QUATRIEME ET DERNIERE EPOQUE
DE L'INTÉGRITÉ DU TEXTE PRIMITIF DE L'ANCIEN TESTAMENT, JUSTIFIÉE PAR LES TRAVAUX DES MODERNES ET PARLES DISPUTES LITTÉRAIRES SURVENUES TOUCHANT LE MÊME OBJET, DANS LES DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES.
Jamais la république des lettres n'a enfanté autant d'écrits sur nos livres saints , qu'on en a vu paraître dans les deux siècles qui vont faire l'objet de ce IVe mémoire. Quand on considère celte multiplicité de volumes, tous ces traités tant généraux crue particuliers, tous ces ouvrages didactiques , concernant nos divines Écritures, ne semble-t-il pas que l'on ne devrait plus s'attendre à de nouvelles découvertes? On dirait que l'antiquité sacrée el profane va désormais se montrer sans voile à nos yeux. On a fait des progrès étonnants dans la métaphysique, dans l'histoire, dans la chronologie, dans la physique, dans les mathématiques. La critique sacrée n'a pas été traitée avec moins de succès que les autres sciences. En un mot, les diverses branches de la littérature paraissent avoir été épuisées. Nos bibliothèques renferment, dans tous les genres, d'immenses trésors littéraires. Elles nous offrent tout ce que le génie a été capable d'inventer en différents temps. Nonobstant les pertes que 'es lettres ont essuyées, les modèles du moins , les germes de tous les ouvrages existent dans celle foule de volumes bons on mauvais que nous possédons : il ne faut que développer ces germes pour en voir pousser d'excellents fruits.
Tant de découvertes intéressantes, tant de productions utiles, auraient-elles donc fixé les bornes de l'esprit humain pour le genre qui va nous occuper? Serions-nous incapables d'aller au delà de ce qu'une foule d'habiles littérateurs nous ont donné sur le texte de nos divines Écritures ?
A Pexcentbh d'un petit nombre de philologues lui
vécurent dans le siècle passé, les vœux les plus ambitieux de nos plus célèbres hébraïsants ne tendaient qu'à voir maintenir notre texlc hébreu dans cet éat de correction et de splendeur auquel l'ont porté les Bombcrg , les Justiniani , les Etienne (1) , les Plan? tin, les Vitré, les Mcnasseh ben Israël, les Jacob Lombroso, et quelques fameux imprimeurs juifs (2), lels que ceux de Sôncino, les Joseph Athias et autres. On ne pensait pas même à exécuter un plan qui exigeait el des frais immenses cl un travail très opiniâtre. Mais toutes châtiées que sont nos éditions,.
(1) Les Bibles hébraïques de ce célèbre imprimeur sonl plus recommanda' les par la beauté des caractères que pir la correction Robert Etienne en publia sa première édition à Paris en 1559-1544, voll. 2 in-V; les caractères en sont gros cl magnifiques ; mais cette beauté ne s'y soutient pas également partout. Les prophètes postérieurs ou les grands et petits prophètes y sont assez mal imprimes. Etienne a suivi dans ceiie édition celie de B nnberg, de l'année 1521 ; mais il s'en faut bien qu'elle soit aussi correcte que celle-ci : la sienne est remplie d'erreurs dans les points voyelles , dans les accents , dans les lettres mêmes; el des mots entiers y sonl quelquefois viciés. De plus il règne beaucoup de confusion dans la prophétie d'Osé'*, depuis le commencement jusqu'au chap. VT, vers. 8.
L,a IIe édition de. Robert Etienne , faiie à Paris on 1514 1516, voll. S f'n-46, en plus petits caractères d'une grande netteté, esl beaucoup supérieure à la précédente pour la correction ; cependant elle n'est point exempte de fautes dans les consonnes comme dans les points voyelles.
(2) Con'er. .lui. Bartoloccius , Bibliolfieca magnfi rabbin., tom. 1, pag. 432 et seqq. ; Jo. Christoph: Woliius, loe. cit., loin, il, lib. 4, cap 5, pag. 94 t cl seaj-
hébraïques , un examen sérieux et réfléchi aurai! dû nous convaincre qu'il fallait de nouveau remonter aux sources elles mêmes, recourir aux manuscrits échappé^ aux malheurs des temps par une boulé spéciale de la Providence, rapprocher le lexle hébreu de nos anciennes versions, en les appréciant suivant les lois d'une Critique snge et éclairée.
C'était la meilleure voie de pouvoir terminer bien des disputes qui divisaient les savants touchant l'étal actuel de ce lexle primitif. 11 n'y avait pas aussi de moyen plus capable de confondre l'impie, comme le libertin, qui n'abuse que trop de nos disputes, pour fe'in crirc en faux contre l'authenticité el l'intégrité des monuments de la révélation. C'était encore la seule voie de mettre au grand jour toute l'excellence, tout le prix, de ce lexle original, môme imprimé, de nos livres sacrés.
Une des principales causes qui nous ont privés d'une bonne partie d'un si grand ouvrage, c'est qu'on n'en a pas assez senti ni l'importance ni la nécessité. Ceux des critiques du siècle passé, comme les P. Morin , 1 s Cappel ei les Simon, dont les écrits sur le lexle hébreu ont été une source de disputes qui durent encore, ne tirent envisager ce plan d'ouvrage que sous un aspect trop défavorable pour le faire jamais g< ûier par le commun des hébraïsants. En partant des principes de ces auteurs, pouvait-on en effet considérer cet ouvrage d'une manière qui pût le rendre véritablement utile à la religion comme aux lettres ? Ces écrivains, d'ailleurs de mérite, eussent dû se défendre davantage de certaines hypothèses qui ne leur donnèrent du langage des anciens Juifs que des idées très limitées. L'étude des autres langues orientales qui jettent lanl de traits de lumière sur la vraie intelligence d'une infinité de mots du texte primitif, et qui concourent toutes à en constater la pureté et l'intégrité; celle élude, dis-je, ne fui pas toujours cultivée, dans le siècle passé, avec cet esprit de discernement et de justesse , avec ce point de vue qui embrasse d'un seul coup d'œil des objels souvent opposés en apparence, qui conduisent cependant à un môme but par la grande analogie que ces diverses langues ont ensemble.
il ne lient qu'à nous d'employer les matériaux qui sont entre nos mains , les seuls propres à une entreprise de celte importance. Mais que ne faut-il pas pour élever un tel édifice, qui est immense?
Collaiionner notre lexle original avec la plupart des manuscrits hébreux connus de notre temps ; conférer ce lexle avec les versions grecques, latines et orientales ; extraire de ce fonds inépuisable de richesses des leçons toujours intéressantes, parce quelles doivent nécessairement répandre beaucoup /le jour sur l'état d'intégrité, du moins essentielle, où t»e liouve encore l'original imprimé; faire di paraître, par celte voie de colla lion, ces légères fautes qu'il a pu contracter par l'inadverlancedes copistes ou des imprimeurs; en un mot, ne rien oublier pour procurer de la Bible hébraïaue une nouvelle édition aussi
correcte qu'il soit possible ; que oc connaissances ne demande pas une entreprise si vaste? Un plan de celle nature ne peut qu'effrayer le savant le plus instruit comme le plus laborieux. Quelles obligations ne contracterait pas avec le public éclairé le littérateur qui s'engagerait à remplir toute l'étendue d'un pareil projet ? Mais ne le regardons point comme absolument impossible. Les travaux dont nous jouissons el ceux qu'un savant anglais (1) semble nous faire espérer depuis plusieurs années nous annoncent qu'on ne doit point désespérer de voir enfin exécuter ce plan, tout difficile qu'il est.
11 paraît qu'une partie de ces travaux est presque déjà faite, du moins l'a-t-on lenléc, cl nous en sommes d'abord redevables à un fameux critique du siècle passé. Sans recourir à nos Bibles polyglottes, par le moyen desquelles il n'est point difficile de se former soi-même un excellent dictionnaire (2) de langues orientales, nous nous épargnerions bien des fatigues pour montrer le rapport que ces différentes versions ont entre elles, en quoi elles paraissent plus ou moins s'éloigner^de l'original hébreu , si M. Simon eût publié son abrégé (5) de la Polyglotte de Londres.
(1) Nous parlerons ci-dessous de ce que M. Benjamin Kennicott nous promet de relatif au même objet.
(2) Quand je m'exprime de la sorte, je n'ignore pas toutefois ce que de savants auteurs ont donné sur la même matière. (Voyez Jo. Christoph. Wolfius, Histor\a Lexicorum hebraicorum. WillembergœMOo, in -8°; Bibliùth. hebr., tom II, Ub. III, cap. 3, § 6, pan. 556 el sefj. ; 560 et seq.). Quoique nos anciennes versions soient défectueuses, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs, on voituéanmoins que les unes se soutiennent en plusieurs endroits où les autres manquent; et en les conférantensembleilesi incontestable qu'elles peuvent beaucoup servir à faire sentir la vérité grammaticale du texte primitif hébreu. Aussi Edmond Casiel a-l-il infiniment mérité de la république des lettres par son grand Dictionnaire heptaglotte, qui sert d'Appendice aux Bibles polyglottes de Londres. Les écrivains qui ont marché sur les traces de ce docle lexicographe , comme les Nicolai, les Olhon, les Stock, les Simonis, et autres, n'ont pas peu contribué aux progrès de la littérature hébraïque.
