PAR LA JUDAÏQUE ET LA ROMAINE
du toit de ces galeries qui ornaient le temple de Jérusalem, l'appelle fixpbv toû frfjs <"-oâ5 ri*?o*«; et p^r conséquent il semble que pinnaculum templi n'était autre chose que le toit, ou plutôt la plate-forme des galeries du temple, environnée d'appuis et de garde-fous. Ce fut de cet endroit si élevé que le diablo dit & Jésus de se précipiter, lui faisant accroire que les anges le soutiendraient de leurs mains et l'empêctieraient de se faire mal. Quant à la montagne sur le sommet de laquelle le Sauveur fut mis par le démon, elle était enlre Jéricho et Galgala, dans le même désert où il avait j< ûué. Ce fut de ce lieu élevé et , pour ainsi dire , de ce point de vue qu'il lui montra en un moment, selon saint Luc, etpeut-êlre comme dans une perspective, tous les royaumes du monde , avec l'éclat et la gloire qui les accompagnent. Mais Jésus se moqua de celte gloire fausse et imaginaire , qu'il savait bien n'être qu'une illusion vaine et trompeuse. Son exemple nous fait voir que le moyen le plus efficace pour vaincre les tentations du démon est de se servir du jeûne , de la prière et des Ecritures ; ce sont elles qui nous donnent des armes pour combattre , et qui nous apprennent que tout l'éclat et toute la pompe des grandeurs du monde ne sont qu'illusion et que vanité , omnia vanitas.
Jean rend témoignage de Jésus-Christ aux députés de Jérusalem.
Au même temps el peul-êlre au même jour que Jésus Christ combattait contre le démon et remportait sur lui de glorieuses victoires , en résistant à ses tentations , les Juifs de Jérusalem députèrent vers Jean-Baptiste des prêtres et des lévites qui étaient de la seele des pharisiens , pour lui demander qui il était. Or il faut remarquer , avant de voir la réponse de ce saint, qu'il avait alors, c'est-à-dire vers le milieu du mois de février, changé le lieu de sa demeure. Car auparavant il baptisait dans le désert de la Judéj en deçà du Jourdain; ce qu'il fit durant l'espace de six mois, el ce fut pendant ce temps-là que toute la Judée et tout Jérusalem vint à lui , et Jésus-Christ même s'y rendit avec les Juifs. Mais nous ne voyons pas que jusqu'alors les peuples de la Galilée s'y lussent présentés, parce que le déserl de la Judée élar'i sous la domination des Romains, ceux-ci n'éliient pas bien aises de voir une foule de Galiléens venir sur leurs terres, les concours de peuples leur étant suspects et leur déplaisant toujours. Ce fut peut-êire la raison pourquoi sainl Jean passa le Jourdain , et alla au delà , dans un lieu que l'Ecriture appelle Béthanie , ou , selon le grec , Bélhabara {Jean, I, 28 ) ; car ce lieu étant dan3 la Péiée, reconnaissait pour Seigneur Hérode Antipas , prince de Galilée. Il y a apparence qu'en cet endroit il y avait un bac à passe? le fleuve , car le mol de Bélhabara veut dire en hébreu maison ou lieu de passage.
Jean-Baptisle élait là, prêchant le baptême de 13 pénitence, comme il l'avait fait au désert de la Judéfij quand les Juifs de Jérusalem lui envoyèrent des amba$>.
{Trente-cinq ,J
sadeurt pour lui demander qui il était; car plusieurs pensaient que c'était le Messie. Cet hommejuste confessa nettement et dit qu'il n'était pas le Christ 'Non sum ego Clirislus {Jean, I, 20). Eux, voyant une réponse si précise , lui demandèrent : Quoi donc? iesvous Elie ? et il leur répondit : Je ne le suis point. Eles-vous prophète? et il leur répondit : Non. Ils lui dirent encore : Qui êtes vous donc, afin que nous puissions rendre réponse à ceux qui nous ont envoyés ; (fue dites-vous de vous-même? Voici la réponse de cet homme si humble : Je suis , leur dit-il , la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droites les voies du Seigneur , comme a dit le prophète Jsaïe. Or, dit l'évangélisle saint Jean , ceux qui avaient été envoyés étaient des pharisiens : qui missi [itérant, erantex pharisœis. Ils lui firent encore cette demande: Pourquoi donc baptisez-vous , si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni prophète? Jean leur répondit, avec de plus bas sentiments de soi-même : Pour moi, je baptise dans Peau; mais il y en a un au milieu de vous , que vous ne connaissez pas. C'est lui qui va venir après moi, qui a été fait avant moi : je ne suis pus digne de délier les cordons de sa chaussure (Jean, I, 21-27).
