‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 134 sur 157 · I01UE ÉVANGÉLIQUE 12U · texte numérisé non relu

I01UE ÉVANGÉLIQUE 12U

le bon esprit, spiriium bonum, à ceux qui le lui demandent, il entend par ce bon esprit, l'esprit de piété, de justice et de sainte:é, qui est donné par le Saint- Esprit à ceux qui le demandent avec ardeur et avec persévérance ; car Dieu, si j'ose ainsi dire, veut être importuné de ses propres amis.

Il chasse un démon muet.

Après celle instruction sainte et salutaire, qucJésus- ChrLst venait de donner à ses disciples , saint Lnc écrit qu'il chassa un démon qui était muel : « Erat ejiciens deemonium, et itlud erat mulum. > Et lorsqu'il l'eut chassé, le muel parla; et tes peuples en étaient dans l'admiration. Mais quelques -uns d'entre eux dirent : C'est par Béelzébuih, prince des démons, qu'il chasse les démons. C'étaient apparemment des pharisiens pleins de jalousie , qui parlaient de la sorte, comme ils avaie.il déjà lait en diverses rencontres. L'évangélislo ajoute que d'autres, le voulant tenter , lui demandaient un prodige du ciel, signum de co'lo quœrebanl ab eo. Mais Jésus, qui connaissait leurs pensées et le fond de leur cœur, ne fil point en Pair de prodige, et leur montra, comme il avait fait ci-devant, que ce n'élail point en Béelzébuih qu'il chassail les démons; qu'autrement les démons eussent agi contre euxmêmes, et que cette division aurait causé la ruine de leur puissance et de leur royaume. 11 leur fil voir de plus que leurs propres enfants chassaient en son nom ces esprits impurs , et par conséquent qu'ils seraient leurs juges, et qu'ils les condamneraient un jour de leur blasphème et de leur injustice.

Après cela il leur fait la comparaison du Fort armé, qu'il avait déjà faite, et que j'ai rapportée dans un aulre endroit. Comme il disait toutes ces choses , une femme) élevant sa voix du milieu du peuple, lui dit : Heureuses sont les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité. Jésus répondit : Mais plutôt heureux sont ceux qui entendent la paroledeDieu et qui la pratiquent (Luc, XI, 14-28).

Alors, les peuples s'amassant en foule, il dil, à l'occasion de ceux qui avaient demandé un prodige au ciel, qu'ils n'auraient point d'autre prodige que le signe du prophète Jonas. Que la reine du Midi, c'està-dire de Saba, et les Ninivites s'élèveraient un jour contre tous ceux qui, l'ayant entendu , lui qui était bien plus queSalomonet que Jonas, n'avaient point cru à ^a sainte parole et ne s'élaient point portés à la pénitence.

Après tous ces reproches, qui ne procédaient que de la charité et du zèle qu'il avait pour le salut de ces peuples, Jésus-Christ, continuant ces divines instructions, dit à ceux qui l'écoutaient : Il n'y a personne qui, ayant allumé une lampe, la mette en milieu caché ou sous un boisseau ; mais il la met sur uû chandelier, afin que ceux qui entrent voient lu lumière. Votre œil est la lampe de votre corps. Si votre œil est simple , tout votre corps sera éclairé ; mais si votre œil est méchant, votre corps sera aussi ténébreux. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne

soit que ténèbres. Si donc tout votre corps est éclairé, ii ayant aucune partie ténébreuse, il ne sera que lumière; et il vous éclairera comme fait la lumière d'une lampe, i et sicut lucerna [ulijoris illuminabil te (Luc , XI , 29-5G). >

Le Sauveur compare ici l'intention du cœur à l'œil, qui éclaire le corps et qui eu est la lumière. Si l'œil est simple, c'est-à dire s'il est pur et net, et sans aucune mauvaise qualité qui le gâte et qui l'obscurcisse, il éclaire tout le corps , qui n'est alors que lumière. Mais si l'œil est gâté el obscurci, alors ie corps est dans les ténèbres et dans l'obscurité, parce que l'œil ne l'éclairé pas bien. Il en est de mèmede l'inten.'ion, qui est Pœil de noire esprit el de notre cœur ; quand elle est simple el droile, noire cœur en est loul éclairé, et nous marchons alors dans la lumière et dans la droiture ; imiis quand elle est mauvaise , alors notre cœur n'est que ténèbres, et nous marchons dans le déiéglement et dans l'obscurité.

// reprend les pharisiens et les docteurs de la loi. Un pharisien, qui était parmi le peuple, l'entend. int parler de la sorte, l'invita à dîner chez lui. Il y alla el se mil à table sans laver ses mains, ce qui était contre la coutume et la tradition des pharisiens. Celui donc qui l'avait invité commença à penser en lui-même pourquoi il ne s'était point-lavé avant le dîner. Mais le Segueur lui dit: Pour vous autres, pharisiens, vous avez soin de nettoyer le dehors de la coupe et du plat ; mais le dedans de vos cœurs est plein de rapine el d'iniquiié. Insensés que vous êtes, celui qui a fait ce qui est au dehors na-l-il pas fait aussi ce qui est au dedans? Néanmoins, de ce que vous avez, faites-en l'aumône, el tout sera pur en vous , c'esl-à dire si vous le /'ailes par un esprit de pénitence et de charilé. Car l'aumône l'aile dans cet espril délivre, comme dit Tubie, du péché el de la mort, el ne souffrira pas que l'homne aille dans les ténèbres, quoniam eleemosyna ab omni peccalo el a morte libérât, et non patieiur animam ire in lenebras {Tub., IV, 11).

Après avoir instruit ce pharisien qui l'avait inviié, et qui apparemment en avait appelé plusieurs, le Fils de Dieu voyant que c'étaient des superbes, des méchants el des envieux qui ne pouvaient souffrir sa conduite non plus que celle de tous les autres justes, invective puissamment contre eux, après leur avoir donné d.ms le commencement toules les marques de sa chaiilé. Comme donc ils l'avaient méprisée et qu'Us persévéraient dans leur orgueil et dans leur maiiee, voici comme il leur parle, sans les ménager : Malheur àvous, pharisiens, < Vœ vobis, pharisœi >, qui payez la dîme de la menthe, de la rue et de toutes les herbes, et qui négligez la justice el l'amour de Dieu. Ce sont néanmoins ces choses qu'il fallait pratiquer, sans omettre les autres. Malheur à vous, pharisiens, qui aimez à avoir les premiers sièges dans les synagogues el les salutations dans les places publiques. Malheur à vous, qui êtes comme des sépulcres qui ne paraissent point el que les hommeî qui marenent dessus ne connaissent point.

ET LA JIDAIQUE. 122G

Alors un ducleur de la loi prenant la parole^ lui dit: Maître, en parlant ainsi, vous nous faites outrage à nousmêmes. Jésus leur dit: Malheur aussi à vous, docteur^ de la loi, qui chargez les hommes de fardeaux qu'Us ne sauraient parler, et cependant vous ne voudriez pas l s loucher du bout du doigt. Malheur à vous qui élevez des tombeaux aux prophètes, et ce sont vos pères qui les ont fait mourir. Ainsi vous témoignez assez que vous upprou vez les œuvres de vos pères, puisqu'ils ont tué les prophètes, et que vous leur élevez des tombeaux. C'est pourquoi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des pro . phetes et des apôtres, et ils en feront mourir les uns, et persécuteront les autres, afin qu'on recherche d'eux le sang de tous les prophètes qui a été répandu dès la créa ■ lion du monde, depuis le sang d'Abel, jusqu'au sang de Zacharie, qui a été tué entre l'autel el le temple. Oui, je vous dis qu'on le recherchera de celte race méchante. Malheur à vous, docteurs de la loi, qui avez pris la clef de la science; vous-mêmes n'y êtes point entrés, cl vou& avez empêché les autres d'y entrer.

Les docleurs de la loi, qui étaient de la secte des pharisiens, avaient la clef de la science, parce qu'ils étaient établis du sanhédrin pour donner au peuple dans les synagogues, el aux jeunes gens dans leséce* les, l'inlerprélalion des Ecritures. Cependant non-seulement ils n'en connaissaient point le véritable sens, à cause de leurs préjugés el de leurs fausses traditions ; mais ils empêchaient par leurs explications erronées les autres de le connaître. Ainsi ils n'enlraient point dans la véritable science des Kcrilures, et empêchaient les autres d'y entrer. Or il y en a qui croient qu'on donn.iit à ces docleurs juifs le pouvoir d'enseigner, par une clef et par des tablettes; el c'est peuîclre pour cela que Jé-us Christ leur dit qu'ils ont pris clavem scientiœ, la clef de la science. L'évangéliste dil que, comme le Fils de Dieu leur parlait de la sorte, les pharisiens el les docteurs de la loi commencèrent à le presser et à l'interroger sur plusieures choses, lui dressant des pièges, el tâchant d'en attraper quelqu'une de sa bouche, pour avoir lieu de l'accuser ( Luc , XI 57-54).

Au reste, quand le Seigneur dit qtfon recherchera de celle race méchante le sang de tous les prophètes qui ont été depuis Abel jusqu'à Zacharie, que saint Maiihieu (Ou UUl, Z\s) appelle (ils de Barachie, filium Barac'ùaz; je crois, après saint Jérôme, qu'il entend parler de ce Zacharie, fils dupnhiiféJoîada,do.ntil est fait mention au livre Iî des Pai alipomèues ( ch. XXIV, 20 etsuiv.). Les Juifs le lapidèrent dans le parvis du temple par l'ordre du roi Joas, parce qu'il les reprenait de transgresser les Commandements marqués dans ia loi. Cet homme juste, qui leur était envoyé de Dieu pour les détourner du mal, fut mis à mon entre l'autel des holocaustes el la partie du temple qu'on appelait le saint. Aussi ne put-il s'empêcher de dire contre ces hommes violents: Que le Seigneur voie voire injustice et qu'il en fasse la recherche, Videal Dominas et requirat (Ibid., 22). C'est donc de ce justeeldeçe prophète, si solennellement marqué dans les Ecrim*

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les, que le Sauveur a

dil qu'on rechercherait le sang.

Et qu'on ne dise pas que le père de celui-ci est appelé Joïada, au lieu que le père de celui dont parle Jésus- Christ est nommé Barachie dans l'Evangile de saint Matthieu; car saint Jérôme répond que, da ns l'Evangile hébreu, dont se servaient anciennement les Nazaréens, le père de ce juste est appelé Joïada : In Evangelio quo uluntur Nazareni, pro filio Birrachiœ, fdium J oiadœ reperimus scriptum. Joïada pouvait donc avoir deux noms ainsi que plusieurs autres pontifes; et peutêtre que les Juifs lui donnèrent celui de Barachie, qui veut dire en hébreu, béni du Seigneur, parce qu'il s'était attiré la bénédiction de Dieu et du peuple, pour avoir chassé du liô.ie de David une femme usurpatrice, et y avoir rétabli Joas. Et cependant ce fut ce roi méchant et ingrat, car il devint tel à la fin de son règne, qui lit mourir Zacharie, fils de son bienfaiteur; et c'etit en quoi l'injustice était plus criante.

Diverses instructions données aux disciples.

Le Fils de Dieu, après avoir traité durement les pharisiens et les docteurs de la loi, pareequ'il connaissait la malice de leur cœur, se vit environné d'un grand nombre de peuples qui venaient en foule l'écouter. Ce fut alors que s'adressanl à ses disciples, il commença à leur dire : c Donnez-vous bien de garde du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie, Attendile a fermento pharisœorum, quod est hypocrisis (Luc, XII. 1 ) ; car il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doiveêlreconnu. i Jésus-Christ leur avait dit, dans une autre occasion, qu'ils eussent à se donner de garde de la doctrine des pharisiens, qui était fausse et erronée en beaucoup de choses ; mais maintenant il les avertit de se donner de garde sur toutes cho>es, car c'est ainsi que porte le grec, de l'hypocrisie des pharisiens, comme d'un levain très-dangereux.

Cet aimable maître leur apprend ensuite à ne pas craindre les hommes, qui ne peuvent tout au plus que perdre le corps, mais à craindre celui qui, après avoir ôté la vie, peut encore jeter l'âme dans le feu de l'enfer. 11 leur apprend à le confesser devant les hommes, afin qu'il les reconnaisse un jour devant les anges de Dieu. Enfin il les avertit de ne point se mettre en peine de ce qu'ils pourront dire, quand ils seront menés dans les synagogues, et présentés devant les magistrats et les puissances du monde; parce que le Saint-Esprit leur inspirera alors ce qu'ils auront à répondre, pour la défense de leur foi (Luc, XII, 1-12).

Pendant que le Sauveur parlait ainsi à ses disciples, un homme qui était parmi le peuple vint à lui dire : Maître y dites à mon frère qu'il partage avec moi noire succession. Mais Jésus lui repartit: 0 homme, qui m'a établi juge ou arbitre sur vous deux ? Puis il ajouta : Donnez-vous bien de garde de toute avarice, car la vie de r homme n'est pas dans l'abondance des biens qu'il possède. Il leur dit ensuite cette parabole: Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Là-dessus il pensait en soi-même, et disait: Que ferai-

je? car je n"ai point de lieu où pouvoir amasser ton» mes biens. Il dil pourtant : Je sais ce que je ferai, fabattrai mes greniers et j'en ferai de plus grands, et fg amasserai toute ma récolte et tous mes autres biens, fit je dirai à mon âme: Mon âme, lu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose toi, mange, bois et fais bonne chère, irequïe&ce, comede, bibe,epulare. tMais Dieu lui dit : Insensé que tu es, l'on s'en va, cette nuit, le redemander ton âme, cl pour qui sera ce que tu as amassé? C'est l'état de celui qui amasse pour soi des trésors, et qui n'est pas riche en Dieu.

Ce fut après cette parabole si instructive cl si louchante, qu'il dil à ses disciples de ne point se mettre en peine ni de leur nourriture, ni de leurs vêtements. Considérez les corbeaux, leur disait-il, ils ne sèment ni ne moissonnent , ils n'ont ni cellier ni grenier, et cependant Dieu les nourrit. El combien êtes vous plus excellents qu'eux ? Regardez les lis, comme ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent point ; et néanmoins je vous dis que Salomon dmis toute sa gloire n'était point vêtu comme l'un d'eux. Que si Dieu a soin de vêtir ainsi une herbe qui est aujourd'hui dans les champs, et qu'on jettera demain dans le four , à combien plus forte rahon vous vêlira-l-il , hommes de peu de foi? Ne vous mettez donc point en peine, vous autres, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez , et ne vous en inquiétez point ; car ce sont les païens qui sont dans le monde qui recherchent ces choses. Votre Père sait assez que vous en avez besoin. Cherchez donc premièrement te royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera accordé par surcroît (Luc, XII, 15-51).

Ce maître plein de bonté , après avoir inspiré ta confiance en Dieu à tous ses disciples, qui l'écoulaicnt alors , leur dit avec, tendresse : Ne craignez point t petit troupeau, iNolile limer e,pusillus grex; » parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume. Vendez ce que vous avez et faites-en l'aumône. Ayez soin de vous faire des bourses qui ne s'usent jamais, et amassez dans le ciel un trésor qui ne manquera jamais, où les voleurs ne puissent approcher et que les vers ne puissent corrompre ; car où est votre trésor, là est votre cœur.

Après cela il leur apprend la vigilance chrétienne par une belle comparaison. Quevos reins soient ceintst leur dit-il, et ayez dans vos mains des lampes ardentes; et soyez semblables à ces serviteurs qui attendent que leur maître revienne des noces , afin qu'étant arrivé et venant à frapvcr, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux sont ces serviteurs que le maître trouve veillants à son arrivée. Je vous dis en vérité que lui-même , s'étant ceint , les fera mettre à table et viendra les servir. Que s'il arrive à la seconde veille (c'était depuis neuf heures jusqu'à minuit), ou à la troisième, c'est-à-dire depuis minuit jusqu'à trois heures, et qu'il les trouve ainsi veillants, heureux seront ces serviteurs. Or sachez qu? si le peu de famille découvrait à quelle heure viendrait le voleur, sans doute qu'il veillerait et ne laisserait point percer sa maison. C'est pourquoi, vous autres, soyez toujours yrêls , parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous n'y penserez pas ( lue, XII, 5240).

Sur ces excellents discours el ces instructions toutes divines, saint Pierre prenant la parole dit à Jésus- Christ : Seigneur, est-ce à nous que vous proposez cette parabole, ou si c'est à tout le monde ? Le Seigneur lui dit : Qui est le dispensateur fidèle el prudent que le maître a établi sur ses domestiques, pour leur distribuer, chacun à son temps, sa mesure de blé ? Heureux sera le serviteur que le maître, à son arrivée, trouvera agissant de la sorte. Je vous dis en vérité qu'il l'établira sur tous tes biens. Mais si ce serviteur dit en lui-même : Mon maître ne viendra pas sitôt , et qu'il commence à battre les serviteurs el les servantes , à manger , à boire el à s'enivrer; le maître de ce serviteur viendra au jour qu'il ne l'attend pas , et à l'heure qu'il ne sait pas; il l'éloigner a et le traitera comme les serviteurs infidèles. Car le serviteur qui a su la volonté de son maître et qui ne s'est pas préparé à agir selon ses ordres, sera battu rudement. Mais celui qui ne l'a pas sue et qui a fait des choses dignes de châtiment , sera moins battu. On demandera beaucoup à celui à qui on a donné beaucoup , el l'on Çera rendre un plus grand compie à celui à qui on a confié plus de choses (Luc, XII, 41 18).

Jésus-Christ continue à instruire le peuple, el , en donnant ces divins enseignements, il parle quelquefois de ce qui ie concerne lui-même. Je suis venu, dit-il , pour jeter le feu sur la terre , el que désiré- je , sinon qu'il soit allumé. Je dois être baptisé d'un baptême , et combien me sens-je pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse. il pa le du hapléme de sa passion et de son sang, p;;r •equcl il devait nous laver de nos crimes : car c'était l'œuvre importante qu'il devait accomplir suivant la volonté de son Père. Il ajoute ensuite : Croyez-vous que je sois venu donner la paixali terre ? Non, je vous le dis , mais la division. Car désormais, dans la même maison , de cinq personnes il y en aura trois divisées contre deux et deux contre trois. Le père sera divisé contre son fils et le fils contre son père ; la mère le sera contre sa fille et la fille contre sa mère; la belle-mère le sera aussi contre si belle- fille, et la belle-fille contre sa belle-mère.