(3) M. Simon publia d'abord le projet de cet abrégé dans le catalogue des principales éditions de la Bible, à la suite de son Histoire critique du Vieux Testament (pag. 521, suiv.). Celte nouvelle Polyglotte devait être composée de l'original hébreu, du grec des LXX et de la version Vulgate latine , mais sans négliger les diverses leçons du texte hébreu samaritain el dos autres traductions soit grecques, soit orientales, ainsi que M. Simon s'en explique (/oc. cit. }, Voiri comment notre critique effectua ce projet. Il mil aux marges mêmes de chaque feuillet d'un exemplaire de la Polyglotte de Londres et sur différents carions toutes les variantes qu'offre l'arabe , le syriaque et les paraphrases ehaldaïques : il y marqua les diverses leçons données par lekeri-chelibh, en notant de plus celles des anciens interprètes, Aquila, Théodolion et Sy mmaque, etc., telles qu'on les trouve dans la même Polyglotte el dans les fragments qui nous restent des Ilexaplesd'Origène. Le savant père lloubganl a fait quelque usage de cet abrégé, qui appartenait à la bibliothèque de l'église cathédrale de Rouen, à laquelle M. Simon l'avait léguée par son testament, et où probablement on le conserve encore. Le P. Iloubigant nous avertit même ( Prolegomena ad liîblia heb>-aica
Ge ne serait point assez d'avoir une pareille collection (1) sur nos versions anciennes, telles que nous les trouvons dans nos Bibles polyglottes ou dans tout autre imprimé. Cette méthode aurait snns doute ses avantages; mais, comme il est incontestable que les anciennes versions présentent, dans quelques manuscrits, des leçons intéressantes qu'on ne doit point négliger, parce qu'elles appuient davantage (2) la lettre du texte primitif, il faudrait consulter ces mômes manuscrits, pour rendre la collection plus complète :
cum nolis crilich, etc., pag. 152) , que M. Simon y a souvent corrigé des fautes de copiste et de typographie, qui se sont glissées dans les versions grecque, arabe et syria jue de nos Cibles polygones de Paris et de Londres. Il ajoute que le travail de M. Simon n'était cependant qu'ébauché sur la partie qui renferme le Penlateuque; qu'il n'y avait rien trouvé qui concernât les Nombres et le Lévilique ; mais qtie les autres livres de l'Ecriture étaient pleins de notes marginales, de la manière que nous venons de le dire. Voyez JSovorum Bibliorum polyglottorum Synopsis , Ultrajccli, 1684, pag. 5-9. C'est une lettre où ce projet est beaucoup plus étendu que dans son Histoire critique , etc., et que M. Simon adresse sous le nom d'Ori^ène à Ambroise : ce dernier, qui n'est autre que M. Simon, lui répond sur le môme sujet dans une autre lettre latine de l'impression d'Ctrechl, 1G85, i«-8°, pag- 14 (voyez Crilobulus Hierapolitanus[Joan. Clericus\.Episiola OrigeniAdamantio, Synopseos novorum bibliorum polyglottorum auclori. Elle se trouve insérée dans la réponse [de M. Simon] au livre intitulé : Sentiments de quelques théologiens de Hollande [ejusd. Clerici] sur l'Ilist. cril. du Vieux Test., etc. , Kotlerd. 1GS6, pag. 2 et seqq.; Jo. Christ. Wolf.. toc. cit., mm. 2, secl. 4, pag. 555 et seq. ; Jacob le Long, Bibliolli. sacr., Loin. I, cap. 1, pag. 5 et seq ).
(1) Vers le commencement de ce siècle, Richard Bentley avait aussi entrepris un recueil de diverses leçons sur les paraphrases chaldaïques, sur les versions syriaque et latine, sans oublier les traductions grecque-; des anciens interprètes (Voyez Bibliothèque anglaise ou Histoire littéraire de la Grande Bretagne, par Armand de la Chapelle, loin. IX, part. I, art. 2, pag. 22 et suiv.). Il y est dit de ce savant anglais, qu'avant l'âge de 24 ans il avait écrit de sa propre main un gros volume in-4° qui contenait des hexaples de sa façon. M. Bentley y avait placé dans la première colonne tous les mois hébreux de la Bible par ordre alphabétique. Dans les cinq autres colonnes , il avait recueilli les diverses interprétations de ces mêmes mots, tirées des versions chaldaïque, syriaque, latine et grecque des LXX,d'Aquila, de Symmaque et de Tliéodolion. Enfin il avait écrit un autre volume in-4° de variantes du texte hébreu, faites sur ces anciennes versions. R. Bentley forma même le dessein de collationner les manuscrits hébreux (Voyez Wolf. , loc. cit., lom. Il, pag. 529). M.iis il en a été de ces deux entreprises comme du projet qu'il avait eu en vue de donner une édition du texte grec du Nouveau Testament, conférée avec tous les manuscrits qu'il aurait pu recouvrer (Voyez la même Bibliothèque anglaise, loc. cil., tom. VIII, art. 5, pag. 85 et suiv. ; loin. IX, art. 1 et suiv., pag. 1 et suiv.; 19 et suiv.; loin. X, art. 2, pag. 74 el suiv ; Biblioihèquebritannique, janvier, etc. ,1744, lom. XXII, part. Il, pag. 270 et suiv.; Joan. Jacob. Welsteiiius, Prolegomena in ISov. Teslamentum grœcum a se recensitum, edit. Amstelauiam., 1751, loin. 1, pag. 155 el seqq. ; Bibliothèque rationnée des ouvrages des savants de r Europe, juillet, eic. , année 1751 , tom. XL Vil, part. I, pag. GO).
(2) Voyez la savante lettre de M. Bjonstahl, à la lin de ce traité.
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nouvelle lâche aussi immense que la première.
En rapprochant ainsi du texte hébreu nos anciennes versions grecques, latines et orientales, il y aurait même un choix à faire parmi les variantes qu'elles peuvent donner. Telle ou telle leçon offre, au premier aspect, des diversités qui ne sont qu'apparentes (1); et, si elles sont réelles, il est essenliel d'examiner attentivement et sans préjugés, quelle en a élé la véritable cause (2). En vain enireprendrait-on encore une telle
(1) Voyez ci- dessus.
(2) La langue hébraïque n'est point telle que se l'imagine le, vulgaire des hébraïsants, dit très-bien un savant moderne. Sublime dans ses idées, simple dans ses détails, brillante dans ses expressions, obscure par son génie, riche en figures, pauvre en termes: voilà son portrait en peu de mots (Lettres de M. l'abbé de ***, ex- professeur en hébreu en l'université de ***, au S. Kenmcott, Anglais, etc., IIIe lettre, pag. 42, à Bomer (Paris, 1771). Le latin et le grec, très- fertiles en termes, tiennent au contraire une marche opposée au langage des anciens Hébreux : il en est de même de nos lmgues d'Occident. De là il résulte qu'un traducteur grec ou latin sera exposé à commettre bien des erreurs dans sa version, s'il ne sait apprécier la richesse des figures de la langue hébraïque, en un mot s'il n'en possède à fond le génie. Supposez môme que l'un et l'autre connaissent tout ce qui est de la dépendance de celle langue, ils se trouveront obligés de suppléer souvent, dans leur traduction, aux réticences, aux énallages qui caractérisent l'idiome hébreu. Ainsi pour juger compétemment des diversités de leçons qu'on trouvera entre l'hébreu et les versions grecques et latines, on ne peut trop s'appliquer à étudier le caractère distinelif de ces trois langues.
Suivons ces principes relativement aux autres langues orientales, telles que le chaldéen, le syriaque et l'arabe. Celle des anciens Hébreux, et nous l'avons souvent inculqué, a ses plus intimes rapports avec les principales langues de l'Orient. Aussi est-ce un sentiment unanime parmi les savants qu'on ne peut entendre parfaitement l'hébreu sans la connaissance de ces langues qui en sont comme des dialectes. Celle connaissance épargnerait souvent aux commentateurs la peine de tenter des corrections très- hasardées et dangereuses, qu'ils font au texte, sur lequel on ne doit pas prendre de si grandes libertés. C'est une observation que fait M. de Guignes dans son excellent Mémoire manuscrit (pari. Il), que j'ai cilé ci-dessus. Notre savant académicien ajoute, au même endroit, que, faute de celle connaissance, on entreprend de rétablir cet accord que l'on suppose devoir exister entre le genre et le nombre; on regarde comme faute de copiste ce qui est une manière élégante tic parler ; el on change une lettre dans un mol , parce que ce mot ne paraît pas présenter une signification convenable; signification que Ton retrouverait, si on voulait recourir aux autres langues el surtout à l'arabe, qui a conservé toujours son mène génie, ai.jsi que celui de toutes les autres, qui sont à présent des langues mortes.
Pour développer davantage celle observation de M. de Guignes, n'omettons point une autre remarque de ce profond littérateur. Il est dans l'ordre de la nature, dit ce très-habile homme (ibi I., part. H), de maire une certaine symétrie dans le discours , c'est-àdire de faire accorder entre elles les différentes parties, de se servir du singulier s'il ne s'agit que d'un seul, du masculin s'il est question de ce genre. Ce sont , continue M. De Guignes , des principes qui tiennent à la nature et qui sont la suite nécessaire des premières réflexions ; aussi sont-ils communs à louics les langues ; cl n'a-l-on pas besoin de conventions pour les établir. Mais il eu existe eu mêms temps
DES TITRES PiUMiTÎFS
collation de noire texte hébreu avec les versions de lu bonne antiquité, cl Ton tenterait aussi inutilement
:ilres qui sont propres à chaque lingue, el qui en ml comme le caractère dislinctif. Ils forment une espèce de syntaxe nationale, el instruisent dos idio tismes particuliers. Cependant ils supposent toujours les premiers, après lesquels ils marchent. Ces pre« miors existent donc dans ces langues orientales ; mais d'après ces principes particuliers , c'est une élégance de s'en écarter cri certaines occasions. Un verbe singulier s'accorde donc avec un nom qui est au pluriel. fen hébreu on fait accorder souvent un adjeelif masculin avec un substantif féminin. Cette irrégularité existe entre un verbe cl un nom substantif. Celui-ci féminin s'accorde avec un verbe qui est masculin. La même discordance est dans ces personnes. Ne seraitce pas là des restes du plus ancien langage, que l'on aurait voulu conserver dans les langues ? Les Moi faire, Lui faire, Eux faire, ont dû être la manière de parler avant qu'on eût perfectionné la grammaire el établi la concordance dans les mots : c'est ainsi qu'en chinois on s'exprime encore. Il est ordinaire en syriaque et en hébreu de substituer un pronom dans une phrase où i! esl inutile : hebraice Lee Lcca, Abi libi , Va-t-en. Syriace Tehh Luc, Sede tibi , Asseyez-vous. Eno Ozel Li, Egoabeo rnihi, Je m'en vais.
