DE LA PRÉDICATION DE JÉSUS-CHRIST
// chasse du temple ceux qui le profanaient.
J'ai fail voir par le témoignage de l'év^ngéliste S. Jean, qu'incontinent après les noces de Cana, Jésus-Christ quitta Nazareth , pour venir demeurer à Capharnaûra. 11 ne resta pas alors beaucoup de temps, c'est à-dire plus d'un mois , dans celle ville qui était au haut du lac de Génésarelh, parce qu'il alla à Jérusalem pour la fête de Pâque. Comme c'était la plus grande solennité qui fût dans la religion judaïque, tous les hommes qui étaient de celle nation , soit qu'ils habitassent dans la province de Judée et autour de Jérusalem , soit qu'ils fussent dans la Galiiée ou la Traconite , avaient coutume d'aller à la ville sainte, où était le temple. Ils mangeaient là l'agneau pascal, offraient à Dieu des sacrifices, et parmi ces devoirs de religion, ils ne manquaient pas de lui rendre mille
actions de grâces , d'avoir délivré leurs pères de la dure servitude sous laquelle ils avaient tant gémi dans l'Egypte.
Jésus-Christ, qui suivait très-religieusement toutes les ordonnances de la loi de Moïse, ne manqua pas de se trouver à cette grande fêie. C'est ce que nous apprend ce saint évangélisle , qui seul a distinctement marqué les trois Pâques qui se sont passées sous le ministère de Jésus-Christ. Voici donc comme il parle au chapitre II, v. 12, de son Évangile : Après cela , pest hoc, c'est-à dire après les noces de Cana, il alla à Capharnaùm avec sa mère, ses frères et ses disciples, mais ils y demeurèrent peu de jours ; car la Pâque des Juifs était proche, et Jésus alla à }êt% salem : Prope erat Pascha Judœorum, et ascendit sus Hierosolijmam (Jbid., 13).
C'est ici que nous allons voir Jésm-Christ , n<K. plus comme un homme caché et particulier, qui n'était connu que de sa mère , de S. Jean-Raptiste et de quelques disciples, mais comme un minisire public envoyé de son Père céleste , pour exterminer le vice et le péché , et pour annoncer les paroles de vie. S'étant donc rendu à Jérusalem quelques jours avant la fêie de Pâ;jue , il monta au temple , pour y adorer son Père et son Dieu. Mais ayant trouvé dans ce lieu saint des gens qui vendaient des bœufs , des moutons et des colombes, avec des changeurs, numularios, gr., XpripcniaTiks, assis à leurs bureaux ; il fit comwe un fouet de cordes , et chassa tous ces gens hors du temple , avec les moutons et les bœufs ; il jeta par terre l'argent des changeurs et renversa leurs bureaux ; et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Otez tout cela d'ici ; et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Alors ses disciples se ressouvinrent qu'il est écrit (Psal. LXYIII , 10) : Le zèle de vot* maison me dévore , Zelus domus luœ comedit n» (Jean, II, 14-17).
II ne faut pas s'imaginer que ces troupes d'animaux, qu'on ne vendait que pour l'usage des holocaustes et des sacrifices , fussent dans l'intérieur du temple de Dieu , les Juifs étaient trop religieux pour souffrir une semblable profanation ; ils étaient dans l'enceinte extérieure, qu'on appelait le parvis des gentils, atrium genlium , parce que les nations profanes pouvaient y entrer, avec défense sous peine de la vie d'aller plus gvant, c'est à dire d'aller à la seconde enceinte , où était le parvis des Israélites. Ces parvis étaient entourés de portiques ou de galeries , qui étaient d'une structure et dune beauté achevées. Celait là que se tenaient les hommes qui vendaient ces animaux , destinés pour le sacrifice ; et avec eux étaient les changeurs, qui tiraient un certain profit pour le change de l'argent étranger. Car comme il allait à Jérusalem une infinité de Juifs et de prosélytes , principalement de l'Egypte, de la haute Syrie et du pays de Rabylone ou d'au delà de l'Euphrale , ces gens étaient obligés de changer les espèces étrangères , pour acheter de quoi offrir des victimes et des sacrifices selon le commandement de la loi- Jl seul
Mail donc que cela dût être licite, puisqu'il paraissait innocent. Cependant )e Fils de Dieu ne peut souffrir ces sortes de trafic , parce qu'il y avait là dedans une espèce d'irréligion et d'irrévérence. %
S'il a chassé ces gens-là par l'ardeur du zèle qu'il a eu pour un temple où l'on n'immolait que des animaux, que ne fera-t-il pas contre ceux qui commcltent lant d'irrévérences dans des églises où il est tous les jours immolé lui môme ? Car enfin des gens qui entrent , non dans le parvis de la maison de Dieu, mais qui vont sans nulle crainte dans !e milieu de son sanctuaire , et souvent jusqu'au pied de ses sacrés autels ; qui y vont l'esprit chargé des vues de leur trafic , et souvent de pensées bien plus honteuses et plus criminelles ; que ne doivent-ils pas attendre de la sévérité de sa justice , eux qui sont dans la maison de Dieu sans respect, sans piété et sans religion? Ceux qui entrent ainsi dans les temples terrestres du Dieu vivant, et qui en font si peu de cas, doivent s'attendre à être chassés pour jamais de ce sanctuaire céleste , où Jésus-Christ n'est entré qu'une lois. Et comment n'en seraient-ils pas exclus pour jamais, puisque ce Pontife «les biens futurs, comme l'appelle S. Paul (Hébr., IX, 52), n'y est entré que par son propre sang ; Per proprium sanguinem inlroivit semel in sancla , et c'est ce même sang qui a été répandu pour eux qu'ils profanent tous les jours par leurs irrévérences, quand ils sont au pied des autels. Voilà ce que le zèle m'a fait dire contre les fréquents profanateurs de la maison de Dieu ; mais revenons à notre histoire évangélique, où un cœur purifié trouve lant de beautés.
» < y avait quarante-six ans qu'on bâtissait le temple de Jérusalem.
Quand les Juifs virent que Jésus Christ faisait tant de choses par un esprit de zèle, mais, à ce qui leur semblait, sans mission et sans autorité, ils lui dirent : Quel miracle opérez-vous pour faire de telles choses ? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et je le rebâtirai en trois jours. Les Juifs lui repartirent : On a mis quarante-six ans à bâtir ce temple, et vous le rétablirez en trois jours? Mais il disait cela du temple de son corps ; llle aulem dicebat de lemplo corporis sui. Après donc qu'il fut ressuscité d'entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Ecriture et aux paroles que Jésus avait dites (Jean, H, 18-22).
Voilà comme Jésus éludait souvent, par des discours figuratifs et énigmatiques, la curiosité de ceux, ou qui n'avaient pas le cœur assez droit, ou à qui il ne voulait pas encore se manifester. Quant à ce que les Juifs lui dirent qn'on avait mis quarante six ans à bâtir le temple de Jérusalem, et qu'ainsi il ne pouvait pas le rétablir en trois jours, ils ne comprenaient pas ce qu'il voulait dire par celte figure, mais pour le reste ils avaient raison ; car il y avait alors quarante-six ans tout juste qu'on avait commencé à consiiuire ce temple où ils se trouvaient, et dont il était question. El c'est encore ici une preuve certaine que
le ministère évangélique a commencé dès cette annéeci, qui est la vingt-septième de l'ère commune.
Le temple où Jésus-Christ faisait et disait louies ces choses, qui paraissaient alors si étonnantes, était celui-là même que le grand Hérode commença à bâtir depuis les fondements, l'an dix-huitième de son règne, à compter depuis la prise de Jérusalem ou depuis la mort d'Antigonus ; car c'est de là que Josèphe (Lib. XV Antiq., cap. U) prend toujours les trente quatre ans qu'il donne à ce prince.
L'an 18 du règne d'IIérode élaii le 20' avant l'ère commune, auquel on commença, vers le printemps, les grands préparatifs de ce temple auguste. Joignez ces 20 ans avec les 26 qui se sont écoulés de l'ère chrétienne, et vous verrez qu'à l'entrée du mois d'avril de cette année (car la fêle de Pâque était vers le 6), il y avait tout juste 46 ans accomplis depuis qu'on avait entrepris de rebâtir ce temple. Hérode voulut qu'il fût semblable en grandeur à celui de Sa> lomon; et c'est ce qu'il exécuta, en donnant à ce nouveau temple 100 coudées de longueur et 120 de hauteur, au lieu que celui de Zurobabel étaii moins élevé de soixante coudées.
Le temple dont les Juifs parlaient à Jésus Christ était donc celui d'IIérode le Grand, et non celui de Zorobabcl, qui n'était ni si grand, ni si magnifique , outre qu'on ne trouvera jamais,quelques supputa lions qu'on fasse, qu'on ait mis 46 ans à le bâtir. Cependant, quoique ce roi puissant ait élevé au Seigneur un sanctuaire tout nouveau, puisqu'on l'a repris depuis les fondements, et qu'il a été plus grand et plus somptueux, les Juifs n'ont pas laissé de le regarder comme le temple de Zorobabel, parce que c'était le même ordre, le même culte et les mêmes ornements ; ainsi, moralement parlant, c'était le même, bien qu'il fût et d'une grandeur et d'une structure tout à fait différentes. Ce qui est si vrai, qu'on fil une grande fête pour célébrer la mémoire de la construction de ce nouveau temple. On peut voir toutes ces choses dans l'Histoire de Josèphe, qui les a décrites assex amplement.
Que si l'on dit qu'Hérode n'a mis que huit ans à le bâtir, je réponds que cela est vrai, en parlant du corps et de la masse du temple ; mais pour ce qui est des ouvrages qui l'accompagnaient, et des nouveaux embellissements faits aux portes et ailleurs, on y a presque toujours travaillé, et les Juifs du temps de Néron y voulurent reloucher tout de nouveau, parce que la masse du temple n'avait plus alors que 100 coudées de haut, les fondations s'étant prodigieusement affaissées en l'espace de 80 ans.
Je loucherai encore ailleurs celte difficulté f qui, étant bien éclaircie, fait voir manifestement qu'on ne doit pas différer la prédication de Jésus- Christ après l'an 30 de l'ère commune, ainsi que l'on fait aujourd'hui ( Joseph., lib. XV Antiquité c. 14 ).
Je reviens maintenant à la narration de l'évangéliste sainl Jean, qui est le seul qui a parlé de tout ca que Cl le Sauveur à celle solennité. U dit donc : Peu-'
fl0r> PAR la judaïque:
drnit que Jetas était dans Jérusalem à la fête de Vaque , plusieurs crurent en son nom, mulli crediderunt in nomme ejus, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux parce qu'il les connaissait tous, et qu'il n'avait pas besoin que personne lui rendît témoignage d'aucun homme, parce qu'il connaissait tout ce qu'il y avait dans l'homme (Jean, 11,23 25).
Nul des évangélistes n'a parlé des miracles que Jésus opéra à Jérusalem durant celte fête; cependant il en fit plusieurs, comme saint Jean l'insinue assez ouvertement. Il me semble que la raison de leur silence est que ces miracles n'inspirèrent alors qu'une foi qui n'avait nulle fermeté, et qui en effet n'eut point de suite, puisque Nicodème lui-même, dont la foi fut si stable, et qui crut alors en Jésus-Christ, ne fut jamais qu'un disciple caché. Aussi voyons-nous, selon l'évangéliste, que Jésus ne se liait point à ceux qui crurent en lui, parce qu'il connaissait le fond de leurs cœurs et qu'il voyait que leur foi était flottante ei incertaine, et qu'elle n'était point à l'épreuve.
A la vérité, la foi de Nicodème fut assez constante, mais elle fut toujours craintive et timide. Voici ce qu'en dit le même saint Jean : // y avait un homme de la secte des pharisiens, appelé Nicodème , l'un des premiers d'entre les Juifs. Il vint la nuit trouver Jésus et lui dit : Maître, nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu, car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui. Jésus répondit et lui dit : En vérité, en vérité, je vous dis que nul ne peut voir le royaume de Dieu s'il ne naît une seconde fois. Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître, puisqu'il est déjà vieux ? Peut-il rentrer une seconde fois dans le sein de sa mère, et renaître ainsi ? Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous dis que si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, Une peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne vous étonnez pas si je vous ai dit qu'il faut que vous naissiez une seconde fois. L'esprit souffle où il veut, et vous entendez sa voix, mais vous ne savez d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'esprit (Jean, III, 1-8).
Quoique le Fils de Dieu eût reçu le baptême de Jean-Baptiste, il n'avait encore baptisé personne, mais il commença à le faire peu de temps après. 11 veut donc ici faire comprendre à Nicodème, qui était an homme qualifié et savant , de la secte des pharisiens, qu'il fallait renaître par ce baptême, qui donne le Saint-Esprit, pour entrer dans le royaume de Dieu. Et c'est ce que ce docteur pharisien , qui avait le cœur assez droit, eut alors de la peine à entendre. C'est pour cela que le Sauveur lui dit : Si vous ne me croyez pas lorsque je vous parle des choses terrestres, comment me croirez-vous quand je vous parlerai des êho&es célestes ( Jean, III, 12 ). Il venait de lui parler de renaissance par l'élément de l'eau , il venait encore de lui parler du Saint-Esprit sous le symbole du vent ; toutes ces choses étaient terrestres et sensibles, et cependant Nicodème ne les avait pas com~
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prises; et qu'eûl-ce été s'il ne lui avait dit que des choses toutes spirituelles et toutes célestes? C'était donc pour nous qu'il les disait alors : aussi onl-eilc été écrites pour nous.
C'est encore pour nous qu'il prononça ce qui suif. Nul n'est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel ; et c'est le Fils de l'homme qui est dans le ciel (Jean, III, 13). C'est comme s'il disait: Nul homme mot tel n'est monté au ciel, pour y découvrir les secrets et les volontés du Père céleste; il n'y a que celui-là seul qui en est descendu , et c'est son Fils unique qui est toujours dans le ciel , quoiqu'il soit aussi devenu fils de l'homme. Que cet endroit prouve bien la divinité de Jésus-Christ , qui l'insinuait assez à Nicodème, quoiqu'il ne l'entendît guère (Ibid., 14 , 15). Il continue de lui dire, ou plu"ôt à nous : Comme Moïse a élevé en haut le serpent dans le désert , il faut de même que le Fils de l'homme soit életé en haut : afin que tout homme qui croit en lui ne se perde point, mais qu'il ait la vie éternelle. Ces paroles veulent dire: De même que Moïse a élevé sur un poteau le serpent d'airain , pour être dans le désert le salut d'israëi , ainsi il faut que le Fils de l'homme soit élevé sur le bois de la croix, afin que tous ceux qui croient en lui obtiennent par là la vie éternelle.
Voilà les grandes vérités de la religion de Jésus - Christ , qu'il annoncera clairement dans la suite ; maintenant il ne les enseigne que sous des figures. Mais écoutons ce qu'il dit après à ce néophyte : Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils uni que , afin que tout homme qui croit en lui ne se percU point , mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde , mais afin que le monde soit sauvé par lui; celui qui croit en lui n'est pas condamné ; mais celui qui ne croit pas est déjà condamné, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Or voici le sujet de sa con damnation : c'est que la lumière est venue dans le monde ; cependant les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière , parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car tout homme qui fait mal, hait la lumière et ne cherche point la lumière , de peur que ses œuvres ne soient condamnées. Mais celui qui fait des œuvres de vérité , cherche la lumière , afin que ses œuvres soient manifestées , parce qu'elles sont faites en Dieu (Jean, 111, 16-21).
Ces vérités sont belles et n'ont même rien d'obscur. Nous savons tous que Jésus-Christ est la véritable lumière , lux vera , qui est venue pour éclairer le monde; et cependant tout le monde ne Ta point reçue, parce qu'il était dans les ténèbres de Terreur et de l'infidélité. Chose étonnante ! l'erreur et l'infidélité sont aujourd'hui bannies du monde chrétien , cependant on ne cherche point la lumière , on ne s'approche point de la lumière ; au contraire, on la fuit, on la hait, parce que les œuvres sont mauvaises , et cette lumière les condamne : et pourquoi les œuvres sont-elles mauvaises? c'es» qu'on a le cœur déréglé, c'est qu'on l'a corrompu. Un cœur pur et droit, c'est-
à dire nn cœur sans passion, sans intérêt, sans dérèglement, aime la lumière ; ses œuvres sont des œuvres de lumière et de vérité , parce qu'elles sont faites en Dieu ,quia in Deo sunl facla (Jean, III, 29), Jésus commence à baptiser, et avec lui ses disciples.
Après les jours des Azymes , que le Fils de Dieu passa à Jérusalem, il se relira dans une contrée de la Judée, in terrain J udœam (J ean, III, 22), suivi de ses disciples; il demeurait là avec eux, et il y baptisait, iltic demorabatur cum eis et baptizabat. Ce fut donc vers le milieu du moi. d'avril que Jésus-Christ commença à donner son baptême , non plus dans l'eau seulement , et au nom du Messie qui devait venir , mais au nom de la Trinité sainte , dont il publiait le mystère, et dont il était la seconde personne, en qualité de Verbe de Dieu. L'élément de ce baptême était Veau, comme dans celui de Jean-Bapùste, mais cette *ï?tu n'était point stérile et sans vertu; car en louchant le corps extérieurement elle nettoyait aussitôt l'intérieur de l'âme, et répandait en elle le feu de la charité et du Saint-Esprit ; et c'est ce qu'avait voulu signifier Jean-Baptiste, quand il disait aux Juifs en parlant de Jésus-Christ : // vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu , lllevos baptizabit in Spiritu Sanclo et igni (M ait h , W, 11 ), c'est-à-dire dans le feu de la charité , qui est répandue par le Saint- Esprit. Ce fut apparemment vers le canton de Jéricho que Jésus baptisait , parce qu'il y avait là beaucoup d'eau ; ce n'était pas loin du Jourdain , ni du désert où il avait jeûné et prié durant l'espace de quarante jours. Pour ce qui est de saint Jean , il baptisait encore , mais c'était plus haut en tirant vers la ville de Scvlhopolî.
L'amour et le respect que Jésus a toujours eu pour laVierge, sa sainte mère, porte assez à croire qu'elle a été la première qu'il a sanctifiée plus abondamment par <es eaux de son baptême. Et bien qu'elle fût pleine des grâces dont le Seigneur l'avait prévenue, elle n'a pas laissé de recevoir de la plénitude de Jésus-Christ; ainsi, selon l'esprit, elle est devenue filledecelui dont elle était la véritable mère. Après elle Jésus -Christ baptisa ses disciples, et principalement ceux qu'il destinait, par un choix de grâce et de miséricorde, à être du nombre de ses douze apôtres. Car si l'on voit assez par les Écritures que quelques-uns d'eux ont reçu le baptême de Jean, dont ils ont été les disciples, peuton douter qu'ils aient reçu après celui de leur Maître et de leur Sauveur? Et c'est le raisonnement du grand Terlullien et de S. Jean Chrysostome, qui paraît fort vraisemblable. S. Ambroise a regardé cela comme une chose constante, en écrivant sur S. Luc : et certes l'Ecriture nous apprend que les disciples baptisaient, et que ce n'était pas Jésus qui faisait cette fonction sainte :Quanquam Jésus non baptizaret (dit un évangéliste), $ed discipuli ejus (J ean, IV, 27). Et comment auraientils baptisé, si Jésus ne les avait auparavant lavés dans les eaux salutaires,s*il ne les avait consacrés au nom de la sainte Trinité, qu'ils devaient annoncer a toute la terre ?
11 y a donc lieu de croire, et c'a été le sentiment de S. Augustin, que le Fils de Dieu, après avoir baptisé les disciples qui l'avaient suivi, et qui avaient une foi plus constante et plus ferme, se contenta, pendant qu'il prêchait le royaume du ciel, de baptiser les autres par leur mini 1ère. Et c'est à peu près la conduite qu'ont lenuedepuis les apôlres, quand ils ont été prêcher aux nations; au moins S. Paul avoue qu'il n'avait baptisé à Corinthe, où il y eut pour lui une moisson féconde, que Crispus et Caius; Neminem vestrum baplizavi, nisi Crispum et Caium; et il ajoute: J'ai encore baptisé ceux de la famille de Stéphanas; au reste je ne sais si j'ai baptisé quelque autre personne : Cœlerum nescio si quem alium baptizaverim ( 1 Cor., \, 1-4, 16 ). Il avait avec lui d'autres ministres, qui s'acquittaient de celle fonction sarrée. Pour lui, il dit que Jésus-Christ ne l'a va il pas envoyé pour baptiser les peuples, mais por.r leur prêcher l'Evangile et la parole de vie: Non enim misit meChrislus baptizare, sed evangdizare (lbid. , 17). S. Paul n'esi pas le seul des apôlres qui ait agi de la sorte, comme on le pourrait faire voir par quelques monuments de l'antiquité.
Jean baptise à Ennon.
C'est ici la troisième station que S. Jean-Baptiste a faite, en prêchant le baptême de la pénitence au peuple d'Israël. Il avait baptisé durant plus de six mois dans le désert de la Judée; et ce fut alors que tous ceux de Juda et de Jérusalem reçurent ses enseignements salutaires, il alla ensuite en Béthanie ou Béthabara , au delà du Jourdain ; et ce fut dans cet endroit que les Galiléens vinrent à lui , pour êlre lavés des eaux de son baptême. Enfin de Bélhabara il vint à Ennon en deçà du Jourdain , où il acheva son saint ministère. Voici ce que l'Ecriture dit en peu de mois de celle troisième station du divin précurseur: Jean baptisait aussi à Ennon près de Salim, par ce qu'il y avait là beaucoup d'eau: i Erat autem et Joannes baplizans in AZnnon juxta Salim , quia aquœ multœ eranl illic; » plusieurs venaient là et y étaient baptisés. Car Jean n'avait pas encore été mis en prison : « Nondum enim missus fueral Joannes in carcerem > (Jeant III, 23-24), ce qui est irès-vérilable, puisqu'il n'y fut mis que quelque temps après.
Depuis les premiers moments de sa mission, c'està-dire comme je l'ai montré, depuis environ le mois de juillet de l'année précédente, jusqu'à maintenant, qui étail la fin d'avril, il n'avail pas discontinué ses fonctions sacrées; ainsi tout ce qu'on a dil de sa double prison ne semble avoir nul fondement, ni dans l'Ecriture, quand elle est bien entendue, ni dans tculo l'antiquité, qui n'en a fait aucune mention.
Pendant que Jean baptisait à Ennon le reste du peuple, car alors il achevait sa course, l'Evangile dit qu'il s'éleva une dispute enlre les disciples de Jean et les Juifs (lbid. , 25), ou, comme porlcnt les anciens exemplaires avec le syriaque, entre les disciples de Jean el un Juif, /xeràiouSaiou, louchant la purification, 4e purificatione, ittpl *oLxoipi<ijiov. Oa ne voit pas clai-
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renient ce que l'Ecriture entend par cette purification. Quelques uns croient qu'elle parle ici de la purification qu'on trouvait dans le bnplême de Jean, et qu'on demandait si ce baptême était d'une institution divine, ou simplement humaine. D'autres pensent qu'on disputait à savoir s'il fallait purifier son cœur de tout vice, avant que le corps fût netloyé par l'eau. Enfin quelques-uns se sont imaginé qu'on pouvait être en contestation sur la purification commune parmi les pharisiens, si elle était plus excellente que le baptême de Jean, ou du moins si elle était d'une égale vertu. Et ce sentiment, ou plutôt celte explication, étant assez fondée sur la leilre, pourrait bien être la plus véritable.
Quoi qu'il en soit, les disciples de Jean étant venus le trouver à Ennon, lui dirent : Maître, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, auquel vous avez rendu témoignage, baptise maintenant, et tous vont à lui: tEcce hic baptizat, et omnes veniuntadeum.tiezn leur répondit : Personne ne peut rien recevoir s'il ne lui a été donné du ciel. Vous m'êtes vous-mêmes témoins que je vous ai dit que je ne suis point le Christ, mais que j'ai été envoyé devant lui. Celui-là est l'époux qui possède répouse; pour l'umi de répoux qui se lient debout et qui l'écoute, il est plein de joie à la voix de l'époux. C'est cette joie qui est maintenant accomplie en moi. Il faut qu'il croisse, et moi que je diminue. Celui qui est venu d'en haut, est au-dessus de tous. Quiconque vient de la terre est de la terre et parle de la terre. Celui qui vient du ciel, est au-dessus de tous; et il rend témoignage de ce qu'il a vu et de ce qu'il a en* tendu, et nul ne reçoit son témoignage. Celui qui reçoit son témoignage, atteste que Dieu est véritable. Car celui que Dieu a envoyé dit des paroles de Dieu, car Dieu ne lui donne pas son Esprit par mesure. Le Père aime le fils, et il lui a tout mis entre les mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (Jean, III, 26-36).
Rien n'est plus beau et plus avantageux que ce dernier témoignage que Jean -Baptiste rend à Jésus- Christ. Il reconnaît visiblement qu'il est descendu du ciel , comme Fils de Dieu ; qu'il n'annonce aux hommes que ce qu'il a vu el su dans le sein de son Père; que c'est ce Père qui l'a envoyé comme son Fils bien aimé , et qu'en l'envoyant dans le monde, il l'a rempli de tout son esprit qui est l'esprit de sainteté et de vérité ; qu'on ne peut donc point contredire à sa doctrine , sans résister à Dieu même, parce qu'étant Fils de Dieu, il ne dit que des paroles de Dieu. Qu'ainsi celui qui croit en lui et qui pratique ses enseignements salutaires , possédera un jour la vie éternelle; au lieu que celui qui ne reçoit point sa doctrine, éprouvera la colère de Dieu, qui s'appesantira sur lui pour jamais. Ce fut à Ennon que Jean rendit au Fils de Dieu cet excellent témoignage , peu de temps avant son emprisonnement.
Ennon , en latin &non , lirait apparemment son nom d'une fontaine assez proche de Salim ou Salem,
el peu éloignée du Jourdain ; ce lieu était situé au midi de Scylhopoli, autrefois dit Bethsan , à huit milles ou environ trois lieues de cette ville , au territoire de laquelle il était peut-être soumis. On pourrait dire que Jean-Baptiste ne quitta sa deuxième station de Béihabara que parce qu'on faisait vers ce temps-ci la dédicace de la ville de Liviade , qui en était tout proche. Il y a apparence qu'llérode Antipns s'y rendit avec sa cour, et qu'on y fit de grandes réjouissances en ce lieu , qui était dans la Pérée , non loin de Maquéronte. Or ces réjouissances publiques , où l'on voit toujours mille dissolutions , ne s'accordaient guère avec la pénitence qu'il annonçait au peuple ; ainsi il repassa le Jourdain et monta plus haut vers Scylhopoli, poarêlre plus éloigné de la cour el du tumulte qui l'accompagne et qui la suit partout. Comme Hérodiade avait déjà épousé Antipas , et qu'elle paraissait alors à sa cour où elle était dans la haute faveur , saint Jean commença à crier hautement contre ce mariage, qui était, tout ensemble, criminel et scandaleux ; et c'est ce qui le fit arrêter quelque temps après, comme ou verra bientôt.
Conversion de la Samaritaine,
Depuis la fêle de Pâque , que Jésus commença à sanciificr le peuple qui allait à lui , par les eaux du baptême , il fit plusieurs disciples dans le pays de Jéricho ; et, comme dit l'Ecriture en termes exprès, il baptisa plus de personnes que ne fit saint Jean : Plures discipulos facit el baptizat quam Joannes (Jeanf IV, I). Les pharisiens, qui observaient tout, et qui ne pouvaient soufirir qu'autres qu'eux eussent du crédit parmi le peuple, ayant su que Jésus faisait lani de disciples et était suivi de tant de personnes, commencèrent à en avoir de la jalousie. Et l'évangéliste insinue assez ouvertement que quand Jésus sut leurs mauvaises dispositions, il laissa le pays de Judée, et s'en alla en Galilée pour la seconde fois : Rcliquil Judœam et abiit ilerum in Galilœam (Ibid., 3).
Il ne quitta la Judée , autant qu'on le peut croire, que vers la fin de juin ; car il lui fallut deux ou trois mois pour instruire et pour baptiser ce grand nombre de personnes qui vinrent recevoir ses enseignements Ce fut au moins quelques jours avant la détention de Jean-iiaptisle , qui arriva, ce semble, ou à la fin de juin, ou au commencement de juillet. Josèphe nous apprend que ce saint fut arrêté par Mérode Antipas, à cause du peuple qui le suivait : au moins ce fut le prétexte qu'on prit ; comme donc Jésus-Christ était alors plus suivi que lui, et même bien plus près de U cour d'Rérode , qui était à Maquéronte , on n'aurait pas manqué de l'arrêter, ainsi que ce juste , s'il nô s'était retiré quelques jours auparavant. Car ce lurent les pharisiens qui livrèrent saint Jean , et qui n'auraient pas épargné le Sauveur, qui était déjà l'objeÇ de leur erwie. Jésus-Christ, qui prévoyait tout cela, et qui ne faisait que commencer les fonctions sacrées de son ministère , se relira dans la Judée pour éviter l'orage Comme il était vers le pays de Jéricho , l'é<
1 i 1 l CONTlKMATiON DE L'i
V;iM»éiiite a raison de dire que pour aller en Galilée il était nécessaire qu'il passât par la province de Samarie : Oportcbai eum transir e ver Samariam ( Jean, IV, -4). Outre qu'il avait là des ouailles qu'il fallait ramasser en chemin faisant.
Lors donc qu'il passait pnr celte province il vint en la ville de Sicar, anciennement appelée Sichem, auprès de l'héritage que Jacob donna en mourant à son fils Joseph ; c'est l'héritage pour lequel le même Jacob donna cent agneaux aux enfants d'IIémor, fondateur de Sichem , ainsi qu'il est marqué au livre de Jostié (XXIV, 3V2). Or il y avait là le puits de Jacob ; et Jésus éianl fatigué du cbemin s'assit sur le bord du puits pour se reposer. C'était environ la sixième heure du jour, c'esl-à dire, environ midi. // mil une femme, qui élait Samaritaine, pour tirer de feu a. Je nus lui dit : Donnez-moi à boire; car ses disciples étaient allés à laville (qui était Sicar) pour acheter à manger ; mais cette femme samaritaine lui dit : Vous qui êtes juif, comment me demandez-vous à boire à moi qui suis samaritaine? car les Juifs n'ont nul commerce avec les Samaritains. Jésus lui répondit : Si vous connaissiez le don de Dieu , et qui est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire; vous lui en auriez vous-même demandé , et il vous aurait donné de l'eau vive. Celle femme lui dit : Seigneur, vous n'avez pas de quoi en puiser , et le puits est profond , et puteus allus est ; d'où auriez-vous donc de celle eau vive ? Eles-vous plus grand que noire père Jacob qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même , aussi bien que ses enfants et ses troupeaux? Jésus lui répondit : Quiconque boit de celle eau, aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que \e lui donnerai n'aura jamais soif; et l'eau qu'il aura de moi, deviendra en lui une fontaine qui rejaillira jusqu'à la vie éternelle. Celte femme lui dit : Seigneur, donnez-moi de celle eau, afin que je n'aie plus soif, et que je ne vienne plus ici en tirer (Jean , IV, 7-15).
Cette femme samaritaine ne comprenait pas que l'eau dont parlait Jésus-Christ: était la parole de vie qu'il lui annonçait. Cette parole vivifiante, quand elle est saintement reçue dans le cœur de l'homme , est l'eau d'une science toute salutaire, aqua sapientiœ satularis(Eccl., XV, 3), qui éteint la soif, c'est à dire, l'ardeur des choses terrestres et le feu des passions, et qui fait qu'il n'a d'autres pensées ni d'autres désirs que pour les choses célestes. Celle science du salut forme en lui de saints mouvements ; et ces mouvements sont comme autant de saillies qui vont jusqu'à la vie éternelle. El c'est ce que disait Jésus-Christ : Aqua quant ego dabo ei , fiel in eo fons aquee salienlis in vitam œternam (Jean, IV, 14).
Ces discours étaient trop spirituels et trop relevés pour une femme samaritaine, qui peui-êire même languissait actuellement sous le poids de ses vices et de ses passions. C'est dune en lui découvrant tous ses désordres e< lout le fond de son cœur que Jésus se fait connaître pour le Sauveur et pour le Messie. Aussi, au lieu de lui expliquer ce que c'était que l'eau vive dont il venait de parler, le Fils de Dieu lui dit :
IÎSTOIRE ÊVANGÉLIQUE iiî2
Allez, appelez votre mari et venez ici. dite femme répondit : Je n'ai point de mari. Jésus lui dit : Vout dites bien que vous n'avez point de mari ; car vous en avez eu cinq, et celui que vous avez maintenant n'est pas votre mari. En cela vous avez dit vrai. La femme lui répondit : Seigneur je vois bien que vous êtes prophète. Nos pères ont adoré sur celte montagne : < Patres nostri in monte hoc adoraverunt » (elle montrait le mont Garisim, qui éiait tout proche et sur lequel les Samaritains avaient autrefois bâti un lemple pour y adorer Dieu ), et vous autres vous dites que c'est à Jérusalem qu'est le lieu oh il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, croyez-moi , le temps va venir que vous n'adorerez plus le Père , ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem. Vous adorez ce que vous ne connaissez point (car outre que plusieurs des Samaritains ne connaissaient pas trop bien le Dieu véritable, ils ne savaient pas le lieu où il fallait l'adorer , ni la manière de le faire) ; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons; car le salut vient des Juifs. C'est comme s'il disait : Les Juifs sonl dans les voies du saint : car outre qu'ils ont conservé la vraie religion , ils sont encore les dépositaires de la pure doctrine et du véritable culte. Il ajoute aussitôt : Mais te temps vient, et c'est maintenant que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car tels sont les adorateurs que le' Père cherche. Dieu est esprit , et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité : < Et eos qui aaorant eum , in spiritu et verilate oportel adorare (Jean, IV, 16-24). > II fait entendre, par ces paroles, que Dieu étant un cire purement spirituel, il veut que notre culte se fasse par l'esprit et le cœur, c'est-àdire, en le connaissant et en l'aimant. Or nous savons qu'il est vérité, Ego sum veritas , comme il est amour et charité Deus charitas est : il faut donc l'adorer par la vérité et par la charité , in verilate et chariiate; et c'est là proprement l'adorer en esprit. Après ces instructions toutes divines que Jésus faisait plutôt pour les véritables chrétiens que pour celle femme samaritaine, elle lui dit : Je sais que le Messie (qui est appelé le Christ) va venir ; lorsqu'il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui répondit : C'est moi-même, qui vous parle : « Ego sum qui loquor tecum. > En même temps ses disciples arrivèrent, et ils s'étonnaient de ce qu'il parlait avec une femme. Néanmoins personne ne lui dit : Que lui voulez vous ; et pourquoi parlez-vous avec elle ? Or celle femme laissa là sa cruche et s'en retourna à la ville, et dit aux habitants de ce lieu-là : Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait : ne serait-ce point le Christ? Ils sortirent donc de la ville (c'est à dire de Sicar) et vinrent le trouver. Cependant ses disciples le priaient , et disaient : Maître, prenez quelque chose. Mais il leur répondit : J'ai une viande « manger que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc l'un à l'autre : Quelqu'un hà aurait-il apporté à manger? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son œuvre. Ne dites -vous pas vous-mêmes ; Il y a encore aualn
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PAR LÀ JUDAÏQUE IL! i,.\ nUMAINE.
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mois, et la moisson viendra : « Nonne vos dicitis quod adhuc quatuor mêmes sunl, et messis venit, > xal o 0epttfidç axerai. C'est comme s'il leur disait : Vous avez coutume de dire entre vous , et comme en proverbe : La moisson vient, car il n'y a plus que quatre mois ; là-dessus il ajoute : Mais moi je vous dis : Levez vos yeux et considérez les campagnes qui sont déjà blanches et prêtes à moissonner. Celui qui moissonne reçoit la récompense et amasse des fruits pour la vie éternelle ; afin que celui qui sème soit dans la joie aussi bien que celui qui moissonne. Car ce que l'on dit d'ordinaire est vrai en cette rencontre : que c'est un autre qui sème et un autre qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner ce à quoi vous n'aviez pas travaillé, d'autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leurs travaux (Jean, IV, 23-38).
Arrêtons-nous un peu sur ces paroles de Jésus- Christ , car elles sont importantes et méritent d'être éclaircies. Il est manifeste que tout ce discours, à le prendre depuis le v. 54 jusqu'au v. 38 , est tout métaphorique ; et parmi cette longue métaphore , il se rencontre deux façons de parler proverbiales, comme plusieurs savants interprètes l'ont fort bien remarqué, savoir, au v. 35 et 37. Quand donc Jésus-Christ dit au v. 35 : Nonne vos dicitis? c'est comme s'il parlait ainsi : Ne dites-vous pas communément : Il n'y a plus que quatre mois , et la moisson vient ; et moi je vous dis qu'elle est déjà prête ; il entend la moisson spirituelle des hommes, qui accouraient à lui. Car il ne leur dit ces paroles que lorsqu'il vit les Samaritains de la ville de Sicar venir en foule à lui ; il leur (il alors comprendre que c'était Là une ample moisson. Et pour faire voir que celte explication est la plus véritable ; si les disciples avaient cru qu'il y eût encore quatre mois jusqu'à la moisson , comment Jésus aurait-il pu tenir ce discours : Et moi je vous dis qu'elle est .'ouïe prèle, puisque les campagnes sont déjà blanches et en état d'êlre moissonnées. Car pouvaient-elles être en éiat d'êlre moissonnées , s'il y avait encore quatre mois jusqu'à la moisson.
D'ailleurs , Jésus s'arrêta sur le bord du puits où élait la Samaritaine , vers la sixième heure du jour, qui était vers midi , étant fatigué du chemin , faligatus ex itinere , comme parle l'Écriture (Jean, IV, 6). Si cela arriva vers la fin de l'année, c'est-àdire, au mois de casleu ou de décembre, comme supposent ceux qui prennent ces paroles à la lettre , comment Jésus était-il fatigué et avait-il besoin de se rafraîchir ? Mais si cela est arrivé vers la fin de juin, comme j'en suis persuadé, alors les chaleurs étaient grandes , et à midi Jésus avait besoin et de repos et de rafraîchissement.
Enfin , si c'est en décembre qu'il a passé par la Samarie, il faut conclure que depuis Pàque, ou depuis le mois d'avril de celte année, il n'a fait que baptiser dans le pays de la Judée , jusqu'à la fin de l'année ; ainsi les quatre premiers et plus grands des apôtres n'auraient suivi Jésus-Christ que la deuxième année de son ministère, ce qui n'est nullement sou-
tenait , comme on le verra par la suite. On n'en vient à ces extrémités que pour trouver quatre PjVju^s au ministère du Sauveur , au lieu que les anciens Pères n'en ont donné que trois, qui sont distinctement marquées dans l'évangéliste S. Jean. N'admellantque ce nombre, toutes les actions du Messie se suivent si naturellement, qu'on n'y aperçoit presque pas de difficulté. Et c'est ce qu'on verra mieux par la suite et l'enchaînement de celte histoire évangélique, que par tous les raisonnements qu'on ferait là-dessus.
Mais pour revenir à ce qui se passa auprès de ce puits, les Samaritains , sur le témoignage de cette femme , étant venus trouver Jésus-Christ , le prièrent de demeurer chez eux , et il y demeura deux jours , « et mansit ibi duos dies. » El beaucoup plus crurent en lui pour l'avoir entendu parler. Et ils disaient à celte femme : Ce n'est plus sur votre rapport que nous croyom en lui ; car nous l'avons ouï nous menus , et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde ; « quia hic est vere Salvator mundi , > et , comme porte le grec , Sulvator mundi , Christus, 6 Xpierôç (Jean,W, 40-42).
C'est ici qu'il faut admirer, mais avec une espèce de crainte et de tremblement , la différente conduite du Sauveur. Il monte à Jérusalem à la fête de Pâque ; il y fait des miracles éclatants ; plusieurs croient en lui , mulli crediderunt in eum , videntes signa quœ faciebat. Mais l'évangéliste ajoute incontinent que Jésus ne se fiait ou ne se communiquait point à eux , ipse aulem Jésus non credebal semetipsum eis (Jean , II, 23, 24). C'étaient pourtant des Juifs, qui étaient, selon Jésus-Christ même , dans les voies du salut , salus ex Judœis est ; c'étaient les vrais enfants d'Israël ; ils croyaient même en lui , et pour lui il ne se fiait point à eux. Au contraire , voici des Samaritains qui croient sur le témoignage d'une femme déréglée et sur les paroles de Jésus , mais sans signes et sans miracles ; ils croient en lui , et lui se communique à eux familièrement ; et là-dessus ils demeurent persuadés que c'est !e Christ , ils confessent hautement que c'est le Sauveur du monde. Une conduite si différente à l'égard de ces deux peuples nous apprend que Dieu fait grâce et miséricorde à qui il lui plaîi , et qu'il n'a point d'autre règle de sa conduite que celle de sa volonté et de son bon plaisir.
Second voyage du Sauveur en Galilée.
Après que Jésus-Christ eut employé deux jours à la conversion de la Samaritaine et des habitants de Sicar, qui était proche du mont Garizim, il passa dans la Galilée du cô'.é de Nazareth. Selon toutes les apparences il n'y resta pas, se contentant alors d'y rendre visite a sa sainte mère , qui y élait retournée, après que son fils eut commencé à baptiser le peuple d'Israël. Saint Jean l'évangéliste raconte ce deuxième voyage de Galilée en assez peu de mots : Deux jours après, dit-il, Jésus sortit de ce lieu, c'est à-dire de Sicar, et s'en alla en Galilée , « posl duos aulem dies exiil inde, cl abiil in Galilœam. > Car Jésus , dil cet historien sacré, a lui même témoigné qu'un propkcls
n'est point honoré en son prys ; lpse enim Jésus tesli ntonium perhibuit , quia propheta in sua patria honorent non hubet{Jcan, IV, 45, 44).
Il veut dire, par ces paroles, que Jésus s'en retourna en Galilée , mais qu'il ne s'arrêta pas à Nazareth , qui était sa patrie , parce que nul prophète n'est assez considéré en son pays , où souvent on ne se soucie nullement de sa doctrine ni de ses prophéties. L'évangéliste dit que les Caliléens reçurent fort bien Jésus-Christ , ayant vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem au jour de la fête, c'est-à-dire à la fête de Pàque, qu'on avait célébrée à l'entrée d'avril, et on était alors , ou à la fin de juin , ou au commencement de juillet : Exceperunt eum Galilœi, cum omnia vidissent quœ feceral Hierosolymis in die festo (Ibid. , 45). Jésus fait un nouveau miracle à Cana de Galilée. A peine le Fils de Dieu fut-il arrivé dans la province de Galilée , qu'il alla une seconde fois à la ville de Cana , où il avait changé l'eau en vin : Veail itérant in Cana Galileœ , ubi fecit aquam vinum (Jean , IV, 46). Or il y avait un officier de la cour dont le' fils était malade à Capharnaum : Erat quidam régulas , ^swiAocôg, cujus filius infirmabalur Capharnaùm{lbid.). La version syriaque porte minisler regiusf qui est la véritable interprétation de /taadufc, qui est dans le grec. On peut donc conjecturer que c'était un des officiers de la cour, non d'Hérode Anlipas , mais du té- Irarque Philippe, à qui appartenait la ville de Capharnaùm , où cet officier faisait sa résidence. Ayant appris que Jésus venait de Judée en Galilée , il Calla trouver, et le pria de vouloir venir chez lui et de guérir son fils , car il allait mourir. Jésus lui dit : Si vous ne voyez des miracles et des prodiges , vous ne croyez point. L'officier lui dit : Seigneur, venez , avant que mon fils meure. Jésus lui répondit : Allez , votre fils est mieux. Cet homme crut à ta parole que Jésus lui avait dite , et s'en allait là-dessus. Et comme il s en retournait , de ses serviteurs vinrent au-devant de lui , et lui dirent : Votre fils est mieux. Et il s'informait d'eux à quelle heure il s'était mieux trouvé. Ils lui répondirent : Hier à la septième heure (c'était une heure après midi) , la fièvre le quitta. Alors son père reconnut que c'était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : Votre fils est mieux ; et il crut , lui et toute sa famille , < et credidil ipse , et domus ejus lola. > Ce fut là. dit l'évangéliste, le' second miracle que Jésus fit étant revenu de Judée en Galilée, icum venisset a Judœa in Galitœam (Jean IV 47-54). » ,'
Saint Jean l'évangéliste nous a conduits jusqu'ici , depuis le jeûne et la manifestation de Jésus-Christ ' arrivée à Béihabara au delà du Jourdain ; car les trois autres évangélistes n'ont rien dit des premiers disciples qui le suivirent alors, de son premier voyage en Galilée, du changement de l'eau en vin aux noces de Cana, de tout ce qu'il fila la fête de Pàque, du baptême qu'il donna au pays de Judée, de la conversion (les Samaritains , ni enfin du deuxième miracle qu'il fit à Cana à son second voyage de Galilée. Saint Jean, yuj savait parfaitement toutes ces choses, et qui a
HISTOIRE ÉVANCÉLÏQUE iH6
écrit tout le dernier, voyant que les autres évangélistes n'en avaient rien dit, les a décrites avec u.,o telle exactitude, que souvent il a marqué les beureg et les jours. Ainsi lui seul nous a conservé l'histoire de ce qu'a fait Jésus-Christ , depuis le milieu de fé vr.er, jusque vers le commencement de juillet ; cai sans lui toutes ces choses , qui méritent tant dWe sues, et qui remplissent les premiers mois du ministère évangélique, seraient demeurées dans un oubli éternel.
Saint Jérôme confirme admirablement bien tout ce que je dis dans son livre des Ecrivains de l'Eglise ; car en parlant de S. Jean l'évangéliste , au chapitre neuvième , il dit qu'il a écrit son Evangile pour deux raisons : la première, pour soutenir la divinité du Fils de Dieu contre les cérinthiens et les ébionites ; et lu deuxième, pour suppléer aux trois évangélistes qui n'ont rien dit de tout ce que Jésus a fait avant l'emprisonnement de Jean-Baptisie. Ei c'est , selon S. Jérôme et selon la vérité, ce que notre S. Jean a fait dans l'Evangile : Snperioris lemporis, antequam J o aunes clauderetur in carcerem , gesta narravit , sicul ma* nifeslum esse polerit his qui diligenter quatuor Evangeliorum volumina legerinl. Saint Jérôme ajoute que ce que S. Jean a écrit avant cetemprisonnement, Ole toute la discorde qui semble être entre lui et les trois autres évangélistes :Quœ res etiam St«fWvc«v, quœvidetur Joannis esse cum cœleris , tollit.
Emprisonnement de S. Jean-Baptiste.
S. Jérôme vient de nous apprendre que le quatrième évangéliste a écrit ce qui s'est passé dans le temps qui a précédé la prison du divin précurseur : Superioris lemporis , antequam Joannes clauderetur in carcerem, gesta narravit. Ce que S. Jean a donc décrit dans les quatre premiers chapitres de son histoire évangélique , a précédé la détention de Jean-Baptiste. Cela me semble si véritable, que tout ce qu'on pourrait dire au contraire ne lui donnera pas la moindre atteinte. Et quand S. Jérôme ne l'aurait pas dit aussi i>ellemenl, le commencement du ministère évangélique , rapporté dans S. Jean , a un ordre si bien suivi et si naturel , qu'il ne faut que le considérer un peu pour être persuadé que les choses ne se sont point passées autrement.
Nous voilà donc maintenant à ce grand et unique emprisonnement du grand Bapiiste , et il faut voir comment il se fit. J'ai déjà montré que pendant que Jésus-Christ baptisait les peuples dans le pays de Judée vers la ville de Jéricho, son précurseur faisait la même chose à Ennon au deçà du Jourdain environ à trois lieues de Scyihopoli. Ilérode et toute sa cour se trouvait alors dans la Pérée au delà de ce fleuve, pour solenuiser la dédicace de la ville deLiviade, qui n'était pas éloignée du château de Maquérontc! Ce fut alors, autant qu'on jv.ut le conjecturer, que ce télrarque vit Jean Baptiste : soit que ce prince vînt à Ennon, soit que ce saint allât le trouver au delà du Jourdain. Quoi qu'il en soit, ce fut dans celle entrevu.!