H disait aussi aux peuples : Quand vous voyez un nuage qui se forme du côté du couchant, vous dites aussitôt : Il va venir de la pluie, et cela arrive. El quand vous voyez que le vent du midi souffle , vous dites : // fera chaud , el le chaud arrive. Hypocrites, vous savez bien juger du temps par les apparences du ciel el de la terre, et comment donc ne reconnaissez-vous pas ce temps ci , c'e>l-à dire ce temps de salut et de miséricorde , ce temps promis et marqué par les anciens prophètes , enfin ce temps où le royaume du ciel est proche de vous (Luc, XII, 49-56).

Pendant que Jésus-Christ donnait au peuple el à ses disciples ces instructions si utiles et si sainies , quel ques-uns lui arrivèrent de Jérusalem qui lui dirent que Pilate , gouverneur de Judée , avait mêlé le sang de plusieurs Galiléens avec leurs sacrifices, Aderant autemquidam ipso tempore, nunlianles illi deGalilœis , quorum sanguincm Pilalus miscuil cum sacrifiais eoruvi. Ce fut sur cette nouvelle que le Sauveur dit ces paro-

ET LA JUDAÏQUE. ii&O

les : Pensez-vous quccesG.liléens fussent plus grands pécheurs que tous les autres qui sont de Galilée, parce qu'ils ont souffert de tilles choses ? Non , je vous en & assure. Que si vous autres vous ne faites pénitence, m vous périrez tous scmblablement. 11 en est de même ' de ces dix-huit hommes sur lesquels la tour de Siloé est tombée, qui les a tués : pensez vous qu'ils fussent plus criminels que tous les habitants de Jérusalem ? Je vous assure que non. Que si vous autres vous ne faites pénitence, vous péi irez tous semblablemenl (Luc, XIII, 1-5).

Il y avait au dehors de la ville de Jérusalem une source d'eau qu'on appelait la fontaine de Siloé , et celte fontaine faisait par son cours un réservoir d'eau qui est nommé par un évangéliste natutoria Siloe , la piscine de Siloé. Il pouvait y avoir une tour, ou à cette fontaine , ou à cette piscine , qui en tombant écrasa ces dix-huit hommes dont parle ici ie Seigneur. Il yen a qui, avec assez de fondement, niellent auprès de la ville sainte deux fontaines de ce nom : Tune du côlé de l'occident, qui lirait sa source de la montagne de Gion; et l'autre qui sortant de la montagne de Sion , se déchargeait enlre l'orient et le midi vers la vallée d'Ennon. Voilà ce qui concerne ce fait.

Pour ce qui est îles Galiléens que Pilale a fait mourir lorsqu'ils rendaient leurs vœux au Dieu de leurs pères, dans Jérusalem , les interprètes sont bien embarrassés à rechercher à quelle occasion celle barbare cruauté peut êlre arrivée; et il y en a qui se plaignent de ce que Josèphe n'en a rien dit dans rhisloire de ses Antiquités. Mais pour moi il me semble qu'ils ne lui rendent pas là-dessus assez de justice. Ponce-Pilale, gouverneur de Judée, n'aimait point les Juifs, et j'ai fait voir tout ce qu'il fit l'année piécédenle pour chagriner ce peuple difficile , en introduisant dans Jérusalem des boucliers consacrés à Tibère Auguste , et surtout des enseignes ou drapeaux dans lesquels on voyait l'image de ce prince. Non-seulement il ne réussit pas dans son entreprise qui était téméraire , mais il eut encore le déplaisir de se voir repris par Tibère lui-même qui aimait la paix et la tranquillité (Joseph., Antiquil. lib. X\\\l,cap. 4). Pilale n'en demeura pas là : il entreprit celle année, autant qu'on le peut juger par la suite de son histoire, de toucher au trésor sacré, qui élait religieusement conservé dans le temple , el cela sous prétexte de faire venir dans Jérusalem, par des aqueducs, de l'eau dont les sources étaient éloignées d'environ (\cus. cents stades. Le peuple juif qui regardait ce trésor du lemple comme un dépôt sacré qu'on n'employait jamais qu'à de pieux usages, en fut beaucoup irrité. Il vint par troupes et en très-grand nombre en faire des plaintes à ce gouverneur, le priant instamment de cesser son dessein. Et comme une populace émue ne sait ce que c'est que se modérer, plusieurs lui dirent des paroles offensantes et qui allaient même jusqu'à l'outrage. Pilate voyant ces insolences , qui dînèrent assez longtemps, commanda à ses soldais de s'habiller comme le peuple , et de cacher de gros bâtons.

sous leurs vêlements , avec ordre d'en frapper rudement la multitude lorsqu'elle commencerait à lui dire ries injures. Les soldais obéirent à ses ordres; mars ils frappèrent sans discernement sur les séditieux et sur ceux qui ne relaient pas. Plusieurs d'entre les Juifs furent tués dans celle occasion , et plusieurs Messes , cl la sédition s'apaisa de la sorte , après heaucoup de sang répandu.

Peut être que les Galitéens , qui étaient hardis et entreprenants, furent des plus mutins, et que dans les galeries du temple, car c'était là que commençaient ordinairement les séditions, ils dirent plusieurs paroles offensantes. Cela fut couse qu'on les traita si cruellement , que leur sang fut en quelque manière mêlé avec leurs sacrifices; car ils n'étaient dans le temple que pour les offrir. 11 faut môme observer que Piiaie était mal avec Ilérode Antipas, prince de la Galilée, cl c'est peut-être pour cela qu'on épargna moins ses sujets que les autres Juifs. Si c'est à l'occasion de ces tumultes que les Galiléens ont été ou meurtris, mi tués , on ne doit pas se plaindre de Josèphe. Mais son exactitude et sa fidélité me paraît d'autant plus grande , que c'est justement après ce fait qu'il parle de Jésus-Clirist comme d'un homme très-célèbre par sa sagesse, par sa doctrine cl par ses miracles, erat enim mirabilium operum pairator. Or il ne pouvait pas en parler plus à propos que dans ce temps-ci , où il avait déjà tant paru par ses instructions toutes saintes «;t par une infinité de prodiges. Mais je parlerai plus 1ns de ce témoignage avantageux que Josèphe a rendu à Jésus, et que quelques critiques ont voulu contester avec assez peu de raison.

Après que Jésus-Clirist eut dit quelques mots , à l'occasion de ces deux événements, il proposa la parabole du figuier stérile, pour instruire le peuple. Un homme, dit-il, avait un figuier qui était planté dans sa vigne ; il vint pour y chercher du fruit , et n'en trouva point. Alors il dit à son vigneron : Voilà déjà trois ans que je viens chercher du fruit dans ce figuier, et je n'en trouve point; coupez le donc , pourquoi occupe-l-il la terre ? Le vigneron lui répondit : Seigneur , laissez-le encore celle année , afin que je laboure au pied et que j'y nielle du fumier. El s'il porte du fruit vous le laisserez, sinon vous le ferez couper (Luc, XIII, G-9).

Une femme possédée depuis dix-huit ans, est guérie.

Pendant que le Fils de Dieu était toujours dans la Galilée, voisine de Samarie, enseignant le peuple, il entra dans une synagogue un jour de sabbat. Il s'y trouva une femme tourmentée d'un esprit qui la tenait mafade depuis dix- huit ans; elle était si courbée, qu'elle ne pouvait regarder en haut. Jésus rayant aperçue rappela et lui dit : Femme, vous êtes délivrée de votre infirmité; il lui imposa les mains , et elle fut redressée au même instant, et elle rendait gloire à Dieu. Mais le chef de la synagogue , indigné de ce que Jésus l'avait guérie au jour du sabbalj dit au peuple : Il y a six jours auxquels r-ous pouvez travailler; venez donc en ces jours- là pour (Hrc guéris, et non au jour du sabbat. Alors Jésus,

prenant la parole, lui dit : Hypocrites que vous êes, chacun de vous ne dclie-l-il pas dans l'élable son bœuf ou son àne, et ne le mènc-t-il pas boire le jour du sabbat? Kl vous ne voulez pas qu'on délivre de ses liens en un jour de sabbat celle fille d'Abraham que S a! an a tenue liée pendant dix- huit ans? Quand il disait tout celuf tous ses adversaires demeuraient confus; et le peuple était dans la joie de tontes les grandes choses qui étaient faites par lui (Luc, XII! , 10, I").

Après cela il fit au peuple la parabole du grain de sénevé ou de moutarde ; et ensuite celle du levain mis dans trois mesures de farine, qu'il avait déjà proposées et dont j'ai parlé en un autre endroit ( Luç> XIII, 18-2-1).

Or, il faut remarquer ici, comme une chose importante et à quoi les interprètes n'ont pas assez pris garde, que tous ces enseignements que Jésus ChrUt faisait à ses disciples et aux peuples, et qui sont marques dans saint Luc depuis le v. 51 du chapitre IX, jusqu'au chapitre XVIII , ont été faits par lui sur les confins de la Galilée, où elle approche de Samarie, et en allant à Jérusalem pour la fêle des Tabernacles. Aussi ce saint évangéliste a-t-il eu soin de dire : El ibat per civilates et caslella docens, et iter faciens in Jérusalem, c'est-à-dire que Jésus allait par les villes et parles bourgades, enseignant les peuples et avançant vers Jérusalem. Le Fils de Dieu avançait donc alors vers la ville sainte, cela est incontestable, et cependant il était encore dans les confins méridionaux de la Galilée ; car on vint lui dire qu'il sortît de là, parce qu'IIérode cherchait à le faire mourir, ce qu'il n'aurait pas fait si le Sauveur avait été hors de dessus ses terres. Je fais de temps en temps ces sortes de remarques, qui sont d'un grand secours pour comprendre plus ai émeut la suite des vo\ag s et des actions du Seigneur.

Après qu'il eut guéri celle femme courbée dont je viens de parler, 1 évangéliste écrit que quelqu'un lui fit celle demande : Seigneur, y aura-l-ii peu de sauvés? Il leur répondit : Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite: car plusieurs, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront. Il l'entend ainsi parce que ces gens chercheront des portes larges et des voies commodes, et néanmoins l'on n'y entre que par des portes étroites et par des voies serrées et difficiles. El quand, dit-il, le père de famille sera entré et aura fermé la porte, el que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper et à dire : Seigneur, ouvrez- nous; il vous répondra, en disant : Je ne sais d'où vous êtes. Alors vous commencerez à dire : Xous avons bu et mangé en voire présence, et vous avez enseigné dans nos places publiques. El il vous dira encore : Je ne sais d'où vous êtes; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité. Alors il y aura des pleurs el des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu , et que vous en serez chassés. Et il en viendra d'Orient, d'Occident, du Septentrion el du Midi, qui seront assis da?is le royaume de Dieu. El ainsi ceux qui étaient les premiers sont les derniers , el ceux

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qui étaient les derniers sont les premiers ( Luc , XIII , 25 50).

Ces dernières paroles sont consolâmes pour nous et pour tous ceux qui, élanl sortis d'un peuple gentil, dans quelque partie du monde que ce soit, sont entrés dans l'Eglise par la foi en Jésus-Christ. Car ceux-là, s'ils entrent par la porte étroite, seront admis avec Abraham et tous les prophètes dans le royaume de Dieu , pendant que les Juifs charnels et incrédules en seront chassés pour jamais. Ainsi ceux qui étaient les premiers par leur prééminence audessus des gentils deviendront les derniers de tous par leur infidélité.

Saint Luc écrit ici que, le même jour que Jésus- Cluist dit ces choses, quelques-uns des pharisiens vinrent le trouver et lui dirent : Allez-vous-en, sortez de ces lieux-ci , car Ilérode a résolu de vous faire mourir : Quia Herodes vutt te occidere (Luc, XIII, 51). Le Fils de Dieu était donc encore sur ses terres, c'est-à-dire, comme je l'ai remarqué, sur les frontières méridionales de la Galilée, vers les plaines dE drelon ou de Mageddo, cl sur les confins de Sainarie. Ce lélrarque ne voyait point de bon œil toute celle multitude de peuples qui élail dans ses Elats et qui courait après Jésus-Christ ; comme il était politique et rusé, il craignait que cela n'allât à quelque soulèvement. D'ailleurs, comme il s'était attiré la haine des Juifs par la mort injuste de saint Jean- Baptiste, il ne voulut pas faire la même chose à l'égard de Jésus Christ. Il y a donc assez d'apparence que ce fut par son ordre secret que ces pharisiens vinrent lui dire : Allez-vous-en et quittez ces lieux, Ext ei vade hinc , car Ilérode veut vous faire mourir. Ce prince pouvait être alors à Séphoris , dans sa capitale, et le Sauveur n'en élail pas beaucoup éloigné, mais il allait vers Jérusalem. Jl répondit aux pharisiens qui vinrent lui donner cet avis : Allez, et dites à ce renard < Ile, et dicile vulpi illi > (c'est ainsi qu'il iraile Ilérode le lélrarque) : Je chasse les dénions et je rends la santé aux malades aujourd'hui et demain ; et le troisième jour, je serai consommé. Il veut dire par là, en paroles couvertes, qu'il sera dans peu de temps consommé par sa mort, qui doit arriver dans Jérusalem. Cependant, dit-il, il faut que je continue à marcher aujourd'hui et demain, cl le jour d'après; car il ne faut pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. Puis il prononça ces terribles paroles contre celle ville sanguinaire : Jérusalem! Jérusalem! qui tuez les prophètes et qui lapidez ceux qui vous sont envoyés , combien de fois ai je voulu rassembler vos enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes? et vous ne l'avez pas voulu. Voilà bientôt le temps que vos maisons demeureront désertes ; et je vous dis que vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : Déni soit celui qui vient au nom du Seigneur (Luc, XIII, 51-35).

Un hydropique est guéri le jour du sabbat. Comme Jésus-Christ prêchait encore dans ces quartiers le royaume de Dieu , il arriva qu'élar.t dilié un

jour de sabbat dans la maison d'un des principaux d'e7itre les pharisiens pour y prendre un repas, ceux qui étaient là l'observaient. Or, il y avait devant lui un homme hydropique ; et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens : Est-il permis d>' guérir au jour du sabbat? El ils se tinrent dans le silence. Mais lui, prenant cet homme, le guérit cl le ren* voya. El leur adressant la parole, il leur dit : Qui est celui d'entre vous, si son âne ou son bœuf était tombé dans un puits, qui ne l'en retirât le jour du sabbat ? Et ils ne pouvaient rien répondre à cela (Lue, XIV, 4*5).

Jésus propose des paraboles.

Le Fils de Dieu étant chez ce pharisien où il venait de rendre la santé à cet hydropique, cl voyant que les conviés s'empressaient de choisir les premières places , intendens quomodo primos accubitus eligcrenl, leur fil celle parabole : Quand vous serez conviés à des noces, ne vous niellez point dans la première place, de peur qu'il n'y ait parmi les conviés une personne plus considérable que vous, et que celui qui vous a tous deux invités ne vienne à vous dire: Cédez votre place àcet homme, et qu'alors vous soyez réduit, à votre confusion, à n'avoir que le dernier lieu Mais quand vous y aurez été invité, allez et niellez-vous dans la dernière place, afin que celui qui vous a convié, venant à vous voir, vgus dse : Mon ami, montez plus haut. Alors vous recevrez de l'honneur en présence de tous ceux qui sont à table avec vous ; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

Jésus-Christ ayant ainsi instruit les conviés d'èlro humbles et modestes dans de semblables occasions, dit ensuite à ce pharisien qui l'avait invité : Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'y conviez point vos amis, ni vos frères, ni vos proches, ni vos voisins qui sont riches, de peur qu'ils, ne vous invitent à leur tour, et qu'ainsi vous receviez ce que vous avez donné. Mais quand dous faites un festin, appelez-y les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles, et vout serez heureux, parce qu'ils n'auront pas de quoi vous ie rendre; car ce sera dans la résurrection des justes que vous en aurez la récompense (Luc, XIV, 7-14).

Le Sauveur continue à les instruire par des paraboles familières, et leur propose celle des conviés qui s'excusent tous de venir au souper où ils avaient été invités. Voici l'occasion à laquelle le Seigneur la fil : Un de ceux qui étaient à table chez le même pharisien, entendant Jésus-Christ parler de la résurrection des justes, dit : Heureux celui qui mangera du pain dam le royaume de Dieu. Alors Jésus commença à dire : Un homme fil un jour un grand souper où il convia plusieurs personnes. A l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés qu'ils vinssent, parce que tout était, déjà prêt ; mais ils commencèrent tous à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une maison aux champs, il faut nécessairement que je l'aille voir; je vous supplie d<: m' excuser. L'autre lui dit : J'ai acheté cinq couple; de bœufs et je m'en vas les éprouver ; je vous prie ât m'excuscr. Un troisième lui dit : J'ai épousé une femme, c'est pourquoi je ne puis y aller. Ln serviteur étant de retour

rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille, se mettant en colère, dit à son serviteur : Allezvous-en vile dans les places et dans les rues de la ville, et amenez ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur lui dit : Seigneur, j'ai fuit ce que vous m'avez commandé, et il y a encore place. Alors le maître dit au serviteur : Allez dans les chemins et le long des haies, el forcez-les d'entrer, afin que ma maison soit pleine; car je vous dis que nul de ceux qui avaient été invités ne goûtera de mon souper {Luc, XIV, 15-24). Lorsque le Fils de Dieu marchait, chemin faisant, une multitude de peuple le suivait pour voir les prodiges qu'il avait coutume de faire et pour profiler de sa sainte doctrine. Alors, se tournant sers eux , il leur dit : Si quelqu'un vient à moi, el ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa vie, U ne peut être mon disciple; et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. Ce divin maître ajoule incontinent: Car qui est celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne suppute pas auparavant à son aise les dépenses qu'il faut y faire , pour voir s'il aura de quoi l'achever ; de peur qu'ayant jelé les fondations et ne pouvant l'achever, tous ceux qui verront cela ne se moquent de lui el ne disent : Cet homme avait commencé à bâtir, mais il n'a pu achever? Ou qui est le roi qui, allant faire la guerre à un autre roi, ne pense auparavant à loisir s'il pourra, avec dix mille hommes, aller au-devant de celui qui vient à lui avec vingt mille? sinon il lui envoie des ambassadeurs, lorsqu'il est encore bien loin, et lui fait des propositions de paix. Ainsi quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple {Luc, XIV, 25-53).

