EXEMPLES
On sait tout ce qu'lsaïc avait prédit du retour des Juifs captifs à Babylone {haïe, XIV, 4, el XL1, 18, el XLUI, 19). Les chemins devaient cire aplanis devant eux, les vallons comblés, cl les montagnes rasées ; les cèdres et les autres arbres capables de donner de l'ombre, le myrte et les arbrisseaux d'une agréable odeur, devaient naître sur leur route; les fontaines el les ruisseaux devaient couler dans le désert à leur passage. Il avertit qu'ils n'auraient ni faim ni soif; que la chaleur et le soleil ne les brûleraient plus; qu'ils mèneraient captifs leurs vainqueurs, qui les suivraient les fers aux pieds, el se prosterneraient devant eux ; qu'ils reviendraient avec toute la pompe et l'appareil d'un triomphe, parmi les cris de joie, sur des chars et dans des litières ; qu'ils seraient nourris de la mamelle des rois ; que les reines seraient leurs nourrices; cl que les princes, devenus leurs nourriciers, les adoreraient en se prosternant le visage contre terre, el en baisant la poussière de leurs pieds; qu'enfin Dieu multiplierait si fort les prodiges pour le retour de son peuple, que leur éclat et leur nombre effaceraient la mémoire de tous les miracles passés.
Il ne paraît pas que rien de tout cela soit arrivé. Nous avons la relation de leur voyage dans les livres d'Esdras el de Néhémie, où tout s'est passé sans merveilles; où l'assistance de Dieu s'est cachée sous des moyens humains. Il faut donc nécessairement que les expressions d'isaïc aient un autre objet que le retour de Babylone à Jérusalem, et qu'il ait prédit sous ces figures la liberté et les biens que Jésus- Christ nous a procurés.
Le même prophète déclare que tout le peuple qui retournera de la captivité sera un peuple de saints, une assemblée de justes, une troupe d'élus, une nation bénie, une race choisie et rachetée par le Seigneur , un reste précieux purifié par le feu , de toutes êes iniquités, et lavé pour toujours do ses souillures;
une école de disciples fidèles de la vérité, d'où IVrreur sera bannie pour jamais, et où les enfants seront instruits par le Seigneur même, et le connaîtront tous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand.
il assure que Jérusalem, où cet heureux peuple fera son séjour, sera appelée la cité du juste, la ville fidèle, la demeure recherchée et chérie du Seigneur, où il prendra ses délices ; qu'elle sera une ville fondée dans l'équité, gouvernée par la justice, qui s'y répandra comme un débordement d'eaux; maintenue par une paix immuable, qui l'inondera comme un fleuve ; parée par l'innocence cl la foi, éclairée par la sagesse el par la science, défendue et gardée pai la crainte du Seigneur, dont le salut couronnera les murailles, et dont la gloire du Très-Haut sera la lumière.
Mais toute celte peinture est contraire à ce que le Saint-Esprit nous rapporte de ce peuple affranchi de la captivité et de la misère. Il lui reproche dans Esdras, ses alliances sacrilèges avec toutes les nations infidèles et condamnées à l'anatlième, sans en excepter une seule. Itans Aggée, il l'accuse d'indifférence pour le rétablissement «lu temple, pendant qu'il ne Bougeait qu'à ses propres intérêts, et méritait que Dieu, pour punir cette injuste préférence, rendît le ciel de bronze, frappât la terre de siéiililé, et dérangeât les saisons. Dans Néhémie, il condamne la profanation du sabhat et de la septième année, l'oppression de leurs frères par des usures criantes, lo refus de payer les prémices et les dîmes, et de fournir à l'entretien du temple et des ministres des autels.