Quiconque a fait le moindre progrès dans la grammaire de ces langues sont combien ces observations de M. de Guignes sonl fondées. Miis il ne suffit pas encore d'approfondir le génie des langues orientales : il faut de plus r.e point se méprendre sur le vr.ii caractère des anciennes versions. Faute d'être assez attentif à celte règle de critique, dictée par le bon sens, feu M. l'abbé Ladvocat a trouvé des vices (luis notre texte hébreu, qui ne doivent cependant être imputés qu'à l'auteur de la version syriaque du Pentaieuque (le laquelle il est parlé dans le Journal des savants , édil. de Paris , année 1765 , pag. 1619- 1660. Nous avons promis de faire mention du Ms. de celte version dont M. l'abbé Ladvocat nous a donné une bonne notice dans ledit journal. Suivons M. Ladvocat pour un moment : ce détail indispensable va appuyer nos considéra lions.
Le Ms. syriaque est écrit en lettres eslrangèles , et renferme tout le Peulateuque, à quelques lacunes près. Jacques , métropolitain d'Ëdesse en Mésopotamie, mort au commencement du VIIIe siècle , l'an 710, est l'auteur de la traduction , quoiqu'il n'y ait point d'apparence qu'il en ait transcrit lui-même le Ms. Ce métropolitain s'est rendu célèbre par différents ouvrages sur l'Ecriture et sur d'autres matières ecclésiastiques et. profanes. {Voyez clariês. Stephan. Evod. et Joseph. Simon. Àssemanit bibliolli. apostoL Vatican, Codd.Mss. calalog par!. I, lom. III, pag. 7 etseqq., et passim. Ejusd. Sieph. Evod. bibliolh. Mcdiceœ Lanrenlianœ Codd. Mss. oriental, calalog, , pag. Si, 85, lu7 el seqq. Ejusdem Joseph. Simonii Bibliolh. oriental., lom. I, cap. 40, pag. 468 el seqq.)
M. l'abbé Ladvocat croit que J'ouvrage Ms. dont nous allons parler renferme une espèce de concorde de la version grecque et de l'ancienne version syriaque Ou Pen'.ateuqoe. il juge ce Ms. de l'an 704-705, d'après quelques dates qu'on y lit à la fin de chaque livre Mais il n'ose assurer s'il représente véritablement l'ancienne version syriaque, faite immédiate- Y nient sur l'hébreu , ou une autre nouvelle version syriaque-vulgaire , qu'il appelle simple , mais mal à propos, puisque cette dénomination ne convient qu'à celle-là. M. l'abbé Ladvocat regarde néanmoins comme plus vraisemblable que la traduction que Jacques d'Edesse suit dans cet ouvrage, est une ancienne version du Penta'.euque. Une chose dont on ne peut douter , c'est qu'elle e.-a différente de celle ùe nos imprimés syriaques. Les diverses leçons qu'en produit M. l'abbé Ladvocat dans 1 dit journal, indiquent même mie l'au-
de rétablir l'accord qui doit régner cuire elles et l'original , si l'on n'approfondit auparavant toute
leur du Ms. s'attache plutôt à la version des LXX qu'à tout autre texte. Ainsi je ne vois pis comment on peut en inférer que ce Ms. nous représente avec fidélisé lo leste primitif de notre original hébreu. Afin que cette conséquence fui iuste , le bibliothécaire de Sorbonne aurait, dû prouver que le texte grec des LXX a conservé le véritable original , sans là moindre aï* léialion. D'ailleurs les preuves que feu M. l'abbé Ladvocal en donne à l'occasion de ce Ms. syriaque , ne sonl point aussi conclu mies qu'il le prétend. Attachons-nous à une ou deux leçons pour le montrer. Il est dit, Gènes. XL VI î; 20, 41, selon le texte hébreu : Et fuît (erra Pliaraoni. Et populum transir c fecil (Joseph) cum in urbes ab exlremilalc ter mini JEgypli el usque ad exlremitatem cjus.
J'ai traduit ce passage à In lettre. Le texte syriaque imprimé dans nos Polyglottes esl très-conforme à celte leçon, puisqu'il port:; : El fuit terra Pharaonis. El populum translutit ipsum de civitale in civiiatem ab exlreniitaie terminorum yEgypli el usque ad exlremitatem ipsius.
Remarquez, en passant, que les mots syriaques expriment toute la force du terme hébreu ", qui signifie de ville en ville. Dans le Ms. de Jacques d'Edessc , pag. 97, col. i , on lit: Et fuit terra lola Pliaraoni, et populum subjecit eum illi in servos el translutit eos de loco in locum ab exlremiiale lerminorum Algyp'.i, usque ad exlremitatem.
Je ne mets point le texte en syriaque, parce que M. l'abbé Ladvocat ne le rapporte ici qu'en latin. Celte leçon lui donne occasion de dire : 1° qu'elle représente l'ancienne version grecque des LXX , qui était semblable , dit-il, à nos imprimés, excepté qu'elle avait de plus le mot lot a. Mais cela est avancé, sans preuves ; car l'ancienne version italique , tirée des LXX f dit simplement: El fada est terra Pliaraoni. Voyez dom Sabotier sur cet endroit. En bon critique, M. l'abbé Ladvocat devait appuyer celte conjecture sur quelque Ms. grec. On ne trouve même ce mot de tota, ni dans notre Vu'ga'c , ni dans le texte hébreu-samaritain , ni dans l'arabe, ni dans le syriaque, ni enfin dans le ïargum d'Onkeîos. Jacques crEdesse a donc commenté ce texte à sa façon. Il é>ait d'ailleurs fort inutile de répéter un mot qu'on lit au commencement du môme verset 20 : El émit Joseph omnem terram JEgypti. Il n'y a aucune version qui n'ait suivi celle leçon. 2° Qu'elle nous représente la leçon du texte hébreu primitif, laquelle portail, selon M. l'abbé Ladvocat, Et fuit terra iota Pliaraoni (cela n'est point prouvé , comme nous venons de le voir), ex populum subjecit eum illi { Pliaraoni) in servos, etc., leçon, ajoute l-il, qui est confirmée par le samaritain el par la Vulgate; il pouvait dire aussi, par le texte grec. Cela est vrai ; et le P. Iloubiganl avait déjà insisté sur celte nouvelle leçon, qu'il s'efforce de justifier (Prolegomena ad Diblia hebraica, cap. 2 , art, 1 , pag. 29 etseqq. El in hune locum Geneseos) en substituant □vtx;;? vftnnvn, au lieu (le Dir;b m» luvn
comme il y a dans notre texie hébreu imprimé; 5" celle même leçon, poursuit le docteur de Sorbonne , est préférable à celle de l'hébreu imprimé, qui porte que Jo.scph , après avoir acquis à Pharaon les terres des Egyptiens, les ht passer dans les villes depuis une extrémité de l'Egypte jusqu'à l'autre, "Ul D'TjA TX;n Ce qui est cmilrair •, dit-il, aux principes du gouvernement.; car quel bouleversement n'aurait pas fait ce transport des Egyptiens? Il était contre le bon sens et les intérêts du prince comme des Egyptiens de transporter ainsi 'es laboureurs d'une ville située à une extrémité de l'Egypte dans une autre ville située à l'autre extrémité , où le sol et la terre exigeaient une culture différente. Il esl bien plus simple,
8V!3 &E M Rï
l'étendue et Fëncrgie des termes de ces différentes langues, elsi Ton n'en connaît à fond le véritable génie.
conclut-il, de réformer les fautes de eopisle du texte, hébreu imprimé sur l'exemplaire hébreu-samaritain et mr, la version grecque, que de prêter au patriarche Joseph un transport si déraisonnable, si contraire aux inlërêls de Pharaon, et si peu conforme à la suite du texte.
Supposons que ce raisonnement doive avoir lieu , et qu'il faille redresser ici notre hébreu imprimé d'après le Ms. même de l'évoque d'Edcsse; ce Ms. même et toutes nos versions exigeraient donc une pareille réforme, puisqu'on y trouve partout le même sens.
Que Joseph ait fait transporter le peuple en diiï'érentes villes du royaume , ou de ville en ville, comme porte l'hébreu, ou d'un lieu à un autre, ainsi qu'on le lit dans le Ms. en question , n'est-ce pas la môme cho e? Ce transport n'en serait pas moins déraisonnable, ni moins contraire aux principes du bon gotïvcrnemcnl.DYdleurs il n'est pas nécessaire de supposer que ceux qui se trouvaient aune extrémité de l'Egypte, fussent transportes à une autre extrémité tout opposée. Le texte hébreu ne conduit point à cette idée: Moïse y dit simplement que Joseph ordonna que le peuple passât d'une ville à l'autre.
Feu M. l'abbé Ladvocat aurait dû ne pas relever d'après le P. Houbignnt , une difficulté qui tombe également sur tous les textes. Admirons plutôt la conduite de Joseph , bien loin de la blâmer. Lorsque l'Ecriture dit que ce religieux ministre fit passer le peuple en différentes villes de l'Egypte, et que le peuple se soumit à tout pour n'être point exposé aux horreurs de la famine, on voit dans celte manière d'agir éclater nue sagesse et une prudence peu communes. l\ic:i n'était plus sage que de rendre aux peuples leurs terres ; mais Joseph cul soin de ne pas remettre un chacun en possession de ce qui lui appartenait auparavant. Aussi les lit-il passer en différentes villes dans toute l'étendue de l'Egypte. Par cel expédient il empêcha toute sédition , ou il se mil en état de la réprimer avec plus de facilité , tandis qu'il ô;a au peuple le moindre prétexte de revendiquer dans la sui;e des héritages sur lesquels ni les uns ni les autres ne conservaient plus aucun titre. Telle est la solution que d'habiles interprètes donnent à ce passage : M. l'abbé Ladvocat ne pouvait l'ignorer. Voyez Polus, Synopsis ; M. Chais , la Sainte Bible avec un Commentaire littéral, etc., loin l,pag. 570. Notre original hébreu n'a donc pas besoin ici d'être réformé ; et le syriaque imprimé n'a point dû lire autrement que le même texle. Ainsi la correction du P. Houbigant cl de l'abbé Ladvocat (subjecit in servos) est absolument mutile.
