‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 118 sur 157 · S. xxvu · texte numérisé non relu

S. xxvu

ËLATION. 838

les apparences d'une critique éclairée, laisse entrevoir de temps en temps des fondements ruineux. A la vérité on avait vu peu d'éditions de notre texte hébreu aussi magnifiques que celle de sa Bible. Les caractères en sont beaux, el ne le cèdent en rien aux éditions des Plantin, des Bomberg, des Etienne el de nos plus célèbres imprimeurs tant juifs que chrétiens. Mais si tout s'y trouve uès-bien exécuté quant à la partie typographique, le fond de l'ouvrage correspond-il entièrement à ce dehors de grandeur el de magnificence sous lequel le docte éditeur l'a annoncé?

Le but dusavnnl P. Houbigant a é'é de rapprocher notre texte hébreu de sa pureté primitive. Rien ne méritait sans doute plus la reconnaissance du public qu'une entreprise de celle nature. Pour parvenir à celte grande fin si désirée par les Masius, les Bochart, les Cappel et autres littérateurs du siècle passé, notre docte oratorien se propose cinq objets (1) à remplir, el il les détaille fort au long dans les cii:q chapitres que renferment ses Prolégomènes. Le corps de l'ouvrage, qui embrasse un ample commentaire critique du texle de la Bib!e, représenté dans son édition, lel que Van der tlooght le publia en 1705 en 2 vol. in-8°, n'est employé qu'à faire l'application des moyens et des règles dont il s'est servi pour le succès d'une si grande entreprise.

Les principes que le P. Houbigant pose dans ses Prolégomè. es doivent être regardés comme la base cl les fondements de ses noies, ainsi que de sa nouvelle traduction latine. On ne peut par conséquent jnger de la bonté ou des défauts de son travail qu'en appréeiant ses règles de critique, et surtout l'application qu'il en fait dans tout le corps de l'ouvrage.

L'ypothèse favorite de l'auteur , c'est qu'il n'y a point de livre qui ait été imprimé avec autant de négligence (2) que l'a été le texte hébreu. Tout son

(1) Pleinement convaincu que le texte primitif hébreu, soit imprimé, soit manuscrit, fourmille d'altérations et de corruptions sans nombre, non pas faites à dessein, mais nées uniquement de la négligence et de la précipitation des copistes, le savant P. Iloubigant entreprend dans son ouvrage, l°de constater l'état actuel des exemplaires tant imprimés que manuscrits de ce même texte; 2J de distinguer toutes les espèces de fautes qu'il prétend trouver dans lo corps de nos Ecritures hébraïques; 3° de comparer ce texte avec lui-même, el de puiser dans les anciennes versions de nouveaux secours pour remédier à ces fautes ; 4° d'appeler principalement à son secours la critique pour rétablir la pureté originale du texte, au défaut même de mss.; 5° de donner une nouvelles version latine, appropriée aux corrections qu'il a faites. Ses Prolégomènes nous indiquent comment il faut s'acquitter de cette tâche et se servir de ces différents secours. Quel usage en a-l-il fait lui même dans son commentaire critique ? quelle forme a-t-it donnée à son édition? quel est enfin le caractère du sa traduction latine, dont il a accompagné le lexto hébreu, et de laquelle il rend raison dans ses notes.

(2) Ergo tania incuria editum est sacrum hebrœum volumen, quanta haud sclo an ullus codex, qui fueiïï typographiœ luce colwnestatus. P roi ego m en a ad Bibii

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Non contenlde les manuscrits. La Massore, ce'te critique des J*«i*%

•or rage irml h prouver ce paradoxi déclarer une guerre ouverte à toutes nos éditions de est, selon le docte oratorien, une compilation inforce texte primitif, il n'en a pas épargné davantage (i) me, puérile et même monstrueuse. C'est une idole

Iwbr. a se édita, pag. !, Vïd. et cap. 1 cl 2 passim.

(i) De quelque nature qu'aient clé les manuscrits hébreux qui ont servi aux premiers éditeurs delà Bil.le, i!s n'ont pu être d'aucune utilité réelle pour en procurer une bonne éililinn. Le P. lloubigant prétend élayer ce paradoxe (loc. cit., c. 1, art. 1, p. 3 etaeq.), en appliquant à ces mêmes mss. ce qu'il dit de ceux que nous avons encore. Nos mss. ne sont, dit-il, ni a^sez anciens, ni assez corrects; et quelle que soitl-iir prétendue conformité entre eux, celte qualité ne les rend pas plus recommandantes, parce qu'ils n'en sont pas pour cela d'une plus grande correction. A peine nous en reste t-il un seul qui remonte nu delà de 600 ans. Noos en avons même peu qui soient de celte date. II est vrai que Btixtorf le fils (Antkrilica, part. I, eap.<o>pag. 125) a parlé de mss. des VIIe, VIIIe et IXe siècles, mais il n'a jamais apporté de bonnes preuves de leur existence. La plupart de ceux que nous avons sont de 500, ou tout au plus de 400 ans, et il y en a très-peu qui aient cinq siècles d'antiquité. D'ailleurs een'esl point tant p:>r le nombre des années qu'on doit juger de l'autorité d'un ms. que par le nombre de celles qu'on petit compter entre la copie el l'original. Or, comme de la date des mss. des livres de l'Ancien Testament à l'époque de leur autographe il y a un intervalle de deux el même de trois mille années, il s'ensuit que l'ancienneté de nos mss. comme de ceux qu'ont employés les premiers éditeurs n'est point le'l.î qu'elle puisse être d'une autorité suffisante. « Nunc slaluere ae judicare lector polest, boiiiernis hebraicis codicibus ex lali antiquitate nirum accedere magna aucloritas possil... Ergo hodieruorum hebraicorum codicum œlas cum lougissime disiet ab ivtaie scriptorum uempe aunôs aiiorum bis , aliorum ter millésimes, liquel non minium urgeri debere eorum ex ipsa antiquitate auctorilaiem. > Et pour montrer que tous ces différents mss. sont à peine de quelque autorité, il vicnl à décrier la Massore. Bien loin de nous avoir conservé nos mss. anciens et modernes dans leur intégrité, celte critique maussade n'a servi au contraire, selon lui, qu'à les altérer ci à les corrompre totalement. C'esl ainsi que le P. lloubigant, par un abus bien manifeste de la critique, dégrade tous nos mss. des monuments primitifs de la révélation. Que conclura l'incrédule des principes de notre écrivain, sinon que les mss. sur lesquels on a imprimé nos livres sacrés ne représentent plus fidèlement nos autographes? Mais le triomphe du libertin serait un triompbe illusoire. Quoique les mss. dont on s'est servi pour nos premières éditions, el que ceux qui nous restent ne soient point aussi anciens que les originaux , quelque récente qu'en soit encore leur date, la vérité de ce qu'ils renferment est d'ailleurs établie sur tant d'autres preuves équivalentes, comme l'a observé un savant journaliste ( Bibliothèque des sciences el des beaux-arts, octobre, etc., 1650, pag. 520), qu'il n'y aurait pas de bonne foi à la contester. Mais poursuivons. Tout devrait être lié dans les principes du P. lloubigant; nous verrons néanmoins qu'il n'est pas toujours d'accord avec lui-même.

Existe-l-il de nos jours d'excellents mss. hébreux {Codices bonœ noue) sur lesquels on puisse se lier pour avoir une édition correcte de noire texte? La réponse négative est une su te naturelle de l'hypothèse du P. lloubigant; aussi conclut-il en termes formels (loc. cit., art. 3, pag. 25 ) que , comme nous n'avons pour témoins de la prétendue bonté des mss. hébreux que les Juifs eux-mêmes, qui ne sauraient être des juge» compétents dans cette matière, nous devons absolument abandonner et la Massore et les Juifs trop aJulaleurs de leurs mss. En un mot, les exemplaires

mss. hébreux ne sont presque de nul usage ; c'est pourquoi il esi d'une nécessité indispensable de recourir à d'antres voies pour se procurer une telle édition. N'aurions-nous donc plus aucun ms. de quelque autorité qui eût échappé à la Massore, celte corruptrice de nos livres saints?

De l'aveu du docte oratorien, on trouve d'anciens mss. qui sont différents des nouveaux, non seulement quant aux points voyelles, mais encore quant aux consonnes, el surtout par rapport aux lettres mN (ibid., art. 2 , pag. 6 el seq.). El ces mss. modernes de trèspeu de valeur sont précisément, suivant les principes de notre critique , ceux qu'a employés le premier éditeur de nos Bibles. De plus il y a dans nos imprimés des fautes que n'ont point d'auir s mss. d'une bonne autorité. In impressis menda non pauca exstand, quœ eadem abstint a quibusdam bonœ nota? codicibus (ibid., cap. 3, art. 2, pag. 91 ). Le Père Houbigani en reconnaît donc de leis. Èh ! Pourquoi ces mêmes mss. ne seraient-ils pas suffisants pour redresser les prétendues erreurs qu'il rencontre à chaque p as dans notre texle imprimé? C'est donc une hypothèse absolument fausse que d'avancer, comme il le fait, que la plupart des Juifs étaient tellement ignorants dans les siècles où l'on transcrivit les mss. parvenus jusqu'à nous, que ceux qui étaient chargés d'en faire des epies, entendaient à peine ce qu'ils écrivaient. Quoique ces mss, ajoute le P. lloubigant (ibid.,cap.%, pag. "2Q et seq.) fussent même revus par des maîires, par des correcteurs , il y restait cependant encore beaucoup de fuites, parce que ces correcteurs el ces maîtres étaient des enfants dans la langue hébraïque, et qu'ils n'osaient corriger ces erreurs, soit par superstition, soit par ignorance. Tels furent, selon lui, les David KimchUes Aben-Ezra et les Itaschi ; ces auteurs dont les écrits offrent toutefois, en mille endroits, de parfaits modèles de la pureté du langage hébreu. On voil bien (pie le P. lloubigant marche ici avec fidélité sur les traces du P. Morin ; mais ce (pie nous avons déjà établi ci-dessus sur la diversité de style des écrivains juifs el sur le progrès de la langue hébraïque parmi eux , réfute amplement les paradoxes de nus di'vn savants orato riens.

Revenons au P. lloubigant. En parlant d'un ms. de la bibliothèque des PP. de l'Oratoire de Paris, colé nom. 54 (ou 55), qu'il dit être du XIIIe siècle, i) assure à la vérité qu'il l'a trouvé entièrement conforme à ceux de la Massore, à l'exception cependant d'un seul passage de Josué. Mais il esi évident, dit-il, que Cohen, qui en a été le copiste, n'avait point pris la Massore pour guide, eu transcrivant son ms. (ibid., cap. 1 , art. 3, pag. 19. Voyez Ricli. Simon , llist. crit.f liv. I, ch. 22, pag. 121 el suiv.). De là je conclus encore qu'il esl faux que les copistes juifs se soient tellement astreints aux règles de la Massore, qu'ils n'aient jamais eu devant les yeux d'autres mss. que ceux qui leur étaient parfailemen conformes , ainsi que notre docte oratorien t'établit plus d'une fois dans ses Prolégomènes. Quelques mss. qu'il allègue luimême (ibid., pag. 97 et seqq.) démentent celle assertion. D'ailleurs tout cela ne s'accorde guère avec ce qu'il soutient (cup.U, pag. 141 el seq.) d'après Cappel el autres, savoir, que tous nos mss. postérieurs a la Massore ne doivent être considérés que comme un seul et même exemplaire provenant de la correction de Ben-Ascher. Pourquoi enfin nos mss. ont-ils lanl d'uniformité entre eux? C'esl, nous d'il le P. lloubigant , qu'à mesure que les Juifs en firent de nouvelles copies, ils négligèrent absolument les anciennes, et qu'il lut défendu sous de grièves peines d'en garder des exemplaires défectueux. Et quelles étaient ces

qui a induit longtemps en erreur et qu'on doit enfin abandonner à la superstition juive. N'en soyons point

DE LA REVELATION. M

étonnés; les Prolégomènes du savant P. Houbigant, comme s'exprime le journaliste de Trévoux, instrui-

copics défectueuses? C'étaient celles, dit-il encore, qui s'éloignaient des nouvelles copies laites suivant les règles massoréiliiques. Aussi tous les anciens inss. qu'on retrouva alors et qui n'avaient point cette conformité, lurent-ils supprimés, déchirés, hrûlés, enterrés ou détruits en différentes manières (Idem, cap. 1, art. 2, par}. 8 et seq.) post Morinum in Diatribe etenclica , pàg. 92). Que tous ces paradoxes ne nous étonnent point. Le P. Houbigant s'appuie ici d'un prétendu décret de la synagogue, qui l'avait ainsi ordonné ( Vid. et cap, 5, art. 3 , § 1, pacj. 1 10) ; mais qu'il ne spécifie point. En eilél <>n peut hardiment le délier de pouvoir jamais produire un pareil décret. Il nous renvoie cependant au P. Morin , comme si l'autorité de ce savant, dont les écarts nous sont connus, était Suffisante pour nous persuader que les Juils eussent été capables d'autoriser par nue décision si contraire à leurs principes religieux , des corrections manifestement fautives, introduites dans tous les inss. hébreux.