Dieu affecte de nous montrer ces Juifs affranchis, par lous ces endroits odieux, afin que nous ne puis* sions nous méprendre aux tableaux éclatants el magnifiques qu'lsaïe nous a faits des personnes qu'il devait rappeler un jour delà captivité; et que ne trouvant en ceux qui sont ici dépeints aucun des traits qu'il leur donne , nous soyuns contraints do tourner les yeux vers une délivrance d'une autre servitude, infiniment plus merveilleuse dans ses moyens, plus étendue dans ses effets, plus salutaire aux captifs, et plus glorieuse au libérateur.
Les psaumes promettent souvent aux justes qu'ils ne manqueront de rien (Ps. XXXIII, 9 el \0; Ps. XXXVI presque entier), qu'ils seront toujours en état de donner, qu'ils ne seront jamais réduits à demander le nécessaire, que leur postérité sera dans l'abondance el heureuse. Les martyrs, sans parler d'une infinité d'autres justes, ont manqué de tout, el plusieurs sont morts de faim et de misère. Il est donc évident que ce n'est pas entendre les psaumes, que de les expliquer dans un sens qui est sujet à mille exceptions, même à l'égard des plus gens de bien; et que c'est déshonorer l'Écriture, que de regarder ses prom jses comme pouvant être aussi souvent fausses qie véritables.
Les apôtres ne nous ont point appris à l'expliquer ainsi. Un mol leur suffit pour fonder les dogmes kl
fo rOL'R L'INTELLIGENCE DES SS. ÉCRIT UUES
plus importants. Saint Paul cite cet endroit du
psaume 8 : Vous avez mis toutes choses sous ses pieds (Ps. VIII, 8), comme décisif pour le règne éternel et universel de Jésus-Christ. Il n'examine point ce qui suit, qui paraît une limitation de ce pouvoir sans bornes : Les brebis, les bœufs, toutes les bêles domestiques et celles qui sont sauvages; les oiseaux du ciel et les poissons delà mer. Il insiste sur celle expression : Vous avez mis toutes choses sous ses pieâs (lléb., Il, 8; I Cor., XV, 26). II conclut que rien n'est excepté que le Père seul, qui a soumis toutes choses à son Fils. El l'on opposerait vainement à cet apôtre que le sens immédiat regarde l'homme, el qu'il faut réduire à de justes bornes une expression exagérée. Car, dirait-il, c'est à l'exagération même que vous avez dû connaître qu'elle avait un autre objcl que l'homme, et que le sens immédiat n'était ni le plus vrai ni le plus littéral.
Les deux premiers apôtres ont appliqué à Jésus- Christ resuscité , ces paroles du psaume XV : Vous ne laisserez point mon âme dans les enfers ; et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption (Ps. XV, 10); et ils ont démontré qu'elles ne pouvaient convenir qu'à lui, selon l'exacte vérité, parce que David, selon le corps, était réduit eu cendre depuis plusieurs scicclrs, cl que sou esprit avait long temps été retenu dans les enfers comme captif. Comme David était prophète... dans la connaissance qu'il avait de l'avenir (S. Pierre dans le II ch. des Actes, 50 elZ\), il a parlé de la résurrection du Christ, en disant qu'il n'a point été laissé dans l'en fer, el que sa chair n'a point éprouvé de corruption. Car pour David , après avoir servi en son temps aux desseins de Dieu, il s'est endormi et a été mis avec ses pères; et il a éprouvé la corruption (S. Paul, Acl. XIII, 56).
Ces deux apôtres nous ont appris par leur exemple , comment il faut entendre les divines Écritures. Nous devons examiner comme eux, si les expressions des prophètes ne sonl pas plus fortes, plus étendues, plus sublimes, que le sens immédiat qu'on leur donne. Nous devons supposer avec eux qu'elles sont toujours exactement vraies; el que le Saint-Esprit ne couvre point de petits événements sous de magnifiques paroles. Nous devons prendre à la lettre, comme l'ont fait ici ces deux grands apôtres, tout ce qui peut être pris à la lettre , sans faire injure aux attributs de Dieu, ou à quelques vérités révélées; et nous devons conclut e sans crainte, que ce qui ne convient point, selon la lettre, à David, aux prophètes, aux autres hommes dont l'Écriture semble parler , convient à Jésus-Christ proprement cl directement, cl ne petit être vrai que par rapport à lui.