Autres paraboles.

Le Fils de Dieu voyant que les peuples l'écoulaient avec plaisir, parce qu'il parlait avec autorité, et confirmait sa doctrine par une infinité de miracles, leur proposa encore quelques paraboles, qui sont rapportées par saint Luc. 11 raconte encore celle de h brebis égalée, el il dit que le Sauveur la fit à l'occasion des pharisiens el des docteurs de la loi , qui murmuraient de ce qu'il recevait bénignement les publicains el les pécheurs. Car ces hypocrites disaient de Jésus-Christ : Cet homme reçoit les pécheurs et mange avec eux, < Hic peccalores recipit, el manducat cum illis. > Là-dessus il leur proposa cette parabole : Qui est l'homme d'entre vous qui ayant cent brebis, s'il vient à en perdre une , ne laisse dans le désert les quatre-vingt dix-neuf autres, et n'aille chercher celle qui était perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve? Et l'ayant relronvée , il la met avec joie sur ses épaules ; et , étant retourné en sa maison, il appelle ses amis el ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce q,>e j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. Je vous dis de même qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence que pour quatre vingtdixneuf justes qui n'ont point besoin de pénitence.

O-ttc parabole instruisait les pharisiens el les con-

fondait en même temps. En voici une autre qui tendait à la même lin. Qui est, dit Jé^us-Chrisl , la femme qui ayant dix drachmes, si elle vient à en perdre une, n'allume la lampe, ne balaie la maison et ne la cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle la trouve ? Et après l'avoir trouvée elle appelle ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi de ce que j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue. Je vous dis de même que les anges de Dieu se réjouissent lorsqu'un pécheur fait pénitence {Luc, XV, i 10).

Celle de l'enfant prodigue.

C'est encore à l'occasion des injustes murmures des pharisiens et des docteurs de la loi que le Dieu de sagesse et de vérité fait ce.le comparaison, que nous appelons parabole. Un homme avait deux enfants, « Homo quidam habuit duos filios. > Le plus jeune des deux dit à son père : Mon père , donnezmoi la part du bien qui m'appartient. El le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune de ses fils ayant ramassé tout son bien, fit un long voyage dans un pays étranger ; et là il dissipa tout , vivant dans la débauche. Après qu'il cul tout dépensé , il arriva dans ce pays-là une grande famine, et il commença à sentir la nécessité. Il s'en alla donc se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya à sa maison des champs pour y paître les pourceaux. $l là il aurait bien voulu remplir son ventre des cosses « de siliquis quas porci manducabant , » que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Ceux qui croient que siliquœ , en grec xspâiia, étaient des cosses de légumes , comme des pois et des fèves , se trompent ; c'étaient des cosses d'un arbre appelé oarrougier, dont on nourrissait les pourceaux dans la Syrie et dans l'Ionie. Le fruit de cet arbre qui est couvert d'une cosse, se nomme carrouge, du syriaque carruba, qui est en cet endroit de notre Evangile.

Enfin, dit le Sauveur, étant revenu à soi, U dit en lui-même : Combien y a t-il de serviteurs à gage dans la maison de mon père, qui ont du pain en abondance, el moi je meurs ici de faim ! Me levant , je m'en irai trouver mon père , et je lui dirai : Mon père , j'ai péché contre le ciel et contre vous, el je ne suis plus digne d'être appelé voire fils , traitez-moi seulement comme un des serviteurs qui sonl à vos gages. Se levant donc, il vint trouver son père ; et comme il était encore loin, son père l'aperçut et il en fut touché de compassion ; et, courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. El son fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez vile sa première robe et l'en revêlez; mettez-lui un anneau au doigt ei une chaussure à ses pieds ; amenez ici le veau gras et tuez-le : Mangeons et faisons bonne chère , parce que mon fils était mort el il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé. Ils commencèrent donc à faire festin.

Cependant son fils aîné était à la campagne ; et lors que , retournant , il approcha de la maison et qu'il entendit les instruments au son desauels on sautait de

joie; il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que cela voulait dire. Celui-ci lui répondit : Ccst que votre frère est revenu , et votre père a tué le veau gras, parce qu'il le revoit en bonne santé. Il en fut tout en colère et ne voulait pas entrer. Mais son père étant sorti, commença à l'en prier. Il lui répondit , en disant : Voilà tant d'années que je vous sers, et je n'ai point désobéi à vos ordres ; et cependant vous ne m'avez jamais donné un chevreau pour faire festin à mes amis. El aussitôt que votre autre fils,qui a mangé son bien wjec des femmes perdues , est revenu , vous avez tué pour lui le veau gras. Le père lui répondit : Mon fils, vous êtes toujours avec moi et tout ce que j'ai est à vous ; mais il fallait faire festin et se réjouir, parce que votre frère que voilà était mort, et il est ressuscité; il était perdu, et il est retrouvé (Luc, XV, 11-52).

Rien n'esi, pour les pécheurs qui rentrent eu euxmêmes et qui prennent les voies de la pénitence, plus consolant que celte admirable parabole ; mais aussi rien n'était plus capable de couvrir de confusion les pharisiens et tous leurs secialeurs.

L'économe injuste est loué dans celle parabole. Le Fils de Dieu continuant à enseigner les peuples par des paraboles claires et intelligibles , propose celle de l'économe infidèle , dont la prudence est pourtant louée : voici comment il parle à ses disciples : Un homme riche avait un économe qui fut accusé auprès de lui, comme ayant dissipé son bien. Il le fit venir et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de vous? Rendez compte de votre administration, « Redde ral.onem villicalionis luœ ; i car vous ne manierez plus désormais mon bien. Alors cet économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m'ôte f 'administration de son bien? Je ne saurais travailler à la terre, et f aurais honte de mendier. Je sais bien ce que je ferai , afin que quand j'aurai été été du maniement des affaires, il y ait des personnes qui me reçoivent chez elles. Ayant donc fait venir tous ceux qui devaient à son maître , il dit au premier : Combien devez-vous à mon maître? Il répondit : Cent barils d'huile. L'économe lui dit : Reprenez votre obligation ; asseyez-vous là , et faites en vile une de cinquante. Il dit à un autre : Et vous, combien devez-vous ? Il répondit : Cent mesures de froment. L'économe lui dit : Reprenez votre obligation , et faites-en une de quatre-vingts. Le maître loua cet économe plein d'infidélité , de ce qu'il avait agi avec prudence. Car les enfants du siècle sont dans leur genre plus prudents que les enfants de lumière. El moi je vous dis : Faites-vous des amis des richesses d'iniquité , afin que quand vous viendrez à manquer , ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (Luc, XVI, 1-9).

Jésus-Christ dit encore à ses disciples , mais en présence des peuples qui écoutaient sa sainte parole et qui ne pouvaient le quitter. Celui qui est fidèle dans les petites choses est aussi fidèle dans les grandes, et celui qui est injuste dans teç petites choses sera aussi injuste dans les grandes. Si donc vous n'avez pas été fidèle duns les richesses injustes , qui voudra vous confier les véritables; et si vous n'avez pas été fidèle dans

un bien qui est étranger , qui vous donnera le vôtre propre ? Nul serviteur ne peut servir deux muîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'attire. Vous ne pouvez tout ensemble servir Dieu et l'argent.

L'évangélisle dit que les pharisiens entend. dent toutes ces choses , et comme ils étaient avares , ils se moquaient de lui, et deridebant illum. Jésus leur dit : Vous êtes de ceux qui veulent paraître justes devant les hommes ; mais Dieu connaît le fond de vos cœurs : car ce qui est grand aux yeux des hommes est en abomina lion devant Dieu. La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean , c'est-à-dire jusqu'à la prédication de Jean-Bap • liste , qui a commencé à annoncer la pénitence ; depuis ce temps-là le royaume de Dieu est annoncé , et chacun se fait violence pour y entrer. Tout homme qui quitte sa femme et en prend une autre f commet un adultère ; et quiconque épouse celle qui a é:é répudiée , commet un adultère (Luc, XVI, 10-18).

Exemple de Lazare et du mauvais riche.

Que ce qui e*t dit dans l'Evangile de Lazare et du mauvais riche soit une véritable histoire ou une parabole , car les interprètes no prononcent point làdessus , il eat certain que c'est «in exemple qui est fort louchant , et qui doit bien faire penser les riches de ce monde, qui vivent dans les délices cl dans l'opulence, et qui n'ont nulle compassion des pauvres, qui sont leurs frères , et que Jésus-Chriat même reconnaît pour ses membres. Voici comme saint Luc le rapporte: // y avait un homme riche qui était velu de pourpre et de lin le plus fin , < qui induebulur purpura et bysso, > et qui se traitait magnifiquement tous les jours. Il y avait aussi un pauvre appelé Lazare , qui était couché à sa porte tout plein d'ulcères ; il eût bien voulu pouvoir se rassasier des miettes qui tombaient de la table de ce riche ; mais personne ne lui en donnait , et les chiens venaient lécher ses plaies. Or il arriva que ce pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham : le riche mourut aussi et fut enseveli dans l'enfer.

Lorsqu'il était dans les tourments , il leva les yeux et vit Abraham de fort loin, et Lazare dans son sein. Et, s' écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez compassion de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe dans Peau le bov* de son doigt pour me rafraîchir la langue, parce que je suis beaucoup tourmenté dans cette flamme. Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous, que vous avez eu des biens durant votre vie, et que Lazare n'a eu que des maux. Maintenant il est dans la consolation, et vous, vous êtes dans les tourments. El outre cela il y a un grand abîme entre vous et nous ; en sorte que ceux qui veulent passer d'ici vers vous ne le peuvent, ni aussi passer ici du lieu ou vous êtes. Il lui dit: Je vous supplie donc, père Abraham, de l'envoyer à la maison démon père, car j'ai encore cinq frères, afin qu'il les avertisse , de peur qu'ils ne viennent aussi dans ce lieu de tourments. Abraham lui répondit : Ils oui Moïse et les prophètes, qu'ils les écoulent. Non, dit-il, père Abraham; mais si quelqu'un du nombre des morts va les trouver, ils feront pénitence. Mais il répondit en-

core : S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes; ils ne croiront pas non plus , quand quelqu'un d'entre les morts ressusciterait (Luc, XVI, 19-51).

Après ecl exemple touchant, Jésus-Christ dit à ses disciples qu'il n'était pas possible qu'il n'arrivât du scandale; mais malheur à celui par qui il arrivait;

el qu'il valait mieux pour lui qu'on lui mit une meule vous a sauvé (Luc, XVII, 11-19) de moulin nu cou et qu'on le jeiâl au fond de la mer. Ensuite il parle du pardon qu'on doit donner à son frère jusqu'à sept fois le jour, s'il se repent autant de fois. Après ces instructions, les apôtres qui étaient avec le Sauveur lui dirent : Seigneur, augmentez-nous la foi. Le Seigneur leur dit : Si vous aviez une foi, comme est le grain de sénevé, vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi , et va te planter dans la mer, et il vous obéirait. Il leur donne encore ces enseignements : Qui est celui d'entre vous qui ayant un serviteur occupé à labourer ou à paître ses troupeaux, lui dise aussitôt qu'il eA retourné des champs : Venez cl mettez-vous à table. Ne lui dira-t il pas plutôt : Préparez mon souper , ceignez vous, el servez-moi, jusqu'à ce que j'aie bu el mangé; el après cela vous mangerez el vous boirez. Aura l il de l'obligation à ce serviteur , parce qu'il a fait ce qu'il lui avait commandé? Je ne le pense pas. De même vous antres, quand vous aurez accompli toutes les choses qui vous sont commandées , dites : Nous sommes des serviteurs inutiles , nous avons fait ce que nous devions faire (Luc, XVII, 1-10).

Dix lépreux sont guéris.

I! faut toujours se ressouvenir que le Fils de Dieu était encore dans les confins de la Galilée , vers les plaines de Mageddo , quand il fit toutes les instructions que je viens de marquer. Or ces grandes campagnes , où il y avait plusieurs villes et bourgades, touchaient du côté du levant à la province de Samarie L rs donc que Jésus-Christ, en allant toujours à Jérusalem , passait sur les confins de ces deux provinces , dam iret in Jérusalem, transibal per mediam Samariam et Galilœam, il entra dans une bourgade où il rencontra dix lépreux , qui s'arrêtèrent loin de lui. 11 ne faut pas croire que le Fils de Dieu ail pas>é par le milieu de ces deux provinces ; car il n'entra pas seulement dans celle de Samarie, en ayant été empêché par les Samaritains, comme saint Luc l'a fort

bien remarqué. Quand donc il dit qu'il passait per me>

dium Samariam el Galilœam, il faut traduire : entre la

Samaiie el la Cillée, inter Samariam el Galilœam,

connue il est dans l'arabe et même dans le syriaque. Le Sauveur allait donc entre ces deux provinces,

ayant à droite la Galilée, dans laquelle il marchait,

cl à gauche la Samarie, qui était toute voisine. Or

res lépreux voyant qu'il entrait dans le bourg, qui

pouvait aussi être une petite ville, commencèrent à

élever leurs voix, et à dire : Jésus, notre maître, ayez

p'iti'é de nous. Les ayant aperçus , il leur dit : Allez,

montrez-vous aux prêtres. Et il arriva que comme ils

filment, ils furent guéris. L'un d'eux, voyant qu'il était

nettoyé , retourna sur ses pas , rendant gloire à Dieu à

Huatc voix. Il vint se jeter le visage en terre aux pieds

de Jésus, lui rendant des actions de grâces; et c'était un Samaritain. Alors Jésus prenant la parole, dit: N'y en a t-il pas dix qui ont été nettoyés de leur lèpre ? où sont les neuf autres? Une s'en est point trouvé qui soit revenu el qui ail rendu gloire à Dieu , que cet étranger. Et il lui dit : Levez-vous et allez vous-en , car votre foi

Demande des pharisiens.

Saint Luc, après avoir rapporté ce miracle de Jésus- Christ, dit que les pharisiens lui demandaient un jour, quand viendrait le royaume de Dieu? Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne viendra point avec un éclat remarquable. On ne dira point : Il est ici ou il est là. Car maintenant le royaume de Dieu est en vous. Après cela, il dit à ses disciples : Le temps viendra que vous désirerez de voir un seul jour du Fils de l'homme, et vous ne le verrez point. El ils vous diront : Il est ici , il est là ; mais n'y allez point , et ne les suivez point. Car, comme un éclair paraît tout à coup depuis un calé du ciel jusqu'à l'autre, ainsi viendra le Fils de l'homme en son jour. Mais il faut auparavant qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette nation. Et ce qui est arrivé au temps de Noé arrivera encore au temps du Fils de l'homme. Les hommes mangeaient el buvaient ; ils épousaient des femmes , et les femmes des maris, jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche : le déluge survint et les fil tous périr. Il en arriva de même au temps de Loth ; ils mangeaient et buvaient ; ils achetaient et vendaient; ils plantaient cl bâtissaient. Mais le jour que Loth sortit de Sodome, il tomba du ciel une pluie de feu el de soufre , qui les fil tous périr. Il en sera de même au jour que le Fils de l'homme paraîtra. En ^ejuur là celui qui sera an haut de sa maison , si ses meubles sont dedans, qu'il ne descende point pour les prendre; et celui qui sera dans un champ , qu'il ne retourne point derrière lui. Souvenez-vous de la femme de Loth. Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra , et celui qui l'aura perdue lui-même la sauvera Je vous dis que cette nuit-là, de deux pevsonnes qui seront dans le même Ut, l'une sera prise et l'autre laissée. El de deux femmes qui moudront ensemble dans le même moulin , l'une sera prise el l'autre laissée. De deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris el l'autre laissé. Ils lui dirent : Ou sera-ce Seigneur? El il leur répondit : En quelque lieu que soit le corps, là s'assembleront les aigles, « Ubicumque fuerit corpus, illuc congregabuntur et aquilœ (Luc, XVII, 20-57;.»

Il faut tomber d'arcord qu'à en juger par les faibles lumières de l'esprit humain, il y a bien de l'obscurité dans ce discours; mais il faut aussi reconnaître que le Fils de Dieu ne semble avoir aflVclé celte obscurité que pour arrèer la curiosité cl des pharisiens et de ses disciples. Les pharisiens venaient de lui demander : Quand viendra le royaume de Dieu ? C'est comme s'ils disaient : Quand viendra le royaume du Messie , qui doit être envoyé de Dieu? Car les Juifs croyaient alors, comme ils font encore aujourd'hui, que le règne i\y\ Messie serait éclatant cl glorieux, tomme celui de David cl de Sdomon. Jésus Christ

*2il

PAK LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE

leur répond : Le royaume de Dieu esl en vous, ou, comme porle la version syriaque, au milieu de vous. Ce royaume que vous attendez est déjà parmi vous et au milieu de vous ; vous le voyez éclater par des prodiges et par des miracles , et cependant vous ne le reconnaissez pas. Ou bien encore : Ce royaume n'est point un royaume exiérieur , temporel , pompeux et éclatant ; c'est un royaume intérieur cl spirituel, qui est au dedans du cœur. Voilà comme le Sauveur répond aux pharisiens, qui ne le reconnaissaient pas pour le Messie et qui attendaient son premier avènement.

Tour ses disciples, qui savaient fort bien qu'il était le Messie, il leur parle de son second avènement, qui ne se devait faire qu'après qu'il aurait souffert la mort et qu'il serait ressuscité. Il ne leur en marque point le temps, qui ne devait être que quand la plénitude des nations serait entrée dans l'Eglise ; il leur dit seulement, pour nous instruire en leurs personnes, que le jour de ce deuxième avènement viendrait loui à coup et lorsqu'on y penserait le moins , et qu'il arriverait comme le déluge de Noé et l'embrasement de Sodome. Que quand il arriverait , \l ne serait plus temps de penser aux choses de ce monde , mais à celles de l'éternité. Et que ce serait alors qu'on ferait la séparalion des justes d'avec les impies ; qu'elle sérail si étonnante , que de deux personnes qui seraient ensemble, l'une serait prise pour èlre récompensée avec les justes , et l'autre laissée au nombre des impies, pour être tourmentée avec eux dans les flammes qui ne s'éteignent jamais.