Après tout ce dialogue , l'évangéîiste ajoute que tout ceci se passa à Béthanie ou, selon le texte grec, à Bélhabara, au delà du Jourdain, Hœc in Bethania, h Bu.Bc/.eKpa, facta sunt trans Jordanem, ubieral Joannes baptizans (Ibid., 28). Ces paroles ont été mises exprès , pour nous apprendre que Jean-Baptiste n'était plus dans le pays de la Judée, qui était toute au deçà du Jourdain , mais qu'il baptisait alors les Gaiiléens, dans la Pérée, au delà de ce fleuve. Et c'est ce qu'on voit manifestement par la suite de ce chapitre, où l'on ne parie que des Gaiiléens qui étaient venus au baptême de saint Jean, et qui furent après disciples de Jésus-Christ
Jean montre Jésus-Christ aux disciples.
Le Fils de Dieu ne fut précisément que quarante jours et quarante nuits au désert , selon ces paroles de saint Marc (ch. I, 13) : Et eral in. deserlo quadraginla diebus et qnadraginla noclibus. Après cette sainte r< inile qu'il donna toute au jeûne et à la prière, il fallait se manifester et entrer enfin dans le ministère évangélique ; car c'était à cela que le Père céleste l'avait destiné. Il vint donc dès le lendemain à Béihahara, où était saint Jean, qui baptisait alors les Gaiiléens. Quand ce saint l'aperçut qui venait à lui, il dit à ceux qui étaient présents : Voici l'Agneau de Dieu, Ecce Agnus Dei, voilà celui qui ôle le péché du monde ; c'est celui de qui j'ai dit : après moi vient un homme qui a été [ait avant moi, varce qu'il était avant que je fusse. Pour moi je ne te connaissais pas; mais c'est afin qu'il soit manifesté en Israël que je suis venu baptiser dans l'eau. Et Jean rendit alors ce témoignage en disant : Jsai vu te Saint-Esprit qui descenduit du ciel comme une colombe , et qui est demeuré sur lui. Pour moi je ne savais pas qui c'était; mais celui qui m'a envoyé baptiser dam l'eau, m'a dit • Celui sur qui vous
iSTOIRE ÉVANGÉLIQUE I09G
verrez le Saint-Esprit descendre et demeurer, ''est celuilà qui baptise par le Saint-Esprit. Je t'ai vu et fui rendu témoignage que c'est le Fils de Dieu ( Jean , 1 , 29-31).
Voilà la première fois que Jésus-Christ fut masnfesté au peuple, par le témoignage de son précurseur. Avant cela il avait dit qu'il viendrait ; mais aujourd'hui il le montre et le fait connaîire. Il assure même que c'est l'Agneau de Dieu qui ôle les péchés , c'està-dire , que c'est l'Agneau que Dieu fera bientôt immoler pour les péchés des hommes; que c'est lui qui, en baptisant, donne le Saint-Esprit ; qu'il est enfin le Fils du Père éternel. Or ce témoignage si grand et si authentique, celte publique manifestation du Messie suivit immédiatement la fin de sa retraite, qui ne fut, comme je l'ai dit, que de quarante jours. Le lendemain, altéra die (Jean , I, 29 ), ou, comme porte expressément le grec , tfl è-*ùpiov , crastina die, c'est-à-dire le lendemain de l'ambassade qu'on envoya à Jean , cl qui se fit vraisemblablement le dernier jour du jeûne de Jésus-Christ , il fut publiquement déclaré Sauveur et Messie par saint Jean-Baptiste; ce qui arriva vers le 16 du mois de féviier:car sa retraite sembla être finie le jour précédent.
