POUR L'INTELLIGENCE DES SS. ÉCMTUKES
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5 ; M ait h. XIX , 12.) Quelle consolation aurait eue le saint homme Job, lorsqu'un seul accident lii enbva sept iils et trois filles ? El comment le sage nous assurerait il que quand on serait le père de cent enfants, et qu'on vivrait deux mille ans, on pourrait ignorer la distance de la vertu el du vice , et être plus malheureux qu'un enfant qui n'a jamais vu le jour, et qui a éié étouffé dans le sein de sa mère? {Ecclês. VI, v. 3, 4,5, 6.)
Le psaume CXXV1I nous fournit une preuve encore plus sensible de la nécessité de ne pas borner les promesses de l'Ecriture à des biens temporels. Heureux, dit le prophète. çutcomyMe craint le Seigneur, et marche dans ses voies. Vous serez certainement nourri du travail de vos mains; vous êtes heureux, et en possession du bien. J'avoue que ma surprise est grande, en voyant le bonheur de la crainte de Dieu et de l'exacte obéissance à ses volontés réduit à si peu de chose. C'est le bonheur d'un artisan qui fournit à la dépense de chaque jour, mais qui ne réserve rien. Peu de gens seront touchés d'une telle fortune. Un peu plus de bien et moins de travail paraîtraient plus dignes d'envie.
Votre épouse, continue le prophète, est comme une vigne fertile, appuyée sur le mur de votre maison (Ibid., 5). Le prophète n'a t-il point d'autre louange à donner à l'épouse du ju>te que la santé et la fécondité? Sa pieté, sa modestie, son assiduité au travail , son économie, el tant de qualités estimables que le sage donne à lu femme forte, ne mérilaientelles pas d être rapportées ? (Prov. XXXI , 10 et seqq.)
Le prophète ajoute: Vos enfants, comme de nouveaux plants d'oliviers, environnent votre table (/Js.CXX.VlI,4). Tout le mérite des enfants d'un père plein de religion consiste-l-il dans leur belle taille el dans la manière dont ils assiègent sa table? N'aurail-on eu que cela à dire du jeune Tobie? Les enfants des impies sontils moins adroits, de moins bonne mine, moins propres aux exercices du corps que ceux des justes? Et les femmes sans religion sont-elles stériles ? Je ne vois donc rien ici qui ne soit commun à l'homme sans religion el à l'homme de bien; et à de telles marques je reconnais aussi peu la verlu que le vice.
Voilà certainement comme sera béni l'homme qui craint le Seigneur (lb., 5). Si c'est ainsi que la piété est récompensée, elle est donc fausse dans tous les pauvres, dans toutes les vierges, dans tous les malades , dans tous les pères qui meurent sans enfants, dans tous ceux dont les femmes sont ou stériles ou peu fécondes, dans tous ceux qui meurent jeunes, dans tous ceux qui souffrent pour la justice, et qui perdent pour elle ou les biens ou la liberté. Et au contraire nous ne pouvons douter que tous ceux qui ont du pain, une femme et des enfants, ne soient vertueux, quoique le plus grand nombre ne connaisse pas Dieu , et vive sans le craindre et sans lui obéir. Qu'on laisse subsister une telle interprétation , le respect pour l'Ecriture et pour les psaumes en par
ticulier, qui sont la prière de l'église, s'affaiblit nécessairement, et dégénère enfin en un secret dégoût. Plus les personnes qui les lisent ont de détachement des biens temporels, moins elles sont touchées de promesses et de bénédictions qui les intéressent peu , ou qu' elles regardent même comme des tentations à leur faiblesse. Plus elles estiment la virginité, la continence, la pauvreté , moins elles sont édifiées des louanges que le prophète semble donner à un état moins parfait.
Il faut qu'elles fassent effort pour s'élever audessus de ses expressions et des sentiments dont elles donnent l'idée; el elles abandonnent enfin une lecture qui leur paraît moins propre à nourri r leur piété que certains livres spirituels, mêlés souvent de beaucoup d'e< reurs et toujours très-différents des divines Ecritures, dont toutes les paroles sont inspirées.
Ceux qui n'ont pas la liberté de se dispenser d'une telle lecture, ni de faire choix des psaumes qui les édifient le plus, allégorisenl comme ils peuvent certains endroits , et se rendent peu attentifs aux autres; mais la plupart demeurent persuadés que le sens qui paraît littéral est celui du prophète, quoiqu'il soit visiblement faux en plusieurs occasions. El ma'gré eux il s'élablit un préjugé dans leur esprit contre l'exacte vérité des Ecritures, el contre la p'einecon (lance qu'on doit prendre aux promesses dont elles sont remplies.