PAU LA JUPAÏQIE
que cel homme de Dieu lui dit sans crainte , et avec la fermeté d'un prophète : Non licet tibi liabere uxorem fratris lui, Il ne vous est pas permis d'avoir pour épouse la femme de votre frère ; car enfin il l'avait épousée , quia duxerat eam. Mais il n'en demeura pas là ; il reprit encore ce prince de tous les maux qu'il avait commis : Corripiebalur ab eo et de omnibus malis quœ fecit (Marc, VI, 17, 18 ; Luc, 111, 19).
J'ai déjà dit qu'llérode Antipas, après son retour de Rome, où il fil un voyage louchant la dédicace de la ville de Tibériade, avait épousé, vers la fin de l'année précédente, llérodiade,sa nièce; car file était lille d'Arislobule son frère,et petite-fille d'ilérode le Grand. Celle princesse , qui était ornée de grandes qualités , mais qui les flétrit toutes par son libertinage et par sa cruauté, avait épousé en premières noces Ilérode Philippe : ce n'était point le télrarque de la Traconite, comme Pont cru quelques uns , c'était un aulre Philippe, fils aussi du grand Ilérode , qui l'avait eu de Mariamne, fille du pontife Simon. Comme celte Mariamne était entrée dans les cabales secrètes et clandestines qu'Anlipater avait formées contre la vie de son père, le roi, venant à les découvrir, les derniers temps de sa vie , fit mourir Antipaier son fils aîné , et effaça de son testament llérode-Philippe , pour punir l'infidélité de sa mère.
Ce Philippe pouvait, à la vérité, avoir quelques biens, comme fils de roi, mais il était demeuré homme particulier depuis la morl de son père. 11 avail éjiou é sa nièce Hérodiade , et en avait eu une fille appelée Salomé. Celle femme ambitieuse, se lassant de mener une vie obscure el privée, quitta son premier mari et s'en alla chez Ilérode, lélrarque de Gajilée, qui ne fit nulle difficulté de l'épouser , car ils eu étaient tous deux convenus. Ces noces venant à éclater causèrent du scandale à toute la nation des Juifs, qui les regardaient comme un violentent manifeste de leurs saintes lois. Jean-Baptiste, qui avait du zèle pour la justice, ne put souffrir celte prévarication publique el celle alliance loute criminelle ; il dil donc à ce prince : Non licet , Il ne vous esi pas permis d'enlever la femme de votre frère el de l'avoir pour épouse. Celle liberté prophétique ne plaisait pas à Ilérode le létrarque, et moins encore à Hérodiade, qui craignait que les discours de cet homme jusle ne fissent impression sur l'esprii de ce prince , et ne renversassent enfin rétablissement de sa nouvelle fortune. Il fallut donc trouver quelque moyen d'arrêter Jean-Baptiste sous un prétexte spécieux et apparent.
Ilérode savait que la plupart des pharisiens el des docteurs de la loi, qui étaient dans la Judée el la Galilée, n'aimaient pas saint Jean, par la jalousie qu'ils avaient contre lui; et cette passion allait si loin, que non-seulement ils ne reçurent point son naplême, non suni baptizati ab eo\ mais ils le traitaient même comme un homme possédé du démon, Dœmonium habet (Luc, VII, 30-53). Ce fui du ministère de ces gens envieux, qu'il se servit pour arrêter cet homme de Dieu. En effet, ils s'en saisirent lorsqu'il baptisait encore à
Ennon , el ils le livrèrent à îîérode. C'est pourquoi l'Ecriture se sert du mol de îtKp«8ôfl*jt tradiius est , ce qui veut dire qu'il fut livré par les pharisiens, qui conspiraient contre lui avec Antipas.
11 ne faut donc pas s'étonner si le Fils de Dieu , parlant de lui sous le nom d'Elie , disait à ses disci pies : Elie est déjà venu , Elias jam venit , et ils ont fait sur lui ce qu'ils ont voulu, fecerunt in eo quœcumque voluerunt ; ils feront souffrir de même le Fils de l'homme, sic et filius Iwminis passurus est ab eis. Ces paroles font assez connaître que ce furent les docteurs de la loi, qui étaient du corps des ph risic-ns , lesquels arrêtèrent Jean-Baptiste el le livrèrent à Iîérode. Peut-être même que ce prince leur en donna l'ordre exprès : car Josèphe ( lit. XV111 Antiq., cap. 1) nous apprend qu'il le fil arrêter sous prétexte de la trop grande autorité qu'il avait sur le peuple , et qu'il l'envoya lié et garrotté au château de Maquéroule , qui était proche de Calliroé au delà du Jourdain, vincium misit in Mâcher ont a, e\ç rèv ^a^oûvra , el il lie jussil occidi.
Nous parlerons, l'année suivante, de la mort de ce grand jusle, qui fui en prison durant sept ou huit mois; ce qu'on peut dire maintenant , est qu'il y fut mis vers la fin de juin de l'année présente, ou plutôt au commencement de juillet. 11 commençait donc la trente-deuxième année de son cage, el il y avait environ un an qu'il prêchait le baptême de la pénitence; ainsi il avait alors entièrement rempli sa co ise , comme l'appelle saint Paul, impleverat Joannes cursum *uum(Act. ,XIU, 25). Au reste, il est bon d'observer que les irois premiers évangélisles ont par é de son emprisonnement , mais ils n'en onl parlé que par occasion , de sorle qu'ils n'ont point mis cet événement en son propre lieu. Néanmoins saint Matthieu , et après lui saint Marc, nous apprennent qu'il fut arrêté quand Jésus-Christ se retira dans la Galilée, c'est-àdire après qu'il eut établi son baptême et qu'il eut lavé ses disciples dans ces eaux salutaires.
Jésus se relire à Capharnaùm dans la Galilée.
J'ai déjà montré ci-dessus que le Sauveur, voyant que la multitude du peuple qui venait à lui pour être bapli-é, donnait de l'ombrage aux pharisiens, se retira du pays de Judée, avant qu'ils eussent livré à Hérode son saint précurseur. Il était déjà vers Séphoris el le pays d'alentour , quand il en apprit la nouvelle ; et voyant qu'il n'était pas là trop en sûreté, parce que celle ville élail le séjour ordinaire d'ilérode Antipas, qui venait tout fraîchement d'arrêter Jean-Baplisle , il se relira dans l'autre partie de 1 1 Galilée, voisine du lac de Génésareth. Il avait déjà é:é quelques jours à Capharnaùm , avant la fêle dj Pàque ; mais maintenant il y choisit sa demeure. C'est ce que saint Matthieu, qui va raconter loulcs le9 actions du Fils de Dieu, ne nous a pas laissé ignorer. Il dit que Jésus-Christ , ayant appris que Jean-Bap* liste avait été livré, tradiius esset , se relira uans la Gililée , secettil in Galilœam : il entend dans la Galilée voisine dû tac, car il ajoute que ce fui alors au il
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laissa la ville de Nazareth , où il avaii éié élevé , et qu'il vint demeurer à Capharnaûm : El relkta civiiaie Nazareth , venil el habitavit in Capliarnaùm marinma (Jfa«A.,lV, 12, 13).
Voilà où Jésus se relira après la prison de saint Jean-Baptiste ; et il me semble qu'il a eu deux raisons pour demeurer en ce lieu : la première est que la ville de Nazareth était proche de celle de Séphoris, où était ordinairement la cour d'Hérode Antipas ; et ce prince n'aurait pu souffrir cette multitude de peuple qui suivait sans cesse Jésus-Christ. Ainsi il n'aurait pas manqué de le faire arrêter sous ce spécieux prétexte, comme il avait fait de son précurseur. Il était donc à propos de se soustraire à la puissance et à l'envie d'un prince jaloux, qui prenait ombrage de tout. Outre que les habitants deNazareth, qui étaient un peuple de mauvaises mœurs, ne faisaient nul cas de la doctrine de Jésus ; aussi voit-on qu'ils demeurèrent presque tous dans leur infidélité, et ce qui est plus étonnant , ils voulurent môme le faire périr en e précipitant du haut de leur montagne. Il fallait donc chercher une demeure commode et tranquille: commode, pour annoncer l'Evangile aux Galiléens ; tranquille, pour habiter parmi eux sans trouble et Bans crainte.
La ville de Capharnaûm avait ces deux avantages. Rien n'était plus commode ; car , étant située à la tète du lac de Génésareth , c'est-à dire au lieu où le Jourdain y entrait , on pouvait aisément de ce lieu porter la parole de vie aux Galiléens qui habitaient au deçà et au delà de ce lac. Et l'on voit par tout le cours de l'histoire évangélique , que c'est ce qu'a fait le Messie. Rien n'était aussi tranquille que Capharnaûm ; car comme celle ville était des dépendances du télrarque Philippe, qui avait la réputation d'être un prince très mo..'éré et 1res- pacifique, on y vivaitsans trouble et sans crainte dans une grande tranquillité. Puis donc que Jésus-Christ s'est presque toujours retiré sur les terres de ce télrarque, comme on le verra dans la suite , il faul rendre ici l'honneur qui esl dû à sa mémoire , et marquer quelles ont été ses bonnes qualités. L'Histoire des Juifs les a conservées, et quoique ce soit en peu de mots , elle ne laisse pas de donner une grande idée de la bonté de ce télrarque.
Philippe qui possédait la Traconile, la Gaulanileet la Batanéc , « était, dil Josèphe ( lib. XV111 Antiq., c. 6), un prince d'une grande modération, virperpeluo modeslus , et outre cela grand amateur de la paix et du repos, el amator quietis ei uiii; et ces bonnes inclinations étaient cause qu'il demeurait toujours dans ses Etats. Quand il sortait de son palais, accompagné d'un petit nombre de ses amis , il faisait porter un siège qui était comme un trône , où il avait coutume de rendre justice. Que si quelques-uns la lui demandaient , il s'arrêtait aussitôt, et après avoir entendu les laisons, il condamnait sur-le-champ les coupables, et absolvait les innocents. » Voilà en peu de mots ridée d'un bon prince, c'est-à-dire d'un prince sage,
juste , modéré , amateur de la paix et de ses sujets. Aussi fut-il infiniment regretté de son peuple , lorsqu'il mourut à Juliade quelques années après. Làdessus, faut-il s étonner si les terres de ce télrarque ont été presque toujours l'asile du Sauveur, soit contre la jalousie d'Hérode Antipas , soit contre les embûches des pharisiens ?
Quand Jésus-Christ se fut retiré à Capharnaûm , qui était sur les confins des tribus de Zabulon el de Nephlali, el non loin de la ville de Bethsaïde, il commença à prêcher aux Galiléens , en leur disant : le temps est<accompli, Implelum esl tempus (Marc, 1,15), c'esl-à-dire, le temps des promesses faites à vos pères , le temps marqué par les prophètes, le temps du salut. Faites donc pénitence et croyez à l'Evangile, Pœnilemini, et crédite Evangelio (Mailh., IV, 17 ) ; car le royaume du ciel est proche, appropinquavit enim ro gnum cœlorum. Saint Matthieu écrit que ce fut alors qu'on vit l'accomplissement de cetie prophétie d'Isaïe: La lerre de Zabulon et la lerre de Nephtali , le chemin de la mer au delà du Jourdain , et la Galilée des Nations : un peuple qui élail dans les ténèbres a vu une grande lumière : celte lumière s'est fait voir à ceux qui demeuraient dans la région des ombres de la mort.
Le Fils de Dieu s'élanl relire à Capharnaûm, qui était sur le lac et, comme dit S. Matthieu, sur les confins des deux tribus, in finibus Zabulon et Nepthalim, qui faisaient presque loule la Galilée; ce S. évangéliste a eu raison de dire que la terre de Zabulon et celle de Nepthali onl vu une grande lumière, par la présence et par la doctrine de Jésus-Christ ; car il était la vraie lumière et le soleil de justice qui est venu éclairer le monde. Ceux mêmes qui demeuraient dans la région des ombres de la mort, c'e*t-à dire ceux qui demeuraient dans la Galilée des Nations, vers le bout du lac de Génésareth, et ceux qui étaient sur le chemin de la mer, qui est au delà du Jourdain, vers Corozaïm, Juliade el Gamala, tous ceux-là ont aussi reçu la lumière de l'Evangile, par le ministère du Sauveur.
Ce chemin était autrefois célèbre, car il venait do Syrie et d'Arabie au travers de la montagne de Galaad, et se rendait à Corozaïm à la tête du lac, vis àvis de Capharnaûm. On passait le lac à ces deux villes, après quoi le même chemin, mais qui était alors au deçà du Jourdain, conduisait à Acre ou Ptolomaîde. El c'était de ce port, alors très-fameux, qu'on distribuait dans la mer Méditerranée les marchandises de Syrie, d'Arabie el de Mésopotamie. Les peuples qui étaient vers ce chemin au delà du Jourdain, et ceux de la Gallée des Nations, habitaient dans la région des ombres de la mort, in regione umbrœ morlis, c'està-dire dans les ténèbres de l'ignorance et de l'idolâtrie, qui sont les ombres de la mort. Car ces peuples ramassés de toutes sorles de nations, de Syriens, d'Egyptiens, d'Arabes et de Phénh iens, étaient presque tous gentils, et par conséquent étaient assis dans la résion de l'ombre de la mort. Ils habitaient vers le
ml PAU LA JUDAÏQUE
haut du lac deGénésarcth, el principalement au delà, à cause qu'on faisait là un fort grand commerce. Et c'est pour cela que de toute antiquité on appela ce pays la Galilée des Nations, comme si vous disiez, les limites ou la marche des nations, limites gentium; parce que le haut du Jourdain et le lac de Génésareth, dans les premiers temps, servaient de limites auxChananéens, et aux nations étrangères qui s'étaient établies dans ces cantons-là.
Ce fut donc depuis que Jésus-Christ se fut retiré à Capharnaûm, qu'il commença à prêcher aux Galiléens, soit juifs, soit gentils, qui habitaient dans les lieux voisins de cette ville, et qu'il leur disait: Faites pénitence, parce que le royaume des deux est proche , Pœnitenliam agite, appropinquavit enim regnum cœlorum. Or il faut remarquer ici que Jésus-Christ ne commença à prêcher de la sorie, c'est-à-dire en exhortant à faire pénitence, que quand Jean Baptiste eut été arrêé. Cet homme céleste n'avait préparé la voie du Seigneur qu'en disant : Faites | énitence, car le royaume du ciel est proche; et incontinent qu'il est emprisonné et que sa course est achevée, le Fils de Dieu commence aussi par dire, Faites pénitence: Exinde cœpil Jésus prœdicare, el dicere, Pœnitenliam agite (Malin., IV, 17) : pour nous apprendre sans doute que c'est par la voie de la pénitence qu'on entre dans le royaume du ciel, et que sans cela il ne faut pas espérer d'y jamais parvenir.
Seconde vocation de Pierre et d'André, et première de Jacques et de Jean.
Lorsque Jésus-Christ commençait à annoncer l'Evangile aux environs de Capharnaûm, il alla sur le bord de la mer de Galilée, et comme il marchait le long du rivage, < ambulans juxta mare Galilœœ , > il vit deux frères, Simon appelé Pierre et André son frère, quije~ laient leur fuel dans la mer , car ils étaient pêcheurs, < eranl enim piscatores. » El il leur dit: Suivez-moi , et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt ils laissèrent leur filet et ils le suivirent. Et étant allé un peu plus loin , < el progressus inde pusillum, > il vit deux autres frères, Jacques fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans une barque avec leur père Zébédée, et qui raccommodaient leur filet, el il les appela. Et eux, ayant incontinent laissé leur filet et leur père, se mirent à le suivre, < seculi sunl eum (Matih., IV, 18-22; Marc, I, 16-20).
C'e-i ici, pour ainsi dire, la seconde vocation de S. Pierre et de S. André, car ils avaient connu le Messie à Bélhanie ou Bé'habara au delà du Jourdain dès le mois de février, et ils l'avaient même suivi, ayant été baptisés par lui, après la fête de Pâque , au pays de Judée. Mais depuis qu'il fut retourné en Galilée, après la conversion des Samaritains, ils le quittèrent, au moins pour quelque temps, et s'en revinrent à la ville de Béthsaïde, qui était leur patrie. Les ayant donc trouvés, comme il marchait sur le bord du lac ou de h mer de Galilée, il les appela une seconde fois, et ils quittèrent tout pour le suivre. Pour S. Jacques et
S.Jean, qui fut depuis évangéliste,el qui étaient tous deux pêcheurs et fils de Zébédée, ce fut la première fois qu'ils furent appelés par le Fils de Dieu, du moins selon les Ecritures. Cependant ils abandonnèrent toutes choses et même leur propre père, pour être de ses sectateurs et de ses disciples. C'est que leur vocation était forte, car ce divin maître leur touchait le cœur; mais aussi leur obéissance fut prompte et courageuse. Après quoi il ne faut pas s'étonner, s'il mit ces quatre disciples choisis au nombre des apôtres qu'il chérit le plus.
Jésus chasse, dans Capharnaûm, un esprit impur.
Après que le Sauveur eut appelé ces quatre disciples choisis, ils entrèrent ensemble à Capharnaûm, t ingrediunlur Capharnaûm, i car cette ville n'était pas éloignée de celle de Béthsaïde. Incontinent après Jésus, étant entré dans la synagogue le jour du sabbat, instruisait le peuple. Ils étaient tout étonnés de sa doctrine, car il les instruisait comme ayant autorité, < quasi poteslalem habens , > et non comme les docteurs de la loi, < el non sicut scribœ.iOril y avait dans leur synagogue un homme possédé de l'esprit impur, que S. Luc appelle un démon impur, < dœmonium immundum. > Il s'écria à hauievoix, en disant : Qu'y a-l-il entre nous et vous, Jésus de Nazareth? êtes-vous venu pour nous perdre? Je sais qui vous êtes ;vous êtes le Saint de Dieu, <Sanclus Dei,i b Âytoç toû Geoû. M As Jésus le menaçant, lui dit : Tais-toi, el sors de cet homme. Alors l'esprit impur, l'agitant avec violence el jetant un grand cri, sortit hors de lui. Tous en furent dans l'élonnement, en sorte qu'ils se demandaient les uns aux autres: Qu'estce que ceci? Et quelle est celte nouvelle doctrine? Il commande avec autorité aux esprits impurs, et ils lui obéissent. Et sa renommée se répandit aussitôt dans taule la Galilée [Marc, I, 21-28; Luc, IV, 31-57;. La belle-mère de S. Pierre est guérie de la fièvre. En sortant delà synagogue, les évangéiistes disent que Jésus-Christ entra avec Jacques et Jean, fils de Zébédée, dans la maison de Simon et d'André. Or la belle-mère de Simon (qui était S. Pierre) était alitée d'une grosse fièvre ; et ils le prièrent pour elle. Et lui s'approchanl, la prit par la main et la fil lever. A l'instant la lièvre la quitta, et elle les servait (Marc, 1, 29-31; Luc, IV, 38,59).
Sur le bruit de ces deux miracles, ceux de Capharnaûm lui amenèrent tous les malades et les possédés, après le soleil couché ; el toute la ville était assembles devant sa porte. Jésus, voyant la foi de ce peuple, gué rit plusieurs personnes de diverses maladies, et en même temps il chassa plusieurs démons de ceux qui en étaient possédés; mais il ne leur permettait pas de parler, parce qu'ils le connaissaient. S. Luc dit qu'i , les guérissait en leur imposant les mains, singulis manus imponens curabat eos. Et il ajoute que plusieurs de ces démons que Jésus chassait criaient en sortant : Vous êtes le Fils de Dieu, Tu esFilius Dei. Mais en les menaçant il les empêchait de parler, parce qu'ils savaient qu'il était le Christ, quia sciebant ipmm esse
CONFIRMATION DE L'ilIS
Chmium{Mare, I, 52-31; Luc, IV, 40-41).
Le lendemain, lorsqu'il lui jour, Jésus sortit <le la ville de Caphat naùm et s'en alla dans un lieu désert. Les peuples le vinrent chercher au lieu où il était ; et , comme ils s'efforçaient de le retenir, ne voulant point qu'il les quittât, il leur dit : Il faut que je prêche uussi aux autres villes l'Evangile du royaume de Dieu , car c'est pour cela que j'ai été envoyé. Après qu'il les eut ainsi renvoyés,il alla par les bourgs et les villes de Galilée, annonçant dans les synagogues la parole de vie , el chassant les démons (Luc, IV, 42-44; Marc, I, 33-59).
Il y a assez d'apparence que tout ceci se passa au mois de juillet de celte année, et peut-être encore au mois d'août, car il fallait quelque temps pour aller ainsi par les lieux de celle province prêcher la pénitence el annoncer le royaume du ciel.
Jésus prêche à Nazareth où il est mal reçu.
Pendant que le Fils de Dieu parcourait ainsi les villes el les bourgs de Galilée, il vint à Nazareth, où il avait éléélevé, c ubi eral nulrilus. t S. Luc, qui seul raconte ce fait, dit qu'il entra, selon la coutume, dans la synagogue, le jour du sabbat, et qu'il se leva pour lire. On lui présenta le livre du prophète lsaïe ; et l'ayant ouvert, il trouva un endroit où il était écrit: L'Esprit de Dieu est descendu sur moi, c'est pourquoi il m'a oint. Il m'a envoyé pour prêcher l'Evangile aux pauvres ; pour guérir ceux qui ont le cœur blessé; pour annoncer aux captifs qu'ils vont être délivrés, et aux aveugles qu'ils vont voir ; pour mettre en liberté ceux qui sont accablés sous leurs fers; pour publier l'année de grâce du Seigneur et le jour de la rétribution (Luc, IV, 10) : c'cslà-dire le jour ou de la récompense qu'il rendra aux justes, ou de la vengeance qu'il tirera des méchants. Après que Jésus-Christ eut lu cet endroit du chapitre d'haïe, il ferma le livre et le rendit au ministre de la synagogue, et puis il s'assit. Remarquez ici que les ministres des synagogues étaient appelés azanim en langue hébraïque, d'où les Grecs ont formé le nom d'azanites àJ^rnivea. Leur fonctions étaient à peu près semblables à celles des diacres dans les églises ; c'est pourquoi S. Epiphane dit que ce nom d'azanite pouvait être interprété par celui de diacre ou de ministre, en grec 5tâ/ovo? ou îmvjjséTïîs. Les anciens ou les prêtres étaient au dessus de ces ministres : el sur eux tou^ était le prince ou le chef de la synagogue, arcJiisynagogus. Voilà quels étaient les officiers des synagogues, c'est à-dire des lieux où les Juifs s'assemblaient pour prier et pour lire les divines Ecritures, principalement Moïse el les prophètes. Mais revenons à la narration de notre évangélisle.
11 dit que Jésus Christ s'élant assis, les yeux de tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue étaient arrêtés sur lui : « Omnium in synagoga oculi erant intendenies in eum. > Alors il commença de leur dire : Cet endroit de l'Écriture que vos oreilles ont entendu , est accompli aujourd'hui. Et tous lui rendaient un témoignage avantageux ; ils s'étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, el ils disaient : N'est-ce pas là le
ruiîlE ÉVANCÉLIQUE 1124
fils de Joseph, t Nonne hic est fi'Aus Joseph ?t Là-dessus il leur dit : Sans doute que vous m'appliquerez te proverbe : Médecin , guérissez vous vous-même. Combien de choses n'avons-nous pas ouï dire que vous avez faites à Capharnaûm? Faites en ici en voire pays. Il ajouta : Je vous assure que nul prophète n'est bien reçu en son pays. Je vous dis en vérité qu'il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d'Elie, lorsque le ciel fut fermé durant trois ans et demi et qu'il y eut une grande famine dans toute la terre; el cependant Élie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais à une femme veuve de Sarepte, du pays de Sidon. Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël sous le prophète Elisée; et néanmoins il n'y eut d'eux tous que Naaman le Syrien qui fut guéri. Tous ceux de la synagogue furent remplis de colère, l'entendant parler de la sorte. Ils se levèrent donc, ils le chassèrent de leur ville , el le menèrent sur la pointe de la montagne où elle était bâtie , pour le précipiter. Mais il passa au milieu d'eux el se relira (Luc, IV, 20-50).
Tout ce que sainl Luc dit ici de Nazareth el du mauvais traitement que les habitants de celle ville firent à Jésus-Christ s'esl pas é depuis les miracles qu'il avait opérés à Capharnaûm. D'où vienl qu'ils lui parlaient ainsi : Combien de choses n'avons-nous pas ouï dire que vous avez faites à Capharnaûm : « Quanta audivimus facta in Capharnaûm? > Faites-en ici en votre pays, « Fac el hic in palria tua (Luc, IV, 23) i.Il ne vint donc à Nazareth qu'après avoir fait à Capltarnaûm tous ces miracles dont j'ai dé.à parlé. D'où l'on doit conclure que cet évangélisle a rapporté ces choses par anticipation, ce qui n'esl pas extraordinaire.
Après que le Fils de Dieu fut sorti de la ville de Nazareth, où on avait voulu le précipiter, il continua b parcourir toute la Galilée, enseignant, comme dit saint Matthieu, dans leurs synagogues, prêchant l'Evangile du royaume de Dieu, el guérissant parmi le peuple toutes sortes de maladies et de langueurs. Sa renommée s'élant répandue par toute la Syrie, « in totam Syriam. » ils lui présentèrent tous leurs malades et tous ceux qui étaient affligés de diverses langueurs et de douleurs aiguës , el ceux encore qui étaient possédés des démons, « el qui dœmonia habebant, » les lunatiques et les paralytiques, el il les guérit, < el curavit eos. > Et une grande multitude de peuple le suivit de Galilée, du Décapoli, de Jérusalem, de la Judée] et du pays d'au delà du Jourdain. C'est ce que nous apprend saint Matthieu à la fin du chapitre IV de son Évangile (vers. 25-25).
Il serait assez étonnant de voir qu'llérode Anlipas laissai ainsi prêcher Jesus-Chrisl par toute la Galilée, avec un si grand concours de peuple qui venait d<î tous les côtés , lui qui avait fait arrêter Jean-Baptiste sous ce faux prétexte, si on ne savait que ce prince était alors dans la Pérée , au delà du Jourdain. C'est là qu'il passa tout le reste de celte année en festins et en réjouissances, qui durèrent jusqu'à l'année suivante. Quand il était dans ce pays-là, il faisait sa demeure au château de Maquéronie, où sainl Jean était renfermé. Un évangélisle ( Marc, VI, 20) dit qu'llérode le tenait pour un homme juste el saint ; qu'il lo
ci aignaîl et qu'il le respectait même ; qu'il faisait beaucoup de choses selon ses avis, et qu'il l'entendait avec plaisir, et libenlcr cum audiebat. Cela marque visiblement qu'llérode le tétrarque passa à Maquéronle une grande partie de celle année , et peul-être de l'autre, puisqu'il y fit mourir saint Jean-Baplisie après sept ou huit mois de prison. Ce prince ombrageux, éiant au delà du Jourdain vers la mer Aîorie, n'empêcha point Jésus-Christ d'annoncer l'Evangile dans toute la Galilée, parce qu'alors il n'était occupé que de ses divertissements et de ses plaisirs.
Sermon de Jésus sur la montagne. — Les huit béatitudes.
Après que Jésus-Christ eut parcouru toute la Galilée en prêchant le royaume de Dieu, il revint, autant qu'on le peut conjecturer, vers la fin de Pété, au pays de Çapharnaûm. Se voyant suivi d'un grand nombre de peuple, il se relira sur une montagne, non loin du lac de Génésarelh ; et là, s'élant assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Ce n'élaient pas les douze apôtres , car ils n'avaient pas encore été choisis parmi ceux qui suivaient Jésus-Christ, et dont le nombre n'était pas petit. Quand le Fils de Dieu fut sur celle montagne, il donna aux peuples des instructions trèsimportantes et très-salutaires. Il commença par les huit béatitudes ; et voici ce qu'il leur dit là-dessus.
Bienheureux sont les pauvres d'esprit , t pauperes spirilu, > parce que le royaume du ciel est à eux; bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont ia terre ; bienheureux sont ceux qui pleurent , parce qu'ils seront consolés ; bienheureux sont ceux qui ont faim et suif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés ; bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu'ils recevront miséricorde ; bienheureux sont ceux qui ont le cœur pur, pircequ'ds verront Dieu; bienheureux sont les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu ; bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume du ciel est à eux. Vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous chargeront d'injures, qu'ils vous persécuteront, et que par un esprit de mensonge ils diront contre vous toute sorte de mal , à cause de moi. Héjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. Car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous (Malth., V, 5-12).
Ces divines instructions sont loul à fait consolantes ; car qui sont ceux qui ne se trouvent pas dans les dif* fférenls étals qu'elles proposent ; et quand on s'y trouve, n'a-t-on pas besoin de se soutenir par ces « nseignements salutaires ? Or quelle plus grande consolation que d'apprendre de la vérité même qu'on est heureux , quand on aime la pauvreté d'esprit el le dépouillement , quand on aime les gémissements et les larmes, quand on aime la douceur , la justice , la miséricorde, la pureté de cœur et la paix ; qu'on est encore heureux quand on est persécuté pour la justice et opprimé par les injures el les calomnies ? Rien u'ex'ite davantage, soil à la recherche de ces vertus,
S. «. XXVII
ET LA JUDAÏQUE. im
soit à la tolérance de ces maux, que la forte persuasion que donne l'Evangile, que le véritable bonheur de l'homme est attaché à des choses qui semblent si contraires à sa félicité.
Les disciples du Sauveur sont le sel de la terre et la lumière du monde.
Ce fut sur celle même montagne que le Sauveur apprit à ses disciples ces grandes vérités que saint Matthieu rapporte ensuite avec assez d'étendue. Vous êtes, leur dit-il, le sel de la terre, Vos eslis sal terrai (Malth., Y, 13) : que si le sel vient à perdre sa force, comment la rétablira-t-on? Il n'est plus bon alors qu'à être jeté et foulé aux pieds. Vous êtes, leur ditil encore, la lumière du monde : Vos estis lux mundi {lbid., 14). Et puisque cela est ainsi , faites si bien que celte lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres , ils glorifient votre Père qui est dans le ciel. Pour ce qui est de moi, ne pensa pas que je sois venu détruire ta loi ou tes Prophètes . je ne suis pas venu les détruire , mais les accomplir. Car je vous dis en vérité que celui qui violera l'un de ces moindres commandements , et qui apprendra aux hommes à les violer , sera le dernier dans le royaume du ciel ; mais celui qui les fera et les enseignera , sera grand dans le royaume du ciel {Malth., V, 17 19).
Que notre justice doit être plus parfaite que celle deê pharisiens.
Après ces belles vérités , il en propose incontinent d'autres qu'il ne faut pas oublier, car elles ne sont pas moins importantes. Il parle toujours à ses disciples, et leur dit : Si votre justice n'est plus parfaite que celle des docteurs de la loi et des pharisiens , vous n'entrerez point au royaume du ciel. Vous avez appris qu'on a dit aux anciens : Vous ne tuerez point , « Non occides; » el quiconque tuera, méritera d'être condamné ( il entend à la mort). Mais moi je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère (c'est-à-dire quiconque se laissera transporter à un violent mouvement de colère) , méritera d'être condamné par te jugement : quiconque lui dira : Raca ( c'esl-à-dire quiconque lui dira dans ce transport de colère : Homme de néant, ou homme vain et léger , homme sans cervelle), méritera d'être condamné par le conseil. Mais quiconque lui dira (dans le même mouvement de colère) : Vous êtes un fou, méritera d'êlre condamné à la géhenne du feu (Malth., V, 20 22).
Les Hébreux nous apprennent qu'il y avait parmi ceux de leur nation deux sortes de tribunaux , qui jugeaient des causes capitales qui allaient à la mort. Le premier ne renfermait que vingt-trois personnes, les Juifs modernes l'appellent le petit sanhédrin, et ce tribunal ou corps de justice se trouvait établi dans les villes des douze tribus qui étaient un peu considérables. Le deuxième tribunal était composé de 70 juges et d'un président qu'on voyait à leur tète ; et celte justice était le grand conseil , ou le souverain tribunal des Juirs, qu'ils ont nommé le grand sanhédrin, en grec Tô*uvî5piov.
(Trente-six).
Mil CONFIRMATION DE L
Les scribes , c'est-à-dire les doctears de la loi et les pharisiens , qui étaient en grand nombre dans la Judée et Ja Galilée, prétendaient que les hommes n'étaient véritablement criminels que pour l'homicide, parce que la loi disait : Vous ne tuerez point : ISon occides. Mais Jésus Christ apprend bien d'autres vérités à ses disciples ; car il leur dit ici que quiconque se met en colère , c'est-à-dire en une colère grande et violente, contre son frère, est devant Dieu coupable, et mérite d'être condamné par un jugement, Tfjxpî«t, semblable à celui des vingt-trois. Que si à sa colère il ajoute le mépris et l'injure, marqués par le mol de raca , son crime est aussi grand devant le Seigneur que s'il avait été condamné par le grand conseil ou le sanhédrin, tw uuveSoiw, comme porte l'Evangile. Mais s'il y ajoute l'outrage, signifié par les Juifs par le mot de fou , car ce mol très-souvent se prenait pour un méchant et pour un impie , qui méprisait la loi de Dieu ; alors il est aussi criminel devant Dieu que celui que le sanhédrin a condamné au supplice du feu, qui est le plus grand et le plus terrible.
Voilà l'explication qui me paraît la plus vraisemblable sur cet endroit difficile de nos Ecritures ; je me rendrai volontiers à ceux qui en apporteront une plus raisonnable. Toujours le but de Jésus-Christ est d'apprendre à ses disciples, et à nous en leurs personnes, que la colère, quand elle est grande, et qu'on s'y laisse aller avec une mauvaise disposition de cœur contre son frère, rend l'homme coupable devant Dieu ; que le crime est plus grand , quand celle colère est jointe au mépris et à l'injure : mais qu'il est très-grand lorsqu'on y ajoute l'outrage. C'est ce que les pharisiens ne distinguaient pas ; mais Jésus-Christ l'apprend à ses disciples , car il veut que leur justice soit plus grande et plus parfaite que celle des pharisiens.
Que l'on doit se réconcilier avec son frère.
Après celle instruction importante, le Sauveur ajoute, comme une suite de celte doctrine : Si donc en offrant voire don à l'autel , vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous (c'est-à-dire, s'il a quelque sujet de se plaindre de vous), laissez là voire don devant l'autel, cl allez vous réconcilier auparavant avec votre frère , et puis vous reviendrez offrir votre don. On ne peut pas toujours quitter l'autel, quand on y présente son offrande ; mais on doit toujours être prêt à le faire , dans la disposition de son cœur. Autrement , comment ose-ton demander à Dieu sa réconciliation et sa paix, lorsqu'on ne la garde point avec son frère? Le Fils de Dieu ajoute : Accordez-vous avec votre adversaire , pendant que vous êtes en chemin avec lui , de peur qu'il ne vous livre au juge, cl que le juge ne vous livre au ministre de Injustice , et que vous ne soyez mis en prison. Je vous dis en vérité que vous ne sortirez point de là, que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole (Mallh., V, 23 2G).
Voici ce qu'il veut dire par celte métaphore pri^e lie la iustice : Pendant que vous êtes en celle vie ,
HISTOIRE ËVAWCÉLIQUE \ [*%
car la vie est un chemin , puisque nous y marchons sans cesse vers l'éiernité , accordez-vous avec votre frère que vous regardez comme votre adversaire ; do peur qu'il ne vous accuse un jour devant le tribunal de Jésus-Christ, qui est votre juge ; car son Père lui a donné toute puissance au ciel et sur la terre. Ce juge vous livrera aux anges, qui sont ses minisires, et ces anges vous jetteront dans ces lieux pleins d'horreur et de ténèbres, qui seront votre prison. Ce sera de ces lieux terribles dont vous ne sortirez jamais, parce que jamais vous ne pourrez payer votre dette. Celte dette n'est plus alors de la nature des autres , on la paye toujours et jamais on ne la peut finir, Semper solvilurtetnunquam finilnr (Bruno, episc. sigmensis).
Adultère commis dans le cœur.
Voici un autre enseignement que le Fils de Dieu donne sur la même montagne , et qui n'est pas de moindre conséquence que les précédents : Vous avez appris ( il parle toujours à ses disciples ) qu'il a été dit aux anciens : Vous ne commettrez point d'adullère, tNon mœchaberis. i El moi je vous dis que quiconque regardera une femme avec un mauvais désir , a déjà commis l'adultère dans son cœur. Que si votre œil droit vous est un sujet de chute , arrachez-le et jetez-le loin de vous; car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse que tout votre corps soit jeté dans l'enfer. Et si votre main droite vous est un sujet de chute, coupez~lat et jetez-la loin de vous; car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse que tout votre corps soit jeté dans l'enfer (Mallh., V, 27-30).
La justice qu'ense'gne ici Jésus-Christ est encore bien plus parfaite que celle des pharisiens et des docleurs de la loi. Ils apprenaient aux Juifs, selon saint Augustin ( lib. contra Faustum , cap. 23 ) qu'il n'y avait que le crime qu'on commettait avec une femme qui fût un véritable adultère : Putubanl Judœi tanlummodo corporalem cum femina illicitam commixlionem vocari mœchiam. Mais le Sauveur nous apprend que le désir du crime est un adultère. L'œil ne pèche pas pour voir une femme, cl en cela, dit saint Ambroise (Serm. 1G, in Psal. CXVlIi), la doctrine de Jésus- Christ est pleine de justice. Car il ne dit pas : Quiconque verra une femme ; mais , quiconque la verra avec un mauvais désir. 11 absout l'œil , mais il condamne le cœur : Ocidum solvit , menlem ligavit. II ne dit pas, II a commis un adulière par ses yeux ; mais, Il l'a commis dans son cœur. La vue est dans les yeux, et le péché est dans le fond du cœur, In oculo visus est, in corde peccalum. filais si les yeux ne font pas le péché, ils sont irès-souveni occasion de péché. Et c'est ce que le Seigneur nous apprend , quand il dit : Que si votre œil droit vous scandalise, Si oculus tuus dexler scandalizat le , c'est-à-dire , si votre œil droit vous est un sujet de chute et de péché, ain-i que voire main droite, arrachez l'un cl coupez l'autre: c'est comme s'il disait. : Otez cl retranchez les occasions de ruine et de péché, quand les personnes qui les causent vons seraient aussi chères que l'œil ci Ja
m9 î>AÎl LA ROMAINE ET
main. Voilà la doctrine de Jésus-Christ, qui est pure ei sainte , et même indispensable en mille occasions, et cependant combien est elle négligée dans l'usage du monde? Aussi, est-ce de ce mépris qu'il arrive tant de chutes et tant de scandales.
Le lien du mariage est indissoluble.
Le Fils de Dieu revient encore à l'explication des anciens préceptes de la loi , ou à celle que leur donnaient les pharisiens, et continue ainsi son discours : Il a été dit encore : Quiconque voudra quitter sa femme, qu'il lui donne un écrit de répudiation. Et moi je vous dis que quiconque quitte sa femme , si ce n'est en cas d'adultère, la fait devenir adultère ; et quiconque épouse une femme répudiée commet un adultère ( Matth. , V, 51, 52).
Dans la république des Juifs , Mnîse ne leur avait permis de répudier leurs femmes qu'à cause de la dureté de leur cœur, ob duritiam cordis. Il savait que c'était un peuple de chair et de sang, qui n'aimait que l'assouvissement de ses passions et de son plaisir. 11 craignait donc, comme disent les SS. Pères, que les Juifs ne commissent de plus grands désordres, si on ne leur permettait pas de répudier leurs femmes, quand il y en avait des raisons plausibles. Les pharisiens, s'aulorisant de celle loi de Moïse, qui était une tolérance et non un commandement , prétendaient que, pour quelque cause que ce fût, quacumque ex causa, il était permis de quitter sa femme , et d'en prendre une autre. C'est là-dessus que Jésus-Christ leur fait voir que Moïse ne leur a permis cet usage, permisit vobis , qu'à cause de la dureté de leur cœur ; mais que cela n'a pas été ainsi dès le commencement, ub inilio autem non fuit sic. Car, comme dit Jésus- Christ, l'homme et la femme par le mariage ne sont plus qu'une seule chair : c'est pourquoi l'homme doit abandonner son père et sa mère, et demeurer attaché à sa femme; ainsi ils ne sont plus deux , mais une seule chair. Et c'est de là qu'il conclut fort bien : Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a conjoint : Quod ergo Deus conjunxit, homo non separel (Matth., XIX, 3 et suiv. ; Marc, X, 5 et suiv.).
Ainsi le Fils de Dieu rappelait le mariage à sa première institution , et réiablissant son indissolubilité que les Juifs avaient violée , déclare ici , malgré la tolérance de Moïse et l'usage introduit par les pharisiens, que quiconque répudie sa femme, sinon en cas d'adultère , la fait devenir adultère , parce qu'il lui donne occasion de chercher ailleurs ses plaisirs ; et que quiconque épouse une femme répudiée , commet un adultère , et qu'ainsi il devient criminel devant Dieu , parce qu'il viole la sainteté et l'indissolubilité du mariage, qu'il avait établie dès le commencement. Il est vrai , quand on viole la foi conjugale par la prostitution et par l'adultère, qu'alors il est permis de faire divorce avec sa femme , c'est-à-dire de s'en séparer, mais non d'en épouser une autre , comme c'est un fait décidé parle saint concile de Trcnte(Scss. 24, car» 7) , qui a examiné à fond toute celle matière , et
qui dit qu'il n'ordonne rien là-dessus , que juxla evan» gelicam et aposlolicam doctrinam , que selon la doctrine de l'Evangile et celle des apôtres.
Qu'Une faut point jurer.
Les pharisiens et les docteurs de la loi avaient encore une doctrine fausse et erronée sur les jurements ; car ils enseignaient que ce n'était rien que d« jurer par le temple de Dieu , par l'autel sacré , par le ciel , par la terre, et ainsi du reste , et qu'on n'était pas obligé à garder ces sortes de serments ; c'est ce qui paraît manifestement par le chapitre XXIII de lévangélisle S. Matthieu, Jésus-Christ condamne ces erreurs par sa doctrine toute sainle. Voici comme il parle à ses disciples : Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne vous parjurerez point ; mais vous vous acquitterez de vos serments envers le Seigneur. El moi je vous dis que vous ne juriez point du tout : ni par le ciel , parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre , parce que c'est l'escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem , parce que c'est la ville du grand Roi (c'est-à-dire du Roi des rois, qui y est adoré). Ne jurez pas même par votre tête , parce que vous n'en pouvez rendre un seul cheveu blanc ou noir. Contentez-vous de dire : Cela est, ou, Cela n'est pas ; car ce que vous dites de plus vient du mal , a malo est (Matth. , V. 33- 57).
Il veut dire , par ces derniers mots, que tout jurement vient d'un méchant principe : ou de la facilité qu'on a à jurer pour les moindres choses, ou de la faiblesse de celui qui, pour croire les grandes, demande qu'on jure. Le Sauveur a donc raison de nous ordonner de ne point jurer du tout, parce que le faux jurement est un crime, falsa juratio exiliosa, cl qu'il y a du péril dans un serment véritable, vera juratio periculosa. Il n'y a donc de sûreté qu'à s'abstenir de jurer : nulla juratio secura est.
Qu'il faut souffrir le mal qu'on nous fait.
Jésus-Christ, qui est un maître de bénignité et de patience , s'adresse encore à ses disciples , et leur ap prend ces vertus qui étaient peu connues dans la loi de Moïse. Voici comme il leur parle là -dessus : Voux avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent , c oculum pro oculo , et dentem pro dente. » Ce sonl les termes de la loi de Moïse , qui ordonnait la peine du talion. Mais Jésus-Christ parle bien autre ment , car voici ses enseignements tout divins : Pour moi , je vous dis de ne point résister au mal (c*esl-àdire, ni au mal qu'on vous a fait, ni à celui qui le fait); mail si quelqiCun vous donne un soufflet sur la joue droite, présentez-lui encore l'autre. Et si quelqu'un veut plaider contre vous, pour vous ôter votre robe, laissezlui emporter votre manteau. El si quelqu'un vous cou ■ irainl de faire mille pas avec lui , faites-en encoie deux mille {Matth. , V, 38-42).
Le Fils de Dieu nous apprend par tout ce discours qu'il vaut mieux souffrir ces injustices ei ces violences que de perdre la douceur et la patience eÇde résister par d'autres violences semblables. Non que nou*
soyons obliges à faire et à souffrir extérieurement toutes les choses qui sont ici marquées ; mais dans le cœur nous devons y ôire disposés. Ce qui a fait dire à S. Augustin (De Serm. Dom. in monte): Ad prœparat'wnem cordis, non ad ostensionem operis prœceplum intclligilur.
On doit aimer ses ennemis.
Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et haïrez votre ennemi , i et odio habebis inïmicum tuum. » Le premier est commandé dans le Lévilique (67*. XIX, 18) ; mais quant au second , il n'est porté dans nul endroit des divines Ecritures ; c'était donc une glose des pharisiens et des docteurs de la loi. Mais le Sauveur détrompe ses disciples en leur parlant ainsi : Pour moi je vous dis : Aimez ves ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent , et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient , afin que vous soyez enfants de votre Père qui est dans le ciel ; qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants , et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment , quelle récompense en aurez vous. Les publicains ne le font-ils pas aussi ? El si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous plus que les autres ? Les païens ne le font-il pas aussi ? Soyez donc, vous autres, parfaits, comme votre Père céleste est parfait {Matth., Y, 43-4S).
Non seulement nous ne pouvons pas haïr nos ennemis , car cela nous est défendu par ce divin précepte ; mais nous les devons aimer, c'est-à-dire que nous ne pouvons pas nous dispenser de leur donner des marques de notre amour et de notre charité eu certaines occasions , principalement dans les choses de salut et de nécessité. Dieu , dont nous devons imiter la conduite , veut le salut de tous les hommes , vult omnes hommes sahos fieri ; et cette volonté générale s'élend jusque sur ceux qui ne cessent de l'outrager et de le maudire. 11 faut de même que nous voulions le salut de nos ennemis, et que , dans celle Mie , nous priions pour ceux qui nous persécutent et nous calomnient, ut quorum, (\\i S. Vrospcr (in Sentcn- \iis) , execramur iniquitalem , optemus salutem. Mais de ^ius nous sommes obligés de les assister dans leurs nécessités, selon ce commandement du Sage (XXV, 21) , que l'Apôtre réitère dans l'Epitre aux Romains (Ch. XII , 20) : Si votre ennemi a faim , donnez lui à manger, el s'il a soif, donnez-lui à boire; Si esurieril inimkusluus, c'iba illum ; si sitit, polumdailli. Et c'est encore en cela que nous imitons la bonté du Père céleste; car il ne fait lever son soleil sur les bons el sur les méchants , il ne fait pleuvoir sur les justes el sur les injustes, qu'afln de pourvoir par ces bienfaits généraux à leurs besoins el à leurs nécessités. Nous devons aussi , dit S. Paul (lbid. , 17, 18) , céder à leur colère, (ta locum irœ , ne point leur rendre le mal pour le mal, dkIU malum pro malo rcddenles , et souvent même nous devons vaincre le mal qu'ils nous causent, par le bien que nous pouvons leur faire, vince in bono mulum.
Sur l'aumône.
Le Fils de Dieu, après avoir, pour ainsi dire, purgé quelques préceptes du Décalogue des méchantes gloses et des dangereuses interprétations des pharisiens, Vient maintenant aux bonnes œuvres. Il apprend à ses disciples à les pratiquer avec un esprit simple et un iceur droit, et sans chercher l'approbation etleslauanges des hommes ; car c'était un vice commun el ordinaire parmi les pharisiens, qu'il marque ici sous le nom d'hypocrites : Prenez bien garde, leur dit-il, de ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes , pour être vu d'eux ; autrement vous n'en recevrez point la récompense de votre Père, qui est dans le ciel. Lors donc que vous donnerez l'aumône , ne faites point sonner la trompette devant vous , comme les hypocrites font dans les synagogues , et dans les places publiques , pour être honorés des hommes. Mais quand vous donnez l'aumône , que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite , afin que votre aumône soit secrète ; et vo- Ire Père , qui voit ce qui se fait en secret , vous en rendra la récompense (Matlh. , VI , i A).