Le jour d'après cette première manifestation, altéra die, ou, comn:e porte encore le grec , die cr.isiina% Jean-Baptiste étant avec deux de ses disciples, et voyant Jésus qui marchait, leur dit : Voilà l'Agneau de Dieu. Ces deux disciples l'ayant entendu parler de la sorte , suivirent Jésus. Jésus se retournant et voyant qu'ils le suivaient , leur dit : Que cherchez-vous, Qi.id quœrilis ? ils lui répondirent : Babbi (qui veut dire maître), où demeurez-vous ? Il leur dit : Venez, et voyez. Ils virent où il demeurait, el ils restèrent chez lui ce jour-là. Il était alors environ la dixième heure du jour (Jean, 1 , 35-59), c'est-à-dire environ quatre heures du soir. L'cvangélisledit qu'André, frère de Simon Pierre, était l'un de ces deux disciples , qui avaient entendu dire ceci à Jean-Baptiste, et qui avaient suivi Jésus Christ. Pour l'autre de ces deux disciples il est demeuré inconnu , à moinsquece ne fût Philippe, ce qui me paraît assez vraisemblable. Or André ayant rencontré le premier son frère Simon, lui dit : Nous avons trouvé le Messie, Inveuinms Messiam, c'esl-à dire le, Christ. El il l'amena à Jésus. El Jésus l'ayant regardé , lui dit : Vous et s Simon, fils de Joua, (c'est comme s'il disait fil-, de Jean, car Joua est mis ici par conlraciion pour Joanna qui signifie Jean) , vous serez appelé Céphas, qui veut dira Pierre (Jean, 1, 59-42). Ceci se passa à Béthanie ou Bélhabara dans la Pérée, où Jean baptisait les Gaiiléens; et ce fut vers le 17 février que ces disciples commencèrent à connaître le Messie que les Juifs attendaient.
Saini Jean l'évangélisle, qui a écrit tout ce détail, qui avait été omis par les autres , dit que, le tende main, t»j inaûfto*, in craslinum, comme p >rte au.^si la Vulgate, c'est-à-dire environ le 18 février, Jésus voulant s'en aller en Galilée, trouva Philippe, et lui du: Smvez-moi. Philippe était de Bethsuide , ville dvii
étaient aussi André, el Pierre. Et Philippe ayant rencontré Nathanaêl, lui dit : Nous avons trouvé celui dont il est parlé dans la loi de Moïse et dans les prophètes, qai est Jésus de Nazareth , fils de Joseph. Nathanaêl Ivi dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth t Philippe lui répondit : Venez et voyez. Sur ce témoignage de Philippe, Nalhanaël, qui était de Cana en Galilée , s'en alla avec lui trouver Jésus-Christ. Alors Jésus voyant qu'il venait le trouver, dit de lui : Voici un vrai Israélite, qui est sans nul artifice. Nathanaêl lui dit : D'où me connaissez vous ? Jésus lui répondit : Je vous ai vu avant que Philippe vous eût appelé, lorsque vous étiez sous le figuier. Nathanaêl lui dit : Maître, vous êtes le Fils de Dieu ; vous êtes le roi d'Israël. Jésus lui répondit :Vous croyez parce queje vous ai dit queje vous ai vu sous le figuier :vous verrez bien de plus grandes choses. Puis il ajouta : En vérité, en vérité je vous le dis : Vous verrez désormais le ciel ouvert, el les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme (Jean, 1, 43-51).
Voilà quatre disciples que Jésus fit au delà du Jourdain à Béthabara, à savoir : André, Simon Pierre son frère, Philippe et Nathanaêl ; et ces disciples le suivirent en Galilée el allèrent avec lui à la ville de Nazareth, distante de Béthanie d'environ deux journées de chemin. Le Fils de Dieu s'y rendit aussitôt après sa manifestation , pour y rendre ses devoirs à sa sainte mère et pour y faire connais re sa puissance el sa gloire. Ce fui apparemment lorsqu'il fut arrivé à Nazareth avec ses disciples qu'on le vint convier lui et sa mère aux noces qui se devaient faire à Cana, qui n'en était pas éloignée. Il y a donc apparence que, le 20 lévrier, Jésus, accompagné au moins des quatre disciples queje viens de nommer, arriva à Nazareth de Galilée , et que ce jour-là il fut convié aux noces qu'on célébra le lendemain à la petite vilK de Cana , qui était assez près de là , entre Séphoris et Ptolémaïde. Noces à Cana de Galilée.