El comme ses disciples lui demandaient : Où serace que se fera cette séparation et ce discernement? Il leur répond encore obscurément : En quelque lieu que soit le corps , c'est-à-dire, le corps du Fils de l'homme , lorsqu'il viendra dans sa gloire , brillant comme un soleil , ce sera là que s'assembleront les aigles, il entend les justes el les élus, qui, ayant mené une vie élevée au-dessus des choses de la terre, s'assembleront au lieu où sera Jésus-Christ, pour aller avec lui au plus hautducicl, contempler sans fin et sans cesse ce soleil de justice qui sera l'objet de leur plaisir et de leur bonheur. C'est l'explication de ce long discours qui m'a paru la plus naturelle ; je la donne ici sans vouloir préjudicier à toute antre qui pourra être apposée par des personnes qui auront plus de lumières el de pénétration que moi. Mais après tout ce qu'on aura dit là-dessus et sur plusieurs autres endroits semblables, ii faudra reconnaître qu'il y aura encore de la difficulté.

Parabole de la veuve el du mauvais juge. Le Fils de Dieu , après le discours de son avénenenl, proposa à ses disciples celle parabole, qui était fùen consolante pour eux, comme elle l'est pour tous ceux qui, vivant d;»ns la justice , souffrent beaucoup rie l'oppression el de la malice des hommes. Voici ce que saint Luc rapporte la-dessus ; Il dit aussi à ses disciples celle parabole , montrant qu'il faut toujours prier et ne point cesser. U y avnt un juge dans une

certaine ville , qui ne craignait point Dieu , et ne se souciait point des hommes. Or il y avait dans la même vUlï une veuve qui venait souvent le trouver, el qui lui disait : Faites moi justice de ma partie. Et il fut longtemps sans le vouloir faire. Mais enfin il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu, el que je ne me soucie point des hommes, néanmoins parce que cette veuve m" importune , je lui rendrai justice , de peur qu'à la fin elle ne me chante injures. Le Seigneur leur d'il : Entendez ce que dit ce juge d'iniquité. Et Dieu ne fera pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et il souffrira encore qu'on les opprime ? Je vous assure qu'il leur fera justice dans peu de temps. Mais lorsque le Fils de l'homme viendra , pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre {Luc, XVIII, 1-8)?

Autre parabole du pharisien et du publlcain.

Jésus Christ d'il aussi cette parabole à quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes comme s'ils avaient été justes , et qui méprisaient tous les autres : Deux hommes montèrent dans le temple pour faire leur prière ; l'un était pharisien el l'autre publicain. Le pharisien se tenant debout , priait ainsi en lui même : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pus comme le reste des hommes , qui sont voleurs , injustes, adultères , ni même comme ce publicain. Je j une deux fois la semaine ; je donne la dime de tout ce que je possède. Le publicain se tenant de loin , n'osait pas lever les yeux au ciel, mais frappait sa poitrine , disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Je vous déclare que celui-ci s'en retourna chez lui justifié, el non pas l'autre. Car quiconque s'élève sera abaissé, el quiconque s'abaisse sera élevé (Luc, XVIII, 0-14).

Le saint évangéliste dit que quelques-uns présentaient à Jésus Christ de petits enfants afin qu'il les touchai. Ce que les disciples voyant, ils les en reprenaient. Mais Jésus appelant ces enfants a lui , dit à ses disciples : Laissez venir à moi les petits enfants, el ne les en empêchez point ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous dis en vérité que quiconque ne recevra point le royaume de Dieu comme un enfant, n'y entrera point (Lac, XVIII, 15-17).

Par ces paroles Jésus-Cbri>l veut que nous sachions que si nous n'imitons la douceur, l'humilité ci la simplicité des enfants , nous n'entrerons jamais dans le royaume du ciel , que Dieu a préparé pour les justes et pour ses élus. Il est aisé de voir par tous les fols évangéliqnes que j'ai rapportés depuis que Jésus- Christ fut sorti pour la dernière lois de Capuarnaûm, où il paya le didrachme , qu'il n'y a que saint Luc qui ail écrit tout ce qu'il (il en prêchant dans la Galilée, voisine de Samarie, et en allant à Jérusalem. Ambition de quelques-uns des parents de Jésus-Christ.

Jésus qui était le Christ el le Fils de Dieu , ni::is que les Juifs appelaient alors Jésus de Nazareth, avait plusieurs cousins ou parents assez proches , qu'on nommait ses frères, el dont plusieurs étaient de cette ville où l'obstination el l'incrédulité régnaient pi us qu'< n nulle autre. Après quoi il ne faut pas s'étonner si par-

mi le grand nombre de parents qu'il avait il s'en soit trouvé quelques-uns qui, ne croyant point en lui (car plusieurs d'entre eux furent ses disciples) , ont fait paraître l'ambition de leur cœur. Comme donc Jésus- Christ était encore sur les confins de la Galilée, vers la province de Samarie , et qu'il se disposait à aller à Jérusalem pour la fêle des Tabernacles , qui était assez proche , saint Jean l'évangélisle , qui va maintenant suppléer à saint Luc et aux deux autres, écrit que ses frères lui dirent, dixerunt aulem ad eum patres ejus : Quittez ce heu-ci , et allez-vous en dans la Judée, afin que vos disciples (c'est qu'il en avait dnns celle province et même à Jérusalem) voient aussi les œuvres que vous faites. Car personne ne fait en secret ce qu'il fait, quand il veut être connu dans le public. Si vous faites de si grandes choses, manifestez-vous au monde : i Manifesta teipsum mundo. > Voilà le langage que lui tenaient ses parents infidèles et ambitieux ; car, comme remarque saint Jean, ses frères ne croyaient point en lui , neqûe enim fratres ejus credcbanl in eum.

Jésus leur dit : Mon temps n'est pas encore venu, mais votre temps, à vous autres, est toujours prêt. Le Sauveur parlait de la sorte, parce que son temps, aussi bien que ses œuvres, était réglé par la volonté de son Père, qui voulait qu'il fût encore quelques jours dans la Galilée. Il ajoute ensuite, eu continuant à leur parler : Le monde ne saurait vous huïr, mais pour moi il me liait , parce que je rends témoignage contre lui que ses œuvres sont mauvaises. C'est comme t>'il leur disait : Le grand monde qui règne dans Jérusalem ne me peut souffrir , parce que je prêche contre ses excès et ses dérèglements; pour vous autres, il ne vous hait pas, parce que vous imitez ses œuvres. C'est pourquoi il leur dit encore : Allez-vous-en, vous autres, à celte fête , « ad diem festum hune ; > c'était la tête des Tabernacles, selon saint Jean , qui venait de dire qu'elle était proche. Pour moi, je ne vais point à celte fêle, c Ego muent non ascendo ad diem feslum islum , » parce que mon temps n'est point encore accompli. Leur ayant dit ces choses, il demeura dans la Galilée.

Et après que ses frères furent partis, il alla aussi lui-même à la fête, non pas publiquement, mais comme en cachette. Les Juifs donc le cherchaient au jour de la fête; el il disaient : Où est cet homme? El on faisait de lui sourdement divers discours parmi le peuple. Quelques uns disaient : Ceci un homme de bien. D'autres disaient : Non , mais il déduit le peuple. Néanmoins personne n'osait parler bien de lui ouvertement , par la crainte qu'on avait des Juifs (Jean, VII, 1-13).

On forme ordinairement ici une difficulté , et l'on demande comment Jésus Christ a pu dire à ses proches : Allez-vous-en, vous autres, à ce jour de fêle; pour moi, je ne vas point à ce jour de fêle, ego aulem non ascendo ad diem festum istum ; puisqu'il y alla peu de temps après ? Mais il est aisé de répondre que le texte grec , qui est l'original, lève tout rembarras qu'il pourrait y avoir ; car il porte

IIlSTOillE ÉVANGÉLIQUE fftM

iyii c'j:r&» àvagscivw , ego nuudum ascendo, c'est-à-dire, Pour moi , je ne vas pas encore à ce jour de fête. Ainsi le non ascendo de la Vulgate est la même chose que, non jam ascendo, ou nondum ascendo.

Retour des soixante el douze disciples.

Le Fils de Dieu avait raison de dire à ses proches que pour lui il n'allait pas encore à celle fête , parce que son temps n'était pas accompli. C'est qu'il devait resler encore quelques jours dans la Galilée , ipse mansil in Galitœa ; en attendant le retour des soixante et douze disciples, qui étaient allés annoncer l'Evangile et le royaume de Dieu. Ils revinrent à lui vers le milieu du mois de septembre,, peu de jours avant la fête des Tabernacles. Saint Luc, qui avait parlé de leur mission, écrit qu'ils retournèrent avec joie, disant à Jésus-Christ : Seigneur, les démons mêmes nous sont assujettis, par la vertu de votre nom. Il leur répondit: Je voyais Satan qui tombait du ciel comme un éclair. Voilà que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, el toute la puhsance de l'ennemi ; el rien ne vous pourra nuire. Néanmoins ne vous réjouissez point de ce que les esprits vous sont assujettis ; réjouissez vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans le ciel (Luc, X, 17-20).

Quand le Sauveur, qui avait sur toutes choses recommandé à ses disciples la vertu d'humilité, vit qu'ils témoignaient de la joie de ce que les démons moines leur étaient soumis , il appréhenda que quelque complaisance humaine ou quelque vaine gloire n'entrât dans leur cœur. Mais il arrêta ces mouvements par ces paroles terribles : Je voyais Satan qui tombait du ciel comme un éclair. C'est comme s'il eût dit : Vous croyez être élevés au-dessus des aulres par la puissance que je vous ai donnée sur les démons; ne vous en enflez pas; car Satan luimême, qui était dans le ciel, en est tombé comme un éclair, par s;« présomption et par son orgueil.

Au même temps que Jésus-Christ eut ainsi parlé à ses disciples, l'évangélisle dit qu'il tressaillit de joie dans le Saint-Esprit, in ipsa liora exullavil in Spirilu Sancto, el qu'il parla ainsi : Je vous rends gloire, mon Père , Seigneur du ciel el de la terre , de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents , el que vous les avez révélées aux petits. Cela est , mon Père, parce que vous l'avez voulu ainsi. Toutes choses m'ont été données par mon Père; el personne ne connaît qui est le Fils, que le Père ; ni qui est le Père, que le Fils, el celui à qui le Fils l'aura voulu révéler. Alors se tournant vers ses disciples , il leur dit , le grec ajoute , c en particulier » : Heureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez; car je vous dis que beaucoup de prophètes el de rois ont désiré de voir ce que vout voyez, el ne l'ont point vu ; el d'entendre ce que vous entendez, et ne l'ont point entendu ( Luc, X, 21-24).

Quand le Fils de Dieu dit à ses disciples que p'usieurs prophètes et plusieurs rois avaient souhaité de voir cl d'entendre ce qu'ils voyaient et ce qu'ils entendaient , il parle des saints rois el des prophètes

PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE

da l'ancienne alliance , qui , êiaitt très éloignés des temps du Bfessiê , ont ardemment désiré de le voir, sans qu'ils aient eu comme eux ce bonheur. Parabole du Samaritain.

En en temps-là, avant que Jésus eût quille la Caillée pour aller à Jérusalem , un docteur do la loi lui dit, dans le dessein de le tenter: Maître, que dois- je faire pour posséder la vie éternelle? Jésus lui répondit : Que porte ta foi? Et qu'y lisez vous? Il lui dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu , de tout votre cœur, de toute votre àme , de tontes vos forces et île tout votre esprit , et votre prochain comme vousmême. Jésus lui dit : Vous avez fort bien répondu ; faites cela , et vous vivrez. Mais cet homme voulant paraître juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Alors Jésus prenant la parole , lui dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho , et tomba entre tes mains des voleurs, qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies et s'en allèrent, i ayant laissé à demi mort. Il arriva qu'un prêtre faisait le même chemin , et que, rayant aperçu, il passa outre. Un lévite semblablemcnt étant venu proche de ce lieu , et Payant vu , s'en alla. Mais un Samaritain , qui faisuit chemin , étant venu près de lui , et l'ayant aperçu , en fui touché de com passion. S'approchanl donc de lui, il banda ses plaies, après y avoir mis de l'huile et du vin; puis l'ayant mis sur son cheval, il l'emmena dans l'hôtellerie et eu! soin de lui. Le lendemain , il tira deux deniers ( c'étaient deux petites pièces d'argent , qui valaient environ quinze ou seize sous de noire monnaie) , il les donna à l'hôte , et lui dit : Ayez soin de cet homme , et ce que vmis dépenserez de plus , je vous le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois vous scmble-t-il avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs? Le docteur répondit : Celui qui a exercé envers lui ta miséricorde. Alors Jésus lui dit : Allez et faites comme lui (Luc, X, 25-57).

Quoique ce soit là une parabole , néanmoins Eusèbe deCésarée, et, après lui , saint Jérôme, remarquent qu'en descendant de Jérusalem à Jéricho, il y avait un cerlain lieu dans la tribu de Juda, mais proche celle de Benjamin , que les Juifs appelaient vulgairement Atlomim, et puis Maladomim, qui veut dire ascensus ru forum , ou rubentium , la montée des rougis de leur sang. Ils disent qu'un tel nom fut donné à ce lieu à cause des voleurs, qui y répandaient très-souvent le sang des passanls; et que c'était le lieu dont Jésus-Christ semblait parler dans la parabole du Samaritain. Les Romains , afin d'empêcher ces meurtres fréquents, se virent obligés à construire un fort en cet endroit, et à entretenir des soldats pour la sûreté des chemins.

Avant' dn passer outre dans l'histoire évangélique , i! est bon de savoir que celle parabole, qui fut prononcée après le retour des soixante et douze, e4 le dernier discours que Jésus- Christ fil dans la Galilée , où il ne rentra plus jamais que quand il apparut à j-es apôtres , après sa résurrection glorieuse. Ce fut vers le milieu du mois de septembre qu'il quitta cette

province , où il avait tant de fois prêché l'Evangile , et qui lui avait servi de refuge , pour aller dans la Judée, où tous conspiraient à le faire mourir.

Jésus va à Jérusalem à la fêle des Tabernacles.

On a pu remarquer par tout ce que j'ai dit cidevant, sur le témoignage de saint Luc, et même sur celui de saint Jean, que le Seigneur demeura dans h Galilée jusqu'à la fête des Tabernacles. Ce dernier évangélisie en donne la raison : c'est, dit-il, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir, ambulnbat Jésus in Galilœam , non enim volebal in Judœan ambulare , quia quœrebanl eum Judœi interficere (Jean, VII, I). Après quoi saint Jean ajoute (Ibid. , 2) : Or la fêle des Juifs, appelée des Tabernacles, était proche, eral aulem in proximo dies festus Judœorum, Scenopegia. Cette fêle des Hébreux est marquée en plusieurs endroits de la loi ; et elle y esl ordonnée comme une des trois solennelles que ce peuple observait, dans lesquelles tout homme mâle était obligé d'aller à Jérusalem rendre ses vœux au Dieu d'Israël. Elle avait é:é établie pour deux fins : la première, pour faire ressouvenir les Hébreux et leur postérité dans tous les siècles , que leurs pères, en sortant de l'Egypte , avaient demeuré dans la désert sous des lentes et des pavillons durant l'espice de quarante ans; après lesquels Dieu les introduisit dans une lerre où coulaient le lait et le miel, el qui était remplie de villes el de maisons, pour y habiter : ut discant poslcri Vislri , quod in tabernaculis hqbilare fecerim filios Israël, cum educ rem eos de terra JEgypti ( Lévit., XXI H, 43).

Et pour mémoire de cela, Dieu leur recommandait de prendre des branches des arbres les plus beaux et les plus touffus, comme de palmiers, d'oliviers, d'orangers, de myrtes et autres semblables; d'en faire comme des lentes où ils fussent à l'ombre , et de demeurer sept jours cnliers là-dessous , el hubitabitis in umbraculis septem diebns (Ibid., 42). Ces tenles de branches, qui étaient la figure des véritables lentes, sous lesquelles ils avaient demeuré dans le désert , et que les Latins appellent tabema' cula, ont donné le nom à celte fêle, qu'on appelle pour cela la fêle des Tabernacles; en grec elle est nommée ï/./i-Jo-xrr/ix, Scénopégie, à cause des tenles qu'on dressait. Voilà la première fin de son institution.

La deuxième était pour rendre grâces au Seigneur de tous les fruits de la lerre qu'on avaii recueilli-; durant cette année-là : Solemnitalem quoque in exila anni cuslodies, quando congregaveris omnes frutjes tuas de agro (Exode , XXIII, 16 ). Moï&c dit qu'on célébrerait celle fêle solennelle in exitu anni, à la fin de l'année, c'esl-à-dire vers Téquinoxc d'automne ou du mois de septembre ; car avant la loi de Moï>e. l'année commençait à cet équinoxe ; mais depuis la sortie de l'Egypte, elle commença choz les Hébreux à 1 équinoxe du printemps , ou au mois de mars, principalement en ce qui était des Cèles ou du culte

de Dieu. Ainsi , selon le règlement de la loi , la fête des Tabernacles se célébrait toujours mense seplimo , le septième mois , que les Juifs appelaient lisri, et c'était le quinzième de ce mois que se faisait la solennité- Elle durait sept jours, pendant lesquels tout homme demeurait sous les lentes, comme j'ai déjà marque : et le huitième tous quittaient leurs tentes et se rassemblaient dans Jérusalem et au temple, pour y rendre conjointement leurs actions de yiâees au Dieu souverain d'Israël. Ce huitième jour, qui était aussi solennel que le premier, s'appelait dies cœlus nique cvlleclœ (Lévit., XX III, 56), un jour d'assemblée et de réunion. Voilà ce qui concerne la fêle des Tabernacles, pour laquelle Jésus-Christ se tendit à Jérusalem. Elle tomba celte année-ci vers le 19 septembre, s'il est vrai que le premier jour de lisri fut le cinquième de ce mois , comme marquent les Tables de Buthérius.