Je ne disconviens pas que Moïse ben Maimon ( T£b mTl cap. 8. sect. 4) ne fasse mention d'un fameux ms. très célèbre en Egypte, qui renfermait les vingt-quatre livres de l'Ecriture, et qui venait de la correction de Ben-Ascher. Maimouides ajoute que ce ms., qui était à l'usage des Juifs de Jérusalem et du reste de la Palestine, servait de règle générale pour la nation. Que s'ensuivra-l il delà? Beu-Ascher , ce président des écoles de la Palestine, aurail-t-il dune éié as-ez ignorant pour laisser des fautes manifestes dans le texte qu'il était chargé de revoir? Manquait-il absolument d'aunes anciens inss. hébreux et même très-corrects, sur lesquels il pût redresser les fautes de copistes? Maimouides lui-même, qui possédait si bien la langue de ses ancêtres, comme il eonsle par ses propres écrits, aurait-il également méconnu de telles erreurs, cet écrivain si instruit des antiquités de sa nation, et qui en a expliqué avec tant d'habileté les usages civils et religieux ? Les autres savants de la nation qui lurent en assez grand nombre du temps deBeu-Maimon, auraient-ils aussi tu un tel crime? Car dans tous les siècles les Juifs ont considéré de tel œil le moindre changement qu'on eût pu faire aux écrits de Moïse et des prophètes , et c'eût été en taire que de laisser à dessein des erreurs très-aisées à connaître. Se persuadera-t-on jamais que personne n'eût réclamé contre ces corruptions, pas même les Juifs caraïles? Enfin, pour le dire en un mot, Ben-Nephtaii, qui, du temps de Ben-Ascher, se trouvait à la lêie des écoles de Babylone, intéressé, comme il l'était , à ne point permettre la moindre altération dans les livres sacrés, lui qui en donna alors une bonne révision sur d'anciens mss., eût-il gardé le silence s'il se fût aperçu de toutes ces prétendues erreurs qu'on attribue au ms. de la correction de Ben-Ascher, et dont se servaient tous les Juils d'Occident?

C'en est assez. Le P. Houbigant a entrepris de soutenir une très mauvaise cause, li a voulu (.écrier tous nos mss. hébreux, ainsi que toutes nos éditions. Mais, puisqu'il assure que tous ces inss. (pie nous avons de nos jours ne doivent être considérés que comme un seul et même exemplaire (idem, ibid., cup. 4, pag. Ul cl $eq.) , quel usage en a-l-il donc pu faire lui-même dans son édition de la Bible ? Tant qu'on ne découvrira point d'exemplaires hébreux , antérieurs aux correctionsde Ben-Ascher , il est donc très-inutile de recourir de nouveau à nos mss. hébreux pour y puiser des leçons meilleures que celles que nous a\ons ; si ces mêmes exemplaires qui nous restent, n'ont été copiés que sur des mss. tous dérivés d'un seul; £>avoir, de celui que corrigea Ben-Ascher.

Cependant notre docte oratorien a corrigé sur l'auloriié de ces mss. plus d'un endioit du texte hébreu

dans ses notes critiques. Ou ne peut trop lui applaudir d'avoir conservé, par exemple, les deux fameux versets du livre de Josué. Si toutes les diversités de le çons qu'il rapporte dans son édition étaient de cette nature et non uniquement appuyées sur Son propra sentiment, on ne pourrait qu'admirer son travail et qu'applaudir à son zèle. Du moins devait-il être plus circonspect, et ne point assurer (In hune locumJosuey lom. II, pag. 71) avec tant de hardiesse que les premières éditions de Venise ont rejeté ces deux versets en question. Celles que j'ai consultées moi-même, et que j'ai citées à dessein ci-dessus, l'édition donnée aussi par Félix de Pralo, prouvent avec évidence la futilité de l'assertion du très-savant P. Houbigant.

Inférons de là contre le P. Houbigant lui-même que sa conclusion est entièrement fausse; Car voici comment il conçut, en parlant de ces deux versets omis dans quelques-unes de nos éditions et dans quel • ques mss.: Ul vel conslcl hoc nnico exemplo , ediliones sacri codicis primas, dico venetas , ad codicum deteriorum (idem fuisse faclas. Elenim eosdem versus bonca notœ codices non omillunt. Idem , loc. cit. . Raisonnons pour un instant sur les propres principes dececriiique. Les bons mss., direz-vous, retiennent cette leçon ; or est-il que les plus anciennes éditions, sans en excepter la première de Venise, faite par Bomberg, et même grand nombre de modernes ont conservé ces deux versets. Donc il est faux que ces différentes éditions aient été faites d'après d'aussi méchants inss. que vous l'assurez. Par conséquent nos éditions ne sont point telles que vous l'avez répété en cent endroits de voire ouvrage.

Je pourrais aisément relever d'autres inadvertances de notre docte critique. Par exemple, rien n'est moins vrai que ce qui est dit dans ses Prolégomènes au sujet de Jacob ben Chaiim, qu'il assure avoir éié le premier qui lit imprimer la Bible en hébreu : /î. Jacob ben Chaiim, qui Biblia hebraica primus omnium typis manduvit (ibid.y cap. 3, art. 2, pag. 9i). Le P. Houbigant ajoute que c'est sur celte même édition de Venise^ que se sont réglés tous nos éditeurs. Aussi ne d<ùl-on pas s'étonner, conlinue-l il, si nos Bibles imprimées sont toutes fautives. Mais celle assertion et la cou séquence qu'il en tire sont absolument dénuées de preuves. 1° Le docte oratorien donne une daie un p< u trop récente à l'impression de la Bible hébraïque, puisqu'on parlant de cette même édition de Ben- Chainn , il dit qu'elle parut à Venise en 1548 (idem* cap. 1, art. 2, pag. i0). Du moins devait-il dire 1547 . 1549; car telle est la véritable date de cette édition qui n'en est encore que la seconde ; la première, ainsi que je l'ai déjà observé, ayant paru eu 15-25-1521); Serait-ce que le P. Houbigant aurait voulu parler ici d'une autre ancienne Bilde, imprimée à S uicino en 1488 par Abraham ben Chaiim ? Il ne paraît pas cependant qu'il en ait eu connaissance* D'ailleurs il soutient que Jacob ben Chaiim est le premier qui publia la Bible hébraïque avec la Massore ( toc. cit.y pag. 20 ) : ce qui est exactement vrai , quoique ce ne lut qu'en 1525. Comme l'édition d'Abraham ben Chaiim est extrêmement rare, et que bien des écrivains la disent imprimée laniôt à Bologne , la n tôt à Soncino, j'en vais transcrire ici l'épigraphe telle qu'elle est à la (in du Peniaieuque dans l'exemplaire de la bibliothèque du prince Barbérini : < Et complet ' tu m est opus nnuisierii sanctitatis ( nimirum ) viginlj quatuor ltbrorun» (ea) absolutione qua studuit propagare legem in Israël ornatissimus , gloria excellente*;, rabbi Josue Salomon : videat semeu, producat dics vit;e, Amen : Filins, glorue dociorun» noslro' rum , rabbi sapientissimi Israelis Nathan : vivat annif mullis et bonis : hodie teria tertia, undecima meosi^l Jiar, anno 248, coraputi minoris, per manuin minimi

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seul plulôt le procès de la Massore qu'ils n'en pré- foncer celle /w/e de ta loi, pour la percer de toutes conisenl l'usage. Aussi n'y oublic-l-il rien pour en- parts. Le docie oratorien l'a-t-il enfin détruit, ce rem-

familia sua, fuJclisquc lypographi Abraham : videat semen , producat dies viiae , Amen : Filii R. Cliaiim, felicis mémorise, de Fullonibus lerrœ Pisauri, qui liononiœ résident. Excussum Sonc'mi. »

Celle Bible hébraïque, en beaux caractères carres, dans le goût de ceux des grandes Bibles rabbiniques de Bomberg, est avec des points cl avec des accents. Les noms de Dieu y sont constamment écrits par ceux

de DH^N et de TW , comme on le lit ordinairement dans les Bibles en hébreu du XVr siècle et du commencement du XVIe. J'ai vu peu d'anciens exemplaires si bien conservés que celui ci. C'est un volume in-fol. de 583 feuillets avec des belles marges. M. Benjamin Kennicott (T lie len annual Account, etc., ou jielnlion annuelle de la collation de mss. hébreux de

I Ancien Testament , commencée en 1700, et finie en 1709 , relation 7, pag. 105 ) cite cette même édition, comme si elle eût été faite à Boulogne. Ce savant a é é induit en erreur par le catalogue de la bibliothèque Barhcrini qui la dil imprimée dans celle ville. Mais Pexisicnce d'une telle édition est imaginaire. Rt. Kennicott rapporte (loc. cit.) l'autre édition de Soncino : cl c'est la seule qui ait paru en 1488. On ne connaît jusqu'à présent que quatre exemplaires de celle édition. Le premier est celui que je viens de nommer ; le deuxième se trouve encore à Borne dans la bibliothèque de Sainte Pmlenlienne des religieux de S. -Bernard ; le troisième est dans la bibliothèque du grand duc de Toscane; et le quatrième dans celle du margrave de Baden - D,!rlach. 2° Le P. Uoubigant n'est point exact, puisqu'il ciie la Bible de Félix de Prato, comme si elle était postérieure à la première édition des grandes Bibles rabbiniques de Ben-Chaiim. 5° Si le P. Uoubigant avait vu celle édition de Félix de Praio, celle de 1488 cl tontes les autres, qui sont antérieures à l'an 1523,

II n'aurait point dit (ibid., pag. 95) qu'elles sont en lièremenl semblables à l'édition de Ben-Chaiim. En effet ces anciennes éditions du XV' siècle n'ont aucune note massorélhique, qu'offrent les Bibles plus récentes : on y trouve encore en bien plus grand nombre que dans nos éditions modernes, les lettres 1VIK, dont le P. Uoubigant fait tant de cas qu'il en a gros>i ses catalogues d'erreurs du texte : il n'y a même aucune trace du keri-çnelibh. En un moi ce qui est annonce sous le nom de keri aux marges de nos Bibles modernes, est ordinairement dans le texte même de ces anciennes éditions. Cela prouve qu'elles ont été données sur des mss. beaucoup plus corrects que ne le pense le P. Uoubigani , et qu'il n'y a point entre nos Bibles imprimées autant d'uni Inimité qu'il le soutient (loc. cit., pag. Met seq. ). A-° La première édition faite à Venise est celle de Félix de Prato : les uns la datent de 1515. d'autres de 1517 , et je l'ai datée moi-même de l'an 1518; car c'est ainsi que portent deux petites noies qui servent de frontispice aux prophètes antérieurs et postérieurs, dans lesquel 1rs l'année de l'édition est datée de l'an 16 du doge Léonard Lorcdano : ce qui correspond à l'an T\V" 1 ï>78 (Cbristi 1518), comme il est marquée la tête des hagiographes cl à la lin du livre des Paralipomènes. f)ans le premier tome de cette Bible il n'y a aucune note qui désigne l'année de l'édition II y a seulement au revers du Ironlispice le privilège latin de Léon X, de l'an 1517. (Voyez le vol. 1, pari. H de noire Catalogue de la bibliothèque de Casanate, pag. o44 )

JTai dit que la lre édition qu'on vit paraître à Venise ne devance pas l'année 15i8 ; je sais toutefois mie Buxioi-f et le P. Bartolocci en allèguent une de Tan 1511, cl que llody en rapporte une autre de 1 191 ; mais il n'est point douteux que ces trois écrivains ne se soient l rompes (Voyez Wolf., Bibtiuth, liebr > loin, ll^pag. 505). Il parait même une l'édi-

tion publiée à Soncino en ! 188 , est la première que nous ayons de tout le texte hébreu. Du moins ne connaît-on aucune édition ornière de nos Ecritures hébraïques, qui soit antérieure à la même année; car l'édition de 14GG, dont parle le P. le Long d'après J. B. Oitius, est manifestement supposée, comme Ta prouvé le docte Wollius (loc. cit., to,n. IV, pag. 108). \ C'e t cependant une chose certaine, qu'avant l'année 1488, les Juifs avaient déjà l'ait imprimer différentes parties de la Bible, en les accompagnant de quelques commentaires de leurs écrivains. Il me serait facile de rapporter un grand nombre d'éditions, toutes antérieures au XVIe et au XVli* siècles, en recourant aux bibliographes; mais comme je neveux citer ici que celles que j'ai vues moi-même , je [varierai des suivantes, en me bornant toutefois à quelques-unes des principales, sans «n'astreindre à l'ordre des temps. Je me llaile que ces sortes de notices, qui rentrent d'ailleurs dans mon objet, intéresseront ceux d'entre nos savants qui travailleront sur nuire texte hébreu.