Nous avonsvu la vocation de Philippe el de Nathanaêl, qui étaient lousdeuxdeGali'éeji'undeBethsaïde, et l'autre de Cana auprès de Nazarelh, el celle vocation arriva vers le 18e jour de février. L'évangélisle saint Jean dit que trois jours après, c'esl-à-dire environ le 21 du même mois, il se fit des noces à Cana, qui était une petite ville, ou, si vous voulez, un gros bourg sur les confins de la Galilée el de la Phénicie. La sainie Vierge se trouva à ces noces, el Jésus y fui aussi convié avec ses disciples, qui étaient au moins alors au nombre de quatre, car on ne sait pas s'il y en avai1 plus. Comme on faisait le festin de ces noces, le vin vint à manquer, alors la Vierge dit à son Fils : Ils n'ont point de vin, Vinum non hubent. Jésus lui répondit: Que cela fait il à vous et à moi ? mon heure nV.st pas encore arrivée. C'est comme s'il lui disait : Pourquoi vous adressez -vous à moi, puisque cela ne nous regarde point, et d'ailleurs l'heure et le temps de faire publiquement des miracles ne sont pas encore arrivés. Les prodiges n'élaient proprement que pour confirmer es paroles et les vérités de l'Evangile, et il n'avait pas
encore commencé de les annoncer en public. Aussi remarque- ton qu'il fit celui ci comme en secret et sans qu'il y parût, et i\ n'y eut proprement que le g< ût du vin qui divulgua le miracle.
Bien que Jésus n'eût pas semblé écouter sa mère, elle ne laissa pas de croire, connaissant la borné de son fils, qu'il pourvoirait à ce pressant besoin. C'est pourquoi elle dit à ceux qui servaient : Faites tout cô qu'il vous dira. Quodcumque dixeritvobis facile. Or il y avait là six grandes urnes de pierre, mises pour la purification des Juifs, dont chacune contenait deux ou trois métrètes. Jésus leur dit : Emplissez les urnes d'eau; et ils les emplirent jusqu'au haut. Alors il leur dit: Puisez maintenant, et portez-en au maître d'hôtel ; et ils lui en portèrent. Le maître d'hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d'où il venait, mais les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient bien , appela l'époux el lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, el après qu'on a bien bu, il sert alors celui qui est le moindre; mais, pour vous, vous avez réservé le bon vin jusqu'à celle heure. Ce fut là, d'à Pévangélisle, le premier des miracles de Jésus, qui fut fait à Cana de Galilée : il y manifesta sa gloire, el ses disciples crurent en lui [Jean,\\, 5-11).
Comme on a parlé de ces grands vases de pierre qui étaient comme des urnes, il faut savoir que les Jinfs avaient coutume d'en meilre dans les salles où ils mangeaient, soit pour nettoyer la vaisselle, soit pour laver leurs mains, ce qu'ils faisaient souvent dans leurs repas et dans leurs festins; el ce fréquent lavement des mains, que les pharisiens avaient autorisé, était comme une espèce de purification. C'est pour cela que ces six grandes urnes étaient là, et chacune d'elles tenait deux ou trois mélrètes. Les plus savants interprètes ne conviennent pas sur celle mesure: on veut aujourd'hui qu'elle ail éié d'environ 28 pintes de Paris, il faut s'en rapporter à ceux qui ont soigneusement examiné ces choses, qui ne sont pas de si grande importance. Au reste, le mariage tel que Dieu l'a établi n'a rien qui ne soit honorable : Honorabile connubium m omnibus, comme parle S. Paul (Hébr., XIII, 4); mai. veut pour cela que le lit nuplial soit sans tache et sans désordre, thorus immaculalus; c'est à dire qu'on garde dans le mariage, qui a toujours élé regardé comme un sacrement, non-seulement la fidélité, qui doit être inviolable, mais même la chasteté conjugale, dont S. Augustin a si bien parlé. On doil êiredans le mariage comme y ont élé les saints patriarches; l'Apôtre dit même qu'on doit avoir une femme comme si on ne l'avait pas : Qui habenl uxorem lanquam non habentes sint (I Cor. , VII, 29). Voilà le mariage que Dieu a établi, el que Jésus-Christ a fait un sacrement plus parfait qu'il n'était dans l'ancienne loi. C'est pour cela qu'il a voulu assister aux noces avec ses disciples. Il les a sanctifiées par sa présence, et a condamné pour jamais la témérité de ceux qui, selon S. Paul , parun esprit d'erreur, devaient un jour les combattra et les rejeter, prohibenlium nubere (1 Tint,, IV, 5). Après la célébration de ces noces, il y a bien du
l'apparence que Jésus cl sa sainte mère retournèrent à la ville de Nazareth, qui n'était pas éloignée deCnna. Et comment aurait elle pu quitter celle ville, où elle avait vécu durant l'espace de plus de ti-enle ans , pour demeurer à Gapharnuûm sur le lac de Galilée, sans aller mettre ordre à ses affaires et sans régler les choses qui regardaient sa maison. La ville de Nazareth n'était qu'à deux lieues ou environ de celle de Se, lions, qui élail la capitale de la Galilée, et où se tenait la cour du télrarque Hérode Anlipas. Jésus allait publiquement prêcher l'Evangile; il savait que le monde viendrait à lui de toules parts, et que cela déplairait à ce prince, car ce fui sous ce vain prétexte qu'il lit, quelques mois après, meure S. Jean en prison ; prévoyant toutes ces choses, il conseilla à sa sainte mère le quitter alors Nazareth, cl d'aller avec luiàCapharnaûm. Et c'est ce qu'ils firent quelques jours aorès , comme l'évangélisle l'insinue assez.