Saint Jean l'évangéliste , qui est le seul qui ait raconté ce que Jésus-Christ lit en celle fêle à Jérusalem , dit qu'il y alla non publiquement , mais comme eu cachclte : Tune et ipse ascendit ad diem festum, non manifeste, sed quasi in occullo {Jean, Vil, 10). Sur celle manière de parler, on peut conjecturer qu'il n'entra pas dans la Judée accompagné île ses disciples, parce qu'on cherchait dans celle province à le faire mourir. Il alla donc à Jérusalem en particulier et le plus secrètement qu'il put ; et comme il y arriva vers le jour de la fête, il entendit les divers discours qu'on faisait de lui sourdement parmi le peuple. Les uns disaient que c'éiait un homme de bien, quia bonus est : les autres au contraire disaient qu'il séduisait les peuples , seducil lurbas- Mais l'évangélisie remarque que personne n'osait dire du bien de lui publiquement , palam , par la crainte (prou avait des Juifs, propter mclumJudœorum (Ibid. , 12-15). Voilà comme étaient les choses lorsque le Sauveur arriva à Jérusalem.

Vers le milieu de la fête, die feslo mcdianle, c'està-dire le quatrième jour de la solennité, car elle en durait huit, le Fils de Dieu monta au temple, et commença à enseigner, a&cendit Jésus in lemplum, et docebat; ainsi c'était vers le 22 septembre qu'il parut publiquement dans Jérusalem. Les Juifs en étaient tout élonnés, et disaient : Comment cet homme sait il l'Ecriture, lui qui ne l'a point étudiée. Jésus leur répondit : Ma doctrine n'est point de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut accomplir la voionlé de Dieu , il connaîtra si ma doctrine est de lui, ou si je parle de moi-même. Celui qui parle de soimême cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche ta gloire de celui qui Ca envoyé , est véritable, et il n'y a point en lui d'injustice. Jésus-Christ, après avoir établi sa mission par ces paroles , et montré qu'il était envoyé de Dieu, qui élait son Père, reprend ensuite les Juifs de ce qu'ils ne cherchent qu'à lui ôler la vie.

cherchez-vous à me faire mourir? < Quid me quœriiis inlerficcre? > Le peuple lui répondit : Vous êtes poscédé du démon : qui est-ce qui cherche à vous faire mourir ? Jésus leur répondit : J'ai fait une œuvre mira* culeuse , et vous vous en étonnez. Néanmoins Moïse vous a donné la circoncision ( quoiqu'elle ne soit pas de Moïse, mais des patriurches) et vous ne laissez pas de circoncire au jour du sabbat. Si un liomme reçoit lu circoncision au jour du sabbat , pour ne pas violer ia loi de Moïse ( il parle ainsi, parce qu'elle se donnai* toujours le huitième jour, qui était très-souvent un jour de sabbal), pourquoi vous mettez vous en colère contre moi, de ce que fat guéri un liomme dans tout son corps au jour du sabbal ? Ne jugez pas selon l'apparence , mais jugez selon l «■ justice. C'est comme s'il disait : J'ai fait du bien à un homme le jour du sabbat, en lui rendant la santé; pourquoi en êles-vuus en colère? Rendez-moi justice en jugeant sur les œuvres que vous me voyez faire, et non sur ce que je parais à vos yeux. Au reste, ce que Jésus Christ dit ici aux Juifs fait voir qu'il avait guéri un jour de sabbal quelque homme perclus de tout son corps , depuis qu'il était à Jérusalem ( Jean, VII, 14-2-4).

Sur ce discours de Jésus-Christ, quelques ge: s de Jérusalem commencèrent à dire ; N'est ce pus là celui qu'ils cherchent pour le faire mourir ? Et le voilà qui parle devant tout le monde , et ils ne lui disent rien. Ne serait-ce point que les princes du peuple. ont véritablement reconnu que c'est lui qui est le Christ ? Pourtant nous savons d'où est celui-ci ; muis quand le Christ viendra , personne ne saura d'où il est. Jésus donc élevait sa voix en les enseignant dans le temple, et leur disait : Vous me connaissez , et vous savez d'où je suis ; cependant ie ne suis pus venu de moi-même; celui qui m'a envoyé est véritable et vous ne le connaissez point. Pour moi je le connais, parce que je suis de lui , et il m'a envoyé. L'évangél^lc dit ensuite qu'i/s avaient envie de l'arrêter, mais que personne ne mil la main sur lui, parce que son. heure n était pas encore arrivée, c quia nondum venerat hora ejus. >

Or plusieurs d'entre le peuple crurent en lui , et ils

disaient : Quand le Christ viendra , fcra-t-il plus de

miracles qu'en fait celui ci? Les pharisiens entendirent

ces discours, que les peuples faisaient de lui, et là-dessus

les princes des prêtres et eux envoyèrent des archers

pour le prendre ; mais Jésus leur disuit : Je ne serai

plus qu'un peu de temps avec vous , et après je m'en

vas à celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez et

vous ne me trouverez point , et là où je serai , vous n'y

pouvez venir. Or les Juifs disaient entre eux : Où ira-

t-il donc , si nous ne pouvons le trouver? lra~l il chez

les Juifs dispersés parmi les nations, et là instruira-

t il les gentils ? Que signifie ce qu'il vient de dire :

Vous me chercherez et vous ne me trouverez point , et

là où je serai, vous n'y pouvez venir (Jean , VII ,

Quand Jésus-Christ dit aux Juifs qu'il ne sera plus

Moïse, leur dit il, ne vous a-t-il pas donné la loi, et qu'un peu de temps avec eux , cela s'entend de que'personne de vous autres n'accomplit la loi. Pourquoi ques mois ; car il ne fut mis à mort que plus de six

m9 PAR LA ROMAINE

mois après la fêle des Tabernacles. Depms sa résurreclion il s'en retourna au ciel vers son Père, qui l'avait envoyé; c'est ce qu'il disait à ces incrédules, mais ils ne comprenaient pas ses discours.

Ce que fit Jésus-Christ le dernier jour de la fête.

J'ai déjà remarqué que, durant la fêle des Tabernacles , on était sept jours sous des lentes faites de brandies d'arbres, et que le builième tous les peuples se rassemblaient à Jérusalem et allaient au lempie du Seigneur , pour lui rendre leurs actions de grâces. Ainsi ce jour , qui était comme la clôture de celle grande fêle , était aussi solennel , et peutêtre plus que le premier. Et c'est pour cela qu'il est appelé ici par saint Jean , (lies magnus festiviiatis , le grand jour de la solennité. Or dans ce dernier jour qui était le plus grand de la fête des Tabernacles, in novissimo die mcgno festiviiatis, et qui tombait celle année vois le 20 septembre , Jésus se tenant debout dans le temple , disait à haute voix : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, t Si qnis silit, veniat ad me et bibat. t Le Fils de Dieu parlait de la sorte , parce que , durant la fête des Tabernacles, les peuples, selon quelques interprètes, avaient coutume d'aller prendre de l'eau à la fontaine de Siloé, bors les murailles de Jérusalem.

Et c'est par allusion à celle eau matérielle qu'il parle de l'eau spirituelle de sa grâce et de sa doctrine quand il dit : Si quelqu'un a soif , qu'il vienne à moi et qu'il boive. Si quelqu'un croit en moi, comme dit l'Ecriture , il sortira du dedans de lui des fleuves d'eau vive. Or il entendait parler de l'Esprit que di voient recevoir ceux qui cuiraient en lui; car le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné , parce que Jésus n'était pas encore entré dans sa gloire. Plusieurs d'entre le peuple qui l'écoutaienl parler , disaient : Cet homme est véritablement un prophète. D'autres disaient : C'est le Christ. Mais quelques autres disaient : Le Christ viendrat il de Galilée ? L'Ecriture ne dit-elle pas que ce sera du sang de David et de la petite ville de Beihléhem, où il demeurait , que viendra le Christ? Ainsi il y avait de la division parmi le peuple à son sujet. Quelques-uns d'entre eux voulurent le prendre , mais personne ne mit la main sur lui (Jean , VU , 37-44 ).

On a déjà vu que les princes des prêlres et les pharisiens avaient envoyé, dès le quatrième jour de la fêle, des archers pour arrêter Jésus-Christ ; mais ceux-ci furent tellement charmés de la beauté et de la sagesse de ses discours , qu'ils ne pensèrent à rien moins qu'à exécuter leur commission. Ils retournèrent le dernier jour de la fête vers les princes des prêtres et les pharisiens , venerunt ergo ministri ad ponlifices etpharisœos, qui leur dirent : Pourquoi ne i'avez-vous pas amené ? Les archers répondirent ; Jamais homme n'a parlé comme celui-ci. Les pharisiens leur J dirent : Eies-vous aussi vous autres séduits ? Y a t-il aucun des princes du peuple ou des pharisiens qui ait cru en lui? Car pour cette populace qui ne sait pas la ioi, ce sont des gens maudits.

Alors Nicodème, qui était l'un d'euro eux, et t'était lui qui était venu la nuit trouver Jésus, leur dit : Notre loi condamne-t elle personne, sans l'avoir ouï auparavant , et sans savoir quelles sont ses actions ? Ils lui répondirent : Est-ce que vous êtes aussi Galitéen ? Lisez les Ecritures , et apprenez qu'il n'est point venu de prophète de Galilée. Et chacun d'eux s'en retourna en sa maison (Jean, VII, 45-53).

C'est que l'heure de ces impies et celle de la puissance des lénèbres n'était pas encore arrivée : et il fallait que Jésus-Christ accomplît jusqu'au dernier moment tout ce qui était réglé par la volonté de son Père.

Une femme adultère lui est présentée.

Le dernier jour de la fête des Tabernacles commençant à s'abaisser , le Fils de Dieu sortit de la ville de Jérusalem, et passant le torrent de Cédron, que les anciens ont appelé le torrent des Cèdres, il s'en alla sur la montagne des Oliviers, in inontem Oliveii, gr. , in montem Olcarum , Twv ÉAaiwv, qui était vis-à-vis de Jérusalem, du côlé de l'Orient. Il chercha celte retraite, selon toutes les apparences, pour y passer la nuit en prières. Mais dès la pointe du jour suivant, < diluculo > il revint au temple; et tout le peuple «'assemblant autour de lui , il s'assit et commença à les instruire. Alors les docteurs de la loi et les pharisiens amenèrent une femme qui avait été surprise en adultère, et la mirent au milieu de tous. Puis ils lui dirent : Maître , cette femme vient d'être surprise en adultère. Or dans la loi Moïse nous a ordonné de lapider celles qui sont coupables de ce crime.

La loi couchée au chap. XX, 10, du Lévilique, et au chap. XXII , 22 , du Dcutéronome , porte simplement qu'on fera mourir les adultères, morte morianlur et mœchus et adultéra; mais elle ne dit point qu'on les lapidera. Et les l'ébreux modernes disent seulement que les adultères doivent cire étranglés. Cependant soit que ce (ûl la loi, suit que ce fui la coutume, interprète de la loi, il est certain par le ch. XVI, 58, 40, du prophète Ézéchiel, qu'il y avait alors plus de six cents ans qu'on lapidait les adultères chez le peuple d'Israël. Il y a donc apparence que la loi qui n'ordonnait que la mort avait élé expliquée par Moïse lui-même. Quoi qu'il en soii, ces docleurs et ces pharisiens dirent à Jésus-Christ : La loi nous commande de lapider les adultères ; vous donc qu'en dites-vous? Us disaient cela en le tentant, afin d'avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, écrivait avec son doigt sur la terre. Et comme ils continuaient à l'interroger , il se releva et leur dit : Que celui de vous autres qui est sans péché lui jette la pierre le premier. Puis , se baissant de nouveau il écrivait encore sur la terre.

Quelques interprètes, après saini Jérôme (Dialog. 2, contra Pelag.) , ont cru assez probablement que le Sauveur écrivait sur la terre les péchés de ceux qui accusaient celle femme. Car Févangélisle ajoute L'ayant entendu ils se retirèrent l'un après l'autre,

étant repris, comme porte le grec, par leur conscience, cl les vieillards s'en allèrent les premiers. El ainsi Jésus demeura seul avec la femme qui était au milieu de la place. Alors Jésus, se relevant , lui dit : Femme , où sont ceux qui vous accusaient ? Personne ne vous a-l-il condamnée ? Elle lui répondit : Personne , Seigneur. Jésus lui dit : Je ne vous condamnerai pas non plus ; allez-vous-en, et ne péchez plus désormais (Jean, VIII, i 11).

Après que Jésus-Christ eut renvoyé cette femme adultère , Pévangélisle écrit qu'il parla encore aux Juifs, pour leur apprendre qu'il était envoyé par son Père céleste. Voici ce qu'il leur dit : Je suis la lumière du monde , t Ego su m lux mundi ; > celui qui me suit , ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Les pharisiens lui di- »•<>// : Vous vous rendez témoignage à vous-même, votre témoignage n'est point véritable. Jésus leur répondit : Qi oique je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est véritable, parce que je sais d'où je viens et où je vas : mais pour vous autres , vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. Vous jugez selon la chair, mais moi je ne juge personne ; et quand je jugerais , mon jugement serait véritable , parce que je ne suis pas seul; mais je suis avec mon Père, qui m'a envoyé. Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes sera véritable. Or je me rends lénwijnage à moi-même, et mon Père qui m'a envoyé me rend aussi témoignage. Us lui disaient donc : Où est votre Père? Jésus leur ré- Dondil : Vous ne me connaissez pas , ni mon Père non plus ; si vous me connaissiez , vous connaîtriez aussi mon Père. Saint Jean dit que Jésus fit ce discours enseignant dans le temple , au lieu où était le tronc ; et que personne ne mil la muin sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue (Jean, VIII, 12-20).

Ce tronc, où les hommes et les femmes jetaient de l'argent tant pour les usages du temple que pour l'entretien des veuves et des orphelins, n'était pas fait comme ceux de nos églises ; c'était un coffre en forme d'arche , que les Septante , à cause de cela appellent, xiSutôv, arcam, et Josèphc çi).w©v dwKvpàv, thesaurum ligneum, d'autant que ce coffre était de bois. II y avait un autre endroit , et môme plusieurs dans le temple, où Ton gardait les trésors, qui consistaient en or et en argent , en pourpre, en fin lin en écarlate, en aromates, en parfums ei choses semblantes ; et ce lieu est appelé par Josèphe yaÇopuiobuov, gazopliylacium , comme le tronc , en cet endroit de saint Jean.

Jésus leur dit encore : Je m'en vas, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché ; où je vas, vous n'y sauriez venir. Les Juifs disaient : IS'est-ce point qu'il se tuera lui même, et que pour cela il dit : Où je vas, vous n'y sauriez venir ? et il leur dirait : Pour vous autres, vous êtes d'ici-bas; mais pour moi je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que c'est moi (c'est-àdire qui suis le Messie envoyé de mon Père), vous

mourrez dans vos péchés. Là-dessus ils lui disaient : Qui êtcsvous ? Jésus leur répondit: Moi qui vous parle, je suis dès le commencement. J'ai beaucoup de chost* à dire de vous, et à en juger. Mais celui qui m'a envoyé est véritable, et je ne dis dans le monde que ce que j'ai appris de lui. El ils ne comprirent pas, dit Tévangéliste, qu'il disait que Dieu était son Père. Jésus leur dit encore : Lorsque vous aurez élevé en haut le Fils de l'homme (il entend sur l'arbre de la croix), vous connaîtrez que c'est moi, (c'est-à-dire qui suis le Messie et le Sauveur envoyé de Dieu) , et que je ne fais rien de moi même ; mais que je parle comme mon Père m'a enseigné ; et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point lahsé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable (Jean, VIII, 21-29).

Saint Jean, qui rappone tous ces discours de Jésus-Christ, dit qu'alors plusieurs crurent en lui, < Hœc illo loquente, multi crediderunt in eum. > Jésus dhait donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous persévérez dans ma doctrine, vous serez véritablement de mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. Ils lui répondirent : Nous sommes du sang d' Abraham, et nous n'avons jamais é.é esclaves de personne; comment dites-vous que nous serons libres? Jésus leur répondit: En vérité, en vérité je vous dis que quiconque commet le péché est esclave du péché. Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison, mais le fils y demeure éternellement. Si donc le Fils vous met en liberté, vous serez véritablement libres. Je sais que vous êtes enfants d'Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole n'est point reçue dans vous.. Pour moi, je dis ce que j'ai vu dans mon Père , et vous autres vous faites ce que vous avez vu dans votre père. Ils lui dirent : Notre Père, c'est Abraham. Jésus leur répondit : Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. Maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité, que j'ai apprise de Dieu ; Abraham n'a point fait cela. Vous faites les œuvres de votre père.

Là dessus ils lui dirent : Nous ne sommes point des enfants bâtards ; nous avons un père qui est Dieu. Jésus leur dit : Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez, parce que je procède de Dieu, et que je viens de lui; car je ne suis point venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez ouïr ma parole. Vous êtes les enfants du diable ; et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement (c'est-à-dire, en portant Caïn à Hier le juste Abcl qui était son frère), et il n'est point demeuré dans la vérité, parce que la vérité n'est point en lui. Quand il dit des mensonges, il parle de son propre fonds : car il est menteur et père du mensonge. Mais pour moi, quand je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui de vous me reprendra d'aucun péché ? Si je vous dk la vérité, pourquoi ne me croyezvous pas ? Celui qui est de Dieu, entend les paroles de Dieu ; pour vous antres, vous ne les entendez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu (Jean, VIII, 50-47).

