‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 119 sur 157 · SC · texte numérisé non relu

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caractérisent le siyle hébreu ; c'est qu'il a jugé de la langue hébraïque pur celle des Grecs el des Latins,

ai.aloguc au mot oroin et ponite, qui Tient après; {uni bien considéré, l'on doit conserver np7 qui est ici un gérondif irrégulier de la conjugaison knl; et en traduisant, Tollendo ou accipiendo librum legis lui jus , ponelis (cum) in lalere arcœ fœderis, je ne vois rien qui suit contraire an génie hébreu dans l'expression que l'on regarde comme une erreur de copiste.

Ier livre des Rois, 1, 16, au lieu des mots : m 'J3Ï? bîrfn {Ne reputes ancillam luam) lauquam fi'iam Déliai, ainsi que nous lisons dans le texte hébreu d'aujourd'hui, le P. Iloubigant substitue les suivants bvbj. TQ.2 T3S1?; ce qu'il traduit par (Noli qnœso ancillam tuam sic habere) ut fillam Bclial : correction absolument inutile. En rendant la particule VSD par tanquam, ad instar, veluti, qui est ici sa signification propre, je délie le P. Iloubigant de jamais montrer que cette manière de parler répugne au Style des écrivains sacrés : on pourrait en trouver plus d'un exemple; mais je me dispense de les cher pour abréger.

Voici un autre passage qui prouve encore que le docie oralorien aurait pu mieux employer son loisir qu'à découvrir les prétendues fautes du texte imprimé. Dans le vingt-troisième verset du même chapitre, Elcana dit à Anne son épouse : ywp, aim ^V Fac bomuv in oeulis tuis. Faites ce que vous jugerez à propos. Le P. Iloubigant regarde le mot ÏÏDn comme une expression vicieuse: il veut mettre MO , et nous ciie le chaldéen, le syriaque et l'arabe pour autoriser celte leçon. Mais, quand toutes les versions du monde porteraient autrement que le texte commun , esl ce une bonne preuve que celui-ci soit fautif? Les interprètes ne s'attachent pas toujours à la lettre du texle. D'ailleurs le docte oralorien devait observer que ce passage esl parallèle à quantité d'autres de l'Ecriture où l'on trouve le même tour de phrase. Voy. Gen., XVI, 6; 1 livre des Rois, III, 18; Il Rois, X, 12, etc. Le P„ Iloubigant ne dit cependant rien sur ces différents passages ; nouvelle preuve qu'il est peu d'accord avec lui-même, el que ses corrections n'ont d'autre fondement que son imagination.

IV Rois, Vil, 4, T3VP DN Sivkificubunl nos. « Lisez, dit le P. Iloubigant IJPTP, comme je le trouve dans le ms. de la bibliothèque des PP. de l'Oratoire, riuui. 42. » Je ne blâme point celte leçon ; mais l'autre estelle une tante? non sans doute. Pourquoi le P. Iloubigant n'a-l-il pas averti que dans nos Bibles imprimées on a remédié à l'absence de ce vau 1 p;ir un point voyelle qui y supplée abondamment? Soul-ce donc là des corrections dignes d'occuper la plume d'un véritable critique? Le P. Iloubigant s'en embarrasse forl peu. 11 lui suint de pouvoir grossir les listes des erreurs du lexie. Aussi cette correction ne lui a poil il échappé dans son Index mendorum. \\ y a en cela une affectation puérile. Ses catalogues de laines sont pleins d'une infinité de pareilles collections. Finissons par un aune exemple bien remarquable du peu de cas que l'on doit faire des corrections du P. iloubigant. Au chapitre YI, 9, de l'Ecclésiasie on lit dans l'hébreu rWflT^nfl DOT niOTO M lestai Visio oculorum quant ut vagelur anima. Comme le docte oralorien n'a rien compris à ce passage, il ne laut pas s'étonner qu'il Tait traité de fautif, Lu changeant deux lettres dans le mol V93 àme, qu il lui plaît de convertir en WX» miel, il croit trouver le nœud de la difficulté. Mais sa découverte est peu heureuse. Yotci comment il traduit: Paululum recréai ocidos lavus mctlh, l$ed eliam Itœc vanitas et mentis aflliciio). Idem, in hum locum, tom. RI, pag. 2S5. Est-ce prétenter la grande vérité que Salomon veut inculquera ses lecteurs ^oui l*»r faire sentir la vanne des eno-

P1UMHIFS. 8<?4

dont les tours sont passés dans la nôtre. C'était au contraire dans une profonde élude du texte que le R. P. Iloubigant aurait découvert ces règles essentielles et la manière de les expliquer. Il s'esi élevé $ chaque pas contre ces principes , mais il n'a pu les détruire; aussi l'a-i-ou vu s'ériger en censeur hardi de ce texte, el a-l-il montré presque p;irioul une affectation même puérile à y trouver des vices plus ou moins notables. Car à quoi bon ce vain et fastueux étalage de listes immenses de fautes du texte quU a placées à la fin de chaque volume sous le litre d'itNDEX mendohum , et lotit cet attirail de variantes dont il a surchargé les marges de son premier lome? Examinez de près ces diversités de leçons et ces longs catalogues de fautes; sur deux ou trois erreurs de copistes mais de nulle conséquence, vous en rencontrerez des milliers qui sont imaginaires. Cent fois vous y verrez des Vau, des Jod el des Alepli , qui fifd changent rien dans la substance des termes hébreux, parée que nos éditeurs ont suffisamment remédié à l'absence des mômes lettres , la plupart superflues, par des points voyelles, par d'autres marques diacritiques el par de petites observations marginales. Il esl vrai, qu'en se déclarant encore contre l'antiquité et l'usage des points hébreux, le docte oralorien a dû considérer comme défectueux ceux des mots qui manquaient de ces sortes de lettres ; et en conséquence de celte hypothèse, il s'est cru obligé de les faire reparaître dans leur étal primitif. Mais n'est-ce pas multiplier inutilement la liste des variantes du

ses humaines? L'on ne peut saisir cet important objet sans être accoutumé au style hébreu, el il ne faut point ignorer que le premier membre de ce passage: est tout métaphorique; car les mots de vue des yeux ne signifient ici autre chose que la jouissance des objets sensihls, el que les mois d'âme et decourit cà et là ne sont autres que nos désirs et nos passions. En les satisfaisant, nous éprouvons en nous mêmes un vide qui en dé<èle la vanité. Nous avons plus d'un exemple dans l'Ecriture, où le lerme d'âme se prend on ce sens. Voyez Proverb., XXIII, 2, etc. Telle est l'idée que renferme ce passage, qui bien loin d'ê- Ire corrompu, comme le prétend le P. Iloubigant, nous donne une excellente leçon que les hommes ne perdent que trop de vue. Ainsi Salomon veut dire ici : Quil vaut mieux jouir du présent que de se repaître de vaines espérances, ou que de courir après les désirs que la cupidité enfante ; mais que tout cela est vanité, etc. Comparez celte magnifique idée de l'écrivain sacré avec l'interprétai ion du docte oralorien, quoi de plus insipide que sa manière de la rendre? Un rayon de miel récrée un peu la vue. Esi-ce là m\ sens bien naturel, et se trouve-t il dans l'ordre des vérités qu'offre tout le contexie de ce chapitre? Il faut avouer que notre critique abuse de sa trop grande sagacité. Elle le conduit à des extrêmes, en lui suggérant des changements dans un lexte auquel il n'eût jamais louché s'il eût bien étudié le génie hébreu. Ne grossissons pas davantage cette noie, qui est assez longue. Il nous serait aisé de suivre le P. Iloubigant dans une foule d'exemples fort mal éiayés qu'il a donnés de la corruption du texte hébreu commun. En examinant de plus près ses différentes preuves, nous en tirerions même une tgémoitelralion complète qu'il s'en faut bien que l'état actuel de ce texte ne soit lel qu'il Ta avancé sur sa propre autorité, pour avoir affecté dd mépriser et uns grammaires et nos lexiques.

Rf,5 Î>E LA RJE\

texte? D'ailleurs la question des points voyelles, de leur origine et de leur usage, est-elle si décidée que l'assure le docte oralorien dans ses Prolégomènes? SonHls aussi récents et aussi inutiles qu'il le suppose? Nous avons déjà louché celle matière; le R. P. lloubigant nous force d'y revenir malgré nous-mêmes. Nous dirons donc, mais en deux mois , avec un célèbre littérateur, d'une érudition immense , que tous ces savants qui prétendent pouvoir entendre les manuscrits orientaux , soit arabes , soit syriaques, soit chaldaïques el hébreux, sans autre secours que celui des trois ou quatre lettres niN , qu'on appelle les Mères de la leçon , doivent avoir très-peu manié de ces manuscrits. Schullens, qui est cet habile homme dont je veux parler, faisait loucher au doigt, observe un journaliste, la futilité des assertions de M. Simon el de divers autres sur celle matière; et pour dire quelque chose de plus particulier encore , il donnait la grammaire de M. l'abbé Masclef , celte grammaire tant vantée par le R. P. iloubigant , pour un chefd'œuvre de rêveries , production d'un homme qui n'a assez respecté ni le publie ni son propre honneur, en osant la meure au grand jour (1).