Celle règle ef t nécessaire pour conserver à certaines expressions fort ordinaires dans l'Écriture, toute leur étendue. Telle est, par exemple, celle-ci, qui se rencontre presque à chaque page : éternellement, pour toujours, dans tous les siècles. Dieu ordonne pour toujours la circoncision, le sabbat, la célébration des fêles judaïques , l'immolation des victimes : ïiilu
perpetuo, cultu sempiterno. Il promet qu'il ronservera à jamais le sacerdoce dans la maison d'Aaron , la royauté dans la suile des descendants de David, la gloire de son nom dans la ville de Jérusalem. Cependant.nous voyons lotîtes ces ordonnances abolies, et toutes ces promesses sans effet. C'est ce changement qui nous avertit qu'il faut chcrchci leur perpétuelle durée , non dans les fntgures qui ne sont plus , mais dans les vérités figurées qui Subsisteront toujours.
Plusieurs croiraient peul-êlre remplir suffisamment retendue de ces expressions, en leur donnant une durée d'un grand nombre d'années, ou même de plusieurs siècles. Mais outre que ce serait une étrange exagération, et bien indigne de l'esprit de vérité, d'appeler éternel, ce qui n'est en effet qu'un instant, cl qu'un point, en comparaison de l'éternité qui csi sans bornes : les mêmes expressions paraissant souvent employées pour marquer le court espace de quelques années, nous forcent de les entendre dans leur propre sens , cl de ne leur donner aucune limitation.
Le Psalmi>le déclare que Dieu a accordé au roi une durée de jours qui s'étendra dans tous les siècles (Ps. XX , 5) , qu'il le rendra l'objet des bénédictions étemelles (Ibid. 7) ; qu'il ajoutera années surannées (Ps. LX, 7) , et qu'elles passeront dans la succession de tous les âges (Ibid. 5 et 8). Jl assure qu'il demeurera éternellement dans le tabernacle du Seigneur ; qu'il subsistera toujours en sa présence. Il promet de chanter éternellement des hymnes à li gloire de son nom (Ibid. (J), et de faire passer ses actions de grâces dans tous les siècles (Ps. XXIX, 15).
Aucune interprétation judaïque ne peut obscurcir ces paroles. On ne peut limiter une expression si étendue, à un petit nombre d'années qui restaient à vivre à David ; cl l'on ne peut lui accorder après sa mort temporelle un instant de vie, sans être obligé de reconnaître qu'il vivra toujours* Ceux qui l'accuseront d'avoir employé des termes magnifiques pour signifier peu de chose, ne croiront pas qu'il ait parlé par l'esprit du Dieu ; cl ce sera plutôt contre lui que contre David, que s'éièvra leur témérité.
En voulant borner ces expressions, on s'expose sans y penser à ruiner les dogmes les plus importants de la religion, et à accuser de faux, sans le vouloir, l'esprit même de vérité. Un célèbre interprète , en expliquant celte promesse faite à Jérusalem, dans le psaume XLV1I , Dieu raffermira pour l'éternité : Deus fundavil eam in œiemum, ajoute : spes fefellit cos : leur espérance les a trompés. Et il rapporte l'exemple de Mauassès et des autres rois de Juda menés captifs à Babylone, pour montrer que la parole du prophète n'a point été accomplie, et qu'ainsi elle ne doit point être prise dans toute la rigueur de la lettre. Après quoi il continue : Hoc igitur, Deus firmabil eam in œiemum , non tanquam cerla prœdiclio sumi débet . sed ex sola spe dictum, aut tanquam votum.