Renfermez donc et cachez votre aumône dans le sein du pauvre -, Conclude eleemosynam tuum in corde pauperis , elle obtiendra pour vous mi-éricorde , afin que vous soyez délivré de tous les maux dus à vos péchés , el hœc pro te exorabit ab omni malo (Eccli. , XXIX, lu).
Touchant la prière.
Dans les versets suivants , après avoir parlé de la manière qu'il faut garder en priant , pour éviter et la vanité des pharisiens et la superfluité ou plutôt la futilité des païens , le Sauveur établit une prière , que nous appelons l'oraison dominicale, qui est la plus excellente de toutes les prières. C'est par elle que nous rendons à Dieu , qui est mitre Père céleste et notre roi, une gloire souveraine, et que nous lui demandons tous nos besoins par des paroles qu'il nous met lui-même dans la bouche; car la plupart du temps nous ne savons ni ce qu'il faut demander, ni comment il le faut demander, nam quid or émus sicut oporlet nescimus (Piom. Mil, 26). Voici donc ce que Jésus-Christ recommande à ses disciples louchant la prière: Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites , qui aiment à se tenir debout dans les synagogues el dans le coin des rues , pour être vus des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils ont déjà reçu leur récompense , « reeepernut mercedem suam. » Mais pour vous , lorsque vous prie» rez , entrez dans votre cabinet , el ayant fermé la porte, priez votre Père en secret ; cl votre Père , qui vous vvit en secret , vous rendra la récompense. Or quand veus prierez, ne parlez pas beaucoup , comme font les païens, qui s'imaginent qu'ils seront exaucés dans la multitude de leurs paroles. Ne soyez pas semblables à tux ; car votre Père sait vos besoins , avant que vgus les lui demandiez. Voici donc comme vous prierez.
Oraison dominicale.
Notre Père, qui et. s dans les deux: que votre nom soit sanctifié ; que votre )ègne arrive, que votre vo-
ire volonté soU (aile dans la terre comme au ciel. Donnez-nom aujourd'hui notre pain de chaque jour ; et pardonnez nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. El ne nous laissez point aller à la tentation ; mais délivrez- nom du mal. Ainsi soit-il. Dans les exemplaires grecs, ces mots sont ajoutés : Parce que c'est à vous , qu'est le royaume , la puissance et la gloire dans tous les siècles : Quia tuum est regnum, potestas , et gloria , fixailtia., $ûva/*i$ x«t So£a, in se- Cilla. Amen.
Après cette divine prière, Jésus Christ ajoute : Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes , votre Père céleste vous pardonnera aussi vos péchés. Mais si vous ne leur pardonnez point , votre Père ne vous pardonnera pas vos péchés : Nec paler rester d'uni net peccala mira (M ait h. , VI , 5-15).
Du jeûne.
Le Fils de Dieu condamne encore ici la conduite des pharisiens sous le nom d'hypocrites. Ces hommes pleins d'orgueil jeûnaient deux fois la semaine, jejuno bis in sabbalo (Luc, XVIII, 12), et c'était, comme l'on croit plus communément, le lundi et le jeudi ; mais en jeûnant ils défiguraient leur visage par une pâleur affectée , afin de paraître mortifiés aux yeux des hommes. Et c'est ce que le Fils de Dieu défend à ses disciples en leur disant : Lorsque vous jeûnez , i cum jejnnatis , > ne faites point les tristes, comme les hypocrites qui défigurent leur visage, afin qu'il paraisse aux yeux des hommes qu'ils jeûnent. Je vous dis en vérité qu'ils ont reçu leur récompense. Pour vous, lorsque vous jeûnez, oignez d'huile votre tête, < unge caput tuum, » et lavez votre visage , afin qu'il ne paraisse pas aux yeux des hommes que vous jeûnez, mais à votre Père, qui est présent à tout ce qu'il y a de plus secret; et votre Père, qui vous voit en secret, vous rendra la récompense (Matlh., VI, 16-18).
Quand le Sauveur dit à ses disciples d'oindre leur tête, il parle, comme remarque fort bien saint Jérôme (in Matlh.), selon l'usage de la Palestine, où l'on avait coutume, principalement les jours de fêles, d'en user ainsi , ubi diebus festis soient ungere capita. Ce maître humble et modeste n'avait garde de leur commander de se parfumer , ces délicatesses n'étaient que pour les riches et pour les puissants : il veut seulement qu'ils fassent comme le commun du monde , et qu'ils se servent d'huile pour oindre leur tête et Inur visage, ut ex hi lurent faciem in oleo (Psal. Cil I , 15); et il leur commande d'en user de la sorte , afin que leur jeûne ne paraisse point aux yeux des hommes , et qu'il ne soit vu et connu que des yeux du Seigneur.
i Du mépris des trésors.
Voici d'autres points de celle divine morale que Jésus Christ leur a enseignée. Il ne veut point qu'ils s'étudient à amasser des trésors ici-bas ; car rien n'attache plus à la terre le cœur de l'homme , qui n'est fait que pour le ciel. N'amassez point, dit-il, de U-csors sur ta terre , où lu rouille et la teigne les man-
gent, et où les voleurs les déterrent et les dérobent. Mais amassez des trésors dans te ciel , où la rouille et la teigne ne tes mangent point, et où les voleurs ne les déterrent et ne les dérobent point ; car où est votre trésor , là est volve cœur (Matlh., VI, 19-21).
Chez les Orientaux, les richesses des trésors consistaient autant dans les étoffes précieuses et dans les habits, que dans les métaux. Ceux-ci pouvaient être corrompus par la rouille , et ceux-là mangés par la teigne. 11 leur insinue donc que c'est une folie d'amasser des trésors qui peuvent être gâtés par la rouille et les vers, et dérobés pnr les voleurs; et que la véritable sagesse consiste à se faire des trésors de vertus, qui durent toujours dans le ciel , et qui nous rendent riches et heureux dans toute l'étendue de l'éternité.
De l'intention droite.
Comme l'œil est la lumière du corps , de même l'intention est celle de l'esprit et du cœur. Que si l'œil est aiïecié de quelque méchante qualité qui l'obscurcisse , le corps s'en ressent et marche pour ainsi dire dans l'obscurité et dans les ténèbres. Il en est de même de l'esprit ; quand l'intention n'est pas droite et simple, il se gâte par là, et corrompt le cœur. C'est à ce sujet que Jésus-Christ dit ici à ses disciples, en les avertissant d'y prendre garde : Votre œil est la lampe de voire corps, t Lucerna corporis lui est oculus tuus. > Si voire œil est simple , tout votre corps sera éclairé. Mais si votre œil est gâté, tout voire corps sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en vous n'est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes (Matlh.tVl; 22,23).
C'est comme s'il disait , Si l'intention qui est en vous et qui règle votre cœur n'est que ténèbres , c'est-à-dire si elle est vicieuse et impure , elle qui doit être votre lumière , combien vos œuvres qui ne sont bonnes et lumineuses que par la rectitude de votre intention , seront elles impures et ténébreuses? Qu'on ne doit pas servir deux maîtres.
Il est écrit dans la loi : Vous adorerez le Seigneur vi ire Dieu, et vous servirez lui seul, « et illi soli servies. > Or comment adore-t-on Dieu ? Ce n'est sans doute qu'en l'aimant , non colilur nisi amando. C'est donc une espèce de culte qu'on rend à l'argent , quand on l'aime trop. 11 devient l'idole de notre cœur, et l'attachement que nous avons pour lui est, sel >n saint Paul (Ephes., V, 5), idulorum servi lus, une idolâtrie ou un culte d'idole. Ainsi quiconque aime trop l'argent, est un idolâtre, dia)Ml&vpiiu car c'est le propre mot dont se sert l'Apôtre dans l'original. Ce t ce" vice détestable, qui ne possède que irop souvent le cœur de ceux qui sont destinés à servir le Seigneur comme ses ministres, que Jésus-Christ condamne iei. Il dit à ses chers disciples , afin que nous l'appi e nions après eux : Nul ne peut servir deux maîtres , < Nemo potest duobus dominis servire; » car ou il haïra l'un cl aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et nigprk sera l'autre. C'est bur ce raisonnement vérit ble u.ue
Confirmation dl ^histoire évangêlique 1136
le Sauveur conclut : Vous ne pouvez servir tout ensemble Dieu et l'argent, « Non potestis servirc Deo et mammonœ (Mallh.. VI, 24). »
C'est ici que saint Jérôme se récrie : Audiat hoc o.varus, Que l'avare écoute ces paroles, et qu'il sache, quoiqu'il porte le nom de chrétien, et qu'il soit peutêtre ministre de Jésus-Christ , qu'il ne peut servir Dieu et les richesses, c'est-à-dire qu'il ne peut aimer l'un et l'autre, non passe se simul divitiis Christoque servire.
Qu'il ne faut jamais trop s'inquiéter des besoins de la vie.,
Comme l'inquiétude sur les choses de ce monde es», ordinairement un effet de l'amour des richesses v saint Paul (llébr., Xllï, o) a eu raison de nous dire, pour nous guérir de l'un et de l'autre de ces dérèglements : Que votre vie soit exemple d'avarice , et soyez contents de ce que vous avez, c Sinl mores sine av initia, contenli prœsentibus. > Car Dieu dit lui-même : Je ne vous délaisserai ni ne vous abandonnerai point : « non le deseram, neque derelinquam. > Voilà sa pa. roSe engagée, et un apôtre en est le garant. Puisque Dieu prend donc soin de nous, n'ayons" point d'inquiétude sur les besoins de ce monde , ou du moins qu'elle soit modérée et pleine de confiance. Et comment ne le serait-elle pas, après ces promesses de Jésus-Christ : Je vous dis moi-même : Ne vous mettez point en peine où vous trouverez de quoi manger, pour soutenir voire vie , ni où vous aurez des vêlements pour, couvrir votre corps. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture , et le corps plus que le vêtement ? C'est comme s'il disait : Dieu ne vous donne- l-il pas la vie, qui esl bien plus précieuse que la nourriture ? il vous donnera donc de quoi la soutenir. Ne vous at il pas donné un corps, qui vaut mieux que les vêtements ? il vous trouvera donc de quoi le couvrir.
Considérez, dit-il, les oiseaux du ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent rien dans les greniers, cependant votre Père céleste les nourrit. N'èles-vous pas plus excellents qu'eux ? El qui esl celui d'entre vous qui, avec tous ses soins, puisse ajouter une coudée à sa taî.le ? Dourquoi aussi vous mellez-vous en peine pour le vêtement ? Considérez les Us des champs, comment ils croissent ; Us ne travaillent et ne filent point. Or je vous dis que Salomon , même dans toute sa gloire , n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Si donc Dieu a soin de vêtir ainsi une herbe des champs qui est aujourd'hui et qui sera demain jetée dans le four , combien aura' t-il plus soin de vous vêtir, hommes de peu de foi? Ne vous mettez donc point en peine, et ne dites point : Que mangerons-nous, de quoi nous couvrirons nous? car les païens recherchent toutes ces choses. Voire Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Après ces raisonnements tout divins, Jésus-Christ conclut : Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice , et toutes ces choses vous seront données par surcroît. Ne vous niellez donc point en peine du lendemain ; car le lendemain se mettra en peine pour lui-
même. A chaque jour suffit son propre mal , < suffrit diei malitia sua ( M al th., VI, 25 '34). »
Qu'il ne faut juger personne.
Le Fils de Dieu continue ses divines instructions", qui sont comme un abrégé de la morale renfermée dans son Evangile. Ne jugez point, dit-il à ses disci pies, afin que vous ne soyez point jugés. Car vous serez, jugés comme vous aurez jugé les autres ; et on se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis à l'égard des autres. Pourquoi vuyez-vous une paille dans l'œil de votre frère , vous qui ne voyez pas une poutre qui est dans le vôtre ? Hypocrite , ôlez premièrement la poutre de votre œil , et alors vous verrez comment il faut ôler la paille de l'œil de votre frère (Mallh., VII, 1-5).
11 n'appartient proprement qu'aux gens de bien et aux hommes justes d'accuser et de reprendre les vices des autres : c'est là leur fonction, c'est là leur devoir; Accusare vitia, dit saint Augustin (lib. II de Sern. Domini in monte, cap. 3 ) , offeium est boxorum. Mais quand les méchants et les déréglés entreprennent de le faire, ce sont des hypocrites, qui usurpent un ministère qui ne leur convient pas, aliénas partes agunt, sicut hypocrilœ. Or qui est celui qui ose se croire juste; ou, ce qui est encore plus, se croire assez jiwle pour oser reprendre et juger les autres? Mais quand cela serait, quel péril n'y a-t-il pas à les juger, après tant de jugements ou injustes ou téméraires qu'on commet tous les jours ? Dans les choses douteuses , ne les jugeons point. Dans les autres , qui sont plus manifestes, excusons les tant que nous pouvons. C'est le conseil de saint Bernard (Serm. 4 in Canl.) , qui a été si rempli de sagesse et de charité- Si l'œuvre de notre frère n'est pas excusable, il veut que nous excusions son intention : excusa intentionem , si opus nonpoies.S'i nous ne le pouvons, car il y a desœuvres que l'intention ne saurait rectifier , croyons qu'il n'a fait le mal que par ignorance , ou par surprise , oi enfin par la lâcheuse rencontre où il s'est trouvé : puta ignoranliam, pula subreplionem, puta casum. Si ot ne le peut excuser par tous ces endroits, on doit rejeter le mal sur la violence de la tentation , et alors il faut dire en soi-même : Cette tentation qui a l'ait tomber mon frère m'eût entraîné moi-même si elle eût fait contre moi ses efforts : Quid de me illa fecisset , si in me accepissel simililer polestalem ? Voilà de quelle manière saint Bernard veut qu'on excuse avec charité les péchés de son frère; car quand nous le jugeons avec rigueur, nous nous exposons par notre dureté à être un jour nous-mêmes traités sans miséricorde.
Qu'il ne faut point exposer les choses saintes à être méprisées.
Jésus-Christ nous apprend en deux mots et par deux comparaisons assez familières , qu'il faut avoir beaucoup de prudence dans la di^pensalion des choses saintes. Ne donnez point, dil-il, les choses saintes aux chiens , « Nolite darc sanclum canibus ; » el ne jetez
mint les perles devant les pourceaux, « neqne miltalis waraaritas veslras ante porcos, » de peur qu'ils ne les (outenl aux pieds, et que, se tournant contre vous-mêmes ils ne vous déchirent [Matin., VII, 6).
Combien y en a t-il cl qui résistent aux vérités divines qu'on leur prêche , et qui les méprïseni ? Combien y en a t-il même qui déchirent ceux qui leur annoncent ces vérités saintes? Quand on reconnaît ces méchantes dispositions dans l'esprit de ses auditeurs , il faut être sobre et prudent à distribuer la parole sainte ; alors il ne la faut répandre sur ces cœurs endurcis et profanes que selon les simples obligations de son ministère.
Qu'il faut demander avec instance au Père céleste.
Demandez, dit Jésus-Christ (Matin., VII, 7) , et l'on vous donnera, t Petite, et dabiiur vobis; » cherchez, et vous trouverez , < quœrite , et invenietis; i frappez , et l'on vous ouvrira, c pulsale , et aperietur vobis. > Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche trouve ; et on ouvre à celui qui frappe. Que veut dire Jésus-Christ par ces trois choses : demandez, cherchez, et frappez? Saint Augustin (lib. I Retract., cap. 16), après les avoir assez examinées , conclut enfin qu'elles ne signifient proprement qu'une prière qui se fait à Dieu avec arueur et persévérance : Longe melius, dit ce Père, ad inslantissimam petilionem omniareferuntur. Certes le Seigneur ne refuse rien à une prière humble cl fervente , quand elle est accompagnée de persévérance^ quand elle ne tend qu'aux biens véritables qui sont les biens du salut. Le Sauveur continue son discours en di.-ant : Qui est l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fils lorsqu'il lui demande du pain ? ou s'il lui demande un poisson, lui donnera t-il un serpent? Les paroles qui suivent sont des assurances pour ceux qui persévèrent dans la prière : Si donc vous autres, étant méchants comme vous êtes , vous savez donner à vos enfants de bonnes choses ; à combien plus forte raison votre Père, qui est dans le ciel, donnera l il de vrais biens à ceux qui les lui demandent ( Mallh. , VU, 7-11).
De la voie étroite.
Comme Jésus-Christ est la vérité el la vie , veritas. et vita , il sait parfaitement la voie qui y conduit. Il l'enseigne ici à ses disciples en très-peu de mots, mais qui sont remarquables. Entrez, leur dit-il, par la porte étroite, parce que la porte qui mène à la perdition csl large el spacieuse, cl il y en a beaucoup qui y passent. Que la porte qui mène à la vie est petite, et que le chemin est étroit, et qu'il y en a peu qui le trouvent (J/«h/i., Vit, 13,14)!
La voie de la pénitence, la voie de la justice, est le chemin qui mène à la vie. Ce chemin est étroit et seiré, arda est via: principalement dans son entrée et son commencement. Mais quand le cœur de l'homme vient à se dilater par les ardeurs de la charité , alors on marche avec plaisir , disons plutôt, on court dans se chemin qui avait paru si étroit ; el c'est ce qui
faisait dire à un grand juste : Viam mandaiorum
tuorum cucurri, cum dilalasli cor meum (Ps. CXV1H).
On connaît l'homme par ses œuvres.
Du temps des prophètes véritables, d'Isaïe, de Jérémie, d'0>ée , d'Amos, et ainsi des autres, toute h\ Judée était remplie de séducteurs et de faux prophètes. 11 y en avait eu dans tous les siècles parmi le peuple choisi, et il y en avait encore du temps de Jésus Chris!. Il donne un moyen de les reconnaître, et la règle qu'il prescrit doit ordinairement nous servir à discerner un homme juste et craignant Dieu, d'avec un méchant el un hypocrite. Il veut que nous en ju • gions par les œuvres, comme on fait de l'arbre par le fruit. Voici ce qu'il dit là -dessus : Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis; mais au dedans ce sont des loups ravissants. Vous les reconnaîtrez par leurs fruits. Cueille-t-on des raisins de dessus les épines , ou des figues de dessus tes chardons ? Ainsi tout arbre qui est bon , produit de bons fruits; et tout arbre qui est mauvais, produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits ; et un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits. Tout arbre qui ne produit point de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Vous les reconnaîtrez donc par leurs fruits (Mallh., VII, 15-20).
Combien de personnes y a l il encore aujourd'hui dans le saint mini>lcre qui ont les plus belles appu rences du monde : tout est réglé , tout est droit en elles, leurs démarches, leur doctrine, leurs sentiments; mais ce ne sont là que des feuilles. Sondez leur inté rieur, voyez leur vie secrète et leurs actions privée-, vous n'y trouvez que de méchantes œuvres : ce sont là les fruits, et ces fruits font voir, quand on les connaît , que ce sont de mauvais arbres , et que ces personnes ne sont pas prophètes du Seigneur.
C'est sur nos œuvres que îious sommes jugés.
Noire jugement sera porté , non sur nos paroles, mais sur nos œuvres , el ce jugement sera plein de justice. Car qu'y a-t-il de plus facile et de plus ordinaire que de faire prononcer à ses lèvres de< paroles saintes; mais, quoi de plus rare el de plus difficile, que de faire produire à son cœur el puis à ses mains des œuvres de justice? Aussi le Sauveur dit il à ses disciples : Ce ne sera point celui qui me dit : Seigneur ! Seigneur ! qui entrera dans le roijnume du ciel ; mais quiconque fait la volonté de mon Père, qui est dans It ciel, ce sera celui-là qui y entrera. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur ! Seigneur! n'avons-nous pas prophétisé en votre nom, et chassé les démons en votre nom, et fait plusieurs miracles en votre nom ? Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus. Retirezvous de moi, vous qui commettez l'iniquité (Mallh., VII, 21-23).
Le Seigneur pourra-l-il dire à ces personnes : Nunquam novi vos, je ne vous ai jamais connues ; puisqu'elles onl prophétisé en son non» ? Oui, il pourra le leur dire avec justice; car, proprement, Dieu ne connaît cl n'approuve que ce qu'il a lait. Ces gens ont
toujours élé des «léchants , il leur dira donc avec vérité, selon saint Augustin (Epist., 47, ad Valentin.): Nunqnam novi vos, je ne vous ai jamais connus, parce que je ne vous ai pas laits tels que vous avez élé, quia taies vos ego non feci.
Qu'il faut entendre et pratiquer les instructions de Jésus- Christ.
Après tant d'excellents enseignements que Jésus- Christ a donnés àses disc;ple* sur cette montagne, qui n'était pas fort éloignée de Bethsaïde et de Capharn.aûm, il conclut d'une manière qui nous marque la nécessité indispensable qu'il y a de les pratiquer. Quiconque, dit-il, entend de moi ces paroles , et les met en pratique, sera semblable à un homme sage, qui a bàù sa maison sur la pierre. La pluie est tombée, les rivières se sont débordées , les vents ont soufflé et sont venus fondre sur celle maison , et elle n'est point tombée , parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend de moi ces paroles et ne les met pas en pratique, sera semblable à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable : la pluie est tombée, les rivières se sont débordées, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur celte maison, et elle est tombée, et sa ruine a été grande, t et fuit ruina illius magna > (Mat th., VII, 24-27).
Ne point entendre la parole de vie , c'est n'être point de Dieu, surtout quand on joint le mépris à la négligence. C'est le Seigneur qui le dit lui-même : Vroplerea vos non auditis quia ex Deo non eslis (Jean, VIII, 47), vous n'entendez point les paroles de Dieu, jwree que vous n'êtes point de Dieu. C'est donc une bonne marque que d'écouler avec plaisir la parole de Dieu. Mais de l'entendre et de la recevoir dans son cœur sans la mettre en pratique, c'est un péché considérable, scienti et non facienti peccatum est illi (Jacq., IV, 17); et c'est ce péché qui attire à l'homme une grande ruine et souvent même son dernier malheur. Au contraire l'on est heureux, comme assure la Vérité même , lorsqu'on écoule et qu'on pratique cette parole sainte : Beali qui audiunt verbum Dei et cuslodiunt illud (Luc, XI, 28).
Jésus Christ ayant fini ces discours salutaires et ces instructions toutes divines, l'évangélisle dit que le peuple était dans l'admiration de sa doctrine, admirabantur lurbœ super doclrina ejus (Mat th., VII, 28, 29). 1! n'y a pas sujet de s'en étonner : car, si les prophètes avaient parlé autrefois, et si les docteurs de la loi parlaient encore dans les synagogues , cela n'approchait point des discours admirables qui sortaient de la bouche du Seigneur. Aussi les peuples en étaient-ils tellement charmés, qu'ils abandonnaient tout pour l'aller entendre sur les montagnes ei dans les déserts. Kl quand ils avaient entendu sa doctrine, ils disaient dans le ravissement : Jamais homme n'a parlé de la sorte, Nunquam sic locutus est homo (Jean, VII, 4G). Mais ce qui nous doit faire regarder ses paroles comme la doctrine de la vérité , c'est qu'il l'a prouvée et soutenue par une foule de prodiges qu'on n'a jamais osé conteur Aussi Tévangélisie dit il ici que le Fils de
Dieu instruisait les peuples comme ayant autori é, sicut polestalem habens, et non comme leurs docteurs et les pharisiens.
Un lépreux est guéri.
Après que Jésus-Christ eut donné à ses disciples les divines instructions que je viens d'expliquer , et qui sont comme un précis et un abrégé de tout l'Evangile, il descendit de la montagne, qui n'était pas beaucoup éloignée de Capharnaûm ; et une multitude de peuple commença aie suivre, secutœ sunt eum lurbœ multœ. Alors un lépreux , venant à lui , se mil à l'adorer , en disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Jésus étendant la main, le toucha et lui dit : Je le veux, soyez guéri, « Volo, mundare (xuraphe^Ti) ; > et sa lèpre fut guérie au même instant , « et confeslim mundata est lepra ejus. > Fa Jésus lui dit : Gardez vous bien de parler de ceci à personne ; mais allez , montrez-vous au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse , afin que cela leur serve de témoignage ( Matth., VIII, \ 4 ; Marc, I, 40-45 ;Luc, V. 12-15).
L'évangélisle saint Luc nous apprend que la guérison de ce lépreux se fit, iu una civitaium, d.ms une des villes de Galilée; il y a donc apparence que cela arriva dans les faubourgs de Bethsaïde , ou plutôt de Capharnaûm. Je dis dans les faubourgs, d'autant que par la loi il était défendu au lépreux d'habiter avec les, autres ; c'est pourquoi il était seul hors de l'enclos et des murs des villes, solus hab'ilabil extra castra (Lévil., X'iH, 46) , parce qu'il était impur. Non seulement, il était séparé des autres, mais afin qu'on le reconnu et qu'on n'approchât point de lui de peur que le mal ne se communiquât , la loi lui ordonnait de porter ses vêlemens décousus, habebit vestimenta dissuta, d'avoir la tête nue, caput nudum , et le visage couvert de son vêlement, os veste conteclum, et dans cet état, de crier qu'il était impur et souillé , contaminalum ac sordïdum se clamabit (lbid., 45). Quoique les peuples suivissent alors Jésus-Christ, comme nous le voyons par saint Matthieu, ils s'écartèrent à la vue de ce lépreux, qui se prosterna pour adorer le Sauveur , lequel resta seul avec lui. Comme donc personne ne pouvait savoir s'il était guéri, puisqu'il n'y avait que les prêtres qui en pussent juger, le Fils de bien , qui ne voulait rien faire contre la loi, lui dit : Gardez-vous bien de parler à personne de votre guérison , c'est-à-dire avant que vous vous soyez présenté au préMre. Et quand vous vous serez montré à lui , offrez le don prescrit par Moïse, afin nue cela leur serve de témoignage, in teslimonium illis : c'esl à-dire afin que les prêtres témoignent que vous êtes guéri, ayant reçu voire don et votre sacrifice; el aussi afin qu'ils voient que je ne suis venu ni pour violer, ni pour détruire la loi.
Or quand le prêtre avait reconnu que la lèpre étnl bien guérie, cum invenerit lepram esse mundatam(Lévit ., XIV, 5), il ordonnait à celui qui allait se purifier d'offrir pour soi deux passereaux vivants , du bois de cèdre, de l'écarlatc et de Fhyssopc. L'un de ces passereaux était immolé dans un vaisseau de terre sur de
Peau vive, super aquas viventes (Lévil., XîV,i el suiv.); et pour l'autre, on le teignait dans le sang du premier, a"ec le bois de cèdre , l'écarlate et l'hyssope. Après quoi Ton faisait sept aspersions avec ce sang sur l'homme guéri, afin qu'il fût légitimement purifié, ut jure purgetur; et incontinent on laissait le passereau vivant s'envoler dans les champs. Cet homme, après celle purification , devait laver ses vêlements et son corps , après en avoir rasé tout le poil. Le septième jour de sa purification, il faisait la même rasure el les mêmes lotions , jusqu'à être contraint de raser les cheveux de sa tête, sa barbe et ses sourcils. Enfin le huitième jour, il était obligé d'offrir au temple deux agneaux , avec de la fleur de farine et de l'huile : du premier on en faisait un sacrifice de propitiaiion pour le péché; et de l'autre un holocauste avec quelques aspersions et quelques prières. Et ainsi le lépreux était purifié et rentrait dans le commerce el la société des hommes.
Le Fils de Dieu avait défendu à ce lépreux dé parler de sa guérison à qui que ce fût , avant de s'êire présenté au prêtre ; mais cet homme , transporté de joie, ne put déférer à ce commandement. Car, incontinent qu'il feul quitté, il commença , dit saint Marc , à parler de salguêrison, el à la publier ,icœpil prœdicareel d'iffamare sermonem ; » de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer publiquement dans la ville , mais il se tenait dans les lieux déserts, el on venait à lui de toutes paris. t et conveniebani ad eum undique. » Saint Luc ajoute qu'on venait pour entendre sa doctrine et pour être guéri de ses infirmités , « ut audirent, et curarentur ab infirmitatibus suis. > Quand saint Marc écrit que Jésus ne pouvait plus entrer publiquement, manifeste, ya.jep&;, dans la ville, il insinue assez qu'il y entrait en secret, afin de pourvoir à ses besoins el à ses nécessités. Et c'est ce qui me persuade que la ville auprès de laquelle il fit ce miracle était celle de Capharnaùm , où il avait établi sa demeure, et qui était sur le lac de Génésarelh.
Troisième vocation de saint Pierre.
Nous venons de voir que le nombre infini de peuple qui suivait Jésus-Christ, l'obligeait de quitter la ville cl de se tenir dans les lieux déserts, in deserlis loch. Ces déserts étaient entre Capharnaùm et Bethsaïde , et s'étendaient jusque sur le bord du lac de Génésare h. Ce fut là qu'il appela saint Pierre pour la troisième fuis, et voici, selon saint Luc, comment cela arriva. Jésusétant sur le rivage du lac de Cénésareth, t secus stagnum Cenesareth, > et les peuples se jetant en foule pour entendre la parole de Dieu, il vil deux barques arrêtées au bord du lac, dont les pêcheurs étaient descendus et lavaient leurs filets. Il entra donc dans l'une de ces barques, qui était à Simon, el le pria de s'éloigner un peu de la lerre; et s étant assis, il enseignait le peuple de dessus cette barque, < sedens docebat de navicula turbas. > Et lorsqu'il eut cessé de parler , il dit à Simon : Menez en pleine tv.er, < Duc in altum » (je le lais parler de la sorte, car les Juifs appelaient ce lac une mer), et jetez vos filets pour [lire une pêche. Simon lui répondit : Maître, nous
n'avons rien pris , après avoir trava'ulê toute la nuit , néanmoins je m'en vais jeter le filet sur votre parole. Ayant fait cela , ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait. Ils firent donc signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir à eux el de les aider. Ils y vinrent et remplirent tellement les deux barques , qu'elles coulaient presque à fond.
Simon-Pierre vcyanl cda, &e jeta aux pieds de Jésus en disant : Seigneur , relirez vous de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l'élonnement l'avait saisi , ainsi que tous ceux qui étaient avec lui , à cause de la pêche des poissons qu'ils venaient de faire. Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon , étaient aussi dans l'élonnement . Alors il dit à Simon : Ne craignez point , désormais vous serez employé à prendre des hommes , « ex hoc jam hommes eris capiens. i Et ayant ramené leurs barques à tene,, ils quittèrent tout et le suivirent (Luc, V, 1-1 1).
11 faut ici rendre justice à celui qui a été depuis te prince des apôtres. C'est de Simon Pierre que j'entends parler. On ne doit pas s'imaginer qu'il ait jamais cessé d'être disciple de Jésus-Christ , depuis qu'il le connut la première fois au delà du Jourdain; non, il n'a jamais cessé de l'être. Mais quand il voyait que son divin maître était à Capharnaùm ou dans les lieux voisins, qui instruisait le peuple, il s'en allait quelquefois à Belhsaïde, d'où il était natif, et s'occupait à pêcher dans la mer de Galilée pour gagner sa vie. Aujourd'hui le Fils de Dieu oblige saint Pierre de le suivre pour toujours , parce qu'il allait bientôt en faire , non-seulement un apôtre du nombre des douze, mais le premier et le plus grand des apôtres. C'e4 pourquoi sa barque, dans laquelle entra Jésus- Christ, a été regardée par les Pères comme la figure de l'Eglise, dont il devait être le prince ; et les pois sons qu'il prit en si grande quantité, signifiaient les hommes qu'il devait un jour assembler dans le sein de la même Eglise. Aussi le Sauveur lui apprit-il , dans l'étonnement où il était d'en voir un si grand nombre , que cela marquait les hommes ; qu'il allait bientôt commencer à prendre. C'est pourquoi il lui dit : Ex hoc , désormais, eris homines capiens , vous vous occuperez à prendre des hommes , el non des poissons.
Un paralytique est guéri à Capharnaùm.
Après cette troisième vocation de saint Pierre, qui se fit sur le lac de Génésareth , Jésus-Christ vint à la ville de Capharnaùm qui n'était pas éloignée de là. C'est ce que saint Marc nous apprend , car il insinue assez nellement au chapitre II que la guérison du paralytique se fit dans cette ville. Or il est certain qu'elle se fit dans une assemblée de peuple fort nombreux et fort solennelle , parce que saint Luc dit que quand le Sauveur opéra ce miracle , il enseignait le peuple, et qu'alors il y avait auprès de lui des pharisiens et des docteurs de la loi qui étaient venus de tous les bourgs ou petites villes de Galilée et de Judée , et
même île Jerii
'cm , exomni caslello , comme porte
U Tz*art; xw/x>;s, ex Oftlttî VÎCO SPU
la Vulgate, gr
oppidnlo Galilœœ , etJudœœ, et Jérusalem (Luc, V, 17). N'y a-t-il pas quelque apparence que les principaux des pharisiens eldes docteurs de la loi de Jérusalem avaient ordonné à ceux-ci de se rendre à Capharnaûm , pour observer Jésus-Christ et pour voir quelle était sa doctrine? Car enfin, Comment ions ces hommes se fussent-ils trouvés ensemble , sans un ordre secret des premiers de leur corps , et peut-être même du sanhédrin ou grand conseil des Juifs.
Quoi qu'il en soit, saint Luc écrit que tout ce monde étant assemblé, pour entendre Jésus Christ, quelques personnes portant sur un lit un homme qui était paralytique, « qui erat paralyticus, > cherchaient le moyen de le faire entrer (car, selon saint Marc, Jésus prêchait , in domo, dans une maison) et de le mettre devant lui. Mais ne trouvant point par où le faire entrer à cause de la foule du peuple , ils montèrent sur le haut delà maison d'où ils le descendirent par les tuiles, avec le lit où il était, nu milieu de lu place, dev :nl Jésus. Lequel voyant leur foi, dit : Homme, vos péchés vous sont remis. Alors les docteurs de la loi et les pharisiens disaient en eux-mêmes : Qui est cet homme qui prononce des blasphèmes ? Et qui peut remettre les péchés que Dieu seul ? Mais Jésus connaissant leurs pensées leur dit : Quelles pensées avez-vous dans le cœur ? Qu'est-ce qui eut le plus aisé de dire : Vos péchés vous sont remis , ou de dire: Levez-vous et marchez. Or afin que vous sachiez que le Fils dit l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Levez vous, je vous le commande, dit-il au paralytique, emportez votre lit et vous en allez en votre maison. Il se leva aussitôt en leur présence , emporta le lit où il était couché , et s'en retourna en sa maison , rendant gloire à Dieu. Tous furent remplis d'élonnemen! , ils glorifiaient Dieu et disaient , dans la frayeur dont ils étaient remplis : Nous avons vu aujourd'hui des choses prodigieuses, < Yidimus mirubilia hodie » (Luc, V, 17 26 ; Matih., IX, 1-8; Marc, II, 1-12).
Vocation de saint Matthieu, qui était publicain.
Après la guérison du paralytique , Jésus sortit de Capharnaûm et alla sur le bord du lac deGénésarcth, <r; il enseignait le peuple qui venait en foule à lui. Comme il passait sur le rivage, il vit un homme qui était assis au bureau des impôts , appelé Matthieu , « vidit Ucminem sedentem in tclonio, Matthœum nomine, » et il lui dit : Suivez-moi. H se leva aussitôt et le suivit. Or Jésus étant à table dans la maison de cet homme (car, selon saint Luc , il lui lit un grand festin , convivium magnum), plusieurs publicains et gens de mauvaise vie s'y mirent avec lui et avec ses disciples; elles pharisiens voyant cela , dirent à ses disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les Hommes pécheurs ? Jésus les ayant entendus, leur dit : Ceux qui sont sains n'ont pas besoin de médecin , mais ceux qui sont malades. Allez et apprenez ce que veut dire : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice. Car ce sont Ls vécheurs et non pas les justes qae te suis venu
appeler, * non enim veni vocare justos, sed peccatores*) (Matih., IX, 9-13; Marc, II, 15-17; Luc, V, 27-32 ) Le premier des évangélisles en écrivant celte vocation n'a point appréhendé de se nommer soi-même , en disant : Jésus vit un homme qui était assis au bureau des impôts, appelé Matthieu ; saint Luc, au contraire lui a donné le nom de Lévi ; et saint Marc l'appelle Lévi, fils d'Alphée. Origène a cru, en écrivant contre Celse ( lib. I, p. 48) , que ce Lévi dont parle Saint Marc n'était pas l'apôtre saint Matthieu , que c'était un autre publicain. Mais saint Jérôme assure que c'était le même, et qu'il avait deux noms , duplici quippe vocabulo fuit , et qu'il s'appelait Lévi et Matthieu. C'est aussi le sentiment des Pères et des commentateurs. En effet, nous voyons que c'est la même narration, et cc'que saint Matthieu dit de soi-même, les autres évangélisles le disent de Lévi. Porphyre et Julien l'Apostat , qui ont écrit publiquement contre les chrétiens , disaient que c'était une espèce de folie à saint Matthieu, d'avoir, sur une simple parole, suivi Jésus de Nazareth. Mais ces deux impics ne prenaient pas garde que ce saint et les autres apôtres lui avaient vu faire une infinité de miracles. Us ne l'ont dune point suivi légèrement , dit fort bien saint Jérôme, après avoir vu lant de prodiges, cum tanlœ virtulce tantaque signa prœcesserinl , qnœ apostolos , antequam crederent, vidisse non dubium est. Outre, dit ce Père , que la majesté du visage de Jésus-Christ, qui portait je ne sais quoi de sa divinité secrète et cachée, était. capable d'attirer ceux qui le voyaient.
Les disciples de Jean-Baptiste interrogent Jésus-Christ. Au même temps que le Fils de Dieu était chez saint Malihieu et qu'il mangeait avec les publicains et les hommes pécheurs , les disciples de saint Jean Baptiste , qui était encore en prison , le vinrent trouver, et peut être y furent ils p r;és par les pharisiens, car saint Marc les mêle dans cette rencontre avec les disciples de ce précurseur. Ils dirent à Jésus-Christ: Pourquoi nous , avec les pharisiens , jeûnons nous souvent , et que vos disciples ne jeûnent point ? Jésus leur répondit : Les amis de l'époux peuvent-ils être dans le deuil, pendant que l'époux est avec eux? Mais le temps viendra que l'époux leur sera ôlé -, et alors ils jeûneront (Matih., lX,li,15). Ceux qui sont appelés dans la Yulgate, [d'à sponsi, sont nommés dans l'original, ulol tJo vu/jijpwvo5, filii thalami. C'étaient les amis du nouvel époux qui avaient soin de ses noces , et principalement de la chambre et du lit nuptial ; ils sont appelé, par les Grecs, paranymphi, nupéuviifoi ou vvpfotyw/ol, et parles latins, pronubi. L'épouse avait pareillement ses amies , qui avaient soin de tout ce qui la concernait , et elles sont appelées pronubœ.
L'usage d'avoir des amis le jour de ses noces était fort ancien parmi les Juifs cl les Philistins, puisque la femme de Samson, qui était Piiilisiine, épousa un de ses Anmaccepit maritum unum deamicis ejnset pronubis (Jug., XIV, 20). Ainsi en cet endroit delà Yulgate, filii spemsinesont autres que les amis cl les compagnons de l'époux. lean-Bantisies'élail à non près servi de cg.'iti
romparaison , et il avait dit que sa joie était pleine, parce qu'il était ami de l'époux, qui était Jésus-Christ. Le Sauveur s'en sert après lui et fait entendre que pendant qu'il était avec ses amis, qui étaient ses disciples, ils ne seraient point dans le deuil et la tristesse; mais quand il ne serait plus avec eux , que ce serait alors le temps de pleurer. Le Fils de Dieu leur dit ensuite : Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieux vêlement , « Nemo autem immiltit commissuram ( selon saint Marc , assumentum) panni rudis in veslimentum vêtus , > car par là il ôte une partie du vieux, et la rupture en devient plus grande. On ne met voint aussi de vin nouveau dans de vieux vaisseaux, autrement les vaisseaux se rompent , le vin se répand , et tes vaisseaux se perdent. Mais on met le vin nouveau duns des vaisseaux neufs , et ainsi ils se conservent tous deux {Malth., IX, 14-17; Marc, II, 18-22; Luc, \\ 53-39).
Le Fils de Dieu apprend aux disciples de Jean- Baptisie, par ces comparaisons, que ne regardant pas encore les siens comme des gens forts et parfaits , il avait égard à leur faiblesse et à leur infirmité ; puce que s'il les avait traités alors plus sévèrement, peutêtre l'eussent-ils abandonné. Ce sont ces exemples nonseulement de bonlé , mais encore de prudence et de discrétion, que ceux qui gouvernent les autres doivent imiter à l'égard des faibles ; car pour les vouloir traiter avec trop de rigueur et de dureté , c'est-à-dire sans ces petits ménagements que demande la prudence et la charité chrétiennes , on les *mct souvent en état de tout abandonner. Et de la sorte on perd ceux qu'on aurait pu gagnen, si on avait voulu suivre l'exemple de celui qui nous a appris à sauver les hommes.
La fille de Jaïre est ressuscitée , et l'hémoroïsse est guérie.
Pendant que le Sauveur rendait raison de sa conduite aux disciples de Jean-Baptiste, car saint Matthieu marque expressément qu'il parlait à eux, hœc illo loquenie ad eos , il vint à lui un homme appelé Jaïre, qui était chef de la synagogue, t et ipse princeps êynagogœ erat ; > il se jeta aux pieds de Jésuc, le suppliant de venir en sa maison, parce qu'il avait une fille unique âgée d'environ douze ans , qui se mourait. Et il arriva que , comme il marchait , il était pressé par ta foule du peuple; et une femme qui souffrait depuis douze ans une perte de sang, et qui avait donné tout son bien aux médecins, sans pouvoir être guérie par aucun d'eux, s'approcha de lui par derrière, et toucha le bord de son vêtement , et aussitôt la perle de sang s'arrêta. Alors Jésus dit . Qui est-ce qui m'a touché? Mais tous assurant que ce n'étaient pas eux , Pierre et ceux qui étaient avec lui dirent : Maître, les peuples vous pressent et vous accablent , et vous dites : Qui est-ce qui m'a touché? Mais Jésus dit encore : Quelqu'un m'a touché, car j'ai reconnu qu'une vertu est sortie de moi, i Natn ego novi virlutem de me exiisse. » Celte femme voyant qu'elle était découverte, s'en vint toute trem-
blanle se jeter à ses pieds, et lui déclara, devant tout le peuple, pour quelle raison elle l'avait louché, et comment elle avait été guérie à l'instant. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a guérie, allez-vous-en en paix.
Comme il parlait encore, il vint quelqu'un au chef de la synagogue qui lui dit : Votre fille est morte; ne le tourmentez pas davantage. Mais Jésus ayant entendu cette parole, dit au père de la fille : Ne craignez point, croyez seulement , et elle sera guérie. El quand il fut arrivé au logis, il ne laissa entrer personne avec lui, que Pierre , Jacques et Jean, avec le père et la mère de la fille. Or tous ta pleuraient et la regrettaient. Mais il leur dit : Ne pleurez point, elle n'est pas morte, elle n'est qu'endormie. Et ils se moquaient de lui , sachant bien qu'elle était morte. Saint Matthieu dit qu'il y avait dans la maison des joueurs de flûte, c tibicines , > et une troupe de personnes qui faisaient grand bruit. Or ces joueurs de flûtes étaient là avec des pleureuses, car on les avait appelés selon la coutume des Juifs, pour pleurer la mort de cette jeune fille par des chants lugubres (1). Ce furent ces sortes de gens qui se moquèrent de Jésus-Christ, quand il dit qu'elle n'était pas morte. Saint Marc ajoute que Jésus ayant fait sortir tout le monde, prit le père et la mère de l'enfant, et ceux qu'il avait avec lui (c'est-à-dire Pierre, Jacques et Jean) et qu'il entra au lieu où la fille était couchée. Puis , prenant sa main , il lui dit : Talitha cumi , ce qui signifie : Ma fille, levez vous (c'e-t-àdire, en langue ehaldaïque ou syriaque) , je vous le commande. Au même instant la fille se leva et commença à marcher, car elle avait douze ans; et ils furent surpris d'un grand étonnement. Et il leur commanda très-fortement que personne n'en sût rien ; et il leur dit de lui donner à manger (Luc, VIII, 41-56; Malt., IX, 18-26; Marc, Y, 22-43).
Quand l'évangéliste assure que le Sauveur recommanda très-fortement au père et à la mère de cette fille de ne point divulguer un miracle si étonnant, il a voulu dire , apparemment , qu'ils avaient ordre de ne le point publier jusqu'à ce qu'il fût hors de la ville, qui semble avoir été celle de Capharnaùm ou de Behtsaïde; car il craignait l'accablement du peuple, et il avait ailleurs d'autres prodiges à faire. Aussi saint Matthieu dit expressément que le bruit s'en répandit bientôt dans tout le pays d'alentour, exiit fama hœc in universam terrain illam.
Deux aveugles reçoivent la vue.
Comme le Fils de Dieu s'en allait de là, t transeunle inde Jesu , > écrit l'évangéiisle, c'est-à dire comme il quittait ce pays-là pour aller à Jérusalem, ainsi qu'on le verra bientôt, deux aveugles le suivirent; ils criaient en disant : Fils de David, ayez pilié de nous, t Miserere nostri, fili David. > Et lorsqu'il fut arrivé dans une maison, ces aveugles s'approchèrent de lui. El Jésus dit : croyez-vous que je vous puisse faire cela? Oui, Seigneur. Alors il toucha leurs yeux, en disant : Qu'il vous soit fait selon voire foi. El leurs yeux furent cuver is ; c\
[[) Joseph., BeU.yid. lib III.
tï 47
Jésus leur défendit bien fort d'en parler, en disant : Prenez garde que personne ne le sache. Mais eux, s'en étant allés, parlèrent de lui dans tout ce paijs là (Malth., IX, 27-31).
Le démon est chassé d'un homme muet.
Apres que ces deux aveugles , qui venaient de recevoir la vue, furent sortis d'auprès de Jésus-Christ , on lui présenta un homme muet, possédé du démon. Le démon ayant été chassé, le muet parla; et les peuples en furent dans l'admiration , et disaient : On n'a jamais rien vu de semblable en Israël, « Nunquam appariât sic in Israël. > Pour les pharisiens , ils disaient : Il chasse les démons par le prince des démons (Malth., IX, 52-51 ).
Jésus prêche en divers lieux en allant à Jérusalem.
Aussitôt que le Fils de Dieu eut ressuscité, ou à Capharnaùm, ou àBethsaïde, la fille du chef de la synagogue, il résolut de quitter la Galilée pour aller à Jérusalem , où il devait opérer un miracle éclatant, et ensuite prêcher sa doctrine. Ce fui donc en quittant la Galilée, transeunle inde , que Jésus donna la vue à ces deux aveugles , et qu'il chassa le démon de l'homme muet. Or, chemin faisant vers la Judée et Jérusalem, il allait de tous côtés dans les tilles et dans les bourgs, enseignant, dit saint Matthieu , dans leurs synagogues, prêchant l'Evangile du royaume de Dieu, et guérissant toute sorte de langueurs et d'infirmités ( Malth., IX, 55-58 ).
Nous ne savons pas ce que Jésus Christ a fait de particulier en prêchant la parole de vie dans les villes et les bourgades qui étaient sur le chemin de Jérusalem ; mais on a lieu de croire qu'il y a employé quelque temps , c'est-à-dire, autant qu'on le peut conjecturer, tout le mois de novembre, et une partie du suivant, qu'il se rendit à Jérusalem à la fêle de la Dédicace. Car cette fête, qui était toujours le 25 du mois de casleu, tombait celte année vers le 9 ou le 10 du mois de décembre. Mais laissons un peu de temps Jésus-Christ annoncer l'Evangile dans l^s villes et les bourgades, pour voir ce que fil Pilale à Jérusalem, qu'il pensa porter au soulèvement par sa condnile pleine d'imprudence.