Notre docte oralorien a voulu simplifier le pi m de L. Cappel (2). 11 a dépouillé le texte hébreu «le l'édition de Van der Hooghl de loul cet attirail d'accents et de points, si incommode pour nos hébraïsanls modernes. J'avoue que c'est un mal auquel, dans le fond, il est ai»é de remédier. Le R. P. Iloubigant devait s'en tenir là. Et que n'eût-il point mérilé el de la religion el des lettres , si , au lieu de ne chercher qu'à s'inscrire en faux contre tous les principes reçus , il ne se fût étudié qu'à meure la vérité hébraïque dans un plus grand jour, en s'atiachant uniquement à la défendre contre les vaines attaques d'une critique immodérée , et en nous faisant remonter à la véritable origine des variantes entre les divers textes! Ses vingt-deux règles (5) sur (a manière de découvrir les fautes du texte et sur Cari d'y remédier en le corrigeant, sont la plupart dangereuses, au jugement même d'un autre savant journaliste (4) qui comble cependant d'éloges l'ouvrage du R. P. Iloubigant, quoiqu'il n'en pallie pas les défauts (5).

(!) Jnsliiutiones ad fun dam enta lingnœ hebrœœ, pag. 23; bibliothèque des sciences ei des beaux-arts, part. 11, octobre, etc., 1756, pag. 315 etsuiv.

(2) Voyez ci-dessus, vol. II, pag. 555, not. 1. Louis Tappel faisait cependant bien plus de cas du texte hébreu que n'en a fait le P. Iloubigant. Quod autein in ejnsmudi ed'vione primas el poliores parles codici mussorelhico tribuhnus non samarilano, est propter J udœorum supra Samarilanos prœrogaliva, tum quod censenlur Judœi longe quam Samaritain in religione et sacris uccuratiores. Cappellus, Criticœ sacrœ Defensio, § 51, ad ci h cm ejusd. critica4,, pair. 005.

(5) Yid. ejusd. Prolegomena , cap. 4, pag. 155 et Seqq.

(i) Couler. Nova Acta erudilorum Lipsiœ, mense februario an. 1700, pag. 50.

(5) lbid.y pag. 49 el seqq.; mens, seplembr., part, il, pag. 513 el seqq. ; mens, decembr., pag. 635 et seqq. Voyez aussi Mémoires de Trévoux combinés avec te Journal des savants, edit. de Hollande, mai 1755,

ËLATION. ftfê

Il nous esl impossible de suivre pas à pas mure docle oralorien. Quatre grands volumes in-\ol cx»geraient une infinité de remarques qui nous mène* raient au delà des bornes qu'il faut nous- prescrire . nous devons éviter la prolixité, parce qu'il nous reste encore bien des choses à dire. C'est assez d'avoir relevé e;i gros le peu de solidité de la plupart de ses principes, et d'avoir montré combien porte à faux la critique dont il fait usage pour les élayer. Ce savant eût fait un ouvrage immortel , s'il tût suivi scrupuleusement les autres règles pleines de sagesse qu'il avait posées, mais qu'il n'a que trop méconnues. Toujours en conséquence d'une précipitation de copiste, il aperçoit dans tous les manuscrits des défauts sans nombre, et qui n'existèrent jamais. Nous renvoyons dans nos notes à quelques exemples qui appuient nos assertions contre les vaines conjectures du R. P. Ibubigant : et ces exemples, que nous prenons indifféremment çà et là entre un millier que nous pourrions choisir, prouvent d'une manière évidente que ses prétendues corrections sont plus l'effet de la prévention et du hasard que le fruit d'un travail combiné et des profondes réflexions si nécessaires dans une matière de celle importance. Aussi sa manière de recueillir les variantes du texte hébreu a-t-elle été contredite et réfutée dans une bonne partie de l'Euro; e par des arguments liés solides. Voyez les différentes dissertations que Ilesselgren , célèbre professeur des langues orientales en l'université d'Upsal , le savant Rav eu Hollande, le fameux philologue Jean Henri Miehaèlis à Cœllingue , et quelques aulres habiles hommes oui publiées contre lui.

Nous ne louchons point au reste du commentaire critique du savant oralorien. Celle matière est presque étrangère à notre sujet : nous ne considérons ce grand corps d'ouvrage que dépendamrnent de cette foule innombrable de corrections imaginaires que sort auteur a introduites dans le texte imprimé. Quant à ses aulres explications , c'est aux interprètes de TÉcriture qu'il appartient de les apprécier selon leur mérite : nous ne devons pas cependant dissimuler qu'en général elles offrent des traits qui décèlent un homme de beaucoup de talents. I

Mais que le R. P. Iloubigant sache que ces fautes du texte ne sont ni en si grand nombre ni telles qu'il l'a dit. Les règles les plus simples, comme les plus communes de grammaire, sans tant de critique, suffisent pour redresser ces légères inadvertances qu'on rencontre quelquefois dans nos imprimés hébreux. Rien n'esl donc plus faux que de soutenir que louîes nos éditions ont été faites sur de mauvais manuscrits : nous avons donné des preuves du contraire d'après ie R. P. Iloubigant lui-même. Les fautes qui existent dans nos Bibles imprimées prouvent seulement que nos éditeurs se sont servis de manuscrits qui n'étaient point entièrement à couvert de l'inattention des copistes. Nos éditeurs auraient pu toutefois faire

pr>g. 45 G7 ; pag. 449470 ; seplembr. pag. 205-228 i octobre, pag. 445 466.

disparaître ces petites négligences en collationnant leur copie sur un plus grand nombre d'exemplaires. Nous reconnaissons avec le R. P. Houbigant que l'on peut remédier à ces inadvertances eu recourant à nos anciennes versions. Mais il faut observer que, loi «que ces versions s'accordent contre le texte actuel, ce n'est point une bonne preuve que ce texte soit fautif, parce qu'il arrive souvent que les anciens interprètes se sont copiés les uns les au.res : la gaine critique exige de les considérer alors comme un seul et même traducteur dont l'autorité doit être pesée au sanctuaire de la vérité. Celle remarque mérite assurément toute notre attention, et le R. P. houbigant ne devait pas la perdre de vue. Tout auteur encore qui, s'aulorisant de la comparaison de divers textes, se détermine enfin à un choix de telle variante préférablemenl à un autre, s'expose à nous donner ses propies sentiments pour la parole de Dieu. Un interprèle des livres saints peut-il trop redouter ses opinions particulières ? Il ne doit point ignorer que les preuves tirées (\\m examen critique des textes et des versions de l'Écriture porlenl loujours avec elles une certaine obscurité.

Que noire docle oralorien apprenne aussi que la véritable leçon n'a jamais disparu dans la totalité des manuscrits hébreux, tant anciens que modernes. Nos exemplaires n'ont point été ni n'ont pu être également altérés, ni dans les mômes mois, ni dans les mômes phrases, ni dans les mêmes passages. Ainsi il est facile de réparer par de bons manuscrits ce qu'il y a de défectueux dans d'autres. Les diverses leçons se trouvent encore être de telle nature qu'il est fort in- (L fièrent de suivre ou les unes ou les autres. Il y en a même peu parmi lesquelles il soit difficile de choisir. En un mot, toutes ces variantes, toutes ces fautes sont telles qu'il n'en résultera jamais le moindre danger pour les vérités dogmatiques et morales, comme pour la suite de l'bisioire du peuple de Dieu. Voilà sur quoi notre docte oralorien aurait dû insister, dans un siècle surtout où l'incrédule el le libertin font un abus si manifeste de leur raison pour s'élever contre les monuments de la révélation. Il appuie néanmoins si légèrement sur cel important objet, qu'd n'en insinue (1) qu'un ou deux mots, même par hasard et comme en passant. Mais enfin ces fautes du lextc, que le R. P. Houbigant a tant multipliées sur de faibles autorités, à quoi abouti senl-elles? Nous ont-elles enlevé el nos dogmes el notre morale? Ses corrections ont-elles découvert de nouvelles vérités inconnues à nos pères? Non sans doute : les saints livres n ont par conséquent contracté aucun vice essentiel. Les diversités de leçons parmi les exemplaires ne sauraient donner la moindre atteinte à la certitude des écrits sacrés : ce sont plutôt des monuments d'exac-

(I) Nunc, qnonimn sacrorum codicum doctrina non in singulis verbis ugilur. cl qnonimn sinqula qnœdam aiio alqne alio modo scribi, doctrina illœsa, possunl, huma- Min fuit, ut in cjusmodi quibusdnm non uno modo librarti émirent. Pro'egomcna, cap. 5, art. i, png. 135.

litudeque des arguments dont on puisse se préval ir contre les litres primitifs de la révélation, puisqu'elles ne forment qu'une variété d'expressions qui bien considérées, font toutes un bon sens. Concluons de laque le grand ouvrage de notre savant oralorien, nonobstant les défauts bien marqués que nous y reprochons, ne présente pas moins une démonstration complète de l'authenticité de nos livres sacrés, ainsi que de leur intégrité essentielle.