Toutes ces dernières paroles de Jésus-Christ étaient bien fortes , aussi mirent-elles les Juifs en colère. Ils commencèrent donc à lui parler outrageusement , en disant : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain, et que vous êtes possédé du démon ? Jésus leur répondit : je ne sais point possédé du démcn;mais J'honore mon père, et vous autres, vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche point ma propre gloire , un autre la recherchera et me rendra justice. En vérité , en vérité je vous le dis : Si quelqu'un garde ma parole , il ne verra jamais la mort. Les Juifs lui dirent là-dessus : Nous connaissons bien maintenant que vous êtes possédé du démon. Abraham est mort et les prophètes aussi ; et vous dites : Celui qui garde ma parole ne verra jamais la mort. Eles-vous plus grand que notre père Abraham , qui eit mort? Les prophètes sont morts pareillement. Qui dites-vous que vous êtes? Jésus leur répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. C'est mon Père qui me glorifie; vous dites qu'il est votre Dieu , et cependant vous ne le connaissez pas. Pour moi, je le connais, et si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous. Mais je le connais, et je garde sa parole. Abraham, votre père, aurait été ravi de voir mon jour (c'est-à-dire, /e jour démon avènement en ce monde); il l'a vu (il veut dire) en esprit, et il s'en est réjoui. Les Juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis, je suis avant qu'Abraham fut au monde. Ils prirent donc des pierres pour les lui jeter , mais Jésus se cacha et sortit du temple; le grec ajoute qu'il se relira en passant au milieu d'eux , c'est-à-dire sans qu'ils raperçusseni'(«/ea«, VIII, 48 59).

Un aveugle-né reçoit la vue.

Lorsque Jésus passait , un jour de sabbat , il vit un homme qui était aveugle dès sa naissance, et ses d;scipies lui firent celle demande : Maître , qui est-ce qui a péché , ou cet homme , ou ses parents , pour qu'il soit né aveugle ? Jésus leur répondit : Cet homme n'a point péché , ni ses parents non plus ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu éclatent en lui. Il faut que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé, pendant qu'il est jour ; la nuit viendra , quand personne ne peut agir. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Après avoir dit cela, il cracha ci terre , fil un peu de boue de sa salive , et oignit de celte boue les yeux de l'aveugle, et lui dit : Allez, lavez-vous dans la piscine de Siloé (qui veut dire envoyé). Il s'y en alla donc, il s'y lava et s'en revint voyant clair. Or ses voisins et ceux qui l'avaient vu auparavant demander l'aumône disaient : N'est-ce pas là celui qui était assis et qui demandait l'aumône ? Les uns répondaient : C'est lui ; les autres disaient : Non , c'en est un qui lui ressemble. Mais pour lui il disait : C'est moi-même. Ils lui dirent donc : Comment vos yeux se sont-ils ouverts? Il leur répondit : Cet homme qu'on appelle Jésus , a fait de la boue , m a oint -mes yeux et' m'a dit : Allezà la pisemede Sitôé. et'Iârczv'Qus.J'yai é:é , je >^y éuïs lavé, S. S. XXVII.

ET LA JUDAÏQUE. I2o4

et je vois. Ils lui demandèrent : Oh est-il ? Il leur répondit : Jen'en sais rien. (Jean, IX, 1-12).

Alors les Juifs amenèrent aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or c'était le jour du sabbat que Jésus fit cette boue et qu'il lui ouvrit les yeux; et c'est ce qui choquait tes pharisiens, qui ne voulaient pas qu'on guérît un homme le jour du sabbat. Ils l'interrogèrent donc eux-mêmes comment il avait recouvré la vue? Celui qui avait été aveugle leur d'il : Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. Quelques-uns des pharisiens disaient : Cet homme n'est point de Dieu, parce qu'il ne garde point le sabbat. Mais d'autres disaient: Comment un homme pécheur pourrait il faire ces miracles? Et i/,s étaient divisés là-dessus. Ils dirent de nouveau à l'aveugle : Et vous, que dites-vous de cet homme qui vous a ouvert les yeux? Il répondit : C'est un prophète. Or le* Juifs ne crurent point que ce fût cet homme qui avait, été aveugle, et qui voyait, jusqu'à ce qu'ils eussent fuit venir le père et la mère de celui qui avait reçu la vue.

Ils les interrogèrent donc et leur dirent : Est-ce là votre fils t que vous dites être né aveugle? Comment donc voit - il maintenant ? Ses parents répondirent : Nous savons que c'est là notre fils, et qu\l est né aveugle; mais nous ne savons pas comment il voit maintenant , ni qui lui a ouvert les yeux. Il a de Cage, interrogez-le; qu'il parle pour lui-même. \ oui où paraît manifestement la malice et l'aveuglement des principaux d'entre les Juifs. Car Pévangélistc? ajoute : Ses parents parlèrent ainsi, parla crainte quiU avaient des Juifs ; parce que les Juifs avaient déjà résolu ensemble que quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Christ serait chassé de la synagogue , < ut si quis eum confitcrelur esse Christum, extra synagogam fier et. » C'est pour cela que ses parents se contentèrent de dire : Il a de l'âge , interrogez-le lui-même (Jean, IX , 13-23).

On voit par ce procédé violent et injuste combieu les princes des prêtres , les anciens du peuple , lesdocteurs de la loi et les pharisiens, car tous ces gens conspiraient ensemble , se rendaient coupables devant Dieu ; puisque l'on peut dire que sans cette précaution malicieuse , qui ne pouvait être inspirer que par l'esprit de ténèbres, toute la Judée et tout Jérusalem auraient reconnu Jésus pour le vériia!>:«v Messie envoyé de Dieu. Mais la crainte d'être chasx* de la synagogue, c'est-à-dire d'être regardé comme un excommunié et comme indigne de la société de,* autres, empêchait les peuples de le reconnaître pour le Christ; cl ceux qui le faisaient, ne le laisaie.it qu'en secret, comme Nicodème, Gamaliel et quelques autres, qui étaient des principaux d'entre les pharisiens et les docteurs de la loi.

Mais voyons la suite de celte histoire , nù la malignité et la passion <l:â pharisiens parait à découvert. L'évangélisle dii qu'ils appelèrent une seconde fois l'homme qui avait éié aveugle , et lui dirent : Heudi ç gloire à Dieu ; nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur, répondit : Je ne sais pas si e'esl un yé~ cheur ; vuùs je suis une chose , qui est qu'oymu t!& aveugle , je vois maintenant. Ih lui dirent : Que. a,^*

(Quarante»]

M-t-il fait, et comment vous a t U ouvert (es yeux? Il Jésus leur dit celte parabole

teur répondit : Je vous l'ai déjà dit, et vous Cuvez en- ::ndu, pourquoi voulez vous que je te répète ? Est-ce que vous voulez aussi être de ses disciples ? Mais eux, le maudissant, lui dirent: Soyez son dise pie, si vous le v niez; pour nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est. Cet homme leur répond: l : Cesl une thèse admirable que cet homme m'ait ouvert les yeux, et que vous ne sachiez d'où il est. Or nous savons que Dieu h exauce point les pécheurs; mais si quelqu'un llionore, fl qu'il [<ir,se sa volonté , c'est celui-là qu'il exauce. Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux à un aveugle né; si cet homme n'était point de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable. Ils lui répondirent : Vous n'êtes que péché dès votre naissance, et vous vous mêlez de nous enseigner. Alors ils le chassèrent dehors , i et ejeccrunl eum extra; » c'est à-dire que ces hommes violents le chassèrent hors du temple, où iis l'avaient fait venir; ou bien même l'exclurent de ta synagogue ( Jean , IX, 24-55).

Jésus-Christ apprit par le bruit public que les pharisiens avaient ainsi chassé cet homme, à qui il avait rendu la vue ; et l'ayant rencontré , U lui dit : Croyezvous au Fils de Dieu ? Il lui répondit : Qui est-il. Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit :Vous l'avez ru, et c'esicclui qui vou* parle. Alors il dit: Je crois, Seigneur; et, se prosternant , il l'adora, t et proeident iidoravit eum. i Ce fut alors que le Fils de Dieu ajouta : Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point reçoivent la lumière, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Quelques-uns des pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles , et lui dirent : Sommes-nous aussi nous autres des meugles ? Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché; c'est comme s'il disait : Si vous étiez aveugles, vous seriez plus humbles, et vous n'auriez point de péché, parce que vous auriez recours au médecin spirituel , qui vous guérirait de vo're aveuglement; mais maintenant vous dites : Nous voyons clair, et c'est pour cela que cotre péché demeure (Joan. IX, 55-41.)

// instruit par des paraboles.

i,e Fils de Dieu fait voir aux Juifs, par quelques paraboles assez courtes, qu'il est la véritable porte par laquelle on entre dans la bergerie, qui et l'Elise; et ensuite il montre qu'il est le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses b;e i> Celui, «lit \\, qui n'entre pas dans la bergerie des brebis par lu porte, mais qui y monte par un autre endroit, es: un voleur et un lurron. Mais celui qui entre par la porte, est le pasteur des brebis. C'est à lui que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les fait sortir, et lor qu'il a fait sortir ses propres brebis, U va devant elles, et s s brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Elles ne suivent point un étranger, mais < / es s'enfuient de lui, pur ce qu'elles ne connaissent point la voix des étrangers.

mais ils nlentcndhcnt point de quoi il leur parlait. Jésus leur dit donc encore: En vérité, en vérité je vous le dis : je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus , le grec dit , avant moi , c'est-à-dire ceux qui se sont di:s Messie avant m- i, sont des voleurs et des larrons; et let brebis ne les ont point écoutés. Je suis la porte; si quelqu'un entre par moi, il sera sauté ; il entrera, il sortira et il trou . vera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voter, pour égorger et pour perdre. Mais pour moi , je suis Venu afin que les brebis aient la vie et qu'elles l'aient arec abondance, c'est-à-dire afin qu'elles aient dans la vie spirituelle une abondance de grâces, et dans la vie éternelle une surabondance de joie et de plaisirs (Jean, X, i-IO).

Il propose ensuite la parabole du bon pasteur, ou plutôt il déclare que c'est lui qui est le bon pasteur, et qu'il y a bien de la différence entre lui cl les pasteurs mercenaires. Je suis, dit-il , h bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ; mais le mercenaire cl celui qui Ji'cst point vrai pasteur, auquel les brebis n'appartiennent pas, voyant le loup venir, abandonne les brebis et s'enfuit ; et le loup les ravit et disperse le troupeau. Or le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire et qu'il ne se soucie point des brebis. Je suis le bon pasteur, je connais mes bnbis et mes brebis me connaissent , comme mon Père me connaît et que je connais mon Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de celte bergerie; il parle des gentils, qui n'étaient ni de la synagogue, ni de la iffllimi des Juifs : // faut aussi que je les amène, c'est-à-dire par mes apôtres et mes prédicateurs. FAles écouleront ma voix ? et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur. Des Juifs et des gentils il ne se fera qu'un môme troupeau, qui aura la même bergerie, qui sera l'Eglise, dont le pasteur souverain sera Jésus-Christ.

Il ajoute incontinent après : C'est pour cela que mon l'ère m'aime , parce que je donne ma vie pour la reprendre une seconde, fois ; il entend, en ressuscitai!! d'entre les mo^is. Personne ne me la ravit, mais c'est de moi-même que je la donne; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai aussi le pouvoir de la reprendre une seconde fois. J'ai reçu ce commandement de mon Père. L'cvangélisle écrit que ce discours excita une nouvelle division parmi les Juifs. Plusieurs d'entre eux disaient : Il est possédé du démon; il a perdu l'esprit : pourquoi l'écouiez-vous ? Lt-s autres disaient : Ce ne sont pas là des paroles d'un homme possédé du démon. Le démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles? {Jean, X, 11-21.)

Jésus se reire au-delà du Jourdain.

11 faut remarquer ici, comme une chose importante à la suite de cette histoire, qu'après ces derniers discours que J sus-Christ fit à Jérusalem, il q itla la ville sainte et se relira même de la Judt'e, parce qu'il n'y était pas en assurance de sa vie. D aill'ins, comme Hérode Antipas cherchait aussi à le perdre, et qu il tenait sa cour à Séphoris datait

m7 PAR LA ROMAINE

Haliléc, le Fils vie Dieu chercha un refuge dans la l'érée, au delà du Jourdain. Et il le fil d'amant plus volontiers, qu'il ne paraît pas, par la narration des évangélistes , qu'il eût encore annoncé l'Evangile dans ces quartiers-là. C'est ce qu'a voulu dire suint Matthieu, quand il écrit que Jésus, ayant quitté la Galilée, vint aux confins de la Judée, au delà du Jourdain, miqravit à Galilœa, et venil in fines Judœœ Irans Jordanem, ns/sav-reO lopoàvsu. El, afin qu oïl n en doute pas, saint Marc confirme la même chose , en disant : Et inde exsurgens venil in fines Judœœ ultra Jordanem. Tout cela est soutenu par la version syriaque et par l'arabe, qui portent, in ulteriorcm ripant Jordanis.

Le Sauveur, qui voyait que tous conspiraient à le perdre, non-seulement à Jérusalem, mais môme dans la Judée, se relira comme Galilécn au delà du Jourdain , où il était plus en sûreté. Il y demeura vers liéthabnra, où saint Jean avait baptisé, et comme ce n'était pas loin de Jéricho, les évangélistes ont eu raison de dire que Jésus Christ, ayant quille la Galilée, où il ne retourna jamais plus, était allé au delà du Jourdain, vers les confins de la Judée. Il y alla après la fêle des Tabernacles, sur la lin de septembre; il y demeura deux mois entiers, jusqu'à la solennité de la Dédicace , qui tombait à la (in de novembre ; et après la Dédicace, comme les Juifs voulaient l'arrêter, saint Jean (X, -40) dit qu'il se retira une seconde fois au delà du Jourdain, cl abiil iterum trans Jordanem. I! y avait donc été auparavant, c'est une cbr.se constante; car il ne demeura point dans la province de Judée , comme quelques uns l'on cru trop facilement. Quand le Fils de Dieu se fut retiré dans la Perce, au delà du Jourdain , saint Matthieu, qui recommence à parler de lui , dit qu'il fut suivi par de grandes troupes de peuples cl qu'il guérit en ce lieu ceux qui avaient besoin de son secours, seculœ sunt eum tnrbœ multœ, et curavit eos ibi. Et saint Marc ajoute qu'il les enseignait là, comme il avait coutume, et sicut consneverat, ilerum docebal illos. Les pharisiens, qui ne cherchaient que l'occasion de lui nuire, vinrent aussi à lui , mais dans 1e dessein de le tenter, « tentantes eum. > Ils lui dirent donc : Est-il permis à un homme de quitter sa femme pour quelque cause que ce soit ? Il leur répondit : N'avez vous point lu (Gen., Il, 24) que celui qui a créé l'homme dès le commencement , a fait l'homme et la femme, et ait alors : A cause de cela (c'est à dire à cause que la femme a été tirée de l'homme, et que par le mariage l'un et l'autre ne font qu'une chair), l'homme abandonnera son père et sa mère et demeurera attaché à sa femme, et ils ne seront tous deux qu'une chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme donc ne iépare point ce que. Dieu a conjoint.

Ils lui dirent : Pourquoi donc Mois? a-t-il ordonné de donner à sa femme un écrit de répudiation, et ainsi de la quitter. Jésus leur répondit : Moïse ne vous a permis de quitter vos femmes qu'à cause de la dureté de votre cœur ; mais il n'en a pas été ainsi des le commen-

cernent. El je vous déclare que quiconque quitte sa femme, si ce n'est en cas d'adultère, et en épouse tint autre, commet un adultère; et que celui qui épouse celle qu'un autre a quittée commet aussi un adultère. J'ai déjà, dans un autre endroit, expliqué les difficultés qu'il peut y avoir là-dc>sus, et ainsi je ne m'y arrête pas davantage, pour ne pas redire les mêmes choses sans nécessité (Malth.,X\X, 1-9; Marc X, 1-9).

Après que Jésus Chri.-t eut.fait voir aux pharisiens I'indissolubiliié du mariage, en remontant Jusqu'à sa première origine, ses disciples lui dirent : Si la condition d'un homme est telle à l'égard de sa femme, il n'est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous n'entendent pas ce langage, mais seulement, ceux qui en ont reçu la grâce. Car il y en a qui sont eunuques dès te ventre de leur mère, et qui sont nés tels; il y en a d'autres que tes hommes ont fait eunuques : et il y en a aiissi qui eux mêmes se sont rendus eunuques pour le royaume du ciel : qui peut comprendre ceci le comprenne.

Ce que les disciples du Seigneur ne comprenaient guère, avant qu'ils eussent reçu la plénitude du Saint Esprit, qui leur apprit toutes choses, est aujourd'hui, par une bénédiction que Dieu a répandue sur son Eglise, non-senïement compris, mais même pratiqué par une infinité de chrétiens. Ils se rendent eunuques, pour me servir des termes de l'Evangile, non selon la chair, mais scion l'esprit cl le cnmr, s'ahslcnant saintement cl courageusement de tons ses plaisirs, pour gagner le royaume du ciel. Car, pour le gagner, ils veulent, selon le langage de l'Apôtre, cire saints de corps cl d'esprit.

Ensuite de celle réponse, on présenla au F:ls do Dieu de petits enfants, afin qu'il leur imposât les mains et priât pour eux. El les disciples les en reprenaient, c'est à-dire reprenaient ceux qui les présentaient ainsi au Seigneur. Mais Jésus leur dit : Laissez ces enfants, cl ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume du ciel est pour ceux qui leur ressemblent (Matth., XIX, 10-15; Marc, X, 15-10).

Les richesses empêchent un y une homme de suivre Jésus-Christ.

Un jour que le Fils de Dieu sortait, pour se mettre en chemin, un jeune homme de qualité, qui possédait de grands biens, accourut à lui, et se menant à genoux, lui dit : lion maître, quel bien faut il que je fasse pour acquérir la vie étemelle. Jésus lui répondit : Pourquoi m'inlerrocjez-vous sur le bien que vous dcv:z faire, < Quid me interrogas de bono? > Il y a deux aulrcs évangélistes qui , au lieu de ces paroles , lisent : Quid me dhïs benum , pourquoi m'appelezvous bon ? Il n'y a que Dieu seul qui soit bon : Ncmo bonus ni si solus Deus. Saint Ambroise (In Lucam) explique admirablement bien ces paroles : Pourquoi m' appelez-vous bon, vous qui ne croyez pas que je sois Dieu; car il n'y a que Dieu seul qui soit 6o».Jésus Chrisi, dit ce Pé:c , ne nie donc pas qu'il s.oil bon, il marque même et insinue qu'il est Dieu : Non crrj'> bo*ni u se neûcit, icd Deum signal.