Venons à une autre leçon qui , à quelque chose près, ne vaut pas mieux que la précédente. Le Ms. du métropolitain d'Edesse lit , Genèse, XL1X, 22: Joseph est le fils de mon agrandissement, il est le fils de mon agrandissement. Il a été exposé à la jalousie, ce jeune fils qui a les yeux tournés vers moi ( traduction de M. l'abbé Ladvocat).
En rapprochant celle leçon de notre texte hébreu, on s'aperçoit aisément <|ue le traducteur n'a eu presque aucun égard à son orginal ; et pour s'è re trop a; taché à la version des LXX , il a fait nue e>pèce de paraphrase imaginaire, comme le prouve entre autres le mot syriaque traduit par (ÇrJ.u-à;) , dont il s'est servi sur l'autorité du texte grec. Il est vrai que le I remier membre de sa traduction par. îl assez analogue à Pobjé'; que Jacob avait en vue, savoir l'agrandissement de son fils par le moyen de Manas'sc et d'Epiiraïm; qui devinrent chefs de deux tribus trèsnombreuses dans Israël. Mais tout ce qui suit est contraire «à la belle image loule métaphorique, que l\ ïsc nous représente dans cette bénédiction de Jacob, el qui conïirme cette première idée de l'agrandissement des enfants de Joseph. Par conséquent le
VtLMiON. gg<!
Tant que l'on perdra de vue ces considérations, qui exigent des connaissances peu communes, et surtout un amour sincère pour la vérité , la collection des
terme syriaque.... (de moi) , qui se trouve deux fois après.... (agrandissement) est encore très-inutile ; aussi le syriaque imprimé a-t-il omis ce pronom possessif. C'est encore fort mal à propos que le docte bibliothécaire vent prouver par là que l'ancien texte hébreu portait TT© (de ma fécondité) avec l'aflixe de la première personne , et non pas ÏÏT© sans affixe, comme il est aujourd'hui. Pour sentir le faible de celte version syriaque manuscrite , transcrivons d'abord la leçon primitive du texte hébreu, elle porte:
tomîjv rwn mn jnMbv irôppcw ms p fiamus
fecundus Joseph , Ramrts fecundus juxla fonlem (cujus) ramnsculi disciirrnnt super murum. Joseph est le rejeton d'une tige féconde ; il est comme une branche d'un arbre planté auprès d'une source d'eau vive ; chacune de ses branches s'étendent sur le mur.
Les termes hébreux mD p signifient littéralement, Filius fecundœ ou fructiferœ (arboris), c'est-àdire, wmus fccutulns. La paraphrase d'Onkcf s favorise notre traduction , el l'arabe y est entièrement conforme : le texte samaritain offre la même idée, à l'exception deWVX 122 dont nous parlerons bientôt. La version de S. Jérôme, bien considérée de près., prouve également que ce saint docteur a lu dans son original hébreu de la môme manière que nous y Usons. Car eu faisant venir le mot mD de la racine... crevit, S. Jérôme a très-bien traduit par les termes de Filius accrescens : c'est rendre à la lettre toute la force des mots rVT3 p Filius [ruelifer , qui sont un hébraïsme. On voit encore qu'il s'est servi de Z).'corus aspeciu, parce qu'il a tiré le même terme de la racine "1ND decoravi', La lettre N , comme s'expiinienl les grammairiens , se trouvant alors quiescenlc en un Kbolcm défeclif dans IT© Povatk. Quant aux mots yy-'hv, qui peuvent signifier Super oculum, ou in oculis, S. Jérôme les a interprétés par celui d',4speau. Ainsi sa traduction justifie pleinement la leçon du texle hébreu imprimé.
Si feu M. l'abbé Ladvocat avait bien entendu ce passage, qui est rempli d'hébraïsmes, il n'aurait point embrassé aveuglément la leçon du Ms. de l'évêque d'Edesse ; il n'aurait point tant insisté qu'il l'a fait sur la prétendue leçon "pyïn ")j1 Filins meusiste parvnlus, quoiqu'elle soit appuyée sur la version des LXX ï iS; //.ou yt&rotxoç , Filius meus novissimus , et même sur le Peutateuque samaritain, enfin sur la version arabe samaritaine qui se trouve dans le Penlateique triiaplc Ms. de la bibliothèque du prince Barberini.
II est donc inutile qu'on vienne nous dire que le^ copistes ayant ici pris le Jod pour un Van , et ; yaot transposé au mol suivant le H q Tils ont pris pour un ri, ils ont formé rYta, filiœ: qu'enfin au mol suivant ils ont confondu le "1 avec le 1 en y ajoutant un H, d'où est venue, dit M. Ladvocat , la mauvaise leçon du lexle hébreu imprimé mVS £TO, Filiœ incedit, ce qui est, conlinue-t-il, un vrai solécisme.
Élit pourquoi les LXX et les copistes samaritams n'auraient-ils pas fait, dans leurs exemplaires hébreux, tout le contraire de ce qu'on attribue ici à ceux des Juifs, qui nous ont transmis notre texte hébreu imprimé? Les LXX ou les Samaritains auront donc confondu le \ avec un \ et sans faire attention au n qu'ils croyaient superflu , ils auront permuté le "7 avec un "I; ils y auront substitué un double1'; de soric qu'au lieu de rTWXnp!!, qui était la leçon primitive, ils auront mis iiû5/«vv«dT«T#, ct^TyS,»32, Filius meus pur* vulus, comme porte le texte samaritain imprime.
La version samaritaine imprimée, qui a réuni dans sa paraphrase et la traduction des LXX ci la leçon dq
variantes péchera par bien des endroits : on ne 1 pourra faire que des faux pas ; on taxera d'erreur, '•uis le texte hébreu, ce qui vient uniquement de tre propre ignorance ou de nos préjugés, ou enfin «le la licence et de l'inadvertance des traducteurs euxmêmes. 11 est cent exemples qui prouvent que , sous prétexte de rétablir notre texte original dans sa pureté primitive, on s'est efforcé de le rendre presque tout arbitraire par une foule de corrections uniquement appuyées sur une fausse cri tique. C'est que, trop peu riches en littérature orientale, hardis dans leurs décisions, certains écrivains auraient dû prononcer avec moins d'assurance qu'ils ne l'ont fait. Aussi leurs conjectures n'ont-elles servi qu'à les trahir en manifestant leur propre incapacité. Bien loin de rendre leurs ouvrages véritablement utiles aux lettres comme à la religion , ces faux critiques semblent n'avoir eu
texle hébreu-samaritain , ne montrerait-elle pas que ce dernier texle a é:é du moins interpolé d'après les LXX? Quoi qu'il en soit, voici ce que la même version porte dans nos Bibles polyglottes de Paris et de Londres : Films fruclifer Joseph, ftlius fructifer, in me conspke : filius meus parvus ascendil mnruin. Ce seul exemple prouve que le P. Morin n'a point eu raison d<^ dire que celle version s'attache tellement à son texte original , qu'elle le représenté mot pour mot (Confer. Slepli. Evod. et Joseph. Simon, Assemaui , Bibliolhcc. AposloL Valic. Codd. Mss. Calalog. loin. I, inter Codd. Samarit. cod. II, pag. 4Ci et seqq.). 11 est vrai que dans le Ms. du P. Barbéiïni, la même version s'énonce ici conformément à son texte hébreusatnaritain , mais ni l'un ni l'autre n'en valent pas mieux, puisqu'on y emploie une expression qui fait totalement disparaître la belle comparaison que Jacob fait de Joseph à une jeune plante qui prend son accroissement auprès d'une source d'eau vive. Le Psalmistc se sert d'une semblable image (Ps. 1 , 5), quand il en compare le juste à un arbre piaulé vers le courant des eaux. D'ailleurs les mêmes termes du texle hébreu-samarilain et des LXX ne conviennent qu'à Benjamin, <;ui était le plus jeune des enfants de Jacob. Joseph est donc ici appelé un fils fertile ou un rameau dont les filles ou les branches se sont étendues Mir une muraille : emblème qui convient parfaitement à l'état de gloire et d'élévation où Joseph se trouvait a loi s en Egypte, et à ce qu'on vil arriver dans la suite à ses deux enfants Mana-séel Epliraïm.
M. l'abbé Ladvocal faisait trop usage des conjectures du P. Houbigani. Voyez ce qu'en dit ce savant P. de l'Oratoire (Prolegomen. pag. 31 et seq.; et in hune locum). L'un et l'autre ont voulu trouver des fautes où il n'y en a jamais eu. Les termes mvs rvun seraient un solécisme en latin, mais non pas en hébreu. C'est ici un en dl âge de genre très-fréquent dans l'Ecriture, £l qu'il faut absolument reconnaîire pour expliquer une infinité de passages de nos livres saints. Ainsi ces mêmes termes doivent se rendre par les suivants : Vna quœque filiarum incedit , ou discurril, etc. ; c'est comme s'il y avait en hébreu : mVS rïtnnnnN.
Quand on aime la vérité, on ne se laisse pas éblouir par le faux éclat d'une critique arbitraire : on apprécie le caractère des anciennes versions, cl toujours relativement au génie de la langue hébraïque.
Je ne dirai rien des autres leçons qu'apporte M. l'abbé Lidvocat, d'après le Ms. de l'évèque d'E desse : elles sont très-communes; elles offrent des variantes qui ne mérient point qu'on s'y arrête. Mais à juger de ce Ms. par les mêmes leçons que le docte bibliothécaire de Sorbonneena produites, il ne paraît pas que celte pièce, qui est d'ailleurs imparfaite, doive être aussi intéressante qu'il le prétend.
en vue que de tendre des pièges à la simplicité des fidèles, en jetant des nuages sur une vérité impor-' tante, parce qu'elle est étroitement liée avec les monuments de !a révélation.