Je commence par les prophèles antérieurs et postérieurs de l'an i486. J'ai cité, ci-des us, celle p. nie de la Bible qui est sans points. Les caractères hébreux carrés en sont beaux, et les rabbiniques y simt d'une grande netteté. Le tout est en un gros volume in-folio de pet il loi niai. Elle est sans frontispice suivant l'usage de ces temps-là I! y a à la (in du il0 livre des Bus, sur un feuillel à pan , un avertissement de l'imprimeur de Soncino, qui y loue beaucoup les commentaires de David Kimchi, et il nous y apprend entre autres, qu'il n'a rien oublié pour remire son édition des plus correctes ; ma s il ne s'y nomme point. Il termine sou avertissement par la note suivante : < Equideni fuit absolmio ejus (uperis) anno quinquies millésime ducenlesimo quadrageshno sexto a crealione mundi, sexto mensis markhesvan, hic Soncini in provincia Lonibardue, quod est sub dtlione ï). ducis Mediolanensis ; vit. ni incoluincm pneslel illi Deus Beuedic.us , ipsu.i.que coi rebord, etc. »

Nous avons encore une édition des hagiographes qu'on vil paraître à Naplos, l'année d'après, ain.si que l'indique l'épigraphe eu hébreu qu'on y lit à la lin du Psautier. Comme elle esl un peu longue, je n\ n iranscrirai que l'essentiel,. Après une action de gràees, que l'éditeur IL Jacob Baruch heu Juda Lamlo rend au Seigneur de ce qu'il l'a assisté pour achever l'édition du livre des Psaumes avec, les commentaires de David Kimchi , desquels il fait l'éloge, et après avoir dit qu'il s'est acquitté exacieme.it de la correction dont il était chargé, il s'exprime ainsi : c Dicit viropens correction! Pnefecius, Discipuioruni minimus Jacob Baruch lil. excclentissiini rabbi Jehuda Laudo, felicis memoria; , Germanus , hic Neapoli nuuc peregrinus (seu commuruns) i. Vient ensuite iminéd atenn ni api es une note de l'imprimeur énoncée en ces termes : « Explicit ei coinpletus est liber Psalmorum ; buis Dco, qui habitat in exeelsis ; anno 247 (Chrjsli 1187) quarta mensis nisan (qui eut ipse rognais) exi' us e eaplivitale a*gypliaca, opéra impressoris eximii , glorue excelienlue, rabbi Joseph beu 11. Jacob pia3 memoria;, Germani. Dominus profiler misericordiam suam maximam educal nos quamprimum ex ista eaplivitale, cle. t

Celle édition, qui esl ponctuée, mais sans accents, forme un petit in-fol. Elle esl inférieure à la précédente | ar la beauté et la netteté des caractères. Toutes les fois que les lettres nS3 "U3 ne doivent point avoir le daghesch [on , cl es y sont marquées au-dessus par le raplié. Le kamels y esl constamment représenté pur une petite ligne avec un point au-dessous. L'une et l'autre de cco cd.tioiic se trouvent dan»

BiS DE LA RÉVÉLATION

pari que l'agi1, qui dévore tout, et les attaques de la critique la plus hardie n'ont pu encore abattre ? Ni tous les rabbins, ni tous les Buxlorfs ne tiendraieni-

ils donc plus contre riinpéuositc d'un adversaire si formidable?

Nous ne reviendrons pas sur nos pas. Le II. P. llou-

noire bibliothèque de Casanale; et nous y avons un second exemplaire des prophètes postérieurs de la première édition de 1-486- Voyez notre Catalogne imprimé de la même bibliothèque, loin. 1, part. II, pag. 649 et seq.

J'ai vu dans la belle bibliothèque de M. Zelada, seerélaire du concile , un magnifique exemplaire du Peniateuque , dont la daie esi antérieure à celle des trois éditions rares que je viens de rapporter. C'est un volume in-folio sur du beau parchemin : le texte hébreu est avec des points et en grosses lettres carrées : il a à côié le Targum d'Onkelos , et il est accompagné du commentaire de Rase h i au haut et au bas des pages. Les caracières du Targum et du commentaire en sont petits, un peu ronds, mais d'une grande netteté. Joseph Chaiim , fils de R. Aaron, de Strasbourg, a présidé à cette édition, qui a été faite à Cologne l'an 524-2 , c'est-à dire 1482 , par Mislella Jenaram , DW H^ 1DDD, fils de R. Chaiim de Pesaro. A la fin de l'épigraphe qui termine le volume, il y a : c Et complelum est opus perfectum feria 6, die 5 mensis adar primi, anno quinquies millesimo ducentesimo et quadragesiwo secundo a creaiione ninndi, hic Bononiae. >

M. Assemani, archevêque d'Apamée et premier garde de la bibliothèque du Vatican , possède un bel exemplaire du Peulaleuque en parchemin avec les commentaires de Raschi et le Targum d'Onkelos. Le volume, qui est in-folio, est terminé par deux épigraphes en une espèce de vers de la façon de l'éditeur Sehelomo barMaimon pQ»0 "Q rwbv. La dernière porte que l'impression de ce Pentateuqne a été achevée l'an 250, Chri>li U90, au mois d'ab dans l'île de

Sera IN OTD "12 TTfltf Dira i.NU \N2. C'est

«ne petite île formée entre deux branches de la rivière de Garigliano dans le royaume de Naples, appelée anciennement Lins, et dont parle Gicéron.

Nous avons dans notre bibliothèque de Casanale (in CC), un exemplaire du Penlateuque entièrement semblable au précédent : il est aussi en parchemin et d'une grande conservation. Mais il y manque à la lin une pge où devaient se trouver les deux épigraphes de Sehelomo bar Maimon. A cela près, noire volume, qui est un in-folio de petit format de 205 feuillets, est complet : les caracières hébreux sans points, ainsi que ceux du Targum d'Onkelos, y sont d'une belle forme. Ces derniers sont plus petits, mais carrés : ceux du commentaire de Raschi sont un peu gros et dans le goût rabbiniqnc Une main assez récente a ajouté les points au texte et au Targum. Le P. le Long et Wolfius font mention de celle édition de 1490, sans indiquer l'endroit où elle a été laite.

Voici encore quelques pièces fort rares que nous avons dans la même bibliothèque, et qui peuvent servir comme d'anciens manuscrits hébreux, pour constater l'intégrilé essentielle du texte. La lr* contient les prophètes postérieurs avec les commentaires de David Kimchi, de l'impression de Pesaro, l'an 275, Chrisli 1515, in-folio. Il y a à la fin du volume : « Per manus minoris inter impressores et minimi inter discipulos ex filiis Soncinatum : et ipse est Gersoin (peregrinas ibi) in bac Pisauri civilale Domini nostri principis , ducis Urbini et Sorse aique prafecti Romse. Deus maguificel solium ejus inter reges qui a seculo (sunl) viri famosi. Anno 275. Et 'videbit omhis caro pariter (quod) magnum nomen Dei et laudabije valde atque tremendum ipsum. »

La 2e contient les mêmes prophètes avec les commeniaires d'Isaac Abarbanel. Nous avons dit d:ms noire Catalogue imprimé de la Casanale, pag. 650*, çue l'édition en est de l'an 1511 ou de 1520, mais

en confrontant notre exemplaire avec un autre qu'a M. l'abbé Poch, l'édition en doit être de Tan 1520. Voici ce que son exemplaire porte au frontispice : « Prophétie posteriores cum commentariis D. Isaaci Abarbanel , editi in provincia Italie , opéra lypograpliorum et discipuloriim minimi ex semine Israelis, viri Son ci na lis. Nolum in Juda et in Israël nomen ejus. Anno 280 coinputi minoris (Chr. 1529) Dominus nos dignos effieial ut faciamus libres quamplurimos. imo infinités, logis Dei nostri causa. Amen. >

La 5e pièce est un in-folio qui renferme les Psaumes, les Proverbes, Job et Daniel avec les commentaires de Raschi. Nous l'avons assignée dans noire Catalogue (toc. cit.), et nous y avons observé que par la forme des caractères, soil hébreux, soit rabbiniques, qui en sont très-grossiers, el par le papier, il paraît que l'édition en a été faite à Tliessalomuue eu 5275, Christ. 1515, édition que porte le P. le Long. A la suite du même volume, qui n'est pas complet, il y a le livre de Job avec les commentaires de R. Meir Anima, de la révision de R Jehuda Gcdalia. Lescarac'ères hébreux et rabbiniques en ressemblent entièrement à ceux du reste du volume, dont le lexle est ponctué et accentué. Dans une épigraphe en rimes, R. Jehuda Gedalia dit que l'édition a éié achevée le premier jour du premier mois, l'an 277, Chrisli 1517 : < Et absolutum est die primo (mensis) primi,- anno

277, Chrisli 1517, cujus symbolum (nVuTD"?) Recordare captivitatis af(lict;e , etc. i Au reste , j'oubliais presque d'avertir que dans noire bibliothè pie de Casanate, il y a un exemplaire du Penlateuque semblable à celui de M. Zelada ; mais il n'est pas si bien conservé.

Je ne dirai rien des éditions que j'ai rapportées dans ce 11' volume, et où l'on voit les prophèles antérieurs avec les commentaires d'Abarbauel et de Kimchi. L'une el l'autre de ces éditions se trouvent d;ms la Casanale. Je terminerai celle remarque par assigner une autre édition qui ne le cède en rien à loules les précédentes par sa grande rareté. C'est un volume de petit format in-8° qui contient le Pentateuqne, les Megillolh, les Ilaphiarolh : les caractères en sont propres; le tout est avec des points et des accents. A la fin des Ilaphiarolh ou des leçons prophétiques tirées ûa> prophèles antérieurs el postérieurs, il y a une note de l'imprimeur, d;ms laquelle il est dit que cette édition est de l'an 254, Chrisli 1494. Je vais la transcrire en entier telle qu'elle est : « El absolutum e4 lol'uin opus, opus Dei, el lex ejus lex Dei perfecla , cum quinque Megillolh et Ilaphiarolh , adjuvante Domino universi ; benediclnm sit nomen glonosum rëgniejus in seculum et in sempiternum, hodie, feria 2, die 15 mensis kMev (anno) 254 computi minoris , hic Brixiœ, quae est sub dîlione principaîus Veneli : exalletur majestas ejus. Opéra minoris inter impressores Cersom, filii sapienlis rabbi Mosche, memoria Justi sit in benediclione ; seminis Israël, viri Soncinalis, germanice cognomînati Mantselan Soncinalis : cusiodiat eum rupes ejus et redemptor ejus. » On voit à la suile des Ilaphiarolh le livre des Psaumes qui finissent au CXLVIII, vers. 4. Il est probable que ce Psautier, qui est dans l'exemplaire que m'a prêté M. l'abbé Poch , ait fait partie de touie la Bible imprimée dans la même ville en 1494, in 8°. M. Benjamin Kennieott cile ( loc. cit., account. VII, year 1766, pag. 104) ce même Pentaleuque comme de l'impression de Bresce, 1492, in-8#, et il avertit qu'on le conservé dans la bibliothèque du margrave de Baden - Durlach; mais je crains fort que la dale de l'année ne s>il fautive. Quoi qu'il en soit, ni le P. le Long, ni Wolfius n'ont fait aucune mention de celte édition d\\ Peulaleuque.

bigaul n'a point fait de nouvelles découvertes sur, « eiïe matière. Ses objections se trouvaient déjà toutes en entier dans les ouvrages, entre autres du P. Mof in et de Cappel. De notre côté, nous avons aussi posé clés principes qui réfutent abondamment ces écrivains. îl est vrai que le savant oratorien prend ici , comme partout ailleurs, un ton plus ferme cl plus décisif: pu dirait qu'il y fait les fonctions de prêtre chargé do prononcer des oracles : Tanquam oraculum ex tripode. Il y décrit avec feu , avec énergie et élégance les hypothèses de nos critiques touchant le même objet. Mais ses assertions outrées contre la Massore, pour être appuyées des suffrages de Cappel et du P. Morin, en sont-elles plus solides! Pourquoi enfin dé guiser vme partie des réponses lumineuses que de célèbres hébraïsants avaient déjà faites aux objections qu'il renouvelle avec autant d'art que de complaisance ? N'est-ce pas une marque non équivoque de la faiblesse de ses preuves?

