‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 120 sur 157 · Ï DE LA U£V · texte numérisé non relu

Ï DE LA U£V

de tous ces écrits ont pu ê:rc d'habiles littérateurs, de profonds géomètres , cl tirer de fort mauvais co-

qu'à peine est-il aujourd'hui reconnaissante. Il fixe l'époque de celte corruption au commencement du second siècle, et la rejette sur l'infidélité et la malice des juifs qui vécurent alors. A l'exception de ce que nous ont conservé le Penlaleuque hébreu-samaritain et l'ancienne Yulgate de nos Psaumes, tout le reste de notre original a été altéré , corrompu et dépravé par ces ennemis du nom chrétien. Ce sont eux qui ont effacé et ajouté selon leur fantaisie; qui ont même retranché du canon quelques livres qui y appartenaient ; qui ont enfin abrégé, ou falsifié les autres écrits sacrés. Origèneel S. Jérôme, dit M. Winston , n'ont servi qu'à tromper les chrétiens, en accréditant parmi eux les exemplaires falsifiés, qu'ils avaient reçus des docteurs juifs. L'auteur anglais prétend démontrer mathématiquement toutes ces assertions fanatiques et bizarres, par une suite de propositions que nous passons volontiers sous silence, mais desquelles on trouvera un précis raisonné dans la Bibliothèque anglaise , ou Histoire littéraire de la Grande-Bretagne, par Armand de la Chapelle, loin. X, seconde part., art. 1 , pag. 293 et suivantes.

Le savant Carpzovius a donné une autre analyse pins détaillée de cet ouvrage à la fin de sa Critique sacrée (part. 111, pag. 7D2-U87) ; mais il l'a accompag ée d'une réfutation complète et beaucoup plus copieuse que celle qu'il avait publiée auparavant sous le litre de : Vindiciœ crilicœ codicis hebrœi adversus Cuillelmi Whistoni criminationes in tentaviine restaurandi lexlum hebraicum, etc., et eidem nuper inienlatas.

M. Carpzovius ne perd point de vue l'adversaire qu'il combat; il le tourne de tous côiés et ne lui laisse presque rien passer. 11 nous le fait retrouver tantôt dans le P. Morin , dans Louis Cappel, dans le 1\ Pezron et dans Yossius, tantôt enfin dans M. Simon. Si l'on excepte quelques sentiments qui sont particuliers à l'écrivain anglais, ce qu'il dit, entre nuires, au sujet du Cantique des cantiques, dont il a la hardiesse de nier la canoniciié; si Ton dépouille cet ouvrage bizarre de ce dehors d'érudition que M. Winston y a répandue de temps en temps, on aperçoit le grand vide des différentes hypothèses où le conduisent les treize propositions qu'il y entreprend de déinontrer.,En un mot, ses assertions, qui frappent toujours par leur singularité, n'offrent, dans le fond , ivcn absolument qui n'ait été déjà dit par ceux des écrivains qui ont donné quelques vues pour réformer notre lexte hébreu , principalement d'après les citations du Nouveau Testament et les anciennes versions. M. Winston ne dérange en quelque manière les anciens systèmes que pour les faire mieux reparaître sous un certain air de nouveauté qui n'en décèle pas moins leurs véritables auteurs. Quant aux moyens auxquels il nous renvoie pour rétablir notre texte hébreu, outre le Penlaleuque samaritain, le Psautier de l'ancienne version italique ou Yulgate laline, il veut qu'on recoure aux livres des Antiquités judaïques de Josèphe, à cet auteur qui , au jugement des vrais critiques, se trouve en défaut sur quantité d'endroits relatifs à nos livres sacrés. M. Wliiston veut bien qu'on se serve même de noire texte hébreu, tel que nous le devons aux Massorèthes ; parce qu'il nous accorde que la plus grande parlie en est encore saine: coni ession qu'il n'est pas facile d'ajuster avec l'ensemble de son système, Quoi qu'il en soit, ce meute texte devra être d'un grand usage , suivant l'auteur. 11 en dit autant des éditions el des mss. de la version des LXX , sans excepter les différentes traductions qui eu ont été faites. Il ne veut point non plus qu'on néglige l'ancienne version syriaque, faite dès les premiers temps sur des exemplaires hébreux beaucoup mouu corrompus, selon lui, que ceux que nous avons

ÉLATIO!*. 832

rollaires sur ce qui lient à la vérité hébraïque, bâtir en même temps des systèmes que la saine critique dés-

de nos jours, et qui en certains endroits se rapproche de plus pics du Penlaleuque samaritain et de la version des LXX, même en matière de chronolog e. Telles sont les vues de notre écrivain anglais. H s.uhaite de plus, que nous profitions des paraphrases chaldaïques, qu'il dit avoir été composées vers le commencement du second siècle de l'Eglise, dans un temps, par conséquent, auquel le texte hébreu avait moins souffert de la malice el de l'infidélité des Juifs, ainsi que des injures du temps. 11 en ajq>e!le aussi aux ouvrages de Philon, aux versions grecques d'Aquila, de Théodolion el de Symmaque, aux autres citations qu'on trouve de la traduction des LXX dans les écrits des anciens Pères; aux livres de quelques anciens hérétiques qui vécurent avant on après le siècle d'Origône; enfin à l'ancienne Yulgate, connue sous le nom d'italique. Tout cela servira infiniment, suivant l'hypothèse de M. Whiston, à faire reparaître notre original dans sa pureté primitive; pourvu qu'on ne néglige point encore les mss. hébreux et grecs dont se servirent les synagogues et nos différentes églises dans le premier siècle du christianisme. Mais, pour le dire en deux mots, où trouver des mss. d'une si hante antiquité? Comment s'assurer que telle ou telle version et que telle ou telle citation ont retenu mot pour mot la leçon primitive? Les anciens interprètes, les Pères et les antres écrivains de l'antiquité, outils toujours traduit ou cité à la lettre les textes de l'Ecriture? Quelles règles M. Whiston nous prescrilil là-dessus V Comment apprécie t-il le degré d'autorité qu'on doit donner à ces divers témoignages auxquels il nous renvoie? L'auteur ne saurait l'établir, ni rien fixer par son système : il met lotit dans l'incertitude. C'est un chaos que son projet. Ce profond géomètre, qui lirait cependant de forts mauvais corollaires sur ce qui concerne la matière présente, n'a aucun guide sûr pour se conduire lui-même à travers tant d'obscurités impénétrables. M. Whiston a voulu donner un plan de réiorme pour les exemplaires hébreux de la Bible, et il s'est jeté dans une espèce de dédale immense, d'où il n'a pu sortir sans retomber dans un antre qui n'offrira aucune issue. Nos quatre Mémoires présentent des considérations suffisantes pour détruire son système, réfuté d'ailleurs par d'autres écrivains (Voyez Wolf, loc. cit., pari. IV, pag. 11).

Le tableau que nous venons de tracer assez légèrement des opinions nées dans les XVU* et XVlll* siècles, à l'occasion des disputes de nos principaux critiques, touchant l'étal du texte hébreu, nous inviterait naturellement à ne point passer sous silence, l'hypothèse de feu M. l'abbé Ladvocal, Lettre dam laquelle il examine si les texles originaux de récriture sont corrompus, et si la Vulyate leur est préférable. A Amsterdam, el se trouve à Caen, 17CG, pagg. 135, in-8°. Mais comme ce docteur et bibliothécaire de Sorbonne lient dans cette lettre nue marche qui le rapproche tantôt du P. Morin et de Louis Cappel , tantôt du P. lloubigaul qui est son grand auteur (Voyez ci-dessus, col. 8V2G el suiv., Not.), nous ne pourrions pas trop nous arrêter à son sentiment sans faire des répétitions qui deviendraient ennuyeuses. Nous ferons simplement observer que M. Ladvocat insiste beaucoup sur ce principe : que les fautes du texte hébreu, quelque multipliées qu'elles soient, ne dérogent point à son authenticité ni à son intégrité. De plus il soutient qu'il est aisé de corriger ces fautes de copiste , en comparant ensemble avec une judicieuse critique les différents exemplaires mss. ; et il prétend que nous n'aurons un texte hébreu pur ci correct que lorsque l'édition de M. Kennicott paraîtra. L'objet de cette lettre est de prouver encore q«(e notre Yulgate latine, tout authentique qu'elle est, t.u

avouera fenjomrs. Que l'incrédule ne se promette pas même le moindre avantage des nouvelles recherches de M. Benjamin Kennicolt. On a dit , il est vrai , et on le dit encore, que la multiplicité des variantes du texte, que ce docte anglais accumule à grands Irais depuis quantité d'années , et qu'il tâche d'accroître par d'autres travaux, sera peut être plus capable d'intimider la foi des simples que de la rassurer, plus propre à éiouffer la parole de Dieu qu'à purger les exemplaires hébreux de quelques légères inadvertances des copistes ; en un mot, que celte collection pourra enhardir les libertins dans leurs insultes téméraires contre les monuments sacrés; mais le vrai savant, le théologien instruit qui apprécie à sa juste valeur ces sortes de recueils, y trouvera le plus grand triomphe que la religion puisse jamais s'assurer pour l'affermissement de ses titres primordiaux, dont la vérité hébraïque est la base et le fondement.

Supposons pour un instant l'existence d'une infinité même de diverses leçons dans les exemplaires hébreux : supposons aussi que M. Kennicolt ne sera ni l'auteur ni l'inventeur de toutes ces variantes ; qu'enfin elles existent réellement ; la religion perdrat-elle de sa vérité? Les talents et les lettres ont beau s'armer contre elle ; toute gémissante qu'elle est de nos jours et presque foulée aux pieds, quoique combattue dans une foule d'ouvrages dangereux, qui ne piquent que trop la curiosité du public par la célébrité de leurs auteurs ; celle religion n'en est pas moins vraie , et ses litres primitifs n'en sont pas moins assurés. Pour montrer qu'elle n'a rien à craindre de la grande collection que nous promet M. Kennicolt, et que la vérité sainte est à l'abri des attaques que nos prétendus grands hommes du siècle ne cessent de lui livrer par leurs sophismes surannés, à l'occasion des prétendues fautes du texte hébreu , traçons une idée générale des recherches de ce docte anglais sur l'original des Ecritures de l'Ancien Testament.

Jamais écrivain n'a entrepris des travaux littéraires aussi pénibles et aussi étendus que sont ceux dont s'occupe M. Benjamin Kennicolt depuis l'année 1753 jusqu'à présent. Qu'on se rappelle ce que nous avons dit au commencement de ce quatrième Mémoire (col. 819 suiv. ) au sujet de la collation de la plupart des manuscrits hébreux , connus de nos jours : telle est, ce semble (1), la tâche immense que le docte

doil point être préférée aux textes originaux de l'Aneien et du Nouveau Testament, parce que ces textes sont intègres et authentiques par eux-mêmes. Du resle voyez la Réponse des RR. pères capucins nu jugement de M. l'abbé Ladvocal sur leur Psautier , à la suite du XV tome des Principes discutés, par les mêmes auteurs, «dit. «le Paris, 1764, pag. 4 et suiv., 7 et suiv., 46 et suiv., 4-8 et suiv.

(1) A envisager simplement le projet de M. Benjamin Kennicoil pir l'espèce de programme qu'il en publia en 1760 (Ue ccllatione codicum manuscriptorum veieris TeUamenli. Oxonii , decembr. 18, 1760) : à en juger encore par les comptes qu'il en a rendus chaque année dans quelques petites brochures analogues à cet objet, dans lesquelles il donne un étal de ses

anglais se propose de remplir pour rendre au texte sacré de l'Ancien Testament celle pureté originale

différentes collations de mss. hébreux, on dirait que ce savant n'a en vue (pie ces mss. comparés avec euxmêmes, toujours relativement aux exemplaires imprimés, en prenant pour base de sa collation l'édition de la Bible hébraïque donnée en 1705 par Van der Honght. (Voyez The ten animal accounts of the collation of hebrew mss. of the Old Testament ; begun in 17G0, an compleated in 1769 ; by Benj. Kennicott D. D. F. R. S., etc. Oxford, 1770, in-8°, pages 206, c'e l- à-dire, Relation annuelle de la Collation des mss. hébreux de r Ancien Testament , commencée en 17 60 , et achevée en 1769, etc. Celle brochure a paru encore en latin. Si l'on jette cependant les yeux sur les deux dissertations que l'auteur publia à Oxford en 1755- 175). Vol!. Il, in-8°, sur l'état présent du texte hébreu imprimé (Dissertations que je considère comme le fonds des prolégomènes qu'il doil mettre à la tête de sa grande collection), il semble que M. Kennicolt ne se bornera point à comparer simplement le texte original avec les mss. hébreux que nous en avons ; mais qu'il ira plus avant, en se servant des anciennes versions, pour mieux apprécier la nature des variantes qui l'ont l'objet de ses recherches. On voit même par son état de collation des années 1767, 69 (nccount 8 et 9, pag. 114-, 156), que le docteur Gill lui a communiqué les diversités de leçons qu'offrent les deux Talmud et les Rabboth ; variantes que M. Kennicott fera probablement entrer dans sa collection, et dont il fixera le véritable prix. Pourquoi n'en ferait il pas autant de ce qui lient aux anciennes versions ? Son ouvrage en deviendrail-il moins intéressant?

Nous savons encore que M. Kennicott a fait lirer copie d'un ms. de la bibliothèque du Vatican, qui contient un recueil des diversités de leçons qu'offrent les paraphrases chaldaïques imprimées dans la Polyglolle d'Anvers et dans la grande Bible rabbinique publiée par Buxlorf, et celles que renferme un excellent ms. delà même bibliothèque (NumA, interCodd. Hebr. Vr binâtes ; ejusd. Biblioihec. Catalog., tom. I, pag. 409 et seqg. ; vid. et Cod. LX, ibid. , pag. 449 et seqg. ). On esi redevable à Jules Morosini de ce recueil, dont Jean-Baptiste Jouas est cependant le principale auteur, et que l'on pourrait rendre beaucoup plus exaci que ni l'un ni l'autre ne l'ont fait. C'étaient deux Juifs convertis, qui furent écrivains en hébreu dans la bibliothèque du Vatican. La copie de ce rns., que le savant Antoine Constance, professeur en langue hébraïque dans le collège de la Propagande, a envoyée à M. Benjamin Kennicott, paraît annoncer que la grande collection de l'éditeur anglais en fera quelque usage. Quoi qu'il en soit , quand on pari de ce principe, que noire texte imprimé est rempli d'une infinité de fautes,, outre la confrontation des passages parallèles , je ne vois que deux moyens qu'on puisse naturellement employer pour faire disparaître ces fautes du texle, ou réelles ou apparentes. Les mss. hébreux ne donnent qu'une quantité assez limitée de variantes proprement dites : les versions au contraire n'en peuvent que fournir un plus grand nombre, parce qu'un traducteur ne suit pas toujours scrupuleusement ni la lettre ni même le sens de son texte, et que les versions ne sont point un texte primitif. Tout traducteur est d'ailleurs forcé de se conformer au génie de la langue dans laquelle il traduit. Le grec, par exemple , a une manière «le s'exprimer qui lui est particulière et bien différente du style hébreu ; il doit nécessairement renverser dans sa diction l'ordre que suit la langue hébraïque. Une version grecque qui serait faite mol pour mol sur l'hébreu, deviendrait toute barbare ei inintelligible. Un critique judicieux ne doil point manquer ces sortes de remarques absolument nécessaires pour bien apprécier les variantes. Ce serait donc en comparant et ces mss. et ces ver-

qu'il ne retrouve plus dans les exemplaires imprimés

de h Bible.

