‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 130 sur 157 · PAR LA JUDAÏQUE ET LA ROMAINE · texte numérisé non relu

PAR LA JUDAÏQUE ET LA ROMAINE

donc que je prenne maintenant le baptême, car moimême je vais bientôt prêcher aux autres et donner le baptême. Toute celte répugnsnee que S.Jean fail paraître à baptiser Jésus- Christ est une marque certaine qu'il le connaissait pour le véritable Messie qui venait sauver Israël. II le connut, sans doute, parune inspiration intérieure cl par une lumière invisible du même Esprit-Saint qui le manifesta après son baptême par un signe extérieur et visible.

Après cetie réponse de Jésus-Christ, Jean ne résista plus, et il le baptisa dans les eaux du Jourdain, c'est-à-dire qu'il le plongea entièrement dans les eaux de ce fleuve, qui furent comme sanctifiées par l'attouchement du Sauveur, et qui reçurent dès lors, comme disent les Pères, la vertu de sanctifier ceux qui sont lavés dans ces bains salutaires. Jésus ayant é:é baptisé, sortit aussitôt hors de l'eau; et, comme il faisait sa prière, les cieux lui furent ouverts; et il vit l'esprit de Dieu qui descendait en furme de colombe et qui se reposait sur lui, et vidit Spiritum Dei descendentem sicut columbam, et venieniem super se (Malth., 1IÏ, 16) , ou comme porte S. Marc ( ch. ï, 10 ), et manentemin ipso. Alors on entendit une voix du ciel : C'est ici, mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances.

Plus eurs ont cru, après Tertullien ( Lib. de Came Chrisli ) et S. Augustin ( de Agone christ. ), que ce fut une véritable colombe qui parut sur Jésus-Christ après son baptême. Mais les autres Pères (i), en lièsgrand nombre, ont jugé, au contraire, que ce n'était que la forme ou l'apparence d'une celombe; et ils s'autorisent du texte sacré, qui dit que Jésus vit l'Esprit de Dieu qui descendait en l'orme de colombe, vidit Spiritum Dci descendentem sicut columbam, ûss\ irepi<jTefàv. La version syriaque et l'arabe portent qu< l'Esprit de Dieu descendit, jnxta similuudinem corpo ris columbœ; ce n'était donc pas une colombe vérila ble, puisque ce n'en était que l'image et l'apparence. Aussi S. Augustin a-t-il dit dans l'Epiirc à Evodius, en parlant de celte colombe, solaspecie corporali oculis reddila, non nalura viveniis animalis expressa. Saint Chrysoslome [Homil. XII in Malth.), considérant les paroles saintes, et voyant d'ailleurs l'autorité des anciens docteurs de l'Eglise, qui l'avaient précédé, remarque fort bien que l'évangélisle n'a pas dit que l'Espi it-Saint fût descendu dans la nature, mais sous la forme d'une colombe : Non dixit evangelista eum in natura columbœ, i; <?v7£t Treptarspâç, sed in specie columbœ,àùXl> sî'Sst Tisf «jaspes descendisse. Ainsi ce sentiment semble le plus véritable, parce qu'il est plus conformé aux expressions des saints évangéiistes ; outre que S. Augustin a varié là-dessus, comme on le voit par

le témoignage que j'ai rapporté. :

Du temps et du lieu de ce saint baptême*

11 y a quelques difficultés sur le temps et le lieu du

baptême de Jésus-Christ, qu'il est bon d'éclaircir

avant de parler de sa retraite ou désert et de son

(1) Justinus, Irenxus, Origenes, Epiphnnius, Isidorus, Procopius, Cyrillus, Juveueus, Sedulius et alii.

ministère. Pour le temps de son âge, il est marqué assez clairement dans S. Luc, qui , ayant raconté tout ce qui se passa avant ce sacré baptême, dilaussilôt (Ch. 111,25) : Jésus avait environ trente ans lorsqu'il commença, et ipseJesuserat incipiens quasi annorum iriginla; il y a dans l'original: Et ipse Jésus eralquasiannorum triginla incipiens, fr b iïjffoO; ws-sî stwv» Tpt«xevT« &pxôfuvof : supple, t/jv îwexov&cv, incipiens minislerium; cela veut donc dire que Jésus avait environ Irente ans q:i;ind il commença son ministère ëvangélïque : ce qui est très-véritable ; et c'est en ce sens que les anciens Pères, grccs(J»sii/«., Origen. et alii) ont expliqué ce mot, àpxô/"vos , incipiens suum minislerium. C'est une expression qui est assez commune dans les écrits de S. Luc, qui prend le mot d'àfÇà^evcj pour incipiens ministerium, comme on le voit au chapitre Ier, v. 22, et au Xe, v. 57, du livre des Actes. Or, esse annorum triginla, avoir trente ans, selon les anciens auteurs, et même selon les jurisconsultes, c'est avoir trente ans accomplis. L'évangélisle S. Luc a donc parlé ici avec son exactitude ordinaire ; car Jésus-Christ avait irente ans accomplis dès le 25 du mois de décembre de l'année précédente : il avait trente ans et treize jours quand il est venu au baptême, le 6 janvier de l'année où nous sommes; et enfin, quand il a commencé les fonctions sacrées de son ministère, il avait irente ans et près de deux mois. S. Luc, qui n'est point entré dans ce petit détail, ne pouvait pas écrire plus juste, en parlant en général, que de dire : Jésus avait environ irente ans, quand il a commencé à prêcher l'Evangile et le royaume de Dieu.