! De toutes les sciences, il n'en est peut-être point qui soit si difficile à traiter que la critique sacrée ; et il n'y en a aucune où l'on doive le plus se précautionner contre l'esprit de système. Celte science demande sans doute de l'érudition ; mais il y faut encore plus de sagacité et même plus de sagesse qu'un certain savoir toujours stérile cl même dangereux sans ce double appui. Qu'il s'en faut bien que l'érudition du père lloubigant marche toujours à côté de l'un et de l'autre. Comment ce docte oratorien n'a -l il pas senti qu'en décriant de la manière qu'il l'a fait, et tous nos manuscrits hébreux et toutes nos éditions; comment, dis-je, ne s'est-il poing aperçu qu'il était impossible qu'une telle altération eût été générale! N'est il pas forcé d'avouer que la vraie manière de conserver nos écrits sacrés de l'Ancien comme du Nouveau Testament , c'est d'en chercher nu grand nombre de copies qui soient correctes , de les collationner les uues avec les autres , d'en rétablir les endroits corrompus (1)? Mais , si ces manuscrits sont tous frappés au même coin, je veux dire, s'ils parlent tous d'un seul et même manuscrit corrigé suivant les lois de la Massore , par conséquent tous infectés des mêmes erreurs , comment le R.. P. lloubigant a-t-il pu enfin parvenir à nous donner une bonne édition du texte primitif de nos divines Ecritures?

Je sais qu'au défaut même de manuscrits hébreux ïe R. P. lloubigant indique d'autres secours qu'il a employés dans l'exécution de son plan ; et ces secours il les considère comme tout aulanl de sources de corrections pour rétablir le texte original de la Bible. Tantôt c'est le Pentaleuquc hébreu-samaritain qu'il s'efforce de défendre contrôles justes attaques de nos plus célèbres critiques , tantôt ce sont les anciennes versions qu'il envisage d'un œil un peu trop avantageux ; comme si dans celte foule de passages où les anciens interprètes diffèrent du texte acluel de nos

(1) liiem, cap. 1, art. 3, pag. 25.

Bibles hébraïques, il fallait presque toujours les préférer à ce même texte ; et que ces interprètes eussent été tels qu'on ne dût point être continuellement sur ses gardes en consultant leurs versions. Enfin notre docte oratorien veut qu'on recoure à la critique, à cet art si difficile , qui demande tant de connaissances, tant de talents , et beaucoup d'exercice dans la matière que l'on traite.

Nous convenons avec le R. PTHoubigant que ces différents secours peuvent être d'un grand usage , et qu'il est absolument nécessaire de les employer ; mais combien n'imporie-t-il point de savoir en user avec modération ?

Eh ! quels avantages la religion et les lettres relU reront-elles jamais d'une nouvelle édition du texte comparé avec les anciennes versions, si l'on se fait une loi constante de fouler aux pieds les règles d'une critique saine et judicieuse, que le R. P. lloubigant exige lui - même dans un ouvrage de celle nature? Ce savant éditeur de noire texte hébreu est un exemple bien frappant que les plus beaux préceptes tiennent rarement contre l'esprit de système. En vain élale-t-il avec emphase des règles (1) pleines de sagesse; eu nous enlevant une des principales sources de correction , je veux dire les manuscrits hébreux, source à laquelle toutes les autres doivent être subordonnées, que fait-il enfin , sinon de laisser en proie à une critique qui ne connaîtra plus de bornes , les

(1) Ce que le R. P. lloubigant dit à ce sujet (toc. ci/., cap. 5, art. -4, pag. 155, seqq), mérite d'autant plus d'être observé, qu'il veut qu'un critique ail bien des mesures à garder el bien des précautions à prendre dans les corrections qu'il lente du texte. La première précaution , c'est de ne jamais insérer dans le texte aucune correction qu'on a faite , quelque l'ondée et quelque nécessaire qu'on la juge. 2° On ne multipliera point ces corrections sans une véritable nécessité. Louis Cappel avait senti l'importance de cet avis , puisqu'il l'avait donné lui-même ; mais , combien de fois ne s'en est il pas écarté , au jugement même du p. lloubigant? 5° Il défend à tout critique de s'ingérer dans cette matière , sans une profonde connais sance du génie hébreu. Ici il reproche aux deux Buxtorl de ne l'avoir connu que irès-imparfaitement, pour ne s'être liés qu'aux écrivains juifs, desquels l'un el l'autre, dit-il, avaient cependant a>sez bien appr s la langue chaldéenne. C'est plutôt, ajoule-t-;I dans nos anciennes versions el non pas dans les livres de* Juifs; c'est dans les fragments d'Aquila , deSymma que cl de Thcodotion, que l'on doit pu ser la véritable signification des termes hébreux , comme on le voit par le dictionnaire heptaglolte d'Edmond Casiel, par le dictionnaire que dom Bernard de Montlaucon a travaillé sur les llexaplesd'Origène, enfin parlesConcordanees de Trommius, faites sur le plan du dictionnaire de Montfaucon. Le père lloubigant revieul encore ici à Louis Cappel, el lui reproche de n'avoir pas fait as^ez d'usage de celte règle de critique. 4° Il ne sullit pas d'être habile dans la langue hébraïque ; la critique sacrée exige de plus qu'on soit très-versé dans les autres langues orientales, qui sont formées de l'hébreu. Telles sont les règles sages que le R. P. lloubigant prescrit à nos critiques ; mais le docte oratorien ne les a-t-il jamais perdues de vue? En a* t-il toujours fait une juste application? C'est ce quo nous examinerons bientôt , en mettant toutefois des bornes à nos remarques.

m DE LA RE

litres primordiaux de la révélation? Nous n'en imposons point (1) au R. P. lloubigant ; nous respectons,

(1) Nous avons vu ce que le R. P. lloubigant pense dfcs manuscrits hébreux. Dans le 4e chapitre de ses Prolégomènes (p. 157, suiv.), il ne nous laisse point encore méprendre sur ses véritables sentiments. Je serais, y dit-il, peu constant avec moi-même, si je soutenais cpie les manuscrits hébreux m'ont été fort utiles; tous, sans en excepter un seul, ont les mêmes défauts, et ne diffèrent les uns des autres que dans des endroits te peu d'importance; tous, coniinue-l-il, fourmillent d'erreurs qui corrompent le sens diï discours et qui heurtent de front les règles de la grammaire. En un mot, dans tous les manuscrits hébreux, il y a des omissions qui ne devraient point y avoir lieu : telle est par exemple celle qu'on trouve, Genèse IV, 8 : Exeamus in campum , sortons à la campagne ; passage q l'aucun manuscrit hébreu ne porte ; mais, celle addition est-elle absolument nécessaire , quoique le texte samaritain , les LXX , Aquila , la version syriaque , le Targum de Jérusalem et celui de Jonathan et môme notre Vulgate l'aient retenue? Le texte hébteu ne serait-il pas ici susceptible d'un sens raisonnable ? Si le P. lloubigant n'ignorait pas toute la force de certains termes heureux , il devait faire réflexion que le mot TES* signifie non seulement dire, mais encore parler. Or ;-piel inconvénient y aurait-il de traduire ce passage par le suivant? Caïn parla à son frère , et comme ils se trouvaient à la campagne , Caïn se jeta sur son frère Abel, et le lua. La version arabe, le Targum d'Onkcl >s sont conformes «à l'hébreu , ainsi que les versions grecques de Symmaque et de Théodolion. 11 est donc faux que celle addition se lise dans toutes les anciennes versions du Pentaleuque , comme l'assure le savant auteur des Nouveaux Eclaircissements sur le Pentaleuque samaritain, chap.9, pag. 176. Cela prouve qu'on lisait anciennement ce passage, comme on le lit aujourd'hui , et que la même addition est absolument inutile ; aussi S. Jérôme la jugeait telle ( Quœslion. Iiebraicœ in Cènes., oper. loin. Il , col. 511). il ca vrai que le père lloubigant dit sur cet endroit de la Genèse (tom. I, pag. 13 ) que S. Jéiôme expose moins son propre sentiment que celui des Juifs de son siècle. Mais celte réponse e-l pleine de faiblesse , puisque le S. docteur dit que cette addition était superllue, non seulement dans le texte samaritain, mais encore dans notre ancienne Vulgate latine (Voyez Mémoires de Trévoux, mai 1755, pige 62, édit. de Hollande). H s'en faut donc de beaucoup que le docte oraiorien n'ait démontré que celle addition soit ici nécessaire. D'ailleurs, suivant, ces principes, il ne faut point multiplier les corrections sans nécessité : Emendationts ne plwes fiant quant nccessi'as ipsa coget. Idem, loc. cit., Prolegom., cap. 3, art. 4, pag. 154.

Le P. Houbiganlavail déjà pris son parti; il tombe dans les mêmes vices qu'il reproche à Louis Cappe1. : il dit de celui-ci {loc. cit., cap. 5, rag. 135, seqq. ) que la cause des écarts qu'il a commis provient de ce qu'il avait étudié la langue hébr. ïque avant de se mettre à l'étude de la critique. Notre docte oraiorien a suivi précisément une marche tout opposée pour aller au même but ; il s'élail d'abord rempli des idées systématiques de Louis Cappel, du P. Mo; in et de M. Simon, longtemps avant qu'il eût approfondi le génie hébreu , qu'il n'a jamais bien connu. Nous avons donné un autre exemple du peu de cas «pie l'on doit faire des corrections que le P. lloubigant a voulu introduire dans le texte , au sujet d'un passage de la Genèse, XLVil, 20, 21. Rapportons encore quelques exemples pour appuyer davantage nos considérations sur l'inutilité des conjectures de ce nouveau critique. Jamais auteur ne montra moins de modération dans celle matière. Nous accompagnerons ces exemples de quel ,ues remarques dépendantes du sujet.

Nous pensons que le Pentaleuque hébreu des Samaritains est d'une autorité très respectable. C'est

YÉLtTtON. £50

et ses lumières cl ses grandes vertus ; nous admirons son zèle : mais ses propres principes conduisent trop

itn monument infiniment utile pour confirmer la vérité hébraïque des écrits de Moïse; mais l'usage qu'on peut en faire doit avoir ses bornes. Pourquoi les seu's exemplaires samaritains nous seraient-ils parvenus dans leur intégrité primitive? Ceux de celte secte qui ont transcrit ce Pentaleuque auraient-ils é;é doués du privilège d'infaillibilité qu'aucun copiste n'a jamais eu? Le Pentateuque des Samaritains peut donc avoir et a même des loches réelles, quoi qu'en disent ses défenseurs. Le P. lloubigant est forcé d'en convenir; la chose est trop sensible pour la nier ; en effet : il est constant qu'anciennement cet exemplaire des cinq livres de la lui , renfermait des leçons entièrement conformes au texte hébreu des Juifs , par rapport à la chronologie; leçons que ne présentent plus nos manuscrits connus. S. Jé:ôme nous en fournil une preuve évidente, dans ses Questions hébraïques sur la Genèse ( Opérant tomoll , col. 512). Ce savant docteur y observe que, selon le samaritain, Maihusalé devint père l'an 187, el Lamech l'an 182 ; ce qui s'accorde parfaitement avec l'hébreu des Juif»; au lieu de 07 et r>3, comme il y a oans le texte samaritain d'aujourd'hui. Cela posé, la différence des di'iix textes , respectivement à la chronologie antédiluvienne, n'aurait été que de cent aînées jusqu'à l'an 500 de Noé, ou à l'an 1550 du monde, et non pas de 349, ainsi qu'on le trouve maintenant dans les mêmes exemplaires samaritains : ceux-ci diffèrent actuellement de l'hébreu des Juifs dans les années des trois patriarches, Jared , Maihusalé et Lamech. Je ne sais pourquoi le P. lloubigant a déguisé celle difficulté; dira t-il que les Samaritains ont depuis longtemps réformé cet endroit de leur Pentaleuque sur de bons manuscrits antérieurs à S. Jérôme, et inconnus à ce Père? Celte i épouse n'est point fondée; et celle que donne l'auteur des Eclaircissements, etc. (loc. cî7., pag. 167),* lie Test pas davantage. De la manière, dit ce savant bénédictin, dont S. Jérôme cite cet exemplaire, on voit assez qu'il n'avait pas ce texte sous les yeux, puisqu'il l'allègue comme s'il était entièrement conforme au juif pour les années de Maihusalé; mais c'e-l fuir la difficulté au lieu de la résoudre. S. Jérôme n'aurait jamais parlé en termes aussi formels, s'il n'avait eu entre les mains l'exemplaire en question ; ce qui prouve invinciblement qu'il l'avait, c'est qu'il le cite plus d'une lois , et en rapporte quelques diversités de leçons. Voyez ci-dessus, au sujet du passage de la Genèse, IV, 8.