Ni les Mill ni les Welslein, qui ont tant essuyé de peines et de l'alignes pour leurs éditions grecques du Nouveau Testament, ne furent pourvus de secours aussi abondants qu'en a eusM.Kennicott. Mill travailla à son édiiion plus de trente années consécutives; Wetstein en employa presque autant ; mais l'un et l'autre de ces savants ne trouvèrent que peu de littérateurs zélés qui les aidassent dans leurs travaux. On peut en dire autant des recherches de Bengel, relatives au même objet. Le docteur anglais se trouve dans des circonstances bien plus favorables à son dessein ; tout devrait concourir à en faire bâter l'exécution d'une manière qui correspondît aux espérances du public éclairé.

M. Kennicott na épargné et n'épargne aucune dépense, aucune fatigue pour se procurer par luimême ou par ses correspondants des collations de presque tous les manuscrits qui ont pu venir à sa connaissance, et qui existent dans les plus célèbres bibliothèques de l'Europe. Des rois, des princes, des savants de tout ordre, des seigneurs amateurs des lettres et de la religion, de riches particuliers, des femmes même ont contribué généreusement aux Irais inséparables de ces sortes de travaux. En un mot, jamais ouvrage ne fut autant encouragé que n'est celui de l'éditeur anglais, comme le prouvent les différents étals de collation de ses manuscrits hébreux. Aurons nous donc enfin une édition du texte hébreu beaucoup plus parfaite que toules celles qui ont paru jusqu'à notre temps? C'est sans doute le grand et unique objet que se propose M. Kennicott dans l'édition qu'il nous prépare de ce texte à Oxford.

Le docte Anglais ne s'est point conlenté des richesses littéraires qu'il a pu puiser en Europe, il a fait encore fouiller dans l'Asie, dans l'Afrique et dans l'Amérique pour y déterrer des manuscrits hébreux. Tant de recherches ne semblent- elles pas promettre que les travaux de cet éditeur seront couronnés des plus beaux succès?

L'incrédule qui a la témérité de se jouer de nos monuments sacrés ; qui ose insister sur les variantes du texte hébreu , matière qu'il n'a pas plus approfondie que celles qui concernent nos divins mystères, mais dans laquelle il cherche à s'envelopper pour pouvoir rendre douteux, incertains et de nulle autorité les titres de notre croyance ; l'incrédule, dis-je, viendra-t-il désormais nous objecter qu'il n'est guère possible d'apprécier le même texte, faute de secours suffisants. Alléguera- t-ii des manuscrits perdus ou

sions les uns avec les autres , mais sans jamais perdre de vue la vraie origine des diversités de leçons, qu'on viendrait à bout de juger de ce grand nombre d'erreurs que nos critiques modernes croient apercevoir dans nos imprimés hébreux. Telle est en effet la méthode à laquelle M. Kennicott s'attache principalement dans sa première dissertation sur l'état du texte hébreu imprimé : ouvrage dont nous parlerons ci-des$<ms.

DE LA RÉVÉLATION. 886

restés inconnus, comme heurtant de front les leçons reçues de temps immémorial?

Les difficultés des incrédules, de ces faux sages, de ces panégyristes de l'erreur, sont frivoles. Les leçons actuelles des Ecritures hébraïques, celles entre autres qui établissent et nos dogmes et notre morale, se trouveront constatées par tous les monuments de l'antiquité sacrée. Quelles que soient les variantes entre le texte primitif hébreu , soit manuscrit, soit imprimé, et les versions qu'on en a faîtes en différents temps; tout nous en attestera l'intégrité essentielle. Et l'édition que M. Kennicott nous prépare du même texte , de quelque manière même qu'elle soit exécutée , concourra aussi à mettre celte importante vérilé dans un point de vue encore plus frappant.

Sans doute ce savant poussera là-dessus ses recherches jusqu'à un terme où elles pourront naturellement parvenir. Nous aurons propablement bientôt en main toutes les pièces de ce grand procès qui a si fort exercé la plume des principaux littérateurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Quoique la vérité hébraïque soit entièrement à couvert des faux systèmes de nos critiques, et qu'elle n'ait rien à craindre des vaines attaques de l'incrédulité, il importe cependant beaucoup à la religion sainte de faire connaître toujours plus, et d'attester autant qu'il sera possible par des témoignages irréfragables , la eertitude et l'aulhenticilé des titres qui sont la base de ses dogmes et de sa morale. L'honneur de celle religion, ainsi que de ses minisires , se trouve donc en quelque façon intéressé dans l'cnlreprise de M. Kennicott , surtout si le plan en est rempli suivant les lois d'une critique sage et austère. Les lettres elles-mêmes i étireront de pareils travaux des avantages qui ne sauraient être douteux. Tous ces trésors liltéraires, qui ont heureusement échappé au laps des siècles; tous ces manuscrits hébreux ensevelis dans la poussière de nos bibliothèques, souvent inconnus ou peu consultés, par l'incapacité de ceux qui en sont les possesseurs ; ces trésors, dis-je, peuvent périr désormais , s'il est permis de le dire ; cette perte toute grande qu'elle serait, se trouverait réparée par les travaux cl les recherches de M. Kenn'u oit. Sa nouvelle édition du texte hébreu , conférée exactement avec ces manuscrits, supppléerait à la perte qui les attend tôt ou tard. En produisant au grand jour des richesses que la typographie va rendre à jamais durables et sta blés, cette édition les mettrait enfin à l'abri des injures du temps et du caprice des hommes.

Mais pour rendre cette collection véritablement intéressante, pour que les lettres et la religion en retirent des avantages réels, ii est absolument nécessaire que les collations de manuscrits hébreux soient faites avec l'exactitude la plus scrupuleuse par ceux des littérateurs qui en sont chargés. 11 est aussi d'«ne indispensable nécessité que ces savants ei M Kennicott lui-même distinguent avec soin les véritables variantes des fautes de copistes, et que parmi

G,7 DLS TITRES

(es variantes ils sachent démêler celles qui ont été formées par le hasard, par la présomption et par l'ignorance. Un critique judicieux ne doit compter pour rien ces sortes de leçons, ou s'il fait tant que de les publier, il doit du moins les accompagner de quelques no:es caractéristiques qui les fassent distinguer des leçons qui portent avec elles-mêmes l'empreinte de la vérité. Il faut de plus que l 'éditeur Jésigne par quelque marque au bas des pages , à côté de la variante, le manuscrit d'où telle leçon a élé tirée, et la bibliothèque dans laquelle on le conserve, avec le numéro. Le docte anglais ne saurait être trop exact sur un point de celle impoi tance , afin que l'on puisse dans le besoin examiner et la qualité du manuscrit et la nature delà leçon qu'on en a citée, vérifier encore si elle en a été extraite avec fidélité. Par celte méthode, une telle collection nous donnera toutes les diversités de leçons qui existent actuellement entre les exemplaires imprimés de la Bible et un grand nombre de manuscrits connus de nos jours. M. Kennicoti se manquerait à lui-même , il manquerait au public, à la religion et aux lettres, dans le cas qu'il en agît autrement. Mais si cet éditeur anglais exécu:e son plan de la manière que je viens de le dire, les avantages, je le répèle, en sont assurés : ils justifient le zèle et l'empressement des princes et des savants qui encouragenl ses travaux.

Jetons cependant un simple coup d'oeil sur les principes critiques qui dirigeront la marche de notre docte éditeur. Ce n'est point assez d'être pourvu de secours abondants, d'être riche en éditions et en manuscrits hébreux (1) , d'avoir sous ses yeux les versions grecques, latines et orientales ; il faut savoir faire un bon usage de ces richesses littéraires, en les appréciant à leur juste valeur.

Si M. Kennicoti persiste dans les sentiments qu'il manifesta, 1° dans ses dissertations (2) sur l'étal du

(1) M. Kennicoti nous dit qu'en 1709, le nombre des mss. hébreux qu'il avait trouvés en Angleterre, et qui étaient déjà collalionnés, montait à 140, que ceux dont on avait fait aussi la collation dans d'autres pays, allaient jusqu'à 113 , ce qui fait en tout 253 mss. (The ten animal Accounts, etc., anno 1769, pag. 157). Ce docte littérateur ajoute ( ibid., anno 1700 , pag . 18), que les mss. hébreux connus de nos jours sont environ 500; mais je suis très-persuadé qu'il en existe un bien plus grand nombre. M. Paul-Jacob Bruns, que M. Kennicoti a chargé de faire de nouvelles recherches au sujet des variantes du lexle hébreu, m'a assuré d'avoir vu plusieurs autres mss. Je me suis même l'ail un devoir de communiquer à ce savant très-estimable et qui m'honore de son amitié tous ceux que nous avons dans noire bibliothèque de Casa na le. Je ne doute point aussi qu'il n'en découvre quantité d'autres dans les différentes bibliothèques de Uome, soit des particuliers, soil des monastères, ainsi que dans quelques villes d'Italie, où il

?' a plus qu'on ne croit de ces sortes de richesses illéraires.

(2) En voici le titre beaucoup plus détaillé que nous ne l'avons décrit ailleurs : Considérations sur l'étal du texte hébreu imprimé de l'Ancien Testament, dissertation en deux parties. Dans la première, ou compare le chapitre XIe du I«T livre des Chroniques

PRIMITIFS * > • 8gg

texte hébreu ; T dans le programme qu'il publia en 1700, ei qui renferme son projet d'une nouvelle édi •

avec les chapitres V etXXIU du IP livre de Samuel. Dans la seconde on fait des observations sur soixante eldix mss. hébreux, et l'on donne une liste de faines de ce texte avec des diversités de leçons extraites des mêmes mss. ; seconde dissertation dans laquelle on défend letextedu Pcntateuque samaritain; on montre que nos éditions des paraphrases chaldaïques sont altérées; on expose le sentiment des Juifs sur le texte hébreu , et on donne la notice Je tous les m s. connus de ce lexle et un catalogue de cent, dix mss. hébreux qui se trouvent, soit à Oxford, soit à Cambridge, soit dans le Muséum britannique. Par AI. Benjamin Kennicoti, ntaître-ès-ar s, associé au collège d'tëxeler el vicaire de Culham dans le co nié d'Oxford. A Oxford 1753, 1759, II voll. in-8°.

Ce titre nous annonce bien des matières relatives à l'état présent où se trouvent nos Ecritures hébraïques. Mais sans toucher ici à ces questions, parce que nous ne ferions que répéter les différentes hypothèses de nos critiques , nous dirons simplement que l'objet de ces deux dissertations de l'auteur est d'examiner si le texte imprimé hébreu est exempt de tantes ; par quelle voie on peul découvrir s'il y a des erreurs, et quels sonl les moyens qu'on doit employer pour corriger ce texte. M. Kennicoti vient d'abord à l'examen des Ve et XXIIIe chapitres du IIe livre de Samuel ; en les comparant avec le Ier livre du XI* chapitre des Paralipomèues, dans lequel il est fait mention des plus vaillants hommes de David, de leur nombre, de leurs noms et de leurs exploits. L'éciivain anglais trouve quantité de fautes et d'omissions dans ces mêmes Ve el XXl.P chapitres du II' livre de Samuel. La preuve qu'il en donne, entre aulres, c'est que ces passages et ceux des Paralipomèues do vent être absolument uniformes en tout ce qui concerne les braves guerriers de David. Il se sert même de la version desLXX pour donner du poids à ses conjectures. Celte prétendue découverte conduit l'auteur à faire bien du changement dans le texte des deux chapitres en question. Il croit par là remédier à l'inattention des copistes, sur lesquels il rejette uniquement tout ce qu'il trouve de fautif, d'omis, de séparé el de mulilé dans ces passages du IIe livre de Samuel. Donnons-en un exemple. Il est dit (ibid., Y, 6)que David accompagné de tous ses gens, ayant marché vers Jérusalem contre les Jébuséens, qui y habitaient, les assiégés dirent à ce prince : Vous n'entrerez point ici que vous n'en ayez chassé les aveugles el les boiteux. Le texte original porte : "fTDrrDN O rttïï tfnn ià Lilt. : Non ingredieris hue quin expellere le (i. e., nui expellas ) cœcos el claudos. Pour insulter David, les Jébuséens avaient fait meure sur le haut des murs de leur forteresse des boiteux et des aveugles ; comme si cette espèce d'hommes cûl élé suffisante pour défendre la ville et la citadelle de Jérusalem , d'où les Israélites, qui étaient en possession du pays depuis 400 ans, n'av.ieni pu chasser les habitants. La phrase dont se sert ici l'écrivain sacré, et telle qu'elle est dans nos Bibles imprimées , ressent parfaitement le génie hébreu : et on le fail disparaître en traduisant avec M. Kennicoti ; Car les aveugles el les boiteux vous empêcheront. Le docteur anglais prétend qu'il y a ici une faute dans le mol "JTDn hesirecha, expellere le, ou removere le, auquel il subslilue ■pTDn hesiroucha , removerunl te, terme qu'il rend par un futur. Le sens , dit-il, de ce passage, la ponctuation des Massorèthes et la version des LXX (suivant le ms. alexandrin), qui rend le mot hesirecha par àvT^Tyjaav, résistent , font voir que cd n'est pas l'infinitif, mais le prétérit de hiphil. Or, peut donc croire , ajoute-il, que le mot original étaP ynvr\ et que le vau a été omis par quelque copiste.