Ainsi selon cet auteur, ce que le prophète dit es
termes si forts el si précis, est une fausse prédiction , i\ c'est une prédiction : ou une vaine espérance , si c'est simplement une espérance.
.Mais quelles promesses ne rendra-t-on pas vaincs ; si celle-ci l'est? L'Église en a-t-elle de plus claires? Il l n'est-ce pas sur cel'es qui sont faites à Jérusalem, que celles de l'Église sont fondées?
Comprend l-on le lorl qu'on fait aux Écritures, en les interprétant ainsi? Que sont les prophètes, s'ils parlent par un esprit humain? Sur quoi s'appuieral-on, s'il laul se délier de leurs paroles ? Et comment soutiendront-ils notre espérance , si la leur e&t vainc ?
Mais Jérusalem a été prise plus d'une foi*. Qui en doute? Elle a même été brûlée et rasée sous Nahuchodonosor et sous file. Mais les promesses éternelles sont-elles Cites à des murailles? Est-ce Jérusalem terrestre qui en est l'objet ? Et-cc par rapport aux figures , et non par nippon à ce qui en est la vérité , qu'il faut entendre les prophètes? La piédiclion du Messie , jointe à celle de Salomon, dépendelle de Salomon ? L» prédiction du règne éternel de Jésus-Christ, jointe à celle du règne des descendants de ! âviil , dépend-elle de ses descendants ?
N'est-ce pas pour rendre l'Église évidente, et pour empêcher qu'on ne la confonde avec Jérusalem terrestre, (pie celle-ci est détruite ? L'ohjel des promesses est-il péri, parce qu'elles ne sont plus équivoques? El n'est ce pas une conviction qu'on les a mal entendues, quand on les applique à une ville ou ruinée, ou indifférente à la religion , pendant qu'elles sont exactement vraies par rapport à l'Egli.-e ?
11 en est ainsi de plu. ieurs autres caractères que l'Écriture donne à Jérusalem. Elle est l'objet des vœux el des désirs les plus ardents des prophètes, et la matière de leurs plus magnifiques éluges. Elle est la cité de Dieu, la cité du grand lloi, la cité du juste (Ps. LXXXVi, 2). Elle est bien bâtie, invincible, éternelle (Pi. XLVII, 2, 5). Elle est le suprême tribunal de la vérité et de la justice (h. 1 , 26) Dieu même en est le fondateur, el i'archiiecie (Ps. CXXi). Il l'a choisie pour y fixer sa résidence à jamais, et pour y mettre sa complaisance et s-a joie [Ps CXXX1). Il y fera toujours léguer l'abondance et 1 paix. C'est un rare bonheur, c'est un grand privilège que d'y faire son séjnur [Ps. XIV, 1) ; c'est une récompensé onachée à la vertu ( Ps. XXIII, 3 ) ; c'est une gloire réservée à ceux que Dieu en juge dignes.
On sent bien que tous ces traits sont trop augustes pour la Jérusalem terrestre. Cependant, comme ils sont répandus presque dans toutes les écnluies, et que l'on pourrait peut-être s'y tromper, j'ajouterai ici quelques observai ions qui aideront à en faire le discernement.
1. L'abondance , la paix, les murs de Jérusalem , ses victoires, ses tribunaux , le privilège d'y l'aire sa demeure, dans te sens propre et simple, ne sont rien de plus , et les plus injustes y peuvent avoir autant de part que les plus saints; et par conséquent lotis
ces avantages n'ont rien qui soit digne de Dieu , m des sentiments si vifs, si tendres, si passionnés qu'il inspire à ses prophètes.
2. Plusieurs des avantages qu'on relève comme particuliers à Jérusalem , loi sont communs ave* beaucoup d'autres villes. Elle est bien bâtie et bien fortifiée; elle est dans la splendeur el la gloire; elle triomphe de tous ses ennemis ; elle est le siégé des tribunaux • elle esi la résidence du prime , et la capitale de ses états. Tout cela convient à Babylone et à Ninive, et même avec plus d éclat.