Jésus va demeurer à Capharnaùm.
J'ai dit, en parlant des noces de Cana, qu'elles avaient été céléhrées vers le 21 février: l'évangélisle écrit qu'après cela, posl hoc, fitxà touto, c'est à-dire quelques jours après, Jésus alla à Capharnaùm avec sa mère et ses frères, qui n'étaient proprement que ses cousins germains, accompagné de ses disciples ; mais qu'ils n'y demeurèrent que peu de jours: Posl hoc, dit le S. évangéliste, descendit Capharnaùm ipse, et mater ejus et fratres ejus, et discipuli cjus ; et ibi manserunt non mnllis diebus (Jean, II, 12). Pourquoi n'y demeuièrenl-ils que peu de jours? C'est que la fête de Pâque n'était pas éloignée, et ils allèrent tous de Galilée à Jérusalem, pour la célébration de ectie solennité. Voilà donc un changement d'habitation , au moins pour Jésus-Christ : car on ne sait pas si la Vierge sa mère resta comme lui à Capharnaùm. Quoi qu'il en soit, ce changement de demeure se lit aux derniers jours de février ou à l'entrée de mars ; car la fêle de Pâque tomba celle année vers le 6 avril ; de sorte que l'évangélisle a eu raison de dire qu'alors ils ne demeurèrent à Capharnaùm que peu de jours , non mukit diebus, c'est à-dire un mois ou environ.
11 est vraisemblable que Jésus, pendant qu'il élail en ce lieu, se fît connaître pour le Messie à Jacques et à Jean, (ils de Zébédée, et à quelques autres disciples, qui s'attachèrent à lui peu de temps après. Ce furent ceux-là qu'il baptisa après la fête de Pâque dans le pays de Judée, lorsqu'il y établit son baptême qui donnait le Saint-Esprit. Nous ferons mention de toutes ces choses et de ce que fit Jésus-Christ à la fête de Pâque , quand nous aurons parlé de la dédicace de Tibériade, car ce fut celle année qu'elle fut célébrée par Hérode, létrarque de Galilée.
Dédicace de la ville de Tibériade.
J'ai dit ci dessus, en parlanl'de la nouvelle v lie de Tibériade, qu'il fallait distinguer deux choses : sa fondation et sa dédicace ; et que par là on accordai) aisément les médailles avec les historiens. On
CONFIRMATION m L'HISTOIRE ËVANGËL1QUE
montre parles médailles, et c'est ce qu'a savamment fait le P. Noris (Epoch. syro-macecL, pacj. 4b'6) , que Tibériade a été fondée sur le bord du lac de Génésarell», vers l'an 17 de l'ère commune, qui était le 770* de la ville de Rome. El l'on voit par la Chronique d'Eusèbe qu'elle ne fut dédiée que cette année, 27 <!e l'ère vulgaire, et 780 de la fondation de Rome, sel<i l'opinion de Varron. 11 n'y a pas en cela le moindre embarras ni ombre de difficulté. Quand on a jeté Ie9 commencements des plus grandes villes, on a eu soin de faire des médailles, non-seulement qu'on a posées dans les fondements, mais qu'on a conservées pour être un monument éternel de l'année en laquelle cela était arrivé. La fondation des villes est donc marquée dans les médailles, parce que l'année en était assurée; mais pour les dédicaces, comme elles ne se sont faites que quand elles ont été bâties, ce qui était incertain lorsqu'on les fondait, il n'y a que les historiens qui les ont conservées. En voici un exemple sensible, qui ne permettra pas de douter de ce que je dis.