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lion dece texte; 38 dans ses différents étals de colla- 17G9; dans ses Remarques criques sur 1 Gainu;) lion de manuscrits hébreux depuis 1760 jusqu'en eh. VI, vers. 19, imprimées à Oxford en 1768, pages

Celte conjecture de If. Kennicotl n'est pas trop bien appuyée, quoique la version des LXX la favorise. Riais le docteur anglais devait observer que l'interprète grec eût i éché contre le génie de sa langue s'il eût conservé J'hébraîsme qu'on trouve dans ce passage. D'ailleurs il n'est point vrai que la ponctuation du mot hesirecha désigne plutôt un prétérit qu'un infinitif. M. Kennicotl ignore-t il donc que dans Pin fini lif hiphil , la lettre caractéristique H , qui a sous elle un kamels lorsque le verbe est des quiescenls V, change sa motion tantôt en un kafeph-patack, tauiôi en un kaleph-segol, et cela a cause de l'accent tonique, qui s'y trouve alors déplacé du siège qu'il occupe ordinairement, soit dans la dernière, soil dans la pénultième syllabe ? Orc'esl précisément la ponctuation qu'exige ici le mol hesirecha, où l'accenl tonique doit affecter la première radicale ou la seconde syllabe. Si les Massorèthes avaient cru que leur ponctuation Caractérisait un simple préiérit au lieu d'un infinitif, comme l'exige ce passage, ils auraient assurément mis un quibbuts sous le "I en négligeant même le 1 vau, ainsi qu'ils l'ont fait dans quantité d'endroits de l'Ecriture. Je dis en second lieu, que rien n'est plus commun dans la langue hébraïque (et c'en est una élégance) que de voir employer un infinitif tantôt pour un prétérit et pour un présent, tantôt pour un futur, pour un impératif et pour un participe, et quelquefois pour un nom. Celte énallage de verbes est très-fréquente dans les livres sacrés. Voyez Exod., VU!. 11 ;II Paralipom., XXXI, 10; Psaume, hehr., XXII, 9; Proverb., XII, 6-XV, 22 ; Isaie, XXXVIII, 10; E/.échiel, I, 14-, etc., où vous trouverez des preuves qui confirment l'exemple que nous venons de produire du IIe livre de Samuel, V, 6. Un interprète des livres saints, qui s'érige surtout en réformateur du texte hébreu, doit être au fait de celte sorte de style oriental.

Un savant qui exerce sa critique sur la littérature sacrée, et qui annonce ses ouvrages comme capables de contribuer au bien de la religion, ne doit point hasarder des conjectures qui peuvent fournir à l'incrédule des armes pour combattre l'authenticité et la certitude des livres saints. A quoi bon, par exemple, les remarques que M. Kennicotl fait au commencement de sa première dissertation (pag. 21 et suiv.) au sujet du mot David, "PTT ou TTÎ, écrit avec un i yod ou sans yod? Cette observation peut-elle jamais conduire à nous faire distinguer quels sont ceux des livres sacrés qui ont été écrits avant ou après la captivité, puisque la manière d'écrire ce nom propre dépend uniquement de la fantaisie des copistes anciens et modernes? Un vrai critique ne bâtit point sur des conjectures si futiles pour (aire suspecter l'anliquiié d'un écrit divin, dont toute la tradition, soit juive, soit chrétienne, a regardé Salomon en qualité de seul et véritable auteur. C'est le Cantique des cantiques que j'ai en vue. Comme le mot de David s'y trouve avec un yod, c'est-à-dire, d'une manière différente de celle qu'on le lit dans les livres de Samuel, des Proverbes et des Psaumes , M. Kennicott se sert d'une pareille observation pour conjecturer que ce livre divin n'a ni l'antiquité ni l'auteur qu'on lui donne communément. M. Whiston, sou compatriote, cet homme à paradoxes, qui s'était déclaré avec tant de témériié contre la canonicité de cet écrit sacré , eût éié assurément enchanté d'une telle remarque ; mais qu'elle est frivole!

Un critique qui consacre ses travaux au bien public et qui se mêle d'interpréter l'Ecriture doit encore faire une élude profonde de ce qui lient au véritable objet de chaque livre saint. L'auteur sacré des doux premiers livres des U us n'a point voulu nous

écrire des annales proprement dites, où les événements et les faits fussent exposés dans toutes leurs circonstances, dans tous leurs détails. Chaque auteur sacré a une manière de raconter les faits qui lui est propre. En comparant les chapitres V elXXIil du livre II de Samuel avec le livre I des Paraît pomènes , on trouvera des variétés dans les noms, dans les nombres et dans la suite historique; mais quand on considère attentivement ces différences, on voil qu'elles sont de telle nature que le sens de la narration s'y trouve de part et d'autre toujours conforme à la vérité essentielle de l'histoire sacrée, quoiqu'il y soit exprimé en de tout autres termes que dans d'autres endroits, et que les circonstances des faits y soient présentées sous un aspect divers. Il n'est donc point nécessaire d'introduire du changement dans tel ou tel passage de l'Ecriture, et d'y" substituer une leçon arbitraire au lieu de celle qui y a été reçue de lout temps, sous prétexte que ces endroits sont parallèles.

Nous osons donc dire que M. Kennicott ne fait pas un bon usage de sa critique, encore moins des anciennes versions, quand il doute que la dernière partie du verset 8 du chapitre XI du livre I des Paralipomènes soit de l'original, parce qu'elle ne se trouve ni dans les Septante, ni dans le livre II des Rois, ou le livre II de Samuel. Le texle des Paralipomènes porte dans cet endroit : TOH "WI7 riN îTTP INT^I : ce que ia Vulgate a traduit par ces paroles : Joab aulem rehqua urbis exslruxit. Joab répara le reste de la ville, M. Kennicoit se récrie contre celte version, blâmée aussi par le P. Houbiganl ( in hune locum , tout. III pag. 589) : l'un et l'autre ont tort. Le verbe rpn\ qui est au futur de la conjugaison pii.el, mais auquel on doit donner la signification d'un prétérit, petit très-bien s'interpréter par les mots de rebâtir, rétablir, réparer, parce qu'il est ici question de bâtiments. C'est en ce sens qu'il est pris dans le livre II d'Esdras, IV, 2. Le contexte exige même qu'on traduise de celle manière. Après que David se fut emparé de Jérusalem et qu'il eut pris son logement dans la citadelle, l'écrivain sa cré dit que ce roi fit ensuite bâtir tout autour de la ville depuis Mello jusqu'à Venlour. Joab avait obtenu le coin mandement des troupes du roi en récompense des services importants qu'il lui avait rendus dans celle occasion, comme il est dit au vers. 7. Esl-il donc surprenant que David , occupé alors à des ouvrages pu hlics pour sa nouvelle ville, eût confié une partie de ce soin à la vigilance et à la sagesse de Joab; qu'il 1*< ût chargé en même temps de rétablir l'ancienne Jébus, qui devait avoir souffert pendant le siège; qu'enfin David lui eût ordonné d'en réparer les brèches et d'en conserver ce qui était échappé à la violence du soldat?

Cette interprétation est appuyée du suffrage (te quelques commentateurs ; elle esi d'ailleurs des plus naturelles. Il était bien facile à M. Kennicotl de le sentir ; mais comme il a trouvé dans ce passage une difficulté, il Ta réputée une faute d'impression. Telle est Li ressource de nos nouveaux hebraïsanls. Aussi a-t il saisi avec joie la conjecture qu'on lui a communiquée à ce sujet, et qu'il prétend lever toutes les dit, Acuités. La voici :< Au lieu de TVH "WD nN HYP 2m) lisez TOI "1U7 p* m icnX'el vous trouverez que, l'historien sacré nous apprend que le gouvernement d& la ville (ut donné à Joab : ce que semble confirmer Josèpbe lorsqu'il dit que la surintendance des nouveau^ ouvrages fut remise à Joab. » M. Kennicott pouvait même recourir à la Paraphrase chaidnîque, publiée d'abord par Matthias Frédéric Be< kius, et ensuite par David WdkiMS : elle porte en partie son interpréta? lion : «TTIp W m DTOO n>W , Joab au cm adinini-

891 DES TITliES PRIMITIFS *t*»

56, in 8°; nous ne pouvons guère nous méprendre el louchant la manière dont i! l'exécutera « Il y , louchant les principes qui guideront son entreprise, environ 17 ans, d.i M. Kenuicott, dé, la I" pane de

strabat reliquum urbis, ainsi que le traduit Wiikins, ou Joab nibis reliquœ gubernalione comnrissa , selon In version de Beckius. Celle paraphrase a cependant retenu ici le mot chaldéen 1\W, <|ui ne peut guère s'allier avec leT«P, princeps ou gubernator, que M.' Kenuicott veul introduire dans ce passage. Mais supposons que Joab eût eu le commandement de la ville : accordons même que l'ensemble du contexte paraisse l'insinuer, celte interprétation* doit elle exclure celle que nous avons rapportée , et qui est fondée sur la lettre du texte? C'est une règle de critique, que, lorsqu'un texte présente un sens raisonnable , il ne faut point l'abandonner pour y en sublimer un autre : règle essentielle que M. Kenuicott n'oublie que trop dans le grand nombre de corrections que son ouvrage nous présente. N'averlit-il pas lui-même que « Toucher el altérer sans une bonne autorité les passages de l'Ecriture sainte auxquels il peut y avoir à redire, c'est sans contredit ce qu'on ne saurait absolument justifier. > Remarques critiques sur 1 Samuel, aie, pag. 14, édit. d'Oxford. D'ailleurs, quand on a h hardiesse de loucher à un texte aussi respectable que celui de 1 Ecriture sainte, il faudrait du moins prêter à Tauleur sacré un langage analogue au génie hébreu , et ne point le faire énoncer dune manière tout à fait barbare. M. Kennicott aurait dû mettre yo 1NT TT>T TOI, ou bien HTI 3NT1, reenir même i"Wfl : façons de s'exprimer toutes conformes au style hébreu Mais en changeant ainsi ce passage, il eût fallu introduire trop de mutations dans le lexte et fane disparaître l'article DN, qui ne peut s'allier avec le verbe i"Wl, quoiqu'on le trouve quelquefois avec d'autres verbes intransitifs. M. Kennicott a donc sacrifié la pureté du style à un barbarisme : c'est comme s'il eût dit en latin, Joab auiem fuit priucipem civitatis ; car on ne saurait traduire autrement l'espèce de phrase hébraïque qu'il a voulu substituer à la leçon reçue, qui est la seule authentique.

Les corrections que M. Kennicott tente dans d'autres endroits de l'Ecriture ne sont pas plus heureuses. Le verset 55 du chapitre XXXI de la Genèse offre encore à notre critique anglais l'exemple d'une corruption du texte antérieure à loules les versions, ev-

ccplé celle des Septante. L'hébreu porte ici : v6n

dton \iba ma *rasw tro 'nVw dton. uii.-.Dcus

Abraham et Deus Naclwr judicent inter nos : deus pa.trum iLLORUM. M. Kennicott se récrie contre ces dernières paroles ; il ne peut en démêler ni le sens ni la construction : c'est donc une faute, et voici comment, selon notre critique. Un copisle , nous dit-il , aura

écrit la ligne qui commence par OîTON VDN ; il aura, par mégarde , commencé une seconde lig::e par les mêmes mots; il se sera alors aperçu de sa faute. { mais , pour ne pas gâter son exemplaire en effaçant les mots qu'il a mis deux fois , il aura continué en écrivant întfftl, el juravit, etc. On aura changé dans la suite, par une nouvelle faute, ou peul-êne à dessein , le mol D.TQ.N en celui de DiTON , et la corruption, une fois faite, se sera perpétuée de copie en copie. Le texte samaritain, continue M. Kennicott, confirme celle conjecture par le nom d'Abraham qu'on y lit une seconde fois.

Tout ce beau raisonnement du critique anglais n'est fondé que sur l'ignorance du style hébreu, qui est ici des plus simples , el de l'objet de l'écrivain sacré. Dans l'alliance que Laban et Jacob contractent l'un avec l'autre, ils ne prennent pas seulement à témoin le Dieu d'Abraham el de Nachor ; mais, pour rendre leur serment encore plus solennel, ils y font intervenir le Dieu du père même d'Abraham et de Nachor : idée qu'exprime parfaitement le texte actuel de nos UiMes, el que Moïse n*a point voulu manquer. Que le

Dieu d Abraham et le Dieu de Nachor, que le Dieu de teur père soit notre juge. Faut-il tant suer pour trouver la un sens raisonnable . qui est si conforme aux usages de ces anciens temps? Quand on se mêle de décider des ailles du texte hébreu , on doit en posséder a fond la grammaire et savoir saisir les vues des auteurs sacrés.

L'antiquité chrétienne n'a jamais soupçonné que les Juifs eussent été capables d'avoir substitué (Deutéronome , XXVII , 4) e mot de hebal à celui de garizim. Nos plus savants littérateurs et nos plus habiles interprètes, qui ont examiné cette dernière parole qui est dans l'exemplaire du Penlateuque hébreu-samaritain, ont cru au contraire que le mot de hcbal était la leçon pnmilive et originale du livre de Moïse : aussi toutes les versions la portent-elles. On avait toujours dit jusqu'au commencement de ce siècle que pour donner de l'autorité à leur temple bâti sur la montagne de Garizim, les Samaritains eux-mêmes avaient fait cette altération, qu'on trouve, épéiée dans leur Penlateuque (Exode, XX, 17, el Dcutéronome,

V, 21 j ; ce qu'on ne peut regarder comme tmo méprise ou une simple faute de copiste. Lj P. Houbigant, tout zélé qu'il s'est montré à venger les leçons du texte hébreu-samaritain , a dit sur cet endroit du chapitre XXVII du Deuiéronome (tom. I, pag. 644) qu'il n'est point douteux qu'une telle falsification n'ait été faite par un dessein prémédité. L'auteur des Eclaircissements sur le Penlateuque samaritain s'est encore conformé au sentiment reçu, quelque intéressé qu'il fùl d'ailleurs à suivre l'opinion contraire qu'il a même combattue (chap. 8, pag. 15i et suiv.). Je ne connais guère que M, Basnage (Hist. des Juifs, tom. II, part. I, liv. II, cb. 4, § 5, pag. 57 et suiv , ëdii. de la Haye) et M. Whislon ( loc. supra cit., propos.