Le Sauveur ajoute en parlant à ce jeune homme : Si vous voulez entrer en la vie, gardez les commandements. Quels commandements , lui dit-il? Jésus lui répondit : Vous ne ferez point d'homicide. Vcus ne commettrez point d'adultère. Vous ne déroberez point. Vous ne dhez point de faux témoignage. Honorez votre père et votre mère. El vous aimerez votre prochain comme vous-même. Ce jeune homme lui dit : J'ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse , que me reste l-il encore à faire? Jésus lui répondit : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel; puis venez, et me suivez. Ce jeune homme ayant entendu ces paroles, s'en alla tout triste, parce qu'il avait de grands biens t erat enim habens mnltas possessiones. » Il failait que ce fûl un jeune homme de grande naissance et puissamment riche, puisqu'il est appelé prince, princeps , dans saint Lue.

Après que ce jeune seigneur se fût retiré tout chagrin el tout triste, parce que^ quoiqu'il eût du penchant pour le bien el pour la vertu , néanmoins il avait de rattachement à ses richesses, Jésus dit à ses disciples les paroles suivantes, auxquelles les cens qui ont de grands biens devraient souvent penser : Je vous dis en vérité qu'il est bien difficile qu'un riche entre dans le royaume du ciel, Et comme, félon saint Marc, les disciples étaient tout étonnés d'entendre ces paroles , obslupescebant in verbis ejus. Jésus leur dit encore : Mes enfants, qu'il est difficile que ceux qui se fient en leurs richesses entrent dans le royaume du ciel ! Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, que non pas qu'un riche entre dans le royaume de Dieu. Théophylacle et quelques autres Grecs ont cru que le mol x&pqXo$ , qui esl fort bien traduit dans la Vulgale par camelus, signifiait ici rudentem, un câble de navire. Mais ils se sont trompés, car c'est kx/u).g$, par un iota qui veut dire un câble : pour xâ^vj/o,- , par un êta , il signifie un chameau. La version syriaque le porte ainsi ; et ce que dit ici Jésus-Christ était un proverbe lissez commun chez les Syriens , les Juifs et les Arabes.

Là-dessus les disciples furent encore beaucoup plus étonnés; et ils se disaient l'un à l'autre : Et qui pourra donc être sauvé? Jésus les regardant leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais tout e^t possible à Dieu. Alors Pierre, prenant la parole , lui dit : Voilà que nous avons tout quitté et que nous vous avons suivi ; quelle sera donc notre récompense? Jésus leur répondit : Je vous dis en vérité que, pour vous autres qui m'avez suivi, lorsqu'au temps de la régénéra» lion (c'est à-dire de la rcsurrccli n, qui donnera aux justes une vie toute nouvelle) le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël ; il entend par là toute les nations de la terre, qui par la foi du Messie sont devenues les véritables enfants d'Israël Et quiconque abandonnera pour mon nom sa maison» on tes frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa

mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres , en recevra le centuple, et possédera la vie éternelle.

Le centuple dont parle le Sauveur ne consiste pas dans les biens temporels , semblables à ceux qu'on a abandonnés ; on le trouve dans celle joie, ce plaisir, celte consolation toute sainte et toute délicieuse, qu'une foi vive et accompagnée d'amour fait sentir aux justes qui ont tout quitté poursuivre leur Dieu. On le trouve dans la ferme espérance qu'ils ont qu'après celle vie , qui passe comme une ombre , ils posséderont l'immortalité, qui les mettra dans le Comble de ions les biens et de tous les plaisirs ( Mallli., XIX, 16-30; Marc,*, 17 30 ; Luc, XYIIÏ, 18-30).

En suite de ce discours , le Fils de Dieu propoc à ses disciples cette parabole : Le royaume du ciel est semblable à un père de famille, qui dès le grand matin alla louer des ouvriers , pour travailler à sa vigne. Fi étant convenu avec eux de leur donner un denier par jour (c'était une petite pièce d'argent qui valait environ sept ou huit sous), il les envoya à sa vigne. Or étant sorti sur la troisième heure du jour, c'est-à-dire vers neuf heures , il vil d'autres ouvriers dans la place, qui ne faisaient rien , el il leur dit : Allez vous-en aussi vous autres à ma vigne , et je vous donnerai ce qui sera juste; et ils s'y en allèrent. Il sortit encore sur la sixième et sur la neuvième heure du jour, et fit ta même chose. Enfin il sortit sur la onzième heure , c'est-à-dire vers les cinq heures du soir, el il en trouva d'autres qui ne faisaient rien, et il leur dit : Pourquoi demeurez-vous ici tout le jour, sans rien faire ? Ils répondirent : Parce que personne ne 7ious a loués. Il leur dit : Allez vousen aussi à nia vigne.

Le soir élant venu , le maître de la vigne dit à celui qui avait soin de ses affaires : Faites venir les ouvriers, et payez leur journée, en commençant depuis les derniers jusqu'aux premiers. Ceux qui n'étaient venus que vers la onzième heure s' étant approchés, reçurent chacun un denier. Les autres , qui avaient été loués les premiers, crurent là-dessus qu'on leur donnerait davantage ; mais ils ne reçurent que chacun un denier. En le recevant ils murmuraient contre le père de famille , disant : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, el vous leur avez donné autant qu'à nous, qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l'un d'eux : Mon ami, je ne vous fais point de tort. Ne sommes-nous pas convenus d'un denier par jour. Prenez donc ce qui vous appartient, el vous en allez; pour moi je veux donner à ce dernier autant qu'à vous. Ne m'eslil pas permis de faire ce que je veux? El me regardezvous de mauvais œil , parce que je suis bon? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers; car plusieurs sont appelés, mais il y en a peu d'élus {Matlh., XX, 1-16).

Voilà ce que les évangélistes ont laissé par écrit, louchant les actions que ht Jésus Christ dans la Péréc, au delà du Jourdain. Il y enseigna sa sainte doctrine, et y fit plusieurs miracles en guérissant toute sorte rie langueurs et de maladies ; mais tout

cela est marqué en ces deux petits mots , et curavit eos ibi (Matih., XIX, 2). 11 y resta deux mois presque entiers, depuis la fin de septembre jusque vers la fin de novembre, ou à la solennité de la Dédicace. Jésus se met en chemin pour aller à Jérusalem. Le Fils de Dieu voyant que la fêle de la Dédicace irélait pas beaucoup éloignée, prit la résolution de retourner à Jérusalem, où il avait été lorsqu'on célébra celle des Tabernacles. Et comme il était déjà en chemin, il prit à part ses douze disciples, qui étaient les apôtres, et leur dit qu'on devait le faire mourir dans cette ville, qui avait déjà répandu le sang de tant de justes et de tant de prophètes. Il leur parla en celte sorte : Voilà que nous montons à Jérusalem , et tout ce qui a été écrit par les prophètes louchant te Fils de F homme aura son accomplissement, c et consummabuntur omnia quœ scripta sunt per prophetas de Filio hominis. » Saint Marc dit, en parlant de ce voyage, que Jésus marchait devant ses disciples; qu'ils étaient effrayés , et qu'ils le suivaient saisis de crainte. Mais le Sauveur prenant à part une seconde fois ses douze apôtres, commença à leur dire ouvertement, tout ce qui devait lui arriver. Nous allons, leur dit-il , à Jérusalem, et le Fils de P homme sera livré aux princes des prêtres , aux docteurs de la loi, et aux anciens du peuple ; ils le condamneront à la mort ; et ils le livreront aux gentils. Ils le traiteront outrageusement; ils lui cracheront au visage; ils le fouetteront et le feront mourir; et il ressuscitera le troisième jour. Saint Luc ajoute en parlant des douze : Ils ne comprirent rien à tout ceci, t et ipsi nihil hornni inlel lexerunt > , ce langage leur était caché , et ils n'entendaient point ce qu'il leur disait { Marc, X, 52- Zï ; Luc, XVIII, 51-oi).

Les enfants de Zébédée demandent les premières places.

Comme Jésus-Christ continuait son chemin , et qu'il était, ce semble, vers Jéricho, la mère des enfants de Zébédée s'approcha de lui avec ses deux fis (c'étaient les deux apôtres saiid Jacques le Majeur, et saint Jean l'évangélisle) et C adora en lui demandant quelque chose. Jésus lui dit : Que voulez-vous? Elle répondit : Ordonnez que mes deux fils, que voici, soient assis , l'un à votre droite, et l'autre à votre gauche dans voire royaume. Alors Jésus leur dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez vous boire le calice que jedoh boire? Ils lui répondirent : Nous le pouvons. Il leur dit : Vous boirez, à la vérité, mon calice , c'est-àdire, vous souffrirez comme moi la mort ou les tourments; mais pour ce qui est d'être assis à ma droite, eu à ma gauche, ce n'est pas à moi à vous le donner, ç est pour ceux à qui mon Père l'a préparé.

Les dix autres apôlres ayant entendu celte demande, en conçurent de l'indignation contre les deux frères , indignati sunt de duobus fralribus. C'est qu'étant encore grossiers et charnels, puisqu'il n'y eut que le Saint-Esprit qui purifia entièrement leurs cœurs, ils avaient tous de l'ambition, Car, B'wiaginanl, -cl*. ii ia commua opinion dés Juifs, »!C Jésus

régnerait bientôt avec éclat dans Jérusalem, ils prétendaient tous aux premières places de ce royaume terrestre. Ce fut là-dessus que Jésus les appelant à soi, leur fil cette instruction : Vous savez que tes princes des nations les dominent , et que les grandi exercent sur elles leur empire. Il n'en sera pas ainsi parmi vous; mais que celui qui voudra être le plus grand parmi vous devienne le ministre des autres; et que celui qui voudra être le premier parmi vous devienne votre serviteur : comme le Fils de l'homme n'est pas venu pour être, servi, mais pour servir lui-même , et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs (M atlh., XX, 17-28; Marc,TLt 55-45).

Un aveugle est guéri près de Jéricho.

Tou!e la roule que tenait Jésus Christ, en montant à Jérusalem , fait manifestement voir qu'il venait d'au delà du Jourdain et d'environ les quartiers de Bétliabara, où saint Jean avait autrefois baptisé. Lors donc qu'ayant pnssé la rivière, il approchait de la ville de Jéricho, « cum appropinquaret Jéricho > ; un aveugle était assis le long du chemin, demandant Vanmône. Et comme il entendait le peuple qui passait en foule, il demanda ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth , qui passait. Il commença à crier : Jésus , fils de David, ayez pitié de moi. Ceux qui marchaient devant le reprenaient , voulant qu'il se tût ; mais il criait encore plus haut : Fils de David, ayez pitié de moi. Alors Jésus s' arrêtant , commanda qu'on le lui amenât. Et, s' étant approché, Jésus lui demanda : Que voulez vous que je vous fasse? Il lui répondit : Seigneur, que je voie. Jésus lui dit : Regardez, votre foi vous a sauvé. Il vil à l'instant, et il le suivait , raidont gl Are à Dieu. Tout le peuple ayant vu cela, rendit aussi à Dieu des louanges ( Luc, XVIII, 55-43 ).

Jésus entre chez Zachée, qui était publkain.

Après que le Fils de Dieu eut rendu la vue à cet aveugle, il entra dans Jéricho, qui n'était éloignée que de peu de lieues du Jourdain , et qui était située dans le plus beau elle plus riche pays du monde; car rien n'y manquait, ni pour l'agrément, ni pour les délices. Comme il passait par la ville, i7 y avait un homme appelé Zachée, qui était le premier des publierons, et qui avait de grands biens Cet homme cherchait à voir Jésus-Christ , vour le connaître , mais il ne pouvait à cause de la foule, parce qu'il était fort petit. Courant donc devant , il moula sur un sycomore , pour le voir, car il devait passer par là. Jésus, étant venu an lieu où il était et levant les yeux, l'aperçut et lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre, car il faut que je loije aujourd'hui chez vous. Il descendit aussitôt, et le reçut avec joie. Tous ceux qui le virent murmuraient , ni disant qu'il était allé loger chez un homme pécheur. Or Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mon bien aux pauvres ; et si fat fait tort à quelqu'un en quelaue chose, je lui en rends quatre fois autant. Alo>'S Jésus lui dit : Celte maison a reçu aujourd'hui le salut , parce que cet homnia nul

CONFIRMATION Di<; L'HISTOIRE ÉVANCÊLIQL'E

aussi enfant d'Abraham. Car le Fils de r homme est venu chercher el sauver ce qui éluil perdu [Luc, XIX , 1 10).

Comme lous écoutaient les discours de Jésus- Christ , il propos;» celle parabole , et il le fit avec d'autan! plus de raison , que , n'étant pas alors fort c-ioigoc de Jérusalem, ses disciples s'imaginaient que le lègue de Dieu allait bientôt paraître, quia exisliinarenl , (tuod confestim regnum Dei manifeslaretur. VA c'était sur celte fausse persuasion que les enfants de Zébédée , avant d'entrer à Jéricho, avaient demandé les deux premières places. Le Seigneur leur dit donc celte parabole : // y avait un homme de grande qualité , qui s'en allait dans un pays fort éloigné, pour g prendre possession d'un royaume, el qui devait revenir. Ayant donc appelé dix de ses serviteurs , il leur donna dix mines d'argent (c'esi-à-dire à chacun une mine; or la mine judaïque valait environ quatre-vingt-douze livres de notre monnaie) el il leur dit : Faites profiler cet argent, en attendant que je revienne. Or ces citoyens, qui le haïssaient , envoyèrent après lui une ambassade , disant : Nous ne voulons point que cet homme soit notre roi. Il arriva qu'étant de retour, après avoir pris possession du royaume, il commanda qu'on fît venir les serviteurs : auxquels il avait donné son argent , pour savoir le profit que chacun avait fait. Le premier vint »i lui dit : Seigneur, votre mine d'argent, « mna tua, » ta a gagné dix autres. Il lui répondit : Courage , bon serviteur : parce que vous avez été fidèle en peu de chose, je vous donne le commandement de dix villes. Un second vint , qui lui dit : Seigneur, votre mine d'argent en a gagné cinq autres. — El vous , ayez le commandement de cinq villes. Un troisième vint qui lui dit : Seigneur, voilà voire mine d'argent , que j'ai bien gardée dans mon mouchoir, car je vous ai appréhendé; parce que vous êtes un homme séière , qui redemandez ce que vous n'avez point donné , et qui recueillez ce que vous n'avez point semé. Ce Seigneur lui dit : Méchant serviieur, je vous condamne par votre propre bouche : vous saviez que je suis un homme sévère, qui redemande ce que je n'ai point donné , el qui recueille ce que je n'ai point semé; pourquoi donc n'avez- vous pas mis mon argent à la banque , afin qu'à mon retour je le retirasse avec les intérêts. Alors il dit à ceux qui étaient là : 0 lez lui la mine d'argent, el donnez-la à celui qui en a dix. Us lui dirent : Seigneur , il a déjà dix mines. — Je tous déclare qu'on donnera à celui qui a déjà , el il abondera en biens; et pour celui qui n'a rien, on lui ôiera même ce qu'il a. Quant à mes ennemis, qui n'ont pas voulu que je fusse leur roi, amenez les ici , et tuezles devant moi ( Lue, XIX, 1 i-27 ).

Par ces serviteurs qui ont fait profiter l'argent de leur maître, on peut entendre les gentils, qui oui tiré leur profit des dons de la foi et de la grâce, que Jésus-Christ leur a départis. El par ces ennemis qui n'ont point voulu le reconnaître pour leur roi, on doit entendre les Juifs, et principalement les citoyens de Jérusalem. Ce sont eux qui l'ont toujours haï. Mais U les a fait lous massacrer devant ses yeux par les

Romains, qui ont été les ministres de sa vengeance cl de sa fureur.

Un autre aveugle est guéri en sortant de Jéricho.

Lorsque Jésus-Christ sortait delà ville de Jéricho, pour aller à Jérusalem, il était suivi de ses disciples et d'une grande troupe de peuple. Alors il y eut un aveugle nommé Bavlimée, fils de Timée, « filins Timœi Barlimœus cœcus, i qui était assis près du chemin, demandant l'aumône. Lequel ayant appris que c'était Jésus de Nazareth, commença à crier : Jéfus, fils de David, ayez pitié de moi. Plusieurs le menaçaient el lui disaient qu'il eût à se taire; mais il criait encore plus haut : Fils de David, ayez pitié de moi. Là dessus Jésus s'étant arrêté, corn* manda qu'on le fil venir. On appela donc l'aveugle en lui disant: Ayez confiance, levez vous, il vous appelle. Aussi* tôt il jeta son manteau, el se levant il vint à Jésus. Alors Jésus lui dit: Que voulez-vous que je vous fasse? L'aveugle lui répondit: Maître, faites que je puisse voir. Jésus lui dit: Allez,volre foi vousa sauvé. Et il vit à l'instant, et il suivait Jésus dans le chemin (M arc, X/iG-SZ; Math ,XX, -29 54).

Il ne faut pas s'étonner si S. Matthieu , en rapport tant ce miracle de Jésus-Christ, parle de deux aveugles, et ecce duo cœci sedenles secus viam ; au lieu que S. Mare ne parle que d'un, qui lui était connu cl qu'il nomme Ranimée. C'est que ce premier évangéliste a mis ensemble la guéri son des deux aveugles qui recouvrèrent la vue, l'un avant que Jésus-Christ entrât à Jéricho, et l'autre lorsqu'il sortait de celle ville, pour monter à Jérusalem. Saint Luc a parlé du premier, comme on l'a vu ci devant ; el saint Marc au contraire n'a fait mention (pie du dernier, qui était plus connu, Jésus se trouve à Jérusalem à la fêle de la Dédicace.

Après que le Sauveur, qui était vrai fils de David, eut passé le pays de Jéricho, il se rendit à Jérusalem vers la fin de novembre. C'est un fait dont il n'est pas permis de douter, puisque saint Jean l'évangéliste dit qu'il y alla à la fêle de la Dédicace. Yoiei les paroles de cet écrivain sacré (67*. X, 22, 23) : Fada sunl Encœnia in Jerosolymis, el hiems eral, et ambulabal Jésus in lemplo, in porlicu Salomonis. C'est à -dire on faisait à Jérusalem la fête de la Dédicace, el c'était en hiver, el Jésus se promenait dans le temple, dans le portique de Salomon. 11 était donc dans la ville sainte vers le temps de l'hiver, lorsqu'on y faisait la solennité de la Dédicace, ou consécration du temple de Di .m. Il y avait alors 1085 ans que le roi Salomon avait commencé à élever dans Jérusalem un sanctuaire au Dieu souverain d'Israël. Ce lieu consacré an Seigneur par ce prince si sage, lut solennellement dédié près de huit ans depuis sa fondation ; de sorte que, quand Jésus-Christ se trouva Je jour de celte fêle à Jérusalem, il y avait 1077 ans qu'on avait fait avec <lo grandes magnificences la première dédicace du temple du Seigneur. Et c'est elle qui est marquée au di* piire XIII du troisième livre des Rois.