Appliquons ces considérations générales aux travaux qu'on peut attendre sur noire texte hébreu, ainsi qu'à d'autres qu'on a vus paraître dans les deux siècles que nous envisageons. Montrons aussi que, de quelque manière qu'on ait exéculé et qu'on exécute encore celte sorle de collection, nonobstant même les disputes littéraires que ces mêmes travaux ont occasionnées, tout doit concourir à assurer la vérité hébraïque.
Si on excepte quelques recherches que l'on avait déjà faites sur les variantes du texle hébreu , soit parmi les chrétiens (1), soit parmi les Juifs (2), ou
( I ) Nous ne pouvons pas nous arrêter aux collections de variantes que publièrent quelques-uns de nos écrivains du seizième et du dix-septième siècle. Parmi ces auteurs, L. Cappel a faille plus de bruit; mais il ne faut point séparer son ouvrage de celui que Buxlorf lui a opp >sé. Voyez Alphonsus de Zamora, Calalogus eorum quœin ulroque Testamenlo aliter scripla sunt, vitio scripiorum, quant in hebrœo et grœco et quibusdam Bibliis antiquis, loin. VI Diblior. PolygloU. Complutens. ; Benedict. Arias Montanus. , Variœ Lectiones lexlus hebr., qu;c exstant in lom. VIII, Apparalus part. III, Biblior. PolygloU. Anlucrpien*. ; Sixlinus A marna, Anti-Barbants Biblicus, etc., libre III, pag. 462 et seqq.; Ludovicus Cappellus, Critica sacra, sive de variis quœ in sacris Yeleris Testamenti libhs occurrunl leclionibus libri sex : in quibus ex variarum leclionum observatione quant plurimaS. Scriplurœ loca explicantur, illustranlur, atque adeo emendanlur non pauca. Cui subjecta esi ejusdem crilicœ adversns injustum censorem jus'a defensio : cum appendicibns, quarum argumentant éxhU bel index Ubrorum et capiluni. Edita in lucem studio cl opéra Joannis Cappelli attelons filii. Luleli;e Parisiormn 1650, fol., phssirn. Vid. et Jo. Buxlorf. fil. Anlicritica, passim; Brianus Wallon et Thomas Pierce, Bibliorum PolygloU. Londinens. tom.M, pag. 1 et seq. et in calée ejusdem tomi. Confer. Jacob, le Loup, Bibliolheca sacra, lom. I, art. 41, pag, 402 et seq.; W If., lac. ri/.,tom. Il, lib. III, cap. 3,§ 4, pag. 544 et seqq*
(-2) Tous les auteurs juifs qui ont trailé de la Mav sore peuvent en quelque façon entrer dans la liste des écrivains auxquels nous devons quelque chose sur les variantes de notre original hébreu; ces auteurs sont même en assez grand nombre. Mais parmi ceux dont WoKius fait, mention, on ne doit point oublier l'ouvrage de Ménachen de Lonzano, iils de Juda. Son livre, qui est rare, a été d'abord imprimé à Constanlinople et ensuite à Venise en 1618, in-4° ; il est in* titu.'é Schte Jadollt (M anus duœ), et renferme des observations sur la matière présente : elles méritent d'être lues, au rapport même de M. Simon [Histoire critique du Vieux Testament, pag. 542; Disquisitiones Crilicœ de variis Biblior. edilt.9cap. 5, pag. 19).
Dans la première partie de cet ouvrage, Ménachen examine soigneusement lesdiversilésde leçons, d'après les plus anciens Mss. qu'il avait pu découvrir. Ce savant juif qui s'était appliqué sérieusement à la critique saciée, avait lui-même conféré la deuxième édition des grandes Bibles rabbiniques imprimées chez Boniberg en 1547-49, voll. 4, in-fol., et une autre Bible hébraïque publiée auparavant parle même imprimeur en 1514, *n-4°. Il s'était servi principalement de Mss. espagnols, qui sont d'ordinaire les plus estimés, et ces M->s. n'avaient pas moins de cinq cents nu de six cents ans d'antiquité. De la manière dont Ménachen parle de son travail (loc. cil., OrTora, sivef
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ne vit dans le siècle passé presque aucun ouvrage un peu considérable concernant cette matière. On se contenta plutôt de proposer des vues relatives à un objet aussi important qu'à effectuer les piojeis qu'on avait médités. Louis Cappel jeta, en quelque façon,
lux Legis , digito 1, in fine) qui ne roule cependant que sur le Penlatetique , il est prouvé que s'il out trouvé dans ses Mss. des variantes plus esseniielles que celles qu'il a produites, assurément il ne les eût point déguisées, puisqu'il veut qu'un corrige les éditions en question d'après les diverses leçons que lui offrirent ses manuscrits. Il exhorte même ceux de sa nation à conférer autant de manuscrits qu'ils pourront trouver, et à lui communiquer leurs observations. Voici ce qu'il dit de sa collation; nous eu rapporterons simplement le passage en latin : < Nolum libi sit, lecior iutflligeus, bas Anunadversiones prodesse omnibus, sed tamen non perfecle nisi illisqui babent Biblia masrua édition'» 2 Bombergianaï , aul Biblia parva edit" Bomberg. an. 504 (i. e. Clir. 1544); bas enim duas (editiones) perquisivi et conluli quoad singulas lilleras, earumque puncta et accenlus , ralionemque habui omnium defectivarum et plenaruni (vocum), item aperiarum et elausarum (seciionum) ; sed reliquas editiones non vidi : in quibus forte a lia errata occurrunt. Ubicumque inveneris D'V inlellige '"fîD TCD (codices hispànos) qui suul correct! et fuie digni, quibus innili l'as est , et quos lanquam testes jdoueos advocavi. R. Abraham Ben-Dior in Obscrvationibus suis ad librum Maimonid;e in liue capilis priini codicisBeracholh ita scribit: Si quideminhoc argumente aliquid diflicullalis inveneris, ab eo abstraliêndum est, quia est exemplar hispanicunt. Sic et R. Moscs Nachmanides in libro qiicm Bella iuscripsit, in linecapilis quod incipit îTriTYI (videns), scribit : Sed libri hispanici fide digniores sunt quant nostri. Collegi auiem lias observa tiones ex decem et amplius exemplaribus Mss. quorum unumquodque non infra preiium cenlum aureorum (D'UVÏÏ) scriplum est, et ex il Lis sont qUaedam SOO.aul 600 annorum. Usus eliam sum vaiiis exemplaribus Massera Mss., et pneierea libro #D TTÏDQ minb (massorelbico cui lilulus : Sepcs legis), qui est nn"Tl (R. Meir, 01. Todros); etTSD nnp (opère Civilas libraria inscripto), quod elucubravil ^TNOT (R. Meir quidam);ei(libro cui titulum fecit "OT (137 Calamus scribaj) R. David Kimchi ; lum etiam libro JVtfU JOT (Oleum lœlitiœ), aliisque (operibus massoretliicis). » Confer. Joannes Morinus , Epistota ad Buxtorfium , ■ Anliquitalum Ecclesiœ orientalis pag. 568, edit. Londin. 1682; Rich. Simon, Lettres choisies, tom. I, édit. d'Amslerd. 1750, Lettre V, pag. 25 et suiv. ; le Long, loc. cil , tom. I, pag. 461 et seqq. ; WolOus, toc. cit., tom. I, itum. 1454, pag. 765 et seqq., loin. II, pag. 569 , 571 et 556 et seq.; Joan. Buxlorfius, Anticriliea , seu Vindiciœ veritatis hebr., etc., part. 1, cap. 15, pag. 266 ; Antiqua et nova orbis lilterarii, Tiguri édita, part. 1, pag. 54.
Jean-Henri Michaëlis a iméré dans son édition de la Bible hébraïque de 1720 ces diversités de leçons données par M. Ménacben, qui les apprécie toujours relativement aux préceptes de la Massorc, mais sans négliger les règles de la critique. Ce t sans doute ce qui aura fait dire à Yalenlin Ernest Lœscber {Tlieologia exegetica, part. II, cap. 2, pag. 124) que Ménacben n'est pas assez réservé dans ses conjectures. Quoi qu'd en soit, cela prouve que les juifs ne rejettent pas les variantes qu'ils trouvent dans leurs manuscrits, et qu'ils ne sont pas tellement attachés aux éditions ordinaires de la Bible, qu'ils croient ne devoir jamais s'en écarter, ainsi que l'a soutenu le docte Cappel, et lout récemment M. Kennicoil après -melques auteurs.
LLATION. £30
les fondements dwn si grand ouvrage, dans saCritique sacrée (1). Outre une nouvelle édition du texte hébreu , comparé avec les anciennes versions , il voulait qu'on l'accompagnât d'une traduction L.tiii", conformément aux améliorations que les mêmes versions auraient pu fournir. Le projet d'édition de ce texte, que M. Simon souhaitait aussi (2), ne s'éloignait guère du plan du docte Cappel. Mais ni l'un ni l'autre de ces écrivains n'allèrent plus avant. Il ne paraît pas non plus que la république des lettres ait jamais joui des travaux que J. Buxtorf le fils, mort en 1664 , avait entrepris là dessus (5). Ce savant homme ne pouvait produire des preuves plus fortes en faveur de l'intégrité des Ecritures hébraïques, que par une collection de celle nature.
Je ne dirai rien de l'ouvrage que Guillaume Eyre^, anglais, avait encore projeté sur celte matière ; les détails qu'il en donne lui-même dans sa lettre (4) au célèbre Usser, nous font regretter qu'un ouvrage d'une telle importance n'ait point vu le jour.
Ce sont là, autant que je sache, les principaux projets littéraires, desquels on s'occupa dans le siècle dernier, relativement à la collection que nous avons en vue. Il parut toutefois, de temps en temps, d'excellentes éditions de notre texte (5) et une, entre
(1) Libr. VI, cap. 10, pag. 434; ejusd. Crilicœ sacrée defcnsio,\ 46, pag. 605; § 51, pag. 605; et § 55, pag. 608.
i (2) Loc. cit., liv. III, ch. 1, pag. 55 i, et c. 25, pag. 128 ; Réponse à la Lettre de M. Spanheim, ibid.t pag. 629 et suiv.