5. Jérusalem et le temple ne sont pins depuis seize siècles. Cependant les prophètes, cl surtout David dans plusieurs psaumes, dema dent qu'ils subsi lent toujours Si l'on ou l'antre sont l'unique objet de leurs prières, nous les répétons inutilement. Nous résistons même à l'esprit de Dieu, en faisant des vœux pour la durée, ou pour le rétablissement d'une ville et d'un temple qu'il a fait réduire en cendre par ses armées. Il était nécessaire que Jérusalem et le temple fussent détruits, pour faire place à i*Évai,gi!e (MatiL, XXII, 7 ) ; pour bénir de preu e à l'accompl ssemenl de la lui et de ses ligures ; el pour convaincre les Juifs incrédule? que le Messie attendu était arrivé.
4. Tout ce que les prophètes regardent comme faisant la gloire de Jéru a.em , a tourné à sa honte, selon la vériié el l'événement. Le supiéme tribunal qui y élaii plate, a rejeté ei condamné unanimement le Messie. Le véritable David, et à qui le trône apparlenail , a é.é mis en croix à la vue de sa capiule ci par se> propres sujeis. La paix que l'unique récon ciliaieur offrait à celle ville ingrate, lui a paru moins désirable que sa malédiction , el le temple a été le lieu de la ville le plus profané (Luc, XIX, 42; voyei Josèfjhe).
5. C'esl une règle sûre , que les prières des prophètes doivent être reg irdées comme des prédictions infaillibles, el Comme des promesses, quand elles soin absolues el indépendantes d'aucunes conditions, parce que ces prières sont le mouvement même de l'esprit de Dieu qui esi en eux ; ei que ce mouvement gratuit et volontaire e*t la cause des biens mêmes qui sont désirés. Pour connaître donc si c'est de Jérusalem terrestre «p.e parlent les prophèes, voyons si leurs p.ièressi ardentes el si animées ont été accomplies par rapport à elle Jérusalem est elle en paix? Subsiste h elle? Y découvre 1 on les vertiges de son temple? M'est ce pas dans son sein que les mères ont été réduites par la famine à manger leurs enfants? Y a-l-il des hommes plus agité* et moins tranquilles que les Juifs, tous passionnés pour Jérusalem? Quel ein-t ont donc eu toutes les prières des prophètes, el celles ci en particulier: Que la paix environne tes murs ; que la tranquillité soit dam tes maisons ; que ceux qui Caiment soient dans la paix (Ps. CXXI, 7, G).
G„ L'Esprit qui anime l'Eglise chrétienne, lui donne pour prière celle de David. Elle n'e&t donc pas encore accomplie parfaitement. Elle n'aur j donc
entièrement son effet, que lorsque les psaumes ne seront plus la prière de l'Eglise chrétienne. Elle a donc un objet toujours subsistant , et par conséquent un autre sens que celui qui se présente le premier ; et il nous est aussi peu permis d'en douter que de douter, ou que l'Eglise prie en vain, ou que l'esprit qui la conduit lui donne pour prière une ancienne formule qui n'a plus 4e sens.
7. fl est de foi que les saints patriarches et les saints prophètes, av:uu et après la loi, se regardaient comme étrangers et comme voyageurs en cette vie ; qu'ils tendaient par leurs désirs vers îc ciel comme vers leur pairie, et qu'ils ne donnaient le nom de cité et de ville permanente qu'à celle dont Dieu est lui-même le fondateur et l'architecte. Us confessaient qu'Us étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Car ceux qui parlent de la sorte font bien voir qu'ils cherchent leur patrie. Que s'ils avaient eu dans Cespril celle dont ils étaient sortis, ils avaient assez de temps pour y retourner ; mais ils en désiraient une meilleure, qui est la patrie céleste. Aussi Dieu ne rougit point d'être appelé leur Dieu , parce qu'il leur a préparé une cité (Hebr., XI, 15). Il n'y a donc rien de plus conforme à l'esprit et aux dispositions intérieures des prophèles, que d'appeler le ciel comme ils l'appellent, et de lui donner le nom de cité, comme ils le lui donnent.