Pilate met le trouble dans Jérusalem.
Quand j'ai ci-devant parlé de Ponce Pilate, j'ai fait voir qu'il fut établi gouverneur de la Judée cl de Samarie dès les premiers mois de l'année précédente, ou, à tout le moins, qu'il était en possession de cette charge avant le mois d'août. Il faisait son séjour le plus ordinaire dans la ville de Césarée, bâtie sur le bord delà mer Méditerranée; mais il allait souvent à Jérusalem, principalement au temps des grandes fêtes, pour y empêcher les désordres et les séditions , et pour contenir les peuples dans la paix et dans le devoir. Pilate haïssait la nation des Juifs, et eux de leur côté n'avaient pas sujet de f aimer ; or on sait, par l'histoire, qu'il avait déjà commis chez eux, non-seulement beaucoup de conçu -sinus et d'injustices, mais encore de grandes
CONFIRMATION DE L'IHSTOIRE ÉVANGÉLTQUE
cruautés. Ce fut dans celle mauvaise disposition \ue, sans avoir égard au prodigieux attachement que cette nation avait pour ses lois et pour ses coutumes, ii s'avisa vers ce temps-ci d'envoyer quelques troupes en quartier d'hiver à Jérusalem. Elles portaient secrètement des drapeaux, < ù il y avait des images de l'empereur Tibère, peintes à deim-corps, signa in quibus erant effigies Cœsaris mediœ, xporofixl KoaW.f©,-. in urbem inlulit , ce que nul autre gouverneur, avant lui, n'avait voulu faire, parce que les Juifs regardaient cela, comme un violernent de leurs lois. Ces troupes , qui entrèrent la nuit dans Jérusalem , mirent aussi des boucliers dorés dans le palais d'Hérode, qui étaient consacrés au même empereur ; mais il n'y avait sur eux nulle figure gravée, ni aucune autre inscription , sinon le nom de celui qui le consacrait, et de celui à qui ils étaient dédiés.
11 est tout visible qu'il y avait de la malice, mais une malice artificieuse, dans ce procédé de Pilale, et qu'il ne faisait pas tant cela pour rendre de l'honneur à Tibère , que par la haine qu'il portail à la nation des Juifs. Aussi quand ils s'en aperçurent le lendemain, ils s'assemblèrent en grand nombre et furent ensuite trouver le gouverneur jusqu'à Césarée, le conjurant , durant quelques jours , de faire porter ailleurs ces drapeaux, et de les conserver dans leurs privilèges. Comme ils persé\éraient constamment à lui demander celle grâce, qu'il ne voulait pas leur accorder, ils entourèrent son tribunal , et lui firent là-dessus de très-grandes et très-humbles prières. Pilate, voyant leur fermeté inébranlable, commanda à ses soldats de les environner et de tirer leurs épées , menaçant de les tuer, s'ils ne recevaient ces drapeaux. A ces terribles paroles, tous les Juifs se jetèrent par terre , cl lui présentèrent la gorge à découvert , en criant qu'ils aimaient mieux qu'on les fit tous mourir, que de voir qu'on violât leurs lois saintes. La constance inflexible de ces peuples et le zèle ardent pour leur religion donnèrent tant d'ad^ miration à Pilate, qu'il commanda , à l'heure même, qu'on ôlât les drapeaux de Jérusalem, et qu'on les rapportât à Césarée.
Ce ne furent pas seulement les peuples qui allèrent à Césarée ; les quatre fils ou petit-fils du roi Hé rode s'y rendirent aussi , et écrivirent à César, avec les principaux de la nation, mais en des termes trèshumbles et très- respectueux , pour lui raconter ce qui s'était passé, et pour le conjurer de faire encore ô'er les boucliers de Jérusalem. Tibère ayant r< çu celle lettre, entra en colère contre Pilale, qui prenait plaisir à troubler ce peuple; et, lui marquant soi indignation, par la réponse qu'il fit à l'heure même, il lui commanda de retirer tout au plus tôt ces boucliers de Jérusalem, elde les mettre dans le temple bâti à Césarée en l'honneur d'Auguste. Voilà quelle fut l'issue de l'entreprise injuste et téméraire de ce gouverneur, qui n'allait à rien moins qu'à faire une révolte et un soulèvement gêné al parmi celle nation si j:ilou e de ses lois ( Joseph., lib. XYill Antiquité,
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
tup. 4 ; et lib. Il Dell. jud., cap. U ; Philo, Légal, ad Caium).
Jésus va à Jérusalem à la fêle de la Dédicace. Après que le Sauveur eut prêché par les villes et tes bourgades la parole de vie et l'Evangile du royaume de Dieu, il se rendit à Jérusalem pour la solennité d'une fête, selon ces paroles de saint Jean, au chapitre V : Post erat festus dies Judœorum , et ascendit Jésus Jerosolymam. Ceux qui donnent quatre Pâques à la prédication de Jésus-Christ, prennent cette fête des Juifs dont parle ici saint Jean pour une de ers Pâques ; mais ils le font sans grande raison. Car premièrement, cet évangéliste ne manque jamais, lorsqu'il parle de la fêle de Pâque, de la nommer par son propre nom, comme on peut le voir par le chapitre II, par le VIe et par le XI' de son Evangile, dans lesquels il l'appelle toujours Pascha Judœorum. Pourquoi, dil-il donc ici simplement : Erat festus dies Judœorum! Et remarquez que dans le grec il y a ici bans article h ioptt Ufeto* , au lieu que dans les autres endroits où saint Jean lait mention de la fête dePàque, il met toujours l'article, ri io^-ô tûv lorôafciy, pour marquer que c'est la grande fêle des Juifs dont il entend parler.
Secondement, saint Chrysoslome et saint Cyrille d'Alexandrie n'expliquent point, non plus que beaucoup d'interprètes, cet endroit de saint Jean de la Pàque des Juifs, mais de quelque autre fêle qu'on célébrait parmi ce peuple. Il n'y a donc rien qui oblige à lui donner l'interprétation qu'on lu»i donne aujourd'hui pour trouver quatre Pâ jues ; au lieu que les anciens Pères de l'Eglise n'en ont compté que trois.
Mais, en troisième lieu, comment peut-on dire que par ces paroles, erat dies festus Judœorum, i il était jour de fête parmi les Juifs, et Jésus s'en alla à Jérusalem, > on doit entendre la fêle de Pàque , puisque cinquante versets après celui-ci, c'est-à-dire au commencement du chapitre suivant , il fait une expresse mention de la Pâque? Voici les paroles de cet évangéliste : Erat autem proximum Pascha, dies festus Jud vorum, îj iop-cn twv îouSat'wv. Ne voii-on pas manifestement que c'est une autre fêle dont il vient de parler au chapitre précédent, et que ce ne peut être la Pàque des Juifs ? Car enfin, si c'était la grande solennité de la Pàque dont il fait mention au chapitre Y, comment passe l- il incontinent à une autre Pàque sans rapporter entre les deux fêtes, c'est-à-dire dans une année tout entière, qu'une seule action de Jésus- Christ. Saint Jérôme et saint Epiphane nous apprennent que saint Jean l'évangélisle a suppléé ce que les trois autres avaient omis ; et comment y aurait-il suppléé, s'il passe des années entières sans presque rien écrire de tant d'actions qu'il a faites pendant qu'il a prêché?
Quand donc saint Jean dit dans son Evangile, au vers. 1 du chapitre Y : Post hœc erat festus dies Judœorum, et ascendit Jésus Jerosolymam, Après cela il était fête parmi les Juifs, et Jésus s'en alla à Jérusa-
1 ICO
Iem, il parle d'une fête qui n'était pas beaucoup éloignée de celte Pâque dont il fait mention au chapitre suivant. Ainsi celle fête, qu'il ne nomme point, ne pouvait être que celle des Sorls, appelée Phurim, ou celle de la Dédicace, qui était alors plus cé'èbre. Nous ne lisons point que Jésus-Christ soit allé à Jérusalem à la fêle des Sorls, qui n'était pas amrs beaucoup solennelle. Nous voyons au contraire qu'il y allait à la Dédicace du temple consacré à son Père, pour la gloire duquel il avail tant de zèle. Il faut donc croire que celte fête dont parle saint Jean élail celle de la Dédicace. Outre que tout ce qui s'est passé entre cette fêle et Pâque suivant prouve visiblement que te ne peut pas être celle de Phurim, parce qu'étant lixée au quatorzième jour d'adar, ou du douzième mois des Hébreux, elle n'était éloignée des Azymes que de trente jours ; au lieu que la fête de la Dédicace était arrêtée au 25 du neuvième mois, appelé casleu, et tombait presque toujours en iléccmbre ; ainsi elle précédait la Pâque suivante de plus de trois mois. Et co fut justement pendanl ces irois mois de la saison d'hiver que Jésus-Chrisl fil beaucoup d'actions trèscélèbre», étant de retour en Galilée. Revenons maintenant à la narration de notre évangéliste.
Malade de Irente-huit ans guéri.
Après que le Fils de Dieu eut annoncé la doctrine évangélique dans les villes et dans les bourgades, le temps de la fête de la Dédicace étant arrivé, il alla à Jérusalem , ascendit Jerosolymam. On était nlor; ^u commencement de décembre; car en la piésente année cette fêle tomba vers le 9 ou le 10 de ce mois. Or, dit l'évangélisle, il y a à Jérusalem, près la porte des Troupeaux, une piscine appelée en hébreu Belhesda, qui a cinq galeries. Il y avait en elles une grande multitude de malades, d'aveugles, de boiteux et d'autres ayant les membres secs, qui y étaient couchés, et qui attendaient que l'eau fût remuée. Car range du Seigneur descendait en un certain temps dam celle piscine, et l'eau en élail troublée; et celui qui y entrait le premier après qu'on avail troublé l'eau, était guéri , de quelque maladie qu'il fût affligé (Jean, V, 1-4).
Avant de continuer celle admirable narration, il faut tâcher de découvrir quelle est la véritable leçon du. verset 2, ou celle de l'original, c'est-à-dire du grec , ou celle de la Yulgale : ou plutôt il faut montrer que l'une et l'autre est véritable. Voici ce qu'on lit dans la Vulgate : Est autem Jerosolymis Probatica piscina, quœ cognominalur hebraice Bethsaida, quinque porticus habens; ce qui veut dire : Or il y a à Jérusalem la piscine Probalique, ou la piscine des Troupeaux, appelée en hébreu Belhsaïda, qui a cinq portiques o»i galeries. Le grec au contraire porte : îist autem Jerosolymis ad Probalicam (scilicet porlam) 'inl T/j Ilf oSaTixvj (subaudi izvlri), pheina, Mlvp.Qrfipu, quœ appellatur hebraice Belhesda, Brftvùà, quinque porticus habens. S'il m'est permis d'ouvrir mon sentiment sur ces deux textes, je dirai avec le respect que je dois à
CONFIRMATION DE LTI1STOIRE ÉVANGÉLIQUE
la parole sainte qu'ils sont lous deux véritables, mais que celui de l'original me paraît plus entier et plus clair. La raison de ceci est qu'il y avait à Jérusalem une porte appelée en grec porla Probatïca, % «r&bg ^ iïfoSxrur) ; et elle avait ce nom près de trois cents ans avant Jésus-Christ, comme il est constant par la célèbre version des Septante au livre de Néhémias (ch. III, 1: XII, 59), ou au second d'Esdras. Cette porte, en hébreu, est nommée Saliar liatzon, id est, porla Pecovis ; et dans la Yulgale elle est appelée porta Cregis. J'ai donc eu raison de traduire près la porte des Troupeaux , plutôt que près la porte des Brebis, comme on a fait aujourd'hui; car vraisemblablement elle n'avait ce nom qu'à cause que c'était par elle qu'on introduisait ordinairement les.troupeaux de bêtes dans Jérusalem, soit qu'ils fussent destinés pour le temple, soit qu'ils fussent pour l'usage public.
Cette porte était à l'orient de la ville sainte, vers le torrent de Cédron, et n'était pas éloignée du village de Gethsémani, où Jésus fut pris par les Juifs. Selon toutes les apparences, c'est elle qui a donné le nom à la piscine qui en était proche, comme marque le grec; et d'autant que cette porte s'appelait u>oê«Ttx>i, Probatica, id est, Pecuaria, la porte aux Troupeaux, la piscine en a pris le nom. On a donc peui-êue dit dans la suite Probatica piscina, ïlfoSxTixvj /.c).u/*S/;0f«,au lieu de ad Probaticam piscina inl t>j npoêxxuy xo/u/x- Hdpx, comme il y a dans l'original. Ainsi, soit qu'on traduise : il y a à Jérusalem la piscine Probatique.ou la piscine près la porte Probatique, qui est la porte des Troupeaux, cela revient à la même chose. Celle piscine si admirable s'appelait en hébreu Belhesda, gr, Br,e«<T5à, comme porte aussi le syriaque; et ce nom signifie lieu de miséricorde et lieu de grâce ; car le Belhsaida de la Yulgale veut dire, maison ou lieu de pêche , ce qui ne semble pas assez convenir à celte piscine. Saint Jérôme l'appelle aussi Belhesda, et dil qu'il y avait là deux piscines ou deux réservoirs d'eau, gemini lacus, dont l'un se remplissait par les pluies d'hiver, quorum unus hibernis aquis impleri solel : l'autre avait des eaux rougeâlres, parce qu'anciennemenl les prêtres du temple avaient accoutumé a'y laver les victimes, nam hostias in ea lavari a sacerdotibus solilas ferunt. S'il y avait deux piscines, j'estime que celle qui se remplissait des pluies d'hiver était la même où descendait l'ange, et où se faisait celte guérison si miraculeuse. El cela conviendrait admirablement bien à la lête de la Dédicace, qui, selon l'Ecriture, tombait en temps d'hiver. Je reviens au texte de l'Evangile, après en avoir éclairci les difficultés.
Saint Jean, qui raconte cette histoire, où Jésus- Christ montra sa puissance, dit qu'ï/t/ avait dans ces galeries un homme qui était malade depuis trente-huit ans, t triginta et octo annos habens in infirmitate sua. > Jésus l'ayant vu couché, et sachant qu'il était malade depuis fort longtemps, lui dit : Voulez-vous être guéri? Le malade lui répondit : Seigneur, je n'ai personne
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pour me }eler dans l'eau de la piscine, quand elle a élé troublée ; et pendant que je veux y entrer, un autre y descend avant mou Jésus lui dil : Levez-vous, emportez votre lit et marchez. Et à l'instant cet homme fut guéri; et prenant son lit, il commença à marcher. Or ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : Cesl aujourd'hui le sabbat; il ne vous est point permis d'emporter votre lit. Il leur répondit : Celui qui m'a rendu la santé, m'a dit : Emportez votre lit et marchez. Celui qui avait été guéri ne savait qui c'était ; car Jésus s'était retiré du milieu du peuple, qui était en ce lieu. Après cela, Jésus le trouva dans le temple et lui dit : Voilà que vous êtes guéri ; ne péchez plus désormais, de peur qu'il ne vous arrive pis. Cet homme s'en alla et dit aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. El c'est la couse pourquoi les Juifs persécutaient Jésus, parce qu'il faisait ces choses le jour du sabbat (Jean, V. 5-16).
Il faut remarquer ici que les Juifs non- seulement persécutaient Jésus-Christ, mais, comme porte l'original, ils cherchaient même à le faire mourir, quœrebant eum interficere , è^rov-j avrdv otTroxTetvat, parce qu'il faisait très souvent ses miracles le jour du sabbat, quia hœc faciebal in sabbalo. Or on ne pouvait pas chercher l'occasion de le faire mourir, sans être autorisé des principaux de Jérusalem et même du grand sanhédrin. Jesuisdonc fort porté à croire que celte résolution n'était qu'une suite et un résultat de l'assemblée que les pharisiens de Galilée, de Judée et de Jérusalem , tinrent à Capharnaùm quand Jésus guérit devant eux un paralytique. Et ce qui me confirme dans ce sentiment, c'est que dès lors ils regardèrent Jésus comme un homme qui disait des blasphèmes et qui se faisait Dieu. Or les pharisiens, et les Juifs avec eux, l'ont toujours condamné pour deux choses : la première, parce qu'il violait le sabbat, à ce qu'ils disaient , et la deuxième, parce qu'il se faisait Dieu.
Discours de Jésus aux Juifs de Jérusalem.
Le Fils de Dieu, voyant que les Juifs et principalement les pharisiens commençaient déjà à le persécuter, leur fit cet excellent discours que rapporte saint Jean, et qui ne tend qu'à prouver qu'il est Fils de Dieu, et que les œuvres qu'il fait en rendent témoignage. Voici donc comme il leur parle : Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à maintenant, et moi j'agis aussi, i Pater meus usque modo operatur, et ego operor. » C'est là-dessus que l'évangéliste dit :A cause de cela les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non-seulement parce qu'il détruisait le sabbat, « quia non solum solvebat subbolum ; > mais encore parce qu'il disait que Dieu était son Père , se faisant ainsi égal à Dieu, « œqualem se faciens Deo (Jean, V<, 17-18). » Il est donc manifeste que quand le Fils de Dieu prononça ces paroles : Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à maintenant, cl moi j'agis aussi> les Juifs comprirent fort bien qu'il parlait du Père céleste, et que c'était comme s'il avait dit : Mon Père non-seule-
ment a crée le monde, mais il ne cesse jusqu'à maintenant de le soutenir et de le gouverner, et c'est ce qu'il fait tous les jours. Pour moi j'agis incessamment et avec lui et comme lui, sans avoir égard aux jours ; je fais des œuvres divines le jour du sabbat, comme dans les autres temps, parce que je les fais avec mon Père, qui lui-même a fait le jour du sabbat. Jésus continuant son discours malgré la mauvaise disposition de leur cœur, leur parla ainsi : En vérité, m vérité je vous dis, « Amen, amen dico vobis, » que le Fus ne peut rien faire par lui-même, que <« qu'il voit frire à son Père ; car toutes les choses que le Père (ait, le Fils les fait semblablemenl. Parce que le Père aime son Fils, et il lui montre tout ce quil fait; il lui montrera même des œuvres encore plus grande*, en sorte que vous en serez dans l'élonnemenl. Car comme le Père ressuscite les morts, et leur rend la vie ; de même le Fils donne la vie à qui il lui plaît. Le Père ne juge personne, mais il a donné à son Fils tout pouvoir de juger , afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Quiconque n'honore point le Fils , n'honore point le Père, qui l'a envoyé. En vérité, en vérité je vous dis que quiconque entend ma parole, et croit à celui qui nia envoyé, a la vie éternelle, et ne tombe point dans la condamnation, mais il est passé delà mort à la vie (Jean, V, 19-24). C'est comme s'il disait : Quiconque entend et reçoit ma doctrine , et croit au Père céleste qui m'a envoyé, commence à vivre de la grâce, qui est la semence de la vie éternelle ; et quand sa foi est vive et animée par la charité, il ne tombe point dans le jugement de condamnation, parce quM est passé de la mort du péché à la vie de la grâce et de la justice.
Jésus-Christ continue cet admirable discours, qui faisait voir aux Juifs qu'il était véritablement Fils de Dieu. En vérité , en vérité je vous dis que l'heure vient, et c'est dès à présent que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, ei ceux qui l'entendront vivront. Car comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui même. Il veut dire que le Pèreétcrnel a communiqué à son Fils, comme Verbe, la divinité, qui est la vie essentielle, et le principe de tout ce qui a vie, In ipso vita eral : et comme Fils de l'homme, il lui a communiqué une puissance vivifiante, pour donner à l'âme la vie spirituelle, et au corps, je dis aux morts mêmes, la vie naturelle. Jésus Christ ajoute incontinent, en parlant de son Père et de soi : Il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est Fils de l'homme. Ne vous étonnez pas de ceci; car l'heure viendra dans laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu. Ceux qui auront fait de bonnes œuvres iront à la résurrei tion de la vie, t procèdent in resurreclionem vilœ : i et ceux qui en auront (ail de mauvaises, iront à la résurrection de leur jugement, t in resurreclionem judicii (Jean, V, 25 29). » Comme s'il disait : Tous ceux qui auront persévéré à faire de bonnes œuvres sortiront de leurs tombeaux et ressusciteront pour aller à la vie étemelle; mais ceux qui auront fersé-
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE. 1154
véré dans le mal ne ressusciteront que pour recevoir le jugement de leur condamnation, et pour être jetés dans les flammes qui ne s'éteindront jamais. Ce jugement se fera par le Fils de l'homme; car il apparaîtra en cette forme, dit saint Augustin, et non en celle de Dieu, quia judex in forma Filii hominis apparebit, quœ forma non est Patris, sed Filii.
Dans la suite du même discours Jésus dit aux Juifs, qui l'accusaient d'impiété et de blasphème, parce qu'il se disait Fils de Dieu : Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j'entends, et mon jugement est juste ; parce que je ne cherche pus ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Si je rends témoignage de moi même, mon témoignage n'est point véritable, t Teslimonium meum non est verum > (Jean, V, 30-51 ). Il parle humainement et sel ;n le langage ordinaire des hommes; ainsi c'est comme s'il disait : S'il n'y a que moi seul à rendre témoignage de moi-même, mon témoignage ne doit pas être reçu comme véritable, je ne suis pas digne de foi en p niant de moi. M. us Jean-Baptiste, que vous avez suivi cl entendu dans le désert vous en a parlé; il vous a dit que j'étais le Messie, que j'étais le Fils de Dieu. El quand il ne l'aurait pas dit, les œuvres que je fais, par le pouvoir que mon Père m'a donné, rendent de moi un témoignage plus fort et plus puissant. C'est le sens et l'explication de ce qu'il va dire dans les versets suivants.
Vous avez, leur dit-il, envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité, « Vos misislis ad Joannem, et lestimonium perhibuit verilaii(J ean,\ , 35). i Pour moi, ce n'est pas d'un homme que je reçois témoignage; mais je dis tout ceci afin que vous soyez sauvés. Il était une lampe ardente et luisante ; et vous avez voulu vous réjouir un peu de temps à la lueur de sa lumière. Quant à moi, j'ai un témoignage bien plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que mon Père m'a donné pouvoir de faire, et les œuvres que je fais, rendent de moi témoignage que c'est mon Père qui m'a envoyé. Et mon Père, qui m'a envoyé, a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix, ni rien vu qui le représente. Sa parole même ne demeure point dans vous, parce que vous ne croyez pas à celui qu'il a envoyé (Jean, V, 35-5G).
Quand Jésus- Christ dit : Vous avez envoyé à Jean, Misislis ad Joannem, il pat le de la députa tion ou, si vous voulez, de l'ambassade que les Juifs de Jérusalem envoyèrent à Jean-Baptiste, pour savoir de lui qui il était. Car ce fut alors qu'il rendit ce témoignage, qu'il n'était pas digne de dénouer les cordon? de la chaussure de celui qui allait venir après lui L'ambassade des Juifs se fil vers le 15 de février dt la présente année, et ce discours se prononçait dix mois après, vers le 10 décembre, à la fêle de la Dédicace. Ce témoignage de Jean Baptiste était considérable ; mais le Sauveur mo: ire fort bien que le témoignage que lui rendaient ses œuvres pleines de miracles était encore plus grand ; elles prouvaient fortement qu'il était Fils de Dieu, puisqu'il les faisait au
nom de son Père et comme envoyé de lui. À ces deux témoignages, qui étaient authentiques, il ajoute encore celui de son Père : Mon Père, dit- il, qui m'a envoyé, a rendu témoignage de moi. Car n'étaitce pas rendre de lui un illustre témoignage que de dire, comme il fit au baptême de Jésus-Christ : Cest ici mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances ( Mat th., III, 17) ?
Après ces trois témoignages, qui devaient pleinement convaincre les Juifs, qu'il était le Messie et le Fils de Dieu, il vient à une autre preuve, qui est celle des Ecritures. Il leur avait dit dans les versets précédents (Jean.y, 57, 58) : Vous autres, vous n'avez jamais entendu la voix de mon Père, ni rien vu qui représente sa gloire, comme ont fait vos pères au mont de Sinaï; vous n'avez point vu tout cela, et vous ne vous sonciez pas même de sa parole ; elle ne se présente point à votre esprit, et quand elle s'y présenterait, vous ne la croyez pas. Il finit son admirable discours en leur disant : Vous lisez avec soin les Ecritures, iScrutamini Scripturas, » parce que vous croyez trouver en elles la vie éternelle ; ce sont elles-mêmes qui rendent témoignage de moi. Et cependant vous ne voulez pas venir à moi pour trouver la vie. Je ne lire point ma gloire des hommes. Mais aussi je vous connais , et vous n'avez point en vous Camour de Dieu. Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez point : si un autre
vient en son propre nom,
vous le recevrez. Comment
pourriez-vous croire, vous qui cherchez la gloire que vous vous donnez les uns aux autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? Ne pensez pas que ce soit moi qui vous accuserai devant le Père ; vous avez un accusateur, et c'est Moïse, dans lequel vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, peut-cire me croiriezvous aussi, puisque c'est de moi qu'il a écrit. Que si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles (Jean, Y, 59-47) ?
Jésus-Christ a montré aux Juifs de Jérusalem, dans ce discours plein d'une céleste doctrine, qu'il est le Fils de Dieu, et que comme tel il a été envoyé de son Père, pour annoncer aux hommes les paroles de vie. Et parce qu'ils n'ont pas voulu recevoir son témoignage, il a prouvé sa mission divine par le témoignage de Jean-Baptiste , par celui de son Père , par ses œuvres miraculeuses, et enfin par l'autorité des Ecritures. Ne les a-t-ii pas par là convaincus d'obstination et d'incrédulité ? En effet, il semble que c'est pour les en convaincre qu'il est venu exprès à Jérusalem, qu'il a fait ce miracle à la vue de tout le monde, et qu'il a prononcé cet excellent discours. Après cela les Juifs ont été inexcusables, surtout pour n'avoir cessé de persécuter l'auteur de la vie et de la vérité.
Jésus retourne en Galilée après la fête de la Dédicace.
Après que le Fils de Dieu eut célébré la Dédicace à Jérusalem , qu'il y eut rendu gloire à son Père , et qu'il y eut confondu la malice des Juifs par ses miracles et par ses discours, il résolut de retourner
en Galilée , selon sa coutume. Il le faisait d'autant plus volontiers, que les Juifs, excités par la caba'e des pharisiens, non-seulement commençaient à le persécuter, mais cherchaient même à le faire mourir, comme saint Jean l'écrit en termes exprès. Les évangélisles ne marquent point ce qu'il fit en retournant de Jérusalem ; mais saint Matthieu nous apprend que, voyant, après son retour, les peuples, il en fut louché de compassion , parce qu'ils étaient dispersés et languissants, comme des brebis qui n'ont point de pasleur : sicul oves non habentes pastorem (Maiih., IX, 5G). Il avait raison de parler de la sorte, car les peuples de la Galilée, principalement ceux du pays de Capharnaûm, ayant été près de deux mois sans voir Jésus- Christ, étaient dispersés et lout languissants, ayant été si longtemps sans entendre ou, pour mieux dire, sans être nourris de la parole de vie.
Ce fut alors que, voyant ces peuples qui revenaient à lui, il dit à ses diciples, qui avaient coutume de Iesui* vre : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers; priez donc le maître de la moisson qu'il y envoie des ou* vriers ( lbid.,7>l, 58). Le Seigneur parlait de la sorte, parce qu'il allait bientôt choisir les douze d'entre ses disciples qui devaient le plus travaillera cette moisson ; et il était juste qu'un choix de telle importance ne se fît qu'après beaucoup de prières de leur part et de la sienne. C'est pour cela qu'il leur disait : Rogute ergo dominum messis, ut mittal operarios in messem suam. Sans doute qu'ils demandèrent cela au Seigneur; pour lui, quand il fallut faire le choix des douze, il pa-sa toute la nuit en prières : Eral pernoctans in oratione Dei(Luc, VI, 12).
Fin de la première année du ministère de Jésus Christ.
Peu de jours après que le Fils de Dieu fut retourné dans la Galilée, finit l'année première de sa prédication ou de son ministère. Celle année de grâce el de miséricorde est d'autant plus remarquable, qu'elle a été sans contradiction manifeste de la part des h nimcs à qui il a prêché la parole de vie. Car si les Juifs da Jérusalem , excités par les pharisiens', qui , par un esprit de jalousie, ne pouvaient regarder de bon œ l les progrès que faisait le Sauveur, ont commencé à le persécuter, et ont même pensé à le faire mourir*, cette résolution n'a été formée qu'au mois de décembre, et encore n'a-t-elle point éclaté au dehors. C'est donc avec une grande raison que saint Epiphane, ayant bien considéré ce qui s'est passé dans cette première année du sacré ministère, l'appelle, après l'Ecriture, annum Domini acceplum, iviauriv Kupî&u 5e*Tèv, c'esî-à-dire l'année du Segneur qui a éié bien reçue, qui a été sans contradiction : saint Jérôme l'appelle, dans Isaïe, annum placab'rlèm, l'année de paix, ce qui revient à la même chose.
Ainsi celte première année, qui a été pour les peuples une année de grâce, de salul et de miséricorde, a aussi é é pour J.-C. une année de paix et d'agrément, une année sans contradiction de la part des hommes. D'où vient que le même saint Epiphane a dit (H&res* 51 n .24 cl seq.; et AnacephaL, n. 125) : Plane qui
fl57 PAR LV ROMAINE
dem annum prœdicavit aceeptumtbt%v:fo&*xttot id est, in quoei nemo contndixit, xou^xt ^ àmXeytyevov. Il fait voir que celte année pacifique et bien reçue de tous a été !a trente et unième de la vie du Sauveur, ce qui confirme admirablement tout ce que j'ai dit; et qu'au contraire la trente-deuxième, qui est la seconde de son ministère, a éié une année de contradiction : annus contradictione plains, hwuxàt àmUyiysvoç. Quand ce saint parle de cette année de paix, il dit que Jésus- Clirist prêcha l'Evangile avec approbation de tout le monde : approbmitibus universis ; et qu'il ne reçut aucun empêchement, ni de la part des Juifs et des Samaritains, ni de la part des gentils : cum nec Judœi résistèrent , nec gentiles, nec Samarilani , sed dicentem omîtes perlibenter audirent.
Et qu'on ne dise pas que ces paroles , annus Domini accepttis ou annus plucabilis, signifient tout le temps du ministère de Jésus Christ, qui a été un temps de grâce et de salut. Car, quoique cela soit aussi véri-
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table, comme saint Epiphane le reconnaît lui-même, il ne laisse pas, avec grande raison, de distinguer ce temps de salut en une année de paix et en une année de contradiction ; et le cardinal Baronius, dans ses Annales (Ad un. 34,*». 78), bien qu'il ne suive pas le plan de saint Epiphane, reconnaît la vérité de ce que je viens de dire et appelle la première année de h prédication de Jésus-Christ : annum acceptabilem. II en donne la raison avec saint Epiphane : Annum primum pr opter ea acceptisbilem prœdixil I saias, qnod prœdicalio lempore ilto facta ab omnibus acciperelur. Dans la seconde an; et; du divin ministère, on verra beaucoup de contradictions à la doctrine du Fils de Dieu; elles dureront jusqu'au commencement de la troisième, dans laquelle il lut mis en croix pour le salut de l'homme : par où l'on voit que le plan que je suis dans ces Annales de Jésus-Christ est conforme à la vérité de l'histoire évangélique et aux sentiments des Pères qui l'ont examiné avec quelque soin.
Sktcovtot partit.
Van 52 de Cage de Jésus-Christ, et le 28 de tère commune; l'an 18 de l'association de Tibère, le 15 de sa monarchie, et le 51 des lét) arques Autipas et Philippe; Can 781 de Rome, et le é de la 201' olympiade, Appius JuniusSilanusel P. Silius Nerva étant consuls.
Deuxième année du ministère de Jésus-ChrLt.
Il [ait de nouveaux miracles vers la mer de Caillée.
Comme on a commencé le temps du ministère ou de la manifestation de Jésus-Christ depuis le baptême qu'il rrçul de saint Jean, et que ce baptême lui fut conféré le sixième jour de janvier, on peut finir la première année du ministère évangélique au mois de décembre, comme je fais dans cette histoire. Je commence donc la deuxième année au mois de janvier, et je le lais d'autant plus volontiers, que le Fils de Dieu entrait alors dans la trente deuxième année de son âge : c'est elle que saint Epiphane appelle annum contradictionis, imewTov Âvrdiyi/Mvoy, une année pleine de contradictions, sui tout de la part des pharisiens, qui étaient alors les maîtres du peuple et qui le maniaient comme il leur plaisait. Jésus- Christ était dans la Galilée, et apparemment vers Capharnaûm, quand elle a commencé; cl il avait déjà ramassé les peuples qui étaient dispersés et languissants depuis son voyage de Jérusalem. Comme il en était de retour et qu'il y avait fait ce miracle célèbre sous les galeries de la piscine, appelée Probalique ou bien des Troupeaux, il ne faut pas s'étonner si plusieurs le suivirent, nonseulement de Galilée (ce qui était asoez ordinaire), mais encore de Judée, de Jérusalem , de Pldumée , d'au delà du Jourdain et des lieux voisins de Tyr et S. S. XXVII,
de Sidon. C'est ce que n< us apprend l'évangélisie saint Marc au chapitre III, v. 7, quand il dit : Jcsut autem cum discipulis suis secessit ad mare, c'est-à-dire qu'il se retira vers la mer de Galilée ou de Géuésareih, et mulia turba a Calilca et Judœa secula est eum ( Marc, III, 7, 8); il ajoute : et ab Jerosolymis , et ab Idumœa et tram Jordanem, cl qui circa Tyrum et Sidonem, muliitudo magna, audientes quœ fi.ciebat, veuerunt ad eum.
C'est sans doute en voyant celte nouvelle multitude de peuple qui accourait à lui de toutes parts, qu'il .avait dit à ses disciples : Messis quidem ntulla, operarii autem pauci, Voilà une grande cl ample moisson, mais il y a peu d'ouvriers : royale ergo dominum messis, ulmiltal operarios in messem suam (M a! th., IX, 37, 58). El ce fut cet te moisson abondante qui le porta à faire le choix des douze a; ôlres, comme on va le voir incontinent. Le Fils de Dieu voyant donc qu'il y. avait autour de lui un si grand monde,dil à ses disciples qu'il fallait se servir d'une barque pour n'être pas pre-v-é par la loule du peuple ; car il en guérissait plusieurs: niultos enim sanabat ; de sorte que ceux qui avaient quelque mal se jetaient sur lui pour pouvoir le loucher : ut illum langèrent (Marc , III, 10, 11 ). Même les esprits impurs, quand ils le voyaient, se prosternaienldevant lui, en criant : Vous êtes le Fils de Dieu t Tu es Filius Dei. Mais il leur défendait avec menaces de le découvrir.
Ce témoignage des démons qui le confessaient tout haut devant tant de peuple, joint à ceux dont Jésus' Christ avait parlé dans le discours qu'il fit à Jérusalem, cl les miracles nombreux et éclatants qu'il ne cessait de faire, n'étaienl-ce pas des preuves tout à l'ait convaincantes qu'il était véritablement le Fils de Dieu? il {Trerdc-scpt}.
n'y avait donc qu'une jalousie furieuse et enragée, telle qu'élan celle de* pharisiens et des docteurs de la loi, qui pût résister à une telle évidence; car enfin, s'il n'était pas Fils de Dieu, comment Dieu faisait-il par lui tant de prodiges extraordinaires pour attester et continuer qusil l'était effectivement? S'il ne l'était pas, n'était-ce pas tromper les peuples et rendre témoignage de la fausseté? Qui pourra croire cela de celui qui est la justice et la vérité même? Que si c'était le prince des démons qui chassait et qui tourmentait ces esprits impurs, qui étaient d'autres démons, comme les pharisiens le disaient sottement, les démons combattaient donc contre les démons, ce qui est absurde ; cl, comme disait Jésus-Christ, leur royaume aurait par là été bientôt renversé. C'était donc le bras de Dieu et la puissance de Dieu qui faisait ces prodiges étonnants, et il les faisait pour autoriser son Fils et pour rendre témoignage à la vérité de sa mission.
Election des douze apôtres.
Parmi celle multitude de personnes qui avaient coutume de suivre Jésus-Christ, principalement lorsqu'il était dans la Galilée, il y en avait plusieurs qui faisaient une profession publique d'être de ses disciples, il fallait que le nombre en fût grand, puisqu'il est marqué dans saint Luc par le mot de lurba discipulorum, qui veut dire une troupe de disciples (Luc, IV, 17). Le Fils de Dieu voyant par la multitude incroyable ce peuple qui le suivait , que la moisson était abondante, pourvu qu'il y eût des ouvriers pour y travailler, se résolut à faire douze apôtres, c'est à-dire douze envoyés (car c'est ce que signifie en grec le nom d'apôtre) pour l'aider à accomplir le minis'ere évangélique , en les envoyant prêcher devant lui. Quoiqu'il fût rempli de l'esprit de son Père, et qu'il ne fît rien que pour obéir aux ordres de sa volonté , il ne voulut point faire le choix de ces douze disciples , qu'il n'eût été longtemps en prière. Saint Lue dit qu'il I assa toute la nuit dans ce saint exercice, s'élant pour cela retiré sur une montagne : Exiit in montem orare, et erai pernoclam in oralione Dei. Quand le jour fut venu, il appela ses disciples, au moins ceux qu'il voulut , et de ceux-là il en choisit douze qu'il nomma apôtres, clegit duodecim ex ipsis, quos et apostolos nominavil.
Or voici les noms de ces douze hommes choisis , comme ils sonl marqués dans les évangélisles. Le premier de tous est Simon, appelé Céphas, qui veut dire Pierre^jui fut depuis le prince de l'Eglise; puis André, son frère , qui le premier avait connu Jésus-Christ. Jacques fils de Zébédée, qu'on a appelé le Majeur; et Jean , son frère , qui est l'évangélisle : le Fils de Dieu b-ur donna à tous deux le nom de Boanerges , qui vcul dire enfants du tonnerre. Philippe , qui était de P>ethsaîde : Barthélémy , qui signifie fils de Tohnaï ou de Piolémée. Thomas ^ appelé en grec Didyme , c'est-à-dire Jumeau. Matthieu, qui était publicain et qui portail aussi le nom de Lévi. Jacques le Mineur ti.'ô" U'Alpheeel cousin germain du Seigneur. Thadée,
qui avait encore le nom de Lebbée, et même ceîui dt Jude, et détail frère de Jacques le Mineur. Simon le Cananite, è RavaviT»j5, autrement te zélé. Et Judas, fils de Simon, surnommé Iscariole, qui dans la suite trahit Jésus-Christ. Ce sonl là les apôtres que le Fils de Dieu choisit pour l'aider à prêcher la parole de vie et à annoncer partout le royaume du ciel (Malth., X, 1-4; Marc, III, 13-19; Luc, VI, 13-16).
La suite de l'histoire évangélique porte assez à croire qu'ils ne furent choisis que vers le mois de janvier de cette année, qui était la 32e de 1 âge de Jésus-Christ; ainsi ce ne fut qu'un an entier après son baptême. On peut donc croire qu'il avait éprouvé leur vertu et leur fidélité durant une grande partie de la première année de son ministère. Et sans doute que ces douze, avant leur élection , étaient des plus zélés de tous ses disciples. Le Fils de Dieu en fabanl le choix de ces hommes , qui entraient dans la participation de son ministère , leur donna autorité sur les esprits impurs ou sur les démons, afin de les chasser, dédit Mis polestatem spirituum immundorum ulejicerent eos; et leur pouvoir était aussi de guérir toute sorte de langueurs et de maladies, et curaient omnem languorem, et omnem infirmilateni (Mallh.,X, 1). Ils reçurent celle puissance extraordinaire , comme une marque certaine et induhitahle de leur mission apostolique. Instructions que Jésus donne à ses apôtres.
Après que Jésus-Christ eut conféré ce pouvoir aux douze qu'il venait de choisir parmi le grand nombre de ses disciples, il ne manqua pas de leur donner des instructions très-importantes et très-salutairs ; car elles concernaient la conduite, qu'ils devaient garder dans la prédication de l'Evangile. Saint Matthieu les a marquées avec assez d'étendue et voici ce qu'il en dit : Jésus envoya ces douze, Ilos duodecim mi il Jésus, après leur avoir donné ces ordres : N'allez point dans les terres des gentils; et n'entrez point dans les tilles des Samaritains : mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël. Partout oh vous irez , prêr.hez t en disant : Le royaume du ciel est proche. Guérissez les malades; ressuscitez les morts; nettoyez les lépreux; chassez les démons. Faites cela gratuitement , car vous avez reçu ces dons gratuitement. Se vous souciez point d'avoir de l'or, de l'argent ou d'autre monnaie dans vos bourses. Ne préparez point pour le chemin ni sac , ni deux robes , ni double chaussure , ni double bâton ; car celui qui travaille mérite qu'on l'entretienne. En quelque ville ou en quelque bourgade que vous entriez, informezvous qui est digne de vous recevoir; et demeurez là jusqu'à ce que vous vous en alliez. Quand vous entrerez dansune maison, souhaitez-y le salut, en disant: Que la paix soit en celle maison. Si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle : et si elle n'en est pas digne, votre paix retournera à vous. Quiconque ne voudra pas vous recevoir, ni écouter vos paroles , en sortant de la maison ou de la ville, secouez la poussière de vos pieds. Je vous dis en vétité , qu'au jour du jugement le pays de Sodome etdeGomorrhe sera traité avec moins de rf*
gv.eur {^e celte ville là [Uaith.% X, 5-lSï
Avant de conl.nner davantage celle instruction donnée aux apôtres , il faut lâcher d'éclaircir le verset 10, qui semble souffrir de la difficulté. 11 est conçu en ces termes : Neque peram in via (il y a dans l'original, neque peram ad viam, subaudi comparetis) neque duas limitas , neque calceamenla , neque. virgam. PIus eurs mauuserits grecs et même quelques éditions portent au pluriel, neque virgus, p.r,U pùScov;; el je crois «pie c'est la véritable hç n. sans le secours de laquelle il est très difficile de concilier les évàngélisles. Sîtinl Lue le confirme assez au chapitre IX, V. 5, où il y a dans l'original ^re pcêoou;, id est, neque virgas aeu baculos lulerilis. Car si on ne lit de la sorte, comment accorder saint Marc avec les deux autres évangéli tes. Voici ce qu'il dit en parlant des apôlres que Jésus Christ envoyait prêcher : Et prœcepit eis ne quid (allèrent in via (Çr.'.ad iter, eh ce©,) nisi virgam tautum {Marc, VI, 8, 9). S» le Sauveur leur commandait de prendre un bâion seulement, virgam tanium; comment saint Matthieu (X, 10) et saint Luc ( IX, 5) peuvent-ils dire qu'il leur défendit d'en prendre, neque virgam ? Il en est de même de la chaussure. Saint Marc dû qu'eu allant prêcher ils devaient avoir des sandales à leurs pieds , calceatos sandaliis : et saint Matthieu ne \ eut pas qu'ils aient ni chaussure, ni bâton, neque calceamenta , neque virgam.
Et qu'on ne dUe pas que par le mot de calceamenta il entend des souliers, car jamais ils n'en ont porté, et on pourrait faire voir par plusieurs endroits «le l'E< rtlure el par Josèphe même , qu'eux et les J dis ne portait ni que des sandales, selon l'usage Commun de la plupart des Orient mi. Il est donc constant que Jésus-Christ n'a point détendu à ses apôtres de porter dc> sandales , puisqu'il le leur commande dans saint Marc (VI, 9), calceatos sandaliis, et que saint Pierre en avait quand fange le lit sortir de prison; car il lui dit {Art , XU.8; : vxoùy.uxi 7a.7u.jc6t.Aia.Gov, calcea le sandalia tua ; ou , comme porte la Vulgate, caligas tuas , qui est la même chose: puisque les caliges des anciens étaient de véritables sandales. D'où vient qu'on voit dans les vieux glossaires: aavoâ).ta, id est , caligœ. Et s:iint Jéiôme n'explique point ce mot grec autrement : Depos'uis calceameniis,quœ Septuuginta oavôà/ia , id est , caligas vocant (Uieron., in Jsaiu). Or comme Jésus Christ voulait que ses apôtres eussent des sandales à leurs pieds, il voulait aussi qu'ils portassent un bâton à la main , comme il est expressément marqué dans saint Marc; mais il veut qu'ils n'eu aient qu'un seul : Et prœcepit eis ne quid lollerenl in via, nisi virgam tantnm {Marc, VI, 8).
Ce petit mot tantum n'est point mis sans raison, et l'on peut dire qu'il fait le dénouement de toute la difficulté et de la contradiction qui semble être entre les évaugélistes. Le Fils de Dieu veut donc que ses apôtres en allant prêcher l'Evangile aient un bâton , des sandales, une robe, parce que cela leur était nécessaire : mais il ne veut pas qu'ils aient du superflu, c'est-à dire, deux robes, dans t uni cas, Mo x»T«r>.«?, ni double chaussure ou deux panes de sandales') neque
ET LA JUDA1QCK. UÔ«
calceamenta, subaudi duo. ni double bâton, neque vit» gas, scifcel dans, pr^ p«63oû$ , comme portent quelques manuscrits et même saint Luc. Plusieurs savants interprètes ont ainsi accordé les évangélisles ; el Juvencus, ancien poète chrétien, a dit, en parlant delà chaussure des a; ôlres : Nec plnniis legmina bina {.luvenc.lib. II evaugel. Hisl.). Il ne veui noin I qu'ils aient double chaussure, c'est-à-dire {\vmx paires de sandales, non plus que deux robes el deux hâtons El ce n'est pas sans raiso 1 que Jésus-Christ leur faisait cette sorte de défense. Car comme les Orientaux étaient dans des pays chauds, ils avaient coutumu dans lents voyages de faire porter mutatorias vestes , des babils pour changer; on avait aussi plusieurs sandales, parce qu'elles s'usaient aisément. Le Sauveur ne veut donc point que ces disciples s'embarrassent de ces choses superflues , il ne leur souflre que ce qui esl nécessaire, et rien davantage, les obligeant du reste de s'abandonner à la providence de son Père céleste.
Après avoir concilié les évangélisles, l'on ne doit pas trouver mauvais si j'avertis que dans la célèbre version de Mous il y a plusieurs fautes au seul verset 10 de ce chapitre. Voci comme on traduit : Ne préparez pour le chemin ni sac, ni deux habits, ni souliers, ni bâton, etc. Au lieu de deux habits , mettez , deux robes, en latin duus tunicas; car les apôtres pelaient toujours deux babils ou vêtements : la robe et le manteau : mais on ne voulait pas qu'ils eussent deux robes. Secondement, on n'a pas dû mc.tre, ni souliers, car jamais les apôtres n'en ont porté, mais seulement des sandales; il faut donc traduire neque calceamenta, par ces mois, ni chaussure, ou bien, ni sandales. El enfin il faut mettre au pluriel, ni bâtons, fi^rkfxkeoov;, neque virgas , ou baculos , comme il y a dans saint Luc , et même en saint Matthieu dans plusieurs manuscrits: Mais comme le Sûo , qui est dans le grec de cet évangélisle, ne se rapporte pas seulement à %i*éwi\ mais encore à vnoHfx.ot.TK , cl à fàêocu*; il vaut mieux traduire : Ne préparez pour le chemin ni sacs ni deux robes , ni deux paires de sandales , ni deux bâtons ; ou bien, ni double chaussure, ni double bâton. En traduisant de la sorte on accorde parfaitement les évangélisies, et on suit le sentiment de plusieurs interprètes.
Prudente simplicité et assurance devant les juges.
Jésus-Christ continue d'instruire ses apôtres de quelle manière ils se devaient comporter en allant annoncer le royaume de Dieu. Je vous iniwVJcur dit il, comme des brebis au milieu des loups. S<'ijrz donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. Mais donnez vous de garde des hommes ; car ils vous livreront aux assemblées des juges, et Us vous f*- , vont fouetter dans les synagogues. Vous serez aussi menés devant les gouverneurs et devant tes rois, à cause de moi, pour me rendre témoignage devant eux et devant les gentils.
