils même adopté le propre texte des Massorèlhes, avec tout l'attirail de points voyelles,

prophétie eut cessé parmi les Juifs, on les vil peu à peu se partager touchant certaines œuvres de surérogalion. Les uns soutenaient qu'elles étaient nécessaires, parce qu'ils les disaient fondées sur une tradition communiquée de bouche à Moïse, et conservée jusqu'à eux. Les aulres, au contraire, regardaient ces œuvres comme absolument inutiles, en ce que la loi de Dieu ne les prescrivait point. Tant que ces pratiques de pié:é ne lurent pas réduites en préceptes émanés de la loi du Seigneur, les Juifs n'eurent rien a démêler entre eux sur cet article. Mais la division éclata enfin, lorsque les tradilionnaires ou les pharisiens voulurent imposer un joug qu'ils ne pouvaient porter eux-mêmes en faisant de ces sortes d'oeuvres un devoir essentiel de larelgion. C'est au temps de ces dissensions, que Triglandius place sous lliican, qu'on devrait, selon Scaliger, faire remonter l'époque de la naissance des carailes : ceux-ci sont les mêmes que les scribes ou Icg'Stes, dont il est fait mention dans nos Evangiles; car ces nomssontsynonymesde celui de caraïtes ou deseripluraircs, comme Triglandius l'a très-bien montré. On voit par là que les carailes sont du moins au-si anciens que les pharisiens. Il est vrai que celé époque de la secte des pharisiens est postérieure de quelques années à celle que nous avonsdonnée aux trois secl es des Juifs. Mais dans des temps si recules, ou ne doit compter presque pour rien des différences de celle nature

Quoique l'origine du nom de caraïtes soit un peu obscure, elle indique suffisamment une socié é d'hommes qui a toujours professé de suivre la loi de Moi e, et d'êlre attachée au seul texte de la Bible : telle esl en effet la force du terme Michra (Ecriture), d'où Ton a formé celui decaraïles, c'est-à-dire, scripluraires. Or, que dans l'Eglise d'Israël il y ait toujours eu des docteurs de la loi, des prêtres, des lévites et de simples fidèles, qui suivirent des maximes conformes à la sainteté de la religion judaïque, et condamnèrent toutes ces vaines traditions dont les pharisiens faisaient plus de eas que des vérités morales consignées dans nos divines Ecritures, c'est une chose que l'on ne peut conte ter avec la moindre vraisemblance. Il est même nécessaire d'observer que les carailes ou scribes, qui sont si bien distingués, des. saducéens et des pharisiens dans nos écrits évangéliquos, ne f usinèrent jamais une secte proprement dite, puisqu'ils ne professaient aucun dogme qui leur lui particulier. C'étaient des docteurs de la loi, ou des légisies, qui l'expliquaient dans le sens 1 uéral,ei qui ne rejetaient pas même certaines explica: ions admises par les pharisiens, lorsqu'elles étaient appuyées sur des traditions avérées. 11 faut encore considérer que les carailes anciens et modernes n'ont jamais été absolument ennemis des traditions ; car ils en admettent plusieurs,, qu'on trouve même dans IcTalmud.

Observons aussi que, quand les caraïtes de nos jours disent qu'ils sont descendus de ceux de la maison de Schammai , c'est que du temps de ce laineux docteur, qui vivait, selon le calcul des Juifs, l'année 100 avant Jésus-Christ, ils s'opposèrent alors encore plus fortement à ceux de la maison de llillel, qui était à la tête du parli pharisien. Les caraïtes se soutinrent avec éclat jusqu'à la ruine du temple; mais depuis celle époque, si funeste à la nation, ils furent beaucoup affaiblis, et resèrenl longtemps dans cet état jusqu'à cequ'Anan, célèbre caraïie, fils de David , qui vivait au milieu du VIII siècle, s'éleva pour les rétablir, ainsi que s'exprime un rabbanite :

tcfflu iv ( D^Nip ) aprwi mbp ]mn tin o

: DSTm pV Abraham ben Dior, mort *D generathne III, chan. 66, fol. recto, edit. Basileens. an. 540. Ciir. io80. Confcr. Wolfius, Bibliolh. Uebr. vol. 1, num.

DE LA RÉVÉLATION

eu

d'accents cl de variantes, que nous offrent la plupart de nos bibles imprimées en hébreu?

1800 , pag. 954 et seq. ; ejusd N&tilia Karœorum ex Mardochai, etc., pag. 45 et seqq. ; Triglandius, ibid., cap. 4, pag 188 el seqq. ; cap. 8, pag. 2ii et seqq.