8. Depuis le choix de Jérusalem pour être le lieu fixe du temple et du culte public, elle devint la figure de la cité céleste. Les prophètes la regardèrent sous celle idée, quand ils s'intéressèrent à ses promesses et à ses biens. Et les apôtres, qui sont leurs interprètes , nous ont appris à donner comme eux le nom de oion et de Jérusalem à l'Eglise du ciel , et à regarder par conséquent la Jérusalem visible comme ligure de l'autre. La Jérusalem d'en haut est vraiment libre; et c'est elle qui est notre mère, dit saint Paul (Gai. IV, 26). Et ailleurs (Uebr. Xll, 22) : Vous vous êtes approchés de la montagne de S ion , de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste.
Il est donc manifeste que c'est travailler à obscurcir l'Ecriiure que de la borner à la Jérusalem lerreslrc, lorsqu'il est visible qu'elle parle de celle du ciel , et de se contenter d'un sens qu'on appelle littéral, quoique la lettre même le démente, et dont le Juif, tout charnel qu'il est, ne peut se satisfaire. Car il sent bien que la plupart des caractères que l'Ecriture donne à Jérusalem sont trop grands pour une \ille bâlie par les hommes, et que son véritable )bjet est le ciel.
i RÈGLE IV.
Il y a des endroits dont le sens prophétique est seul l'immédiat et le littéral.
On a déjà remarqué qu'il y a des endroits dans l'Ecriture, et surtout dans les prophètes, qui ne sont point susceptibles d'un sens historique. Pour lors vouloir leur en donner un , c'est ignorer ce que c'est qu'un sens immédiat, et aller directement contre les S. S. XXVII.
règles qui servent à découvrir le sens des Ecritures , et surtout contre les deux règles précédentos.
Le sens qu'on appelle immédiat doil être perpétuel et suivi. 11 ne faut pas le prendre en certains points et l'abandonner dans beaucoup d'autres. Il ne faut pas le croire possible quand il est interrompu par des obstacles qu'on ne saurait surmonter ; et il ne faut pas le donner comme fondé dans la lettre lorsque c'est la lettre même qui le combat.
Le sens immédiat ne diffère de celui dont il est le voile que par la grandeur et la majesté. Il est moins profond, mais il est vrai. 11 ne remplit pas toute l'énergie du texte, mais il n'y est pas oppo-é. Il conduit à une prophétie plus auguste, mais il n'y est pas un obstacle. 11 prépare à l'intelligence des mystères, au lieu d'en détourner l'esprit ou de l'aveugler.
En consultant ces règles on reconnaîtra d'abord que Salomon et son alliance avec la fille du roi d'Egyple ne peuvent êlre l'objet immédiat du psaume XLIY ni du Cantique des cantiques, cl qu'il n'y faut voir que Jésus-Christ et son Eglise.
1° Comment ce prince est-il Dieu? Votre trône à Dieu, subsiste dans tous les siècles et dans toute Féternité ; le sceptre de votre empire est le sceptre de la justice (Ps. XL1V, 6). Et comment peut-on affaiblir celte expression , après que saint Paul s'en est servi dans l'Epilrc aux Hébreux, pour prouver que Jésus-Christ est Dieu, cl que tous les anges, qui sont ses ministres, doivent l'adorer? (Uebr. I, 8.)