Le verset I" regarde les Juifs. Car si l'évangcliste dil après le Seigneur (Act., IV, 5; V, 27, et alibt) : Tradenl enïm voh in conciliis , et* roviSpi*, ils vous
livreront aux assemblées des juges, cela est arrivé de la sorte, comme nous le voyons par les Actes des apôtres. Ils nous apprennent que ces hommes saints ont souvent été amenés devant le sanhédrin ou le grand conseil de Jérusalem, pour rendre raison de leur foi et de leur doctrine. Ils ont aussi été fouettés dans les synagogues des Juifs; et peut-être que saint Paul lui-même avant sa conversion a été le minisire de ces exécutions cruelles et injustes. Car il dit, en parlant de soi et en parlant au Seigneur , qui lui apparaissait dans une vision extatique (Act., XXII, 19 î XXVI, II, ) : Seigneur, ils savent eux-mêmes que c'est moi qui niellais en prison, el qui faisais battre de verges dans les synagogues ceux qui croyaient en vous. Voilà donc, par l'Ecriture même, l'accomplissement de ce que Jésus-Christ avait prédit à ses apôtres lorsqu'il les choisit.
Quant au verset 18, il concerne les gentils. L'histoire des Actes apostoliques el celle de l'Eglise nous apprennent que ces hommes divins ont souvent été menés devant les gouverneurs des provinces, et même devant les rois et les empereurs. S;iint Pierre et saint Paul ont paru devant le cruel Néron, saint Jean l'évangéliste devant Domitien, saint Jacques son frère a été présenté au roi Agrippa, les autres apôtres ont comparu devant les rois barbares; et tous, par une fermeté et un courage invincibles, ont rendu un illustre témoignage de Jésus-Christ devant les Juifs et devant les gentils.
Le Fils de Dieu continue de parler et dit : Lors donc qu'on vous livrera à eux, ne vous mettez point en peine comment vous leur parlerez, ni de ce que vous direz ; car ce que vous direz vous sera inspiré à l'heure même. Ce n'est pas vous qui parlez alors, c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous. Le frère livrera son frère à la mort, et le père son propre fils ; les enfant s mêmes s'élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les feront mourir. Vous serez à loua un objet de haine à cause de mon nom. Mais quiconque persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé (Matth., X, 16-22).
Que le disciple n'est pas plus que le maître.
Le Seigneur poursuit son discours el avertit ses disciples de ce qui leur devait arriver et de ce qu'ils avaient à faire : Lors donc qu'on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous dis en vérité que vous n'aurez pas achevé d'enseigner les villes d'Israël, que le Fils de l'homme ne vienne : Non consummabilis civilates Israël, donec veniat Filins hominis {Matth., X, 23). Cet endroit est assez difficile, car l'on ne voit p:»s bien de quel avènement parle ici Jésus Christ. 11 semble pourtant qu'il parle de son avènement par le Saint-Esprit, car c'est ainsi qu'il s'explique ailleurs (Jean, XIV, 47, 18) : Je ne vous laisserui pas orphelins, je viendrai à vous, < veniam ad vos;* c'est-à-dire en vous envoyant en ma place l'Esprit consolateur, qui est l'Esprit de vérité. Vous allez être contredits, affligés, persécutés par le peuple d'Israël ; ne vous mêliez point en peine, ne vous dé-
couragez point, le Fils de l'homme viendra à vous avant que vous ayez achevé d'enseigner les villes d'Israël : il viendra à vous par son Esprit de consolation el de vérité. Ce sera lui qui vous enseignera et qui vous inspirera toutes choses ; ce sera par lui que je vous verrai, ilerum autem videbo vos. Alors votre cœur sera plein de joie, el personne ne vous la pourra ravir.
Jésus-Christ continue : Le disciple, dit-il, n'est pas plus que le maître, ni l'esclave plus que son seigneur. C'est assez au disciple d'être comme son maître, et à l'esclave comme son Seigneur. S'ils ont appelé le père de famille Béelzébulh (les anciens et même le syriaque ont écrit Béelzébub), n'appelleront -ils pas encore bien plutôt ses domestiques? JSe les craignez donc point. Car il n'y a rien de caché qui ne soit un jour découvert, ni rien de secret qui ne soit su. Ce que je vous dis dans l'obscurité, dites-le dans la lumière, et ce qu'on vous dit à l'oreille, prêchez- le sur le haut des maisons (Maith., X, 23 27).
Quand le Fils de Dieu dit qu'ils ont appelé le père defimille Béelzébulh, ou plotiôl Béelzébub, il parle de lui-même. Car combien de fois les pharisiens ont-ils dit de lui, C'est un démoniaque, c'est un homme possédé du démon, Dœmonium habet; c'est un homme qui ne chasse les démons que par Béelzébulh, prince des dénions, non ejicit dœmones nisi in Beelzebub, principe dœmoniorum (Matth., XII, 24 ). Béelzébub était proprement et originairement le dieu tuiélaire de la ville û'Accaron, au pays des Philistins, comme il parait par leslivres des Rois (IV Rois, I, 2 et seqq.; Hier, in Matth.). Il y a apparence qu'ils n'avaient donné à leur idole le nom de Béelzébub, qui veut dire dieu des mouches, deus muscarum, qu'à cause que ce dieu prétendu chassait le grand nombre de mouches dont les Accaronites étaient infestés. Il était donc à peu près semblable au dieu des Éléens , appelé MucôSvjs, et par Pline (Lib. XXIX, cap. G ) Miodes, qui après l'immolation d'un taureau, chassait d'un canton de l'Elide des nuages de mouches. Or comme ce dieu était méprisable et tout à fait ridicule, il y a apparence que les Hébreux, dans la suite du lemps, avaient donné ce nom de mépris el de raillerie au prince des démons, et qu'ils le nommaient ordinairement Béelzcbud, ou, comme nous disons, Béelzébulh.
Qu'il faut craindre Dieu seul, et confesser Jésus Christ devant les hommes. Le Fils de Dieu, après avoir averti ses apôtres des persécutions et des violences qu'on leur devait faire, soit parmi les Juifs, soit parmi les gentils, leur dit ceci : Ne craignez point ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent faire mourir l'âme; mais craignez plutôt ce lui qui peut perdre le corps el l'âme dans l'enfer. N estil pas vrai que deux passereaux ne se vendent qu'uK sou ? Cependant il n'en tombe pas un seul sur la terre sans la volonté de mon Père. Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point : vous valez beaucoup mieux que plusieurs passereaux. Après les avoir prémunis contre la crainte des hoia»
m5 PAR LA ROMAINE
mes et des persécuteurs, il leur commande de confesser hardiment son nom devant eux. Quiconque, dit il, me confessera devant les hommes, je le reconnaîtrai aussi devant mon Père, qui est dans le ciel. Mais quiconque me renonce devant les hommes, je le renoncerai aussi devant mon Père, qui est dans le ciel. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je îiesuis pas venu apporter la paix, mais Cépée; car je suis venu diviser le fils d'avec son père, la fille d'avec sa mère , et la belle-fille d'avec sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis ses propres domestiques \Mutih., X, 28-3G).
Jésus Christ dit ailleurs qu'il laisse sa paix et qu'il donne sa paix, et c'est le plus grand bien qu'il pouvait laisser à ses chers disciples ; comment donc leur dil-il ici, qu'il n'est pas venu sur la terre pour y apporter la paix ? Et comment même assure-l-il qu'il y est venu apporter le glaive ou l'épée de division ? C'est qu'il voyait bien que sa doctrine, quand elle serait annoncée aux Juifs et aux geruils, mettrait de la division jusque dans les familles : qu'un fils qui croirait en lui serait divisé de son père, qui n'y croirait pas, par le partage de leurs sentiments. Qu'il en serait ainsi de la (illc à l'égard de sa mère; jusque-là que ce partage serait cause que les domestiques seraient les ennemis de leurs propres maîtres. C'est là-dessus qu'il avait dit un peu auparavant : Le frère livrera son frère à lamort, et le père son fus; les entants s'élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les feront mourir. Voilà la division que Jésus- Christ est venu apporter sur la terre ; voilà l'épée dont il entend parler. Mais cette malheureuse division de cœur etdVpiit n'arrive ni par son ordre, ni par sa volonté; car c'est un Dieu de paix, de concorde et de charité ; elle ne vient (pie de l'infidélité et de l'endurcissement de ceux qui résistent à une doctrine qui les doit sauver.
Mépris de la vie et récompense de la charité.
Enfin Jésus-Christ achève ses divines instructions en parlant ainsi: Celui qui aime son pheou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi : et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi. Celui qui conserve sa vie, la perdra ; et celui qui perd sa vie pour l'amour de moi, la trouvera. Celui qui vous reçoit, me reçoit : cl celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète ; et celui qui reçoit le juste en qualité de juste, recevra la réco)npense du juste ; et quiconque donnera à boire à l'un de ces plus petits en qualité de mon disciple, quand ce ne serait seulement qu'un verre d'eau froide , je vous dis en vérité qu'il ne perdra point sa récompense (M al th., X, 57-42).
Voilà la fin des instructions toutes divines que le Fils de Dieu donna à ses douze apôtres, quand il les choisit parmi le nombre de ses autres disciples. Ce fut sur la montagne qu'elles furentdonnées; après leur élection; ce celle montagne qui était dans le désert entre
Bcthsaïde et Capharnaûm, fut depuis appelée la montagne de Jésus Christ.
Jésus enseigne le peuple dans la plaine. Quand le Seigneur cul fini les instructions qu'il voulait donner à ses apôtres, saint Luc (VI, 2) d'il qu'il descendit avec eux et qu'il s'arrêta dans la plaine, et descendais cum illis stetit in loco campestri ; el là élaii une troupe de ses disciples et une grande multitude de peuples de toute la Judée, de Jérusalem, et du pays maritime de Tyr et de Sidon, qui étaient venus pour l'entendre, el pour être délivrés de leurs maladies. Il y en avait aussi qui étaient tourmentés par les esprits impurs, cl ils étaient guéris. Tout le peuple cherchait à le loucher, parce que de lui sortait une vertu qui les guérissait tous, quia virtus de illo exibal et sanabat omnes.Toulce grand nombre de peuple qui venait, pour entendre Jésus-Christ et pour recevoir de lui la guérison de ses maladies, n'était pas seulement des tribus d'Israël, il y en avail au3si de gentils , qui étaient du pays marilime de Tyr el de Sidon, c'esl-à-dire de la Phénicie.
Etant donc descendu dans la plaine, il commença à leur distribuer la parole de vie et à leur dire, en levant les yeux sur ses disciples : Vous êtes bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Vous êtes bienheureux, vous qui avez maintenant faim, parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous vous réjouirez. Vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous haïront, qu'ils vous sépareront, qu'ils vous chargeront d'injures, el qu'ils rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous alors et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans le ciel; car c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. Mais malheur à vous, riches, parce que vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous gémirez et vous pleurerez. Malheur à vous lorsque les hommes diront du bien de vous ; car c'est ainsi qu'en usaient leurs pères à l'égard des faux prophètes [Luc, VI, 17-2G).
Il recommande ensuite aux peuples qui étaient présents l'amour des ennemis, la patience dans les persécutions, et la charité à prêter aux autres, sans en rien esj érer. Voici donc comme il leur parle : Pour vous qui m'éceutez, je vous dis : Aimez vos ennemis : faites du bien à ceux qui vous haïssent : bénissez ceux qui vous maudissent , et priez pour ceux qui vous calomnient. Si un homme vous frappe sur une joue , iendez-lui aussi l'autre ; et n'empêchez point celui qui prend votre manteau, de vous ôler aussi votre robe. Donnez à tous ceux qui vous demanderont ; et ne redemandez point votre bien à celui qui l'emporte. El faites aux hommes comme voit* voulez qu'ils vous fassent. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quelle grâce en attendez-vous, puisque les pécheurs aiment ceux qui les aiment ? Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle grâce en attendez-vous, puisque les pécheurs font la même ckote? Et si vous prêtez à ceux de
i!67 CONFIRMATION OE t'
qui vous espérez recevoir, quelle grâce m attendez vous, \ uisque les pécheurs s" entre-prêt eut de la sorte, espérant de recevoir ce qu'ils ont prêté ? Vous donc, aimez vos amenât : faites du bien , et prêtez sans en rien espérer, et mire récompense sera grande, et vous serez les enfants du 7 h- Haut, parce qu'il est bon même aux ingrats et auâ méchants. Soyez donc pleins de miséricorde, comme votre Père est plein de miséricorde (Luc, VI. 27-56).
Ces instructions sont divines et parfaites, et elles ne pouvaient \enir que d'un Dieu fait homme. 11 continue d'en donner de semblables, qui concernent ceux qui entreprennent trop facilement de juger les autres; ou qui se mêlent de les conduire, quoiqu'ils soient des aveugles; ou enfin qui osent les reprendre, lorsqu'ils sont eux-mêmes plus lépréhënsiblcs. Jé-ais- Christ dit donc aux peuples qui écoutaient sa doctrine : Ne jugez point, et vous ne serez point jugés. Se condamnez point, et vous ne serez point condamnés. Remettez, et il vous sera remis. Donnez, et l'on vous donnera. On versera dans votre sein une bonne mesure^ qui sera pressée, comble et même surabondante ; car on ne servira à votre égard de la même mesure dont vous vous serez servis à l'égard des autres. Il leur disait aussi celte parabole : Un aveugle peut il conduire un autre aveugle? ne tomberont ils pas tous deux dans la fosse? Le disciple n'est pas plus que le maître; mais tout disciple est parfait, quand il est semblable à son maître. Pourquoi voyez vous une paille dans l'œil de votre frère, et vous ne voyez pas que vous avez ane poutre dans le vôtre? Ou comment pouvez-vous dire à votre frère : Mon frère, laissez-moi ôter la paille qui est dans votre œil, vous qui ne voyez pas la poutre qui est dans te vôtre? Hypocrite, ôlez premièrement la poutre qui est dans votre œil , et après cela vous verrez comment tous tirerez la paille qui est dans l'œil de votre frère (Luc, VI. 37-42).
Enfin le Sauveur achève ses divines instructions par celles qui suivent. L'arbre it'est pas bon qui produit de mauvais fruits ; et l'arbre n'est pas mauvais qui produit de bons fruits. Chaque arbre se connaît par son fruit ; car on ne cueille point de figues sur des épines ; et on ne prend point de raisin sur des ronces. L'homme de bien lire de bonnes choses du bon trésor de son cœur ; et l'homme méchant lire de mauvaises choses de son mauvais trésor ; car la bouche parle de l'abondance du cœur. Pourquoi m" appelez-vous, Seigneur, Seigneur; et vous ne faites pas ce que je vous dis? Celui qui vient à iiiéi, qui écoute mes paroles, et qui les met en pratique, je veux vous montrer à qui il ressemble : il ressenti le à un homme qui bâtit une maison, et qui ayant creusé bien avant, en a mis les fondements sur la pierre; une inondation élunl arrivée , le fleuve est venu fondre sur cette maison, et Un a pu l'ébranler, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais celui qui écoule mes paroles, et ne Us met point en pratique, ressemble à un homme qui bâtit ta maison sur la terre, sans y faire de fondements; un fieuve est venu fondre sur elle, et elle est tombée unssitnt; et la ruine de cette maison a été grande (Luc, VI, 45-4(J).
HISTOIKE ÊVANCÊLIQUE HC8
Jésus retourne à Caphamaûm.
Après que le Fils de Dieu eut achevé tout ce discours, devant le peuple qui récouiail, S. Luc assure qu'il entra à Capharn iû;n, intravil Capharnuûm {Luc, VII, l);etS. Mate dit uu'il vint en la maison a ec ses d scipies, et veniunt ad domum (Marc, lii, v20). Il ajoute que le peuple s'y assembla en foule, de sorte qu'ils ne pouvaient pas même prendre un morceau de pain, ita ut non passent neque panem manducare. Cependant le Sauveur en avait grand besoin, car il avait passé toute la nuit en prière, et le jour étant venu il n'avait fait que prêcher à ses apôtres sur la montagne, et aux peuples flairs la plaine. Comme donc il était épuisé par la longue fatigue, cl qu'il n'avait pu, à cuise de ['accablement du peuple, prendre on morceau de pain, l'évangélisle dit qu'il tomba en défaillance, on iÇi*TY), comme porte l'original, quotiiam aninn deliquium passus est. Il me semble que celle interprétation est ici la plus naturelle, *n considérant les circonstances de l'histoire sainte. On peut aussi dire qu'il était tombé en extase, qnoniam in exslasim versus est, par le zèle et la f rveur qu'il avait alors, voyant tant de peuple. Quoiqu'il en soit, quelques-uns de» siens, c'esi-à dire, ou de >es proches, ou de ses disciples, apprenant qu'il tombait en défaillance, ou bien en extase, allèrent p>mr le tenir , exicrunl tenere eum.
Alors les docteurs de la loi, qui étaient venus de Jérusalem , et qui haïssaient le Seigneur, commencèrent à dire : Il est possédé de Béelzébuth, qnoniam Bcclzcbiib habet , et c'est par le prince des démons qu'il chasse les démons. Jésus-Christ, connaissant ta noire malice, de ces docteurs, et les ayant appelés, leur dit en paraboles : Comment Satan peut-il chasser Satan? Et si un royaume est divisé contre soi-même, il ne peut pas subsister. Si une maison est divisée contre ellemême, elle ne peut pas aussi subsister. Si donc Satan s'élève contre soi-même , le voilà divisé ; il ne pourra subsister, il faut que sa puissance finisse. Nul ne peut , étant entré dans la maison du fort armé , pi endre ses armes et ses biens, s'il ne le lie auparavant ; et ulors il pille sa maison. Je vous dis en vérité que tons les péchés des enfants des hommes leur seront remis, même les blasphèmes qu'ils auront proférés. Mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit, n'en aura jamais le pardon, il sera coupable d'un péché étemel. Il parla ainsi sur ce qu'ils disaient qu'il était possédé de l'esprit impur (Marc, III, 20-50).
Les docteurs de la loi, qui étaient presque tous de la secte des pharisiens, séchaient dVnvie, voyant que les peuples couraient de tous côtés après Jésus-Christ. Les miracles continuels et extraordinaires qu'il opérait ne pouvaient être niés, c«r il le> faisait aux y ux de tout le monde; les pharisiens, pour les détruire dans l'esprit du peuple, disaient, cuitrc les lumières cl de leur conscience et de la vérité, que Jésus ne les faisait que par la vertu du prince des démo s, dont il était selon eux possédé. C'éiail-là un blasphème cou treie Sa'M Espr'p, qui esl l'Esprit de vérité, qu»; coi
gens envieux combattaient par une effroyable malice. Le Fils de Dieu décore que ces sortes de péchés ne sont jamais pardonnes, c'est-à-dire qu'ils ne son' que 1res rarement et très-difficilement pardonnes. Parce qu'outre qu'il n'y a pas moyen de les excuser, c'est que le Saint-Esprit, qui sanctifie les âmes, n'accorde guère la grâce de la conversion et de la pénitence à ceux qui commettent de semblables crimes.
Pendant que Jésus-Christ confondait la malice des docteurs de la loi, sa mère et ses frères, c'est à-dire 6ps cousins, vinrent pour le trouver dans la maison où il ét.iil ; et se tenant dehors, ils l'envoyèrent appeler, et loris stanles, miserunl ad eum vacantes eum {Marc, III, 51).
Or le peuple était assis autour de lui, et on lui dit : Voilà voire mère et vos frères là-d.hors qui vous demandent. Mat. il leur répondit: Qui est ma mère et qui sont mes frères* Et regardant eeux qui étaient assis autour de lui : Voilà, «lit il, ma mère et mes frères. Carquicon ;ue fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère (Marc, III, 31 55).
On voit par cette réponse du Fils de Dieu, combien il avait de zèle et d'attachement pour son ministère, puisqu'il ne l'interrompit pas d'un seul moment, pour voir une mère qui était si sainte et qui avait pour lui beaucoup de tendresse. Au reste il n'est pas aisé «le lavoir si elle demeurait encore à Nazareth ou si eile était établie à C ipharnaùm. Comme l'histoire sainte ne dit rien là-dessus, je suis assez porté à croire qu'elle resta à Nazareth, où elle avait résidé durant tant d'années.
Le serviteur du centenier est guéru
Pendant que Jésus était encore à Capharnaûm, le serviteur d'un centenier, c'est-à dire d'un capitaine de cent hommes, tomba dangereusement malade d'une paralysie, ou s'en sentit de nouveau beaucoup tourmenté, jusque-là qu'il était sur le point de mourir. Le centenier estimait beaucoup ce serviteur, qui lui était fort cher, illi eral pretiosus(Luc, VII, 2, 5). Comme il le vit donc dans un état qui le mettait en danger de perdre la vie, il envoya à Jésus-Christ quelques-uns des anciens ou, si vous voulez, des sénateurs des Juifs, misit ad eum seniores Judœorum, pour le prier de venir guérir son serviteur. Etant venus le trouver, ils le conjuraient instamment de faire ce qu'on demandait, en disant : C'est un homme qui mérite bien que vous lui fassiez celte grâce ; car il aime notre nation, et il nous a même bâti une synagogue, et synagogain ipse aedificavil nobs (Ibid. , 5).
Jésus donc s'en alla avec eux; et comme il n'était plus guère loin de la maison, le centenier envoya au-devant de lui ses amis pour lui dire : Seigneur, ne prenez pas cette peine, car je ne mérite pas que vous entriez dam ma maison; c'est pourquoi je ne me suis pas moi-même \ugé dhjne de venir vous trouver ; mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car quoique je ne sois qu'un homme soumis à d'autres, ayant néanmoins 4es soldats sous moi, je dis à l'un: Allez là, etil y va ;
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE. H 79
et à Cautre : Venez ici, et il y vient; et à mon serviteur . Faites cela, etil le fait. Jésus entendant ces paroles admira cet homme, et se tournant vers le peuple qui le suivait, il dit : Je vous dis en vérité, que je n'ai point encore trouvé tant de foi, même dans Israël. Aussi je vous déclare que plusieurs viendront d'Orient et d'Occi* dent et seront placés dans le royaume du ciel avec Abra* ham, Isaac et Jacob ; mais les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures ; il y aura là des pleurs et des grincements de dents. Jésus, après avoir parlé de la sorte au peuple qui le suivait, dit à ceux qui venaient de la part du centenier : allez, qu'il vous so t fait selon que vous avez cru. El eux étant retournés chez lui, trouvèrent ce serviteur, qui avait été malade, parfaitement guéri (£kc,V1I, 2 10 ; Matth., VIII, 5-15).
Jésus ressuscite à Naïm le fils de la veuve.
Après que le Fils de Dieu eut fait ce miracle à Capharnaûm, il prit la résolution d'aller prêcher la parole de vie dans d'autres villes de Galilée, et principalement dans celles d'où étaient les douze apôtres qu'il venait de choisir. C'est ce que S. Matthieu semble nous apprendre en deux mots, quand il dit (Matth. XI, I) : Après que Jésus-Christ eut achevé de donner ses instructions à ses douzes disciples, il partit de là pour s'en aller enseigner et prêcher dans leurs villes. transiit inde ut doceret et prœdicaret in civilatibus corum . Ce que dit ce saint évangéliste est très-véritable : car peu de jours après qu'il les eut choisis et qu'il leur eut donné ses instructions divines, il quitta le pays de Capharnaûm, et s'en alla annoncer le royaume du ciel aux villes qui étaient vers le torrent de Cison et, si je ne me trompe, dans la basse Galilée.
Quelque temps après Jésus allait dans une ville «ppelée ISaïm, et il était accompagné de ses disciples et d'une grande multitude de peuple. Lorsqu'il approchait de la porte de la ville, voilà qu'on portait en terre un mort, qui était fils unique, et sa mère était veuve, et elle avait avec elle un grand nombre de personnes de la ville. Le Seigneur l'ayant vue, fut touché de compassion et lui dit : Ne pleurez point. Puis s'approchant, il toucha le cercueil ; et comme ceux qui le portaient s'arrêtèrent, il dit : Jeune homme, levez-vous, je vous le commande. Le mort se leva en son séant et commença à parler. Jésus le rendit à sa mère. Alors tous furent saisis de frayeur, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple (Luc, VII, H-16).
La ville de Naïm ou de Nain, comme porte le grec, était dans la tribu d'Issachar,sur le torrent de Cison, à quatre milles vers le midi de la ville de Nazareth. Ça miracle que le Fils de Dieu y opéra était grand et extraordinaire, car il ne ressuscitait pas tous les jours des morts. Aussi saint Luc remarque l-il qi:e le brun s'en répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d'alentour : In uuiversam Judœam et in omnem eirca reyionem (Luc, Vil, 17).
f Î7i CONFIRMATION DE LTiI
Jean-Baptiste envoie de sa prison deux de ses disciples au Seigneur.
Ce miracle éclatant se fil, autant qu'on en peut juger par la suite de l'histoire, vers la (in du mois de janvier ou à l'en rée de février. Jean-B p ' î le était encore en prison dans le château de Maquéronle, où Hérodc Antipas passa lotsi le commencement de celte année. Ses disciples, qui virent peut-être ce prodige et plusieurs autres, ou qui en entendirent, parler, ne manquèrent pas d'en faire le récit à ce saint précurseur. Il ne s'étonna hullemenl d'entendre ces merveilles qu'on lui disait de Jésus, car il savait que c'était le Christ; mais voyant que ses disciples en doutaient, il en appela deux el les envoya au Seigneur, qui pouvail être alors veis la basse Galilée el vers le torrent de Cison.
Quand ils furent arrivés, ils lui dirent : Jean-Raptisle nous a envoyés à vous poi:r vous dire : Etesvous celui qui doit venir, ou en devons-nous attendre un autre? Or, en celle même heure, Jésus délivra plusieurs personnes de leurs maladies, de leurs plaies el même des esprits malins, et il rendit aussi la vue à plusieurs aveugles. Là dessus il leur répondit : Allez et dites à Jean ce que vous venez de voir el d'entendre; que les aveugles voient, que les boiteux marchent droit, que les lépreux sont nettoyés, que les sourds entendent, que les morts ressuscitent, que f Evangile est annoncé aux pauvres, et qu'heureux est celui qui ne se scandulisera point en moi. Ces téputés de Jea m Baptiste n'eurent point d'autre réponse; mais les prodiges cl les miracles qu'ils virent de leurs propres yeux prouvaient mieux que toulc aulre chose que Jésus était le Messie qui devait venir.
Ces députés s'en étant retournés iu château de Maquéronlc, où il tenait prison, Jésus commença à dire aux peuples, en parlant de Jean : Qu'êtes-vous allés voir dans le désert? un roseau agité du vent? Mais encore, quêles-vous allés voir? un homme velu mollement? Ceux qui sont ïêlus d'habits précieux et qui aiment les délices sont dans les palais des rois. Qa'èles-vous donc allés voir? un prophète? Oui certes, je vous le dis, et plus que prophète. C'est de lui qu'il il est écrit : Voilà que j'envoie mon ange devant vous, qui vous préparera la voie [Malach., 111, 1). Car je vous déclare qu'entre tous ceux qui sont nés de femmes, il n'y a point de plus grand prophète; ou, comme porte saint Matthieu, il n'y a point eu de plus grand que Jean-Baptiste : Non surrexil inler natos mulierum major J oaune Baptisla. Mais le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. Tout te peuple l'ayant entendu, el même les pnblicains , ont secondé le dessein de Dieu , ayant reçu le baptême de Jean ; mais les pharisiens el les docteurs de la loi ont rejeté le dessein de Dieu sur eux , n'ayant point été baptisés par lui {Luc, VII, 18-50; Matlh., 11,2-11).
Quand Jésus-Christ dit que les pharisiens et les doc:eurs de la loi n'ont point reçu le baptême de Jean, que Dieu lui avait commandé de donner au peuple d'I^rail, il n'entend pas parler de tous ceux
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de ce corps, mais seulement du plus grand nombre; car nous voyons, par un aulre endroit, que plusieurs d'entre eux, multos phnrisœorum (Mattli.,[[\ , 7)h étaient venus rerevoir ce baptême.
Le Fils de Dieu commue de parler au peuple qm l'écoulé : Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le royaume du ciel se prend par violence, el ce sont ceux qui se font violence qui l'emportent. Car jusqu'à Jean, tous les prophètes et meme la loi n'ont fait que prophétiser; c'est-à-dire, la loi el les prophètes n'ont fait que prédire obscurément, ei sous des figures, la venue de celui que Jean-Bapliste a vu et manifesté au peuple d'Israël. C'est lui qui a commen é à prêcher la pénitence, Pœnilenliam agite; et c'est lui par conséquent qui a appris aux hommes qu'on n'emportait le royaume du ciel qu'en se faisant violence. Jésus Christ ajoute : Et si vous voulez bien que je vous le dise, c'est lui-même qui est Elie, qui doit venir : Ipse est Elias qui venturus est. Il entend que Je. n est Elie, non en personne, maison esprit, en zèle, en venu ; c'est cet Elie qui est venu annoncer le premier avènement du Messie, comme l'autre Elie viendra au second avènement. Que celui là entende, qui a des oreilles pour entendre. A qui dirai je que ce peuple esl semblable? Il est semblable à ces enfants qui sont assis dans la place, et qui criant à leurs compagnons. Leur disent : Nous avons joué de la flùle, et vous n'avez point dansé ; nous avons fait des lamentations, et tous n'avez point pleuré.
C'est comme si ces enfants disaient à leurs compagnons : Nous ne savons que vous faire, tant vous êtes difficiles : nous avons chanté el joué de la flûie, et vous n'avez point voulu danser el vous réjouir : nous avons fait des chants lugubres et des lamentations , et vous n'avez point non plus pleuré. On ne sait donc comment faire avec vous. Jésus Christ fait voir qu'il en est de même de ce peuple , el principalement des pharisiens ; ils ne sont portés à la pénitence , ni par la facilité du Sauveur, ni par faustéi i é de Jean-B priste : au contraire ils calomnient la conduite de l'un el de l'autre. Car, continue Jésus-Christ , Jean est verni ne mangeant, ni ne buvant , el ils disent : Il est possédé du Démon, Dxmnnium habel. Le Fils de l'homme est venu mangeant el buvant , el ils disent : C'est un homme de bonne chère , qui aime le vin , et qui est ami des publicains et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses enfants. C'esl- à-dire la sagesse des desseins de Dieu sur les Juifs a été justifiée ou déclarée juste par Je nombre de ceux qui, à la prédication de Jean el de Jésus-Christ , ont embrassé la vertu et la pénitence, qui est la vraie sages.e ^l/a/fA. , XI , 12 1 9 ; Luc, \TI, 51-55).
Que s'il y a eu quelques enfants de sagesse , filii sapientiœ, qui, en embrassaal la pénitence, ont justifié la sagesse des desseins de Dieu sur le peuple juif, 1 on peut dire que la plus grande partie de ce peuple ingrat l'a méprisée , en demeurant , après tant de prodiges , dans l'impéniience et l'incrédulité. Et c'esl de quoi le Fils de Dieu va se plaindre hautement. Car
saint Matthieu écrit qu'il commença alors à faire (les reproches aux villes , dans lesquelles il avait opéré 1 iiïsieurs miracles , de ce qu'elles n'avaient point fait pénitence, qttia non cassent pœnitenliam(\latth.,W, 20). Malheur à loi Corozaïn : malheur à toi Belhsnïde ; parce que si on avait (ait dans Tyr et Sidon les miracles q i ont été faits dans vous , H y a longtemps quelles auraient fait pénitence dans le suc et la cendre. C'est pourquoi je vous déclare, que Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous au jour du jugement.. El toi, Capharnaum, seras tu élevée jusqu'au ciel, Et lu, Capharnaum , mmqtiid usque in cœlum exaltaberis (Ibidem , 23) ? Tu seras au contraire abaissée jusqu'au fond des enfers ; parce que si les miracles qui ont été faits an milieu de loi avaient été faits dans Sodome , peut-être subsisterait-elle encore aujourd'hui Cesl pourquoi je te déclare qu'au jour du jugement , Sodome sera traitée moins rigoureusement que toi (Mallh., XI , 20:24).
Les deux viiles de Corozaïn , ou Chorazin , comme porte le grec , et de Delhsaïde, n'étaient point éloignées de Capharnaum. La première de ces deux était placée au delà du Jourdain à la tête du lac de Cénésareth , et ainsi elle se trouvait vis-à-vis de Capharnaum. La seconde , d'où étaient quelques-uns des apôtres, avait sa situation sur le bord du même lac, mai< en deçà du Jourdain et dans la Galilée. Comme ces villes étaient voisines de Capharnaum, où Jésus- Clin s la va il mis sa demeure, il y avait souvent prêché sa parole sainte , et y avait fait beaucoup de prodiges. Cependant la plupart des habitants de ces villes maritimes n'étaient point entrés dans les voies de la pénitence. Le Fils de Dieu leur déclare donc qu'elles seront traitées au jour du jugement avec plus de rigueur (pie Tyr et Sidon, qui étaient deux villes de IMiénicic, et par conséquent d'un peuple gentil. Mais pour celle de Capharnaum , où le Seigneur avait conversé tant de fois , et où il avait opéré de si grands miracles, bien loin d'être montée jusqu'au ciel par tant de grâces et de secours extraordinaires , qu'elle avait reçus , elle sera au contraire abaissée jusqu'au fond des enfers , pour les avoir négligés et même méprisés. Ainsi celle ville ingrate et impénitente sera moins épargnée au jour de la colère du Seigneur, que celle de Sodome , qui a été consumée par le feu du ciel.
Jésus-Christ, après avoir condamné l'endurcissement de ces villes impénitentes , rend grâces à son Père, de ce qu'il y avait des hommes simples et petits , c'est-à-dire qui n'avaient les avantages, ni de la sagesse mondaine, ni de la naissance, qui avaient embrassé sa doctrine. Celaient ses apôtres, ses disciples cl quelques autres semblables, dont il entendait parler, insinuant assez qu'elle n'avait pas été reçue des docteurs de la loi el des sages du monde, parce qu'ils étaient pleins d'envie et d'orgueil Voici comme le Fils de Dieu parle là-dessus : Je vous rends qrùces , mon Père , Seigneur du ciel et de la terre , de ce que vous avez caché ces choses aux
sages cl aux prudents, c'esl-à dire à ceux qui se croient sages el prudents à leurs yeux , et qui sont enflés de leur vaine sagesse ; et de ce que vous les avez révélées aux petits, c'est-à-dire aux hommes humbles et simples, qui ne tirent poin gloire , ni de leur sagesse , ni de leur naissance. Cela es. ainsi , mon Père , parce que vous l'avez voulu. Mon Père a mis toutes choses en mon pouvoir ; aussi nul ne connaît le Fils, que le Père : el nul ne connaît le Père , que le Fils, et celui à qui le Fils l'aura voulu révéler.
Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés , et je vous soulagerai ; c'est comme s'il disait aux peuples : croyez en moi , et convertissez vous , vous ions qui êtes fatigués des observances de la loi, et chargés du poids de vos crimes, et je vous soulagerai par le secours de la grâce et de la charité. Prenez sur vous mon joug , el apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le r pos de vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau est léger. Il dit qu'il est doux, parce qu'il est adouci par l'onction de la grâce ; et qu'il est léger, parce qu'il est porié par l'amour et la charité. Cette onction qui apprend tomes choses, nous enseigne que pour èlre à Jésus-Christ , il faut être comme lui doux el humbles de cœur {Malik. , XI , 23-50).
Une pécheresse oint les pieds de Jésus-Christ.
Comme le Fils de Dieu prêchait l'Evangile dans la ville de Nain ou dans quelque autre de la basse Galilée , qui était vers le torrent de Cison , car il me semble par plusieurs raisons qu'il était alors en ces quartiers-là , il y eut un pharisien , nommé Simon , qui l'invita à manger chez lui. Jésus entra en sa maison , et se mil à table. Saint Luc dit , qu'en même temps une femme dans la ville , qui était pécheresse, mulier quai eral in civilaie pcccalrix , ayant su qu'il était à table dans la maison de ce pharisien , apporta un vase d'albâtre , plein d'huile de parfum ; el se tenant derrière lui à ses pieds , elle commença à les arroser de ses larmes ; elle les essuyait avec les cheveux de sa tête, elle les baisait el les oignait d'huile de parfum, i el unguenlo ungebat.i Le pharisien qui t'avait invité, voyant cela, disait en son cœur : Si cet homme était prophète, il saurait quelle est cette femme qui le louche , et que c'est une pécheresse. Jésus prenant la parole, lui dit : Simon , j'ai quelque chose à vuus dire. Il répondit, Maître, dites. Un créancier avait deux débiteurs; l'un lui devait cinq cents deniers , et l'autre cinquante. Eux n'ayant pas de quoi Ls lui rendre , il leur remit leur dette. Après cela, qui des deux l'aimera le plus ? Simon répondit, en disant : J'estime que ce sera celui à qui il a le plus remis. Jésus lui dit : Vous avez fort bien jugé. Et, se tournant vers la femme, il d'il à Simon : Voyez-vous cette femme ? Je suis entré dans voire maison , vous n'avez point verte d'eau sur mes pieds , et elle au contraire a arrosé mes pieds de ses larmes , et tes a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné de baisers ; mais elle depuis qu'elle est entrée, elle n"a cessé de baiser mes pieds. Vous n'avez pas oint ma
tète A huile ; et elle a oint mes pieds de V huile de parfum C'est pourquoi je vous dis que beaucoup de péchés lui sont remis , parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais ce* lui-là nime moins , à qui on remet moins. Alors il dit à cette femme: Vos péchés vous sont remis, lieux qui étaient à table avec lui commencèrent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui prétend même remettre les péchés Jésus au encore à cette femme : Votre foi vous a sauvée , allez en paix (Luc , VU , 56-50).
Il y a eu toujours des disputes , mais ries disputes innoc-nies, puisqu'elles ne concernent ni la foi , ni les mœurs , louchant celle femme | échei esse, pour moi, sans préjuduier aux sentiments des autres, j'estime qu'elle était la même que Marie-Mari leine , sœur de Marthe et de Lazare , ei c'est l'opinion du cardinal Baron lus , qui est soutenue par celle de plusieurs Pères de l'Église Celte femme était de Galilée; mais vers le déclin de celle am ée elle suivit Jésus- Chrst, el alla depuis demeurer en Judée, comme on le verra dans la suile , car j'en parlerai amplement ailleurs.
Mort de saint Jean-Baptiste.
Hérode Anlipas, lélr arque de G lilée, qui avait épousé depuis plus d'un an la fameuse llérodiade , était encore aux premiers mois de celle année au château de Ma uéronte , au delà du Jo rdaiii , où Jean- Baptiste était en prison. Ce saint qui prévoyait que sa lin était proche , avait depuis peu de temps envoyé deux de ses disciples au Fil- de Dieu , pour lui demander si c'était lui qui devait venir, el qu'on attendait comme le Messie. Jean Baptiste n'ignorait pas que ce ne fût lui , mais il voulait avant sa mort que ses disciples fussent confirmés dans ce sentiment, par ce grand nombre de prodiges que le Seigneur fit en leur présence. Depuis cette dépulalion il ne fut pas longtemps sans perdre la vie , qu'il avait consacrée à la pénitence , et sans finir sa mission toute sainte par une fin glorieuse. La chose arriva de la corie.
Ilérnde était, à Maq uéronte avec la princesse Ilérodiade , el toute sa cour, qui était Mors fort lesie et fort nombreuse- Celle femme méchante et anib lieuse ne pouvait souffrir Jean-Baptiste , lotit prisonnier qu'il était , parce qu'il reprochait souvent à Hérode Aniipas ses noces scandaleuses , et elle appréhendait qu'il ne prît envie à ce prime de la renvoyer à Philippe son frère C'est pourquoi elle ne cessait de lui dresser des embûches el de chercher l'occasion de le faire mourir, mais elle n'avait pu la trouver : Herodias autem insidiabatur illi et volebat occidere eum , nec poterat. Car Hérode, le regardant comme un homme juste et saint , avait pour lui du respect, l'entendait volontiers , el faisait beaucoup de choses selon ses avis. Enfin, dil l'évangélisle saint Marc , il arriva un jour favorable , dies opportunus (c'esl-à dire au dessein d'Ilerodiade), qui fut le jour de la naissance d'ilérode, auquel il fit un festin aux grands de sa cour, aux officiers de ses troupes et aux principaux de la Galilée. Car la fille d'Ilerodiade y étant entrée, et t'élanl mise à danser, plut tellement à lié: ode el à ceux
HISTOIRE ÉVANGËLIQL'K \ I Tfi
qui étaient à table avec lui , qu'il lui dil : Demandezmoi tout ce que vous voudrez, et je vous le donnerai. Et là-dessus il jura: Oui, tout ce que vous me demanderez, je vous le donnerai, quand ce serait la moitié de mon royaume.
Celte fille étant sortie, dit à sa mère : Que demanderai je? sa mère lui répondit : La têle de Jean Baptiste, < Capul Joannis Baptistœ. > El étant aussitôt rentrée en grande hâte où était le roi : Je souhaite, dit-elle, que vous me donniez tout présentement dans un bassin la têle de Jean -Baptiste. Le roi en fut fàclié; néanmoins, à cause du serment qu'il avait fait et de ceux qui étaient à table arec lui, il ne voulut point l'affliger. Mais ayant envoyé un de ses yards, il lui commanda d'apporter sa tête dans un bassin. Ce garde coupa la tête à Jean dans la prison , il l'apporta dans un bassin ; elle fut donnée à la fille, el la fille la donna à sa mère Ses disciples ayant appris cela, vinrent emporter son corps elle mirent dans un tombeau (Marc, VI, 17 29; Matlh.,\\\, 5 1>; Luc, IX, 9).
Voilà quelle a été, selon l'Histoire sainte, la mort de Jean-Baptiste, précurseur de Jésus Christ; elle parait tragique aux yeux des hommes, mais elle a été précieuse devant Dieu, puisqu'elle n'est arrivée <|iic pour avoir crié contre le vice et le scan laie el pour avoir soutenu la jn-tice el la vérité Je crois, par la suite de l'histoire évangélique, que celle exécution cruelle et injuste a é é faite vers le mois de février, peu de temps avant la pâque des Juifs. On voit par l'Ecriture que c'est nue danseuse, cVl-àdire une lille sans pudeur el sans modeslie, qui a demandé la têle de ce grand juste , el qui ne l'a demandée qu'à la sollicitation d'une mère qui était publiquement dans le crime et dans l'adul ère.
Josèphe donne à celte fille le nom de S.loiné (AnliquiL lib. XVIII, cap. 7) ; sa mère llérodiade l'eut d'ilérode Philippe, son premier mari, qu'elle abandonna pour se donner à Hérode Anlipas, par nue prévarication manifeste de la loi de* Juifs Cette danseuse épousa quelque temps après Philippe le Té rarque; mais éiam mort sans enfants, elle j»ril un second mari, qui fui Arisiobul •, roi de Ohalcid ', son cousin germain. Quant à llérodiade, sa rage contre saint Jean alla si loin, que, selon le témoignage de saint Jérôme ( In Rnff., lib. III), ayant reçu sa têle sacrée des mains de sa fille, elle prit son aiguille d' tête et lui perça la langue, parce qu'elle avait osé parler contre sa coudu te toute scandaleuse. Dieu punit quelques années après l'injuste cruauté de celle femme ; car l'empereur Cains, successeur de Tibère, la relégua à Lyon, dans e> Gaules, avec s< n mari Antipas ; el comme si leur punition n'eût pas encore été assez grande, ils furent chassés de là par le même empereur, pour faire dans l'Esp >gne une fin malheureuse (Joseph., ibid., cap. 9 , el lib. II Belli. cap. 16, gr.).
Au reste, ce n'est pas seulement l'histoire évangélique qui nous apprend qu'Herode le Télrarque fit mourir Jean- Baptiste; car Jusèphc confirme la même
chose, et nous fait connaître (Ibidem, cap. 7) que cela se pa^sa au château «le Maquéronte, comme je l'ai déjà dit. Il assure que celle action dWnlipas fut trouvé"' si injuste, (|iie sou armée ayant éié entièreiii. -m déf'iie par Arélas, roi «les Arabes, quelques années après, Ton regardait cela dans la Judée
c e une punition de Dieu, à cause de la mort de
«Set homme juste. Ou l'ait dans l'Eglise la fête de la Décollation de saint Jean Baptiste le 29 d'août ; mais il y a apparence qu'on ne la célèbre ce jour-là qu'à cause «le la translation de ses reliques comme le remarquent quelques martyrologucs ; car pour sa mort, je mus persuadé quVIle est arrivée celle année, 3'2'de l'à^e de Jé-us Christ, et la 28' de l'ère commune, avant la léte «le Pâques ; ainsi, il a été détenu en prison durant sept <>u huit mois.
Jésus de cinq pains nourrit cinq mille hommes.
Apiès que les disciples de Jean- Baptiste lui eurent rendu les derniers devoirs et eurent mis son c«»rps «laits le tombeau, ils vinrent trouver Jésus- Cluisl, pour lui raconter tout ce «pii s'était p:issé à la mort de son saint précurseur, el venienles nunliaveruntJesu (Mallh., XIV, 12, 15). Le Fils de Dieu prêchait alors aux villes de la Galilée, et il avait un peu auparavant dispersé ses apôtres, pour aller annoncer le royaume de Dieu. Us éiaienl déjà retournés vers lui, quand il sut la mort de Jean-Baptiste; et ils lui avaient rendu compte de loui c«* qu'ils avaient fait et enseigné dans celte première mi sion : et convenientes apostuli ad Jesum, renuuliuverunl ei omnia quœ egeranl el docueranl {Marc, VI, 50). Quand Jésus Christ eut appris cette mort injuste et cruelle, il partit du lieu où il était, se mil dans une barbue el se relira à l'écart dans un lieu désert. Saint Luc marque expressément qu'il pril avec lui ses apôtres, el <pi<' le déserl où il se relira alors était celui de Belhsaïde : et assumpiis illis secessit seorsum in locnm desertum Bethsaidœ [Luc, IX, 10). Ce désert était au delà du lac «le Génésarelh ou de la mer de Galilée; il s'étendait presque depuis la ville de Gamala jusqu'au même lac, au boni duquel était le bourg de Bethsa'Me, viens Bethsaidœ : car c'est ainsi que Josèphe l'appel e (Aniquit. lib. XMll, cap. 5 , et ce bourg avait donné le nom au déserl. FMiilippe le téirarque fit une ville «le celte bourgade, et changeant son nom. il lui donna celui de Juliade, et ce lut là qu'il fut inhumé.
Sainl Je. n l'évangélisle dit nettement que Jé-us se retira alors au «lelà «le la mer de Galilée, ou de Tibériade : Posl hœc abiit Jésus traris mare Gulilœœ, quod est Tiberiudis. On voit manifestement par celle cou du te du Seigneur, qu'il voulait en se retirant à l'écart, se soustraire à la cruauté d'Hérode et aux embûrhes des pharisiens, qui avaient déjà conspiré contre lui. Saint Malihien raconte «pie quand les peuples eurent appris qu'il allait au dé-ert, ils le suivirent a pied de rii\ erses villes Cm» audissent lurbœ, secutœ sunt eum pédestres de civitalibus. Il y en eut niéme plusieurs qui le prévinrent lui el ses apôtres;
ET LA JUDAÏQUE. i 178
car saint Marc dit, pravenerunt eos; ce qui ferait croire qu'ils s'arrê'èrent «juelques jours sur les bords du lac avant d'arriv r au «léser l de Belhsaïde. Cette foule de peuple le suivait, comme écrit saint J<an, parce qu'ils voyaient les n ir clés qu'il faisait sur ceux qui étaient malades, quia videbanl ûgna quœ ftciebat super lus qui infirmubanlur.