VI, pag. 1G8 et seqq, ; confer. Carpzov., Crit. sacr.. part. II, cap. 4, § 5, pag. 608, et part. III, cip. 6, pag. 955 et seqq) qui aient jeté quelques doutes làdessus. Ce dernier écrivain est même moins réservé que M. Basnage, et s'efforce de donner de l'autorité à la leçon en question. M. Kennicott, qui marche ici sur les traces de son compatriote, emploie dans la même vue au delà de 80 pages de sa seconde dissertation sur l'état du texte hébreu imprimé. Il prétend que celte erreur et quantité d'autres, que la confrontation du texte samaritain avec le texte hébreu fournil, sonl même antérieures à la date de la version des Septante. Il est fort porté aussi à croire que le texte des Juifs fut encore exposé à d'autres aliéraiions pendant la persécution d'Antiochus Epiphanes. Enfin il accuse les Juifs d'avoir supprimé de leur Penlateuque cinq versets qui se lisent dans l'exemplaire des Samaritains, entre les versets 17, 18, du chapitre XX de TEuide, el où élait compris l'ordre de bâtir un autel sur la montagne de Garizim. Convenons que ectto sorte d'altération importe fort peu à la religion , parce qu'elle ne touche ni à la foi ni aux mœurs. Mais quand on épouse des conjectures de celle nature, à combien de pareilles ne doit-on pas s'attendre de la part d'un critique qui épie, si j'ose m'exprimer de la sorte , toutes les occasions pour s'inscrire en faux contre l'état d'intégrité de nos Ecritures hébraïques, dont Je dépôt a été confié au peuple ju.f ! Appuyonsnous sur un fondement plus solide. Les Juifs n'ont eu aucun intérêt à falsifier la leçon en question ; el quand même ils auraient voulu le faire en haine des Samaritains, ainsi que ceux de celle seele le leur reprochent mal à propos, il leur eût été peu facile d'en venir à bout, répandus comme ils étaient et comme ils sont encore dans tout l'univers. Les Samaritains, au contraire, oui été intéressés de tout temps à soutenir leur leçon. Ils ont pu même l'introduire aisément dans les diffère nies copies de leur Pcntaietique,

DE LA REVELATION

son épitre dédicntoire à M. révoque d'Oxford , au sujet de celle dernière brochure, que j'avais aussi bien

parée qu'ils n'ont jamais élé ni fort nombreux ni autant répandus que les autres Juifs. N'alléguons donc pour tout reproche contre M. Kennicotl que la singularité et la nouveauté de l'opinion qu'il embrasse; Un anonyme lui a adressé de savantes lettres, dans lesquelles il a vengé abondamment les Juifs anciens et modernes d'avoir corrompu le quatrième verset du chap. XX\I1 du Deuléronome. Voyez Estratto delta lelteralura europea per l'anno 1702. Ottobre, etc. Iverdon, tom. 4. Novelle lelterarie, pag. 234.

On pourrait montrer aisément, qu'un grand nombre d'autres corrections du texte données par M. Kennicott ne sont pas moins arbitraires que celles que nous venons de réfuter. Ce serait trop accroître nos remarques, s'il fallait encore le suivre parmi celle foule d'endroits de l'Ecriture qu'il produit dans le Ier volume de ses Dissertations, pages 545-517, où il entreprend de prouver que la leçon commune est impropre ou embarrassée, et qu'elle peut être redressée par la voie des mss. hébreux d'une manière qui confirme la leçon des passages parallèles et même des anciennes versions. Le peu de détail où nous sommes entré fait assez voir que M. Kennicott ne s'acquitte point de celte tâche avec succès. Quoique appuyé même de l'autorité des mss., ses leçons n'en sont pas meilleures que celles de nos imprimés hébreux. Par exemple, la variante qu'il pot le d'après le plus ancien ms. de la bibliothèque d'Oxford sur le Deuléronome, XXVHI, 57, au sujet du mol rPJÏl, et filios ejus , au lieu deîTID.i'!, et de filiis ejus, qu'on lit dans nos éditions, comme dans tous les mss. que j'ai eus sous les yeux; cette variante, dis-je, confirme, à la vérité, en partie la conjecture du I*. Houbigant sur ce passage (Voyez ses Prolégomènes à la tête de sa Bible, pag. 55 ei suiv., el ses Notes sur ce même passage, loin. 1, pag. C5I). Mais M. Kennicott eût dû se délier des fausses lumières de ce critique, et ne point tant insister qu'il le fait sur le témoignage de son ms., comme si cette leçon répandait plus de jour sur un passage très-intelligible de lui-même.

Dans toui ce chapitre du Deuléronome, qui est prophétique, Moïse annonce au peuple hébreu les bénédictions temporelles dont il devait jouir s'il était fidèle à la loi de Dieu. Ce législateur lui prédit au contraire des calamités sans nombre et même les plus grandes horreurs d'une adversité nationale jusqu'à son entière destruction. Le 57e verset de ce chatulre lient intimement aux versets 55, 54 , 55 et 50. Jn critique qui sent la force et l'énergie du stylo hébreu, fait surtout une particulière attention à la manière doux Moïse a lié ce même verset au second membre du 56e, el au premier du verset suivant. Après les plus grands malheurs auxquels le^ Juifs devront être exposés, Moïse les menace qu'ils mangeront leurs propres enfants; que leur misère sera telle que l'homme le plus voluptueux et la femme la plus délicate conserveront pour eux-mêmes cette inhumaine nourrilure, el en refuseront à ce qu'ils auront de plus proche : tant sera horrible el extrême la lamine où ils seront réduits : Invidebil viro sinus sui et filio suo et filite suœ, tum in secundinis quœ egrediunlur inler [emora sua, cum in filiis suis quos peperit : propterea uuod vescelur iis, etc. (Celte femme) refusera (de donner) à son mari qui dort auprès d'elle ainsi qu'a son fils et à su fille , de celte masse d'ordure qu'elle aura jetée hors d'elle (après s'être délivrée de son fruit), el de (la chair de) ses propres enfants qui ne lui feront que de naître; car (elle voudra) s'en nourrir (elle seule). L'histoire a vérifié celle prédiction.

L'harmonie qui règne ici disparaît entièrement, si

on adopte la variante du manuscrit d'Oxford; loul y

unit par de^ prép >silions et des particules ce qu'il y a

olus frappant dans les paroles de Moïse. A quoi

que presque loul le reste de l'Europe, oc forts préjugés en faveur de l'intégrité de notre lexie hébreu; mais l'examen sérieux que je fis d'un certain chapitre que votre grandeur avait eu la bonté de me recommander, me fil naître la persuasion que ce texte, loin d'être pur , contenait au contraire plusieurs fautes et quelques-unes de grande importance. > Se* deux dissertations en question, dans l'une desquelles il examine surtout un chapitre du IIe livre de Samuel, et ses deux autres brochures que nous venons de nommer, annoncent même un critique des plus décidés conire la pureté de nos Ecritures hébraïques, telles qu'elles sont dans nos exemplaires imprimés. Mais les principes de M. Kennicott sont-ils plus sûrs que ceux dont se sont servis d'autres philologues qui ont donné des projets de réforme de ce même le\lc ? Ces mêmes principes n'influeront-ils point sur l'exécution de son plan ? C'esi ce que nous allons examiner le plus brièvement qu'il nous sera possible.

Ce "n'est point sans dessein que nous avons tracé une idée générale des principaux systèmes dont les critiques se sont occupés jusqu'à i;os jours touchant l'intégrité du texte hébreu. Pour faire mieux sentir les écarts de ces écrivains, nous avons produit de temps en temps quelques exemples des corrections qu'ils ont lente d'introdu're dans nos Ecrilures hébraïques au préjudice de la leçon reçue. Ces exemples auxquels nous nous sommes bornés pour ne point trop nous étendre, présentent, ce me semble, des preuves manifestes du peu de solidité des fondements sur lesquels porlenl toutes les hypothèses de ces mêmes critiques.

Que l'on rapproche de ces différents systèmes les idées hypothétiques de M. Kennicott, il est sensible qu'à quelque chose près toul rentre dans les mêmes vues. Ce sont dans les uns comme dans les autres toujours les mêmes opinions qui font absolument disparaître le véritable génie du langage hébreu. Dans le système du docteur anglais, il ne doit plus être question ni d'ellipses ni d'énallages reconnues par les plus savants interprètes anciens et modernes. Ces termes et autres semblables de grammaire n'ont élé inventés selon lui que pour justifier des solécismes, pour pallier des barbarismes et ce grand nombre de fautes de copistes que lui offre le texte hébreu imprimé. M. Kennicott n'adopte pas seulement des principes démentis parles règles constantes du style hébreu ; on le voit de plus soutenir des opinions qui ne sont propres qu'à détruire l'autorité des an- 2iennes versions, quel que soit d'ailleurs l'usage qu'il prétend en faire contre l'état actuel du texte iiu primé. En vain presseriez vous notre critique sur ces

bon une 1 çon qui rompt celle belle harmonie et qui est d'ailleurs démentie par toutes les versions grecques, latines ei orientales, suis en excepter même le texte hébreu-samaritain? En voilà plus qu'il n'en faut sur les corrections que nous propose M. Kennicot dans ses deux dissertations .sur l'état du texte hébreu

sortes de témoignages qui établissent invinciblement l'intégrité essentielle de ce même texte, il vous répondra que si les paraphrases chaldaïques (i) et la version des LXX conviennent en divers endroits avec les exemplaires hébreux communs de l'Ancien Testament, c'est qu'on les a retouchées à dessein pour leur procurer celte fâcheuse conformité, et que, quand elles s'en éloignent, elles ont été laites sur d'anciens manuscrits d'une grande correction. Non content de poser des principes de celle nature, capables de tout ramener à un pyrrhonisme, le docteur anglais a la hardiesse de s'inscrire en faux contre l'aulhenlicilé de quelques passages (2) de nos Ecritu-

(1) The state of the prinled hebrav texl of the Old Testament considérée. Dissert, the second, etc., pag. 177 etseq.; The len animal accounts of the OUI Testant. Account X, ycar 1769, pag. 144. Voyez Bibliothèque des sciences et des beaux-arts, avril, elc, 1761 , t. XV, piii-l. II, pag. 528 et suiv.

(2) C'est à l'occasion de ce que M. Kennicotl observe louchant les manuscrits grecs de la version des LXX (Il Dissertai., etc., nti supra; vid. et Bibliothèque des sciences, elc. , loin. XM, juillet, etc., part. I, pag. 11 et suiv.) qu'il ose s'élever < outre l'authenticité de plusieurs versets contenus dans les chapitres XVII et XMll du 1er livre de Samuel. En parlant des interpolations auxquelles le manuscrit alexandrin publié par Grabc et par ses amis , a été sujet, et dont il donne quelques exemples, il en cile un entre autres, tiré des remarques que M. Pilkinglon a faites sur l'histoire de Goliath. M. Kennicotl ne se conteme pas d'adopter les conjectures hardies de cet écrivain ; mais il prétend même en prouver la solidité. Aussi prononce-l-il gravement , que le 12e verset et les suivants jusqu'au dernier mol du 51" verset du chapitre XYll, et les versets 55, 56, 57 et 58 jusqu'au 5e inclusivement du chapitre XV111 , n'étaient point originairement dans le texte hébreu. Eu vain lui allégnerail-on toutes les versions grecques el orieniales et surtout le manuscrit alexandrin, qui ont con^ serve ces mêmes versels , conformément à nos écritures hébraïques; ces témoignages, qui sont assurément d'un très-grand poids, n'arrêteront point noue critique anglais. L'autorité du manuscrit du Vatican où tous ces versels ont élé sans doute omis par la négligence du copiste, suflit à M. Kennicotl pour décider que ces endroits sont tous interpolé*. Je n'ignore pas que le savant Père de Mont faucon (fiexaplorum Ongenis quœ supersunt , etc., tom. 1, pag 205) d:i que les mêmes versets du chapitre XVlll lui paraissent avoir élé rétablis dans le manuscrit alexandrin d'après une autre version grecque. &Uis ce n'est là qu'une conjecture du docte bénédictin, qui observe cependant que S. Jean Uirysoslome rapporte ces passages dans son homélie sur David el Saûl. D'où enfin nous seraient donc venus les versels en question ? Comment se seraient-ils introduits dans les manuscrits hébreux d'une haute antiquité? Pourquoi Josèphe en aurait il fait ntenliQn ainsi que d'autres écrivains ecclésiastiques ? De tels témoignages sont-ils donc «à mépriser !

Comme M. Kcnnicoll ne leur a rien opposé qui soit de quelque poids, nous n'appréhendons point que sa critique hardie fasse la moindre impression sur l'esprit d'un lecteur tant soit peu instruit. Mais nous ne pouvons trop le dire : ces sortes d'opinions ne préviennent pas beaucoup en faveur d'un écrivain qui s'annonce en qualité de restaurateur dp la parole de Dieu. M. Kennicotl va même ici bien pies loin que le P. Houbigant. Tout porté qu'est ce père de l'Oratoire à nous contester l'authenticité des mêmes versels du chapitre XVII, car il ne dil rien de.s autres; quoiqu'il ait la témérité de les attribuer à luul autre qu'à

res originales, quoique constatés par tous les monuments de l'antiquité. Il fait main-basse sur toutes les questions de philologie hébraïque relatives à Pinié* grilé du texte reçu : il ne compte pour rien ce que nos plus célèbres hébraïsanls ont écrit là-dessus, il se décide surtout hardiment contre les travaux des massorèthes et en parle avec le dernier mépris. Il affecte de méconnaître des corrections utiles que nous devons à ces écrivains juifs, et parce que d;ms le contexte de ses manuscrits hébreux il trouve quantité de leufs notes massoréthiques qu'on lit aux marges de nos Bibles, il ose les produire en preuve des lames du texte imprimé. Quelle critique ! On a beau dire que les diverses matières de philologie hébraïque ont une liaison intime avec l'étal de conservation des monuments primitifs de la révélation, n'importe; notre réformateur de la parole de Dieu considère comme tout autant d'arguments démonstratifs ce qu'on a allégué de contraire, quelque faibles qu'en soient les preuves. Il ne prend pas un meilleur parti sur d'autres points qui concernent l'intégrité actuelle du texte de nos Bibles. Tantôt il fait revivre les hypothèses du P. Morin; tanlôl il embrasse celles de Louis Cappel, de M. Simon et même de Guillaume Whision ; tantôt enfin celles du Père Houbigant. Ses deux dissertations sur l'étal du texlc hébreu imprimé ne sont qu'un tissu des divers sys» tèmes de ces nouveaux hébraïsanls; el les autres brochures qu'il a publiées ensuite , tiennent égale* ment aux mêmes systèmes.

Avec de pareilles idées, qui rendent presque tout problématique ; qui loin de lever les difficultés de l'Ecriture sainte, ne servent qu'à les augmenter; qui au lieu d'éclaircir et de fixer les véritables règles de la grammaire hébraïque, ne tendent qu'à les obscurcir et à les anéantir : avec de tels principes , quel guide M. Kcnnicott se prescrira-t-il dans le choix des variantes du texlc? Le savant anglais nous produiral-il indistiuc.emcnt tout ce que ses manuscrits, de quelque autorité qu'ils soient, renferment de diversités de leçons bonnes ou mauvaises ! Quelle bigarrure sa nouvelle édition n'offrirait elle point encore ,

l'auteur des livres de Samuel, il convient cependant, qu'ils onl élé pris de quelques monuments sacrés (Houbigant in hune loc. , tom. II , p;>g. 225; voy< 4 S.Bibleavec un commentaire littéral, e.c, par M. Chais, loin. Y, pari. I, pag. 150, noi.: Pétri Morini el Fiaminii Nobilii Scholia in utr unique editiouem YomanaiA et parisiens. LXX inlerpret.).

M. Kennicotl eût dû êlre plus modéré dans sa critique : il eût dû fiire attention .'qu'en convenant luimême que le manuscrit du Vatican est défectueux eu différents endroits; ce même exemplaire le pouvait être, et l'était effectivement dans ceux que nous avons en vue. Il n'ignore point aussi que la version des LXX a beaucoup souffert du laps des temps, et que l'ancienne version italique n'a point élé à l'abri de l'injure des siècles ; qu'enfin, quelque diligence qu'on ait faite de nos jours pour rétablir l'une el l'autre, il s'en faut bien qu'on puisse se flatter de les avoir dans leur .intégrité primitive. Ainsi son argument est sans force, et heurte même de Iront les premières règles de la critique.