2° Celui dont parle le psaume est un prince armé contre ses ennemis, à qui le prophète donne une épée, un arc, des flèches (Ps. XLIV, 4, 5 , 7 ) ; cl qui fait lui seul la conquête de son empire. Qn\ peut reconnaître Salomon à ces marques, lui dont il est écrit que tout le temps de son règne se passera dans la paix , et qui n'a rien acquis par l'épée V Vous aurez un fils dont la vie sera tout à fait tranquille : car je le maintiendrai en paix, sans qu'il soit inquiété par aucun des ennemis qui vous environnent. C'est pour celte raison qu'il sera appelé pacifique. Je le ferai vivre en repos, et lui donnerai la paix durant tout son règne (I Parai. XXII, 9).
3° Le conquéronl dont parle le prophète soumettra tout l'univers à ses enfants : Vos enfants seront à la place de vos pères; vous les établirez princes sur toute la terre [Ps. XLIY, 18) : el Salomon, à qui les continuelles victoires de David avaient formé un grand état, non seulement n'établit pas ses enfants sur des royaumes étrangers, mais mérita par son ingratitude que le seul de ses fils, qui régna après lui , de douze parts n'en retint qu'une, et encore par une grâce accordée à la mémoire de David : Je déchirerai et diviserai votre royaume, dit le Seigneur à Salomon, et je le donnerai à l'un de vos serviteurs....,.. Je ne lui ôterai pas néanmoins le royaume tout entier ; mais j'en donnerai une tribu à votre fils, à cause de David, mon serviteur (III Rcg. XI, 11 et 15).
4' Le prince qui doit régner, ne fera sentir son autorité que par sa clémence et sa bonté (Ps. XLIV,
(Deux.)
6, 8, 9). Son sceptre sera celui de la justice môme; et ce sera obéir à l'équité même que de lui obéir. Le peuple qui a porté le joug de Salomou nous apprendra si c'est ainsi qu'il a régné. Voire père, ditil à son Gis et son successeur, nous avait chargés d'un joug très-dur. Diminuez donc maintenant quelque chose de l'extrême dureté du gouvernement de votre père , et decejoug très-pesant qu'il avait imposé sur nous ( III Reg. XII, 4). Et l'on ne peut accuser ces plaintes de n'être pas fondées puisque le prince même à qui elles sont portées, en reconnaît la vérité: Mon père vous a imposé un jcuij pesant... mon père vous a châtiés avec des verges (Ibid., 14).
Il est aisé de prouver , par les mêmes règles , que David ne peulêlrelc S'sjet immédiat du psaume XXI. 11 n'a jamais été livré à ses ennemis, comme il est dit de celui qui est marqué dans le psaume. On ne l'a jamais attaché à la croix , en lui perçant les pieds et les mains. Toute métaphore ici est froide et insupportable. On ne lui a jamais ôté ses babils pour en faire un partage à ses yeux. On n'a pas jeié au sort sa robe, parce qu'elle ne pouvait êire partagée sans que les morceaux devinssent inutiles. Il est clair que celui qui parle dans le psaume expire sur la croix (Ps. XXI, 16, S et 9); et que ses ennemis n'ont point une plus forte preuve contre lui que de voir que Dieu ne le délivre point de leurs mains. D'un autre côté, il n'est pas moins évident que celui qui n'est pas délivré de la mort est plein de vie avant la fin du psaume, et qu'il est par conséquent ressuscité. iNi David ni aucun homme qui ne sera pas élevé jusqu'à la divinité ( lb., 27 et 50 ) , ne peut inviter tout le monde à un sacrifice qui suffise également aux pauvres et aux riches, qui donne à tous une vie intérieure et spirituelle, et dont l'effet soit de les rendre immortels. Il est impossible, sans renoncer à la raison, d'entendre d'un autre que de Jésus-Christ ra prédiction claire et réitérée de la conversion de ions les peuples au vrai Dieu (lb., 29, 50, 51). Enfin l'on ne peut, avec la moindre vraisemblance, entendre ni de David, ni d'aucun autre que de Jésus- Cbrist ce qui est dit d'un peuple nouveau, dont il sera le père , qui n'aura d'autre soin que celui de plaire à Dieu, et qui ne désirera que sa justice. Il est donc évident qu'on ferait d'inutiles efforts et qu'on résisterait au Saint-Esprit, si l'on cherchait ici uh autre sens que le prophétique.