Le P. lloubigant, qui compare au chap. V, vers. 32 de la Genèse , les trois chronologies depuis Adam jusqu'à l'an 500 de Noé, paraît cependant, se décider en laveur de la samaritaine; il rejette avec raison la chronologie des LXX, el la traite presque de fabuleuse. Comment pouvoir en effet la justifier , dans ce qui y est dit, entre autres, touchant Maihusalé, qu'elle fait vivre environ 15 ans après le déluge? ( Voyez Nouveaux Eclaircissements , etc., chap. 11, pag. 200.) Une chose dont on doit lui savoir bon gré, c'est qu'il a assez respecté ici le texte hébreu pour ne point l'abandonner dans sa traduction latine. Mais quelles sont les raisons qui portent le P. lloubigant à croire qu'il y a plutôt faute dans le texte juif que dans le samaritain? Avec sa subtilité ordinaire, notre docto oraiorien n'est point embarrassé à expliquer comment le premier de ces textes surpasse l'autre de 549; il ne manque pas de faire venir à son appui , ici comme partout ailleurs , les méprises des copistes, lesquels ayant leur imagination remplie des centaines d'années qu'on rencontre souvent dans ce chapitre, auront répété trois fois par inadvertance les mêmes lignes où on lit les mots de cent ans, et qu'on voit à la lête des trois générations des patriarches Jared , Maihusalé ef Lantech. Pour rendre ensuite raison des autres iJ

m DES TITRES

loin, quelque bien intentionné qu'il soit; disons le : il nous paraît que ce docte oratorien a plutôt pensé à

années qui restent, il prétend que les copistes ont pris les noms de nombre les uns pour les autres, en mettant 80 à la génération de Mathnsalé au lieu de 60, et àcciie de Lamech 82 pour 55 ; ce qui aura augmenté ces deux générations de 49 années, qui, ajoutées nui trois centaines qu'on lit dans les générations d'Adam, de Selh et de Jared , forment précisément les 549 ans dont l'hébreu surpasse le samaritain. Ces sortes de méprises , ajoute le P. Iloubigant auront été plus faciles à commettre, si les nombres éiaicnt surtout écrits en abrégé. Par ce système, qui paraît fort probable au docte oratorien, tous les patriarches auront commencé à avoir des enfants dans un âge ni trop avancé , ni trop disparate, ce qu'on ne saurait dire en adoptant le calcul du texte hébreu , qui relarde trop les générations des trois patriarches en question dans un temps si près du déluge.

Pour montrer le faible de celte hypothèse du père Iluubigant , nous dirons : 1° qu'il ne nous paraît pont encore bien prouvé qu'anciennement les Juifs se servissent dans leurs manuscrits, desimpies lettres pour marquer le nombre des années; nous croyons au contraire plus vraisemblable qu'ils suivirent consiamment l'usage qu'ils ont encore de notre temps, et qu'offrent les manuscrits hébreux connus , où l'on voit exprimés tout au long les nombres d'années, de jmois ei de jours. Cela supposé , il était moins facile aux copistes de se méprendre ; parce qu'on ne se trompe pas si aisément, quand il s'agit de transcrire des noms de nombre, ainsi qu'il peut arriver, lorsqu'on transcrit de simples lettres numérales et en abrégé ; 2° Si la chronologie du texte hébreu, comme l'observe très bien le journaliste de Trévoux ( mai 17à5, pag. 63. et suiv. ), qui réfute ce système du P. Houbigant , si la même chronologie , dit-il , a été altérée par le copiste dans un point si remarquable , comment ne s'en est-on pas aperçu à la première lecture qu'on a faite de l'exemplaire altéré? Comment tous les autres exemplaires ont-ils contracté la même tache ? Comment a-t-elle passé dans presque toutes les autres versions, telles que l'arabe, le syriaque, le Targum d'Onkelos et la Vulgaie ? 5° L'hypôi hèse du P. Houbigant ne peut subsister sans résoudre auparavant l'objection que'nous lui avons opposée d'après S. Jérôme au sujet de l'exemplaire samaritain du temps de ce Père, et dans lequel on ne trouve de différence entre les deux textes que dans la centaine d'années que donne l'hébreu avant la génération de Jared. Par cette autorité de S. Jérôme, laquelle a toute sa force, il est aisé de concevoir que cent années ont pu être omises par le copiste samaritain ; du moins y a-t-il plus de probabilité à celle omission , dit le même journaliste , qu'à l'addition de 349 ans. 4° Ce que le père Houbigant apporte en preuve de son hypothèse, au sujet des proportions d'âge entre les patriarches, pour le temps qu'ils commencèrent à avoir des enfants, a quelque chose de laible , puisque, ajoute le journaliste , on n'a aucune preuve que la suite chronologique piocède par les aînés des familles. Le docte oratorien a beau dire que si Jared n'était point l'aîné de Malaléel, ni celui-ci l'aîné de Caïnan, ni ce dernier l'aîné d'Enos, il s'ensuivrait que Malaléel , Caïnan et Enos auraient eu des enfants dans un âge trop peu avancé. Point du tout, répond le journaliste , à moins qu'on ne prouve que ces patriarches n'ont pu avoir d'enfants avant 6o, 70, 90 ans; ce qui est en effet nullement susceptible de preuves. D'ailleurs, poursuit le journaliste, quand il serait vrai que dans la liste de ces patriarches, quelques-uns, comme Caïian, Malaléel, Jared, Matluisalé étaient les aînés, quel inconvénient y aurait-il à reconnaître que les autres ne ('éiaient pas? Mais, ajoute le P. Houbigant dans une dissertation placée à la tête de son second volume, il faut

PRIMITIFS 8è>2

régler les dictions et les phrases du texte hébreu sur le commentaire qu'il avait d'abord imaginé, qu'à diri-

bien que toute la suite chronologique procède par les aînés, puisque, selon l'écrivain sacré , chaque père nommé dans celle suite eut des fils et des filles: Genuii filioset filias, après le fils pareillement nommé dans la même suite. Cet argument, répond encore le journaliste, n'est point démonstratif; car il estdii d'Adam, api es la génération de Seth , qu'il engendra des fils et des filles , Genuii filios et filias ; cependant Seth n'était point assurément l'aîné; il y avait ou dans la famille d'Adam, Cain, Abel, la femme de Cain, peutêtre aussi celle d'Abel, et probablement encore beaucoup d'autres. Quelle appirenee y a-i-il que les générations aient été retardées dans ce premier âge du monde? Quelle raison au contraire n'y a-t il pas de croire que le mol du Seigneur : Crescite et mullij>Ucamini, cul proinplement el abondamment son effet? Enfin le grand principe de solution dans toute celte controverse chronologique, conclut le journaliste, est que Moïse, sans vouloir marquer Tordre de primngéi nilure entre les enfants des patriarches , sVt attaché uniquement à nommer les fondateurs du peuple de Dieu dans la postérité d'Adam , soit avant, soit après le déluge.

Rendons cette justice au savant P. Houbigant , que pour les temps qui suivent le déluge, il a senti le peu de solidité des deux calculs que donnent le texle hébreu-samaritain et le texte des LXX. Aussi les a l-il abandonnés pour s'attacher uniquement à la chronologie hébraïque (Idem in cap. XI, 10, seq. Gènes. , tom. I, pag. 53 et seq.). Cele-ci diffère des deux autres, en ce que depuis Arpliaxad jusqu'à Sarug inclusivement, elle a une centaine d'années de moins dans loules les générations de ces patriarches. C'est que dans la vie des mènes patriarches, depuis Sem jusqu'à Tbaré, les LXX et l'hébreu -samaritain ajoutent cent ans avant l'année qu'ils commencèrent à engendrer. Ainsi selon (es deux chronologies, les patriarches devinrent alors pères cent ans plus lard que selon le texle hébreu. C'est aussi la principale raison qui oblige le P. Houbigant à suivre ici la supputation hébraïque, et il ne lui paraît pas probable que les patriarches postérieurs au déluge n'aient eu des enfants qu'après leur centième aimée. Il faut avouer toutefois que celle raison n'est point des meilleures, parce qu'elle suppose que Moïse ne fixe l'ordre des temps que par la naissance dts premiers-nés des patriarches.

On trouve même dans les LXX un certain Caïnan, que quelques savants croient avoir été un des ancêtres d'Abraham , el dont il est l'ait mention dans l'Evangile de S. Luc : ce qui allonge encore de plus de cent années cette chronologie depuis le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham. Mais ni l'hébreu des Juifs, ni le samaritain, ni la version Yulgate de l'Ancien Tes:ament n'en parlent point, Eusèbe même et Jules Africain le passent sous silence, quoiqu'ils emploient le texle grec dans leur chronologie. A ces amorilés on doit ajouter le syriaque, l'arabe, Oukelos, Josèphe et autres qui n'en disent rien non plus. 11 y a de fortes raisons qui portent à penser que le nom de Caïnan n'était point originairement ni dans les LXX, ni dans S. Luc, comme l'ont montré Samuel Bocliart dans son Phaleg, liv. H, c. 15, Usser au c. G de sa Chronologie sacrée, Spanheim dans ses Doutesévangéliques, le père Noël Alexandre dans son Histoire de l'Ancien Testament, au second «âge du monde, doin Petit-Didier dans ses Dissertations hisior, sur la Bible, le P. Pétau dans sa Doctrine des temps, liv. IX, ch. 17, dom Calmei sur le 24* verset du Xe chap. de la Genèse, et le P. Houbigant lui-même dans ses notes sur le ch. XI, verset îO de ce livre. Voyez les Nouveaux Eclaircissements sur le Pentateuque samaritain, ch. Il, § 11, pag. 211 el suiv.; Samuel Shuckford, Histoire 4'*

853 DE LA RÉVÉLATION. 854

ger sa traduction latine et ses notes critiques rclati- leurs sacrés. Aussi a-t il tourné ce même texte en veinent à la nature et à la diversité du style des au- tous les sens, et a-l-il pris toutes sortes de voies pour

Monde, liv.Y, tom. ï, pag. c275\ édit. de Leyde 1738; kud. r Cappelhis, Chronologià sacra, etc., tabula 4, pag. 7 Bibliorum Potyglott.; Brian. Wallon, sub initum tom. I ; et alii.

Nous avons dit que ce qui dé'ermine le P. Houbig:\nt à se décider en faveur du calcul hébreu suppose que les entants des patriarches, que Moïse nomme les preniez de tous, furent effectivement leurs aînés. L'auteur des Nouveaux Eclaircissements en question regarde même celle supposition comme une chose incontestable. Cependant le passage de la Genèse, X, 21, sur lequel il s'appuie pour adjuger la primogénf. lure à Sem, n'est point aussi décisif qu'il le soutient; Je sais que S. Jérôme a traduit ce même passage de la manière suivante : De Sem quoq'ie nali surit, pâtre omnium ftliorum Heber, fratre Japhelh majore. Le savant bénédictin dit même (toc. cit., pag. 225, not. ) que dans le lexte samaritain et dans la version samaritaine, suivant les inductions latines qui en oui éié faites, il y a Frater Japheilii major; qu'enfin la Paraphrase chaldaïque d'Oukelos, ainsi (pie la ver-ion syriaque, a suivi la même traduction. Mais d'abord ce n'est point lant à ces versions latines qu'aux divers textes eux-mêmes sur lesquels on les a faites qu'il faut avoir recours pour juger du véritable sens de ce passage. Or tous ces tex es «ni vent ici littéralement l'hébreu commun. En second lien, le grec des LXX et de Symmaque ont induit par ASeApw Ïaj>e0 raû psiÇevof, Fratre âapFtethi majoris. Il est inutile de dire avec Flaminius Nobdius que celle façon de traduire paraît un hébraïsme : ces deux dernières ver-ions sont trèsconformes au génie hébreu. Le docte bénédictin a senti la difficulté, mais il n'y a pas répondu d'une manière, satisfaisante. Il ne devait point ignorer que le mot 7Tttn est ici construit avec le nom de Japhel : TlT^H DD1» TIN Frater Japhet hi majoris, comme l'indique le H préfixe. Il est vrai que M< ï e met toujours Sem à la lête des enfants de Noé, toutes les l'ois qu'il les nomme ensemble. La raison en esi que c'était dans la famille de Sem que la véritable religion devait se perpétuer; et c'est le grand et unique ohjel du livre de la Genèse. Si le- législateur des Juifs y louche d'autres points d'histoire relatifs à ces anciens lemps, s'il y marque le rang que les enfanis de Noé tenaient entre eux par leur naissance, ce n'est que comme en passant et pour ainsi dire par hasard. L'histoire de la religion est le seul point île vue sous lequel on doit envisager cet écrit de Moïse. Je conviens qu'en faisant rapporter le mot Tiim Major à VIN Frater , c'est- à clire à Sem , cela ne répugne p »s à la grammaire, ni au génie de la langue hébraïque. Mais il n'est point vrai, comme le dit le savant bénédictin, qu'on ne voie dans aucun endroit de la Bihle L'adjectif gadol , uni inégalement ou immédiatement à un nom appellatif, et que cet adjecli! ne soit joini en ce sens qu'au non» propre de Dieu mrv, parce que Jé'.iova est en même lemps nom propre et appellatif. D'où il conclut que l'adjectif major doit se rapporer à Sem el non pas à Japhet. J'avoue que ces exemples sont rares dans l'Écriture. Mais il suffirait d"y eu trouver un seul pour renverser le rais mnemeutdu savant bénédictin. Orne trouve- l-on pas, 1er liv. des Rois, VI, 16 : TJFI nVrun blN et usquead Abel magnum? Ibid., XVIII, M : S1D nyrun TU nn, Ecce filinm meam majorent Merob. Ezech., XVI, 46 : ]TlCU7 rOTOH -jmnNI, El sororJua major Samaria; Ibid., XXlll, 4 : nVlian rfeilN TO'OnNI, Aholah major el Aholibali.