Comme l'ouvrage du P. Houbigant n'est qu'un dédéveloppement, une exposition très-étendue des différentes hypothèses occasionnées par les disputes des savants des XVII* et XVIIIe siècles touchant l'état du texte hébreu , servons-nous de ces disputes mêmes pour appuyer la conclusion que nous venons de tirer. Nous avons promis de parler (1) de ces dissensions littéraires: nous ne nous y arrêterons toutefois qu'autant qu'elles donneront du jour à la vérité hébraïque. En rapprochant ensuite du projet de M. Benjamin Kennicoll ces systèmes de nos critiques , nous apprécierons par là les nouveaux travaux donl ce docle anglais s'occupe sur le même texle depuis plusieurs années. Cel exposé est une dépendance nécessaire de noire plan: ce sera une espèce de résumé des principes posés dans nos mémoires, qui confirmera puis* samment nos considérations sur la pureté et l'intégrité du texle primitif hébreu.

Le goût décidé qu'on eut dans les XVIe el XVII* siècles pour les lettres grecques [goût dont on fut redevable à quelques savants grecs qui de Constantinople pasèrent en Italie après la prise de cette ville par Mahomet II en 1453] contribua beaucoup à l'origine des disputes que nous allons envisager. L'on ne vint pas tout d'un coup à celte intempérance d'une critique qui ne sait plus se contenir dans de justes limites, une fois qu'elle a pris son essor. Jusqu'au XVIIe siècle la vérité hébraïque avait été respectée par ce qu'il y avait eu de plus grand, comme de plus éclairé dans l'Eglise cl dans la république des lettres; et c'a été l'objet de notre troisième Mémoire Mais à mesure que l'on fit des progrès dans les études , et qu'on se piqua de nouvelles découvertes , on se mil à traiter la science des divines Ecritures sur les mêmes principes que l'on avait adoptés pour les sciences profanes. Cette critique s'avança bientôt à grands pas : elle regarda tout d'un œil sévère: elle voulut tout discuter , tout sonder el tout approfondir : elle n'épargna pas même les titres primordiaux de la révélation.

Je ne prétends point accuser les écrivains (2) que

(1) Col. (9 innot.

(â) Il n'y a personne qui ait plus écrit dans le siècle pas é et même avec plus d'érudition sur la critique de la Bible que le P. Morin, prêtre de l'Oratoire : c'est une remarque de M. Simon (Histoire cril. du Vieux Testament, liv. III, ch. 18, pag. 464). Mais que ne tenta pas notre savant .oralorien pour ébranler l'autorité du texte hébreu? Il annonça d'abord ses vues dans sa préface sur la Bible grecque des LXX qu'il publia à Paris eu 1628, en 2 voll. in-fol., ci qu'il accompagna de prolégomènes avec la version la.tiue do Flaminius Nobilius. Le P. Morin ne se conieula pas

DE LA REVELATION

J'ai en vue d'avoir composé leurs ouvrages qui font partie de la Critique sacrée dans la seule vue d'ané

de prouver l'autorité de la version grecque ; il montra •de plus dans cette préface que notre texte hébreu a des défauts réels et en grand nombre. Je ne dirai /point avec quelques auteurs ( Jo. Henr. Hottingerus, Thésaurus plrilolog. lib. I , cap. 2, pag. 127 ; Le P. Nicéron, Mémoires pour servir à /' Histoire des hommes illustres, édit. de Paris, 1729, tom. 9, pag. 18) que le P. Morin accusa les Juifs d'avoir corrompu leur propre texte par un dessein prémédité. Ne lui attribuons point un sentiment qu'il désapprouve lui-même (Exercitalionum biblicarum lib. 1, exercit. 1. cap. 4, § 1, pasr. 19 et seqq.; Richard Simon, loc. df.,liv. I,chap. 18, pag. 102 et suiv. ; Réponse du même auteur à la Lettre de M. Spanheim; lbid. , pag. 652; le P. le-Quien , L'Antiquité des temps détruite, etc., en. 6, pag. 172 et suiv. ; lluml'red. Ho<fy,«fe Texlibus original., lib. III, part. II, cap. 15, pag. 514), quoiqu'il ail affecté de rapporter une foule de témoignages et des pères et de plusieurs autres écrivains pour montrer que les Juifs ont été coupables d'une telle infidélité {Idem, loc. cit., p:ig. 1 et seqq. ). Un auteur moderne, connu dans la république dos lettres, a osé reproduire celle accusation; mais les preuves qu'il en a données sont bien éloignées d'être aussi solides qifil l'a prétendu; et le ? eul P. le Quien avait déjà réfuté au long de pareils paradoxes dans son ouvrage contre le P. Pezron. C'est M. l'abbé Ricber du Bouchel dont je veux parler : voyez sa Dissertation critique sur la chronologie d'tUsértus , tirée de l hébreu, des juifs modernes, où l'on démontre qu'elle est fausse , nouvelle , contraire au texte sacré , et sape par tes fondements la religion des chrétiens et celle des Juifs. Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l'Europe, l<>m. XLVill , part. II , avril, etc., 1752, pag. 338 - 354.

Le P. Morin s'attira bientôt des adversaires par la singularité de ses hypothèses. Siméon de Muis né à Orléans, professeur de langue hébraïque à Paris , et mort archidiacre de Soissons en 1644, âgé de 57 ans, fut un des premiers qui attaquèrent le docte oraiorien dans un petit ouvrage intitulé. De hebruicœ editionis Auctoritale ac Veritate, Operum loin. Il, edit. Paris., 1650, pag. 133 et seqq. De Muis était un savant qui à beaucoup de discernement , à un jugement fin, joignait une connaissance profonde de I Ecriture sainle, de l'histoire de la religion, ei qui possédait à Tond le génie hébreu. François Taylor et Arnaud Boolius n'épargnèrent point non pins le P. Morin d;ms leur Examen prœfalionis Jo. Morini in Biblia grœca de textus hebraici corruptione et grœci auctoritate , Lugduni Balav. 1636, in-12. (Dans mon premier volume j'ai cité mal à propos cette édition sous la d;ile d'Amsterdam. ) La dispute devint un peu vive de part et d'autre, et produisit divers écrits remplis d'érudition en faveur de la vérité hébraïque. Mais il semble qu'on perdit quelquefois de vue le vrai état de la question, famé de s'entendre assez. C'est à quoi n'aboutissent que trop souvent les combats littéraires. Le P. Morin se déclara encore plus fortement contre la pureté du texte héltreu de nos Bibles dans deux ouvrages qu'il publia sur le même sujet. Le premier est intitulé: Exercilationes ecclesiaslicœ in ulrumque Sumaritanorum Pentateuchum , etc. , Paris. 1651., in-V. Siméon de Mais opposa à cei écrit une disserlasion qui porte en litre: Assertio verilatis hebraicœ, sive Censura in aliquolcapita Exercit. Eccles. in utrumq. Pentateucli.,Oper. tom. Il, pag. 159 et seqq. Cette pièce fait partie de son ouvrage précé lent , et on la cite sous le titre de Assertio Verilatis hebraicœ 1, imprimée à Paris en 1631 in-8°. Jean Holtinger réfuta également le P. Morin dans ses Exercilationes antimorinianœ de Penlateucho samaritano. Tiguri, 1644, in-4°.

Le second écrit, où le P. Morin n'oublia rien pour relever encore davantage le mérile de la version ûin, LXX et de notre Vulgate au préjudice de l'original

S. S. XXVIL

anlir les monuments de notre foi. Sans doute quo les Morin , les Cappel , les Simon , les Houbigant et

hébreu , est celui qu'il intitula : Exercitaiiones biblicœ de hebrœi grœcique textus sinceritale , germanà LXX interprelum translatione dignoscenda , illmsque cn,ii Vulgata conciliatione , etc. , Paris , 1653, in-4°. Le docte de Muis répondit à cet ouvrage par son Assertio altéra veritalis hebraicœ, etc., Paris, 1634, in-S°. Vide ejtisd. Oper. tom. Il, pag. 183 et seqq. ; Rich. Simon, loc. cit., pag. 470 et seq. Le P. Morin ne crut pas devoir garderie silence; et Ton vit paraître un autre de ses écrits, dans lequel il ne ménageait aucun de ses adversaires : Diatribe elenclica de sinceritale hebrœi grœcique lextns dignoscenda adversus insanas quo^ rumdatn hœreticorum calumnias , etc., Paris. 1659 , in-4°. 11 y défend ses opinions singulières fcôuclniif les anciennes versions et le Pentateuque samaritain. Cet ouvrage occasionna une nouvelle réponse de la part de M. de Muis : Casligatio animadversionum M. Jo. Morini , biesensis, in censurant Exercitationum EccUsiaslic. ad Penlateuch. samaril. Paris. 1659, m-8°, sivè Verilatis hebraicœ Assertio tertia, Operum tom. cil. , pag. 211 et seqq.