(5) Cette collection de Buxtorf serait très-intéressante. Peu d'écrivains étaient si capables de la faire aussi bien que ce célèbre bébraïsanl. « Integrum librum magno studio composuit, in quo non lantum ex libris omnibus impressis , sed ex Mss. plurimis variantes omnes lectiones collegit, et in < orpus digessit, judiciumque suum de singulis adjecit : opus bactenus a nullo christiano lenlalum; cujus titulum auctor imper communicavit, ipsum librum se brevi editurum promisit. Brianus Wallon, Prolegomena ad biblia Polygloiia a se édita , cap. 8 , § 21 , pag. 50; ejusd. Iipistola ad Buxtorfium, quœ exslat in Joan. Buxiorfii Abnepolis Sepher Kibbutzim , sive Caluleclis Philolog. Theologicis, pag. 448.
(4) Elle se trouve à la fin de h dissertation du même Usser, De LXX interprelt.Versione Sgnlagma, edit. Londin. 1655. m-4°, pag. 221 231. La grande fin que Guillaume Ëyre se proposait danscet ouvrage, était de prouver que son recueil de variantes ne pouvait que constater la pureté cl l'intégrité de notre texte, ainsi que son authenticité.
(5) Parmi ces éditions on doit distinguer : 1° celle de Menasseh ben- Israël, faite à Amsterdam l'an 595, Cbr. 1655, voll. 2, in -4°. Menasseh dit dans sa préface latine qu'il a revu son édition d'après quatre autres les plus correctes de toutes, et que lorsqu'il a trouvé quelques variétés entre elles, il a eu recours aux règles de la grammaire et de la Massore. il est vrai que M. Simon dit qu'elle n'est pas si exacte que semble l'annoncer le litre qu'on a mis à la tête ; mais ce qu'il y relève ( Bibliothèque critique, tom. III, pag. 431) est de si peu de conséquence, qu'elle doit passer pour une très-bonne édition. Elle a cependant cela de singulier, que les prophètes antérieurs et postérieurs sont à la suite des hagiograpbes, et que les hagiographes viennent immédiatement après les livres de Moïse.
autres , collalionnéc avec quel pies manuscrits hébjoux. Telle est l'édition que Jean Emesi Jablons-
2° Lotion «le Joseph Athias, publiée dams la même ville en 1GG7, voll. 2, in 8°. Elle est ornée de sommaires latins mis aux marges, et Ton y voit une nouvelle préface de Leusden, qui y loue cette édition comme une des plus exactes qui eussent jamais paru. Quoiqu'elle soit belle , on ne peut nier toutefois qu'il n'y soit échappe des erreur.-, de typographie, qui s'y rencontrent à la vérité rarement dans les lettres; mais elles y sont fréquentes dans les points voyelles et surtout dans les accents. On y remarque encore qu'au moi ^liO écrit dans le texte, Pédileur n'a fait aucune mention du keri TINS ( Foderunt, Ps. hebr. XXli, 17 ). On trouve même des variétés entre les exemplaires de celte édition ; c'est (pie les autres 500 exemplaires qu'Àlhias en lira après les 4,500 qu'il en avait fait imprimer, ne furent point boumis à la révision de Leusden. qui présida principalement à l'édition, (Voyez IJenr. Opilius, Prœfat. ad Biblia sua Hebr.; Jo. Ernest. Jablomki, Prœfat. adBlbl. Hebr. Berolïncns., § 5;\Volf.,loc. cil., loin. Il, sect. 5, pag. 577 et seqq. ; foui. IV, pag, 1 10 et seq ; 421 et seq. ; Carpzov. Crif. saci\, part. 1, cap. 9, §5, pag. 418 et seqq. ; le Long, Biblioth. sacr*, loin. 1, eau % pag. G9 et seq. )
Everhard Vander liooght fil rcparaîire celle même édUionen 1705, à Amsterdam et à Ulrechl ekez Boom et les associés , voll. ci, in-8°. Il raccompagna d'une longue préface de sa façon, où il rend compte de son travail. Celle édition, qui passe pour une des plus correctes, ne cède, rien à la précédente par la beauté des caractères. L'éditeur y a mis de nouveaux sommaires latins en marge pour le Peniateuque, et a traduit dans la même langue les notes massorélhiquessur le nombre des versets et des sections que lesjiufs ont coutume de mettre à la fin de chaque livre de l'Ecriture. Van der Hooght a ajouté à la sui.e du 2e volume un recueil des diverses leçons qu'il y a entre les éditions de Bomberg, de Plant. n, d'Alhias elde quelques autres. Voyez la lîlii!o hébraïque avec la traduction latine de Sebastien Schmid, édil. de Leip ick, 1740, voll 2, in-4°., édition qui a été faite sur la préiédenle ( Confer. Jo. Christian. Clodius, Prœfatio ad e.id. Biblia hebr, Lipsiae édita, cliari. 3, seq. )•
3° L'édition toile à Venise en 438, Chr. 1678, par les soins de Jehuda et de Jacob Asciier, avec des scliolies en italien, mises à la marge, qui tiennent lieu de sommaires, et où Ton explique les endroits les plus, diiliciles de la Bible. J. G. Abiclu ( Dissertalio de duobus versibus J osue XXI resliiueridis, § 16, Thesaur. Kov. Dissertation. Theôlogico Philolog. tom. 1, pag. 542 ) l'estime beaucoup, et les éditeurs de la Il b'iede Halle en oui l'ait grand usage, parce qu'elle (•si imprimée très exactement, quoique les caractères n'en soient pas beaux.
4° La Bible hébraïque donnée d'abord par David Clodius en 1077, revue soigneusement par Jean Henri Majos et ensuite p.r Je. m Leusden, imprimée à Francfort en 1692, in 8°, avec l'ancienne préface de Clodius, celle de Majus et un avertissement de Leusden. To:;t estimée qu'est celte édition, de savants hébraïsanls y ont néanmoins aperçu des fautes même dan.-, les lettres. Pour remédier à la critique qu'en avaii toile le docte Jablonski , Majus fit réimprimer cette Bible à Fianei'oi t en i 7 1 o , in-4°. George Christian Bnrckiiii eutsoin que l'édition en fui trèà-correcie, ci Majus témoigne, dans sa préface, qu'elle fut revue sur b's éditions de Jablonski, de Henri Opilius , sans négliger celle de Sébastien Munster de l'an 1540, une autre de Venise de Tan 1615, enfin celle de Genève ilel'au 1618. Aussi celte dernière édition est elle beaucoup supérieure à la précédente j cependant
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ki publia à Bel lin en ÎG9D, en grand in-8°. L'auleur mil à la tête de celle Bible hébraïque une longue et savante préface, dans laquelle il nous apprend qu'il se conforma à l'édition (1) de Joseph Athias, de l'année 1GG7, mais qu'il la revit le plus exactement qu'il fut possible, en la collationnant avec plusieurs éditions, telles que celles de Bomberg, d'Arias Monlanus, de Buxtorf, de Huiler, de Menasseh, et de quelques autres. Quoiqu'au fond toutes ces Bibles tinssent lieu d'excellents manuscrits, le docte Jablonski ne crut pas devoir négliger ceux (2) qu'il .put se procurer, afin que son édition en fût plus exacte.
A mesure qu'on perd de vue le siècle passé, et qu'on approche de notre temps, on voit les disciples enchérir sur leurs maîtres, cl sentir toujours plus la nécessité de recourir aux manuscrits hébreux pour hâter l'exécution du projet de collection ipie nous envisageons. Ce que les littérateurs du XVIIe siècle ne firent, en quelque façon, qu'entrevoir el ébaucher dans leurs éditions, Opilius l'aurait sans doute por:é à un haut degré de perfection, s'il avait rempli lome Pétendue du plan qu'il médita pour son édition de la Bible hébraïque, publiée (5) à Kiell, au commenceelle n'est poinl encore absolument exemple de petites fautes. Mais ce qui la rend recoin mandable , c'est que les doctes éditeurs la collalionncrent avec différents Mss., celui entre autres dont l'empereur Frédéric lïl avait fait présent à Jean Reucklin, ci que l'on conserve comme une pièce d'une grande rareté dans la bibliothèque du margrave de B;den- Durlach. (Voyez Vita Ueuchlini, ab eod. Majo scripia, pag. 5"i9 et seqq. ; ejusd. Prœfat. ad Biblia end. ; Wolf.,loc. cit., tom. II, pag. 295 et seqq.; 579 et seq. ; 583 ei seq. ; ton! IV, pag. 119.)
(!) Le savant Jablonski nous avertit, dans sa préface, ( § 4 ) qu'il a observé plus de deux mille erreurs dans la bible d'Alhias, de laquelle il s'était servi. Quoiqu'il les ait corrigées dans son édition, il n'ose espérer d'en avoir donné une qui soit entièrement exempte de taules (ibid., § -27. Vid. Wolf., loc. cit., tom. H, pag. Ô81 ; loin. IV, pag. 117). On estime cette Bible, parée qu'en effet il y a très-peu de ces inexactitudes qui gâtent d'autres éditions. Jablonski avait projeté en i 702 d'en donner une nouvelle, accompagnée, entre autres, de variantes; mais il n'exécuta poinl ce dessein.
(2) Parmi les Mss. qu'employa Jablonski , deux appartenaient à la bibliothèque de l'électeur de Brandebourg, el le troisième à celle du prince d'Anhall- Dessau.
(5) DOT31 DitfaJ min. Biblia hebraica, ex optimis impressis et manuscriptis codicibus , ilemque Massorn aliisque principes crilicis accuraiissime emendala, charactere illuslri expressa, nolis hebraicis ac lemmalibus latinis inslructa; A. D. llenrico Opitio sacra; theologiae prof, et cousislorii snpremi consiliario. Kilonii, iypis el sumpiibus auctoris, ex typogr. Bariholdi Keulcri acad. lypograph. , anno 1709, in-'/.