A ces divers exemples ajoutons une preuve d'un autre genre, el qui me paraît décisive pour adjuger la primogéniture à Japhet. Il est dit Genèse, V, 32. que Noé devint père à l'âge de 500 ans. 11 en avait 600 «wsqu'il entra dans l'arche (lbid.} VII, 11). Deux ans

après le déluge, Sem âgé de 100 ans engendra Arphaxad (Ibid , XI, 10). Par conséquent les années qu'avait vécu Noé jusqu'alors étaient de G02 ans. D'où il résulte encore qu'à la naissance de Sein Noé en avait 502. Donc Japhet devait être né deux ans avant que Sem vînt au monde, puisqu'il est dil expressément que fioé avait engendré à l'âge de 500 ans.

Nous voudrions pouvoir entrer dans quelque détail sur ce qui nous fait considérer le texte des Samaritains comme une copie altérée des LXX, dans ce qui concerne l'intervalle des temps qui nous occupe. Bornons-nous à ce qui suit. Pour les siècles antérieurs au déluge on se rend aujourd'hui presque sans difficulté au calcul du lexte hébreu, mais il n'en est pas de même pour les âges postérieurs à celle grande époque de l'histoire du inonde. Il y a plusieurs auteurs qui recourent au samaritain ou aux LXX, parce qu'à la faveur de ces deux textes qui allongent de sept à huit siècles ce qui s'est passé depuis le déluge jusqu'à la naissance d'Abraham, ils croient être mieux en état de rendre raison des antiquités des nations, de l'origine el de l'agrandissement des empires, eu un moi, de la prélenuue population que Semble nous confirmer l'histoire profane des premiers âges. Pour faire voir encore combien la supputation samaritaine ou celle des LXX doit être préférée au calcul des Juifs qui ne pone qu'un espace de 3lJ0 années pendant le même intervalle de temps, on a lait beaucoup valoir entre autres les antiquités chinoises; comme si les anciens fasles de celle nation fussent constatés par des monuments bien assurés, et qu'ils pussent aller de pair avec la certitude de l'histoire mosaïque et avec «l'ordre des temps qu'il a établi. (Voyez Le Chou-Kin , un des livres sacré-; des Chinois, qui renferme les fondements de leur ancienne histoire, etc., revu et corrigé sur le texte chinois , accompagné de nouvelles notes... Par M. De Guignes, Paris, 1770. Journal des Savants, mars 1771, édit. de Paris, pag. 40>elsuiv. ; 40') elsuiv. ; 417 el Miiv. ; 420 etsuiv., 435.) Nous nous sommes assez étendus sur ces différentes matières dans nos recherches sur l'époque de l'équilaiion. Nous y avons montré aussi que la chronologie du texte hébreu des Juifs satisfait pleinement aux diflicullés qu'on ire de l'histoire profane des premiers âges; et il esi très-inutile que nous nous répétions Les remarques que nous y avons faites réfutent également ce que le savant M. de Maleieiues.a avancé d'après quelques écrivains dans ses Observations sur r antiquité des hiéroglyphes scientifiques , sur la chronologie el sur la première écriture des Chinois. Ces observations forment le second tome de ['Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens, etc., traduit de l'anglais de M. Warbiirton , par le même auleur. M. de Malpeines y entreprend de concilier la chronologie chinoise avec celle de l'Ecriture en s'atlacbant au calcul samaritain (Ibid , lom. II, pag. 528 et suiv.). Il suppose une dispersion des enfanis de Noé avant la naissance de Phaleg : ce qui esi contraire au récit de Moïse; nous en avons donné des preuves dans ces mêmes Recherches (pari. II, pag. 129 et suhanies). Sans bâtir sur cette hypothèse, puisqu'il n'est pas néce saire de faire peupler la Chine dans des temps si reculés, cl pour rendre les anciennes traditions chinoises conformes à ce qui est rapporté dans la Genèse, eoni entons-nous d'observer que du temps d'Yao cet immense pays était absolument inculte et presque inhabité, ainsi que l'attestent les annales mêmes de la nation (Idem, loin, cit., pag. 504 )• Ajoutez que de Phaleg, sous lequel commença la dispersion des peuples, jusqu'à Thaïe, que M. de Malepeines fait contemporain d'Yao (Ibid., pag. 524, 528), il y a selon le texte hébreu l'espace de 121 ans. Cet intervalle me

le trouver eu défaut , sans avoir presque aucun égard

aux explications solides et lumineuses que de très-

paraît suffire pour envoyer des colonies en Chine, et <e seront ces premiers colons qu'Yao aura réunis en corps de société pour leur faire défricher les campagnes, qui se ressentaient encore des désastres du déluge. On peut aussi donner une antre raison de tout ce qui devance ce législateur des Chinois jusqu'à Piton çu, qu'on fait vivre du temps de Noé (Idem, loin. II, loc. cit.), en disant que ces différents personnages placés dans le même intervalle furent autant de chefs de famille , mais la plupart contemporains et dont les descendants formèrent plusieurs dynasties en Chine. Comme le peuple chinois avait depuis longtemps perdu de vue la véritable époque de ses premiers établissements, ses annales en auront fait remon'er la fondalion jusqu'au temps où vivaient ces mêmes premiers chefs, quoiqu'ils n'eussent point encore pénétré dans le pnys. C'est comme si les Juifs de nos jours produisaient des annales qui missent Abraham en qualité de leur premier monarque en Palestine. 11 est vrai que les Hébreux descendent tous d'Abraham, mais ce ne fut que quelques siècles après la mort de ce patriarche qu'ils vinrent occuper la terre promise. Dans celle supposition, qui est très-raisonnable , parce qu'elle n'a rien qui ne puisse convenir à l'étal des premières sociétés, tout rentre dans la chronologie ordinaire, et il ne faut plus recourir ni au texte samaritain, ni au calcul des LXX. Noire remarque acquiert encore d'autant plus de force que, selon les annales chinoises , il n'y a rien de certain au delà d'Yao. En un mot, l'intervalle de temps que nous avons assigné depuis Phaleg jusqu'à Tharé, et qui donne plus d'un siècle, est tout ce qu'il faut sans avoir recours au samaritain, encore moins au texte des LXX. Si enfin les premières dynastie* chinoises sont toutes composées de princes qui ont régné non pas à la Chine, mais en Egypte, comme l'ohserve l'auteur des Eclaircissements sur le Penlatenque samaritain (eh. 12, pag. 224) d'après M. de Guignes , si une colonie égyptienne alla s'établir en Chine, et y fonda la dynastie impériale des TCUEOU, 1 122 ans avant Jésus-Christ, on doit uniquement chercher dans la famille île Cham les premiers rois de ce pays (Voyez nos Recherches sur fépoqae de l'éqw talion , part. I, pag. 20 et suiv., nol.). Quand même ce dernier sentiment ne serait point appuyé de témoignages d'un certain poids, la distribution des temps établie par Moïse, telle que la donnent les exemplaires du Pentcleuque des Juifs, ne mériterait p;is moins d'êire préférée aux chronologies du texie samaritain et de celui des LXX. Il est cent preuves qui nous constatent la certitude de ce calcul, mais que la brièveté ne nous permet point de détailler. Un savant moderne a puisé même un nouvel argument de la vérité de celle supputation dans l'ordre des dynasties égyptiennes que Manéthon nous a laissées ( voyez la Chronologie des rois du grand empire des Egyptiens depuis l'époque de sa fondation par Mènes jusqu'à celle de sa ruine par la conquête de Campyse9 (ils de Cyrus. Par M. d'Origny, etc., lonii II, in- \1, Paris, 17b5) : ouvrage de beaucoup de savoir et dans lequel M. le chevalier d'Origny propose les fragments qui nous restent de la chronique de Manéthon , comme un monument respectable et d'une autorité non moins authentique qu'impartiale, pour juger du choix que l'on doit faire entre les trois chronologies du Penlatenque. Dans nos recherches en question ( pari. I, pag. 77 et suiv., nol.) nous n'avons bas fait aux dynasties de l'écrivain égyptien un accueil des pins favorables, eu égard aux dissensions des auteurs qui ont tenté de les réduire à quelque Situe chronologique. En exposant ce qu'en ont pensé entre autres le chevalier Marsham cl M. Fourmont rainé, nous avons toutefois suspendu notre jugement sur te qui concerne les avantages qu'on peut tirer de

habiles interprèles avaient déjà données, pour concilier les contradictions apparentes , et pour résoudre

cet ouvrage de Manéthon. Nous ne pouvons donc trop applaudir aux travaux de M. le chevalier d'Origny qui a fait un si bon usage de cette ancienne chronique. En s attachant à nous faire connaître le vrai rapport que les différentes dynasties peuvent avoir entre elles, ce savant moderne a répandu beaucoup de jour sur la véritable chronologie du livre de la Genèse. On lira surtout avec plaisir le chapitre 7 ( sect. 4, lom. II, pag. 215-540), où il est traité de la chronologie des Orientaux. M. le chevalier d'Origny y montre qu'aucune de ces chronologies ne peut affaiblir l'autorité, ni prouver contre l'exactitude de la chronologie hébraïque égyptienne.

Une chose que nous ne saurions trop inculquer, et qu'il est essentiel d'observer, c'est que les premières sociétés furent très peu nombreuses , et que tous les éiats n'ont eu que de faibles commencements. Il serait encore aisé de montrer par le témoignage de l'Ecriture, que l'Egypte elle-même n'était point si florissante qu'on la fait du temps d'Abraham. On peut eu conséquence se passer du calcul samaritain. Plus on approfondit les vraies origines des nations, plus aussi l'on sentira la vérité de la supputation du texte hébreu des Juifs ain^i que de noire Yulgale. Quelle que soit enfin la diversité des sentiments des écrivains sur cette matière, la vérité hébraïque n'en est pas moins un guide sûr, fidèle et suffisant pour nous fixer là-dessus, quoi qu'en dise encore l'auteur de VEssai sur la chronologie, § 2 et suiv., pag. 50 ei suivantes. Cet essai formel) IIIe partie de l'ouvrage peu religieux, intitulé le Monde, son Origine et son Antiquité; 1" part., de l'Ame et de son Immortalité; IIe part. Londres, 4751, lomi M, in-12. Ecrit qu'on attribue à M. De Maillet , auteur du Teil- Jamed. (Voyez le P. le Quien ; Défense du texte hébreu, etc., part, il, passim. ; l'Antiquité des temps détruite, etc., ch. 7, pag. 211 et suiv. ; la Religion naturelle et la révélée, etc., ou Dissertations philosophiques , théologiques et critiques contre les incrédules, tom. VI , Dissert. XXII, sur la chronologie de l'Ecriture , on défense de cette chronologie et en particulier celle du texn hébreu, art.l et suiv., pag. 10 et suiv. , pag. 17 et suiv. ; M. l'abbé Gauchat, Lettres critiques ou analyse et réfutation de divers Ecrits modernes contre la religion, tom. XV, lettre CL, édit. de Paris, 1701 , pag. b(> et suivantes, et autres.)