Comme Btolius n'était point épnrgné dans la Diatribe du père Morin, et que le système de Louis Cappel lui paraissait également contraire à l'autorité des Ecritures hébraïques, il publia : Vindiciœ seu Apodixis apologelica pro hebraica veritate contra duos novissimos et infensissimos ejus hostes,Jo. M or muni et Lud. Cappcllum ; Parisiis 1654 ; ejusd. epistola ad Usserium de textus hebraici \ el. Testam. cerlitudine et auctoritale conlra Ludov. Cappelli crilicam. Parisiis 1650, in-V ; Couler .Y^o\d\is,Bibliolhec. Hebr.,xo\. II, secl. 1, § H, pag. 26 et seq. ; sect. 6 , pag. 427 et seqq. ; vol. IV, pag. 167; le Long, Bibliolh. sucra, loin. Il, pag. 866.

Nous pourrions citer d'autres écrivains qui se sont élevés contre les hypothèses du docte oralorien ; mais c'esl assez. Nous dirons toutefois qu'il avait préparé une savante réponse qui ne parut qu'après sa mort. Celle réponse où il entre dans bien des détails, forme la seconde partie de ses Exercitations bibliques , publiées à Paris en 1669, in-fol., avec les Exercitaiiones ecclesiaslicœ , etc., et non en 1660, comme il est dit dans la bibliothèque sacrée du P. le Long (toc. cit.). L'éditeur y a fait paraître la première parlie du même ouvrage, imprimée en 1635. Plusieurs écrivains assurent que le P. Fronleau, ou Fronlo, chanoine régulier de Sie. -Geneviève avait procuré cette édition ; c'esl en effet ce qu'atteste la préface de l'imprimeur Gaspard Méturas. Le nouvel éditeur du grand dictionnaire de Moréri, Paris, 1759, a donc critiqué mal à propos le P. Nicéron, qui avance ce fait : il a cru le détruire en disant que le père Fronleau était mort en 1662; mais outre que l'épître dédicatoire, publiée sous le nom de l'imprimeur, et l'approbation des censeurs sont datées de l'an 1660, il est cent exemples que des éditions déjà tout achevées n'ont paru qu'après la mort de ceux qui en avaient été chargés. An reste Wollius (loc. cit., vol. y II, pcg. 25) porte une édition de ces Exercitations du P. Morin, f.tite en 1686, f 1 , el il la dit beaucoup plus châtiée el plus ample que la précédente. Nous remarquerons encore en passant qu'il y a de l'injustice dans Humfred Hody (deTexlib. original., loc cit., p. 545) de taxer de méchant homme, liomo neqiuun, l'auteur de la préface de cet ouvrage, parce qu'il y a, selon lui, dissimulé les véritables sentiments du P. Morin. Quiconque a lu l'ouvrage de l'oratorien sera convaincu que l'éditeur n'a n'en avance qui fût étranger à ce que l'auteur avait crabu liés au long dans le cours de ses Exercitations au sujet du texte hébreu. On sent bien que le docte Hody sVl récrié si mal à propos et sans bienséance contre cet éditeur, parce que celui-ci a insisté sur le témoignai^ du P. Morin pour donner plus de poids à l'autorité de" notre Vulgaie latine si digne de notre vénération. Le P. Morin lui-même n'en pouvait donner une preu,<i

( Vingt-huit.)

autres n'ont jamais eu l'intention de donner la plus 11 n'est cependant que trop vrai de dire qu'en se délétère atteinte à ce sacré dépôt de la religion sainte. clarant plus ou moins contre l'état actuel de Tinté-

plus forte lorsqu'il dit : Quœramus ergo divina oracula in Ecclesia el ab Ecclesia , eaque non de alienigenarutn, nedum hostium manibus,sed de Ecclesiœpastuplwriisel nrchivis, promantus el excipiamus. Morinus, loc. cit., lib. I, exeroit. 1, cap. 1, pag. 5.

Notre oratorien poussait loin ses conséquences parce qu'il partait de principes qui ruinaient l'intégrité du texte. M. Simon, qui a cependant épousé une partie des hypothèses de son ancien coufière, n'a pu mieux le caractériser qu'eu disant de lui « qu'il était si Tort enlêlé de son lexle samaritain, de la version des LXX et de noire édition latine, qu'il a négligé le véritable original de la Bible pour appuyer un Vaux lexte, tel qu'est celui des Samaritains, qui a élé manifestement retouché, el des versions qui ont été altérées en une infinité d'endroits. » Lettres choisies, édit. d'Amsterdam, 1750, tome I, lettre 5, pag. 27 et 28.

Les réponses du P. Morin pèchent toujours par un vice qui va jusqu'aux extrêmes : ce défaut se manifeste dans tout ce qu'il a écrit sur la même matière. Son grand but était de relever l'autorité de la version grecque des LXX, du Pentatenque samaritain, cl même de la Vulgate. * Mais peut-être, dit encore M. Simon ( Ilisl. crit., loc. cit., pag. 464 ), ne prit-il pas garde une l'Eglise, en autorisant l'ancienne version des LXX el la nouvelle traduction de S Jérôme, n'avait jamais prétendu condamner le texte, hébreu, ni accuser les juifs de l'avoir corrompu.)

Ajoutons que le P. Morin prit à tâche d'obscurcir, de faire méconnaître, de défigurer même par des assertions tout arbitraires, les divers points d'antiquité et de philologie qui constatent fortement le zèle el la fidélité des juifs à nous trasmeltre le dépôt sacié des Ecritures hébraïques. On dirait q te, plus occupé à détruire qu'à édifier, il ne chercha qu'à ruiner la certitude de tous les monuments littéraires des juifs en faveur du texte des exemplaires de la Bible: nous l'avons fait observer principalement dans ce IV" mémoire, sans manquer de revendiquer pour celle infortunée nalion des droits que la saine critique ne permet point de lui contester. Des différentes hypothèses adoptées ensuite par «.on confrère le P. Houbigant, le savant oratorien I âiil une espèce de système qui a eu des sectateurs. Eh ! quelle est l'opinion même la plus mal étayée qui n'en trouve pas? Mais ce grand colosse que le P. Morin s'efforça d'élever sur le^ ruines de la vérité hébraïque devait tôt ou tard s'écrouler par son propre poids ; c'est qu'il n'avait (pie îles pieds d'argile. Tel a élé et tel sera le son de toules les opinions systématiques. Le 1». Morin respecta néanmoins toujours la religion et les titres qui en sont les fondements. Une cause de ses écarts au sujet du texte hébreu, c'est qu'il méconnut le vrai point de la question entre les juifs et les chrétiens, ainsi que la véritable manière d'amener ces ennemis de Jésus- Christ à la foi du Messie. Pour venir enfin à l'objet de celle remarque, oisons à la louange du P. Morin, qu'en désavouant des conséquences que de Muis, Boolius, Tay'.or el autres liraient de ses assertions contre le lexte original, il n'eut pas honte de convenir de ceriains principes qui assurent à ce lexte loute son intégrilé es cntielle. Voici ce qu'il en dit dans sa Diatribe de textui hebrœiei arœcisinccrUale,c;\v} 12: « Posirema çalumuia... csl me hebneum tcxtiun pro de- 1 tavatissimo haberc, aiqoe Omni mendarum génère ) lenissuno, aded ut omnium pedibus abjici et conculcari debeai. Taiitum ahest ut hoc scripserim, ut tex- Ittm hebrrcum corruptuui nunquam dixerim. Mulias quittera rnendas in co esse, et a JudseiS annotari, milita guidera loea depreheudi in qu.bus corrupleUe inessenl salins scripsi; sed icxlum corruptuuï nunquam pronunliavi : bunl autetu bajc longe iissimiliiiua... Mon

major pars, non nobilior depravala est. Mullis in locis sunt mendre; nonnulhe nullius momenli, nonnullae de quibus difficile est judicare ulra sit sinecrior et textui convenientior ; nonnullae quoque magni momenti sunt cnrruptelip. llla tmnen omnia, si cum reliquo texiu integro comparenlur, el paucissima sunts et mlnimi momenti. Idco uec unquam scripsi (exlum istuui simplieiler corrupium, nec talis nisi admodiim improprie dici potesl. Mendie sunt plurume in texiu graco Novi Tes ta m., mendarum myriadas soins Beza suppediiahit : num ideo absolute diceiur lexius ille corruptus? Ytilgalse codices antiqui, invicem comparati, multas varietates exhibent : quis tarneu Vulgatam absolute corruptam pia'ter Inereticos insauoodio adversus eam frementes afhrînabU? » etc. Confer. Ilody., toc. cit., pag. 544.

Cet aveu du P. Morin nous mène à la conséquence qu'il veut lui même qu'on en infère. Il est consia t, et lous les ouvrages du docte oratorien le démontrent, il est constant, dis-je, qu'il n'a jamais considéré le grec du Nouveau Testament , ni noire Vulgate latine comme essentiellement corrompus, quoiqu'il y ail trouvé des variétés entre les exemplaires ci inêu e des faules de copistes : eu effet il y en a. Or, puisque ces Imites et ces variétés sont totalement indépendantes de l'intégrité, de l'authenticité de l'un el de l'autre de ces textes, et que pour se défendre des conséquences qu'on lui reprochait, il a appliqué ce même principe à l'élal actuel de l'original hébreu : il est évident que nonobs'.anl ses assertions outrées Contre la pureté de ce lexle, le P. Morin n'a jamais prétendu eu ruiner l'intégrité essentielle, ou le faire envisager, dans ses écrits, comme renfermant des erreurs considérables et contraires aux vérités du dogme el de la morale. C'est ainsi que ce religieux auteur, né à Mois en 1591, el n orl à Paris en 1659, sut tirer de sa propre déaile une gloire qu'on ne peul d'ailleurs nf.ser à sa vertu el à sa science.