Hérode le Grand, père de notre télrarque, pour mieux faire sa cour à César Auguste , s'avisa de rebâtir entièrement une petite ville appelée auparavant la Tour de Slralon , Tunis Slratonis , el de lui donner en son honneur le nom deCé-arce. Il commença donc à la bâtir el à l'orner de superbes édifices l'an 16 de son règne , le 20e de l'empire d'Auguste , depuis son premier consulat , et l'an 750 de la ville de Rome. Mais comme celle ville était grande el magnifique , quelques dépenses qu'il y fît , il ne la put achever que douze ans après , en y comprenant le port, qui était un des plus beaux el des plus commodes de l'Asie , El liœc qu'idem urbs , dit Joscphe (Anliq. lib. XV, cap. 13) , duodecim annorum spalio absolula est , ^ pi» S-^ iiàli<; ourw; iÇîrs/laôïj Swoexa styj xpôvw. C'est
ainsi que parle cet historien , quand il décrit tout ce que fit Hérode, tant pour la construction du port, par lequel il commença , que pour celle de la v;lle. Mais au livre XVI , c. 9, il dit clairement que la ville fut achevée dix ans depuis qu'on en eul jeté les premiers fondements. Voici ses propres paroles : Per idem tempus perfecta est Cœsarea Augusta, <n»vTe)eû<v
lïc/£z> yi Kaiïàpeia EsêaiT/j, decimo umiO, SexotTCo ïrtt,
postquam œdificari cœpla est. Josèphe ajoute aussitôt : regni vero anno octavo supra vicesimum, olympiade centesima nonagesima secunda , adveniente die ad id conslituto , in ejus dedicatione , nfàç t*} y.v.d>.efûaet , maxima fuit celebrilas , et apparalus sumptuosissimi. Je crois que cette ville fut dédiée à la fin de juin , lorsque commençait chez les Grecs la 192e olympiade. Quoi qu'il en soit, voilà une dédicace de Césarée de Palestine bien différente de la première fondation de celle puissante ville, puisqu'elle a été faite dix ou douze ans api es. Je ne sache point de médailles qui portent l'année de sa fondation , mais s'il y en avait, il esl certain qu'elles indiqueraient l'an 750 ou environ de la ville de Rome. Eu-ebe, au contraire , a marqué dans sa Chronique l'année de sa dédicace , lorsqu'il dit : llerodes Cœsarcam in
nomine Cœsaris tondidit , quœ prius Tunis Stratonis
vocabatur. ,
Hérode Antipas semble s'être entièrement règle sur cet exemple de son père. Il a commencé à fonder la ville de Tibériade l'an 20 de sa principauté , de Rome l'an 770 , comme on le voit par les médailles dont j'ai parlé ailleurs ; et dix ans après , c'està dire , Tan 30 de sa tétrarchie , qui était l'an de Home 780 , il a fait la dédicace solennelle de celte grande ville , l'an 3 de la 201e olympiade , qui est justement l'année où nous sommes. C'est celte dédicace de Tibériade , qu'Eusèbe , dans sa Chronique, a marquée avec celle de Liviade, quand il dit : Herodes Tiberiadem condidit et Liviadem. Il consacra la ville de Tibériade à la mémoire de Tibère , qui l'année d'auparavant l'avait reçu en son amitié dans le voyage qu'il fit à Rome ; et pour ce qui est de Liviade, il la dédia à l'honneur de Livie , mèr j de cet empereur. Deux ans auparavant, Philippe le Tetra rque , frère d'Anlipas , avait dédié à la gloire du même Tibère César la ville de Césarée de Philippe , vers les sources du Jourdain , comme je l'ai prouvé en son lieu : et c'est Eusèbe seul qui nous a conservé la dédicace de ces trois villes célèbres dans la Palestine. Pour celle de Tibériade, sans doute qu'Ilérode Antipas fit de grandes magnificences , quand il la dédia solennellement ; car on doit croire qu'il a imité son père , qui ne consacra à l'honneur d'Auguste celle de Cé.^aiée qu'avec des somptuosités inouïes, que Josèphe a décrites dans ses Antiquités ( lib. XVI , cap. 9). Ce fut durant toutes ces fêtes et ces réjouissances qu'llétodiade commença à paraître à la cour d'Anlipns ; et peul être que son mariage avec ce létrarque n'éclata qu'alors. C'est ce qui donna lieu à S. Jean- Baptiste de crier contre ces noces scandaleuses , comme nous le verrons danssonlieu. Toujours, Ton voit manifestement que le ministère évangélique avait commencé dès ce temps-ci, etqu'onn'apas dû le différer jusqu'après la 30e année de l'ère vulgaire.