Les caraïies s'accordent avec les autres juifs sur ce qui concerne ce* le époque de leur rétablissement dans le Vlll- siècle. An an ne l'ut donc point l'auteur de leir secie, mais seulement le restaurateur, quoi qu'en ail dit Richard Simon (loc. cit., liv. 1, cli. 29, pag 162, suit. Supplément aux cérémonies et coutumes des J uifs, traduites de Cilalien de Léon de Modcne, édil. de Pans, 1681, pag. 157 et suit;.) d'après le P. Morin.

Les preuves que nous venons de toucher fort rapidement suffisent pour l'objet que nous nous proposons. Outre 1» dissertation de Triglandius, voyez M. Basnage. loc. cit., pag. 407 et seqq.; Wolfius, Prœ~ fatio in Noiiiiam Karœorum , etc., a se éditant, pag. 6 cl seqq. ci Mardochœi Karœi Tractalns cum Versiom ejusd. Wolf., ibid , pag. 13, 47,51, 87, 98, 105, etc. Vide secundam ed'uionem ejusd. Tractatus, anno 1721 curatam el quidem quatuor plagulis locuplelatam, in qua priora sua cogitata tum ab uni nadversionibus virî cujusdam docli vindicavit Woîtius ipse; tum novus quasdum de rébus scriptisqne Karœorum el speciatim libio kurailico nilDKplîn Fundamentum fidei inscripto, obscrvution.es atiulit ; Jo. Francise. Buddeus , llistor. ecclesiasl. Vcl.Test., period. II, secl 7, a princip. Macliabœor. ad Nat. Christ., § 18, edit. Halœ Magdeburg, 1719, pag. 1020 et ..seqq. ; Jacob Biuckerus, Il.stor. criiicu philosophiœ, loin. II, poriod. II, part. I, lib. Il, cap. 1 , § 23 et seqq. , pag. 730 el seqq.

La grande antiquité des caraïtes que nous avons é'ablic sur des preuves assez générales, pour ne pas trop nous étendre, ne doil plus être envisagée sous un aspect problématique. Mais celle antiquité nous donne elle-même un ttè>-f >ri argument en laveur de la conservation de nolie texte hébreu. Si les travaux des juifs rabbanilcs ont dû mériter noire attention, parce qu'ils ont infiniment contribué à mettre nos écritures hébraïques à l'abri de toute altération essentielle , que ne pou! rail-on pis dire du zèle religieux que les caraïtes ont montré de tout temps pour les conserver dans leur pureté? Ils n'ont pas tant écrit q ne les autres juifs, mais leurs travaux ont été plus solides et moins remplis d'inepties que ceux des rabbanilcs. Ce que Triglandius a dit de leurs ouvrages*. le traité de Mardochai sur les caraïtes, el les savantes noies dont Wolfius l'a accompagné avec sa version latine, les différents auteurs caraïtes que le même Wolhus a annoncés dans sa Bibliothèque hébraïq ic ; loul cria prouve évidemment que ces juifs ont toujours cultivé a\ec soin la langue de leurs an êins, ainsi que l'étude des livres sacrés.

Finissons par une preuve qui n'est que le résultat de ce. que nous venons de dire touchant les caraî.es, et qui répand beaucoup de lumière sur nos considérations ; c'e.-îl que les caraïtes, comme nous l'avons déjà observé , admettent les mêmes exemplaires du texte hébreu que le reste des juifs. Mais ils ne peuvent souffrir les allégories et les jeux d'espril de quelques jui's rabbaniles,qui inventent des leçons diverses pour trouver de nouveaux sens. Ils leur reprochent aussi certaines explications fondées sur celte formule talmudique : Ne lisez point de cette ftçon, mais de cellelà. En second lieu, ils les blâment d'avoir substitué <n marge de leur Bible, par une espèce de pudeur mal entendue, quelques mots à ta place de ceux qu'on trouve encore dans le texte , et qui leur paraissaient peu honnêtes. Voyez Dculeron. XXM1I, 50 ; Jo. Bu.\lorf. Lrxicon lubr. chald., voc. D^SV et TÀW.