Lorsque le Fils de Dieu sortit de la barque, où il s'était mis avec ses apôtres pour passer le lac et pour aller au déserl, il vit une grande multitude de personnes qui étaient venues là de diver>es villes. Il en eut compassion, et il guéiii leurs malades, après leur avoir prêché le royaume de Dieu. Et comme 1 foule était grande, il se relira sur une montagne ver* le déclin du jour. Le soir étant venu, ses disciples l'altèrent trouver el lui dirent : Ce lieu est désert, et l'heure du repas est déjà passée ; renvoyez ce peuple, afin qu'il s'en aille dans les bourgades acheter de quoi manger. Jésus leur répondit : Il n'est pas nécessaire que ces peuples s'en aillent, donnez leur vous-mêmes à manger. Là dessus il dit à Philippe : D'où achèterons-nous du pain, pour que ce monde puisse manger? Or il di&ait cela pour le tenter, car il savait bien ce qu'il roulait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait du pain pour deux cents deniers, cela ne suffirait pas pour en donner un peu à chacun. Un de ses disciples, qui était André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? Jésus leur dit : Faites-les asseoir. Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu- là, et il y eut environ cinq mille hommes qui s'assirenl. Jésus prit donc les pains, puis les ayant bénits, il les fil distribuer à ceux qui étaient assis. On leur donna de même des deux poissons, autant qu'ils en voulurent. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, afin qu'ils ne se perdent pas. Ils les ramassèrent, et remplirent douze paniers des morceaux de ces cinq pains d'orge, qui étaient restés après que tous eurent mangé. Or ceux qui mangèrent de ces pains étaient au nombre d'environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Ces hounies ayant vu le miracle que Jésus venait de faire, disaient : C'est vraiment là le prophète qui doit venir dans le monde Mais Jésus sachant qu'ils devaient venir pour le prendre el pour le faire roi, s'enfuit et se relira encore seul sur une iiitutagne (Jean, VI, 1 15; Manh , XIV, 1Ô--21; tàtt>;, VI, 31-44; Luc, IX, 10-17).
Apiè^ avoir rapporté le miracle de celte prodigieuse multiplication du pain, il faut remarquer avec l'évangéliste saint Jean, qu'il se (il d;ms un temps qui n 'et ail guère éloigné de la fête de Pâques. Aussi dit il au f . 4 : Eralaulem proximnm Pascha, dies festus Judœorum. La pâque de> Juifs tomba cet e année vers le 25 de mars; ce prodige put donc se faire les premiers jours du même mois Ainsi j'ai u«i raison de dire, «pie la mort de Jean Baptiste arriva en février, ei même vers la (in de ce mois, auquel tombait la naissance d'Hérode Amipas.
i 179 CONFIRMATION DE Ï/HÏSTOIKE EVANGÊUQIJE
usa
Jésus marche sur la mer de Galilée.
Incontinent après ce miracle si éclatant, les apôtres vinrent trouver Jésus-Christ, et il leur dit qu'ils eussent à se moitié dans une barque, et à passer avant lui à l'autre bord du lac vers Belbsaïde, pendant qu'il renverrait le peuple, ul prœccdereni eum tram frelum ad Belhsuïdam, dum ipse dimitteret populum. C'est révangéliste saint Marc qui écrit ces paroles, et eu parlant de la sorte, il est visible qu'il distingue la ville de Bethsaïde, qui élait au deçà du lac dans la terre de Génésareth, d'avec le bourg du même nom, qui était au delà du même lac, et qui avait donné ce nom au dé-erl où Jésus-Christ avait fait le miracle dis cinq pains et des deux poissons. Cela se confirme par le v. 53, où il est dit qu'ils vinrent en effet à la terre de Génésareth, après avoir pas>é le lac, et qu'ils y abordèrent, et cum tr ans frétassent, venerunl in terrain Génésareth et applicuerunt. Jésus leur avait dit de passer le lac et d'aller à Bethsaïde: ils passent le lac et abordent au pays de Génésarelb; Beibsaïde élait donc de ce côté-là, comme l'ont marqué toutes les caries et tous ceux qui ont visiié les lieux saints. Cela est si vrai , que Eainl Jean du que les peuples voyant qu'il n'éiait plus au désert, où il avait fait ce prodige, se mirent aussi dans des barques, et vinrent le cbereber du eôié de Capharnaùin. C'est donc une chose constante, que la ville de Bethsaïde, d'où étaient quebjues-uns des apôtres, était située au deçà du lac vers la côte de Capharnuùm; car tout le rivage depuis celte ville jusqu'à celle de Belbsaïde semble avoir porté ce nom.
Comme le Sauveur avait commandé à ses apôtres , d'aller avant lui à Beibsaïde de l'autre côté du lac, saint Jean, qui décrit exactement ce fait, dit que, sur le soir, c ut sero faclum est,* ses disciples descendirent au tord de la mer, et montèrent sur une barque pour passer au delà, vers Capliamaùm. Or il était déjà nuit, et Jésus n'était pas encore venu à eux. Cependant la mer commençait à grossir, à cause d'un grand vent qui soufflait. Et comme Us eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades (e'esi-à dire près d'une lieue et demie) ils aperçurent Jésus qui marchait sur la mer , et qui était proche de leur barque; et ils furent saisis de frayeur Mais il leur dit : C'est moi , ne craignez point. Saint Matthieu dit que ce fut à la quatrième veille de la nuit que Jésus vint à eux; il était donc plus de trois heures après minuit : et il ajoute que saint Pierre voyant que c'était Jésus, lui répondit : Seigneur, si c'est vous, commandez que j'aille à vous sur les eaux. Jésus lui dit : Venez. El Pierre descendant de la barque marchait sur l'eau pour aller à Jésus. Mais voyant que le vent était trop grand , il eut peur, et commençant déjà à enfoncer, il s'écria en disant : Seigneur, sauvezmoi. El aussitôt Jésus étendant sa main le prit et lui dit : Homme de pe'i de foi, pourquoi avez-vous douté? Et étant montés dans la barque, le vent cessa. Alors ceux qui y étaient s'approchèrent de lui et l'adorèrent, eu disant : Vous ête.% vraiment Fils de Dieu. Saint Jean
dit que Jésus ne fut pas plutôt monté dans la barque , qu'elle aborda à la terre où ils voulaient aller, et slatim navis fuit ad terrant, in quant ibanl ; c'était la terre de Génésarelb, où élait Belbsaïde (Jean, VI, 16-21; Matlh. XIV, 22 53; Marc, VI 45-52).
Comme le Fils de Dieu ne s'était mis sur mer que durant la nuit, les peuples croyaient qu'il élait encore au désert de Bethsaïde, où ils le cherchaient; car n'ayant point vu d'autre barque que celle où s'étaient mis les disciples, et sachant que le Seigneur n'y était point entré, ils s'imaginaient qu'il était demeuré de l'autre côté de la mer de Galilée. Mais quand ils virent, le lendemain, qu'il n'éaitplus dans ce désert, el que ses disciples s'en. étaient allés, ils se mirent dans des barques qui étaient venues lout récemment de Tibériader, et vinrent à Capliamaùm, cherchant Jésus-Christ. Cependant il élait arrivé à la terre de Génésareth, ayant durant la nuit passé l'eau avec ses disciples. Quand on sut qu'il élait là auprès de Bethsuïde , on envoya des malades de tout le pays d'alentour, qui ne cherchaient seulement qu'à loucher le bord de son vêtement, car tous ceux qui le louchaient élaienl aussitôl guéris. En quelque lieu donc qu'il entrai, soit ville, soit bourg, soit village , ils mettaient leurs malades dans les places sur des liis, afin qu'en louchant ses babils on reçût la guérison , de quelque maladie qu'on fui affligé {Jean, VI, 2224; Malth., XIV, 54-56; Marc, VI, à5-5G).
A Capliamaùm, plusieurs disciples se scandalisent à cause de la chair de Jésus-Christ.
Après que le Seigneur eut prêché assez pou de temps au pays de Génésareth et de Belbsaïde, il vint à Capliamaùm. Les peuples qui l'étaient venu chercher d'au delà du lac, l'ayant enfin rencontré, lui dirent : Maître, quand êles-vous venu ici? Jésus ne leur répondit pas qu'il y était venu après avoir marché sur la mer, mais il leur parla de la sorte ; En vérité, en vérité je vous le dis, vous me cherchez, non tant à cause de mes miracles que vous avez vus, qu'à cause que vous avez mangé des pains , et que vous en avez été rassasiés. Travaillez , non pour une nourriture qui péril, mais pour celle qui sert à la vie étemelle, et que le Fils de l'homme vous donnera; car c'est celui que Dieu le Père a marqué de son sceau , c'est-à-dire de son Esprit-Saint, de sa puissance el de son témoignage ; et c'est ce qui arriva dans son baptême lorsque le Père dit : C'est ici mon Fils bien-aimé , en qui j'ai mis toutes mes complaisances ( Matlh. , 111 , 17).
Ceux à qui Jésus-Christ pariait de la sorte, lui dirent : Que ferons- nous pour opérer des œuvres de Dieu ? Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. Ils lui dirent : Quel est donc le miracle que vous faites , afin qu'en le voyant, nous croyions. Quel prodige opérez-vous? Nos pères ont mangé la manne dans le désert , selon qu'il est écrit : Il leur a donné le pain du ciel à manger.
4ÎS1
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
(Ps. LXXVII, 24). Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis , ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel , mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du cieL Car '.e pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel , et qui donne la vie au monde. Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous toujours de ce pain. Jésus leur répondit : Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n'aura point de faim ; et celui qui croit en moi n'aura jamais de soif. Mais je vous l'ai déjà dit : vous m'avez vu, et cependant vous ne croyez point. Qui que ce soit que mon Père me donne viendra à mai , et celui qui vient à moi je ne le jetterai point dehors. C'est comme s'il disait : Quiconque m'est donné par mon Père en répandant en lui une foi vive et persévérante, ne manquera pas de venir à rfioi par cette même foi ; et celui qui viendra à moi de la sorte, je ne le jetterai point dehors, car il sera toujours du nombre de mes disciples et de mes élus. Car je suis descendu du ciel, non pour (aire ma volonté , mais pour accomplir la volonté de celui qui m'a envoyé. Or la volonté de mon Père, qui m'a envoyé , est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés ; mois que je les ressuscite tous au dernier jour. La volonté de mon Père qui m'a envoyé est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ail la vie étemelle, et je le ressusciterai au dernier jour {Jean, VI, 25-40).
Saint Jean l'évangéliste , qui est le seul qui ail rapponéect excellent discours et ces paroles toutes divines et toutes célestes {Jean, Yl, 41), dit que les Juifs se mirent à murmurer contre Jésus , parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel, Ego sum punis vivus qui de cœlo descendi. Ils disaient là-dessus : N'e§t-ce pat là Jésus fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère, comment donc cet homme dit il qu'il est descendu du ciel? Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous. Personne ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé , ne l'attire ( c'est-à-dire par l'attrait intérieur de sa grâce et de son esprit) et je le ressusciterai au dernier jour ; il entend, pour posséder la vie éternelle avec les élus. Jésus continue son discours et leur dit : Il est écrit dans les prophètes ( Isa. , LIV, 15) : Ils seront tous enseignés de Dieu, iErunt omnes docibiles Dci,i ou comme portent le grec et le syriaque, docti Dà, ckôax-rcl to3 ©îov. Quiconque a entendu mon Père (c'est-à-dire sa voix intérieure son inspiration et sa grâce) et a été enseigné de lui , vient à moi ; il vent dire, par la foi intérieure, vive et opérante qu'il lui a inspirée; car ce sont ceux qui ont reçu cette loi , qui sont véritablement enseignés de Dieu. Ce n'est pas, dit Jésus-Christ , qu'aucun homme ail vu le Père , si ce n'est celui qui est venu de Dieu ; car c'est celui là qui a vu le Père. En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le aêsert , et ils sont morts. Voici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en manae ne meure point, c'est-à-dire, afin que celui qui mange digne-
ment de ce pain céleste, de ce pain de vie, qui est mon corps et ma chair, ne meure point de la mort éternelle; parce qu'il a dans soi, par ce pair vivant, des arrhes et des semences de l'immortalité. El c'est ce que Je us-Cdirist promet en disant : Je suis le pain vivifiant, qui suis descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain , il vivra éternellement : et le pain que je donnerai pour la vie du monde est ma chair ( Jean, VI, 41-52).
Le Fils de Dieu tenait ce discours dans la synagogue, comme il était à Capïiai naùiu. Le> Juifs qui ne le comprenaient pas, disputaient, dit saint Je;»n, les uns contre les autres . en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? Jésus leur dit : En vérité , en vérité je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est véritablement viande, et mon sang est véritablement breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang , demeure en moi et moi en lui. Comme mou Père qui est vivant m'a envoyé, je vis aussi pour mon Père, et celui qui me mange vivra pour moi. C'est ici le Pain qui est descendu du ciel. Ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée, et néanmoins ils sont morts. Celui qui mange de ce pain vivra éternellement. Ce fut en enseignant dans la synagogue à Capharnaûm , que Jésus dit ces choses, « llœc dixil m synagoga docens in Capharnaûm (Jean, VI, 53 GO).
L'évangéliste saint Jean , qui a é(é inspiré de rapporter au long toute celte admirable doctrine , écrit que plusieurs des disciples du Seigneur , c'est-à-dire plusieurs de ce grand nombre de disciples qui avaient cru en lui et qui l'avaient même suivi , ayant entendu ce discours , dirent : Ces paroles sont bien dures, Durus est hic sermo , et quis potest eum audire? et qui peut les entendre ? Il ne faut pas s'étonner si des Juifs charnels et qui ne savaient encore rien alors du sacrement du corps et du sang de Jésus*Chri>l , parce qu'il ne fut institué qu'un an après ce discours, dirent que ces paroles étaient dures ; puisque des chrétiens qui savent ses mystères, et qui n'ignorent pas la tradition des églises qui les ont expliquées , disent encore aujourd'hui : Durus est hic sermo , et quis potest eum audire? Non-seulement ils disent que ce discours est dur, mais ils s'en scandalisent, connue ces faibles disciples , ils s'en vont même en arrière , et ne marchent plus avec Jésus-Christ, pai ce qu'ils ne sont plus dans son Eglise. Que ceux donc qui y sont , et qui trouvent que ces paroles, Ma chair est véritablement viande, et mon sang véritablement breuvage, non-seulement ne sont pas dures , mais môme qu'elles sont pleines de bonté et de consolation , rendent au Seigneur avec humilité des actions de grâces , en reconnaissant devant lui que la foi et l'obéissance à sa parole est un don de Dieu, et qu'il n'en accorde l'intelligence qu'à celui qu'il lui plaît. Mais revenons à la suite de i\ -Ue Evangile.
Jésus-Christ connaissant en lui-même [apud $e>
uielipsum ) que ses disciples murmuraient sur cela, leur dit : Cela' vous scandalise- t-il? Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de C homme monter où il était auparavant? C 'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert aérien, c'e-4-à-dire quand elle est sépaiée de Tes prit et de la divinité de Jésus-Christ ; mais quand elle est reçue avec l'esprit de la grâce ei de la charité, alor* celte divine chair est toute vivifiante aussi bien <|Ue l'esprit. Les paroles que je viens de vous dire sont esprit et vie (il entend à ceux qui les croient d'une fui vive et animée). Mais, dit le Sauveur, il y en a quel ques uns d'entie vous qui ne croient pus Cur Jé*us savuit dès le commencement qui étaient ceux qui ne nouaient point , et qui était celui qui lt devait trahir. lu il leur disait : Ctst pour cela que je vous ai du que personne ne peut venir à moi , s'il ne lui est donné par mou Père Ueniarquez les paroles suivante*: Dès lors, dit l'évangéliste, plusieurs de ses disciples retournèrent en arrière , i ubierum rétro, > et ils n'avaient plus avec lui ; c'est qu'ils n'avaient reçu qu'une foi faible et passagère du Père céleste ; ils n'avaient pas été donnés de lui pour toujours à Jésus-Chjist; c'est pourquoi il» le quittèrent et retournèrent en arrière. Par où nous apprenons qu'une foi vive , stable et persévérante est un grand don de Dieu.
Quand le Seigneur , qui avait prévu toutes ces choses, vit ces lâches disciples se retirer de lui, il dit aux d«»uze apôtres : Et vous autres , ne voulez-vous point aussi vous en aller, t Nunquid et vos vuliis ubire ?» Simon Pierre lui répondit : Seigneur , à qui irionsnous ? vnus avez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, et nous avons connu que vous êtes le Christ et /.- Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Ne vous ai je pas choisis vous douze, et néanmoins un de vous est un démon. Jldisait cela de Judas Iscariole, /ils de Simon; car c'était lui qui le devait trahir, bien qu'il fût l'un des douze (Jean, VI, G 1-74).
Qui des chrétiens ne sera dans la crainte et le tremblement, après une déclaration si terrible delà Vérité même. Jésus-Christ choisit douze apôtres parmi le grand nombre de ses disciples, et il ne les choisit apparemment que par la prééminence de leur foi et de leur vertu ; à peine ont ils porté deux mois cette qualité, qu'un d'entre eux est nommé démon, et ex vobis unus diubolus est. Après cela, qui ne tremblera de crainte, quelque ju-ie qu'il soit, puisqu'il voit un poire choisi par le Seigneur , mm seulement è re un réprouvé, mais même devenir un démon, c'est a dire, un homme cous miné en mal ce et en perfidie.
Seconde pâque. — Du ministère de Jésus Christ. J'ai déjà remarqué comme une chose importante , ^uc quand Jésus Christ lit au désert de Belhsaïde le miracle des cinq pains , la fèie de Pâques était assez proche ; car saint Jean l'évangélisle, en rappariant ce prodige, dit ces paroles : Erat antem prvximum Pastha, (lies festus Judœorum ( Jean, VI, 4). Celte grande solennité d<s Juifs n'était donc pas alors beaucoup éloignée , ci ai s' je crois (pie ce célèbre miracle se lii vers le commencement du mois de mars. Le len-
HISTOIRE EV ANGÉLIQUE |î?4
demain le Fils de Dieu marcha sur les eaux de la mer d«« Galilée, et s'en vint avec ses disciples qui étaient dans une barque au pays de Génésareth et de Belli saïde , où il fut peu de temps prêchant l'Evangile et donnant la sanlé aux mal. .des. Enlin il se r< ndit à Cap ariiaùm, où il lit dans une synagogue l'excellent discours que je v.eus de rapporter.
Je tiens pour certain que de la il alla à Jéru a'em à la lète de Pàque , qui émit tome proi lie, ei qu'il y alla avec ses disciples. Car si Jo eph et Maiie se rend dent tous les ans à (elle solen ié. ibant par en tes ejus per omîtes annos in Jérusalem, in de solemni Paschœ; que ne doit -on pas croiie de Jésus-Christ, qui dédire qu'il e*t venu aceninp ir la loi, car c'était là une des plus grandes obs r vaines de tome la loi de Moïse. Il s'est noue trouvé dans îa \ille sainte à citte lète solennelle, qui tombait celte année vers le 25 du mois de mars. Au re le il n'y esl allé que pour obéir à la loi, et pour rendre à son Père céleste, dans son sanctuaire, les devoirs de son amour et «le sa piété. Car enlin nous ne lisons point dans au un des quatre évangélisles, qu'il y ail rien dil ou rien fait d'extraordinaire. Il faut d ne se tenir là dessus dans le silence à l'exemple des div> nés Ecritures, et ne rien diie, ni invenier sur des conjectures.
Les disciples rompent des épis le jour du sabbat. Comme Jésus-Christ, selon toutes les apparences, retournait de Jérusalem en Gali ée, ses di ciples qui raccompagnaient s'arrêtèrent un j ur de sabbat à rompre des épis, pane qu'il* avaient faim Voici ce que saint Luc écrit là dessus : Il arriva qu'un jour de sabbat, appelé second-premier ( en grec deu éro-prote àevïeeônfoi-to;)) Jésus passant le long des blés, ses disciples se mirent à rompre des épis et à les manger, en les froissant entre leurs mains : Factum esl autan in sabba o s cundo-p tmo, cum transirel per sala, vellebant discipuli ejus spieas, et mandneabunt con\ricaives manibus. Sainl Matthieu et saint Marc, qui rapportent tous deux ce même fait, ne parlent point de ce sabbat ileuiéro-piote ou second premier; ils disent simplement que Jésus marchant le lo g des blés, per sala, le jour du sabbat, ses disciples commencèrent à rompre des épis.
11 esl assez difficile de dire au vrai ce que c'était que ce sabbat, qui esl appelé dans l'original de saint Luc càeêarov Sivrepànf wrov , et dans la Vuigale, subbaium secundo prtmum. Cependant le savant Scaliger semble l'avoir si bien expliqué, que son opin on, quoique tout le monde ne l'ail pas suivie, me paraît, la plus reeevable. Pour bien entendre l'interprétation qu'il en a donnée, il faut savoir que, selon l'ordonnance de la loi de Moïse, les Juifs ne manquaient pas de célébrer la pâqueau soir du quatorzième jour du premier mois lunaire, qu'ils appelaient nisan. Le quinzième du même mois était la fête des Azymes ou des painssans levain, qui était très-solennelle. El enlin le lendemain, qui était le seizième, la loi voulait qu'on offrît au Seigneur, dans le sanctuaire, une gerbe d'épis des premiers blés qu'on pourrait trouver ( Lévit.t
XXIII, 10, il). Ce seizième jour est appelé dans le texte hébreu mochorath sabbath, c'est à-dire craslina subbati, ou altéra sabbati : dans la version des Septante, h crr«0ptov rus np&mti craslina dies a prima Azymorum, le lendemain d'après le premier j >ur des Azymes (Lév ,U, l/>. j«.tf« Scpf.); <>u bien * èiravpt©« rwv B«ee*Twv,cras«'na *«^^^f/, <>u sabbatorum. Eiilin dans les Antiquités de Josèphe, ce même jour est appelé ^ feuripx twv àçO/xwv, secunda Azymorum. Depuis ce second jour des Azymes, qui était toujours le seiz ème du mois de irisait, Ton comptait selon la loi sept semaines entières, septem hebdomadas plenas; et le lendemain d'après ces sept semaines, qui élaii le cinquantième jour, c'était la fête delà Pentecôte. Pendant toutes ces semaines, qui étaient entre le premier jour des Azymes et la fêle de la Pentecôte, et qui Taisaient quarante-neuf jours, Ton faisait la moisson dans toute la Judée, et ainsi on la commençait le seizième du mois de nisan, ou le second jour des azymes, après qu'on avait offert au Seigneur la gerbe des prémices ou des premiers blés.
Or pour revenir à notre difficulté, le premier sabbat, ou le premier jour de samedi, qui venait après le second jour des azymes, c'est-à-dire après le seizième du mois de nisan, était celui que saint Luc nomme en grec deutero-prole, et que nuis appelons second-premier. Et comme l'on voit, il est appelé ainsi, parce que c'est le premier sabbat depuis le second des Azymes. Ce second jour desAzymesétail nommé par les Grecs Ssvrlpa r&v «gù/tuv, secunda azymorum, ou Ssurlpa t»3î 7rpâ>Tvj?, secunda post primant azymorum; ils ont donc appelé le premier sabbat d'après Swrtpiwcwtov, quasi, ùnà Scurlpaî tt^ûtov, a secunda Azymorum primum. Cette explication me paraît d'autant plu> vraisemblable que, comme remarque le même Scaliger les Juifs encore aujourd'hui appellent ce sabbat en langue hébraïque sabbath rison mimmachoralh, ffocêëâTov TcpwTo* a7tô t$s SsuTéfccs, id est, sabbatum a secunda primum. Ils ont raison de lui donner ce nom : car puisque la loi ordonne qu'on comptera sept semaines entières, ànà t>5s Seu-rifas, a secunda die Azymorum, le sabbat de la première semaine a pu être nommé fcurspàizpmov, et en latin, secundo-pritnum; quasi a secundo die Azymorum primum.
Or en ce sabbat il y avait toujours du b!é mûr dans dans la Judée, et principalement de l'orge, puisqu'on était obligé d'en offrir au Seigneur dès le second jour des Azymes, comme je l'ai expliqué. Les disciples de Jésus-Christ pouvaient donc bien trouver alors dans la campagne des épis de blé pour s'en rassasier. Au teste cela put arriver vers le 3 d'avril , si Pàque fut celle année-là vers le 25 mars; et ainsi c'était un jour ou deux après les azymes. El il y a bien de l'apparence que le Sauveur s'en retournait alors de Jérusalem en Galilée. Aussi saint Jean ( YH, 1) a-t-il remarqué que Jésus Christ demeurait dans celle province, et qu'il ne voulait point paraître dans la Judée, von enim volebal inJudœam, eu, comme porte le grec, in Judœa, ambulare : parce que les grands de Jç-
rusaient avaient dé à comploté de le faire mou ir. Comme donc le F Is de Dieu s'en retournait , ses disciples marchant le long des liés au jour du sabbat, qui suivait le second de> Azyme*, ?e mil eut à rompre des épis pour apaiser leur latin. Alors quelques m. s des pharisiens leur dirent : Pourquoi fait s vous ce qu'il n'est pas permis de faire au jour du subbul ? Jésut leur répondit en leur disant : S'aiez v< us \as lu ce Que fil David, lorsque lui et ceux qui f accompagnaient furent pressés de la faim ? comment il entra dans la maison de Dieu, y pr<t les pains de proposition, eu mangea et en donna a ceux qui étaient avec lui ; quoiqu'il i,e fut permis qu'aux prêtres seuls d^en manger. Sainl Marc « x plique ce (ail plus clairement : car il dit que i avid entra dans la maison de Dieu, c'e.-t-à dire dans le parvis du tabernacle, du temps du giand pi eue Abialhar. sub Abiatfiar principe sacerdotum,el qu'il mai gea les pains de proposition, qui lui furent dom é^ alors, parce qu'il ne s'en trouva point d'auires ( Mure , II, 26).
Cette histoire des pains sacrés que mangea David et ceux de sa suite, esi couchée au premier livre des llois ; mais il est dit que ce fui le prêtre Acbin élet b qui lui donna ces pains, qui avaient été exposés devant le Seigneur ( / Rois, XXI, I et suiv. ). O.i rép nd à cela qu'Achimélech avait aussi le nom d'Abiathar, comme on l'u.fère de quelques autres endroits de l'Ecriture; ainsi il n'y a point de ditiicullé. Au reste tout cela se pa>sa à Noué, ville sacerdotale de la tribu de Benjamin, située sur le chemin qui conduisait de Jérusalem au ponde Juppé. Le tabernacle, que les évangélistes appellent la maison du Seigneur, était alors en ce lieu là ; et pour l'arche d'alliance, elle reposait dans la ville de Cariaihianm, chez Abiuadab;et celle-ci n'élaii pas beaucoup éloignée de l'autie. Voilà l'éclaircissement de cette difficulté.
Après la réponse que Jésus-Christ venait de faire aux pharisiens, et qui semblait leur devoir fermer la bouche, il leur dit t-n<-ore : A' Vives vous point lu dam la loi qu'au jour du sabbat les prêtres violent le sabbat dans le temple, et néanmoins ils ne sont point coupables? Or je vous dis que celui qui est ici, est plus grand qut le temple Si vous saviez bien ce que veut dire : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice, vous n'auriez pas condamné des innocents Et il leur dit encore : Le sub' bal a été fait pour l'homme, et non l'homme pour U sabbat ; c'est pourquoi le Fils de l'homme est le maître même du sabbat (Luc, VI, 1-5; Matlh., XII, 1-3 ; Marc, II, 23-28 ).
Un homme est guéri qui avait la main sèche.
Après que Jésos-Chrisl eut ainsi confondu les plia* risiens, saint Matthieu dit qu'il partit de là cl qu'il cuira dans une de leurs synagogues, cum inde transit' sel, verni in synagogam eorum. Sur ces paroles, je suis porté à croire que Jc^us pouvait être encore v rs les confins de la Judée, quand ses disciples rompirent des épis de blé, et qu'il passa aussitôt dans la Galilée. Quoi «ju'il en soit, ce fut un autre jour de sabbat,
CONFIUVIATïON DE L'
in alio sabbato, comme parle saint Luc, qu'il enlra dans celle synagogue pour y annoncer sa doctrine. H s'y trouva un homme doni la main droite était sèche, cl menais ejus dextra erat arida. Or les docteurs de la loi et les pharisiens l'observaient, pour voir sil guérirait cet homme le jour du sabbat, car ils ne cherchaient qu'un sujet de l'accuser. Comme il connaissait leurs pensées, et qu'ils l'avaient même interrogé, s'il était permis de guérir au jour du sabbat, il leur ré^ pondit : Qui esl celui d'entre vous qui ayant une brebis qui vienne à tomber dans une fosse le jojtr du sabbat, n'ait pas soin de la prendre pour l'en retirer? Ur combien un homme esl il plus excellent qu'une brebis? Il est donc permis de faire du bien le jour du sabbat. Alors, dit saint Marc, les regardant avec une espèce d'indignation, circumspiciens eus cuni ira, et étant affligé de l'aveuglement de leur cœur, il dit à cet homme: Etendez votre main; et l'ayant étendue, elle devint saine comme l'autre [Mallh. , XII, U-15; Marc, 111, 1- 5; Luc, VI, b-10).
Les pharisiens, joints aux hérodiens, cherchent à perdre Jésus-Christ.
Ceux de la secte des pharisiens, du nombre desquels étaient les docteurs de la loi, regardant ce que le Seigneur venait de faire, et comme une espèce d'tn.-ulte, et comme un violentent du sabbat, en pensèrent perdre l'esprit, repleli sunt insipientia ( Luc, VI, 11 ), tani ils étaient enragés contre lui. Etant donc sortis de la synagogue, ils tinrent tous ensemble conseil, cherchant des moyens de le perdre; et comme ils n'avaient pas d'autorité pour cela, ils gagnèrent des officiers ou des gens de la cour d'ilérode Antipas, que saint Marc appelle des hérodiens, herodianos, pour conspirer ensemble à sa perle.
On a beaucoup cherché ce que c'était que ces hérodiens, et l'on a dit assez de choses là-dessus qui ne me paraissent nullement vraisemblables. La version syriaque les appelle des gens de la maison d'ilérode, de domo Herodis, cl j'entre aisément dans ce sentiment; car les officiers ou courtisans d'Hérodc le Téirarque, sachant bien que leur prince n'aimait pas tous ces concours de peuple qui se faisaient autour de Jésus-ChriSl, pouvaient bien penser à prendre contre lui des mesures avec les pharisiens. El en cela paraît la rage de ceux ci : car plusieurs ont cru que ces hérodiens étaient d'une autre secte, c'est-à-dire de celle des saducéens, à laquelle penchaient les plus puissants des .Juifs; et cependant les pharisiens, qui ne les pouvaient souffrir, conviennent avec eux cl délibèrent sur les moyens de perdre le Sauveur. Mais Jésus sachant qu'ils avaient conspiré contre lui, se relira de ce lieu-là, qui éiait peut-être vers la ville de Sephoris.oùse tenait ordinairement la cour d'ilérode le téirarque. En elfet il semble, pour éviter leur fureur, qu'il aiia vers le pays de Capharnaiim , comme on le verra par la suite.
S'élaol donc retiré vers la mer de Galilée , une multitude de peuple le suivit, cl les ayant tous guéris, il leur commanda de ne le point manifester, prœ-
HISTOIRE ÊVANGÉL1QUE nss
cepit eis ne manifeslum eum facerent. Ces paroles font croire qu'il s'était retiré dans quelque lieu désert et écarté; car il aimait mieux ces retraites que non pas le tumulte des villes. Et saint Matthieu dit qu'il en usait :>insi, afin que ces paroles du prophète Isaïe (/s., XI.I1, i et suiv.) lussent accomplies: Voici mon serviteur que j'ai élu ; mon bien-aimé , ians lequel j'ai mis toutes mes complaisances. Je répandrai sur lui mon Esprit, et il annoncera ta justice aux nations. Il ne sera point contentieux et ne criera point, et personne n'entendra sa voix dans les places publiques. Il ne brisera point le roseau à demi cassé, et il n'achèvera point d'éteindre la mèche qui esl encore fumante, jusqu'à ce qu'il vienne rendre son jugement, oh il sera victorieux. C'est à peu près comme s'il disait : Il ne traitera pas le monde avec rigueur, car il esl plein de douceur et de miséricorde ; et celte bénignité durera jusqu'à ce qu'il vienne prononcer ce dernier jugement, où il sera terrible et victorieux de tousses ennemis (Matth., XI, 21). Maintenant toutes les nations espéreront en sou nom, in nomine ejus génies spembunl; parce qu'il n'y en a point d'autre par lequel elles puissent être sauvées [Matth., XII, 14 21 ; Marc, 111, b).
Il guérit un possédé qui était aveugle et muet.
Ce fut en ce même lieu, où il s'était retiré pour se soustraire aux embûches des pharisiens, des docteurs de la loi et des hérod.ens, qu'il guérit un homme possédé du démon, qui était outre cela aveugle et muet. Alors, dit saint Matthieu, on lui présenta un homme possédé du démon, qui était encore aveugle et muel9 il le guérit de telle sorte, qu'il parlait et voyait. Tous les peuples en étaient dans l'élonnemenl et disaient : N'estce pas lui qui esl le Fils de David ? c'est-à-dire, N'estce pas lui le Messie, qui doit venir du sang de David? Les pharisiens, qui le suivaient partout pour observer ses actions, disaient au contraire: Cet homme ne chasse les dénions qu'au nom de Béclzêbutk, prince des démons. Mais Jésus connaissant leurs pensées, leur dit: Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit , et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne subsistera point. Si Satan chasse Satan, il esl divisé contre soimême ; comment donc son royaume pourru-i-il subsister? El si c'est par BéeUébnlh que je chasse les démons; vos enfants, par qui les chusseni-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.
Il ne pas le pas ici des apôtres, comme quelquesuns l'ont cru, car les pharisiens les accusaient aussi bien que lui de ne point faire de miracles qu'au nom du démon et du prince des dénions. II entend donc les exorcistes des Juifs, dont plusieurs étaient de la secte des pharisiens, Ie>quels en ce temps-là chassaient les démons par l'invocation du Très-Haut et du Tout-Puissant, Altissimi et Omnipolentis invocations, dit saint Irénée(/mi., / 11, c. 5); et ce saint Pèreassure qu'encore de son temps les Juifs chassaient par là les dénions, Judœi usque nunc hac ipsa advocatione deemo* nés effugant. C'éiait au nom du Dieu tout-puissant et du Très-Haut que Jésus guérissait aussi les possèdes.
n89 PAR LA ROMAINE
C'est pourquoi il ajoute : Que si je chasse tes démons par l'Esprit de Dieu, le royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous; comme s'il disait, C'est ce royaume que je vous annonce et que je confirme par tant de miracles; il est venu jusqu'à vous, et vous ne voulez pas le recevoir. Le Fils de Dieu, après leur avoir dit plusieurs choses qu'il avait déjà prononcées en d'autres occasions, et que j'ai rapportées ailleurs, leur parle avec force : Race de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses étant méchants comme vous êtes ; car la bouche parle de l'abondance du cœur. L'homme de bien tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur; et le méchant en tire de mauvaises de son mauvais trésor. Or je vous dis que les hommes rendront compte au jour du jugement de toutes les paroles inutiles qu'Us auront dites. Car vous serez justifiés par vos paroles, et vous serez condamnés par vos paroles (Matth. , XII , 22-57).
L'on demande un prodige à Jésus Christ.
Alors, dit encore saint Matthieu, quelques-uns des docteurs de la loi et des pharisiens lui dirent : Maître , nous voudrions bien voir quelques prodiges de vous. Il répondit en leur disant : Celte race méchante et adultérine demande un prodige,el on ne lui donnera point d'autre signe que celui du prophète Jonas. Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un monstre marin, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Les Ninivites s'élèveront au jour du jugement contre celte race et ils la condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas: cependant celui-ci est plus grand que Jonas. La reine du midi s'élèvera au jour du jugement contre celte race et la condamnera, parce quelle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomont et néanmoins celui-ci est bien plus grand que Salomon (Marc, XII, 58-42).
Il laut ici remarquer deux choses. La première , que ce n'a point été une baleine qui a englouti le prophète Jonas, mais quelque grand poisson, piscis grandis, comme il est appelé au chapitre II du même prophèle (Jonas, II, 1), c'est-à-dire, un monstre marin. Ceux qui ont exactement traité de la nature des poissons assurent que la baleine a le gosier trop étroit , quelque monstrueuse qu'elle soil, pour pouvoir dévorer un homme tout entier. Les plus savants jugent donc que Jonas a été englouti par le chien marin, appelé carcharias ou lamie; car il a le gosier si ouvert , qu'on lui a trouvé dans le ventre des hommes entiers ftt même armés de cuirasses. La seconde chose qu'il faut observer, est que celle que Jésus-Christ appelle ici la reine du midi, était reine de Saba (/// Rois,\, \, 2; Parai, IX, 1), non dans l'Ethiopie, comme ont cru quelques-uns, mais de Saba vers les contins de l'Arabie heureuse, et par conséquent vers le midi. Ce pays est nommé par les Arabes Jeman ou Aljeman avec l'article, c'est-à-dire midi. Comme donc cette reine était sortie des extrémités de l'Arabie, en tirant vers l'Océan et vers le midi, il ne faut pas s'étonner S. S. XXVII.
si le Seigneur dit qu'elle est venue, a finibus terne. pour enie;idre*la sagesse de Silomon.
Après ces réponses pleines de sagesse que Jé-ms- Christ (il à ces méchants et à ces hypocrites, qui le voulaient tenter, il continua à dire: Lorsque l'esprit impur est sorli d'un homme, il s'en va dans les lieux déserts, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alun il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorli ; et revenant il la trouve vide, nettoyée et ornée. Aussitôt il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui et entrant dedans , ils habitent là, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Il en arrivera de même à celte race méchante. Lorsqu'il parlait ainsi au peuple, et selon toutes les apparences dans la ville de Capharnaùm, où il avait une demeure, saint Matthieu dit (Matth. , XII, AQ) que sa mère et s^s frères étaient dehors, siabant foris, (car le Sauveur était alors dans une maison) qui cherchaient à lui parter. Or quelqu'un lui dit : Voilà voire mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. Mais il répondit à celui qui lui parlait: Qui est ma mère et qui sont mes frères? El étendant sa main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère (Matth. , XI, 43-50).
Jésus instruit les peuples par des paraboles. Le même jour que le Fils de Dieu répondit aux pharisiens avec tant de force et tant de sagesse, S. Matthieu dit qu'il sortit de la maison, qui était apparemment celle où il demeurait à Capharnaùm, et qu'étant sorti il s'assit auprès de la mer, c'est-à-dire de la mer de Galilée, In illo die, exiens Jésus de domo, sedebal secus mare. Il est donc constant qu'après son voyage de Jérusalem, où il était allé à la fêle de Pâques , il retourna au pays maritime de Capharnaùm, où il semblait avoir toute sûreté. Il faut ici se souvenir qu'environ deux mois avant d'aller à cette solennité, Jésus-Christ prêcha le royaume de Dieu aux vilies qui étaient vers le torrent de Cison, sur lequel était celle de Naùn, et aux autres de la basse Galilée, en approchant de Tibériade.
Ce fut ce semble dans celte course où il fit tant de miracles, qu'il guérit quelques femmes riches et de qualité; car les unes furent délivrées des esprits malins, et les autres de quelques autres maladies ou infirmités. Saint Luc qui nous apprend ces choses (Luc, VIII, 2, 3), écrit que Marie, surnommée Madeleine, dont sept démons étaient sortis, se trouvait du nombre de ces femmes. Avec elle il compte une nommée Jeanne, épouse de Chuza, intendant de la maison d'Hérode Anlipas; il met encore Suzanne et plusieurs autres qu'il ne nomme point, mais qui assistaient Jésus-Christ de leurs biens, quœ ministrabant ei de facullalibus suis. Ces femmes charitables qui avaient cru en Jésus- Christ, et qui joignaient à leur foi une reconnaissance tendre et affectueuse, se mirent à le suivre en ce temps-ci, lorsqu'il alla prêcher tout de nouveau par les villes et les bourgs de la Galilée, accompagné de ses a poires.
[Trente-huit.)
f ïOt CONFIRMATION DE 1/fIlSTOIRE ÉVANGÊLïQUE
Mais avant qu'il laissât le pays de Capharnaûm, leur di(-il ( Luc, VIII, H
comme il était sur le rivage de la mer de Génésarelh ou de Tibériade, voyant qu'il y avait, autour de lui une grande foule de peuples qui élaient venus là des villes et des bourgades, il entra dans une barque. Et p'é'. an l assis, pendant que les peuples se tenaient sur le bord du lac, il commença à les enseigner par des paraboles , ce qui était assez ordinaire parmi les peuples de la Syrie et de la Palestine.
Parabole de la semence.
ïl leur proposa donc d'abord celle de la semence , en disant : Celui qui sème s'en alla semer son grain ; et en semant, une partie de la semence tomba le long du chemin où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur des pierres, et ayant levé, elle sécha aussitôt, parce qu'elle n'avait point d'humidité. Une autre tomba parmi les épines, et les épines croissant avec elle l'étou/J'èrent. Une autre parlie tomba clans de bonne terre, et étant levée, elle rapporta jusqu'au centuple, t et ortum fecit centuplum;t car c'est comme parle S. Luc {Luc, VIII, 8).L'évangéliste S Matthieu, qui raconte la même parabole, dit que des grains de la semence qui élaient tombés sur une bonne terre, les uns rapportèrent cent, les antres soixante, et les autres trente pour un,t et dabanl fruclum, atiud centesimum,aliud sexagesimum, aliud trigesimumt (Matlh. XI», 8).
Lorsque Jésus fut en particulier , cum esset singul<nis (Marc, IV, 10), les apôtres qui l'accompagnaient lui dirent : Pourquoi parlez-vous aux peuples en paraboles? Il leur répondit : Cest qu'il vous a été donné à vous autres de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour eux , ils n'ont pas reçu ce don. Car celui quia déjà, on lui donnera encore et il sera comblé de biens : mais pour celui qui n'a point, on lui ôlera même ce qu'il a. C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant, ils ne voient point , et qu'en écoutant ils n'entendent ni ne comprennent point. Et celte prophétie dlsaie (ls., VI, 9, 10) s'accomplit en eux : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n'entendrez point : vous verrez de vos yeux , et en voyant vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple s'est appesanti ; ils ont peine à entendre de leurs oreilles , ils ont fermé leurs yeux ; de peur que leurs yeux ne voient , que leurs vreilles n'entendent , que leur cœur ne comprenne , et qu'étant convertis , je ne les guérisse. Mais pour vous autres , vos yeux sont heureux de ce qu'ils voient et vos oreilles de ce qu'elles entendent ; car je vous dis en vérité que beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité de voir ce que vous voyez , et ils ne l'ont pas vu ; et d'entendre ce que vous entendez , et ils ne l'ont pas entendu.
Apres que Jésus-Christ eut fait comprendre à ses apôtres jusqu'où allait l'aveuglement de l'esprit des Juifs et l'endurcissement de leur cœur, puis qu'après avoir vu tant de miracles et entendu tant de saints discours ils ne croyaient point en lui, il leur expliqua la parabole qu'il avait proposée au peuple : Voici ,
le sens de cette parabole :
La semence, c'est la parole de Dieu, tSen.en estverbum Dei. » Ce qui tombe le long du chemin , ce sont ceux qui écoutent la parole, mais le diable vient ensuite, qui l'enlève de leur cœur, de peur qu'en croyant ils ne soient sauvés. Ce oui tombe parmi les pierres , ce sont ceux qui écoutent la parole et qui la reçoivent avec joie , mais ils n'ont point de racine : ils croient pour un temps , et ils se retirent lorsque la tentation est venue. Ou bien, comme dit saint Matthieu, lorsqu'ils sont traversés et persécutés à cause de la parole, ils en prennent aussitôt un sujet de scandale. Ce qui tombe parmi les épines, ce sont ceux qui ont écouté la parole ; mais elle est étouffée en eux par les soins qu'ils ont , p:>r les richesses et par les plaisirs de celle vie, et ils ne portent point de fruit. Enfin ce qui ton.be dans la bonne terre, ce sont ceux qui ayant écoulé la parole avec un cœur bon el droit, la retiennent en eux-mêmes et portent du fruit dans la patience, el fruclum affenmt in patientia (Luc, VIII, 15). 11 veut dire que la parole fructifie en eux ; non-seulement parce qu'ils souffrent toutes choses avec courage et avec patience pour la foi qu'ils ont en cette parole ; mais encore parce qu'ils attendent avec humilité et avec une ferme espérance la pluie de la grâce, qui leur est nécessaire pour porter du fruit. Au reste, quand saint Matthieu dit que celui qui reçoit la semence dans une bonne lerre, porte du fruit jusqu'à cent , jusqu'à soixante et jusqu'à trente pour un , saint Jérôme explique cela de trois divers étals. Il dit ( Hier on., lib. I, contra Jovinian.) que les gens mariés ne rapportent que trente, triginla referunlur ad nupiias : que les veuves Jouirent soixante , soxaginla vero ad viduas : mais que les vierges chrétiennes vont jusqu'à cent; aussi ont-elles dans le ciel une plus riche couronne , porro cenlesimus numerns exprimit virginilalis coronam (Luc, VIII, 4-15; Matlh., XIII, 2-25 ; Marc, IV, 1-20).
Parabole de l'ivraie.
Une autre fois le Fils de Dieu proposa aux peuples une autre parabole et leur dit : Le royaume du ciel est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Mais pendant que les hommes dor* niaient , son ennemi vint et sema de l'ivraie parmi le blé et s'en alla. L'herbe ayant poussé , et même fait du fruit, l'ivraie commença aussi à paraître. Alors les serviteurs du père de famille lui vinrent dire : Seigneur , naviez-vous pas semé de bon grain dans votre champ, d'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Il leur répondit, C'est un ennemi qui a](ail cela. Ses serviteurs lui dirent: Voulez-vous que nous allions l'arracher ? El il leur répondit : Non, de peur que cueillant l'ivraie vous n'arrachiez en même temps le blé. Laissez-les croître ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson , je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l'ivraie el liezla en bottes pour la brûler; mais pour le blé, amassez U dans mon grenier (Matlh., XIII, 24-30).
Parabole du grain de sénevé el du levain.
Il semble que ce fut le même jour nue Jésus-Chrisl
leur proposa celte parabole, et quelques autres qui
suivent. U leur dit donc, après avoir uni celle de l'ivraie ( Malth. , XIII , 51 ) : Le royaume du ciel est semblable à un grain de sénevé, grano sinapis , c'est-àdire à un grain de moutarde, qu'un homme prend et semé dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais quand il est crû , il est plus grand que tous les autres légumes et devient un arbre, desorteque les oiseaux du ciel viennent se reposer sur m branches. Il leur ditencore une autre parabole : Le royaume </» ciel est semblabHe au levain qu'une femme prend et met dans trois mesures de farine jusqu'à ce que la pâte soit toute levée,
Jésus dit tout cela au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, c'est-à-dire qu'il ne 1er parlait presque plus sans y mêler ces sortes de similitndes. L'évangéliste dit que Jésus faisait cela abn qnecelte parole du prophète fût accomplie ( Psalm., LXXVil, 2) : J'ouvrirai ma bouche pour dire des paraboles ;je publierai des choses qui ont été cachées depuis lu création du monde (Malth., Xill, 31-35).
Après que le Sauveur eut fini ces discours , il renv ya le peuple qui l'avait écoulé, et vint à la maison, venii in domum. Il paraît donc que c'était toujours sur le bord de la mer de Galilée, et proche de Capharnaiiai qu'il publiait celte céleste doctrine. Quand il y lut arrivé, ses discipless'approchantde lui, lui dirent: Expliquez-nous la parabole de l'ivraie semée dans un champ. 11 leur répondit en disant : Celui qui sème le bon grain , c'est le Fils de l'homme ; le champ, c'est le monde ; le bon grain , ce sont les enfants du royaume 'r et l'ivraie, ce sont les enfants du malin esprit; car c'est ainsi que porte le grec, L'ennemi qui l'a semée, c'est le diable; le temps de la moisson, c'est la fin du monde; et les moissonneurs, ce sont les anges. Comme donc on ramasse l'ivraie et qu'on la brûle dans le feu ; il en arrivera de même à la (in du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges et ils ramasseront de sonroyaume tous les hommes scandaleux et ceux qui commettent l'iniquité, et Us les jetteront dans la fournaise du feu. Il y aura là des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Matin., XIII, 36-45).