Y a t-il rien de mieux suivi et de plus naturel? Jean-Baptiste avait commencé de prêcher le baptême de la pénitence environ le mois de juillet de Tannée précédente, comme je l'ai montré ; Jésus-Christ vient au baptême en janvier suivant, c'est-à-dire six mois après, parce qu'il était moins âgé de six mois que son précurseur. Ainsi, tous deux n'entrent dans le ministère qu'après trente ans accomplis. Et c'est sur cet âge de Jésus-Christ que, dans les anciens canons et même dans les constitutions impériales, on a réglé l'âge requis pour l'épiscopat, qui est une participation du sacerdoce de Jésus-Christ (Jusimian., novell. 437). Anciennement môme on n'ordonnait les prêtres qu'à l'âge de trente ans, comme on le voit par le concile de Néocésarée [Can. 11) : Presbyter mile triginta annos non ordinetur, etc. Dominus enim Jésus Clin&lus iricesimo anno baplizatus est et cœpil docere. Après tout cela et tout ce que le cardinal Daroirius a dit là-dessus, dans l'Apparat de ses Annales, j'avoue que je n'ai pu comprendre comment, dans le siècle où nous sommes , on a mis le baptême de Jésus- Christ à la irente quatrième année de son âge, et sa mort à la trente-septième, contre le sentiment de toute l'antiquité, qui ne lui a donné qu'environ trenle-lrois ans.

Si l'on consulte les anciens , on verra qu'ils conviennent presque tous que le Fils de Dieu a été baptisé dans les eaux du Jourdain le 6" jour du mois d-3

CONFIRMATION DE L'IHSTOIKE EVANCËLIQUE

janvier. C'est sur cette tradition si ancienne , et presque unanime, que les Eglises chrétiennes, tant grecques que latines, ont établi ce jour-là une fêle solennelle. El, quoique depuis très-longtemps le mystère de l'adoration des mages l'ait emporté dans l'Occident sur celui du baptême, néanmoins il y a assez d'apparence qu'anciennement , dans les Eglises occidentales, ainsi que dans les autres, ce jour était aussi consacré à la célébration de ce grand mystère. De là vient qu'en plusieurs des Eglises latines on baptisait ce jour-là solennellement. Et c'est encore la raison pourquoi le jour de l'octave est comme destiné à îa mémoire du même baptême. Pour ce qui est de l'Eglise grecque, c'est l'unique sujet de la fêle qu'ils appellent Epiphanie, ou Théophanie, qui a tiré son nom de la manifestation du Fils de Dieu ; car ce fut en ce jour-là qu'il fut manifesté et déclaré aux hommes par le témoignage du Père célesie et par la descente visible de son Esprit-Saint. Celle fixation du baptême au 6 janvier, qui est si constamment reçue depuis les premiers siècles, sera d'un grand secours pour régler le temps du jeûne et du ministère de Jésus-Christ, comme on le verra dans la suite.

Pour ce qui est du lieu où le Fils de Dieu fut baptisé, tous conviennent, sur l'autorité des divines Ecritures, que c'a été au fleuve du Jourdain. S. Matthieu (cli. 111, 1) dit que Jean-Baptiste prêchait la pénitence dans le désert de la Judée, in deserlo Judœœ. C'était donc dans le même désert, qui était borné à l'orient par le bas de ce fleuve, que S. Jean baptisait le peuple d'Israël. Grégoirede Tours (Lib.l Mirac, c. 17) dit que le lieu où Jésus Christ reçut le baptême éiail à cinq milles de l'embouchure du Jourdain, qui est l'endroit où il se jette dans la mer Morte, autrement appelée le lac de Sodome. 11 n'a pas été seul de ce sentiment, puisqu'on l'a cru encore dans lrs.iècles suivants. Ce lieu sanctifié par les traces du Sauveur était un peu au-dessous de la ville de Samaraïm, dont il est parlé au livre de Josué ( XVI11, 22 ). Quoi qu'il en soit, c'était dans le désert de Judée, en deçà du Jourdain, c'est-à-dire entre Jéricho et la mer Morte, que le Sauveur a reçu le baptême avant que S. Jean passât & Béihabara, au delà de ce fleuve.

Jésus se relire au désert , et jeûne pendant quarante jours.

Après que Jésus-Christ eut reçu Je baptême par les mains de son précurseur, étant plein du Saint-Esprit, il revint des bords du Jourdain, plcnus Spirilu Sancto regressusesl a Jordane (Luc, IV, 9). incontinent après, il fut poussé par l'Esprit dans le désert; cela veut dire qu'il y fui poussé par l'Espril-Sainl, dont il était rempli, pouryêire tenté par le diable, qui est l'esprit de malice. Ce désert, qu'on a depuis appelé ledéseit de la quarantaine, était proprement dans la tribu de Benjamin, ent:e Bcthel et Jéricho , et c'était comme une partie du désert de la Judée, où saintJean avait prêché la pénitence au peuple dTsnaël. Le Fils de Dieu fat, quarante jours et quarante nuils dans celle soli-

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