A cela pies , les carailes suivent exactement la Massore; et les auteurs , tels que Buxtorf, Selden, lijiiiii£er, etc , qui uni soutenu nue ces iuifs ue su

8ir, DES TITRLS

Convenons, par conséquent, que la Massorc, toute minutieuse, tout interpolée et imparfaite qu'elle est, a servi, en un sens, de haie à la loi îTYîrii? TD Saïeg Letora; quoi qu'en aient écrit les Génébranl, les Cappel, les P. Morin, les le Çhappellain, les Simon, les le Clerc, les rfaffius (1), les P. Houbigant, les Kennicotl , cl tant d'autres qu'il est superflu de nommer. Eh! Que ne pourrait-on pas dire en faveur de la Massore, si le célèbre Buxtorf, qui la reloucha d'après ce qu'en avait d'abord donné R. Jacob bon Chaiim, eût pu la rétablir dans sa pureté primitive sur d'autres meilleurs manuscrits que le laps du temps a épargnés?

Pour prouver d'une manière invincible que les travaux de ces juifs ont élé non seulement inutiles , mais encore dangereux, ainsi que plusieurs de nos critiques l'ont avancé , il leur reste à démontrer que noire lexle hébreu imprimé, tel que nous l'avons reçu <!es Massorèihes, est essentiellement corrompu, ou que dw moins il se trouve ainsi dépravé et altéré dans une partie de nos livres sacrés; qu'en un mot,

forvaicnl ni de points ni d'accents , se sont trompés d'une manière grossière, c Quando vern, domine, inierrogasti hum codex Script uns qui apud nos est, idem sil cum eo quem habent rabhauiia? ; scias ve- !im, in hac parle nullam esse inter nos dissensionem, itiscrimen nullum. Disposilio enim Scriptural debelur viiis synagog;o magna;, ficubus (viris) oplimis, super quibus sit pax ; quo lempore inter eos ntilla fuit eonirovcrsia. Propterea apud nos (in codieibus noslris) lû'hil est vel snpnrflui vol deficieïilis, nullum Ompo* npdrepov, nullum keri aulkclhib, extra eam Scriplura? dlspositionem qu.e adhuc apud rabbanitas exsiat. Et rorrecti qnidem iili codices apud nos suni prœstantissimi ; Icclionemque beu Naphlali sequimur, quemadinoduni ex disciplina doctorum nostrorum per singuias gcneraiiones accepimus. t Mardoehai , Tmctains de Karœis, sive Rcsponsioad Triylandium, cap. 42, Wolf. interprète Confer. ejusd. Wolf. Notas ad eumd. Tract., cdil. prfmœ pag. 455, seqq.

Il résulte de ce témoignage de Mardoehai, que les caraïtes s'attacbeut, dans leur Bible, à la leçon d( s jnifs orie .faux et non à celle des occidentaux, comme i.< savant Wnlfîus l'a d'il par inadvertance. Bibliolh. hetor., loin. I! , pag. 43(5. Car il est constant , ainsi que l'observe le même Wnlfius {loc. cit., tom. I, num. 195,ptf(/.l-2li et seq.l, que fa leçon de Ben-Nepbtali «•si reçue par les juifs (TOiïent, ou de Babylone, ei <;ue ceux de la Palestine et de* autres pays d'Occident lui préfèrent la leçon de I5cn-Ascher.

Tirons de tout cela une conclusion fort naturelle. Voici deux sectes qui, de tout temps, ont eu l'une contre l'autre u e haine qui n'a point de bornes. Si les juifs rabbaniles avaient fait le moindre changement dans le lexle hébreu , assurément les Caraïtes n'auraient pas manqué de leur en 'aire un crime il en faut dire autant des rahbaniies , si ceux ci s'étaient .-.perçus de quelque corruption insérée à dessein dans le texte par les caraïtes. Ni les uns ni les autres ne se srail jimaîs fait de preHs reproches. Donc leur unanimité de sentiment louchant nos Ecriture hébraïques est une preuve manifeste qu'elles nous ont été transmises par ces deux socles avec, toute la fidélité, et dans toute leur intégrité, e senti elle.

(1) Corollaria de integritde Scripliirœ sacrœ sub vicudem orihedoxiœ revocala , inter qusd. Prtmilias Tubingcnses, part. I, edil. Tubing., 4718, pag. 84 et seqq.

primitifs

il y a des fautes notables , qui touchent esscnliclîemenl au dogme el à la morale comme à la suite de l'histoire de l'ancien peuple hébreu. Or, comme nous osons défier tous ces critiques de jamais appuyer solidement une pareille assertion , puisqu'il n'est presque aucun passage ni presque aucun mot du texte original qu'on ait fortement vengé dans des écrits très-lumineux , il s'ensuit, par une conséquence nécessaire, que bien loin d'avoir porté un coup mortel à la conservation des manuscrits hébreux, les observations massorelhiques des docteurs juifs ont é:é réellement utiles. Remercions plutôt la divine Providence de ce qu'elle nous a suscité de tels hommes, qui n'ont rien oublié pour nous transmettre dans leur intégrité essentielle les monuments primitifs de la religion sainte.