L'édition de Joseph Athias de l'année 16G7 fut proprement le fonds .sur lequel Opilius travailla la sienne, qui est eu gros et beaux caractère*; mais il ne négligea point les principales éditions. La plus ancienne qu'il employa est celle de Bresse, imprimée par les Juifs en 1494, in 8°. Il se servit aussi des belles éditions de Venise, publiées par Daniel Bomberg; de celles de l'aris, par Robert Lticnne; d'AnverSjparriaUlin; de ceiie de Baie, corrigée par ^uk-
ment de ce siècle. Assez riche en matériaux, Opitius devait moins se borner qu'il ne le fit. Il est vrai que les circonstances des temps ne lui permirent point de voir tous les manuscrits qu'il avait dessein d'aller consulter lui-même en Hollande, en Allemagne, en
torf; et de plusieurs autres. L'auteur explique en détail, dans sa préface, tout ce qu'il a fait pour exécuter son plan. Après avoir collalionné fidèlement ces différentes éditions entre elles et avec tous les MsS. qu'il put se procurer, voici la méthode qu'il suivit: 1° quand il trouva le texte de la Bible cl'Athias conforme à celui des autres exemplaires imprimés et manuscrits qu'il avait vus, à la Massore et aux règles de la «grammaire, il conserva ce même texte; mais il le rejeta quand il y était contraire; 2° lorsque le môme texte ne s'accordait point avec les exemplaires imprimés, Opitius se détermina pour la leçon qui se trouvait dans un plus grand nombre d'exemplaires, surtout si elle était selon l'analogie de la langue , si elle n'avait rien d'irrégulicr dans les accents, et si elle se trouvait conforme à la Massore ; 5° quand les Mss. étaient différents entre eux, il s'attacha à ceux que la Massore favorisait, quoiqu'il y eût des anomalies ; 4° enfin, quand les exemplaires imprimés et manuscrits étaient contraires à la Massore, Opitius ne balança pasà la suivre, mais après s'être assure qu'elle n'était point corrompue dans l'endroit dont il s'agissait. Notre savant Opitius avait fait d'abord une élude bien approfondie de cette critique des Juifs. Il avait traduit une grande partie de la Massore, tant celle du texte que celle de la fin , ci il avait fait traduire par d'habiles gens ce qu'il n'avait pas pu traduire lui-même. Comme il savait qu'on dit ordinairement que la Massore est pleine de fautes, et qu'elle est contraire à ce qu'elle établit, il en chercha les Mss. : il les compara avec les exemplaires imprimés; et par les réflexions qu'il lit et les soins qu'il prit de consulter tous les endroits où un même mol est employé, il trouva le moyen de concilier une inlinilé de contradictions appareilles qui s'y rencontrent. Ce n'est qu'après tant de fatigues ei de travaux que le savant Opitius lit mettre la main à l'impression de sa Bible, qu'il orna de sommaires latins, tirés la plupart des Bibles d'Alhias et de Jablonski : on y voit aussi de petites observations critiques, ainsi que les notes du keri-cht tibh.
Quelque diligence qu'on ait. eue pour rendre celte édition la plus correcte qu'il fut possible, il s'y est glissé cependant quelques fautes qui étaient dans les précédentes. Ueineecius en a noté de ce genre dans sa préface à sa Bible hébraïque, imprimée à Leipsick en 1725, m 8°. Du reste Opitius avait promis, à la fin de sa piélace, un commentaire critique sur toute l'Ecriture, il devait y parler des Mss. el des éditions hébraïques dont il s'était servi. Il nous y faisait aussi attendre d'expliquer ce qui concerne le keri-chelibh ; mais (et ouvrage critique d'Opilius, dans lequel il aurait encore rendu raison des petits changements qu'il a introduits dans le texte au sujet des accents el des paints voyelles, n'a point éé imprimé, autant que je sache. j'ignore également si l'on a donné au public ce que Paul Frédéric Opilius, son fils, avait travaillé sur la Massore , et que son père fait encore espérer dans sa prélace. Cet écrit de Paul Frédéric Opitius avait pour titre : De Massora magna lam iexiuatï quam finall^ad alphabeli ordinem disposila, cumque variis Mss. et inter se diligentissime collata et emendala, et ab omnibus [ère conlradiclionibus liberala. Confer. Acia erudiiorum Lipsiœ, mens, janùar. 1710. png. 55, seqq. ; Mémoires de Trévoux, janvier 1711, pag. 40 et suivantes; cjusd. Opilii prœfalio ad Biblia purva liébrœo-latina a se édita, in fine; Wolf, loc. cil.. loin. II, pag. 205 et seq., 298, 505,511, et ion». IV, pag- 81) et seq. ' '
DE LA KÉYÊLATIO.W g5|
Franco et eu Italie ; mais il ne tenait qtfà ce savau*
de ne point nous priver d'une partie des richesse; que trente années de travail lui avaient procurées, Toute bonne qu'est son édition de la Bible hébraïque, quoiqu'elle soii meilleure cl plus pai faite que celle du docte Jablonski , il l'aurait rendue encore beaucoup plus intéressante qu'elle ne l'est, en y marquant exactement aux marges ou au bas des pages , ai si qu'il l'avait déjà fait dans des feuillets séparés, loti les les diversités de leçons qu'il avait puisées , soit dans les manuscrits, soit dans les imprimés qu'il avait eus.. Ces diverses leçons, étant ainsi rapprochées les unes des autres, et appréciées suivant les lois d'une saine critique, bien loin de pouvoir nuire à l'intégrité des livres saints, eussent au contraire servi à constater davantage la vigilance des juifs pour la garde du sacré dépôt des Ecritures hébraïques.
Dans le môme temps qu'Opiiius faisait imprimer sa Bible, un savant également distingué dans la république des lettres, en préparait une autre édition qui ne vil cependant le jour qu'en 1720 (i). Je n'ose assu-
(1) Biblia bebraica ex aliquol Mss. el impressis codicibus, Massora lam édita quam manuseripla , aliisque llcbrxorum criiicis, receusila.Accedunt loca Scriptural para 11 cla, verbalia et realia, brevesque ac variantes leclioues , cura I). Jo. Ilenrici Mlchaélis Sacr. Theol. cl Gr. ac Orient d. Ling. in Acad. Frider. P. P. Ôrd. Hahe Magdeburg. lypisel sumplibus Orphanotropheis, 472'), in fol. in-4° el in-8°.
L'édition in-4° est plus estimée que celles de formal in- foi. et in-8°. Micbaëlis avait déjà commencé dès l'an 170-4 à faire imprimer sa Bible hébraïque; mai- différentes circonstances ne permirent pas (pie l'édition en fui achevée avant l'an 1720. On voit à la têle de cetie Bible une ample et docte préface de Micbaëlis. dans laquelle il expose d'abord quel a été son objet et à quelle occasion il a entrepris son édition donl il fait l'histoire. 11 vient ensuite h la division des livres de l'Ancien Testament : il y traite de leur intégrité, des diverses leçons du texte hébreu , de la Massore ; en un mot, de tout ce qu'il a fait dans celle édition, enfin des noies qui la concernent. Ce qui mérite d'être observé, c'est que, dans le troisième chapitre, il fait remonter jusqu'à l'origine des variantes : il en explique les causes , il établit des règles pour distinguer les véritables des fausses, et il applique de temps en temps ces mêmes principes aux diversités de hçons qui sont au bas des pages du icxte hébreu. En parlant encore des variâmes que le sa- ; vant éditeur a :irées des anciennes versions, il apprécie ces leç ns, et nous avertit que l'on ne doit point s'y lier (s'ublestœ fidei ). Comme le do< le Micbaëlis avait lait \in grand amas de noies, dont une bonne partie ne put entrer dans son édition, il les publia séparément à Halle en 1719-1720, en 3 vol. in-4° sous le titre iVUberiorum Annolalionum pltilolo- (jico-exeget.caruiu.
Après tant de soins qu'on a employés dans cette édition , il semble qu'elle aurait dû être exempte des plus petites fautes typographiques : il en est cependant échappé quelques-unes qui la déparent. Par exemple, on y trouve "U37, par la mutation d'un 2 en un 3, au lieu de "D27 ( Jus primogeniturœ dare, Dcul. XXI, lt). De pareilles erreurs s'y sont glissées à cause de la ressemblance de quelques lettres, com me serait le H changé en H et en m, etc. A cela près, celle édition est très-bien e\éeu;ée ; clle^e laisserait
rcr si Jean Henri Michaëlis cul autant de fatigues à essuyer, pour son édition, qu'en avail éprouvées le docte Opilius. On voit cependant que, quoique moins riche en manuscrits hébreux que l'éditeur de !a Bible de Kiell, Michaëlis ne manqua pas de secours, et qu'il ne négligea aucune voie pour rendre son édition supérieure à toutes celles qui avaient paru jusqu'à son temps. A l'exe.nple d'Opilius, il s'associa un bon nombre de jeunes mais savants élèves, suffisamment versés d;ms le-, langues orientales, il entreprit avec eux, aidé encore de Chrétien Benoit Michaëlis, la collation de cinq manuscrits (1) de la bibliothèque de l'église d'Erfurlh, et rapprocha sa collation des principales éditions de notre texte hébreu, sans omettre surtout les observations des Massorèlhes, tant manuscrites qu'imprimées.