DE LA REVELATION

si ses corrections de ce texte primitif étaient frappées au même coin que la plupart de celles quM a déjà publiées dans ses deux dissertations! M. Benjamin Kcnnicolt n'a donc guère jusqu'à présent dirigé sa marche que d'après des règles de critique fondées sur des preuves mal étayées, parce qu'elles sont toutes lie s avec des systèmes sans consistance, Sa méthode de découvrir les prétendues fautes du texte hébreu , et sa manière de procéder dans la découverte des variantes , ne sauraient par conséquent ouvrir une rouie également sûre et lumineuse pour lui faire rétablir ces mêmes Ecritures dans leur pureté originale. Mais laissons les idées systématiques du docte Anglais ; elles sont suffisamment réfutées dans nos mémoires : venons plutôt aux m .tétïaux que ce savant littérateur veut employer pour purger nos éditions des Ecritures hébraïques de ce grand nombre de taches qu'il y aperçoit à chaque pas : nous n'appuierons que légèrement sur cet objet, tout intéressant qu'il est; il faut enfin mettre des bornes à nos Considérations.

D'abord M. Kenmcoll ne déclare point une guerre ouverte ni contre toutes nos éditions , ni contre tous nos manuscrits hébreux ; et c'est par ce seul endroit qu'il se dislingue surtout de M. Simon, du P. Iloubiganl et de quelques autres critiques. A la vérité il ne paraît pas être assez cousu .1(1) avec lui-même sur

(1) Le principe d'où part le savant anglais dans la II* partie de sa lre Dissertation sur le texte hébreu, c'est que nos éditions de la Bible hébraïque ne diffèrent entre elles que dans un petit nombre d'endroits; au contraire, les manuscrits hébreux du Vieux Testament diffèrent beaucoup entre eux , soit les uns des autres, soit de nos Bibles hébraïques imprimées. La raison de celle uniformité entre les Bibles imprimées, c'est encore, selon noire critique, que la Massore a été la règle que les Juifs ont établie pour assurer à leurs Bibles une harmonie parfaite, une autorité irréfragable. Loin de former leur Massore sur les manuscrits , ils ont corrigé leurs manuscrits qu'ils ont pu recouvrer sur la Massore : ils n'ont point craint de rayer des lettres, des mots, des phrases qui ne s'accordaient point avec leurs règles. Heureusement, ajoute-t-il le pouvoir des Ju.fs a été pins borné que leur zèle. La conformité ne se trouve que dans les manuscrits modernes : les anciens offrent des diversités qui servent ou à corriger le lexie, ou du moins à prouver la possibilité des fîmes et l'usage des premières versions. De là il conclut qu'il s'est commis beaucoup de fautes dans les copies qu'on a faites du Vieux Testament. Aussi s'a, puie-i-il orlement sur celle assertion, que nosBih'es imprimées, toutes faites sur des manuscrits hébreux d'une date assez récente ou peu an érieure à l'invention de la ty pographie, fourmillent d'erreurs. Mais comme le docte anglais a fait dans la suite de nouvelles découvertes sur les anciennes éditions de nos Ecritures hébraïques , de la manière qu'il en parle ailleurs, il semble qu'on doit beaucoup rabattre de ce jugement peu favorable qu'il avait d'abord porté indistinctement de toutes celles que l'imprimerie nous a procurées. L'est M. Kennicott lui-même qui nous fournil cette observation. En effet le savant anglais assure (The ten animal accounis of the Collation of hebrew niss., cic., accounl 9 , year 17C8, pug. 150, vid. et annum 1769, ibld., pag. 147) qu'entre l'édition de la Bible de Soncino de 1 'i88 , et celle qui a été donnée par

ce qui concerne nos éditions de la B.ble. Quoiqu'il en soit, nous devons du moins lui savoir quelque gré

Van der lîooght en 1705,il a trouvé 12,000 variantes. Pourquoi cette grande diversité? C'est, dit-il. que la première édition a été faite sur des manuscrits anciens, au lieu que dans l'au'ieona pris pour modèles des manuscrits modernes. Il n'est doue point vrai que les juifs aient manqué de bons manuscrits pour toutes leurs éditions de la Bible, puisque, selon M. Kennicott, les manuscrifs de date récente so t ceux précisément qui sont très fautifs, et que les anciens sont infiniment plus exacts. Du reste, sans doute que parmi ces 12,000 diversités de leçons, notre docle philologue met principalement en compte les lettres quiescentes Vjtin, omises ou transposées, et qu'il affecte d'ignorer que nos éditions ont suffi sammenl remédié, comme nous l'avons déjà remarqué, au défaut de ces mêmes lettres; qu'enfin i! a oublié de considérer que les notes du keri-cbet bb rapprochent tellement nos bonnes éditions modernes des anciennes , que les différences des unes avec les autres sont, à très peu de chose près, à peine sensibles. C'est ce que j'ai observé en confrontant à dess< in quelques chapitres de l'édition des prophètes an:érieurs et postérieurs , faite à Soncino en i486 av< c celle «le Van der lîooght; et je ne doute point que je iù jsse trouvé la même conformité en poussant plus lr.,n celle collation. Mais c'est un travail des plus rebutants, qui m'a souvent fait perdre un loisir précieux, que j'aurais pu consacrer utilement à quelque élude d'un plus grand intérêt.

Un savant philologue, auquel le public est redevable d'une foule d'éditions de plusieurs bons ouvrages sur différentes matières ecclésias'i |ues , et dont les travaux sur la sainte Ecriture méritent toute notre reconnaissance , a inséré dans le Journal ecclésiastique de M. l'abbé Pinouart (juin 1772) des Remarques sur les trois Bibles; savoir : la première donnée par le IL P. Uoubigani , à Paris en 1755; la seconde que M. Kennicott prépare en Angleterre; la troisième projetée en Italie par le IL P. Fabricy.

Ce docte hébraïsant s'est sans doule un peu trop pressé; il a jugé de l'objet de mes Considérations critiques par l'annonce d'un simple litre mutilé en parlie dans le prospectus qu'on on a imprimé à Paris vers le commencement de février 1772. Cependant le prospectus lui-même, tout concis qu'il est, indique suffisamment les vyes qui m'occupent dans ces Considérations, cl dément totalement l'idée dont le savant M. Bondel me fait honneur.

Le projet d'une édition du texte de nos Ecritures hébraïques, comparé avec les manuscrits hébreux et avec le* anciennes versions, n'est point un projet né de nos jours. Quelques littérateurs oui déjà disserté là-dessus et eu ont tenté l'exécution. Il est inuile (pie je revienne sur mes pas pour répéter ce que j'ai dit à ce sujet dans mon quatrième mémoire.

Persuadé que celle méthode de collation peut faire commettre bien des faux pas, si elle n'est guidée par une critique sage et éclairée, j'ai cru devoir examiner quels seraient les avantages qui pourraient résulter d'une nouvelle édition qu'on ferait du texte original de l'Ancien Testament, conféré avec les manuscrits hébreux et avec les anciennes versions. Cet examen entrait naturellement dans le plan de mes Considérations sur l'intégrité du texle hébreu. Les travaux entre autres du IL P. Houbigant , ceux dont s'e«t orcupé et s'occupe M. Kennicott ont dû aussi me rappeler à cet examen. J'ai discuté en consé quence la nature du même projet ; j'ai fait voir, les difficultés qu'il y a de le bien remplir; j'ai immué les secours que nous avons, et comment on pourra t s'en servir avec succès. Tel esi le résultat du IV mémoire de mes Recherches, uniquement destinées i venger la vérité hébraïque des insultes de l'erreur <i

399 Dë$ TITRES

d'avoir «assez respecté ce même texte en avouant (1) qu'il ne contient aucune erreur qui touche immédiatement aux vérités dogmatiques et morales : aveu qui assure à ces Ecritures hébraïques , si décriées par ie critique anglais, toute leur intégrité essentielle.

Je conviens que de la manière dont M. Kennicolt annonce (2) son projet de collation et les découvertes importantes qu'il a faites par la voie des mss. hébreux, on dirait que nos Cibles imprimées sont toutes remplies de fautes capitales, où l'honneur et la sainteté de la religion sont essentiellement intéressés. Mais nous ne devons point nous arrêter sur ces sortes d'expressions d'un écrivain à qui les plus légères inadvertances de copistes paraissent des monstres qu'il faut anéantir, parce qu'ils dégradent la maje>lé et l'excellence des divines Ecritures.

A l'exemple d'un zélé hébraïsant (3) de nos jours,

des attaques d'une fausse critique. Du reste, les sages remarques de M. Rnndel m; s'éloignent guère des principes que j'ai établis dans mes Considérât! ns.

(1) The state of thé printed hebrew texl, etc., Dissert. I, loin. I, pag. 11.

(2) Account 1, ou Relation \,uli supra , ann. 1760, pag. 18. M. Kennicolt assure dans un autre de ses étais de collations (Account X, anno 1709, pag. 135), qu'il a découvert un grand nombre de manuscrits qui n'avaient point été consultés auparavant; que ces manuscrits contiennent des milliers de variantes dont plusieurs intéressent réellement, l'honneur de la révélation. Si cela est, nous convenons avec lui, comme il le dit au même endroit, qu'elles ne peuvent trop mériter l'attention de ceux qui aiment la religion et les lettres.

(3) Il a paru cette année , à Paris , une brochure in 8° de 150 pages, sans l'avertissement qui en contient deux. Elle a pour litre : Lettres de M. l'Abbé de*", ex-professeur en hébreu en l'université de **% au S. Kennicott, Anglais, de la Société roijale de Londres^ et associé au collège d'Exeter en l'université d'Oxford. A Rome, el se trouvent à Paris chez de llansy, etc.,

Le grand objet de l'auteur est de prouver que IVntreprise de M. Kennicolt est non-seulement inutile, 1 mais encore dangereuse, pernicieuse et uniquement propre à irriter el à armer de plus en plus l'incrédulité, en lui annonçant la corruption de nos livres sacrés. Celte brochure , qui est écrite avec force , mais avec un peu trop de vivacité, est divisée en cinq lettres.

Dans la première (pag. 1-12), l'ex professeur en hébreu s'attache à prouver à M. Kennicolt qu'il a tort d'avancer que les manuscrits sur lesquels notre Bible hébraïque a éié imprimée élaient pleins de fautes , el cela pour relever l'excellence de ceux dont il se sert. L'auleur anonyme lui fait voir que si c'est par le canal des juifs que nous tenons la Bible, comme le docteur anglais n'en peut disconvenir, puisque tous les manuscrits qu'il a collalionnés sont d'extraction judaïque, et qu'ils sont la base de son travail ; il n'est pas aisé à comprendre que ces mêmes juifs aient de gaieté de cœur contribué à corrompre notre texle , en fournissant des manuscrits vicieux pour 'impression. L'auleur montre ici les inconséquences .lu raisonnement du docteur anglais ; il ne l'épargne pas même jusqu'aux inadvertances qui lui sont échappées au sujet de quelques termes hébreux, tous estropiés dans ses deux Dissertations sur l'état de ce texte. Par exemple , il lui reproche avec raison d'avoir soutenu (Dissert. lom. Il, pag. 186) qu'il a trouvé un manuscrit qui, Dculéron. V, 17, lit :

nous souhaiterions de pouvoir suivre M. Kennicolt dans ses mêmes découvertes : nous voudrions aussi

spaiV-W, non perenties, au lieu de : ^UTV-NTi, el non percuties ; comme si le texle imprimé portait cène dernière leçon, ainsi que M. Kennicolt ose l'avancer. L'ex-profe-seur délie avec fondement le docieuf anglais de lui citer aucune édition où se trouvent de tels mots. Il lui en reproche autant au sujet de quelques autres termes hébreux que M. Kennicolt avait allégués dans son même ouvrage, comme existant dans nos Cibles imprimées. 11 faut avouer que cette variante serait bien remarquable, surtout dans un endroit aussi essentiel; car toutes nos éditions perlent : MSTl-NTI, et non furaberis. Mais c'est là une de ces bévues de copistes que M. Kennicott eût dû tout au plus faire observer, supposé qu'elle fùl dans son manuscrit. Menons plutôt colle sorte de faute sur le compte de l'imprimeur des Dissertations du docte anglais.

Dans la seconde lettre (pag. 13-41) l'anonyme apprécie les manuscrits hébreux dont M. Kennicolt s'est servi. Il le suit dans les différentes biuliothè nies de Paris ; il lui oppose l'insuffisance des matériaux que le docteur anglais y a découverts, pour rendre au texte imprimé celle prétendue pureté originale qu'il se propose de lui donner dans sa nouvelle édition. Il rapporte plusieurs variantes tirées de manuscrits de ces mêmes bibliothèques; el le dé'ail où l'anonyme entre là-dessus, ainsi que la manière dont il expose ces variantes, démontrent en effet que ces manuscrits se ressentent beaucoup de l'ignorance et de la présomption des copistes. De là notre ex- professeur passe à un manuscrit num. 68 de la bibliothèque publique de Cambridge. Comme M. Kennicolt dit que ce manuscrit contient des variantes considérables , l'anonyme lui soutient : 1° que les premières variantes qui s'y trouvent ne sont d'aucune langue ; [celle assertion nous paraît à la vérité trop hardie;

par exemple (ibid., pag. 25), les mots rmb , pravi» tait, œrumnœ ( Ezech. VII, 26; Isai. XLV1I, 11),

"TON;? , ad dicendum ei , ne sonl-ils point hébreux ? Ne doil-on pas en dire autant de quelques autres variantes qu'on trouve dans les manuscrits de Paiis. Par exemple (pag. 17) , DITN, perfeclus ero (Psalm. XIX, 14), futur irrégulier qui vieul de la racine DOT», perfici, etc. (pag. 19), n»n, vixisti, ou même vixi, selon la différente ponctuation. Tout ce qu'on doit dire de telles variâmes et de quelques autres pareilles, c'est qu'elles en forment d'assez méchantes qui ne font point honneur au copiste, encore moins à M. Kennicolt, s'il les produit jamais dans sa grande collection]. 2° Que les secondes variantes, quoique hébraïques, ne présentent aucun sens relatif aux passages où elles se trouvent ; 3° que ce manuscrit, tout ancien que M. Kennicolt le suppose, est fautif en plusieurs autres endroits considérables, et qu'il renferme quantité d'omissions, de répétitions, de transpositions et même d'additions as>ez curieuses , mais qui ne font aucun sens raisonnable. Tout cela est éclairci par des exemples. Ce manuscrit a donné à M. Kennicott environ 12,000 variantes; mais l'auteur des Lettres lui soutient encore que, y compris h s remarques inutiles sur différents objets, et même les notes marginales que le copiste a transportées dans le texte, il n'y en a pas 4,500, el que les autres çwe M. Kennicolt nous présente en qualité de variantes , ne le sont point du lout. L'ex-professeur ajoute aussi des exemples pour appuyer ses preuves. 11 vienl ensuite au texle samaritain de nos polygloilcs , sur lequel M. Kennicolt prétend corriger le texte; et il n'en porte pas un meilleur jugement que des aulPtl exemplaires mss. que le docteur anglais vante beaucoup. L'anonyme, (pu ne laisse rien passer à son adversaire, l'attaque même sur les dates de set) noies

9e! B8 U l'.ÊYÊLATlON.