Le temple de Zorobabel ayant succédé à celui c\( Salomon, qui avait élé renversé par la fureur des Chaldéens sous ISabuchodouosor , fut dédié, au icmpi

ri'Esdras, par Jésus ta* de Josédec, qui icnait alors la souveraine sacrificalure. Il y avait alors 5iÔ ao§ qu'on avait fait celle solennité. Trois cent quaranlsqualre ans après celle seconde dédicace , le roi <ie Syrie, Anliochus EpipUanes, ayant par une horrible Impiété profané ce même temple de Zorobabel, en faisant mettre, sur l'autel sacré, l'idole de Jupiter Olympien, cela excita le zèle de Judas Machabée. Ce prince des Juifs, animé de l'esprit de son Dieu, qui e>l le Dieu véritable, ayant vaincu dans une bataille les Grecs de Syrie, conduits par Lysias, monta au temple de Jérusalem, et renversa de dessus l'autel l'idole de Jupiter, qui avait élé trois ans durant l'abominalion de ce sanctuaire. Alors ce zélateur de la gloire du Seigneur el de la religion de ses pères éleva un nouvel autel, l'autre ayant été profané, purifia le temple,qu'on n'avait point détruit, et le dédia de nouveau au Seigneur.

Cette nouvelle consécration se fit avec grand appareil el dans la joie universelle de la nation des Juifs. On la voit marquée dans le chapitre IV du premier livre des Maebabées, v. 52; et c'est là qu'il est dit que Judas Machabée, ses frères et toute l'assemblée ilu peuple d'Israël, ordonnèrent qu'on ferait tous les ans, durant huit jours, à commencer Je 25 du mois de ca*Ieu, celte solennité avec des sentiments Je joie cl d'allégresse; Et statuit Judas, et [mires ejus, et uni" versa Eccl<sia Israël, ut agatur (lies dedicalionis allant in lemporibus suis, ab anno in animai, per dies oclo, a quint ci et vigesima diemensis casleu, cum lœtilia et gandio (Ibid., 59). C'est la mémoire el le renouvellement de celle troisième dédicace, faite sous Judas Machabée, qu'on célébrait à Jérusalem du temps de Jésus- Chpi.it; et il y avait alors 11)3 ans que cette solennité avait éié établie. On la faisait toujours le 25 du neuvième mois judaïque, qu'on appelait casleu; el ainsi elle tombait ordinairement en décembre, ou au plus tôt vers la tin de novembre, auquel temps l'hiver commençait au pays de Judée. Les Hébreux nommaient en leur langue la dédicace Chanuca, et les Grecs Èyxeuvix, Encania, qui veut dire proprement rénovation. Josèphe fait mention de celle fêle au livre douzième de ses Antiquités; il dit qu'on la célébrait pendant huit jours avec de grandes réjouissances, parmi les hymnes et les cantiques ; el que de son temps on l'appelait la fêle des Lumières, **î.oïvTes «ûr^vy&Tflc. C'est vraisemblablement puce qu'alors on allumait dans le temple grand nombre de lumières, comme l'on fait encore aujourd'hui à la dédicace de nos églises. Yo là loul ce qu'on pouvait marquer touchant cette solennité, sinon que j'oubliais de dire qu'elle lomba celle M\ née vers le 27 du mois de novembre.

Quant au portique de Salomon, où le Seigneur se promenait, et ambulabat Jésus in lemplo, in porlicu Salomonis, on lui avait conservé ce nom, parce que le terrain sur lequel était bàli le portique était, comme dit Joscphe (AnfiauU. lïb. XX, cap. 8), l'ouvrage du roi Salomon, opus Salomonis. Ce prince ayant, par d*>* dépenses incroyables, élevé ce terrain, l'avait fait

ET LA JUDAÏQUE. i£G3

soutenir dans le fond de la vallée par un mur très-

épais qui avait quatre cents coudées de hauteur. Car pour le portique il avait, selon toutes les apparences, été construit par îlérode le Grand. Il regardait l'orient, d'où vient qu'il est appelé p:ir l'historien des Juifs «rToà «;«TO/tx^, le portique oriental. II y avait quatre rangs de très- belles colonnes, dont les chapiteaux étaient d'un ordre corinthien; ces rangs de colonnes faisaient irois galeries longues et. spacieuses; et c'était là que le Sauveur se promenait; car ces galeries étaient regardées comme une partie du lempl*.

Lorsque Jésus-Christ était là, tes Juifs s'assemblèrent autour de lui et commencèrent à lui dire : Jusqu'à quand tiendrez vous notre esprit en suspens? Si vous êtes le Christ , dites-le clairement. Jésus leur répondit : Je vous le dis et vous ne le croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Mais vous autres vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix; jetés connais, el elles me suivent: je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira deme* mains. Ce que mon Père m'a donné est plus grand qiu toutes choses (il entend la divinité qu'il a reçue (U lui ) , personne ne les saurait ravir des mains de mon Père. Mon Père et moi sommes la même chose, c'està-dire selon la nature divine cl selon l'essence, mai* non selon les personnes.

L'évangéliste dil que, sur ces paroles, les Juifs prirent des pierres pour le lapider , sustulerunl ergo lapides Judœi, ut lapidarent eum. Alors Jésus leur dit avec sa douceur ordinaire : J'ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père ;pour laquelle est-ce que vous me lapidez ? Les Juifs lui répondirent : Nous ne vous lapidons pas pour vos bonnes œuvres, mais pour votre blasphème, parce qu'étant homme vous vous faites Dieu. Jésus leur dit : N'est il pas écrit dans votre loi: J'ai dil : Vous êles des dieux, Ego dixi : DU estis (Ps. LXXXI , C). Si elle appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu est adressée, el que l'Ecriture ne saurait manquer ; pourquoi dites vous que je blasphème, moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde , parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu. Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, quand vous ne me voudriez pus croire, croiji z à mes œuvres; afin que vous connaissiez et que voua croyiez que le Père est en moi, el moi dans te Père. Les Juifs cherchaient là-dessus à le prendre; mais il s'échappa de leurs mains (Jean, X, 22 Zd).

Nous ne lisons point dans l'Evangile que Jésus- Christ aillait ou dil quelque autre chose en public peu dant celte fêle, que ce que je viens de marquer. Il semble donc qu'il n'alla celte fois à Jérusalem , que pour dire encore aux Juifs , toujours méchants et incrédules,qu'il était le Christ el le Fils do Dieu, comme il le montrait assez par sa doctrine et par ses miracles. Aussi peut on dire que ce fut à ce voyage qu'ils se confirmèrent entièrement dans leur ohsiiuaiiou et dans leur infidélité..

Le Sauveur se relire une seconde fois au delà du Jourdain.

L'évangéliste saint Jean, après avoir rapporté tout ce que le Fils de Dieu dit aux Juifs de Jérusalem, dans les galeries du temple ou dans le portique de Salomon, et après avoir montré qu'il échappa de leurs mains, lorsqu'ils voulurent l'arrêter, dit incontinent qu'il s'en alla une seconde fois au delà du Jourdain , abiit ilerum irans Joidanem (Jean, X, 40). Il y avait demeuré tieux mois tout entiers , depuis la fête des Tabernacles , qui fut cette année vers la fin de septembre , jusqu'à celle de la Dédicace, qui tomba à la fin de novembre et qui finit au commencement du mois suivant , parce qu'elle durait huit jours. Il y a donc apparence que Jésus-Christ ne se retira de nouveau dans la Pérée, au delà du Jourdain, que vers les premiers jours de décembre de l'année courante ; et il demeura là près de quatre mois , c'est-à-dire jusqu'à la fin de anars suivant , qu'arriva la mort de Lazare. Car alors SI quitta ce pays là pour venir au bourg de Béthanie, non loin de Jérusalem , donner la vie à celui qu'il, aimait. C'est ce que nous verrons dans la suite.

Il faut maintenant observer que l'évangéliste, en marquant que Jésus-Christ alla de nouveau au delà du Jourdain , dit expressément qu'il se relira au lieu où Jean avait d'abord baptisé , et qu'il y fil sa demeure, abiit UeruM Irans Jordanem, in eum locum ubi erai Joannes baplizans prinmm, et mansil illic {Jean, X, 40). Le saint évangéliste , par ces paroles, in cum lo ■ cum ubi eral Joannes baplizans primum, entend le lieu où Jean-Baptiste baptisa la première fois qu'il alla au delà du Jourdain , et avant qu'il baptisât à Ennon auprèsde Salim. Mais avant d'aller au delà du fleuve, dans la Pérée, donner son baptême aux Galiléens , il vivait déjà baptisé la plupart des Juifs dans le désert de la Judée, au deçà de celte rivière. Ainsi l'on doit conclure que Jésus-Christ, celte fois-ci, se retira à Bélitabara, au delà du Jourdain, puisque c'est à l'endroit où Jean baptisa d'abord qu'il fut de l'autre côté de ce Heuve. Nous dirons bientôt ce que le Fils de Dieu fit dans ce lieu , où il s'était relire pour éviter la persécution des Juifs de Jérusalem, qui avaient presque unanimement conjuré sa perte. Cependant comme nous voilà à la fin de la seconde année de son ministère, dans laquelle il a fait de si grandes choses, il est juste que nous mettions ici le témoignage illusire que l'historien des Juifs a rendu de lui; car c'est en ce temps-ci qu'il le place lui-même , ce qu'il ne pouvait faire plus exactement.

Témoignage de Josèphe très-favorable àJésus-Cluist. Avant que je rapporte cet illustre témoignage, qui est couché (fans les Antiquités de Josèphe , et qui est si avantageux à la gloire de Jésus-Christ , je dois faire ressouvenir des cruautés que Pilale exerça à l'égard des Juifs et des Galiléens qui se trouvèrent à Jérusalem peu de temps avant la fêle des Tabernacles de r.timée où nous sommes. J'ai dit que ce gouverneur de judée , voulant se saisir d\i sacre trésor qui était

conservé dans le temple, sous le spécieux prétexte de faire venir de l'eau dans la ville sainte par des aqueducs , le peuple se mit dans une espèce de soulèvement. Et comme il s'emporta même jusqu'aux paroles injurieuses et outrageantes , Pilale en fit meurtrir et tuer plusieurs par ses soldais armés de gros bâtons. Saint Luc semble avoir louché quelque chose de cette exécution cruelle et inhumaine dans laquelle plusieurs Galiléens, qui offraient leurs sacrifices dans le temple, furent enveloppés. Car il dit qu'on en vint apporter la nouvelle à Jésus-Christ : Aderanl autem quidam ipso in lempore, nunlianles illi de Galilœis , quorum sanguinem Pilalus miscuit cum sacrifiais eorum ( Luc, XIII, 1).

Le Sauveur, qui se disposait alors à montera Jérusalem pour la fête des Tabernacles qui tombait vers la fin de septembre, entendit parler de cette baibare cruauté. Il vivait donc alors , cela est constant; norr seulement il vivait, mais , comme il était vers la fin de la seconde année de son ministère, il avait fait un si grand nombre de prodiges que sa renommée s'était répandue , oulre la Judée , la Galilée et la Samarie , jusque dans la Phénicie et dans la Syrie. D'ailleurs , comme Jésus-Christ fut mis à mort quelques mois après celle exécution de Pilale , Josèphe ne pouvait pas mieux placer ce qu'il écrit du Sauveur qu'au lieu où il l'a mis. Voici donc comme il parle de lui, après avoir raconté l'action injuste de ce gouverneur, commis par les Romains.

< Dans ce même temps vivait Jésus , Eodem tempore fuit Jésus, qui était un homme sage, s'il est permis de l'appeler homme. Car il faisait des œuvres admirables , eral enim mirabilium operum patralor ; il enseignait ceux qui prenaient plaisir à être instruits de la vérité, el fut suivi -ion -seulement de plusieurs Juifs, mais de plusieurs gentils. C'était lui le Christ, Clirislus hic erat , 6 Xpizxài cuto5 ^v. Les principaux de noire nation l'ayant accusé devant Pilale , il le fit mettre en croix ; mais ceux qui l'avaient aimé durant sa vie ne l'abandonnèrent pas après sa mori; car il leur apparut vivant le troisième jour , les saints prophètes ayant prédit cela de lui , el une infinité d'autres choses merveilleuses. Ceux qu'on appelle chrétiens el que nous voyons encore aujourd'hui, ont pris leur nom de lui (Joseph., Antiq. lib. XVII!, cap. 4).

Voilà le célèbre témoignage que l'historien des Juifs, qui écrivait sous l'empire de Domilien, a rendu de Jésus qui a été le Christ. Comme il n'y a rien de plus beau et de plus illusire à la gloire du Sauveur, je suis aussi persuadé qu'il n'y a rieu de plus vériîa- Lie. Et j'ai toujours été étonne comment quelques critiques, qui ont presque vécu de nos jours , eu ont osé douter sur des raisons qui n'ont nulle force et nulle apparence de vérité. Cet endroit se trouve dans tous les livres de Josèphe sans exception, aussi bien dans les manuscrits que dans les imprimés : ce qui est une preuve certaine qu'il n'y a point été inséré par une main étrangère; outre qu'il esl du môme style que toui le reste de l'ouvrage, el les plus savants dans la langue yiecque n'y découvrent pas la moindre différence.

Mais , qui plus est , Lusèbe de Césarée , l'évêque de son siècle qui savait le mieux les livres et qui n'avait garde de se laisser tromper dans ces sortes de choses, <;ui l'auraient exposé à la risée des Juifs et des gentils, l'a cité contre eux il y a plus de treize cents ans, dans deux ouvrages importants, savoir, dans ses livres de la Démonstration Evangélique , liv. III , et dans son Histoire de l'Eglise, liv. I, ch. 11. 11 fallait donc que cet endroit fût dès lors dans tous les livres de Josèphe, répandus par toute la terre : autrement on se serait récrié contre ce Père comme contre un homme qui se Bervait de témoignages faux et supposés , ce que personne n'a jamais fait jusqu'à notre siècle , où les entiques par des vétilleries veulent donner atteinte à tout ce qu'il y a de mieux établi. Mais Eusèbe n'est pas le seul qui se soit servi de ce beau passage. Saint Jérôme le rapporte tout entier dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques; et ce Père, si versé dans l'antiquité et même dans la critique , ne s'est point avisé de le soupçonner. Il a encore été cilé par saint Isidore de Damielte , par Sozomène , par Suidas, par Nicéphore (i) et par quelques autres. Comment donc , après une suite de tant de siècles et après l'autoriié de tant de grands hommes, peut-on, sur de simples conjectures, contester une chose qu'on a toujours regardée comme très-véritable? Mais, dit-on, Josèphe, qui était Juif, s'il a parlé si avantageusement de Jésus, a-t-il pu l'appeler le Christ comme il fait, c'est-à-dire le Messie , sans croire en lui ? Je réponds que lorsque cet historien nomme Jésus le Christ, il n'a voulu dire autre chose, binon qu'il était communément appelé et regardé comme le Christ; ce qui est si vrai, que quand ce savant Juif parle de la mort injuste de saint Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem, il ne le nomme point autrement que le frère de Jésus qui était appelé Christ (Joseph., Antiquit. lib. XX, cav. 8), frulrem Jesu qui dicebatur Christus : to-j xlkXfèv ir^ov, tgO Xzyofihov XpisToû. Josèphe a donc connu Jésus-Christ, cela est manifeste; il a fait mention de lui comme de saint Jean-Baptiste et de saint Jacques , qui a été premier évêqtie de Jérusalem : mais il ne l'a point reconnu pour le véritable Messie, parce qu'il ne l'a point vu régner sur la terre et assujettir les nations , selon l'idée et l'espérance des Juifs, que Josèphe avait ainsi que les autres , comme on le voit assez par quelques endroits de ses écrits. C'est pour cela qu'il n'en a parlé que comme d'un homme tout extraordinaire qui, en enseignant la vérité , a fait une infinité de prodiges parmi le peuple Juif.

Jésus-Christ entre dans la trente-troisième année de son âge le 25 décembre.

Pour avoir une idée plus nette et plus distincte des dernières actions du Fils de Dieu , il est bon de remarquer ici que, l'année étant sur son déclin , il acheva la trente-deuxième de son âge ; et alors il

(11 Hierori., lib. de Script, eccl., in Josepho; Isid. Pel., lib. IV Epist.; Sozom., lib. I Hist., cap. t; Nicephor., Bist. lib. I. Suidas, in i*rn**i,

n'était ni dans la Judée , car on cherchait à l'y faira mourir, ni dans la Galilée , puisqu'il avait pour toujours quitté cette province; mais il demeurait dans ta Pérée, versBélhabara au delà du Jourdain. Ce fut là que , le vingt-cinquième jour du mois de décembre venant à commencer, il entra au même temps dans la trente-troisième année de son âge, comme il est aisé de le faire voir. Car enfin tous les plus savants conviennent aujourd'hui, sur des preuves et des raisons qu'on ne saurait détruire, que Jésus-Christ, fils de Marie, est né à Belhléhem le même jour , 25 décembre , sur la fin de l'année 749 de la ville de Rome, qui est marquée dans les Fastes par le 12e consulat de César Auguste, qui eut Cornélius Sulla pour collègue. Or à la fin de l'année présente, où Julius Silanus et- Silius Nerva furent consuls, on était à l'année 781 de la ville de Rome ; et, par conséquent, au commencement de décembre, Jésus -Christ achevait la trente-deuxième année de son âge ; et le vingt cinquième jour de ce mois il commença à entrer dans la trente-troisième. Ainsi il est mort pour le salut de l'homme sur l'arbre de la croix dans sa trente-troisième année , comme on le verra par la suite de celte histoire ; ce qui est entièrement conforme au sentiment qu'on a toujours eu dans l'Eglise, dont on s'e-l, depuis un siècle ou deux, écarté trop facilement.

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