Venons à un autre critique dont les écrits n'ont pas n oins occasionné de disputes sur la matière présente que ceux du P. Morin. Louis Cappel, né à Sedan, en 4585, professeur en langue hébraïque et ministre à Saumur, s'aperçut d'une partie des vices inséparables du système du docte oratorien, mais il en méconnut un grand nombre qu'on trou1, e répand us dans ses ouvrages. 11 crut apporter quelque tempérament aux opinions qui occupaient alors les critiques sur l'état du lexle hébreu, en proposant un nouveau projet de réfoime de cet original, par le moyen surtout des anciennes versions grecques, des paraphrases chaldéennes de Jonathan et d'Onkelos, et de la Vulgate latine. Il recourut aussi aux diverses leçons que 'purent lui fournir les livres de l'Ancien Testament conférés ensemble, à la collation des passages parallèles tant de l'Ancien que du Nouveau, au keri cheiibh, aux variantes des orientaux et des occidentaux, enfin a\;x anciens commentateurs juifs. Hien ne paraissait d'abui'd manquer à un tel plan, si Cappel eût su bien apprécier ces différentes leçons el tenir <e juste milieu qu'il est difficile de garder quand on s'est dé l..ré pour une hypothèse favorite. Notre critique parut ignorer la nature des citations des passages de l'Ancien Testament faites dans le Nouveau, ainsi que la manière dont ces mêmes passages se trouvent allégués dans les commentaires et autres livres des an ciens Juifs : il fil trop de cas des anciennes versions, il n'estima pas assez la Massore, il multiplia les variâmes sur des autorités insuffisantes pour nous faire considérer le lexle primitif hébreu comme altéré el corrompu dans les endroits- où il diffère des anciens interprètes. Il esl vrai qu'il nia celle conséquence que Buxiorf lirait de ces principes (Cappellus, tindieiœ arcani punctationiSf lib. I, lu fine commentai', ejusdem

gri té du texle hébreu, ils ont embrassé des systèmes digues de toute notre animadversion. Mais ceux des

«f Jatobi Cappelli, in Vel. Testant., edit. Amstelodam. 16^9, pag. 822). Quoi H11''! en soit> Cappel ue produisit jamais aucun ms. qui appuyât ces diversités de leçons. Il accumula même un grand nombre de variantes que la seule analogie grammaticale pouvait aisément rétablir. Quelles que fussent même les diversités Ue leçons, il voulut qu'on choisît celles qui paraissaient les meilleures dans quelque texte, dans quelque version qu'on les trouvât. Il laissa encore la liberté de changer la ponctuation de notre texte dans le cas qu'on pût découvrir parce changement une leçon plus analogue au contexte des auteurs sacrés. Il proposa enfin de nouvelles règles de grammaire hébraïque, mais n'était-ce point bouleverser presque toutes les idées reçues sur cet article? Tel est le résultat de la critique sacrée de Cappel, divisée en six livres.

Ne dissimulons point ce que nous pensons des laborieux efforts de notre savant critique. Si l'ouvrage dont nous venons de parler trouve encore des approbateurs, ce ne sont point assurément ni les plus habites, ni les plus versés dans la science du texte hébreu. Cappel suivit un système qui par plus d'un endroit revenait à celui du P. Morin. L'un et l'antre tendaient au même but, je veux dire à montrer la corruption des Ecritures hébraïques. Pour parvenir à la découverte de la leçon primitive du lexle de la Bible, le professeur de Saumur appela à son secours les anciennes versions ; mais il anéantissait en quelque façon le grand usage qu'il voulait en faire, en avouant qu'elles étaient fort corrompues. Il semble par là qu'il abattait d'une main l'édilicc qu'il élevait de l'autre.

Notre savant hébraïsanl, mort en 1 658, avait d'abord annoncé ses vues sur l'état présent du texte hébreu, dans son Arcanum punctatiouis revelalum , sive de punctorum vocalium et accëntuum apud liebrœos vêla et germuna Aniiquitate, imprimé à Leyde en 1624, in-4°, par les soins de Thomas Erpénius, et réimprimé ensuite en 1689 à la fin de ses commentaires sur l'Ancien Testament, avec des augmentations et de\i\ livres apologétiques contre Jean Buxlorf le fils, qui avait attaqué fortement cet ouvrage dans son traité en latin sur l'origine, l'antiquité et l'autorité des points voyelles; à Baie, 1648, in-4° (Voyez Mathias Waslmuttius, Vindiciœ Sac. tiebr. Scripturœ... adversus impia et imperita mullorum prœjudicia, in primis Cappelli, Vossii f. et Walloni operis anglicuni ll5).uy).&)TTou asseriiones falsissimas pariter au peinieiosas. Lipsiœ 1713, i<*-i° ; Jo. Cooperus, Clavis domus Mosaicœ de punclis et accenlibus. Londini, 1678, in- 8°). Cet ouvrage de Louis Cappel ne prouvait que trop qu'il était déjà imbu des hypothèses du P. Morin ( Voyez Carpz >vius, dit. suer. Proœm. pag. 50, nol.). Tout doué cependant que fut le professeur de Saumur d'un jugeme.il (in, quelle que fût aussi sa grande érudition, il parut manquer d'un certain fonds de littérature orientale, le seul propre à faire bien sentir le véritable génie hébreu, et à démêler dans les diversités de leçons les vraies des fausses. Sa Critique sacrée, fruit de ses préjugés contre le texle primitif de nos Bililes, ouvrage néanmoins de beaucoup de recherches, qui annonce même du génie , fit trèsgrand bruit dans la république des lettres et parmi les théologiens, soit protestants, soit catholiques. Les uns applaudirent à celte production littéraire de Cappel, restée manuscrite pendant plusieurs années et dont les PP. Pétau. Morin ei Mersenne sollicitèrent l'édition (Voyez Antiquiiaies eccle&iœ orientalis,epist. S2, pag. 452, 450, edit. londinens. et viia Jo. Mornii , ibid., pag. 63 et seqq.). D'aulres la traitèrent avec le dernier mépris et dans les termes les plus odieux. Wastmuth fui de ce nombre ( Voyez ses Vindiciœ, etc. t vu supra, pag. 12). D'aulres enfin allu-

ELATION. fît

critiques, tels que le père Morin et Louis Cappel, qui ont tant insisté sur la corruption des exemplaires hébreux, n'auraient-ils pas admis en même temps certains principes qui laissent à notre texle toute son in tégrité essentielle; quels qu'aient été d'ailleurs les écarts où les ont conduits leurs hypothèses? Voilà Pob-

quèrent la critique de Cappel avec toute la force possible. Arnaud Bootius ( Voyez ci dessus , dans les noi. ) fit divers ouvrages contre elle. Le célèbre tisser en montra les défauts dans une lettre qu'il écrivit à railleur en 1652, imprimée à Londres, insérée ensuite à la fin de son Syntagma de grœca vers. LXXinlerpret. Louis Cappel se défendit par quelques apologies, mais il ne put jamais détruire les réponses solides ei lumineuses que Buxlorf le fds lui opposa dans son Anticrilique. Le professeur de tèâle y suit Cappel pas à pas; il y discute diligemment les passages allégués par son adversaire ; il entre dans les détails sur l'origine et la nature des variantes. Buxlorf ne nie point dans cet ouvrage que nos mss. hébreux n'offrent quelques diversités de leçons, mais il ose défier Cappel d'appuyer les siennes par l'auiorilé des mss., d'y trouver un remède à ces prétendues omissions, à ces changements, à ces additions, à ces transpositions fréquentes, qu'il supposait dans nos exemplaires hébreux imprimés. Il exhorte à faire des recherches dans les bibliothèques publiques et pari iculières, d'en consulter les mss., de les collatiouncr les uns avec les autres, d'en noter les variétés. 11 veut qu'on fasse même usage de ces leçons , si on les jii-e meilleures que celles de notre lexte commun. ( Duxtorfii Anlicritica, sive Vindiciœ veritqlis liebruicœ, etc , part. 1, cap. 4, pag. 87 et seq.; cap. 9, pag 160 et seq.: cap. 12, pag. 202; cap. li, pag. 296, tt alibi). En un mot, Buxlorf soutient avec raison qu'aucune de ces diversités tirées des mss. hébreux ei de la Massore n'est capable d'ébranler l'autorité et l'intégrité du lexte actuel, parce qu'en efl'. t ces variantes sont de nulle conséquence. Au fond Louis Cappel n'est-il pas forcé d'en convenir? Quud aulem purissimum fonlem hodiernum tumgrœcum Novi> tum hebrœum Veteris Teslamenli texlum appellant, id faciunt, 1° qnia non est data opéra et cerlo consilio^ arte et fraude a Judœis et liœreticis eorruptus alque depruvutus, sed in inlegritale et purilate sua conservatum. Cui von obstat varia leetio quœ ( uli diclum est) sensum non mutai, aut si mutât , perinde est ulruni sequaris ; 2° f'ons dieiiur purissimus, respectu et comparalc ad translaliones qnarum vix ulla est tam accurata ac excussa , ut nihil omnino emendandum in ea supersit, alque ex fonte ipso ( qui semper purior rivu- Us finit ) corrigendum : varias lectiones quœ in sacris Libris occurrunt, non esse à; ènl ?è noXv momentosas, in rébus quœ ad (idem et mores pertinent. Codicem Htbr. hodiernum, emendaliorem alque emaculaliorem esse illo quo usi suut LXX interprètes, aliique. Cappellus, Criiic. suer. lib. I, cap, 1, pag. 5; lib. IV, cap. 16, pag. 504; lib. Vïj cap. 2; pag. 586. Co;.fer. ejusd. Criticœ defensio, pag. 564 et 582.