être en étal d'apprécier les manuscrits hébreux que r Angleterre, l'Allemagne , la France et d'autres pays

cl il lui avance que la plupart de celles qui s'y trouvent sont fausses. La raison qu'il en donne, et qui nous paraît lrès-iaible, <si que la plus grande partie des niss. heureux sont d'une date postérieure a I impression, et que les Juifs qui les ont fabriqués^ qui se soni fait une loi de tromper les chrétiens , n'ont eu aucun scrupule de donner à ces exemplaires trois eu quatre ei même cinq cents ;.ns d'antiquité. J avoue qu'on en a des exemples ; mais le dire do plus grand nombre des dates des mss., c'est un sentiment qui ne sera pas trop îïoûIC de la plupart des critiques. Du reste Pèx-professeur u'insis e là-dessus (pie pour montrer que la plus saine partie des matériaux emplovés P<>' M. Kennicoil, est frappée au même coin ; et il lui dit que, parmi la liste énorme qu'il donne de ses mss. hébreux (Diuertul.-tom.il. migbl^suiv.), il n'en trouve pas deux qui soient aussi corrects et aussi purs que le texte imprimé.

Dans la IIIe lettre (pag. 42-72), noire savant a onvme s'étend sur le génie Singulier de l'idiome hébreu. Il donne là dessus des leçons au docteur anglais, et accompagne ses observations de plusieurs exemples tous analogues au caractère de la langue hébraïque. Quoiqu'il n'y ait ici rien de bien neuf louchant cette matière, les jeunes hébraïsants trouveront néanmoins dans celle lettre les vrais principes de celle langue ; et il tant avouer qu'on ne lcs*pcrd que trop de vue depuis qu'il e certaine classe d'bébraisants a tenté d'in réduire de tout autres règles, inconnues à l'antiquité. 'N'oublions point de bure observer à nos lecteurs un deli bien remarquable de notre anonyme. « Faites dépose", dit il au docteur anglais (pag. 42), entre les mains de monseigneur voire ambassadeur auprès de noue monarque1, le meilleur , le plus ancien de vos 400 m>s. ; ci si, contre une faute du texte imprimé , quel qu'il feoii , qui ne sera ni marquée par le cercle n.assoréiique, ni corrigée dans la marge, ou contre tine bonne variante du dit ms., je n'y trouve pas dix ignorances ou (utiles grossières, je m'avoue le plus leur ho et le plus impudent de tous les hommes. Je suspende dans ce moment ces deux qualités au-dessus de ma tète, je ne les attache qu'à un cheveu. Coupezle, si vous l'osez, t M. Kennicoil est Hop galant homme pour i.c point accepter un par» il déli.

La IV' lettre (pàg. 75-9Î)) intéresse par plus i\\m endroit', l/cx-prolessenr y attaque directement les variantes que le docteur anglais cite comme étant d'une grande Conséquence ; taudis, lui dit-il, qu'elles ne sont que des ignorances cl des inadvertances de ses inauusci ils. 11 le suit dans ses corrections, qu'il lui soutient être im:«gim ires ou tout au inOiusiuuiiles.il ne l'épargne point da s ses raisonnements inconsé pienls et souvent eontindictoires. Avant d'entrer en matière, l'anonyme donne l'explication des noies inassoiéijques qui se trouvent aux marges du texte imprime. Une cliose digne d'auimadversiou dans le docteur anglais, et que noire < ritique ne manque pas de relever, c'est qu'il lui paraît singulier qu'eu montrant la dilïoreneemre le> leçons du texte imprimé cl «elles des manuscrits. M. Kenuicolt dissimule non-seulement les corrections laites de ce môme texte, mais qu'il nie ■le plus un termes formels, qu'elles y soient; tandis qu'elles sautent aux yeux dans nos éditions et surtout dans celle de Van dur ilooglb , avec laquelle le docleur anglais culiatiouuc tous ses manuscrits. L'auteur des Lei.rcs observe encore judicieusement, que les noteà marginales de nos Bibles n'annoncent pas toujours une taule dais ie texte, qu'an contraire elles ne ser\eiil,ia plupart du temps, qu'à annoncer l'hébraïsine, en nous avertissant d'y prendre garde, et d'entendre ou de traduire comme s'il y av. ni dans le texte les mois qu'elles indiquent à la marge. Notre savant hé- U'aïsaiil français en donne des exemples qui conlir-

s. S. XXVII.

ultranionlains lui ont f.uruîs; fixer enHn 'cur véritable prix à ce nombre presque immense de variantes

ment son assertion. Il entreprend ensuite de venger notre texte commun de quelques corruptions que le docteur anglais prétend y trouver; et Ion ne peut nier qu'il ne le lasse avec succès. Il s'arrête principalement sur un célèbre passage du Deuléronome, chapitre XXXIII, vers. 2 et 5. desquels M. Kcnnicotl présente une nouvelle leçon (Dissert, pag. 422, snlv.). L'auteur des lettres discute même grammaticalement tes paroles du contexte; il en examine l'objet, iléclairoi ses remarques sur cet endroit du livre de Moïse, par d'autres passages de l'Ecriture, cl montre les écarts du critique anglais, mais sans commettre lui-même des inadvertances grossières, que le savant M. Biorustahl a déjà très-bien révélées dans une lettre qu'il m'a l'ail l'honneur de m'écrire, et qui est imprimée à la fin du présent ouvrage, col. 915-Ull. Observons de plus, qu'il est faux que le moi "INI de la version samaritaine, ne signifie point, dans la main , comme le soutiennent le docteuranglaiselnolreanonymc; car on dit en langue samaritaine , aussi bien "7>î, marius , que l\ Ainsi celle version a rendu très littéralement 1.- texte hébreu du passage en question. Mais la nouvelle leçon de M. Kennicoil esl insou cnable, sous quelque aspect qu'on l'envisage, et la traduction qu'il en donne esl pleine d'obscurités : la version au contraire quu l'anonyme nous préseule d'après le texie imprimé , dégagé de ses hébraïsincs , fait un sens clair, intelligible et harmouieux.

Dans la cinqu ème lettre suivie d'un Post scriplum (pag. 100 130), noire anonyme a en vue de prouver que la grande collection que Al. Kennicoil nous promet, est non-seulement inutije. puisqu'il convient lui-même que le lexle imprimé ne contient aucune erreur préjudiciable au dogme el à la morale; mais qu'elle est encore dangereuse, en annonçant (pie la source primitive des versions esl absolument corrompue, il reproche de plus au docteur anglais qu'il n'a peint les talents nécessaires pour exécuter une entreprise do cette nature, et que les nouvelles recherches qu'il fait l'aire au sujet des mss. hébreux ne hâteront pas davantage l'exécution de son projet, auquel il applique ces vers de la poétique d'Horace :

PurturiCHî montes, tuucetur ridiculus mus.

Celle lettre, ainsi que le Post scriptum, oiî'rc des personnalités qu'on devrait toujours éviter dans les disputes littéraires, et qui, loin de faire embrasser la vérité, ne servent qu'à aigrir et à la faire perdre de vue. Un écrivain doit garder la décence el respecter la personne de l'auteur qu'il combat , quelsqu'eu soient les écarts. Ce qu'il y a, au reste, de plus rem. irquable dans celte lettre, c'est la discussion où entre l'anonyme au sujet d'un passage du verset 10 du psaume XVI , ntW rv.îsnb "pTDn pn ià : Xon dabis SANCTtJM tit'M videre eorrnptiôncm , Vous ne son (J'y irez pas que vo'tuk Saint éprouve la corruption. Paroles qui, dans tous les sied s, oui été entendues de Jésus-Christ dans le tombeau, avec d'autant plus de raison qu'il est le seul et unique objet de ce psaume. Notre hchraï aut lait ici des réflexions sensées ci cxpo>c l'iucou.-équeuec et la contradiction de» raisonnements de M. Kenuicolt au sujet de ce passage. Ko effet, ce critique anglais a insisté mal à propos sur le mol hébreu "pTDn, kasidca, sanctl'M tulm , imprimé dans nos Bibles, comme si c'émil une corruption du texte. Outre que dans nos Ciblions le dernier jod de ce mot se trouve noté d'un petit cercle massorétique , les points-voyelles qui accompagnent ce terme indiquent évidemment qu'oi. doit le lire au singulier, comme en a aussi qverti la Massore, et non kasideta, snnclos luos : e'e.-t en quot on voit la bonne foi des Juifs. Am-i . l'auiorilé dei mss. est assez inutile, puisque quantité de nos Bible* imprimées nous ont conservé ia même leçon qu'où retenue plusieurs mss,

{Yingt-ncuf.}

903 DES TITUES MIM1TIFS 90Î

eu'il dit y avoir découvertes, et dont il dépose chaque ainsi qu'il nous en avertit lui-même dans ses diflëennéc la collection dans la bibliothèque d'Oxford, rems étals de eullalions. Mais pour bien remplir cet ta

Terminons cet extrait par une réflexion que In lecture de ces lettres nous a l'ail naître. Le grand objel de l'anonyme est de prouver à M. Kenuicnit l'iusuiii- Kance des matériaux qu'il fait i ni valoir au préjudice' • lu texte imprime; aussi le suit-il dans ses niss. : il en produit des variantes qui montrent évidemment que ces mss sont pleins de taules. Mais M. Kcnnicott ne pmirra-til pas répondre que, nonobstant les erreurs dont aucun ins. n'est entièrement exempt , le fait pt otive néanmoins qu'ils contiennent des diversités de leçons qu'on ne doit point négliger, puisqu'elles sont constatées par les anciennes versions? Me trouvera t il pas le moyeu de justifier même quelquesunes des variantes que l'anonyme lui cite [Leli. Il, j:ntj 15 et li>) d'après le ms. mun. 1 cl 2 de la bibliothèque de Sainl-Germain-des Pi es. et qu'il mcia.i rc- IttiifPar exemple, le mot W%C)2n Kamiscln m, cinquante (lil llois, XVIII, 4), écrit deux l'ois dans l: premier ins., est conforme à la leçon de la Vu'gnle et de la version syriaque. 11 est \rai que la leçon du lexte imprimé , «lira M: Kcnnicotl , est appuyée du grec des LXX et des versions chaldéeune et arabe-Mais ce qui prouve la nécessité de celle leçon cl la corruplbn du texte imprimé, c'est qu'elle se trouve dans le même chapitré, verset 13 ; Leçon que les versions syriaque, arabe et chaldcenne , ainsi <pic celle île S. Jérôme , ont également suivie. Voilà, ce me semble, la réponse que M. Kcnnicott pourra faire pour démontrer que ses travaux ne sont point aussi inutiles que le piéleml l'anonyme. Ce n'est pas tout : M. Kcnnicott n'in- «istera-t-il pas aussi sur la validité de l'autre variante du deuxième manuscrit , et qui porte (Jos.,V, 10) DV "CT TOniQ pWD ? paroles que Ton doit traduire : Dans le quatorzième jour du premier (mois), cl non pas, -dans te premier, dans le quatorzième jour , comme l'a rendu l'anonyme; bans doute, dira encore M. Kcnnicott , pour jeter du ridicule sur cette variante, s'il voulait traduire de cetic sorte pour conserver l'hébralsinc, n'csi-il pas évident qu'il devait ajouter le mot de mois après le ternie de premier, puisque Le contexte le suppose, et que < c passage est d'ailleurs paiallèlc à celui de l'Exode, XII, 18, où on lit précisément le mol de Burisclion ? Du)is lequmorticme jour du premier mois, sur le soir, etc. Celte variante, conclura M. Kennicoit, serait-elle donc une ignorance, une bévue du copiste?

Nous nous sommes aperçus de quelques inadvertances qui ont échappé au docte anonyme , cl que M. Kennici'tt relèvera probablement encore. l';«r exemple, l'a nony nie (Lettre II, pug.Vô etsuiv.) attaque M. Kcnnicotl sur les deux daîes qui se trouvent à la /in d'un ms. de la bibliothèque de Saint-Germain désires, num. 3, comme si la seconde détruisait la justesse do la première. Il n'y a point de contradiction dans ces dales : elle ne subsiste (pic dans le faux calcul qu'en fait l'anonyme, ci non d.ms le ms. Eu e 11 e l l'anonyme dit que cet exemplairedu Peniaicuque,avce les meghilloih ei leshapblaroîh, a élé écrit le quatrième du mois d\ib (juillet), fan cinq mil soixante trois de iaciéution du mande. Mais cela ne peut s'accorder avec l'épigraphe en hébreu que perle l'anonyme, d'après le

ms. : dtp; rènaï poti D*»sb« rwcn rcu, ce qui

fignilic latéralement Cannée £>t)G0 de la création du monde, et non pas 50G3. Cela supposé, la seconde épigraphe où il est dit que l'on a l'ait présent de ce ms. le lundi, premier du mois jiar (avril), rP*ub iCI

PWNH rûty, /'an 50G3, ne souffre aucune difficulté. 41et exemplaire a donc été écrit l'an 51)00 de la création, ou Tannée 1 51)0 de Jésus-Christ, et l'on en a fait présent t'.ui 150 >. Qu'était il nécessaire que.W.Kcnt; coït lîi mention de celle seconde date, qui suppose évidemment l'existence du ms.?