Disons le encore : dans tous ses étals, dans a ruine, dans sa dispersion, tout nous preuve le zèle, la fidélité , la vigilance du peuple juif pour la garde du détôt sacré de nos Ecritures hébraïques. Cet attachement pour leurs écrits sacrés ne doit point nous surprendre : ils sentent aujourd'hui, comme anciennement, que tout ce que contiennent les livres saints n'est qu'un perpétuel développement des oracles que le Seigneur avait fait rendre au milieu d'eux avant la chute de leur républi sue. Mais ils en négligent le véritable esprit, pour s'allacher aux interprétations arbitraires de leurs faux docteurs. Voilà le bandeau dont parle l'Apôtre, et qui leur couvre les yeux dans la lecture de l'Ancien Testament ( II Ad Corinlh. îSL, 41,15).

Ne passons pas sous silence un prodige qui ne peut que nous étonner, surtout lorsqu'on regarde le peuple juif avec les yeux delà foi. Quelle preuve plus éclatante en faveur de la divinité et de l'intégrité de nos Ecritures du Vieux Testament, que ce môme miracle qui se perpétue au milieu de nous depuis plus de mille sept cents années? 11 y a bien des siècles que les nations anciennes sont éteintes. Les Égyptiens , les Assyriens , les Perses, les Grecs et les Romains, tous ces grands peuples dont l'univers a tant parlé autrefois, n'existent plus : il ne nous en reste de souvenir que dans les fastes de l'histoire. Les Juifs sont le seul peuple échappé aux révolutions des siècles : il peut môme remonter de nos jours jusqu'à son origine primitive. « Dieu a voulu, dit un savant écrivait, que ecite singularité frappât l'espril des hommes, afin qu'on en recherchât la cause pour remarquer les soins de la Providence dans la conservation de la postérité d'un homme, contre laquelle 1 s révolutions les plus fréquentes, les afflictions, les persécutions les plus dures, des siècles en grand nombre, en un mot le temps qui dévore tout , ni l'inconstance des choses humaines, ne pouvaient rien. Un môme sang qui coule d'âge en âge , de génération en génération depuis quatre mille ans, sans être ni altéré ni méconnu, .ne coule pas, sans contredit, à l'aventure. La Providence y est marouce trop sensiblement pour ne pas s'en apercevoir. Elle a ses vues, cette Provi-

817 DE LÀ RÉVÉLATION

denco. Il était juste que les dépositaires des archives

de l'Église, des titres de la religion à laquelle tous les peuples étaient intéressés, fussent connus de chacun. Il était à propos que ce peuple subsistât dans sa distinction des autres peuples, quoiqu'ils eussent rejeté le Messie promis, le Fils de Dieu, afin que l'on connûl que la conformité de l'Évangile avec la loi, n'avait rien qui (s'eût élé prédit, et qu'enfin il fût manifeste à tons que c'était cet ancien peuple à qui Im'cu fera miséricorde , lorsqu'il reconnaîtra le Sauveur que ses ancêtres ont rejeté (1). >

La nation juive, quoique dispersée et vagabonde depuis tant de siècles, toujours errante sur toute la face de la terre, étrangère partout, et partout h.ïe et méprisée , conserve donc encore soigneusement les

(!) M. Jaquelot, Traité de la Vérité el de l'Inspiration des livres du Vieux Testament, édit. d'Amsterdam,

litres de notre religion, qu'il nous importe tant da connaître. Ces gardiens inquiets des livres de la foi, dit très-bien un moderne (I) , sont précisément tels qu'ils devaient être pour nous les conserver.

11 est temps de venir au projet que nous avons d'abord annoncé au commencement de nos remarques. Les considérations qui nous restent a faire làdessus seront une suite des principes posés dans nos trois premiers mémoires. Les matières que nous y avons discutées tiennent toutes par quelque endroit à l'intégrité de l'original des écritures de l'Ancien Testament. Reprenons les travaux des modernes pour appuyer encore davantage ce que nous avons dit sur une question si intéressante.

(1) L'Antiquité justifiée, on Réfutation d'un livre qui a pour litre : L'Antiquité dévoilée par les usages: Amsterdam, (Paris) 1700, pag. 140.

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