Une autre excellente remarque à faire et qui caractérise cette modération qu'on rencontre rarement dans les critiques uniquement remplis de leurs systèmes, c'est ipie Cappel avouait d'autres principes qui mettaient tout à couvert. Voici ses propres paroles : Quunquam eisi daremus (quod non damas) sacrum aulhenlicum tum hebraicum Veteris tl um grœcum JSovi Teslamenli injuria temporum, divina sic permiitenlô Providenlia, hodie plane miercidisse, solasque iilius exslare vel grœcam LXX interpretum Veteris Teslamcn * tl, vel lalinam Vulgutam utriusque Testamenti translu* tïonerri ; non propterea sequerelur (idem noslramvacillare. Arcanum punctatiouis, lit». II, cap 28 , pag* Td0,edit. jam laudutœ. Couler. Wolf, loc. cit.j vol. if, pag. 27 et seqq- ; et vol. IV, pag. 7*

g-5 TiES TITRES

j.'i qu'il nous reste à saisir en suivant ces disputes du X VIIe el du XVIIIe siècle; matière qui va répandre sur In \érilé hébraïque le nouveau degré de lumière que nous cherchons pour la mettre à couvert des fausses attaques de l'erreur. Nous renvoyons celle discussion dans nos noies , afin de ne pas trop grossir ce second volume : qu'on nous y passe un certain détail sur ce qui concerne les deux plus fameux critiques du siècle passé. Pouvons nous mieux préparer nos lecteurs aux travaux de M. Kennicolt , qu'en suivant ces sortes d'écrivains, dont les aveux en laveur du texte hébreu sont les témoignages les plus forts qu'on puisse donner de son intégrité et de sa pureté essentielles? Nous jetterons encore un regard assez rapide sur ce que d'autres critiques des mêmes siècles ont pensé en général là dessus. Leurs systèmes sont bizarres et môme étranges, je l'avoue; mais leurs écarts servent de triomphe à la vérité hébraïque. Les Vossius (1) ,

(1) Cet écrivain, dont nous avons déjà relevé quelques écarts dans nos Considérations, né avec cet enthousiasme d'imagination qui grossit toujours les objets, se trouva vivement frappé de cet amas de pic tendue* erreurs que des critiques de son siècle repro chaient à notre texte hébreu. Préoccupé de la sorte, il n'est point étonnant qu'il se soit décidé avec zèle pour une hypothèse tout oppo ée à la pureté de l'original, qu'il prétendait même avoir éié corrompu par la malice des Juifs ( Isaac Vossius, de Septnagmlainlerpret.bns eorumque translatione el chronologia Disserlat.onés. UagœComilum, 1661, prœfat. ad Lect , pussim, et cap 8 et seqq., pag. 18 el seqq. : ouvrage que Waslmuth appelle impie et détestable , dans ses Vindiciœ sacrœ hebr. Scriplum, pag. 16). Il est certian que Vossius se déclara immodérément en faveur de la chronologie des LXX, qu'il la soutint toujours avec une égale ardeur, et qu'il regarda les auteurs de celle traduction plutôt en qualité de prophètes dirigés par l'Esprit de Dieu que de simples interprètes. Cet écrivain, d'ailleurs homme savant , était tellement rempli de son idée au sujet de l'autorité de celte version, qu'il lui soumettait tout : c'est ce que prouvent les différents écrits qu'il publia là-de.sus, et dont il y a des notices dans les auteurs que nous cileros bientôt. Il fut attaqué assez vivement par quantité d'écrivains, tels que Georges Hornius, Antoine llul gins, Christian Schotanus, Jean Cocccjus, Richard Simon, llumfred llody, Arihur Bedford et autres. Isaac Vossius se défendit toujours mal, parce qu'il ne pouvait opposer que de faibles réponses à celles de ses adversaires. Comment, par exemple , concilier avec la bpnne critique ce qu'il dit touchant la version grecque des LXX du Peoiaieuque ? Il convient ( Prœfat. Ca&rigalwnibus ad objecta Georg.^ Ilornii prœmissa, ad calcem cjnsd. Dissertât, de LXX interprel., edit. cit. pag- 2lJ4) qu'elle avait éé fort corrompue par les Juifs, en y mêlant celle d'Aquila, et par Origène, qui l'interpola moyennant celle de'fhéodolioiu Cependant celte même version n'en était pas moins parvenue jusqu'à nous dans toute sa pureté depuis le temps de Ptoloinéc. Ces sortes d'interpolations et de corruptions étaient-elles donc aussi légères et aussi indifférentes que Vossius le prétend ail même endroit? Quoi qu'il en soit, le chanoine de Windsor voulut déprimer l'autorité du texte hébreu, nuis il ne réussit pas. Il eut beau dire que ce qu'il nous reste de notre original, nous ne le devons qu'a des mains infidèles, à des Juifs peu attentifs à conserver leurs Ecritures ; qu'on ne pouvait rétabbr ce tpxie que par la voie des LXX, qu'enfin celle version était la seule qui eût conservé la véritable leç on du

pimr.iiFs 876

les Simon , les Pezron, les Leelerc, les Meibomius, les Whiston,etc., ont épousé des opinions que dément

texte primitif. Tout cela aurait dû être prouvé; Vossius ne l'a point fait el n'a pas même pu le faire. ïi outrait tellement les choses là-dessus, qu'il osait défier M. Simon de lui indiquer un seul endroit défectueux de la même version (Ad ileratas P. Simonv objectiones respon&io, in fine ejusd. Vossii variarum Observât. Ubr.,edit. Londin. 1685, pag.ob'6). Voisina eût sans doute changé de sentiment s'il « ûi examiné la cluse avec un sens rassis et sans prévention, comme l'observe Jo. Alb. Fabriçius (Bibliolli. Grœc.% lib. 111, cap. 12, § 7, pag.. 332). M is telle est la force des préjugés, qu'elle nous iaitnous refuser à ce qu'il y a de plus évident , tant ils sonl funestes aux progrès de la saine critique.

Dans celle matière, Vossius se montra toujours un de ces critiques qui cherchent plutôt à faire illusion à ses lecteurs qu'à s'occuper de la découverte de la vérité. C'est à quoi aboutissent tous ses écrits sur les LXX. Ce savant, né àLeydecn l'année 1618, mou: ut à Londres chanoine de Windsor l'an 1689 (Voyez Valentinus Ernest. Lceschcrus, Comment, de Cau&ig linguœ hebr., pag. 181 ; Wolf, loc. cit., vol. Il, pag. 5u elseq.; vol. IV, pag. 7 elseq., et pag. 16-4; Niceroii, Mémoires pour servir à fllis*.. des Hommes illustres, lom. XIII, pag. 156 et suiv.; Lettres de MM. Y un Beuningcn, Huel el Bocliarl à Vossius an sujet de sa dissertation sur les LXX; Nouveau Dictionnaire hist., critique, etc., par Georg. Jacq. Chaufepié, loin. IV, art. Vossius, pag. 624 et suiv., not. v).

Les paradoxes bien marqués, qui firent égarer Vossius, eussent dû rendre plus circonspects dans leurs assertions louchant létal présent du lexle hébreu, quelques-uns d'entre les critiques du XVU" siècle, qui s'élevèrent avec force contre les écarts de ce chanoine de Windsor. Mais faute d'approfondir suffisamment la question des variantes entre le texte hébreu et les anciennes versions, ces mêmes critiques durent nécessairement se jeter dans des systèmes bizarres, quelquefois même dangereux. Les hypothèses de ces savants portent tontes sur la même question. C'est de là que partit M. Simon, comme tant d'aunes. LeP.Morin et Louis Cappel tirent bien des taux pa^ : M. Simon tenta une espèce de nouveau système qui le rapprochait souvent des hypothèses de l'un et de l'autre; mais il s'égara lui-même en renchérissant sur les idées singulières de ces deux savants; il commit même des erreurs encore plus notables : parce qu'il ne s'appliqua jamais sérieusement à démêler la véritable origine des variantes.