Autres paraboles.
Pour les paraboles suivantes, il semble que le Fils de Dieu ne les proposa qu'à ses disciples, étant avec eux dans la maison. Il leur dit donc : Le royaume du ciel est semblable à un trésor caché dans un champ, qu'un homme cache après l'avoir trouvé ; et, dans la joie où il est, il s'en va, il vend tout ce qu'il a et achète ce champ. Le royaume du ciel est encore semblable à un marchand qui cherche de belles perles , et quand il en a trouvé une d'un grand prix, il s'en va, il vend (oui ce qu'il a, et puis il l'achète.
Le royaume du ciel est encore semblable à un filet jeté dans la mer, qui a pris toutes sortes de poissons ; et, lorsqu'il a été plein, on Ca lire sur le bord ; puis, s' étant assis, on a mis tous les bons dans des vaisseaux, et pour les mauvais on les a jetés dehors.
r LA MJDAIQLE» t'ôl
C'est, continue Jésu>-Christ, ce qui arrivera à la fin du monde. Les anges iront et sépareront les méchants du milieu des justes, et ils les jetteront dans la fournaise du feu. Il y aura là des pleurs et des grincement* de dents.
Après tous ces discours , le Fils de Dieu demanda à ses disciples : Avez-vous bien entendu tout ceci? Oui, lui dirent-ils; puis il ajouta : C'est pourquoi tout docleur qui sait le royaume du ciel est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et antiques (Malth., XI!I , 44-52). 11 veut dire qu'un docteur qui fait profession de savoir ce qui concerne le royaume du ciel, c'est-à-dire l'Eglise et sa doctrine, par laquelle on entre dans le royaume du ciel , doit être rempli de la sagesse de l'une et l'autre loi , de l'ancienne et de la nouvelle, afin délirer de soimême, comme d'un trésor, toutes sortes d'instructions et d'enseignements.
Jésus va au delà du lac de Gênêsarelh. Saint Marc nous apprend qu'après que le Fils de Dieu eut fini toutes ces paraboles, il dit à ses disci pies, sur le soir du même jour : Passons de l'autre côté du lac : El ail illis in die illa, cum sero esset fuctnm,Transeamus contra. Saint Luc dit : Transfretemus tram stagnum, Passons à l'autre bord du lac, c'esi àdire du lac de Génésareth. Mais avant qu'ils passassent, un docteur de la loi Rapprochant, lui dit : Maître, je vous suivrai en quelque lieu que vous alliez. Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils <;e l'homme n'a pas où reposer sa tête. Un antre de ses disciples lui dit : Seigneur, permettez moi, avanl do vous suivre , d'aller ensevelir mon père. Mais Jé^us lui dit : Suivez-moi et laissez les morts ensevelir leurs morts, dimille morluos sepelirc morluos suos (Malth., Mil, 19-22).
Jésus-Christ, après avoir donné au peuple tant d'instructions salutaires, auprès de la ville de Capliarnaum, enlra aussitôt dans une barque avec ses disciples, pour passer le lac. Saint Marc dit qu'après que ses disciples eurent congédié le peuple, ils le prirent comme il était et le firent entrer dans la barque : Di mi tt entes turbam assumunt eum, ita ut erat, in navi : c'est-à-dire que, sans rentrer dans la ville, ni pour se reposer ni pour pourvoir à leurs besoins, ils se mirent dans la b..rque, qui lut suivie de quelques nacelles. Aussitôt qu'ils y furent entrés un grand tourbillon de vent excita une lempête, qui jetait les flots dans la barque, en sorte qu'elle s'emplissaii d'eau. Il était cependant sur la poupe, où il dormait sur un oreiller. Ils le réveillèrent et lui dirent : Maître, ne vous mettez -vous point en peine de ce que nous allons périr? Alors, s'étant éveillé, il parla au vent avec menaces, et à la mer, disant : Cesse de souffler, et toi, deviens calme. Et le vent cessa, et il se fit un grand c;»l»ne. Alors il leur dit : Pourquoi êtes-Vuns >-i timides? JN'avez vous point encore de foi ? Ils furent saisis d'une grande cramle, et ils se disaient l'un à l'autre : Quel pensez-vous que soit cet homme? car
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les vents et la mer Jui obéissent ( Marc , IV, 55-40; J/atf/t.,VM, 23-27; £uc, VIII, 22-25).
■icsus chasseune légion de démons gui entrent dans des pourceaux.
Après que celle bourrasque fut apaisée, Jésus- Christ et ses disciples passèrent tranquillement la mer de Tibériade et vinrent aborder au pays des Géraséniens, qui est vis-à-vis de la Galilée : et navigaverunt ad regionem Cerasenorum quœ est contra Galilœam , à l'opposile de la basse Galilée ei de la ville de Tibériade. Dans l'original de sainl Luc il est dit qu'ils abordèrent au pays des Gadaréniens , ih r-hv yûfM T<»>>r«Sapy]vwv, in regionem Gadarenorum. Au contraire, sainl Matthieu , qui rapporte la même histoire, dit dans le texte grec, qu'ils arrivèrent au pays des Gergéséniens, in regionem twv repycavjvwv, Gergesenorum. Voilà, sur le même fait, trois noms de pays assez différents qui ont exercé l'espiit des critiques et des interprètes. Il y en a qui se sont imaginé qu'il y avait quelques fautes dans celle diversité; mais je suis persuadé qu'ils se trompent; il n'y a point d'erreur, ni dans le texte grec ni dans la Vulgate.
Pour le faire voir clairement, on n'a qu'à se souvenir que saint Matthieu, ayant écrit son Evangile en hébreu ou plutôt en chaldaïque, n'a pu appeler ce pays où Jésus est abordé que le pays des Gergéséens, comme ils sont nommés dans le texte hébreu en bien des endroits {Genès.,X, 16, et XV,21 et alibi), et même dans l'Evangile hébreu qui reste aujourd'hui, quoique ce ne soit pas l'original de ce saint apôtre. Ceux donc qui , dès les premiers temps de l'Eglise, ont traduit en grec l'hébreu de sainl Matthieu, n'ont pu faire autrement, pour traduire fidèlement leur original, que de mettre fa regionem Gergesœorum ou , selon l'usage des Grecs, Gergesenorum, twv Tepyevriv&v. Cela est si \rai, que dans sainl Marc, qui n'a fait presque qu'abréger saint Matthieu, on lisait autrefois, dans les meilleurs exemplaires, comme le témoigne Théophylaete, twv re/svïîrjvwv , Gergesenorum, ainsi que dans ce premier évangélisle; el il y a même encore quelques manuscrits qui portent celte leçon , qui semble être la plus véritable. Or, comme il n'y avait plus de ville du nom de Gergesa , parce qu'elle avait élé effacée , pour ainsi parler, par celle de Gérasa, bâtie par les Syriens tout proche de l'autre, qui n'était plus qu'un village du temps des apôtres, celui qui a traduit en latin l'ancienne Vulgate a mis partout le nom deGéraséniens, pris de la ville de Gérasa, qui était possédée par les Grecs de Syrie; et nous voyons que, dès le premier siècle de l'Eglise, on n'appelait l'ancienne région des Gergéséniens que le pays des Gérasicns, et Josèphe (lib. Il Bell. Jud., cap. 35, gr.) ne les nomme point autrement. Celui qui a donc traduit la Vulgate ne pouvait pas mieux faire que de mettre partout, regionem Cerasenorum , au lieu de Gergesenorum, qui n'était plus en usage.
Quant à saint Luc, qui était syrien d'Aniioche et qui a écrit en grec et pour les Grecs, il ne pouvait
HISTOIRE ÉYANGÉLIQUE j*96
pas se mieux faire entendre qu'en disant que Jésus et ses disciples étaient descendus au pays des Gadaréniens, in regionem rûv raSap^wv, Cadarenorum; car la ville de Gadara, qui était fort connue des Grecs syromacédoniens el qu'on regardait comme une des principales du Décapoli, était proche des Gergéséniens, el je suis même persuadé que ceux-ci étaient alors île son territoire et de sa dépendance; car le grand Pompée ayant ordonné qu'on la rebâtît en faveur de son affranchi Démélrius {Jos ,1. \,Bell. «/«</. ,c. 5), qui élaii de celte ville et qui pouvait toul sur son esprit, parce qu'elle avait été détruite auparavant par un roi des Juifs, après dix mois de siège, lui accorda beaucoup de privilèges et amplifia le territoire qui en dépendait. Ainsi le pays des Gergéséniens (ou Géraséniens) était soumis à ceux de Gadara. Saint Luc a donc eu raison d'écrire que Jésus prit terre au pays des Gadaréniens, qui était un pays des Grecs syriens, et si connu aux Grecs pour qui il écrivait. Les évangélistes et ceux qui les ont anciennement traduits ne se sont donc point trompés en écrivant, comme ils ont fait, en quelqu'une de ces trois manières ; ce sont les critiques qui se trompent eux-mêmes très-souvent quand ils se donnent la liberté de reprendre des textes qu'ils devraient plutôt, tâcher de mettre d'accord en les interprétant bénignement.
Le Fils de Dieu étant donc abordé au pays des Géraséniens, il ne fut pas plutôt descendu de la barque^ qu'il se présenta à lui un homme possédé de l'esprit impur, sortant des sépulcres, où il faisait sa demeure ordinaire, et personne ne le pouvait tenir enchaîné; car ayant souvent été lié de chaînes et ayant eu les fers aux pieds, il avait rompu ses chaînes el brisé ses fers, et personne ne le pouvait dompter; il demeurait jour et nuit sur les montagnes et dans les sépulcres , jetant des cris et se meurtrissant lui-même avec des pierres : damans et concidens se lapidibus. En sorte, dit sainl Matthieu, que personne ne pouvait passer par ce chemin là. Ayant donc vu Jésus de loin, il courut à lui et l'adora; puis, jetant un grand cri, il lui dit : Qu'y a t-il entre vous et moi, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je vous conjure par le nom de Dieu de ne me point tourmenter. Car Jésus lui disait : Esprit impur, sors de cet homme. Et il lui demandait : Comment l'appelles-tu ? A quoi il répondit : Je m'appelle Légion, Legio, grec >sye<5>v, mihi nomen esi, parce que nous sommes plusieurs. Et il le priait avec instance qu'il ne les chassât point hors de ce payslà. Sainl Luc ajoute : et qu'il ne leur commandât point de se jeter dans l'abîme. Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient le long de la montagne, et ces esprits impurs le suppliaient en lui disant : Envoyez-nous à ces pourceaux, afin que nous y entrions. Jésus le leur permit incontinent ; et alors ces esprits impurs sortant, c'est-à-dire du possédé, entrèrent dans ces pourceaux; et tout le troupeau, qui était environ de deux mille, courut avec impétuosité se précipiter dans la mer, et ils y furent noyés.
Sainl Marc, quejf suis dans celte narration si extraordinaire, parce qu'il l'a écrite avec plus d'étendue,
iiS7 PAU LA UOMAINE
ajoute que ceux qui paissaient ces pourceaux s'enfuirent et le vinrent publier dans la ville, c'est à-dire dans Cérasa, et dans les villages; plusieurs sortirent pour voir ce tjui était arrivé; et étant venus à Jésus, ils virent celui qui avait été tourmenté des démons, assis (saint Luc dit à ses pieds : ad pecles ejus), habillé et en son bon sens, ce qui les remplit de crainte. Et ceux qui avaient vu ce qui était arrivé à l'homme possédé et aux pourceaux le leur racontèrent. Alors ils commencèrent à le prier de sortir de leur pays. Saint Luc dit que c'était tout le peuple de la terre des Géraséniens, regionis Gerasenorum, ou, comme le porte le grec, des Gadaréniens, Gadarenorum. Comme il rentrait dans la barque, celui qui avait été possédé le supplia de lui permettre de rester avec lui ; mais Jésus le lui refusa et lui dit : Allez vousen chez vous , voyez vos proches et annoncez-leur les grandes grâces que le Seigneur vous a faites, et comme il vous a fait miséricorde. Il s'en alla et commença à publier dans le Décapoli les grandes grâces qu'il avait reçues de Jésus ; et tous en étaient dans l'admiration { Marc, V, 1-20 ; Matlh., Vlll, 28-3 i ; Luc, Yllï, 26-39).
Avant de passer outre dans l'histoire évangélique, il faut lever ici quelques diflicullés qui se rencontrent dans cette narration. La première est de savoir pourquoi S. Marc et S. Luc ne parlent que d'un possédé, puisque S. Matthieu en compte deux. S. Augustin (Lib. II de Consens. Evang.) répond fort bien, que c'est parce qu'il y en avait un qui était bien plus célèbre que l'autre, et dont la violence et la malice était plus connue. Et c'était sans doute celui dans lequel était la légion de démons; et c'est aussi celui qui demeura as>is aux pieds de Jésus, et qui voulut le suivre, s'il n'en avait éié empêché.
La seconde consiste en ce que quelques interprètes ont cru que ces pourceaux appartenaient aux Juifs. Mais je crois que ces interprètes se trompent. Qu'on lise toutes les anciennes Ecritures, où il est parlé des troupeaux et du bétail qu'avaient les Juifs, jamais il n'y est fait mention de pourceaux. Ils en avaient même tant d'horreur qu'à peine osaient-ils, non plus qu'aujourd'hui, prononcer le nom de cet animal, qu'ils regardaient comme le plus impur de tous. Aussi Porphyre qui avait demeuré à Tyr en Phénicie, et qui peut-être était originaire de la Batanée au delà du Jourdain, assure-t-il (lib.de Abstin. animal.) qu'on ne voyait point de pourceaux dans toute la Judée. Ainsi je suis persuadé que ces deux mille pourceaux appartenaient aux habitants de Gérasa et des villages voisins. Or les Géraséniens étaient grecs syriens , et par conséquent gentils comme ceux de Gadara; et c'est ce qu'on voit par l'histoire de Josèphe au livre II de la Guerre des Juifs ( cap. 33 et 55). Ils avaient donc des pourceaux, et pour s'en nourrir et pour en vendre aux soldats romains, qui étaient en ces pays là.
La troisième difficulté est de savoir comment Jésus- Clnisi allait chez ces Géraséniens annoncer l'Evangile, puisqu'il n'allait point le prêcher aux gentils,
El LA JUDAÏQUE. im
mais seulement aux enfants d'Israël. Il est aisé dé répondre que, bien que les Géraséniens fussent Grec* Syriens, néanmoins il y avait plusieurs Juifs parmi eux, et je suis trompé si celui qui fut guéri n'était pas de ce nombre. Ce qu'il y a de certain, est que les Géraséniens avaient beaucoup d'humanité pour les Juifs qui habitaient avec eux, comme l'écrit Josèphe dans le lieu que je viens de citer. Et par là ils méritaient d'être délivrés de ces démons violents, qui leur faisaient tant de mal, puisque personne n'osait approcher du lieu où ils étaient.
Enfin l'on demande comment cet homme délivré des démons pouvait prêcher celte merveille que Jésus venait de faire, dans le Décapoli ou dans le pays des dix villes; car le Décapoli, comme il paraî*. par un endroit de S. Marc (VII, 31), n'était pas au delà du lac de Génésareth , mais ce semble au deçà , vers Tyr et Sidon. La réponse ne souffre encore nulle difficulté; car bien qu'une partie du Décapoli fût ver» Sidon et les sources du Jourdain , néanmoins la partie la plus considérable était vers Gadara, au delà du lac de Génésareth, ou proche du lac. On trouvait dans celte contrée les villes de Scylhopoli, un peu au deçà du Jourdain; puis llippos, vers le ha» du lac; un peu plus haut, Gadara et Pella; et enfin Philadelphie, parmi les montagnes de Galaad. Ces cinq villes appartenaient aux Grecs de Syrie, et selon Pline ( lib. V, cap. 18) même faisaient une partie du Décapoli. Comme donc elles n'étaient pas éloignées Tune de l'autre de plus de dix ou douze lieues, cet homme délivré de tant de démons, qui l'avaient rendu célèbre, put aisément annoncer dans ces villes, où il y avait plusieurs Juifs , mêlés avec les gentils , les grandes merveilles que Jésus avait faites en lui. Jésus vient à Nazareth pour la troisième fois.
Comme le Fils de Dieu, en quittant le pays marilime de Caj harnaùm, où il avait proposé aux peuples tant de paraboles, avait dessein d'aller annonce? le royaume de Dieu aux Juifs de la haute Galilée et de la Traconile, l'on peut dire qu'il n'alla presque au pays des Géraséniens, que pour délivrer ces deux possédés , et principalement celui qui était lourmcn'.é par la légion de démons. Car il fallait que par un miracle si prodigieux, et qui se fit avec tant d'éclat, son nom fût connu et des Juifs et des gentils, du Décapoli. Aussi voyons-nous qu'après qu'il l'eut fait, il remonta dans sa barque pour revenir au deçà du lac. Il ne fut pas plutôt de retour, qu'il se résolut d'aller encore une fois en son pays, c'est à-dire à la ville de Nazareth , pour y répandre la parole de vie, quoiqu'elle eût déjà été si mal reçue de ses habitants.
C'est saint Matthieu qui nous apprend ce voyage dî Nazareth, qu'il est important de savoir et de reniaiquer. Il dit qu'il le fit après avoir prononcé les paraboles qu'il avait dites à Capharnaùm sur le bord du lac. Voici ses paroles : El factum est, cum consummc.ssct Jésus parabolas istas , transiit inde; et veniens in pa'.riam suhm docebal eos, etc. Quand ce saint évan ■
{jôlisie écrit qu'il partît de là, trânsiil inde, et veniens m patriam sitam, il n'a pas voulu dire, qu'eu quittant le paysdeCapliarnaûm, il était allé immédiatement
de là visiter sa pairie. Car saint Marc (IV, v. 35 et seqq., et VI, v. \) nous apprend que le soir du même jour que Jésus acheva ses paraboles, il se mil sur le l.»c avec ses disciples, apaisa la tempête d'un seul commandement, aborda au pays des Géraséniens , chassa la légion de démons , et retourna incontinent au deçà du lac. Il est donc manifeste que Jésus n'alla cette fois-ci àNazareih, qu'aptes avoir été au pays des Gergéséniens, ou plutôt des Géraséniens. D'où il faut conclure que saint Matthieu a parlé par anticipation au chapitre Vil!, et de la tempête calmée par sa parole, et du voyage chez les Géraséniens. Ces sortes d'anticipations ou de rendements dans les narrations ne sont point extraordinaires chez les évangéiistes; et ceux qui n'en voudraient point reconnaître, ne pourraient jamais suivre le fil de leur his'oirc, ni les mettre d'accord. El c'est aussi ce qu'ont reconnu ceux qui ont entrepris de les concilier par des concordes, qui sont en assez grand nombre. Je reviens au voyage de Nazareth, qui est confirmé par saint Marc.
Le Sauveur des hommes et le Messie d'Israël élanl venu en son pays, in patriam suam, ou à Nazareth , p ur la troisième fois depuis le cours de son mi nistère, et y étant venu avec ses disciples, ce saint évangélisie dit qu'il commença à enseigner dans la synagogue un jour de sabbat. Plusieurs de ceux qui i'écoutaient admiraient sa doctrine, admirabantur in doctrina ejiis, et disaient : OU cet homme a-t-il appris toutes ces choses ? Quelle est celte sagesse qui lui a été donnée ? El d'où viennent ces miracles qui se font par ses mains ? N'est-ce pas là ce charpentier, Nonne hic rst faber, gr. à téxtwv, ce fils de Marie, qui est frère de Jacques, de Joseph (qui dans le grec est appelé José) de Jude et de Simon? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ?
Nous voyons par ce.3 paroles de saint Marc, que les Juifs appelaient Jésus-Christ, le frère de Jacques, de Joseph, ou José, de Jude et de Simon, parce qu'il était , comme j'ai déjà dit, leur cousin germain du côté des deux sœurs. Car Marie, surnommée Cléophé, qui était sœur, ou peut-être belle-sœur de la sainte Vierge, comme nous l'apprenons de Tévangélisle saint Jean au chapitre XIX, 25, semble avoir eu successivement deux maris. Le premier fut Alphée, qui fut père de Jacques le mineur , apôlrc et évêque de Jérusalem, et de Joseph ou José, qui peut être celui qui est appelé Barsabas dans les Actes (1,23). Son second mari fut Clopas ou Cléophas, qui eut pour fi!s Jude l'apôtre, qui a écrit l'Epttre Catholique , et Simon ou Siméon, qui a été deuxième évêque de Jérusalem. Voilà les quatre cousins germains, consobrini, de Jésus-Christ, et lotis quatre étaient frères utérins, mais (ils de deux pères. Ils avaient apparemment dis gœurs, qni éiaient pareillement cousines de Jé^us, et (uii sont ici appelées les sœurs. Comme ceux de Na-
zareth connaissaient la famille de Jésus Christ, qui n'était pas grand' chose selon les hommes, l'évangéliste dil qu'ils se scandalisaient à son sujet, et scandalizabanlur in illo. Mais Jésus leur dit : Un prophète n'est sa7is honneur que dans son pays, dans sa maison et parmi ses parents. Et il ne put faire là aucun miracle, c'est-à dire qu'il ne voulut pas : il y guérit seulement peu de malades en leur imposant les mains ; de sotte qu'il était étonné de leur incrédulité. Et il allait enseignanldansles bourgades d'alentour {Marc, VI, 1-6; Matth., XIII, 55-58).
Les apôtres vont prêcher deux à deux.
Pendant que le Fils de Dieu était encore dans le voisinage de Nazareth, et par conséquent non loin de Séphoris, où liérode Antipas faisait sa résidence ordinaire , il appela ses douze apôtres , et commença à les envoyer deux à deux , et cœpit eos mitlere binos. Et en les envoyant , il leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les infirmités; puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu , et rendre la santé aux malades. Et il leur commanda de ne porter en chemin qu'un bâlon seulement, nisi virgani lanlum, et de n'avoir si sac, ni pain, ni argent dans leur bourse; mais d'être chaussés de sandales, sed cal cealos sandaliis, et de n'avoir pas deux robes. Et il leur disait : En quelque maison que vous entriez, d meurez-y , jusqu'à ce que vous sortiez du lieu où vo; s serez. Et quiconque ne voudra ni vous recevoir, ni vous entendre, sortant de là, secouez la poussière de vos pieds, pour être un témoignage contre eux. S'en allant donc, S. Luc dit par les bourgades , per caslella, gr. x«xà t«î KÔi/xv.q, ce qui veut dire proprement un bourg, ou une petite ville, ils prêchaient qu'on fit pénitence. Ils chassaient beaucoup de démons ; ils oignaient d'huile plusieurs malades, et leur donnaient la santé (Marc, VI, 7-13; Luc, IX, 1-6).
Voilà la deuxième fois que Jésus-Christ a envoyé ses apôtres prêcher la pénitence et le royaume de Dieu, séparément de lui. Car il leur avait déjà commandé vers le commencement de cette année, c'està-dire peu de temps après leur élection, d'aller annoncer l'Evangile dans les villes et bourgades de la basse Galilée.
Hérode te tétrarque apprend les miracles que faisait Jésus-Christ.
Saint Matthieu après avoir parlé du voyage que le Sauveur fit à Nazareth, dit : En ce temps-là , in illo len pore, Hérode le tétrarque entendit beaucoup parler de Jésus. El S. Marc dit que son nom devint alors fort célèbre, manifestum enim est nomen ejus. Il n'est nullement étrange que le nom du Fils de Dieu soit venu en ces temps-ci à la connaissance d'Hérode Antipas, prince de la Galilée; mais il est fort étonnant qu'il n'ait pas plus tôt été connu de lui. El les interprètes se tourmentent pour savoir d'où il s'est pu faire que ce prince ait, été si longtemps sans avoir ouï parler d'un homme dont le nom était si fameux, depuis plus d'un an. Pcul être n'auraient ils nas éii
si embarrassés, s'ils avaient bien pris garde à ce qui se passait alors dans la Galilée.
J'ai montré ci-devant qu'IIérode le télrarque dédia* il Tibère Auguste la célèbre ville de Tibériade, sur le lac de Génésarelh, vers les premiers mois de Tannée précédente, qui était le 27 de Père commune; et qu'ensuite il dédia à Livie, mère de cet empereur, la ville de Liviade dans la Péiée, au delà du Jourdain. Etant là il fit arrêter S. Jean Baptiste, et le constitua prisonnier au château de iMaquéronle, qui n'était pas loin de là. Ce prince qui outre cela avait récemment épousé Ilérodiade, qui captivait alors son esprit et son cœur, passa loule celle année dans des réjouissances publiques , ne pensant à aulre chose qu'à prendre ses plaisirs. Il put bien durant ces divertissements entendre parler de Jésus-Christ, je n'en doute nullement ; mais cela lui passa aisément de l'esprit, étant occupé à toutes autres choses. Il resta à Maquéronte, au delà du Jourdain, les premiers mois de l'année où nous sommes; il y solennisa par un grand fe>lin et par de nouveaux plaisirs le jour de sa naissance, vers la fin de lévrier, si je ne me trompe; et le même jour il fil couper la tête à saint Jean-Baptiste. Ce prince était donc dans la Péiée, au château de Maquéronte, c'est-à-dire bien loin de Galilée, avant la fêle de Pâques. Mais après qu'il l'eut solennisée à Jérusalem, car il affectait de garder la loi de Moïse , il y a apparence qu'il retourna en sa létrarchie de Galilée, dont il y avait près d'un an qu'il était absent. Il résidait avec sa cour dans la ville deSépboris, qu'il avait rétablie cl fortifiée, et qui était la capitale de ses Etals.
Comme donc Jésus-Christ prêchait en ce temps-ci, c'est-à-dire vers le mois de mai , autant qu'on le peut conjecturer, dans les environs de Nazareth, qui était tout proche Séphoris , où résidait llérode le télrarque, les évangélisles ont eu raison de dire qu'il entendit beaucoup parler de Jésus : Audiv'ii lierodes tetrarcha omnia quœ fiebant ab eo , le bruit de son nom et de ses miracles vint à ses oreilles, et on en parla beaucoup à sa cour. Peut-être même qu'on s'en entretint d'autant plus volontiers, qu'on voyait Jeanne, qui était l'épouse de Chuza, intendant de la maison d'IIcrodc, et quelques autres femmes riches, qui suivaient le Seigneur, el qui l'assistaient de leurs biens, parte qu'elles avaient été délivrées par lui de leurs maladies (Luc, V 1 31, °2, 5). Toutes ces circonstances jointes ensemble donnèrent lieu à llérode et à ses courtisans, de parler de Jésus-Christ , et même d'en disputer.
llérode disait que Jean-Baptiste à qui il avait fait couper la tôle depuis environ deux ou irois «nuis, était ressuscité après sa mort , et que c'était pour cela qu'il se faisait par lui tant de miracles : Dicebat, quia Joann'es Baptisia surrexit a mortuis; et propterea virtules opermitur, gr. !vepyaû<yiv, hi Mo. C'é;ait là le sentiment du prince, qui, étant dans celle opinion, dut se repentir d'avoir, par complaisance pour une dan- - --se , fait niourir un homme si grand cl si saint. Il
y avait de ses counisans qui soutenaient que c'était Elie : Alii autem dicebani, quia Elias est. Et d'autres croyaient que c'était un nouveau prophète, égal aux anciens, c'est-à-dire à Osée, à Amos, à isaïe, à Jéiémie ou à quelque aulre semblable : Alii vero dicebani : Quia prophetaest, quasi nnus ex proplietis. Pour llérode il ne balançait point parmi celte diversité de sentiments; car il disait toujours : Cet homme est Jean à qui j'ai fait trancher la lète, il est ressuscité des morts : Quem ego decollavi Joannem, hic a mortuis resurrexit. Saint Luc dit même qu'il avail envie de le voir, et quœrebat videra eum; mais il n'eut pas ce bonheur, parce qu'il n'en devait pas profiler.
Remarquez ici , s'il vous plaît, la complaisance des courtisans de ce prince. Une infinité de gens croyaient, et dans la Judée, et dans la Galilée, que Jésus était le Messie, le fils de David , le Seigneur qui devait venir; Jean-Bapiiste l'avait déclaré lui-même, les démons le confessaient hautement; il était donc impossible que ce bruit ne se fût pas répandu dans la cour du télrarque , que l'évangélis:e appelle roi , selon l'usage des Juifs; cependant personne d'eux tous n'ose dire que c'esl le Messie; parce que cela aurait donné de la crainte et de l'ombrage h ce \ rince, comme cela en avait donné à son père longtemps auparavant. Aussi le Fils de Dieu ne fut-il point connu de toute cette cour ; car, comme il disait luimôme, son Père céleste ne l'avait alors révélé qu'aux humbles et aux petits. Au reste c'est à l'occasion de ces bruits, qui furent dans la cour d'IIérode, que les évangélisles rapportent la mort de Jean Baptiste, avec toutes ses circonstances; elle était néanmoins arrivée environ trois mois auparavant. Ce qui fait voir manifestement , comme je l'ai déjà dit, qu'ils no suivent pas exactement le (il de l'histoire, usant ci certains faits ou d'anticipations ou de retardement?. (Matth. tX\y,\, 2; Marc, VI, 14-1G; Luc, IX, 7-9. )
Les Pharisiens reprennent les disciples de négliger leurs traditions.
Pendant que le Messie prêchait l'Evangile et la pénitence dans la Galilée, qui était voisine de la Phénicie, quelques docteurs de la loi, avec plusieurs pharisiens, qui étaient arrivés de Jérusalem, vinrent le trouver, et lui dirent : Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens; car ils ne lavent pas leurs mains avant de prendre leur repas. \\s firent ce reproche à Jésus-Chrisl, parce qu'ils avaient vu quelques-uns de ses disciples prendre leur rep;s avec des mains impures , comme parlaient les pharisiens, c'esl-à dire avec des mains qui n'étaient pa; lavées, communibus man'tbus, id est, non lotis manducure panes. Car, ajoute saint Marc, lesphaii siens et tous les Juifs ne mangent point, sans avoi: souvent lavé leurs mains, nisi crebro laveriul manu s , suivant la tradition des anciens ( au lieu de crebro , il y a dans l'original îcuy/t3 , qui en grec signifie h» poignet de la main ou le coude du bras). De sorte fuift
CONFIRMATION DE L'IHSTOIUE ËVANGËLIQUE 1204
q iclqucs savants eslimenl qu'il faut traduire ainsi cel endroit de saint Mare : Les pharisiens et tous les Juifs ne mangent point, sans avoir lavé leurs mains lu^qu'au poignet ou jusqu'au coude. Fit cette interprétation pourrait être véritable , puisque les pharisiens en usaient ainsi , et sans doute que les Juifs affectaient de les imiter. Saint Marc dit encore en parlant d'eux : Et ils ne mangent point lorsqu'ils reviennent des places publiques, sans être lavés. Ils ont encore reçu plusieurs autres choses qu'ils doivent garder , comme de laver les coupes , les pots , les vaistcaux d'airain , et les bois de lit. Voilà les traditions , ou plutôt les coutumes que les anciens pharisiens avaient laissées à leurs sectateurs, et qui étaient alors en usage parmi leurs disciples.
Jésus-Christ voyant donc qu'ils reprenaient, les siens de violer leurs traditions, leur répondit : Pourquoi violez-vous vous-mêmes le commandement de Dieu , pour votre tradition ? Car Dieu a dit : Honorez votre père et votre mère ( Exod. , XX , 12 ; et XXI , 17). Il a Jt encore : Quiconque outragera de paroles son père ou sa mère, soit puni de mort. Et vous dites vous autres : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Tout ce dont je pourrais vous aider est Corban, c'est-à-dire est donné et consacré à Dieu: car c'est le sens de saint Marc , qui paraît obscur dans la Vulgate , mais qui est plus clair dans l'original , OÙ On lit : Kopêx-J , 6 àv e'£ iy.ov â?z\rfrji ,
id est, Deo devolum est, seu conse et aluni , id a quo ex me jnvari posses. Et après cela , lui dit Jésus-Christ , vous ne lui permettrez pas de rien faire à son père et à sa mère , détruisant ainsi le commandement de Dieu , par une tradition que vous avez établie. Et vous fuites plusieurs autres choses semblables. C'était bien confondre les pharisiens , qui par des observances, des usages et des coutumes humaines établies parmi eux, et qu'ils appelaient les traditions de leurs pères , détruisaient quelquefois les préceptes divins et naturels. En voici un exemple que Jésus Christ rapporte, cl que je vais expliquer clairement.
C'était une coutume reçue parmi les Juifs, mais qui venait des pharisiens , que quand un homme voulait donner à Dieu quelque chose de son bien, et qu'il disait en hébreu, Corban, qui veut dire, don fait à Dieu, ou consacré à Dieu, il ne lui était plus permis d'assister de ce bien-là son père et sa mère, quand même ils eussent été dans l'indigence et la pauvreté; c'était là la décision des pharisiens et de leurs; docteurs. Jésus-Christ leur montre qu'ils étaient dans Terreur. Car le commandement d'honorer son père et sa mère, qui est divin et naturel, va nonseulement à les respecter, mais à les assister de ses biens, quand ils en ont besoin ; car le mot d'honorare se prend souvent en ces deux sens dans les Ecritures. Les pharisiens avaient donc tort d'enseigner qu'on pouvait donner au temple un bien dont un père et une mère avaient besoin pour leur subsistance; et qu'il suffisait de dire qu'il était Corban, puur qu'on ne pût plus leur en faire pari, C'est ce
me semble, l'explication la plus naturelle d'un lieu qui paraît assez difficile. Quand le Sauveur les eut ainsi rembarrés il ajouta pour les confondre davantage : Hypocrites que vous êtes , Isaïe a bien prophétisé de vous (lsaïe , XXIX, 13) , quand il a dit : Ce peuple m'honore du bout des lèvres , mais son cœur est bien éloigné de moi. C'tsl en vain qu'ils m'honorent , enseignant une doctrine et des ordonnances qui viennent dit hommes. Puis ayant appelé le peuple, il leur dit : Ecoutez et comprenez ceci : Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche de l'homme qui le rend impur; mais ce qui le rend impur est ce qui sort de sa bouche ( Matin., XV, 1-11; Marc, Vil, 1-16).
Après cela Jésus entra dans une maison, et quand il y fut , ses disciples , parmi lesquels il y avait alors quelques-uns des apôtres, car tous n'étaient pas dispersés , s'approchant lui dirent : Savez-vous que les pharisiens ayant entendu ce que vous venez de diret s'en sont scandalisés ? Il leur répondit : Toute plante qui n'aura point été plantée par mon Père qui est dans le ciel, sera arrachée. Laissez-les, ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; que si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans la fosse. Pierre lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Jésus lui répondit : Et vous autres, vous êtes encore sans en tendement? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche, descend dans le ventre, et est ensuite jeté dans les lieux secrets. Mais ce qui sort de la bouche , part du cœur, et c'est ce qui rend l'homme impur. Car c'est du cœur que procèdent les mauvaises pensées , les homicides , les adultères , les fornications , les larcins, les faux témoignages et les médisances. Ce sont là les choses qui rendent l'homme impur; mais de manger sans se laver les mains , cela ne le rend pas impur (Mallh., XV, 12-20; Marc, VII, 17-23).
La fille de la Chananéenne est guérie.
Le Fils de Dieu avait jusqu'à présent prêché l'Evangile et le royaume de Dieu dans la partie occidentale de la tribu de Zabulon , c'est à-dire dans le pays qui était entre Nazareth et Plolémaïde; car il approchait des côtes de la Phénicie. Saint Matthieu dit qu'éiant parti de là, il s'en alla du côté de Tyr et de Sidon : Et egressus inde Jésus , secessit in partes Tyri et Sidonis. Saint Marc, qui raconte la même chose, dit qu'il alla vers les confins de Tyr et de Sidon, abiit in fines Tyrii et Sidonis. Cela est véritable et conforme au dessein du Sauveur, il voulait annoncer l'Evangile aux peuples d'Israël, qui étaient dans la Galilée; et nous ne voyons pas qu'il l'eût encore prêché dans la tribu d'Aser, qui était proche de celle de Zabulon , et qui confinait avec le pays de Tyr et de Sidon , qui était celui des Phéniciens ou Chananéens. Il entra donc dans cette tribu ; elle était voisine de ces deux grandes villes , qui étaient les deux plus considérables de la Phénicie. Comme il enseignait dans ces quartiers-là , voilà qu'une femme chananéenne, qui était sortie de ces pfl?/s- /À (c'est-à-dire du pays des Phéniciens), commença à crier, en
disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi ; ma fille est misérablement tourmentée du démon. Saint Marc dit expressément que cette femme était gentile et syro-phénicienne, erat mulier genlilis , et syrophœnissa génère : or les Phéniciens de Syrie étaient d'une religion profane, soit qu'ils fussent grecs d'origine, soit qu'ils fussent chananéens. Comme donc cette femme était gentile , elle avait beau crier, Jésus ne lui répondit pas un mot. Alors ses disciples Rapprochant de lui, le priaient , en disant : llenvoyez-la contente , afin qu'elle s'en aille , car elle ne fait que crier après nous. Il leur répondit en ces termes : Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. Mais elle vint à lui, et l'adora, en disant : Seigneur, assistez -moi. Il lui répondit : Il n'est pas juste de prendre le pain des enfants, pour le donner aux chiens. Elle répliqua : Il est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus lui répondit : 0 femme , votre foi est grande , qu'il vous soit fait comme vous le désirez. El sa fille fut guérie à l'heure même (Mall.h., XV, 21-28; Marc, VU, 24-30).
Jésus passe par les confins du Décapoli.
Après que le Fils de Dieu eut prêché durant quelque temps la parole de vie à ceux de la tribu d'Aser, qui était voisine de la Phénicie et des villes de Tyr et de Sidon, un évangélisle dit qu'il quitta ce pays là, et qu'il revint vers la mer de Galilée , après avoir passé par le milieu des confins du Décapoli {Marc, VII, 15) : Et iterum exiens de finibus Tyri, venit per Sidonem ad mare Galilœœ , inter medios fines Decapoleos. Quand la Vulgaledit que Jésus, quittant les confins de Tyr, vint par Sidon, venit per Sidonem, à la mer de Galilée, elle ne veut pas marquer qu'il soit entré dans la ville de Sidon , qui était toute chananéenne et nullement du peuple d'Israël. Mais elle veut dire qu'il passa par les confins de Sidon , après avoir quitté ceux du pays de Tyr. El c'est ce qu'exprime clairement l'original grec, qui porte : El iterum exiens , êx twv épia» Tûpou xaî SiSwvos , e finibus Tyri et Sidonis. Ainsi le Sauveur ayant répandu sa doctrine salutaire dans la tribu d'Aser, au voisinage de ces deux villes phéniciennes, voulut passer par le haut de la tribu de Nephtali , et par la moitié de celle de Manassé,qui était au delà du Jourdain, pour revenir après cette course à la mer de Galilée ou de Tibériade. Or le Seigneur ne pouvait pas accomplir ce deisein sans passer par le milieu des confins du Décapoli, inter medios fines
A£/.a;r<s ).£&>;, DeCapoleOS.
1 J'ai déjà fait voir qu'une partie du pays de Décapoli, c'est-à-dire des dix villes, était auprès du lac de Galilée, en tirant vers les montagnes de Galaad et vers le Jourdain. Il y avait là cinq des dix villes qui composaient ce pays, à savoir : Scylhopoli , Ihppos, Gadara , Pelta et Philadelphie. Mais il y en avait cinq autres, qui étaient au septentrion de la u::c sainte , et vers les montagnes du Liban, ou
vers les sources du Jourdain ; et je crois que ces autres étaient Epiphanie, autrefois dite Etuath; Panéade, qui s'appelait alors Césarée de Philippe, et qui était sous la domination du tél. arque; Clialcis, Abila et Conatha. Toutes ces villes étaient habitées par des Grecs syro-macédoniens, où il ne laissait pas d'y avoir plusieurs Juifs, qui y demeuraient avec eux. Or Jésus-Christ en quittant le pays de Sidon, et voulant passer au haut de la tribu de Nephtali et parla moitié de celle de Manassé, devait passer vers les confins de ces villes que je viens de nommer. Je sais que Pline marque dans le Décapoli quelques antres places que celles que je viens de nommer (Plin., lib Y, cap. 18) ; mais il reconnaît en même temps qu'il y avait là-dessus diversité de sentiment : Deçàpolitana regio, a numéro oppidorum, in quo non omnes eadem observant ; et celui que j'embrasse , tout considéré, m'a paru le plus véritable et le plus conforme au texte évangélique, qui parle des confins du Décapoli, par lesquels le Sauveur a passé.
Un sourd et muet est guéri.
Je viens de montrer par les évangélisles que le Fils de Dieu voulut annoncer le royaume du ciel à ceux du peuple d'Israël, qui habitaient dans les tribus de Zabulon , d'Aser, de Nephtali , et dans une partie de celle de Minasse; ainsi il n'a pu employer moins de deux où trois mois dans celte nouvelle course , qui parait assez grande. El comme j'ai dit qu'il était vers le mois de mai autour de Nazareth ei de Séphoris , quand Ilérode Antipas entendit parler de ses miracles, il n'a pu retourner à la mer de Galilée et au pays de Capharnaûm que vers le mois de juillet. Lorsqu'il y fut de retour , après avoir passé sur les confins du Décapoli , saint Marc dil (pie quelques-uns lui amenèrent un homme sourd et muet, « et adducunt ei surdum et mulum, î et qu'ils le supplièrent de lui imposer les mains. Alors le tirant à l'écart, et hors de la foule du peuple , il lui mit ses doigts dans les oreilles, et loucha sa langue d'un peu de sa salive. El regardant le ciel, il se mil à gémir, puis il dil : « Ephpheta,} c'est-à-dire, Soyez ouvert, i Adaperire. i Et incontinent ses oreilles furent ouvertes, et le lien de sa langue fut délié, el il parlait bien. Il leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait , plus ils le publiaient ; elils disaient en l'admirant : Il a bien fait toutes choses , il a fait entendre les sourds et parler les muets (Marc, VII, 31-37).
Comme le Seigneur était proche la mer de Galilée, où les peuples étaient venus pour entendre sa doctrine sainte , il alla sur une montagne voisine , el il s'y assit, Alors de grandes troupes de peuple le vinrent trouver, ayant avec eux des muets, des aveugles, des boiteux, des estropiés el plusieurs autres semblables ; ils les mirent à ses pieds, el il les guérit. De sorte que les peuples étaient dans l'admiration, voyant que les muets parlaient, que les boiteux marchaient droit, que les aveugles voyaient ; et ils rendaient gloire à'K Dieu d'Israël (Mailhy, XV, 30, 5!).
Quatre mille hommes sont rassasiés de sept pains. Pendant que Jésus-Christ était encore pics du lac de Génésarclh , el selon toutes les apparences vers le pays de Capharnaïun, il appela ses disciples el leur dit : J'ai compassion de ce peuple, parce qiCil y a déjà irois jours qu'ils sont avec moi , el ils n'ont rien à manger, el je ne veux pas les renvoyer sans qu'ils aient mangé , de peur qu'ils ne tombent en défaillance sur les chemins. Ses disciples lui répondirent : Ou trouverionsnous dans le désert autant de pain qu'il faudrait pour rassasier un si grand nombre de personnes? Et Jésus leur dit : Combien avez-vous de pains? Ils lui répondirent, Nous en avons sept et quelques petits poissons. H commanda donc au peuple de s'asseoir sur la terre, et prenant les sept pains avec les poissons , il rendit grâces dessus , c'est-àdire qu'il les bénit , les rompit el les donna à ses disciples, el ses disciples les donnèrent au peuple. Ils en mangèrent tous et furent rassasiés ; el on emporta des morceaux qui restèrent , sept corbeilles pleines. Or il y eut quatre mille hommes qui en mangèrent sans compter les femmes el les enfants ( Mallli , XV, 52-39; Marc, VIII, 1-9).
Il fallait que les peuples eussent une grande ayidué de la doctrine du Sauveur, pour pouvoir être avec lui truis jours sans manger. C'est qu'on était charmé des paroles de vie qui sortaient de sa bouche , et qui émient confirmées et autorisées par tant de prodiges. N'en est-ce pas un bien extraordinaire , de nourrir quatre mille hommes de sept pains et de quelques poissons? Cependant c'est ce que fait Jésus-Christ, et c'est la deuxième fois qu'il fait un semblable miracle ; car il avait déjà une autre fois rassasié cinq mille hommes, de cinq pains d'orge cl de deux poissons {Jean, VI, 9, 10).
Le Sauveur va vers Magédan, au delà du lac.
Après que le Fils de Dieu, en multipliant les sept pains, eut donné à manger à ces quatre mille hommes, il congédia le peuple ; el montant dans une barque, il passa au delà du lac, au pays de Magédan ou Magadan {Mallh., XV, 59) , que les Syriens appelaient peut être Magdala , comme il est porté dans le grec : Dimissa turba , ascendU in naviculam , et venit in fines Magedan , gr. eî$ xà épia MaySa/à , in fines Magdala. Saint Marc écrit que Jésus alla au pays de Dalmauutha , in partes Dalmauulha. Celle diversité qui paraît entre c< s deux évangélistes n'est pas difficile à concilier; car Magedan et Dalmauulha éianl deux petites villes ou bourgades a^sez voisines , el situées entre Juliade et Gérasa, le pays où a la Jésus-Christ était sur les confins de l'une et de l'autre, el au delà du lac de Génésareth.
Quand il fut là , les pharisiens et les saducéens vinrent à lui pour le tenter , el le prièrent de leur faire voir dans le ciel quelque prodige. Mais il leur répondit : Quand le soir est venu, vous dites : il fera beau , parce que le ciel est rouge. Et le matin, vous dites : Nous aurons de ï orage, car le ciel est sombre el rougeâtre. Le grec ajouté : Hypocrites, vous savez bien juger des ap-
ÏOÎKË ÉVAJNGÉLIQUE \±\$
parences du ciel ; et vous ne savez pas reconnaître les temps qui sont marqués, c'est à-dire, par les anciens prophètes , dans lesquels le Messie doit venir. Celte rai* méchante el adultérine demande un prodige, et il ne lui sera point donné d'autre signe que celui du prophète Jonns. El les laissant là, il sentira (Mallh., XVI, 1 4 ; Marc, Y1I1, 10-12).
Jésus revient au deçà du lac vers Bethsaïde.
Le Fils de Dieu ayant laissé ces hypocrites el ces méchants qui le voulaient tenter en lui demandant un prodige dans l'air, rentra dans sa barque , et revint au deçà du lac: Et dimitlens eos, ascendit iierum navim , el abiit trans freiunu Or les disciples avaient oublié de prendre des pains, et ils n'en avaient qu'un seul avec eux dans la barque. Alors il leur don ■ na ces avertissements : Ayez soin de vous bien garder du levain des pharisiens , et du levain dllérode : Videle el cavele a fermento pharisœorum et a feimeno Herodis. Au lieu de du levain d'ilérode, marqué par saint Marc, un autre évangéliste, et qui est saint Matthieu, met du levain des saducéens, < a fermento saducœorum, i ce que je vais bientôt expliquer. Ils pensaient là-dessus , et se disaient l'un à l'autre : C'est parce que nous n'avons point de pain. Ce que Jésus connaissant, leur dit : Pourquoi pensez vous que c'est parce qae vous n'avez point de pain? N'avez vous encore ni esprit ni intelligence ? Votre cœur est il toujours dans l'aveuglement? Aurez-vous toujours des yeux sans voir et des oreilles sans entendre? Ne vous souvenez-vous pas, quand je distribuai cinq pains à cinq mille hommes , combien vous remportâtes de paniers pleins de morceaux? Douze, lui dirent-ils. El quand je distribuai sept pains à quatre mille hommes , combien remportâtes-vous de corbeilles pleines de morceaux ? Et ils lui dirent, Sept. Comment donc ne comprenez-vous pas que je ne vous ai point parlé de pain , quand je vous ai dit : Donnez-vous de garde du levain des pharisiens el des saducéens, cavele a fermento pharisœorum el saducœorum? Alors ils comprirent qu'il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu'on met dans le pain ; mais de la doctrine des pharisiens et des saducéens , sed a doctrina pharisœorum et saducœorum (Marc , VIII , 13-20; Mallh., XVI, 5 12).