Les promesses qui n'ont pour objet qu'une félicité temporelle, ne doivent être regardées que comme des images des biens spirituels.
L'Ecriture n'est point opposée à elle même. Elle ne loue point en un lieu ce qu'elle méprise dans un autre. Elle ne regarde pas comme une félicité digne des justes ce qu'elle avoue en plusieurs endroits leur être refusé, au lieu qu'il est très-souvent accordé aux injustes. Elle ne flatte aucune passion ; elle veut les guérir toutes. Elle est toujours ennemie de l'avarice,
de l'ambition , de la vengeance, de la mollesse et du luxe. On doit donc être persuadé que toutes les promesses qui n'ont pour objet qu'une félicité temporelle , (jue toutes les expressions capables d'inspirer l'amour de l'argent ou des délices , que tous les récits circonstanciés d'une magnificence purement humaine, ne sont dans l'Ecriture que comme des images de biens plus solides et plus réels, que comme des figures du règne spirituel de Jésus-Christ et de la gloire future des justes; et que c'est devenir juif que de condamner les sens plus sublimes et plus élevés que des hommes é lairés donnent à des choses qui seraient inutiles, et même dangereuses, si l'on s'arrêiail à la surlace.
D'ailleurs, comme ces promesses sont générales, elles doivent s'accomplir dans tous les temps et par rapport à tous les justes. 11 faiulra donc que tous ceux qui ont de la vertu ne manquent jamais d'aucun bien nécessaire à la vie, qu'ils ne souffrent jamais ni la faim ni la soif, qu'ils soient dans l'abondance et dans la gloire , cl que tôt ou tard ils soient supérieurs à tous leurs ennemis. Que deviendront alors tant de justes de l'ancienne loi , dont il est parlé dans l'Epilre aux Hébreux, qui ont manqué de tout, et qui ont éié éprouvés par toutes sortes de maux? (Hebr. XI, 5G, 57 et 58. ) Que deviendront tant de martyrs (pie la faim ou la misère ont fait mourir dans les prisons ou dans les mines, pendant que leurs persécuteurs jouissaient d'une vie douce et tranquille? et que répondrons-nous à saint Paul, qui parle ainsi en son nom et en celui des apôtres : Jua/ju'à celle heure nous souffrons la faim et la soif, la nudité et les mauvais traitements ; nous n'avons point de demeure stable . . . nous sommes devenus comme les ordures du monde (I Cor. IV , 11 ).
Plus nous prendrons de telles promesses à la lettre, plus nous serons scandalisés de les voir presque toujours sans effet à l'égard des plus grands serviteurs de Dieu, presque toujours accomplies dans les plus impies , et directement opposées à la doctrine de l'Evangile.
Par exemple, le psaume CXXVI déclare que les enfants sont riiérilage du Seigneur, et la fécondité une récompense des jusies ; que les enfants nés dans la jeunesse, sont comme des flèches dans la main d'un homme plein de force; qu'un père est heureux de remplir sa maison de tels enfants; et qu'ils ne seront jamais couverts de confusion, quand ils parleront avec leurs ennemis devant les juges (Ps, CXXVI ,5,4, 5). L'expérience est contraire à tous ces chefs; et ce serait abuser indignement des Ecritures que de prétendre qu'afin qu'elles disent vrai, il suffit qu'elles ne trompent pas toujours , quoiqu'il arrive ordinairement qu'elles trompent.
Si tons les justes sont pères, et si c'est une preuve de leur justice et un solide bonheur qu'une nombreuse famille, que devient la promesse que Die^i fait dans Isaïe, et Jésus-Christ lui-même dans l'Evangile, à ceux qui embrassent la continence ? (haie, LVI, 4 et