Son Histoire critique du Vieux Testament, supprimée par un arrêt du conseil, aussitôt. qu'elle vit le jour, réimprimée ensuite en Hollande, n'est qu'un amas d'assertions qui supposent dans nos exemplaires hébreux de fréquentes transpositions, des répétitions i 'Utiles, de grands désordres, enlin des omissions essentielles : erreurs <|ui sont une suite naturelle de son hypo'hèse absurde touchant ses prétendus écrivains publics ou prophètes. M. Simon divise cei ouvrage en trois livres. Dans le 1er, il se propose de traiter du texte hébreu el des différentes révolutions auxquelles il a éié exposé depuis Moïse jusqu'au XV IIe siècle. Dans le IIe, il parle des principales versions de la Bible. Le IIIe est employé à montrer la manière de bien traduire l'Ecriture sainte : il y fait voir combien cette même Ecriture est obscure, et il y joint la critique des meilleurs auteurs , tant ju.fs «pie chrétiens, qui oui écrit sur la Cible, et un catalogue des principales éditions qui en ont été laites.

M. Simon, comme l'observe M. Spanheim, ne chercha point à établir dans son Histoire eniique, aucun lexle du Vieux Testament pour infaillible, soit de l'original, soit iies anciennes versions. 11 ne prétendit pas publier les uci'auls du lexle hébreu pour

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toute ramiqmté judaïque et chrélienne. La vérité si jamais les fondements de la religion sainte 11» pou hébraïque eût été comme anéantie par leurs écrits , vaient être ; mais ils sont stables, et ne peuvent périr.

$.e soumettre avec le Père Morin, ou à la version des Septante, ou à la Vulgaie latine. Il ne se borna point non plus à croire avec Cappd, d'ailleurs son grand auteur, que les diverses leçons du texte hébreu de la Bible lussent de nulle considéra lion à l'égard de la loi et des mœurs, et que les exemplaires de l'Ancien Testament lussent à cela suliisanls. Sa critique va encore plus loin que tout cela : eile ne tend pas seulement à corriger les défauts des exemplaires qui nous restent des livres sacrés, àéclaircir les diverses leçons du texte, soit de l'original, soit des anciennes versions, et à en juger : elle passe hardiment à vouloir prouver (e'est toujours la remarque de M.Spanheim) par de nouvelles découverts l'obscurité insurmontable de ce même texte, l'incertitude et l'ignorance où l'on est depuis longtemps de la langue hébraïque, dans laquelle il a été écrit , l'insuflisance des anciens traducteurs cl le peu de fondement qui résulte de lout eela pour savoir à quoi s'en tenir. C'est une critique non des copistes seulement, ou des huer prèles, mais de plus une critique des écrivains même du texte sacré, de leur exactitude ou de leur négligence. De sorte qu'en voulant tenir un milieu, comme il le prétend , c'esl-à dire éviter les deux extrémités où s'engagent, selon M. Simon, ceux qui défèrent trop à l'original, ou aux anciennes versions, il tombe, ce semble, dans une plus grande , qui est de détruire loute certitude et évidence de l'Écriture suinte.

On ne pouvait pas mieux caractériser cet ouvrage de M. Simon que vient de le faire M. Ezéehiel S,>anheim , Lettre à un ami, où l'on rendcomp e d'un livre qui a pour dire, Histoire critique du Vieux Testament, publiée à Paris en 1678, à/a suite de la même Histoire, pag. 567 et suiv.,édit. d'Amsterdam, 1685. M. Dossuet rapporte même dans une de ses letires au sujet de )a version du Nouveau Testament (GEî<un?s posthumes, tom. III, pag. 492, édit. d'Amsterdam [Paris] 1735), que lorsqu'on supprima cette histoire criti.jue de M. Simon, l'auteur reconnut si bien le danger qu'il y avait à la laisser subsister c qu'il m'offrit, parlait à « moi-même , dit l'évêque de Meaux, de réfuter son « ouviage. Je trouvai la chose digne d'un honnête « homme; j'acceptai l'offre avec joie. » M. Simon n'en (il cependant jamais nen : la conduite qu'il tint, et les principes qu'il défendit dans ses autres ouvrages, prouvent assez qu'il fut bien loin de renoncer à .ses premiers sentiments. En effet il ne larda point d'opposer une réponse à la lettre de M. Spanheun (lac. cit., p. 625-667). Mais comme il insiste toujours sur les mêmes principes , et qu'on le voit sans cesse revenir à ses écrivains publics, à la disposition des anciens rouleaux, aux vices des manuscrits anciens et modernes; bien loin de se défendre des reproches de M. Spanheim, il ne fait que les aggraver, en conlirniant ses premières erreurs. Il s'engagea même insensiblement dans d'autres conjectures peu sages , lesquelles ont beaucoup influé sur plusieurs endroits des ouvrages qu'il publia dans la suite relativement à la critique sacrée ; ce qui lui attira bien des dé.uèlés avec les théologiens.

On ne peut nier que M. Simon n'eût beaucoup d'érudition , une littérature aussi étendue que variée, une manière qui lui était propre de saisir un objet ; mais on a dit de lui qu'il n'était pas assez versé daus la chronologie, qu'il avait peu étudié l'antiquité, qu'il n'avait pas même en fait de critique tous les principes nécessaires : et M. l'abbé Rcnaudot , entre autres , V'accusa de n'avoir pas assez de fonds dans la connaissance des langues orientales pour être un juge compétent dans ce qu'il a écrit des anciennes versions. M. Bossuet a même dit dans ses Instructions sur la ver-ion du Nouveau Testament, imprimée à Trévoux, que 11. Simon cacha sous sa critique une ignorance

profonde de la tradition et de la théologie des Pères. On vit en lui un certain esprit de singularité et de nouveamé , qui lui suscita une foule d'adversaires. Tels turent les Arnaud, les Bossuet, les Carpzovius , les Heidegger, les Jacquelot, les P. Soussïel, auteurs qui le combattirent avec forée. Il fut même attaqué par DeVeil, Leclere, Vossius, Du Pin, le P. Frasseu et autres (Voyez Wolf, loc. cit., vol. H, pag. 52 et seqq ; vol. IV, pag. 8; Carpzov., Çril. sacr , passim). Il ne laissa, à la vérité, presque aucun des éerits qu'.o lui opposa, sans quelque réponse plus ou moins mode ée et instructive. Mais ce sont presque toujours les mêmes principes, les mêmes difficultés repiésenlées sous différentes faces. M. Simon grossit toujours ces difficultés, et les exagère au delà de ce qu'elles méritent. Il n'est pas surprenant qu'il n'ait satUfait à aucun parti. Lors même qu'il atteste de prévenir les conséquences odieuses, qu'on peut tirer de ses principes, il imite ces écrivains hardis, que rien n'arrête dans leur course : on ne le voit que trop prendre lo V"l le plus rapide, et se transporter hors des justes limites que lout théologien doit se prescrire dans des ma'ières intimement unies à l'authenticité et à l'inlégri é de nos divines Ecritures. Tout ce qu'on peut dire à la décharge de M. Simon, c'est qu'en recourant à la tradition de l'Eglise, où nous avons un garant infaillible de la certitude de h parole de Dieu . il venait à un principe qui détruisait ses propres paradoxes louchant l'état ancien et présent du texte hé bien : si tant est enfin qu'on puisse jamais le justifier sur ce qu'il a écrit de la tradition de l'Eglise ; car le. grand Bossuet lui a encore montré combien il s'est égaré là-dessns. Au reste ce critique était né à Dieppe en 1658. Il était resté quelques années dans la cou grégation des pères de l'Oratoire : il mourut dans sa patrie en 1712, âgé de 74 ans (Voyez le Long, Bibliolh. sacr., vol. Il, pag. 963 et scq.; 'Viede M. Simon par M. Uruzen de la Martinière; elle est à la tête du Ier vol. des Lettres île notre critique, réimprimées à Amsterdam en 17.0 par l'auteur de sa Vie).

N'oublions pas un autre critique dont les ouvrages relatifs à la matière présente renferment un grand fonds d'érudition, quoiqu'elle ne soit pas toujours appuyée sur des fondements solides. C'est dom Paul Pezron, bernardin, abbé de la Charmoïe. Ce savant, né à Ileunebon, petite ville de Bretagne , l'an 1659 , et mort en 1706, à 67 ans, partit du même point que Vossius. Comme l'ordre des temps lui paraissait trop abrégé dans le texte hébreu , il embrassa les paradoxes de ce chanoine de Windsor, sur la corruption du même texie et sur la supputation des LXX interprètes.Il profita beaucoup des découvertes de Vossius, auxquelles il joignit les siennes propres; mais il n'éleva qu'un édifice ruineux, et il s'égara (Voyez son Antiquité des temps, rétablie et défendue contre les Juifs et les nouveaux clironologhtes, ou l'on prouve que le texte hébreu a été corrompu par les Juifs ; avec un canon chronologique depuis le commencement du monde jusqu'à Jésus-Lhrist. Paris, 1687, in-4°, passim.)