Puisque saint Marc appelle le levain dMlérouc, fermenlum Herodis, ce que saint Matthieu nomme le levain des saducéens , fermenlum saducœorum , et que par ce levain Jésus-Christ entendait la doctrine , il y a lieu de croire que la doctrine et l'opipinion d'Hérode , ou au moins de ses courtisans, était à peu près la môme que celle des saducéens, c'est-à-dire, en un mot, qu'ils étaient dans les sentiments de ceux de ceue secte impie , qui étaif ordinairement suivie par les plus grands et les plus puissants de la nation des Juifs (Josèphe, 1. XLI Antiq, , c. 18 ) ; au lieu que les peuples s'étaient attachés à celle des pharisiens. Or les saducéens ne croyaient ni ange ni esprit, ni môme la résurrection des morts '. Saducœi dicunt , c'est ainsi que parlô
saint Luc (Ad.,XXM,8), non esse resurrectionem, me angelum , nec spiritum : mais les pharisiens, qui avaient la science des Ecritures confessaient toutes ces choses , pharisœi aulem ulraque confitenlur. Jorèpite (lib. UBell.jud., c. 12) assure que les saducéens disaient encore que l'âme ne subsistait point après la mort ; et que dans l'autre monde il n'y avait Iii récompense ni punition. Parmi toutes ces opinions .,npieselerronées,ilsne laissaient pas d'observer la loi de Moïse par un esprit de politique, et de punir assez sévèrement ceux qui la transgressaient. Mais pour les iradilions que les pharisiens avaient reçues de leurs pères, il les rejetaient toutes avec mépris, disant qu'il ne fallait recevoir que ce qui était porié dans la loi.
Quand Jésus-Christ dit donc à ses disciples, donnez vous bien de garde du levain d'Hérode , il entend parla, qu'ils prissent garde à ne se laisser point aller, par complaisance pour le létrarque et pour ses courtisans , à la méchante et pernicieuse doctrine des saducéens , qui était reçue à la cour ne ce prince : et en même temps de ne point recevoir indifféremment la doctrine, c'est à-dire les iradiiions des pharisiens, que les hommes avaient inventées. En d'autres endroits, par le levain des pharisiens , il entend leur déguisement et leur hypocrisie, Attendue a fermenio pharisœorum , quod est lujpocrisis {Luc, XII, 1 ) ; mais ici il parle de leur doctrine et de celle des saducéens.
Un aveugle reçoit la vue.
J'ai dit que le Sauveur, indigné de la malice des pharisiens et des saducéens, les avait laissés là et qu'il s'était remis dans sa barque pour repasser au deçà du lac, vers la Galilée. Saint Marc nous apprend que lui et ses disciples vinrent à Belhsaïde, ei veniunt Bethsaïtiam, qui était le pays de quelques apôtres, et qui n'était pas beaucoup éloigné de Caphàrnaûm. Comme Jésus- Christ était dans un bourg voisin de cette ville-là , on lui présenta un aveugle , et on le pria de le toucher. Alors prenant l'aveugle par la main , il le mena hors du bourg, cracha sur ses yeux , et imposant les mains il lui demanda s'il voyait quelque chose. Et commençant à regarder, il dit : Je vois des hommes qui marchent comme des arbres, « video hommes relut arbores, gr. w; U-j^pu., ambulantes, t 11 lui mit encore une fois les mains sur les yeux , et il commença de mieux voir ; et il fut tellement guéri qu'il voyait clairement tontes choses. Il le renvoya ainsi dans sa maison , en lui disant : Allez-vous-en chez vous, et si vous entrez dans le bourg, ne dites ceci à personne (Marc, VIII, 22-1G).
Le Fils de Dieu va vers César ée de Philippe. Après la guérison de cet aveugle, Jésus partit des environs de Belhsaïde , et du lac de Génésarelh, pour s'en aller dans les bourgades qui étaient vers les sources du Jourdain , autour de ( ésarée de Philippe. Cette ville depuis longtemps était habitée par des Grecs syro-macédoniens, qui, du dieu Pan , qu'ils adoraient dans une caverne assez proche, lui avaient lionne le nom de Panéado ; et, à mon sens, c'était une
dos villes du Décapoli. Cependant comme elle avait été comprise dans le royaume d'Hérode le Grand elle était aussi de la létrarchie de Philippe. El ce fut ce prince qui la rebâtit, et qui, en l'honneur de Tibère César, lui donna le nom de Césarée, ajoutant, du sien, celui de Philippe. J'ai déjà amplement parlé des années , et de sa fondation , et de sa dédicace, qui fut avant celle de Tibériade. Comme il y avait une infinité de Juifs dans les bourgades et aux lieux de sa dépendance , ou si vous voulez de son voisinage , Jésus-Christ y alla prêcher l'Evangile.
Un jour qu'il était en chemin avec ses disciples , il leur demanda : Qui les hommes disent-ils qu'est le Fils de l'homme, Quem dicunl hommes esse Filium hominis ? Ils lui répondirent : Les uns disent que c'est Jean-Baptiste, les autres Elie, les autres Jérémie, ou quelqu'un des prophètes. Jésus leur dit : El vous autres, qui dites vous que je suis ? Simon Pierre prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ , Fils du Dieu vivant, « Tu es Christus, Filius Dei vivi. > Jésus lui répondit : Vous êtes bienheureux , Simon, fils de Jean, parce que ce n'est ni la chair, ni le sang qui vous ont révélé ceci , mais mon Père qui est dans le ciel. Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bàlirai mon Eglise. Et les portes d'enfer ne pourront rien contre elle. Et je vous donnerai les clefs du royaume du ciel ; et tout ce que vous lierez sur la terre , sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre , sera délié dans le ciel. En même temps il défendit à ses discijiles de dire à personne qu'il était le Ciirist (M ait h. , XYI , 15-20 ; Marc , VIII , 27-30 ; Luc , IX , 18-21).
Que cette confession de foi a été illustre et glorieuse à Simon-Pierre, puisque c'est par elle qu'il a mérité la dignité , la grandeur et la prééminence qu'il a eue dans toute l'Eglise ! C'est par elle, comme disent les Pères , qu'il s'est rendu iligne d'être établi le chef des apôtres , et le prince des pasteurs , et d'être regardé après Jésus-Christ , comme le fondement de l'Eglise. Car enfin Jésus-Christ est le premier et le principal fondement sur lequel elle est établie , selon ces paroles de saint Paul : Personne ne peut metire d'autre fondement que celui qui est posé , et c'est Jésus-Christ : Fundamenlum aliud nemo potesl ponere, prœter id quod positum est , quod est Christus (I Cor. , III, 11). Mais quoique le Fils de Dieu soit le premier fondement et la véritable pierre , sur laquelle son Eglise est bâtie , il n'a pas laissé , par un privilège spécial et par une grâce toute particulière, de communiquer à saint Pierre celte dignité ; et c'est priu ci paiement par le mérite de sa foi vive et de sa con fession glorieuse , qu'il a voulu lui en faire part. Comme donc cette confession de foi devait être trèsimportante à toute l'Eglise , il ne faut pas s'étonner si avant qu'elle se fit Jésus-Christ se relira seul et se mit en prières, comme on le voit par saint Luc (IX, 18). Et qui ne croira pas que dans celte prière il a demandé à son Père céleste qu'il révélai à Pierre celte foi , et que toutes les forces et les puissances de 1 enfer ne pi é valussent jamas contre elle. C'est aus^i
ce qui est arrivé jusqu'à maintenant, el cela continuera jusqu'à la lin des siècles.
Jésus commence à découvrir à ses disciples ce qu'il devait souffrir à Jérusalem.
Le Fils de Dieu voyant par cette belle confession de saint Pierre, que ses apôtres, car il la frisait au nom de tons les autres .avaient une foi droite, et que son Père l'avait même affermie en eux par un don de sa miséricorde, commença à leur révéler les mystères secrets de sa passion el de sa croix, pins de huit mois avant qu'ils ne s'accomplissent. Je dis plus de huit mois; car celte confession fu L faite par saint Pierre vers la fin de juillet, autant qu'on le peut conjecturer, et Jésus-Christ ne souffrit la mort qu'au milieu d'avril de l'année suivante. Voici donc comme parle un évangélhle (Matth. , XVI, 21) : Dès lors Jésus commença à leur découvrir qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem , qu'il y souffrit beaucoup des anciens du peuple, el des docteurs de la loi , el des princes des prêtres ; qu'il y fut misa mort, el qu'il ressuscitât le troisième jour :< Et mulia pâli à senioribuSy et scribis, et principibus sacerdoium, el occidi, et lerlia die resurgere.t Mais Pierre le tirant à part , commença à le reprendre , en disant : Âk ! Seigneur, à Dieu ne plaise l cela ne vous arrivera pas.
Quelque foi qu'eût ce grand apôtre , il ne savait pas encore , qu'il fallait que Jésns-Clirisl entrât dans sa gloire par la voie des souffrances , et qu'il fût obéissant à son Père jusqu'à la mort , el à la mort de la croix ; mais le Saint-Esprit lui apprit depuis ces mystères de douleur , qu'il n'avait pas bien compris jusqu'au jour que cet Esprit fut répandu sur lui et sur les autres apôtres. Aussi le Seigneur lui dit-il, voyant qu'il parlait de la sorte : Retirez-vous de moi , Satan ; vous me scandalisez , parce que vous ne yoùlez point les choses de Dieu, mais les choses de la terre. Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi , qu'il renonce à soi-même , qu'il porte sa croix el qu'il me suive ; car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, el quiconque la perdra pour l'amour de moi , la sauvera. Car que servirait-il à un homme, quand il aurait gagné tout le monde , s'il venait à perdre son âme ? Et que pourrait-il donner en échange pour elle ? Car le Fils de l'homme doit venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon ses œuvres. Je vous dis en vérité qu'il y en a ici parmi vous qui ne mourront point, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir en son royaume (M ail h. , XVI , 21 28 ; Marc , VIII , 31-59 ; Luc, IX , 22-27).
Ces derniers mots du Sauveur souffrent de la difficulté. Voudrait-il dire qu'on le verrait établi dans le royaume de son Eglise, car c'est ainsi qu'il l'appelle souvent, par la destruction de Jérusalem et de la synagogue , avant la mort de tous ses apôtres ? Cela serait très- véritable ; car saint Jean l'évangélisle , saint Jude et peut-être quelques-autres de ce corps étaient encore en vie , quand la synagogue a été entièrement déiruiie par le renversement de Jérusalem. D'autres disent que par celle expression le
Seigneur entend parler du royaume de sa gloire, où il est monté triomphant après être ressuscité des morts. Transfiguration de Jésus-Christ.
Nous avons deux évangélisles (Matth. , XVIII, 1 ; Marc, IX, 1) qui disent que, six jours après, pu>>t dies sex , c'est à-dire six jours entiers après la confession de foi du premier des apôtres , le Fils de Dieu se transfigura devant trois d'entre eux. Saint Luc dit que ce fut environ huit jours après, fere dies octo , ce qui est encore véritable en comprenant les deux extrémités, à savoir le premier et le huitième jour, entre lesquels il y en a six entiers. Après donc ces six jours, Jésus étant revenu d'autour de Césarée de Philippe , qui était bien éloignée du lieu où il allait manifester sa gloire, prit à pari Pierre, Jacques et Jean, son frère , et les mena sur une montagne fort haute, « Et ducit illos in monlem excelsum seorsum : » et il se transfigura devant eux. Son visage devint resplendissant comme le soleil , et ses vêlements furent blancs comme la neige. En même temps ils virent paraître Moïse et Elie, qui parlaient avec lui. Alors Pierre dit à Jésus : Seigneur, nous sommes bien ici ; faisons-y, s'il vous pluît, trois lentes, une pour vous , une pour Moïse, et une pour Elie. Lorsqu'il parlait encore , une nuée lumineuse vint à les couvrir. El de cette nuée il sortit une voix qui disait : C'est mon fils bien-aimé , dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples entendant cela tombèrent le visage contre terre , et furent saisis d'une grande crainte. Mais Jésus s'approchant les loucha et leur dit : Levez vous el ne craignez point. Alors levant les yeux ils ne virent plus que Jésus- Christ. El lorsqu'ils descendaient de la montagne , Jésus leur dit , en faisant un commandement : Ne parlez à personne de celte vision jusqu'à ce que le Fils de i homme soit ressuscité des morts (Matth. , XVII , 1-9; Marc, IX, i -8; Luc, IX , 28-56).
Dans celte narration , saint Matthieu dit que Moïse et Elie parlaient à Jésus-Christ, sans rien spécifier davantage. Mais saint Luc écrit qu'ils étaient aussi pleins de gloire , et qu'ils parlaient de la morl qui de» vait lui arriver à Jérusalem , et dicebant excessum , grec,r*;v i&àov, quem completurus erat in Jérusalem. Or excessus en bon latin se prend pour la mort , comme on peut le voir dans les meilleurs auteurs. Quant à la montagne où le Seigneur s'est transfiguré, et où il parut dans l'éclat de sa gloire , c'est une espèce de tradition assez constamment reçue dans l'Eglise, que ça été sur celle du Thabor. Celle montagne était dans les plaines de la Galilée , et dans la tribu de Zabulon , el n'était pas beaucoup éloignée des villes de Séphoris et de Nazareth , et moins encore de celle de Naïm , qui était sur le torrent de Cison. Elle est célèbre dans les prophètes (Osée, V; Jérém. , XLVl) et même dans les historiens qui en marquent la hauteur. Polybe , homme très-exact, dit ( Ilist. lib. V ) qu'elle avait un peu plus de quinze stades , c'est-à-dire, de hauteur perpendiculaire , ce qui ferait trois quarts de lieue ; car Joscphe ( Bell. Jud. lib. IV, cap. 6 ) assure qu'elie en avait trente,
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èeqni s'entend en comptant tous les détours qu'il fallait faire pour monter sur son sommet. Les Grecs l'appellent îlabyrium, ou Alabyrium , et après eux les Septante. Et au haut de celte montagne il y avait une plaine de plus d'une lieue, où on allait à la chasse des bêtes et des oiseaux. Voilà le plan de la montagne sur laquelle le Fils de Dieu voulut bien montrer à ses apôtres un échantillon de sa gloire , qui n'a été qu'un écoulement et qu'un petit rayon de celle qu'il possède dans le ciel.
Lorsque Jésus-Christ descendait de la montagne du Thabor, il y a quelque apparence que les apôtres qui étaient avec lui parlèrent du prophète Elie , qui avait apparu avec Moïse dans celte vision. Comme donc on faisait mention de lui, ils lui dirent: Pourquoi les docteurs de la loi assurent-ils qu'il faut qu'Elie vienne auparavant, i quodEliam oporteat primùmvenire? t Jésus leur répondit : Il est vrai qu Elie doit venir et qu'il rétablira toutes choses. Mais je vous déclare qu'Elie est déjà venu et ils ne l'ont point connu , mais ils l'ont traité comme ils ont voulu. Ils feront de même souffrir le Fils de l'homme. Alors les disciples reconnurent que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur avait parlé (Matlh., XVII, 10-13; Marc, XI, 10-12).
On voit manifestement, par ces paroles, que les pharisiens et les docteurs de la loi avaient contribué à l'emprisonnement de saint Jean, et par conséquent qu'ils étaient en quelque manière coupables de sa mort , comme ils le furent après de celle du Sauveur.
Un lunatique reçoit la guérison.
Si l'Eglise a mis la fête delà transfiguration au jour où elle est arrivée , qui esl le 6 du mois d'août, nous savons celui auquel le lunatique a été guéri , puisque c'a été le jour d'après. Quoi qu'il en soit du jour, je suis assez persuadé, par la suite de l'histoire évangélique, que ce mystère s'est accompli vers le commencement de ce mois, quelque temps avant la fêle des Tabernacles. Or le jour d'après celte admirable transfiguration, comme Jésus-Christ descendait de la montagne avec ses apôtres, un grand nombre de peuple vint au-devant de lui : Factum est autem in sequenti die , descendentibus illis de monte , occurrit Ulis turba multa. {Luc, IX, 37 ). Alors un homme s'approcha de lui , et se jetant à genoux à ses pieds , lui dit : Seigneur, ayez pitié de mon fils qui est lunatique et fort tourmenté, « quia lunalicus est, el maie patitur.t L'esprit malin se saisit de lui et tout à coup il pousse de grands cris; il le jette par terre, il l'agite si violemment qu'il le fait écumer, et à peine le quitle-til après l'avoir tout brisé. J'ai prié vos disciples de le chasser, mais ils ne l'ont pu faire. Alors Jésus dit : 0 race incrédule et perverse, jusqu'à quand scrai-je avec vous et vous souffrir ai- je? Amenez ici votre fils. Et comme il approchait, le démon le jeta contre terre et l'agita violemment. Mais Jésus menaça l'esprit impur, guérit l'enfinit et le rendit à son père. Tous furent étonnés de la grande puissance de Dieu. Et étant dans l'admiration de tout ce que faisait Jésus , il dit à ses disciples :
Mettez bien dans votre esprit ce que je vais vous dire. Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes. Le Sauveur par les fréquents discours qu'il tenait à ses disciples, de sa mort et de ses souffrances, voulait les préparer, afin qu'ils n'en lussent point étonnés , ni scandalisés, quand cela arriverait. Cependant saint Luc dit qu'ils n'entendaient point ce langage : il leur était caché de telle sorte qu'ils n'y comprenaient rien; ils craignaient même de l'interroger là-dessus (Luc, IX, 37, 45; Matlh. y XVÎI, 14, il; Marc, IX, 16-26).
Un évangéliste dit que l'esprit impur possédait le fils de cet homme dès son enfance, ub infantia ; qu'il l'avait rendu sourd et muet, d'où vient que Jésus* Christ en le chassant disait: Esprit sourd et muet, sors de cet enfant, je le le commande, et n'y entre plus. Souvent même cet esprit violent l'avait jeté et dans le feu et dans l'eau , pour le faire périr. C'ert là-dessus que le père de l'enfant dit à Jésus-Christ : Seigneur, ayez compassion de nous et nous secourez. Et comme le Sauveur lui eut répondu : Si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit, cet homme s'écria aussitôt et lui dit, les yeux baignés de larmes : Seigneur, je crois; mais aidez-moi dans mon incrédulité, Credo, Domine , adjuva incredulitatem meam. La foi humble de cet homme, qui voyait bien que la sienne était encore faible et que c'était au Seigneur à la rendre plus forte, obtint la guérison de son fils. Incontinent après, Jésus-Christ étant entré dans une maison, i cum introissel indomum,i ses disciples le vinrent trouver en particulier et lui dirent : Pourquoi n'avons-nous pas pu, nous autres, chasser ce démon ? Jésus leur répondit : A cause de votre incrédulité. Car je vous dis en vérité que si vous aviez de lu foi comme un grain de sénevé , vous diriez à celle montagne : Passe d'ici là, et elle passerait, et rien ne vous serait impossible. Mais ce genre de démon ne se chasse que par la prière et le jeûne, t non ejicilur nisi per oralionem etjejunium. >
Deux on trois jours après la transfiguration, Jésus étant parti des environs du Thabor, traversa la Galilée avec ses disciples, mais ce fui sans celai , c'està-dire sans prêcher et sans faire des miracles , parce qu'il ne voulait pas que personne le sût, el inde profecti prœtergrediebantur Galilœam ; nec volebal quemqnamscire. Or il instruisait ses disciples et leur disait : le Fils de l'homme s'en va être livré entre les mains des hommes,et ils le feront mourir el il ressuscitera le troisième jour après sa mort. Mais ils n'entendaient rien à ce discours el ils craignaient de l'interroger là-dessus (Marc, IX, 20-31; Matth., XVII, 21-22).
Jésus vient pour la dernière fois à Capharnaùm.
De la montagne du Thabor, qui n'était pas éloignée de Séphoris, où Hérode Aniipas tenait ordinairement sa cour, ie Fils de Dieu vint, sans qu'on le sût, à Ca pharnaûm; c'e^t vraisemblablement que ce prince cherchait l'occasion de le faire arrêter, comme on io verra bientôt. Quand il fut dans cette ville maritime
en toute sûreté, étant dans la maison avec ses disciples, il leur demanda : De quoi par liez-vous dans le chemin, < Quid in via tractabatis? » 1 Is demeurèrent dans le silence; car ils avaient eu dispute en chemin, à savoir qui était le plus grand d'entre eux. Et fêtant assis il appela les douze ( car c'étaient eux qui avaient disputé là-dessus ) et il leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous el le serviteur de tous. Puis, prenant un petit enfant, il le mil au milieu d'eux ; et l'ayant embrassé il leur dit : Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci , me reçoit, cl celui qui me reçoit ne me reçoit pas , mais celui qui m'a envoyé. Alors Jean , prenant la parole, lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en voire nom , qui pourtant ne nous suit pas , et nous l'en avons empêché. Jésus lui répondit : Ne l'en empêchez pas , car il n'y a point d'homme qui ayant fait un miracle en mon nom , puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n'est pas contre vous est pour vous. Et quiconque vous donnera seulement un verre d'eau en mon nom parce que vous êtes au Christ, je vous dis en vérité qu'il ne perdra point sa récompense ( Marc, IX, 52-40 ; Luc, IX, 46-50).
Jésus paye le tribut de deux drachmes.
Pendant que le Seigneur était à Capharnaum , ceux qui étaient établis pour recevoir le didrachme ( c'était un tribut qui valait deux drachmes d'argent) s'adressèrent à saint Pierre qui accompagnait toujours Jésus- Christ et lui dirent : Votre maître ne paye-t-il pas le didrachme, « Magister vesler non solvit didrachma ? > // leur répondit : Oui, il le paye. El étant entré dans la maison, Jésus le prévint en lui disant : Simon, que vous en semble? De qui les rois de la terre prennent ils les tributs et les impôts? Est-ce de leurs propres enfants ou des étrangers ? Pierre lui dit. C'est des étrangers. Jésus lui dit : Les enfants en sont donc exempts. Mais afin que nous ne les scandalisions point , allez-vous en en la mer (il parle du lac de Galilée) et jetez votre ligne-, et le premier poisson qui s'y prendra, tirez-le el ouvrezlui la bouche, vous y trouverez un sicle, < et aperlo ore ejus,invenies staterem^vpriaeiçvTXTripK. En gr.,crraTripest la même chose que le sicle des Hébreux , qui était de quatre drachmes, et d'environ trente sous de notre monnaie, et le didrachme était la moitié du stater ou du sicle. Jésus ajouta à Pierre : Vous prendrez ce sicle et vous le donnerez pour moi et pour vous, « da eis pro me et te > {Malih., XYIÏ, 23, 26).
Les interprèles sont en contestation sur ce didrachme ou ce demi -sicle , savoir pour qui on le levait : pour le temple de Jérusalem, c'est-à-dire pour Dieu, dont le temple était le sanctuaire, ou pour les empereurs romains. Mais après avoir tout examiné, il me parait que ce didrachme était pour le temple de Jérusalem el non pour les Romains. Car Josèphe assure d.insses Antiquités ( Mb. XViïl, cap. 12) que tous les Juifs, même ceux qui étaient au delà de l'Eu p lira le el dans le pays de Babylone, alors soumis aux Parihes, payaient ce tribut, cl qu'on l'apportai* :ivec
grand soin à Jérusalem, il l'appelle rd lil^xy-o^ le didrachme, comme Pévangélisle, el dit qu'on le paye à Dieu selon la coutume des Juifs, Didrachma quod more patrio Deo soient offerre. Ce n'était donc pas aux Romains qu'on rendait ce didrachme. D'ailleurs les Romains ne levaient point de tributs dans la Galilée et la Traconile, ni dans tous les lieux de l'obéissance des deux télrarques Aniipas et Philippe. Or Capharnaum était dans la Galilée, el comme j'ai déjà montré, sous la puissance du télrarque Philippe. C'était donc pour le temple qu'on levait ce tribut ou celte capitalion. Elle avait fondement dans la loi de Moïse, car Dieu avait commandé à tous les Juifs au-dessus de vingt ans d'offrir au Seigneur la moitié d'un sicle, dimidium sicli (Exod., XXX, cap. 13, 14 , ce qui s'observait encore du temps de Jésus- Christ.
Or ce demi-sicle ou drachme, se payant à Dieu et Jésus faisant voir que les enfants des rois en étaient exempts, avait raison de conclure qu'il n'en devait point payer au temple , parce qu'il était Fils de Dieu. Il faut pourtant savoir que l'empereur Yespasien, ayant subjugué les Juifs el détruit, par son fils Tiie, la ville et le temple de Jérusalem , ordonna qu'en quelques lieux de l'empire qu'ils fussent, ils payeraient ce didrachme aux Romains. Josèphe écrit que le sicle, qui était une monnaie des Hébreux, nummus Hebrœorum, contenait quatre drachmes; ainsi le demi sicle en contenait deux, c'est-à-dire deux drachmes alliques. Le demi-sicle élait donc le didrachme, qu'on donnait au temple, comme un tribut qu'on devait au Seigneur. Et comme le Dieu du ciel était celui des Juifs, les zélés parmi eux ne voulaient pas souffrir qu'on payât rien aux princes étrangers, pas même aux Romains, à qui ils étaient soumis. Mais ou ne s'arrêtait pas au sentiment de ces factieux , comme on le verra dans la suite.
Diverses instructions données aux disciples.
Avant que le Fils de Dieu quittât pour toujours le pays de Capharnaum et la Galilée, qui éiait vers le liant du lac de Génésareth, il leur donna encore quelques instructions importantes et salutaires. Ses disciples lui en fournirent l'occasion , lorsqu'un jour s'approchant de lui, ils firent cetie demande : Qui est, selon votre pensée , le plus grand dans le royaume du ciel, « Quis , putas, major est in regno cœlorum ? * Jésus ayant appelé un petit enfant, le mit au milieu d'eux, el leur dit : J?.vous dis en vérité , que si vous ne vous convertissez el ne devenez semblables à de pelils enfants , vous n'entrerez point dans le royaume du ciel. Et quiconque en reçoit un semblable en mon nom , c'est mot qu'il reçoit {M atlh., XVIII, 1-5).
Le Sauveur veut, par ces paroles, que celui qui fait profession d'être son disciple , ait une simplicité humble el sans malice, telle qu'est celle des pelils en
f.illIS.
Il parle ensuite des scandales qui arrivent dans h; monde, cl il dil : Si quelqu'un esl un sujet de scanduL
tm
PAR LA UOMAÎNE
à un de ces petits qui froienl in moi , il vaudrait mieux peur lui qu'on pendit à son cou une meule tournée par un âne, < mola asinaria* (c'était une meule à moudre du blé, qui était tournée par un âne qui avait les yeux rouverts; il yen avait une autre sorte qu'on tournait à force de bras , qui s'appelait viola trusatilis , mais elle était plus petite j ; il vaudrait mieux qu'il eût cela au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales; car il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; il veut dire presque impossible, vu la malice des hommes , qu'il n'en arrive pas : Mais, dit-il, malheur à l'homme par qui le scandale arrive. Or si votre main ou votre pied vous est un sujet de icandale , coupez-les, et les jetez loin de vous. Il vaut mieux pour vous que vous n'entriez dans la vie qu'avec un pied et une main, que d'en avoir deux et d'être jeté dans le feu étemel. El si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le, et le jetez loin de vous; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie, n'ayant qu'un œil, que d'en avoir deux et être jeté dans le feu de l'enfer. Prenez bien garde de ne mépriser aucun de ces petits ; je vous dis que dans les deux leurs anges voient sans cesse la face de mon Père céleste. Car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu ( Mat th., XVIII, 6-11 ; Marc, XI, 41,47).
Saint Marc, après avoir dit, comme l'autre évangéliste , qu'il vaut mieux retrancher les membres qui scandalisent, que d'être jeté avec eux dans le feu de l'enfer, où, dit-il, le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu ne s'éteint jamais, ajoute ensuite : Car tout homme (c'est «à-dire, qui est jeté dans l'enfer ) sera salé par le feu, comme toute victime est salée avec du sel , c omnis enim igné salielur ; et omnis viclima sale salielur. > 11 est dit dans la loi de Moïse qu'on n'offrira point à Dieu de sacrifice qui ne soit saupoudré de sel , Quidquid obluleris sacrifiai , sale condies (lévil., II, 15). Or le sel a une vertu acre et mordicante , par laquelle il ne laisse pas de conserver les viandes. Jésus-Christ veut dire parcelle comparaison, que lout homme qu'on précipitera dans l'enfer pour ses scandales, sera comme salé par le feu éternel, qui, étant très âpre et 1res cuisant, connue le sel l'est en sa manière, ne laisse pas de conserver les corps, pour les tourmenter à jamais. Tout homme donc qui sera la victime de l'enfer sera salé par ce feu cuisant, comme toute victime qui est offerte à Dieu est salée parmi sel véritable, selon l'ordonnance de la loi. Voilà l'explication de cet endroit difficile , qui m'a paru la plus vraisemblable. Jésus-Christ, après avoir parlé de sel dans celle comparaison, conclut enfin par ces paroles : Le sel est bon , t bonum est sal ; » mais si le sel s'affadit, comment lui rendra-t-on sa saveur? Ayez du sel en vous, il veut dire, ayez de la prudence et de la sagesse ; et conservez ta paix en vous, « llabele in vobis sal , el pacem habete inler vos > ( Marc, IX, 47-40).
Après cela , le Fils de Dieu parle de la brebis égarée , qui est retrouvée , et de la correction fraternelle. Si, dit- il, un homme a cent brebis , el qu'une
et la ji;da:que. «i>is
d'elles vienne à s'égarer; ne fa/ssof-iî pas le$ quatrevingt dix neuf antres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui est égarée ? El s'il arrive qu'il la trouve, je vous dis en vérilé qu'il en a plus de joie que des quatre vingt dix-neuf autres, qui ne se sont point égarées. Ainsi votre Père, qui est dans le ciel , ne veut point qu'aucun de ces petits périsse. Jcsus-Clirist passe à la correction fraternelle, et dit : Si voire frère a péché contre vous, allez et remonlrez-lui sa faute entre vous et lui seul; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. Mais s'il ne vous écoute point , prenez encore avec vous une ou deux personnes , afin que la chose soit assurée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s'il ne les écoule pas, dites-le à l'Eglise; et s'il n'écoute pas l'Eglise même , regardez-le comme un païen et un publicain {Malih., XSlll, 12-17).
Le Fils de Dieu parle aussi, mais brièvement, du pouvoir des clefs , et comme il faut etc unis en son nom. Je vous dis en vérilé que tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; el (oui ce que vous délirez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu'ils demandent , elle leur sera accordée par mon Père , qui est dans le ciel. Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d'elles. Alors Pierre, s'appr oc liant, lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-jc à mon frère, quand il aura péché contre moi ; jusqu'à sept fois ? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois ; mais jusqu'à septante fois sept fois, -i sed usque sepluagies septiesi (Malih., XV!IÏ, 18-22).
Enfui le Seigneur, sous une parabole assez longue, nous apprend comme il faut pardonner. Il la commence en celle manière : Le royaume du ciel est semblable à un roi qui a voulu faire rendre compte à ses serviteurs. El ayant commencé à le faire , nu lui en présenta un qui lui devait dix mille talents ( ce qui pouvait revenir à plus de soixante-six millions de noire monnaie). Et comme il n'avait pas le moyen de les lui rendre, son seigneur commanda qu'on le vendît, lui, sa femmet st'.s enfants el lout ce qu'il avait, pour acquitter sa delfe. Mais ce serviteur se jetant à ses pieds , le conjurait en disant : Seigneur, ayez un peu de patience, el je vous rendrai tout. Alors le Seigneur de ce serviteur étant louché de compassion, le laissa aller el lui remit sa dette. Mais ce serviteur, étant sorti , trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers ( cela fait un peu plus de trente-huit livres); il le prit à la gorge et. l'étranglait presque en lui disant : Rends ce que lu me dois. Son compagnon , se jetant à ses pieds, le conjurait , en disant ; Ayez un peu de patience, el je vous rendrai tout. Mais il n'en voulut rien faire , cl le fil mettre en prison jusqu'à ce qu'il acquittai sa dette. Ses autres compagnons, voyant ce qu'il faisait , en furent beaucoup touchés el vinrent donner avis à leur seigneur de tout ce qui s'était passé. Alors , son seigneur rayant fait venir, lui dit : Méchant serviteur , je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en avez prié ; ne. fallait-il pas que vous eussiez pitié de votre compagnon,
connue j'en avais eu devons. FA son seigneur, étant ému de colère, le fit livrer entre les mains des bourreaux, jusqu'à ce qu'il payât sa dette tout entière. Cesl ainsi, conclut Jésus-Christ , que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur (Mallh., XVIII, 23-55).
Jésus commence à quitter la Galilée pour aller vers les confins de la Judée , au delà du Jourdain,
Après que le Fils de Dieu eul achevé de donner à ses disciples ces divines instructions, il quitta pour toujours la haute Galilée et le pays de C.ipharnaum, où il avait fait tant de prodiges , pour aller annoncer le royaume de Dieu à ceux de la Pérée, au delà du Jourdain. C'est ce que nous apprend le premier des évangélisles , quand il dit : Cum consummassel Jésus serviones illos, migravit a Galilœa, et venit in fines Judœce irans Jordanem , > ce qui veut dire : Après que Jésus eut achevé ces discours , il quitta la Galilée pour s'en aller aux confins de la Judée , au delà du Jourdain (Matth.,TL\X, 1). C'est le véritable sens de ces paroles , que plusieurs interprètes et traducteurs n'ont point assez entendues, pour avoir cru que le Sauveur, en quittant la Galilée où i! avait prêché si longtemps, allait faire la même chose dans la province de Judée. Mais saint Matthieu ne dit point cela ; il écrit seulement , et sans nulle ob;curilé, que Jésus-Christ s'en alla vers les confins de la Judée , venit in fines Judœœ, nipow tcû iopSàvGu , trans Jordanem , mais au delà du Jourdain , comme porte le grec, la Vulgate et le syriaque. Le saint évangélisle ne pouvait pas mieux s'expliquer qu'en parlant de la sorte, ayant voulu donner à entendre que Jésus-Christ, en quittant pour toujours la Galilée , était allé demeurer au delà du Jourdain , mais vers les confins de la Judée , c'est-àdire vis-à-vis de Jéricho.
Saint Marc confirme la même chose, quand il écrit, au chapitre X, v. I : Et inde exsurgens venit in fines Judœœ , elç t« opta, tvjs iouSoa'aç. Il ne dit pas, in Judœam, dans la Judée; mais aux confins de la Judée, an delà du Jourdain, in fines Judœœ, trans Jordanem. En un mot, ces deux saints évangélistes veulent dire que le Seigneur alla dans cette partie de la Pérée qui confine à la Judée et au pays de Jéricho. C'est ce qu'on verra clairement dans la suite, et la chose sera de telle évidence qu'elle ne souffrira nulle difficulté. Cependant quand ces deux historiens sacrés disent que le Fils de Dieu alla au delà du Jourdain, vers les confins de la Judée, ils n'ont pas prétendu qu'il y soit ailé immédiatement et sans s';irrêter ailleurs ; car l'on verra qu'il ne s'est r* ndu là qu'après la fêle des Tabernacles , qui était cette année vers le 19 septembre. 11 quitta donc le pays de Capharnaùm au mois d'août, peu de temps après sa transfiguration ; et depuis ce temps là jusqu'à celle fêle, il prêcha, comme chemin faisant, dans les confins de la Galilée cl de la Judée , du côté qu'elles louchent au pays de S.unarie, auprès duquel il fallait passer pour se rendre à Jérusalem. La suite de celle narration fera voir
HISTOIRE ÈVANGÈLIOUE 1220
tout cela assez clairement ; et faute d'y prendre garde , plusieurs interprètes sont tombés ici en des embarras assez grands.
Saint Luc, qui est le seul des quatre évangélistes qui a marqué ce qu'a fait Jésus-Christ en allant de Galilée à Jérusalem , pour la fête des Tabernacles, dit que quand le temps auquel le Sauveur devait être enlevé du monde commençait à s'accomplir, il prit une forte résolution d'aller à Jérusalem. Voici les paroles de cet écrivain sacré , qui méritent quelque attention : Faclum est autem dum complerentur dies assumptionis ejus, et ipse faciem suam firmavit, utiret in Jérusalem {Luc, IX, 51). Par ces paroles, dies assumptionis , Yi/xipcti tvjî àva)^£W5 , les interprètes entendent son eidèvement de ce monde, ou par la mort de la croix, ou plutôt par son ascension dans la gloire. Il n'y avait plus alors, des trente- trois ans de la vie de Jésus-Christ, qu'environ huit mois jusqu'à sa mort pleine de douleur, et neuf mois avec quelques jours jusqu'à son assomption glorieuse. Ainsi le saint évangcliste a eu raison de dire , dum complerentur dies assumptionis ejus , les jours de son enlèvement de ce inonde commençant à s'accomplir, il s'affermit dans la résolution d'aller à Jérusalem, faciem suam firmavil tu iret in Jérusalem,
Pourquoi saint Luc parle-t-il de la sorte? C'est que le Fils de Dieu savait parfaitement qu'on le devait faire mourir à Jérusalem , mais d'une mort infâme et ignominieuse ; car, comme il disait en une autre rencontre, il ne faut pas qu'un prophète souffre la morl ailleurs que dans Jérusalem, non capil prophetam pe* rire extra Jérusalem {Luc, XIII, 33). Il savait que les grands de celle ville sanguinaire déploieraient contre lui toute leur rage, avec les prêtres et les pharisiens ; il pouvait, comme fils de l'homme, appréhender lous ces terribles événements. 11 se raidit là contre, parce qu'il veut faire la volonté de son Père, en obéissant jusqu'à ia morl ; et c'est pour cela, comme dit l'év;!ngéliste, qu'il s'affermit dans la résolution d'aller à Jérusalem , faciem suam firmavit ut iret in Jérusalem.
Laissant donc le pays de Capharnaùm ei la haute Galilée, il tourne le visage de ce côlé-Ià, si j'ose ainsi parler , et semble vouloir s'y rendre par la province de Samarie, qui était entre deux. Il envoya quelques-uns devant soi pour annoncer qu'il allait venir ; qui, étant partis, entrèrent dans une petite ville des Samaritains, pour y préparer ce qui était nécessaire. On pourrait traduire, dans un bourg des Samaritains, car le mot xw/^, qui est dans l'original, signifie plus souvent vicum , un bourg , qu'une petite ville, oppidum ; et la Vulgate traduit presque toujours ce mot grec par castellum , un bourg , comme on le voit quatre versets après. Or, ce n'est pas sans raison qu'elle appelle t«$ xw//a5, vicos , du nom de caslella; car il y avait dans ces bourgs des tours ou des châteaux, pour y mettre tout en sûreté, parce qu'ordinairement ils n'avaient point de murailles , et ces châteaux leur servaient de défense.
Sa'nt Luc ajoute que ceux de ccliu ne voulurent
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
pas recevoir Jésus-Christ , et non receperunt eum ; parce qu'il paraissait, par la roule qu'il tenait, qu'il allait à Jérusalem, quia faciès ejus eraleunlis ir, Jérusalem. C'est que les Samaritains haïssaient mortellement les Juifs et les Galiléens, qui allaient adorer à Jérusalem , et ne pouvaient souffrir qu'on passât par chez eux , pour aller au temple de Dieu. Jacques et Jean, qui étaient tous deux frères, et du nombre des apôtres do Jésus-Christ , indignés de ce refus, lui dirent : Seigneur, voulez-vous que nous disions au feu du ciel dd descendre sur eux et de les réduire en cendre. Mais, fêlant tourné vers eux , il leur dit en les reprenant : Vous ne savez pas par quel esprit vous agissez. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver. Et là-dessus il s'en alla dans un autre bourg, < et abierunl in aliud castellum » (Luc, IX, 51-56).
L'évangéliste, qui raconte ces choses, dit que lorsque Jésus-Christ était en chemin avec ses disciples, c'est-à-dire vers les confins septentrionaux de la province de Samaric, qui louchait de ce côté-là à la Galilée, aussi bien que vers le couchant, il se présenta un homme qui lui dit : Seigneur, je vous suivrai quelque part que vous alliez. Jésus lui répondu : Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel ont leurs nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. Le Fils de Dieu dit à un autre : Suivez-moi. El il lui râvondit : Seigneur, souffrez que j'aille auparavant ensevelir mon père. Jésus lui repartit : Laissez les morts ensevelir les morts ; pour vous, allez et annoncez le royaume de DLu. Un autre lui dit encore: Je vous suivrai , Seigneur : mais permettez-moi auparavant de disposer de ce que j'ai dans ma maison. Jésus lui répondit : Quiconque a mis la main à ta charrue, et regarde derrière, n'est point propre au royaume de Dieu (Luc, 1X,57 - 62).
Election des soixante et douze disciples.
Peu de temps après, le Fils de Dieu, étant encore vers les parties méridionales de la Galilée, c'est-àdire au delà du torrent de Cison, et vers les grandes plaines de Mageddo , ou bien d'Esdrelon, non loin de la ville de Naïm, choisit soixante et douze autres disciples, qu'il envoya deux à deux devant lui, dans toutes les villes et les autres lieux où lui-même devait aller : Posl hœc autem designavit Dominus et alios septuaginta duos, et misil illos binos, etc. Dans le grec de saint Luc il y a seulement ifiQcptwtu., septuaginta, c'est-à-dire 70, au lieu de 72, et ce texte semble être tonfirmé par le syriaque. Les Pères grecs et latins sont partagés là-dessus, comme les savants l'ont fort bien remarqué. Puisque cela est , il vaut mieux recevoir le nombre marqué dans la version de l'Eglise, vu qu'il a éié plus aisé de faire 70 de 72, par un compte rond, que du nombre précis de 70, faire 72.
Or le Fils de Dieu en envoyant ces soixante et douze
disciples piocher devant lui, leur disait : La moisso)t
est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez donc le
muiire de in moisson qu'il envoie des ouvriers en sa
S. S. XXVII
moisson. Allez, je vous envoie comme des agneaux parmi les loups ; ne portez ni bourse, ni sac, ni double de sandales (car Jésus-Christ , comme j'ai remarque ailleurs, sur l'autorité de S. Marc, leur ordonnait d'en avoir une paire à leurs pieds), et ne saluez personne en chemin. En quelque maison que vous entriez, ditesavant toutes choses : Que la paix soit en celte maison. Et s'il y a là quelque enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon elle retournera à vous. Demeurez dans la même maison, mangeant et buvant de ,ce qu'Us auront , car l'ouvrier mérite sa récompense. Ne passez point de maison en maison. Et en quelque ville que vous entriez, si l'on vous y reçoit, mangez ce qu'on vous servira. Guérissez les malades, qui s'y trouveront, et dites-leur: Le royaume de Dieu est proche de vous. Mais en quelque ville que vous entriez, si l'on ne vous y reçoit pas, allez dans les places publiques, et dites: Nous secouons contre vous jusqu'à la poussière qui s'est attachée à nos pieds : sachez néanmoins que le royaume de Dieu est proche de vous. Je vous assure qu'au dernier jour, Sodome sera traitée avec moins de rigueur que cette ville-là (Luc, X, 1-12).
Après cela, le Fils de Dieu fait encore contre les villes de Corozaïn, de Belhsaïde ei de Capharnaûm, les mêmes imprécations qu'il avait déjà faites dans une autre occasion, et que j'ai rapportées ailleurs. Jésus entre chez Marie et Marthe, sa sœur. Lorsque Jésus-Christ continuait son chemin, et qu'il annonçait la parole de vie dans la Galilée méridionale, voisine de Samarie, et non loin de la ville de Naïm, qui étoit sur le torrent de Cison , il entra dans un bourg, gr., e\ç xetytîjv Ttvà, in vicum quemdam : ou, comme porte la Vulgaie, in quoddam castellum , qui est la même chose ; et une femme qui y demeurait et qui s'appelait Marthe, le reçut en sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie, qui, se tenant assise aux pieds de Jésus-Christ, écoutait sa parole. Pour Marthe, elle était tout occupée à rendre service. M aiss'élanl arrêtée, elle lui dit : Seigneur, ne prenez-vous pas garde que ma tœur me laisse servir toute seule? dites- lui donc qu'elle vienne m aider. Mais le Seigneur, répondant, lui dit: Marthe, Marthe, vous vous empressez et vom vous troublez dans le soin de plusieurs choses. Cependant il n'y en a qu'une qui soit nécessaire. Marie a choisi la meilleure part , qui m lui sera point ôtéa (Luc, A, 58-43).
Dans celle vie, toute courte et toute passagère qu'elle est, on se donne souvent mille soins, pleins d'embarras et d'inquiétude : cependant il n'y en a qu'un seul qui devrait nous occuper, parce qu'il n'y a qu'une seule et unique affaire. C'est de s'occuper de son salut, et, en s'en occupant, de penser sans cesse au Seigneur; c'est de se nourrir de la parole contenue dans ses Ecritures, comme Marie s'est rassasiée de h parole qui sortait de sa bouche. Quiconque agit de la sorte a choisi comme elle la meilleure part :1e soin qu'il prend de son âme produira des fruits de gràcu et de vertus, qui ne lui seront jamais clés, parce qu'ils demeureront éternellement.
{Trente-neuf.)
1223 CONFIRMATION DE L'IUS
Toute cette histoire s'est passée dans uo bourg de Galilée, vers le torrent de Cison et les contins de Samarïe. Et c'est ce qui me confirme d;>ns l'opinion où je suis , avec plusieurs Pères , que Marie, sœur de Marthe, est .a même que Madeleine la pécheresse ; car Jésus-Christ prêchait vers celte même contrée de la Galilée, quand il l'a guérie. Je suis donc persuadé que sa sœur et elle ne sont allées demeurer à Déihanie, entre Jéricho et Jérusalem, qu'après la fête des Tabernacles, lorsque Jésus-Christ est allé habiter au delà du Jourdain. C'est ce que je ferai voir dans la suite avec plus de clarté et plus d'élendue, ne trouvant rien dans les évangélistes qui me porte à les distinguer, après avoir bien examiné les choses. // enseigne encore à ses disciples comment il faut prier.
Après queJésus-Christ eut été reçu chez Marthe et Marie , il se retira en quelque lieu à l'écart, pour faire sa prière au Père éternel. Quand il eut cessé celle action toute sainte, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples. Jésus leur dit : Lorsque vous prierez, dites ainsi : Père céleste , que votre nom soit sanctifié: que votre règne arrive. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour; et remettez-nous nos péchés, puisque nous remettons à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous laissez point aller à la tentation. Onvoil bien que ce n'est ici qu'un abrégé de l'oraison dominicale, que saint Matthieu a rapportée tout au long; cependant dans les exemplaires grecs elle est couchée ici dans toute son étendue , ce qui aura été pris de cet évangéliste.
Après leur avoir enseigné comment il faut prier, il leur dit encore en les instruisant : Qui de vous autres aura un ami , lequel s'il le va trouver au milieu de ta nuit, et s il lui dit : Mon cher ami , prêtez moi trois pains, parce qu'un de mes amis, chemin faisant , est venu chez moi , et je n'ai rien à lui donner. Et si cet homme lui répondait du dedans : Ne m'importunez point; ma porte est déjà fermée, et mes enfants sont couchés avec moi ; je ne puis me lever pour vous en donner. Mais s'il persévérait à frapper à sa porte, je vous dis que, quoiqu'il ne se soit pas levé pour lui en prêter, comme à son ami , néanmoins , à cause de son importunilé , il sortirait du lit, et lui en donnerait, autant qu'il en aurait besoin. Je vous dis de même: Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; et qui cherche trouve ; et l'on ouvrira à celui qui frappe. Le Fils de Dieu ajoute aussiiôl : Que si quelqu'un de vous demande du pain à son père, lui donnera-l il une pierre? S'il lui demande un poisson, lui donnera -l-il un serpent au lieu de cela ? Et s'il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous autres, étant méchants comme vous êtes, vous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants ; à combien plus forte raison votre Père céleste donnera-l il le bon esprit, ou, comme porte le grec, le Saint-Esprit, à ceux qui le lui demandent (Luc, XI, 1-13)?
Quand Jésus-Christ dit que le Père céleste donnera