Reprenons quelques-unes des corrections que le II. P. Houbigant Croit devoir faire au texte hébreu commun. En comparant le passage de la Genèse, XI, 52, où il est dit selon le texte hébreu, que Tharé, père d'Abraham, vécut l'espace de 205 ans , le docte oralorien prétend, après le P. Murin et Samuel Bochard (Geograph. sacr., pag. 865 nov. edil.) , que ce calcul est absolument fautif. Pour le concilier avec ce que S, Etienne rapporte au chap. Vil des Actes des apôtres, vers. 4, au sujet d'Abraham, il veut qu'on recoure nécessairement au texte hébreu samaritain, qui ne donne à Tharé que 145 années de vie. Voici comment il raisonne (in hune locum lom. I , pag. 54 et seq. ). Tharé était âgé de 70 ans lorsqu'il eut Abraham ; celui-ci en avait 75 quand il partit de llaran pour aller en Chanaan. Ces deux nombres donnent précisément 145. Or si Tharé était déjà mort dans le temps qu'Abraham entreprit ce voyage, comme S. Etienne ledit en termes bien formels, il s'ensuit queTharé n'aura vécu que 145 ans; par conséquent le texte hébreu commun lui donne mal à propos 00 ans de vie de plus. Donc ou S. Etienne se trompe, ou l'on doit suivre le texte hébreu-samaritain qui satisfait à louies les objections. Le P. Houbigant croit même nous conduire à l'origine de cette erreur de calcul dans notre texle , en disant avec Samuel Bochard que les copistes ont transcrit ici un p, qui a la valeur de 100, au lieu d'ur

857 DE LA RÉVÉLATION

les difficultés qu'offrent divers passages de l'original hébreu. Le R. P. Houbigant s'est imposé une espèce

de loi de méconnaître les règles de grammaire, constatées par l'usage que les plus savants Juifs en ont

O qui ne vaut que 40. Erreur d'autant plus manifeste, njoute-t-il, que dans les mss. allemands, la queue de ia lettre p se trouvant raccourcie , devient presque semblable à la lettre a. O'où il infère que les Hébreux s'étaient servis anciennement de simples lettres numérales pour compter. Mais ce ne sont là que de vaines conjectures qui demandent de tout autres preuves que celles que nous venons d'exposer; et par celle méthode on trouvera aisément la raison de mille erreurs du lexie qui n'ont d'autres sources que dans l'imagination des critiques. Le livre du Pentateuque des" Juifs a toujours été copié avec une attention três-scrupuleusc sur des mss. d'une grande conservation , parce que le culte public y a été de tout temps intéressé. Or, pourra-t-on jamais se persuader que l'exemplaire qui aurait perpétué celte prétendue erreur d'un Kopli pour un Mem eût été écrit en caractères allemands, dont la figure qui en est ronde.ressent beaucoup la barbarie? Les m^s. au contraire de'bonne antiquité sont décrits en lettres carrées ou espagnoles , el il y a peu de livres de l'Ancien Testament qu'on se soit piqué de transcrire en caractères d'une plus belle forme que celui des cinq livres de Moïse. Les juifs espagnols n'ont jamais manqué de pareils mss. sur lesquels nos premières éditions ont même élé faites. Du reste , j'ai vu des manuscrits hébreux, copiés par des juifs italiens, dont les caractères sont semblables à ceux qu'emploient les juifs allemands, et où les lettres qui ont quelque ressemblance y sont cependant écrites de manière qu'il est très-difficile de confondre les unes avecles autres. Tel est \\\\ ms. hébreu , qui renferme toute la Bible , et qui est des mieux conservés. Il est sur de beau velin avec de grandes marges. C'est un volume très-proprement écrit elde gros format in-8°; les lettres en sont ponctuées et accentuées ; il y a quelques noies du keri-chetibh , mais elles sont d'une main différente de celle qui a transcrit le texte. Il y a à la fin une noie du scribe, dans laquelle il est dit: t Completum et absolutum est (opus). Laus Deo, hodie ferla 4, XLV1H ad numerationem ( sive duobus diebus ante Penlecoslen ), anno 215 compuli minoris (Chr. 1455), hic Florentine. Laus Deo : benedictus l)eus in seternum, Amen , Amen. > Telle est la véritable date de ce ms., qui appartient à notre bibliothè [tié de Casanale (in CC). Pour le rendre plus vieux d'une centaine d'années, quelque main juive y a retouché, dans les nombres Tû"l , la lettre 1 qui vaut 200, et en a fait une espèce de p qui exprime le nombre de 100; mais la rature y est faite de façon qu'on ne peut se méprendre sur le vrai temps auquel ce ms. a été copié. 11 y a à la lêie du livre de la Genèse une miniature qui représente Adam et Eve. Le ms. a élé probablement écrit pour quelque personne de considération.

Revenons an 11. P. Houbigant. Il faut avouer qu'il n'a pas déguisé les réponses qu'on donne ordinairement pour expliquer la contradiction apparente qu'offre le passage que nous discutons , quand on le compare avec celui de S. Etienne; mais il les propose d'une manière superficielle. : il en lire même des conséquences si peu naturelles, qu'elles n'en rendent pas sou hypothèse plus vraisemblable. Nous reprendrons doue, 1* que rien nous oblige de croire que Thaïe ail eu Abraham lorsqu'il n'était âgé que de 70 ans. Dans .:« Genèse il est dit (loc. cit. , verset 2b) que Tharé ayant vécu soixante el dix ans engendra Abraham, Nachor et Aran. Mais comme il est certain que Tharé n'eut point tout à la fois ses trois fils l'an 70 de son ège, quoi déplus naturel que d'interpréter ce passage selon le style ordinaire de l'Ecriture ? Abraham est mis ici à la tête des enfants de Tharé, non à causa du rang qu'il tenait par sa naissance , puisqu'il n'était effectivement que le troisième fils de son père , mais

seulement eu égard aux prérogatives dont le Seigneur l'honora en le faisant devenir le chef d'un peuple parmi lequel la religion sainte devait se perpétuer jusqu'à la venue du Messie. Moïse suit constamment celte méthode toutes les fois qu'il parle des enfants des patriarches par rapport à la religion; 2° que les paroles de l'original ne prouvent pis même à la rigueur qu'Abraham naquit l'an 70 de Thaï é. La seconde particule ^ que Moïse y emploie non sans dessein , exige qu'on rende ce passage de la manière suivante: Vixit autem Thare an:ws sepluagînta ; deinde genuit Abraham, Nachor el Aran. Doit-on conclure de là qu'Abraham fût l'aîné de Tharé? Il en est «le ce passage comme de celui que nous avons discuté ci-dessus, au sujet des trois fils de Noé, et où il est dit (pie ce patriarche engendra étant âgé de 500 ans. Moïse y nomme d'abord Sein, qui n'était cependant point l'aîné des enfants de Nué; 5° que c'est un sentiment l.ièsfondé , appuyé môme du témoignage de la plupart des interprètes ancienset modernes, que Sara, épouse d'Abraham, était fille d'Aran, fils de Tharé. L'Ecriture (Genèse, XV1Ï, 1, 17) nous assure qu'Abraham avait dix ans de plus que Sara. Or, si Abraham avalété le premier-né de Tharé , il s'ensuivrait qu'Aran aurait eu Sara avant l'âge de dix ans; ce qui paraît incroyable. Donc Abraham n'a pu naître l'an 70 de Thare. Le P. Houbigant (in Gènes. XX , 12 , tom. I , pag. 60) adopte à la veriîé ce que dit S. Jérôme ( Question, in Gènes. t Oper. lom. Il, col 524) ; savoir, que Sara était la propre lille de Tharé; mais ce père s'exprime ici de manière à faire douter (pie tel fut Son véritable sentiment, puisque dans le même livre (in cap. XI Gènes. ,ibid., col. 517) il soutient positivement le contraire , en disant qu'Aran était le père do Sara, autrement appelée Jescha ; 4° qu'Abraham n'a pu è:re le premier-né de Thaïe ; la raison eu est encore que Milca, fille d'Aran, était assez âgée pour avoir épousé Nachor, frère d'Abraham, cl que Lolh, neveu de ce patriarche et lils de Nachor, paraît avoir été à peu près du même âge. D'où il suit que Nachor a dû eue l'aîné de celte famille. Ainsi rien ne répugne à dire qu'Abraham ne vint au monde qu'à l'an 150 de Tharé ; et c'est le sentiment le plus reçu parmi les interprètes. Si ù ces 1^0 années vous ajouter les 75 autres qu'avait vécu Abraham, lorsqu'il se re^ tira en Chanaan après la mort de son père, vous aurez précisément la somme de 205 ans que l'Ecriture donne de vie à Tharé. Il n'y a donc point de contradiction dans ce passage de l'Ecriture, comme le prétend M. de Voltaire (Nouveaux Mélanges philosophiques, critiques, elc., 1 part., pag. 77. sine loco 1765). Si ce irop fameux écrivain eût eu de la bonne foi , s'il cul examiné celte partie historique des livres saints, par les mêmes règles qui nous conduisent dans la critique des autres histoires , il n'eût point trouvé des dilficuliés dans le passage (pie nous discutons; il eût parlé avec plus de décence des actions du S. patriarche des anciens Hébreux, Mais , réplique le P. Houbigant , qui peut croire que Tharé ail eu Abraham à l'âge de lôO ans, puisque Abraham dit lui-même plus bas (il) d., cap. XVII, 17) : Un homme de cent ans aw rat il donc un fils? On ne peut qu'être surpris, comme l'a très bien observé le journaliste de Trévoux (maiK vol. 11,1755, édit. de Hollande, paq. 458) qu'une telle instance ail lait impression sur le P. Houbigant. Abraham disait cela plutôt à cause de la stérilité et du grand âge de Sara qu'eu égard à sa propre vieillesse; c'est, continue le journaliste , la pensée de S. Augustin dans son livre de la Cilé de Dieu, chap. 28; et ce qui répond à tout en ce genre , c'est que lo même patriarche eut, à l'âge de 140 ans, six enfanta deCélhura (Voyez Benedicl. Pcrerius in cap. XVHi , XX et XXV Gènes. Commcnteir. tom. II, lib. XVI. pag. 413, num. 20o , et pag. 414 , num. 214 ei seqà. , c\

I>FS TITRES Pnr.IITIFS

fi* ït de temps immdmori.nl, e! auxquelles la pins saine partie des liébraïsanls s'est toujours attachée. En sui-

tom. HT. pag. 332 et seqq.; 504 el sea. edit. romance 1592-05).

Une seconde objection, qui ne frapoe pas moins le docte oratorien que la précédente, c'est que si Abraham n'est point In premier-né de Tharé. et s'il faut en fixer la naissance à l'âge 150 de son père, il faudra donc dire que 1ns autres fils, qui forment la suite de la chronologie sacrée , ne sont point les aînés, ei que leurs pères auront vécu plus d'années que, ne leur en donne là même chronologie, avant qu'ils eussent eu ces fils. Or, nomme loin l'ordre des temps, établi dans les livres saints . dépend de ces années mêmes (pie vécurent les patriarches avant d'engendrer, qui ne voit que c'est renverser entièrement la chronologie sacrée, si l'on passe jamais une telle supposition? Nous avons répondu en partie à celte objection en parlant dé S'mh ; nous dirons toutefois avec le journaliste de Trévoux (loc. cit., pag. 459), qu'on accordera bien (pie les enfants nommés dms cène suite de patriarches n'auront pas toujours été les aînés. En eff*i, quel inconvénient, y a-t il , par exemple, qu'Arphaxad, qui est dit avoir engendré Salé à l'âge de 55 ans , ait eu avant Arphaxad quelques aunes enfants mâles nu femelles; et quel dérangement cela peut-il mettre dans la chronologie? Mais on n'avouera pas que les pères oui vécu plus longtemps que ne le marque PErriiure, avant d'avoir eu l'enfant nommé dans la suite patriarcale : on ne donnera à Arphaxad que 35 ans , quand il a engendré Salé ; et il en est ainsi des antres. La seule exception qu'on se permettra d'admettre, sera pour la génération de Tharé, à cause des deux textes de la Genèse combinés avec celui des Actes des apôtres ; encore n'est-ce pas là une exception formelle, puisque de trois enfants de Tharé il y en aura un engendré à Tan 70 de son père. En un mol, nous croyons, ajoute le journaliste, qu'il est plus à propos de recourir à une solution si naturelle, qued'ôlerau patriarche Tharé 60 années de vie, contre l'expression manifeste du texte hébreu , de tontes les version" , de l'Histoire de Josèphe , etc. Plutôt que de faire un retranchement si considérable et si contraire à l'Écriture, le P. Pétau et plusieurs autres savants avaient imaginé deux voyages d'Abraham dans la lerre de Chanaan, au lieu d'un seul dont parlent les livres saints; mais cette explication est un système et une machine. 11 est moins aisé de s'en servir que de satisfaire aux difficultés de l'opinion qui fixe la naissance d'Abraham à l'an 130 de son père. C'en est assez sur celle controverse chronologique: nous y avons donné une certaine étendue pour prévenir l'abus manifeste que nos incrédules en font cou- Ire toute la bonne foi. Le P. lloubiganl la relouche même dans sa préface de son second volume (pag. 6, féîjfj.); mais sans insister davantage là-dessus , renvoyons simplement à ce que le même journaliste a répondu à ce docle oratorien ( Mémoire de Trévoux, septembre 1755, pag. 208 et suiv.).

Voyons si ce savant sera plus heureux dans d'autres corrections qu'il a tentées de notre texte hébreu imprimé. 11 est absolument nécessaire d'en produire encore quelques exemples , pour justifier le jugement que nous portons des travaux de ce critique.

Genèse, IV, 13, le P. Houhigant observe ( in hune locum, t.I, p. 15) qu'au lieu de la leçon ordinaire qui porte : NT»MQ ( Major est iniquilas mea ) quam ut remitlalur, on doit lire NTMD , comme il y a dans deux manuscrits qu'il cite. 11 pouvait ajouter que plusieurs de nos éditions ont celte 'dernière leçon : je la trouve même dans un manuscrit sur parchemin eu 3 vol. in A", dont j'ai fait mention ci dessus. La raison que donne ici le docte oratorien pour montrer que l'on ne doit pas admettre la l" leçon, est cependant singulière; car il assure que l'infinitif de la seconde conju-

vant une roule absolument r connue à leule l'antiquité , il s'est formé du génie hébreu des idées diamé

gaison Niphal, ne souffre point le van 1; raison qui montre évidemment que le P. Houhigant a négligé un peu trop 1ns règles de la grammaire, il devait savoir qu'on dit aussi bien WD112 que NUttO, et que ce mot est de la première conjugaison Kal, des verbes défectifs j et Lamed N, qui conservent souvent le 1 vau à l'infinitif.