Prenant pour base de son édition la belle Bible de Jablonski, Michaëlis nota avec une diligence singulière tout ce que ses manuscrits el les autres Bibles imprimées lui fournirent de variantes (2), soit quant aux points et aux accents, soit quant aux lettres. Comme parmi celle quantité de diverses leçons, qui résulta d'un tel travail, il eu trouva beaucoup qui étaient manifestement fautives, il n'en lit aucun usage; mais il conserva celles qui lui paraissaient dignes de remarque, quoiqu'elles ne fussent point toutes d'une égale autorité. Michaëlis rejeta ensuite ces variantes au bas des pages du texte, qu'il rendit, par tant de combinaisons, d'une assez grande correction. S'il ne se refusa pas même à de légères additions dans des endroits peu considérables, ce fut toujours avec une très-grande circonspection et conformément aux lois d'une critique sage et des plus austères. Persuadé que s'ingérer en réformateur du texte original d'après 6es propres conjectures , c'eût été porter des mains Bacriléges sur nos livres saints, Michaëlis n'usa de quelque liberté qu'autant qu'il se trouva appuyé de monuments authentiques. Par exemple, il crut devoir faire reparaître dans son édition les 56e el 37e versets du chapitre XXI de Josué, au sujet des villes données aux lévites dans la tribu de Ruben ; mais il avait pour lui l'autorité des manuscrits d'une bonne antiquité et grand nombre d'éditions anciennes (5) et mo-
rien à désirer, si l'on s'était servi d'un papier et plus blanc el moins inégal qu'il ne Test ( Voyez Acla erudilorum Lipsiœ, mens. febr. an. 1721, pag. 4(J et seqq. ; Carpzuv, Crit. sacr., part, I, cap. 9, § 5, pag. 425 el seq. ; Wolf, loc. eu4., tom. II, pag. 584 et sec/., et tom. IV, pag. 117).
(1) Confer. Wolf., loc. cit., loin. II, sect. 5, pag. 209 et 507 et seq.
(2) M. Kcnnicott (De Slalu collalioms hebr. coda. Mss. an. 1765, pag. 7; The then annual Accounls, etc., X, 1760, pag. 145) soutient cependant le contraire. Sans doute que ce savant anglais nous en donnera ■ des preuves dans sa grande collection que le public éclaii é attend avec bien de l'impatience. Mais en nous produisant de nouvelles leçons de ces mêmes Mss., il est à espérer qu'elles justifieront le choix judicieux du docte éditeur de la Bible hébraïque.
(3) Quelques écrivains ont pris occasion, mais fort mal à propos, de taxer de corruption nos Ecritures hébraïques , parce qu'il v a des Mss. et des éditions
dernes. Pour prévenir encore l'abus que de mauvais esprits auraient pu faire de cette multiplicité de va-
qui ne portent point, au chap. XXI, 36, 37, de Josué , les deux versets suivants : c De tribu Iluben (fuerunt Lcvilis) Bosor, agrique ejus suburbani ; Jasa, agrique ejus suburbani; Cedamoth agrique ejus suburbani ; Mephaolh agrique ejus suburbani : urnes quatuor. >
C'est ainsi que je lis ce passage dans les éditions suivantes : 1° Dans celle des prophètes antérieurs et postérieurs, imprimés à Soncino l'an 246, Chr. 1486, petit in-fol., avec les commentaires de David Kimchi; 2° dans la Bible hébraïque imprimée dans la même ville en 1 488, fol. ; 5° dans une ancienne édition des prophètes antérieurs, in-fol., avec les commentaires d'Abarbanel, qui me paraît avoir été faite à Pesaro ou à Soncino au xvie siècle, Le volume en esl complet; il n'y a cependant aucune note ni de l'année, ni du lieu de l'édition ; mais les caractères en ressemblent entièrement à l'édition suivante; 4° dans une autre de Pesaro, l'an 271, Chr. 1511 , fol. , qui renferme les prophètes antérieurs, illustrés des commentaires de David Kimchi ; 5° dans les grandes Bibles rabbiuiques de Félix de Prato. Voyez aussi les Bibles hébraïques de Daniel Bomberg, des années 1521 et 1544, in-4° ; celles de Planlin et de Robert Etienne in-4°, in-8°, in-12 ou in-16; G" dans l'édition de Venise chez Bragadin , 1641 et 1759, in-4°. Voici ce que l'éditeur juif a mis à la marge de ces éditions sur cet endroit de Josué : t llic versus, El de tribu Ruben , sic se habet in Bibliis hispanicis scriplis manu an. 268, Chr. 1508, etiam correctissimis, ex quibus inulla emendavimus. Elenim liquet, eo (versu) omisso defuisse quatuor civilales. Quce autein scrijisit David Kimchi nihil probant. > Nous pourrons tirer avantage de cette autorité dans la suite de nos considérations ; 7° les Polyglottes de Complute, d'Anvers, de Paris et de Londres; les deux éditions publiées par Menasseh ben-lsraël en 1055 iu-4°, en 1636 in-8°, ont retenu le même passage. Les versions chaldéenne, syriaque, arabe, éthiopienne et grecque, enfin plusieurs Mss. , soit hébreux, soit latins, ainsi que. noire Vulgate, ont conservé ces versets, (Voyez Jo. Ceorg. Abiclit, De Ilestituendis duobus versions Josue XXI , in quibusdam cudd. lubrœis omissis , § 1 el seqq. Tliesauri novi disseri. theol. philolog., tom. I, Lugd. Balav. 1732, pag. î>53 cl seqq.)
Il y a quelques Mss. latins, de môme que notre Vulgate, qui portent : « De tribu Ruben ultra Jordanien contra Jéricho civilales refugii Bosor in solitudine, elc., > leçon que confirment en partie des Mss. hébreux où on lit ITSVI "obpQ T7-TIN Urbcm refugii llumicidœ, "1*1 "DTOl "liU-DN Bosor in deserloy elc.
Je trouve même celle dernière leçon dans une note sur cet endroit de Josué, renvoyée au bas de la page dans une Bible manuscrite en trois volumes in-4°, en beaux caractères cariés avec les points elles accents : elle me paraît eue du XIVe siècle. Ce Ms., qui est sur du parchemin, appartient à notre bibliothèque de Casanate (in CC) : il y a quantité de petites notes massoréthiques aux marges intérieures et extérieures de c aque page ; on avail même commencé par y copier la MasaOre texiuaire, qu'on y voit transcrite au bas des pages jusqu'au chap. XXl de la Genèse, mais ces dernières noies sont d'une seconde main. Notre Ms. esulélectueux, à la (in, depuis le XXlll' chapitre du IIe livre des Paralipomènes, vers. 13, d'où l'on aurait pu connaître l'année qu'il fut copié. A l'exception de celte lacune el de quelques chapitres de la Genèse, où les lettres sont un peu usées, ce Ms. esl assez bien conservé. J'y ai cependant trouvé, quoique très-rarement, des mots entiers et même un demi- versel Omis ( iïxod. XXXVI, H). Le correcteu/ juif qui a rcv.i le M., a remédié à ces faules du copiste, en remeuaul a la ma" ire ce qui y manquait.
DE LA UÈV
riantes dont il accompagna son texte , notre savant éditeur leur montra que, bien loin d'affaiblir la moindre vérité, soit dn dogme, soit de la morale, de donner môme la moindre atteinte au corps comme à la suite de l'histoire sacrée, une bonne partie de ces diverses leçons portait au contraire avec elles-mêmes des signes non équivoques d'une naissance illégitime. Ainsi l'incrédule, comme le faux critique, ne peut les alléguer de bonne foi pour infirmer l'authenticité et l'intégrité de nos livres sacrés.
Les laborieuses recherches que le docte Michaëlis venait de faire pour nous procurer une bonne édition de notre texte hébreu, donnèrent bientôt naissauce à d'autres travaux relatifs à la même matière. Un savant français, autant respectable par ses vertus que par son âge, méditait aussi un nouveau plan, avant même que la Bible hébraïque de Michaëlis eût paru. C'était apprendre à toute la république des lettres que l'élude de nos originaux sacrés n'était point négligée dans un royaume où tant d'hommes célèbres l'ont cultivée avec succès, et la cultivent encore avec réputation. Le R. P. Houbigant, que nous avons ici en vue, n'annonça pas d'aboi d au public ce qu'il pensait sur l'état actuel du texte hébreu ; ce ne fut qu'en 4747 qu'il manifesta à l'Europe savante son projet par des Prolégomènes de près de 400 pages in -4", qui reparurent ensuite à la tête de sa belle édition de la Bible hébraïque (1), ouvrage qui a coûté à son auteur quarante années de travail.
Tout rempli des hypothèses du P. Morin, de Louis Cappel et de M. Simon, enchérissant même sur leurs idées systématiques, le docte oratorien a élevé un édifice qui sous un faux brillant de gandeur et sous
Pour revenir à nos deux versets du chap. de Josué, on ne peut nier qu'ils aient été omis dans plusieurs éditions, quoique très-estimables. Les grandes Bibles rabbiniques de Veni>c et d'Amsterdam, imprimées par les soins et sous les yeux des Juifs, celles encore de Buxtorf, ont fait disparaître ce passage. Les Bibles hébraïques de Leusden, d'Athias, de Clodius, de Jablonski, d'Opitius et de Van der Hooght, ne le portent point non plus. Mais ceséditeurs ont fait trop de cas de l'autorité de Kimcki, et ils auraient dû observer que la Massore qui omet ces versets ne nous est point parvenue tout entière, du moins dans ce que nous en avons d'imprimé. D'ailleurs elle ne doit point nous servir de règle infaillible, surtout lorsque nous avons de bons manuscrits qui portent la leçon en question, et que le contexte de l'écrivain sacré semble l'exiger. Aussi voyons-nous que les premiers éditeurs juifs île nos Bibles, de inêmeque plusieurs d'entre les modernes i'oni retenue. Voyez l'édition de Venise dei'an 462, Chr. 1702, de l'imprimerie Bragadine in-4°; celles d'Emmanuel, fils de Joseph Atliits, publiées à Amsterdam en 400-405, Chr. 1700-1705, avec les commentaires de hasehi, et sans ses coioinent.tires, vol. 4, in 12. Je pourrais citer plusieurs autres éditions, mais en voilà plus qu'il n'en faut pour ju liber l'addition de ces deux versets du chapitre XXI de Josué.
(1) Biblia hebraka cum notis criticis el versione latinu ad notas cruicas facta. Accedunl libri grœci qui Dmiero-Canonici vocaniur, in très classes distribuli. Auciore Carolo Francisco Houbigant %Orutorii Jesu Sacerdote. Parisiis, apud Claudiuin Briasson et Laurent Durand, 1753, tomi 4, in -loi.