L'Ecriture elle-même nous conduit aux interprétalions spirituelles, en mêlant à dessein des promesses d'une justice cl d'une sainteté parfaite à celles qui paraissent ne favoriser que les sens. Car il est visible que la justice el la grâce peuvent être figurées par des biens temporels ; mais qu'elles ne peuvent jamais être les figures des biens qui leur sont inférieurs. Je vous donnerai de Cor an lieu d'airain, dit le Seigneur dans Isaîe ( LX, 17 ) , de l'argent au lieu de fer , de l'airain au lieu de bois , el du fer an lieu de pierre* (Ibid. 18). Je ferai que la paix régnera sur vous, cl que la justice vous gouvernera. On n'entendra plu*
parler de violence dans votre territoire tout votre
peuple sera un peuple de justes ( Ibid., 21 ).
Ces endroits de l'Ecriture sont l'interprétation de tous les autres, où les biens futurs sont annoncés sous d'autres noms el sous d'autres images, parce qu'ils joignent ce qui est ailleurs divisé, et qu'ils coin prennent en même temps les biens qui ne sont promis que comme figures , et les biens qui sont promis comme figurés, parce qu'ils sont les seuls véritables.
Comme celle règle est d'une grande étendue , et que l'usage en est absolument nécessaire pour bien entendre la plupart des livres de l'Ecriture, et surtout les prophètes et les paumes , il est à propos de la léduire à certains principes, qui la fixent et qui en facilitent l'application.
1" principe. Le sens de l'Ecriture ne peut être faux ; et il esi certain qu'on ne l'entend pas quand on lui fait dire ce qui n'es! pas vrai.
cr principe. La vérité des promesses est plus intéressante qu'aucune autre ; et par conséquent c'est dans les promesses que la vérité des Ecritures est plus exacte.
5° principe. Les promesses faites à la pié'é , non seulement comme des récompenses , mais comme lui devant servir de preuves et^de témoignages, ne peuvent êire trop rigoureusement entendues , parce que c'est sur elles que l'homme de bien se fonde , et que c'est par rapport à elles qu'il doit examiner si sa vertu e<t sincère.
A* principe. Les Ecritures ont toutes le même but et la même fin. On ne peut opposer les unes aux autres, parce qu'elles sont inspirées par le même Esprit. Et c'est une preuve qu'on les entend mal , quand on les fait tomber en contradiction.
5* principe. Dans tous les temps la véritable piélé a été inséparable de l'amour de Dieu. Sa perfection a dépendu de la perfection de cet amour ; et tout ce qui a été contraire à la pureté de cet amour a été contraire à la pureié de la religion et de la vertu.
G* principe. L'Ecriture dans son tout ne commande que la charité et ne défend que la cupidité. Elle est donc incapable de substituer l'objet de la cupidité à celui de la charité ; et beaucoup moins de donner le premier pour fin de l'autre.
V principe. Ce n'est point sortir du sens littéral que de suivre le sens que le Saint-Esprit a eu en vue. h n'y a même que ce sens qui soit littéral , si ce sens est unique.
8e principe. Le sens littéral est unique lorsqu'on ne peut conserver la vérité dans aucun autre.
9* principe. Ce n'est pas une règle sûre que de se contenter du sens qui frappe d'abord , surtout dans les prophètes , parce que les prophètes parlent avec obscurité , et qu'ils en avertissent très souvent.
10* principe. L'obscurité des prophètes est plus grande et plus affectée quand ils parlent des mystères de Jésus-Christ et de sa grâce , et des promesses des biens évangéliques , parce que c'étaient ceux que le corps du peuple juif désirait le moins, et dont il était par conséquent plus indigne.
11* principe. Afin que le peuple juif s'attachât aux prophéties et principalement aux psaumes , qui étaient dans la bouche de tout le monde, il était nécessaire qu'il crût qu'il en était le sujet ordinaire ; qu'il y vît partout Jérusalem et le temple , qu'il y trouvât partout des promesses conformes en apparence à ses désirs.
W principe. Ce serait ne tenir aux Ecritures, que comme y tenait la Synagogue, si l'on n'y voyait que ce qu'elle y voyait. Plus elle se contentait de ce qui flattait les sens, moins on doit s'y arrêter. Autrement on se tromperait dans ce que les Ecritures ont de plus grand et de plus sérieux , comme elle s'y est trompée.