Nous ne faisons point ce- remarques dans h vue d<\ déprimer les Lettres du savant anonyme Nous som. mes peisuadés :in contraire qnVIl s méritent i me l'attention de M KenuicoM, iluui n >us rcspivimà néanmoins les lumières et le savoir, quelque élo .:;.écque nous soyons des o i nions qu'il a embrassées :\o ;s ne doutons point aussi i-uo, iiims l'antre ttiivrngc <;itë l'anonyme prépare contre le docteur anglais , ainsi que nous l'avons appris par nue leur»; de cri i ébr. ïsanl français à un de ms amis, d ne v'u i:n b ■• a :q>précicr ces sortes «b; diversités de I çons; : o f nd elles ne nous paraissent point leiles qu'elles sup,> sent u::e erreur dans nos impr mé> heureux. Par exen pic, le verset io du chapitre XVIlI du III* livre des II us met deux fois le mot de cinquante, non p.is que ce terme y soil absolument e>scuiicl ci que le sens demeure Hiterrornpu kfaiis le quatrième verset , mars parce que c'est ime laç m d'é< rire ass> z nrdina re aux auteurs saciés que de si, cellier de nouveau et (lus particulièrement ce (pi*i!s n'ont indiqué qu'en gros liai s un autre endroit, quoique d'une uuimère assez claire pour ne pis s'y méprendre. A lin de mieux dérober à la fureur de iJézahel les priphètes du Seigneur, Abdias, ce zélé serviteur de Dieu, n'en fait cm lie que jusqu'au nombre de Cliquante par caverne. Ce le façon de s'exprimer né supp kc-X die pas datiement que les autres cinquante qui restent du nombre donné avaient éié cachés dans une autre caverne, ainsi que l'écrivain sacre l'explique avec plus de d lads d.ms le treizième verset. Ce n'est ici tout au plus qu'il .e de ces ellipses si lié uentes dans rKeiilurc, e , non pas une faute d;:iis le texte impi hue. I en esi de même de ce qui concerne le passage de Jo>wé. Le mois d'abib (qui correspond eu. part.e à notre mois de mars et en partie à ce ni d'avril) nommé ensuite nisaii, était un mois célèbre chez le peuple hébreu, surtout au temps de Jûsuc : il ne l'.diail que prononcer chez eux le terme de XT\nhjHtkliodesiht moi>, pour entendre le premer mois de leur année ecc ésiasii.que. Jo>ué parle ici à un peuple qui n'ignore point se» propres usages, qui e>t iiislruil des merxcilbs que le Çe.igneur ava.il opérées le inéme inoia eu sa faveur à la lace de toute l'Egyp:e. Eu disant que les Israélites lirénl leur pàque, le quatorzième jour du mois, comme porte l'hé • breu imprime, pouvait il y avoir aucun Israé ile qui n'entendit parfaitement « c langage, où Josué fait d'une manière assez claue allusion à ce mois qui éiaii si mémorable, le seul coiisacié par le supicuie législateur des Hébreux à la ccléhrai.imi de la pàque? Il n'y a donc point d'erreur dans les deux textes eu question. Ces sortes de variâmes n'ont d'autre origine que la présomption de copistes minutieux et ignorants. Du reste, la version syriaque porte (Jos.V, 10) Uiarklio, liadmoio, Men*e primo. Le grec des LXX. la paraphrase cluddaïque et la version arabe, e lin notre Vulgaie, ont lu conlorméiueut au icxie imprimé. Ce n'est point que je veuille m'iuscrire en faux contre toutes les variantes : il y en a sans douie qui ioiit dignes de ['attention des critiques. Telle est celle «pie AL Kcnnicotl a discutée fort au long dans sa savante dissertation sur I Samuel, chapitre VI, verset 19, au sujet des Betbsamiles. Mais, quand on cou idère de près les diversités de leçons en jiénéial, selon les iègles de la bonne critique, après avoir fait une étude profonde et bien réfléchie du stylo et des vues ce écrivains sacrés, il s'en faut de beaucoup qu'elles soient telles qu'elles paraissent le:re au premier aspect. Tout ms. qui donne une variante proprement il le n'est point un garant assuré que celte variante Soil la leçon pri' miiive du texte. Il y a là-dessus des règles qu'un non critique ne doit point négliger: nous les avons touchées dans i.os mémoires , à mesure aue l'occasion «'eu est présentée.

50" DE LA HEV

tâche, il faudrait avoir sous les yeux et ces différents manuscrits et les variantes qu'il en a tirées. Suspendons encore notre jugement : al tendons que la grande collection du docteur anglais ail vu le jour. S'il c t cependant permis de juger de la qualité des manuscrits que M. Kcnnicotl fait beaucoup valoir pnur sa nouvelle édition du texte liéljrcu par ceux qui nous sont tombés cotre les mains, et desquels le savant Anglais a reçu les collations, ne pourrions-nous pas nous délier de toutes ces belles découvertes dont il s'appl «udil peut-être avec un peu trop d'emphase?

Nos manuscrits de Homo (1), tels que ceux de la bibliothèque du Vatican, les deux assez anciens que

(1) Parmi ces mss., desquels MM. Assémani ont don «é une notice irès-exaelo dans le premier volume «h* leur (lylaJoguc imprimé de h bibliothèque du Valica-i. il y en a d'une respectable auli jiiité et aussi aocien^ (pie M. KetmicuJt Se requiert pour pouvoir être employés a létahlir le texte présent de nos Dililes hébraïques. Or, ces inanusi rils ne donnent qu'un petit n< mine de variantes proprement dites, qui sont même de peu de considération. Quand on compare même chacun de ces manuscrits en particulier avec les ex'inplaires imprimés hébreux, on trouve rarement dans ceux-là celte exactitude qu'offrent, les (huniers. Cela prouve sans doute que les copistes n'ont point clé infaillibles : aucun bon critique ne l'a soutenu, et M. Kcunicnll appuie trop là-dessus. Mais celte confrontation des mss. hébreux connus de nos jour-; avec les imprimés , foarmt en même temps une preuve évidente que les premiers éditeurs de la Bible hébraïque n'ont point manqué d'excellents mss.. et que, non contents de quelques exemplaires qu'ils avaient sous les yctix , ils en ont aussi collationné plusieurs autres et «ml fait le choix des meilleurs pour donner une édition du texte, la plus correcte qu'il lût possible. Voyez ce que nous avons observé ci-dessus contre M. Kennieoit, louchant les anciennes éditions de la ttibie hébraïque.

Les deux mss. de la bibliothèque angelique c! du collège des Maronites, ainsi que ceux de notre bibliothèque de (îasanale, ne sont pas plus recommandables par la nature de leurs variantes que les mss. du Vatican. Ne pourrait-on pas en dite autant des mss. de la bibliothèque royale de Turin, ainsi que je l'ai appris par une réponse dont le IL P. Ansaldi , dominicain , docteur et ancien professeur en théologie, d.ms l'univer.-dié de la même ville, m'honora à l'occasion d'une lettre (pie je lui écrivis nu sujet des mss. hébreux conservés dans celle bibliothèque du roi de Sarlaigne? Voici ce que ce respectable savant, très connu dans la république des lettres et qui ne cesse de l'enrichir de lions ouvrages, me lit la grâce de me marquer, le 5 mai 1700 : < lin parlato col leologo'*' il quale mi ha assdeurato suila parola di uonio d'oi orc. che nulla non ha ritroValo di essenziale telle note variant! : lutta la diOerenza consiste in aleuni van o jod : non mai alierarsi il Seuso del lesio connue : grande c>sere slata la faliea : gencrosa ringlese ricompeu.-a ; ma il giuoconon valcre la C&ndela. >

Une personne tics-inslruilc dans ces sorics de ma lièics m'a aussi assuré qu'un habile homme a porté le même jugement des mss. hébreux de la bibliothèque du grand-duc de Toscane, à la collation desquels il a eu bonne part. Je ne puis rien dire des mss. de la bibliothèque ambrosienne de Milan, qu'a collationnés pour M. Keunicott, mon savant confrère, le 1\. P. Porta , professeur en hébreu dans l'université de Pavie. Quelques instances que je lui aie laites, il a gardé le plus profond silence sur la lettre que je pris la libellé de lui écrire en 1769, touchai^ le tucui.c sujet.

ELÀTION. 906

l'on conserve dans h bibliothèque angelique et dans le collège des Maronites, nos manuscrits de la bibliothèque de Casanate, ceux enfin de la bibliothèque royale de Turin et de celle du grand-duc de Toscane, lous ces exemplaires hébreux seraient-ils donc d'une tout autre nature que les manuscrits qu'on a déjà coliaiionnés pour M. Kcnnicotl en d'autres parties de l'Europe? Il s'en faut bien cependant que ces manuscrits d'Italie donnent des diversités de leçons aussi nombreuses et aussi importantes que M. Keunicott nous le fait attendre dans ses différents étais de collaiions, en parlant des variantes en général. Que conclurons-nous de cette anecdote? Les travaux de M Keunicott seront-ils vains, inutiles et infructueux? non sans doute : nous souhaitons au contraire qu'une collection de cette nature soit bientôt exécutée pour l'honneur de la religion et pour l'intérêt des lellres. Il ne s'agit que de vérifier un fait qui va mettre la dernier sceau d'authenticité et d'intégrité aux titres primordiaux de la révélation.

Rien n'était plus familier aux manichéens que d'accuser nos livres saints d'être corrompus. S. Augustin se contentait de leur répondre qu'ils les déliait de justifier par d'anciens exemplaires une pareille absurdité que démentaient lous les manuscrits de son temps (l).

Avant que le doctetir Mill s'occupât de son immense collection de variâmes grecques sur le Nouveau Tes- L a ment, on avait vu pbs d'un écrivain licencieux qui cii taxait le texte d'une infinité de fautes très-considérables. Malheureusement certains critiques qui traitent les Livres sacrés de même œil qu'on examine les écrits des auteurs profanes, n 'appuyaient que irop par des hypothèses hardies les assertions téméraires de ces mêmes écrivains, Enfili l'édition grecque (2) de ce Nouveau Testament parut , et ces vaines clameurs de l'incrédulité se dissipèrent bientôt. L'avantage qui résulta des infatigables recherches de Mill, fui qu'après tant de leçons grec nues puisées dans toutes sortes d'écrits de l'antiquité ecclésiastique, le texte grec du Nouveau Testament n'en fut pas jugé moins

(1) Nihil mihi videlur ab eis (mnnichœis) impudenlins dicï. veL, ut mitius dicam,incuriosius et imbecitlius, quanta Scripluras divinas cuse corruptas : cum id uulli» in tam recenli memoria exstantibus exemptaribus possint convincere. Augustin., De Utilitale credendi ad Hunortttum liber, cap. 2, § 7, Opcr. edit. bénédictin, ton». Ylll, col. 49.

(2) n RAINH AIA0HKH. Novum Testamentum euitt lectionibus var'umtîbus mss. exemplarium, versimww, ediiioiuim SS. Pair mu cl scriptomm ecclrsiaslicorum . et in casdein notis. Accédant loca parallela chaque exe» getica, et appendix ad variantes leclioues. Priimiititur disscrlaào, in qua de libris IS'ovi Testant, et cannais constituiione agitur , Instoria sacri tcxlus Novi Fœderil ad noslra tnque icmpora deducitur, ei qnid in liac edi* liane prœatitum iil explicatur. Studio et labore Jcannis, Milli S. T. P. Oxonii, ethealro Sehldon, 1707, foL Yid. Jo. Alb. Fabricius. Biblioth. sacr , lib. IV, cap* 5, § 1G et 18, pag. 185 et 183; Acla cruditornni. Lu psi;e édita, anno 1708, pag. 1, seqq. ; Jean Leelerc» Bibliothèque chohie\ tom. XIV, pag, 5Sûf suiwç£s% loin. XM, pag. oit,

certain (1) qu'il ne l'était avant que ce théologien anglais eût publié sa grande collection de variantes, cita quee avec force par Daniel Whitby( -2). La religion

(!) Le trop Fameux Collins, qui s'est jeté dans des idées aussi bizarres qu'impies sur ce que nos dogmes ont de plus sacré, tenta d'appu ver-son système irréligieux en rc'evant contre la collection du docteur Mi!l quelques c:idr<»its de la critique que Daniel Whiihy, théologien anglais, en avait l'aile. Antoine Collins objectai i (Discours sur la liberté de penser, écrit à l'occasion crime nouvelle secte d'esprits forts ou de qens qui pensent librement, traduit de l'anglais, c!c., Londres 1710, in-8°, pag. 12) que celle collection de variantes rendait tout douteux le icxtc du Nouveau Testament. Mais cet écrivain licencieux ne donnait qu'un faux appui à ses sentiments libertins. Il ne pouvait que sentir qu'une pareille objection tombait d'elle-même, ou égard à la nature des variantes du recueil de Mill. Voyez au reste la réponse (pie Richard Deniley a faite à celte objection, dans son ouvrage intitule la friponnerie laïque des prétendus esprits forts d'Angleterre, ou Iteninripics de Philéleulhère de Leipsick sur le Discours de la libellé de penser, traduites de l'anglais, etc., Amsterdam, 175H. in-12, pag. 108, suivantes: Nouveau Dictionnaire historique cl critique, par M. Jacqri -s Georges de Chaùlepic, loin. III, art. Mill, p g. b7, Miiv.j noi. C. Le docteur Bentley y prouve d'une manière solide que, quelque nombreuses que soient les variantes recueillies par Mill , la religion n'a rien perdu de sa vérité, ni les écrits du Nouveau Testament de leur authenticité.

Lu:!<;!phe Kustcr, savant d'Allemagne, de l'académie des 1 s tintions cl Relies Lettres de Paris, mort ti : us !e sein de l'Eglise catholique en 1710, âgé de 4-J a :s, retoucha les travaux du docte Mill, cl s'en acquitta avec gloire. Mus il assure dans s.» préface (pie ton es ces diversités do leçons, qui vont même jusqu'à j lus de 50,000. n'offrent absolument aucune variété considérable : ii montre au contraire que leur grande uuif nniié sert infiniment à constater l'autorité du texte original. Qnod eni n. aucioritalcm tex us aacii magis confirmait* queat, quant mirificus toi codicum mss., versionnm , Patrum nliorn.nqiie scnptorum veterum consensus, qui (ijuod <<d ipsuin lexlunt aitiuel) l.viur tanUuu allingunl, exiguo discrimine i nier se discrepmil? Kiisierus, Vnvfhfio ad lectoyem de edit. cjusd. ÎSovi T<st. Joannis Mïlliï, a se denuo receusi:a, meliori ordine disposita, appendice intégra prior<$ editionis, et inujori parle Prolegouienon snb tcxium revocutw, vuriis prwterea lectionïbus plvrium Çodd. mss, spectaniUe veiusta:is (nimirum consul i codiecs "2,i a Millio non adhibiii ) nocisque ob.scrvaliombus uuctu. Am>ielod , 170'J, loi. Vid. Acta Erudit. Liusia; édita, anuo 1710, pag. d21,seqq", ConiVr. ctiam btcpb. Curcclbcus, Prœfui. ta iSuv. Test. grœc. edit , \ ag. 0.

(-}) Examen variantiuni lectionnni Jo. Miltii in isovmu Testamentum. Londini, 1710, loi. pagg. 100.