*?.et ouvrage, où l'auteur donne au inonde beaucoup pins d'antiquité que ne l'avaient fait bien des clirono- 1 gisles avant lui (Confer Jo. Ali». Fahricius , Bibliugrapli. antiq., cap. 7, § 9 , pag. 187-192), lui d'abord réfuté par don» Martianay, béneoiciin, Défense du texte hébreu et de la chronologie de la Vulgate. Lu P. le Quien attaqua en même temps D. Pczion, et il le lit avec lous les égards dus à l'adversaire qu'il Combattait. Voyez ses Défenses du texte hébreu et de la Vulgate que nous avons citées pins d'une fois. La dispute ne (mit point là. Dom Pezron entreprit de justifier son hypothèse, en publiant sa Défense de l'Antiquité des temps rétablie, Paris, 1691. in ■i". IMaiâ il se vit bientôt sur les bras les mêmes adversaires

Que l'incrédule reconnaisse donc qu'inutilement écarisimpies sous le voile de tant d'ouvrages critiques il lente de pallier ses doutes , ses incertitudes, ses c< ntre les litres primitifs de la révélation. Les auteurs

fjni l'attaquèrent encore vigoureusement dans deux autres ouvrages écrits avec solidité. Dom Martianay donna une continuation de sa Défense; et le père le Qnien, f 'Antiquité des temps détruite, etc. Les objectons du Père le Quien furent plus précises et plus modérées que celles de D. Martianay, comme le remarque le P. Nicéron ; Mém. des hommes illustres, loin. I, pag. 180. Confer. Carpzovius, Crilic. sacra , passim.

La matière que nous touchons, ne permet guère de passer sous silence Jean Leclerc , écrivain orné de beaucoup de connaissances, mais que soixante années d'étude ne purent ramener à 1a vérité. Ses opinions sur l'état présent du texte hébreu ne suit au fond qu'une répétition des hypothèses de Cappel louchant la corruption de ce lexie, les vains efforts des Massorèlhes pour le rétablir dans sa première pureté, ei autres points relatifs à ce sujet. Comme nous voulons fuir celle sorte de détail , nous renverrons simplement à ce que ce professeur en philosophie en belles-lettres et en langue hébraïque à Amsterdam , né à Genève l'an 1657, et mort en 1736, en a écrit enlre autres dans son Ars crilica (Voyez Volf, loc. cit. vol. II, pag 55 et scq.; vol. IV, pag. 9 ; Dictionnaire de Morcri, édit. de Paris, 1759, tom. III, art. Leclerc). Ses Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur Histoire critique du Vieux Testament par le P. Simon de l'Oratoire, et sa Défense des mêmes Sentiments, renferment encore plus d'un trait peu favorable à l'état d'intégrité de notre texte; l'auteur y ruine même l'inspiration des livres saciés (Voyez Nouveau dictionnaire liist. criliq. de Chaufepié, ton». Il, pag. 101, not. 1 ). Ce sont deux ouvrages qui furent attaqués vivement par M. Simon, mais non avec loin le fruit qu'on eut dû en attendre, parce que celui-ci n'opposait souvent à son adversaire que des réponses qui ne sont point exemptes d'erreurs, pour avoir été trop attaché à ses opinions sur divers points importants de la littérature sacrée.

Il nous reste à faire mention de deux écrivains également remarquables par la singularité de leurs hypothèses sur l'objet qui nous occupe. Le premier est Marc Meibomius, né à Tonningen, dans le duché de SIesswig, en Dancmarck, et mort dans la Flandre en 1711. Cet auteur, déjà imbu des opinions de nos critiques contre le texte primitif des livres sacrés de l'Ancien Testament , voulut en proposer des correclions, et les annonça dans des essais publiés en latin à Amsterdam 1678, 1690, et dans un ouvrage tout bizarre , qui a pour litre : Davidis psalmi XII, et totidem sacr. Scripturœ V. T. intégra capita, novi speçiminis ioco, biblicarum suarum emendationum et interpretationum prisco métro resliluta, et cum tribus interpretalionibus édita. Amstelodanii 1698, fol.

On voit à la tçie de ce livre une épître dédicatoire adressée aux rois el aux princes chrétiens, dans laquelle Meibomius promet de faire imprimer, moyennant une juste récompense, [toute la Bible, en quelque texte que ce soit, en hébreu, en grec, en latin el en langue vulgaire, de la même manière qu'il le fait ici, c'est à dire en vers de sa façon, avec des notes. Cel essai de correction ne présente qu'une certaine mesure de vers qu'il avait imaginés, et qu'il prétendait appartenir essentiellement à la diction des éciils saciés. Il poussait le fanatisme littéraire jusqu'à assurer dans sa prélace, que lui seul avait découvert la nature de celle poésie des anciens Hébreux, ensevelie dans les ténèbres depuis le temps de Jérémie el de Daniel ; qu'enfin il avail rétabli par celte voie plus de trois mille endroits corrompus delà Bible, mais non sans l'assistance de PEspril saint. Meibomius, qui avait d'ailleurs travaillé utilement pour la république des lettres, tache de détruire dans ce li-

vre toutes les notions reçues touchant le génie hébreu, et en donne de nouvelles règles grammaticales, toutes imaginaires : il fait dans les mots et dans les lettres hébraïques qui en forment l'essence, des changements , des transpositions qui donnent une langue bien différente de celle des auteurs sacrés : il rapporte tout à ses idées bizarres. En un mot, c'est un ouvrage qui attira avec raison à son auteur le mépris el la raillerie des savants qui l'examinèrent, et qui daignèrent même le réfuter (Voyez Jo. Uenr. Majus , Introduclio ad sludium Philolog. crilicum el exegelicum, cap. ult. ; Jo. Joach. Zenigravius, Vindiciœ mcorrupti codicis hebr. Argenlorati , 1700, contra Meibomium editœ ; Brandanus Henr. Gebhardus, Disquisitio de Métro Meibomiano. Gryphiswald, 1692; Francise. Burmannus, Dissert, theolog. pliilologica de pocsi sacra. IJItrajecli, 1717 el seq.; aliique. Confer. Wolf. loc. cit., vol. Il, pag. 56 et seqq. ; vol. IV, pag. 9; Carpzovius, Criliç. sacr. , part. 1 , cap. 3 , pag. 109, 118 et seqq.

Mettons à côté de Meibomius un aulre écrivain qui n'a point, à la vérité , donné dans des idées aussi bizarres que ce Danois ; mais il n'est pas moins éirange, ni moins dangereux dans ses sentiments sur l'état actuel du texte hébreu : c'est Guillaume Whiston , duquel j'ai déjà relevé quelques paradoxes (notes au commencement de Pou?. Confer. Jo. Alb. Fabricws, Lux salutar. Evangelii, cap. 9, pag. 171 elseqq.) d; savant, qui s'est fait un nom dans la république des lettres, né à Norton dans le conué de Leicester l'an 1667, et mort en 1755 , a montré beaucoup de prévention au sujet de la matière qui fait Pobjel de celle note. Voyez son ouvrage intitulé : Essai pour rétablir le vrai texte du Vieux Testament , et pour justifier les citations qui en sont faites dans le Nouveau , avec un Appendix qui contient les différences quil y a entre les textes samaritain et hébreu du Pentaleuque , etc. , Londres, 1722, in-8°.

A l'exemple des critiques qui se sont élevés contre l'état actuel de pureté du texte hébreu, on voit que M. Whiston part également de la question des variantes entre les divers textes, surtout par rapport aux passages de l'Ancien Testament allégués dans le Nouveau. Le philosophe anglais suit ici une marche différente, en apparence, de celle que tiennent le P. Morin , Vossius , le P. Pezron et autres , dans le dessein de déprimer l'original hébreu, pour accréditer entre autres la version des LXX ; mais au fond ce sont toujours les mêmes armes qu'on avait déjà employées : on y trouve les mêmes objections qui ont élé si solidement réfutées par d'excellents écrivains. Ce n'est point, au reste, que M. Whiston estime la version des LXX autant que l'ont louée certains critiques : s'il en fait cas, c'est seulement parce qu'il croil la retrouver toute pure dans les écrits du Nouveau Testament, dans les Pères grecs des deux premiers siècles, et même dans les auteurs des constitutions apostoliques : ce qui engage noire auteur anglais à prouver dans la seconde partie de l'Appendix de son ouvrage, que le premier siècle de l'Eglise donna naissance à ces constitutions.

Quant à noire texte hébreu, M. Whiston convient d'abord , que jusqu'au lemps de Jésus-Christ et des apôires tout s'y était conservé dans son intégrité primitive. Il ne nie pas aussi que nous n'ayons encore en gros le même texte que présentait la première antiquité. On y voit, dit- il, les mêmes histoires, les mêmes lois , les mêmes prophéties, les mêmes psaumes que l'autographe contenait anciennement : aveu que lui arrache la vérité, et c'est ce qu'il établit au commencement de son livre (Ire proposition, pag. 1 et suiv.). Mais cel original a élé ensuite exposé à Uni d'altérations depuis te second siècle de PLgline,

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