Genè e, IV, 9 Mo se nous représente Noé comme un homme juste et parfait au milieu des hommes de son temps. Pour rendre cette idée . l'écrivait sacré emploie les mois : TTTO HVl LPOn pHS Justus , interner eral in generationihus suis, i,o.% intempore suo. Au lieu de Titra le père Houhigant voui qu'on y mette le terme de TDTQ in viis suis ; parce que le sens l'exige, selon lui. el que cette façon de parler, perfectus in viis suis, se trouve d'ailleurs dans Ezééhiel, XXVIII, 15, an sujet du roi de Tyr, duquel le prophète prédit la chute , qu'enfin le mot YTVrn avec son suffixe, ne s'emploie jamais pour ceux qui vivent dans le même temps. Mais ce sont là de vaines conjectures : et qui ne voit que par ce'te correction le docte oratorien nous fait disparaître la belle image que M< ïse veut nous tracer de la sainteté des mœurs de Noé respectivement aux hommes de son siècle? La malice des hommes était extrême au temps de Noé ; et c'est à quoi Moïse fait allusion en parlant de la conduite du second réparateur du genre humain. L'autre expression que le P. Houbigaut veut substituer à celle de Moïse, nous enlève celte idée qu'il faut nécessairement conserver, pour en sentir toute la beauté. L'exemple qu'apporte le P. Hniibï« gant, ne prouve rien , el les mois D^Dn pHï justus, integer , ont bien pfus de force que perfectus in viis suis TOTU □"'Qn. 11 est fâcheux pour le P. Houhigant, qu'il n'ait pu appuyer sa correction sur le Pentateuque des Samaritains, qui ne dit rien de plus que le texte hébreu des Juifs. Toutes les anciennes versions sont même contraires à la conjecture du docle oratorien. Il est dit Genèse XIV, 1,2, que quatre rois ligués ensemble firent la guerre contre cinq rois de la Pentapole. Le texte hébreu des Juifs annonce cet événement d'une manière qui paraît défectueuse au P. Houbigaut , mais qui n'est pas moins analogue au génie de la langue. Ce sont de ces difficultés qu'on rencontre à chaque pas dans l'Ecriture originale , et qui embarrasserait à peine un hé braisant de deux ou trois mois. Notre docte oratorien s'in-crit toujours en faux et même avec enthousiasme contre les premiers principes de la grammaire : il affecte d'en ignorer les règles les plus communes; mais il s'efforce en vain d'en détruire les ellipses, qui en sont inséparables, parce qu'elles caractérisent le style hébreu.

Au lieu de wy lai "îyarc-jbo teina iqu m

*lJfl rranba, ainsi que porte le texte , verss. 1 el 2, le P. Houhigant, qui ne voit ici aucune liaison , prétend qu'on a dû lire anciennement Dm D'OU TH y& WV lïl -rOTT-jba bsiDN. Ce qu'il rend ainsi : Accidit autem diebus Mis, ul Xmraphel rex Sennaar ( et Arioch ), etc., ( bellum ) gérèrent, etc. J'aurais tort de me récrier contre celle version , puisqu'elle est conforme à celle que saint Jérôme nous a laissée, el qu'elle exprime d'ailleurs irès-biesi la pensée de Moïse. Mais le P. Houbigaut esi blâmable de ce qu'il veut réformer le texte d'après celte version. Il ne devait point ignorer que saint Jérôme eût parlé d'une manière barbare , s'il eût rendu ce passage à la lettre, sans y suppléer en latin ce que l'ellipse, qui fait une élégance dans le style hébreu , annonçait elle-même. Or en sous-en tendant seulement un pronom avec sa conjonction au commencement du second verset, comme s'il y avait en hébreu IDTTl ci imi, ou enfin la

m LA RÉVÉLATION.

soa

tralemcnt opposées aux véritables notions qui nous en restent, même dans les écrits d'un peuple qui l'a

simple particule 1 unie au mot WV feeerunl , la prétendue réforme est absolument inutile; et nous traduirons par Dans te temps qiCAmraphel était roi de Sennaar, Arioch roi (PEllasUi , Clwdorlahomor roi des Elamiles, el Thad/d, roi des nations, il arriva (que ces princes) firent la guerre contre Dura, roi deSadon,e.

C'est donc courir après des cliimères que de dire que les anciens Juifs ont lu certainement ce passage de la manière que le corrige notre docte oralôrien, en rejetant sur la faute des copistes l'omission des trois ou quatre lettres qui forment la leçon qu'il veut introduire, et qu'il piace dans son Index meiidorum en qualité de correction. Si nous exceptons la version arabe, qui a suppléé à l'ellipse par un simple pronom, le texte hébreu samaritain , la traduction samaritaine , le syriaque , le grec même des Septante l'ont laissée subsister , parce que les auteurs de ces versions et ceux qui ont revu le texte des Samaritains ou qui l'ont retouché dans plusieurs endroits, ont cependant senti que cène façon de parler était selon l'an ilogie de la langue hébraïque.

Dans le même chapitre de la Genèse, vers. 6, Moïse continuant à faire le récit des conquêtes de Chodorlahomor, accompagné des rois qui s'étaient joints a lui , dit que ces princes chassèrent encore les lion cens de leur montagne de SétrtT9VJ D"\irvQ Le texte du Penlaieuque des Samaritains porte ici TîTEPTirU; loi mes que le 1*. Houbiganl préfère à ceux du texte hébreu lies Juifs. Mais ce savant oralôrien n'est point a m z fonde pour fane considérer la leçon du texte hébreu vulgaire connue défectueuse. Celle du samaritain n'a à la vérité rien qui s'éloigne de l'analogie hébraïque : on <iii en effet Dip "HY! montes Orieuns, 7N "HY1 montes Dei, etc. L'autre leçon est-elle donc contraire au génie de la langue. C'est ce que le P. Houbiganl ne prouvera jamais Je dis pins : elle est la seule vraie dans ce passage de Moïse. Les monts de Seir s'étendaient jus m'aii désert île Pliarau; mais l'endroit u'où les llorréens furent chassés était une des principales montagnes de cette contrée. Us s'y étaient naturellement for li liés pour mieux résister à l'alla |ue de Chodorlahomor et des autres rois. iNonobslunl la situation du heu qui était très-avanlagense, ils ne purent défendre leur propre montagne de Seïr quoique les approches en fussent difficiles. Chassés de ce po.ste, qui paraissait les mettre à couvert des insultes de l'ennemi , ils furent même poursuivis jusqu'à la plaine de Pharan, qui était prés du désert, ainsi que le cl i L l'Ecriture. Voilà deux idées que Moïse veut nous faire saisir. Assurément il ne pouvait les présenter dans des termes plus propres «pie ceux dont il se sert; et le moi QTin mons eorum , rend parfaitement la première de ces idée». Une chose qu'on doit au.ssi observer, c'est que toutes les lois que l'Ecriture fait nie lion des monts de Seïr, il n'eu est point parlé au pluriel , ni du la façon (pie le porte le lexte hébreu-samaritain. Voyez Genèse XXXVI, 8, 9; Deutérom, 1, 2; il, 1, 5; Josuc, XV, 10, XXIV, 4;I Paralipom., IV, 42; 11 Paralipom,, XX, 10, ±à, 23; Ezéchiel., XXV, 2, 3, 7, 15.

Exode, 11, 21, il est dit que Moïse après avoir délivré les tiiles de Jélliro de la violence des pasteurs inadiamtes, conseilla à demeurer avec lui : ce que le texte hébreu commun exprime par le terme bxïï voluii, consentit. Le P. Houbiganl blâme cette leçon , parée qu'il prétend que ce terme sigmîie ici jurure foetus est (Mi.ses se apnd Jethro habilaturum) ; et il lui substitue celle du texte hébreu samaritain, qui a bw sans le yau 1. Mais le P. Houbiganl et l'auleur des Nouveaux Eclaircissements sur le I'entalenque samaritain, ch. 8, pag. 106, qui adopte la réfounedu docte oralôrien, auraient dû sentir que ce terme, susceptible (le divers sens , signiJie laalà consentit, la loi attjtt

constamment étudié. 11 s'est uccîaré contre les éoallages , les réticences , les ellipses , les anomalies qui

ravit, juramenlo adstrinxit (I Rois, XIV, 24), soit qu'on le iroute avec le van, soit qu'il ne l'ail point. Ainsi

qu'on lasse venir ce mol de la racine xb" ou du verbe vbttjtiravil , la même difficulté subsiste dans les deux textes du Penlaieuque , et il est très inutile de corriger l'un par l'autre. Conservons la leçon du lexte vulgaire, et interprétons-la relativement à la suite naturelle du contexte. Or, comme il ne paraît pas que Moïse se soit jamais obligé par serment à demeurer avec Jétbro , quoique tel ail été le sentiment de quelques interprètes, le mol W ou bNTH, qui se trouve ici au futur de la conjugaison Hipkil, mais qui se rend par un prétérit, eu égard au vau conversif, dnilavoirla même signification qu'on !ui donne ailleurs. Voyez Dent., I, 5 ; Il Rois, Vil, 29 ; J >b, Y!, 28; etc. : dans tous ces passages le mot en question ne signifie pas autre chose que vouloir, consentir, se complaire, etc.

Genèse, XLIX, 11, le P. Houbiganl pré'èrc à la leçon ordinaire i-ON ligins, celle du Penlaieuque hébreu sain arilain , qui porte "HD1N alligati. Pour faire accorder ce terme avec la suite du verset, le docte oralôrien juge à propos d'introduire quelques légers changements dont on pourrait sans doute lui montrer l'inutilité. Riais en adoptant VflDN qu'il dit être un terme construit au lieu d'un absolu , n'est-ce pas reconnaître une anomalie dans le même mot Si le P. Houbiganl avait des principes suivis , pourquoi at-il ivjcié ailleurs ce- sortes d'anomalies qu'il esi forcé d'admettre dans le passage que nous examinons. Tant il esi vrai que son système est peu conséquent.

Exode,XHI,2, Moïse adressant la parole au peuple, lui dit : Souvenez-vous de ce jour auquel vous êtes sortis de r Egypte. 11 se serl ici du mol TOT mémento. Le P. Iloubgant se déclare contre celte leçon sur l'autorité du Penlaieuque samarit un , qui porte i"lDT memenlole. Si celte dernière leçon doit être préférée à la première , il faudra donc réformer une bonne partie de ce; chapitre, où Moïse ne parle jamais au peuple au pluriel; cependant notre docie oralôrien passe sur tous ces versets , tels que les 4, 5, 6, 7, >*, 9, 10, etc. 11 est vrai qu'il exprime par des pluriels ce qui y est dit au singulier dans les 4 et 5 verset- ; mais il n'est point constant dans le reste de sa traduction latine. Il a affecté d'ignorer qu'en hébreu le nom de peuple se rapporte tantôt à un pluriel, tantôt à un singulier , ainsi qu'on le voit dans ce chapitre de l'Exode cl ailleurs.

Ibidem, vers. 11, l'hébreu imprimé a "ttC *3 n\Tl yy3DTî VIN bx rïTTP. Cum autem introduxeril le Dominas in terram Cliananœi. Le keri de nos lî.blcs, met en marge "MCI au lieu de 1NUV Le lexie hébreusamaritain porte "ÏN^ : il n'en faut pas davantage au P. Houbiganl pour placer "NU'» dans son Index men-

dorum. Quand le keri avertit de ces sortes de leçons, cela ne suffit-il pas ? Qu'est-il nécessaire d'en grossir les listes des fautes du texte hébreu ? Au reste notre ins. en trois volumes sur parchemin in 4° a retenu -ïiVyi : plusieurs imprimés ont -jtQJ et même "JHtlï. Deuléronome, XXXI, 26, on lit dans notre texte commun : .Tin iTïinn "ED-riN npb Accipiendo Ubrum kg'u istius [et ponite in iatere arcœ, etc.). Le P. Houbiganl (ih hune locnm) n'est point le seul qui t.»xe de faute le terme T\pb (voyez les Nouveaux Eclaircissements sur le Penlaieuque samaritain, ch. 6, pagAQG et sniv.). J'ai mis moi même, sans trop y penser, inp? (vol. I, pag. 60, not.), que j'ai traduit avec la Vu'galft par lollite, leçon qu'autorise le texte hébreu- samaritain : j'avais alors sous les yeux la Bible du P. lioub'gant, Quoique ce renne laraisse au premier aspect,

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