L'auteur entreprend de faire voir ilum, son Lxanien : 1° que ces diverses leçons ne sont appuyées (pic sur des fondements incertains et peu propres a ébranler la leçon du texie commun; li° <pie les leçons de quelque Conséquence, <u qui changent le sens du texte, sont vu irès-pail noiubre,i:l que, dans tons ces etrdroils tiièn;es, l.i leçon commune peut être défen* due*, 111° que Kl plupart de ces vaiiautes sont peu de « bose, cl telles qu'on ne duii que lrcs-r:treme..l les pîélérer à la leç n reçue; IV" que dans le recueil.de ces varfafltes, Mill a souvent agi «le mauvai e toi, ci é à taux en quaftihé de rer.coiilres, cl se l conlredit lui-même. Voy, M*, de Chaufepté, uli supra, loin, cit., ml. Mill, not. I)., pag. b"d, suiv. ; La lieligion vengé; lettre V, loin. XIV, édil. de Paris îTGl, pag. 57-j'J; Jirh. Goitl di Carpzov., ûiticu sùcr., part. Il, cap. ^2, | D, pag. 54i, scq. ; Mémoires de Trévoux, SCj ■lembro 17 ii, pag. 1532, suiv. ; décembre, pag. w2057, suiv.:

DE L\ RÉVÉLATION. 003

trouva dans le recueil de Mill une forte preuve de l'intégrité et de i'autbenlicilé des livres sacres du Nouveau Testament; cl l'incrédulité la plus opiniâtre se vil forcée d'y reconnaître sa propre dclaile. Quelques recherches même qu'on ait vu f.drc dans la suife sur le texte grec du Nouveau Testament par quelques savants littérateurs (1), tels que les Van-M islrich,

Jean Leclcrc, Bibliothèque choisie, loin. XX 'H, pari. 1 pag. 218, suiv. ; Dibliolh. ancienne ei moderne, pari. 1. loin. XXII, pag. 76, suiv.; Journal des savants, janvier 1711, pag. 41, suiv., et octobre, p. 415, suiv., édil. de Hollande.

(l)Voiei d'autres travaux relatifs a cet objet : Le grand nombre de diverses leçons qu'on trouve dans les collections suivantes est un noimau témoignage de l'intégrité essentielle de ce même texte communément reçu. II KAINII &IA0UK1I. Novum Testamentum fiosl priores Stephani Curcellœi , (uni et DD. Oxonieusinm luberes, quibus pirallela Scripturœ locu,nec non variantes lectioncs ex plus C. mss. Codd. ex auliqnis versio ' nibus collectai exhibentur. Accedil tanins Inconnu parallelorum numerus quantum nnlla adhuc, ne ne vix qu'idem ipsa proferl prcestiritissima edilio Milliana, vu-. riantes prœicreu ex ms. Vindobonensi, ac tandem crisis perpétua, qua sinijnlas variâmes earumqae valorem ac orhjincm ad XL!!! canones examinât P. C. D. T. M . D. (Van-Maslricht) cum rjusdem protegtimenis et i:o;is. Amsîelodami, 1711, in .S". Vid. Jae*. le Louîï, lïibliothec. suc. loin. I, scel. V, cap. 5, ptg 22à; Mémoires de. Trévoux, septembre 17li, pag. Jool, Miiv. Joanncs /acoli Welsicmus, Prolegomeua in JSuv. Testant. infra cit., a se Cdilum, pag. 177. cVovuin Testamentum grœcum , Un adornaluut, ut lextus probatarum editionum tnedu'llum, naago variantiuni lectionum in suas dusses disiribularum , locorumque parallelorum deleclum, apparat us subjnuctusrrieos sacrœ, Millutnœ prresertim, compendium, limant, sttppL mention ac frnetum ci// beat, tuservieule Jo. Alberto Beugeiio. Tiibiugic , 175t, lomi H in-i°. Nid. Leclerc, Bibliothèque ancienne et moderne , loin. XXW.p.n. Il, pag 4ii, suiv: J. Jacob Wcistenins , toc. ai., pag. 10», seqj.

Nova acta cruditornni, édita LipsLe, ;a 1733. pag.

5^0, seqq. Novum Testamentum urwcuin ediiionis réceptif, KCiliCCl qnœ pro dut anuo ittii ex <>(fuina etzceir'tana, ab eo vero tempore certal'tm et ab Llzeririis et ab omnibus in lirlgio tiji oqutphis, ei a Stepli. CurcU^vo, J. Fello, -I . Leusdenw.,. denique C. a M asti ic la fuit repelita, ila ut .. nunc regnutn obunere viderï posait (Une editor... in prolegomens pag. loi): cum leciioni' bus vuriunlibus l otld. mss., edilionum uliarnm, versio uutn el ['..Hum : née non commentario pleniore ex Scriplonbus veteribus hebneis, el grœeis, e lutiitisjiisloriaiu et vint verborum illustrante. Opéra ci studio Joannis .lu* cobi Wetslenit ( cum ejusdem prolegomeni-s). Amalelodami, ilbi-b"2, lomi duo in loi.

Celte collection de v riantes, que nous dev< ns à M. VVelslein, mort eu 1751, âgé de t,0 uns,c4 la pi is Copieuse qui ail pou. U: qui rend re>o.uinan lable cette Coi! ecti ou, c'est que, ou I ro Jes diverses leçoiis qu'on trouve immédiatement sous le texte, on voit paraître ensuiie «les noies critbjuus en loi un: do commentaire, où M. Weisiein explique les piir.ises des écrivains profanes de tous les à^es . ci des l'ères de J,Lg:i^e. Il semble s'èlre appliqué sur oui à éelaircir les passages qui doivi ni leu. origine à lu doalriuu et ;i lu tiMiliiion tic- Juifs, par d'autres pas>:tges parai-* le es .pris des écrits des plus ancieus rabbins. Dans la B.i.lioibè [ne raisojmée des ouvrages des sa vanls «le rKuropy (IN*1 p il., p:ig. SUi et sui\ , loin. XLVIi, part. I , pag. io, su.v.; el loin, XLiX, part. Il, pag.40S, suiv.) il y a un bon exilait de celle eo Iccliuri,- ainsi que »te.> l'rolé^omè es que l'auteur avau publiés en 1750, sur le iNouveau Tesiamcn't, in-4". Du reste M. NYetslein avait soutenu, à l'âge de

90U RÊ».\ftQtfE5

les Bouge! et les Welstein , tous ces travaux ont également concouru à meure dans un plus grand joui la unité et la cerlitutlc des leçons communément reçues.

Qu'on ne s'imagine point que les leçons que M. Denjnmiii Kciiiiîètttl nous produira d'après ses manuscrits hébreux, quelque intéressantes qu'il les siipposc, et de quelque nature qu'elles soient, puissent jamais affaiblir les vérités saintes de la religion ainsi que la Suite de FhUloire du peuple de Dieu. L'inspection des manuscrits hébreux connus, soit anciens, soit modernes attestera aux yeux de l'univers la fidélité scrupuleuse des Juifs de tous le^ temps à nous transmettre dans sa conservation le dépôt s.tcié des monuments de Celle religion sainte. Tous ces manuscrits, collatiennes les nus avec les antres, fortuéroat aussi une démonslratimi complète de la vérité lié raîque, consigï ée dans nos llibles imprimées.

Qttlle gloire pour M. Kennicolt, quel triomphe pour ce savant, si osant avouer ses méprises, si entièrement dégagé de cet esprit de systè ne qui ne l'a que trop guidé dans ses dissertations sur l'état du texte hébreu imprimé , si plus instruit par les différentes

20 ans, une lïicse publique sur les diverses leçons du Nouveau testament , De wriis Noti Testament* lectionibtts, et dont il était auteur : il s'y attachait à prouver nu»' cette variété île leç ms ne donne aucune atteinte à l'intégrité , à la certitude et à l'autorité du texte sacré. Il semble que c'est des lors uu'il forma le projet d»: sa collection. Voyez Acla oruû'ti.. Lipsius édita anno !7~»0, pag. 4{>8, seqq. : Nouv. Diclionn. histor. et cr\l.% etc., de AI. de Ghaufepié, loin. IV, art. Wetstein, pag. 689, et pag. 692, not. D. et G.

DÊTACHÊF.S. 0f9

critiques qu'on a faiies de ses travaux littéraires, on le voit enfin adopter des principes uniquement analogues au génie de la langue hébraïque, les seuls propres a le bien conduire dans l'exécution de son projet d'une nouvelle éd tien de ce même texte! Il n'y a point d'. Mitre voie pour fixer le véritable prix à la nature «les variantes, et pour purg r le texte commun de ees taches légères qu'il a pu contracter par l'inadvertance des copistes. C'est aussi l'unique moyen de

. bien venger la certitude et la vérité de ce texte des insultes de l'erreur. __

Eloignons donc de nous tout esprit de système. Que le préjugé ne nous fasse point préférer une leçon a.t préjudice de celle qui est généralement reçue, parce qu'elle a pour appui des fondements sol des : ce serait ouvrir la porte à une 'licence dangereuse. No perdons jamais de vue, d:uis le choix des variantes^ le consentement unanime des Pères, le langage de toute l'Eglise. Ce travail exige une critique équitable Cl de grandes lumières : il convaincra de plus en plus que l'uniformité de tant de manuscrits, de tant de versions comme des imprimés, dans tout ce qui est essentiel à leur intégrité, met nos Ecritures hébraïques entièrement à couvert des attaques de l'incrédulité, cl assure à la religion les preuves authentiques qu'elle y a pui-ées de tout temps sur les vérités saintes de la foi cl de la morale.

Mitions fin à n;:'s considérations par quelques règles gé. étales, relativement au choix des variantes. Ce sera une espèce de résumé de ce que nous avons remarqué sur celle matière, dont l'objet est de la dernière importance.

KEMARÇUES DETACHEES

SUR LES VARIANTES EN GÉNÉRAL ET SUR LE CHOIX QU'ON PEUT EN FAIRE DANS LES MANUSCRITS HÉBREUX ET DANS LES ANCIENNES VERSIONS

Dans ce genre de travail, il y a des limites qu'il n'est peint permis de franchir. Laissons à des compilateurs pesant-; et fastidieux la folle gloire d'accu i.uler indistinctement et sans choix «me infinité de leçons toutes minutieuses qui ne conduisent à rien. Prenons pour base de la collection que nous envisageons des principes certains, les seuls avoués par la saine critique.

I. Un collecteur des diversités de leçons du lex'e hébreu doit avoir fait une élude profonde de nos divines Ecritures. Il doit savoir que de toutes les contradictions qu'on prétend trouver dans les livres sacrés, il n'y en a pas une seule sur laquelle on n'ait donné des éclaircissements convenables. Ce que nous disons des contradictions apparentes dans les Ecrits sacrés, il faut aussi l'appliquer à une infinité de passages dans lesquels on a cru apercevoir des erreurs ou des fautes de copistes, mais qu'on a également éclair ci s d'une manière très-satisfaisante. — il. Un critique dont les travaux roulent sur les Livres sacrés

doit cire au fait du stylo de chaque écrivain de l'An cien Tesiamenl. Le sly e des prophètes est différent de celui qu'emploient les auteurs des livres historiques : ceux-ci le sont encore du style qu'on trouve dans les écrits do Moïse. Celle règle sera d'un grand nage pour connaître si telle ou iclle variante doit être admise ou rejetée. — 111 C'est un principe admis par tous les bous critiques, par tous les théologiens, que les vérités de notre religion, s^it du dogme, soit de la morale, ainsi que la suite de l'his.oirc sacrée, se trouvent dans le texte communément reçu. — IV. Avant de décider si telle ou telle variante doit cire admise, il faut examiner avec soin l'endroit parallèle de l'Ecriture et apprécier la nouvelle leçon d'après les ob- . scrvalions des littérateurs qui ont tâché d'éclatrcif celle du lexte commun, tels que les IjuxIoiI, les Was«. mulh, les Ménasseh bon Israël, les François Cupery les le Quieu et autres critiques. — Y. Toute leçon, quelque fondée qu'elle soit sur les manuscrits et »ur les ancienues versions, ne doit jamais être insérée dans-

s:i ELU ARQUES

io texte. Le conseulemcnl unanime des chrétiens qui ont adopté le texte commun est une espèce de sceau qu'il n'est pas permis de rompre. — VI. Toute variante qui heurte de front h sens universellement reçu, doit èire rejelée. — VII. Tonte variante qui porte avec elle-même des marques do fausseté ou d'altéralion, ne doit point être admise. Elle doit toujours céder à un texte qui parait obscur, mais que Ton peut justifier par des preuves non équivoques. — VIII. Toute variante puisée dans un manuscrit ancien peut et doit même souffrir des exceptions. Admettre indifféremment ces sortes de leçons, c'est pécher contre les premiers principes de la critique. — IX. Toute nouvelle leçon , appuyée sur un passage parallèle, peut êîre fausse, si elle n'a d'antre autorité qu'un et même plusieurs manuscrits, parce qu'elle n'aura d'au- Ire origine que la présomption et l'ignorance du copiste, qui a venin suppléer à quoique ellipse d'un texte qu'il n'entendait point. — X. Une variante ne sera ni meilleure ni plue vraisemblable, parce qu'elle se trouvera dans le plus grand nombre des manuscrits hébreux, si ces manuscrits ont éié tous copiés sur un autre de peu d'autorité. Il faut examiner la qualité du manuscrit, et non le nombre. — XI. Un manuscrit, quoique très-moderne, ne doit point être négligé, parce qu'il a pu être copié sur un très-ancien d'une grande autorité? les Juifs ayant eu de tous temps d'excellents manuscrits auxquels ils se sont attachés, par une ira» ditîon immémoriale, préférablement à d'autres qui n'avaient point parmi eux une égale autorité. — XII. Tout manuscrit, quoique très-récent, qui est conforme dans ses leçons à un grand nombre d'exemplaires, doit être d'une auloiiié respectable. — XIII. Tins un manuscrit c t antique, plus il mérite la préférence sur un moderne ; mais ce même manuscrit, tout antique qu'il sera, pourra contenir beaucoup d'erreurs de copistes. — XIV. Telle variante sera considérée de grand poids par un critique, uniquement parce qu'elle aura été tirée de quelque manuscrit qui porte une date très-ancienne, ou qui c^l jugé être d'une bonne antiquité : celte raison est cependant insuffisante pour eu justifier la leçon. — XV. Un manuscrit sera cru ancien, qui est toutefois assez récent. D'où il suit quo les variantes qu'un y trouvera seront estimables, non par la qualité du manuscrit, mais autant qu'elles donueront un sens raisonnable. — XVI. Rien n'est plus diificile que d'apprécier le véritable âge d'un manuscrit hébreu qui ne porte aucune date. 11 faudrait un nouveau Monlfaucon qui sût connaître les caractères de chaque siècle cl de chaque pays, comme cet habile bénédictin l'a fait pou»' les manuscrits grecs. Il est hors de doute (pie les juifs n'ont point clé tous uniformes dans leur manière de représenter les caractères du texte hébreu. Les Juifs orientaux donnent à leurs lettres une configuration qui les dislingue des caractères qu'emploient les Juifs d'Occident. On fait ordinairement beaucoup de cas d'un manuscrit dont Us lettres sont carrées et d'une belle grandeur, sans points comme sans notes massorétiques; niais ces

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