RÈGLE VIII
Il y a des histoires dont les circonstances ont un rapport si visible à Jésus-Christ, qu'on ne peut douter qu'elles ne le représentent.
Le langage du Sainl-Espril est quelquefois si intelligible, que la moindre réflexion suffit pour le comprendre ; el cela arrive lorsque toutes les circonstances d'une histoire ont un rapport si visible à Jésus-Christ, qu'on ne peut douter que le dessein de Dieu n'ait été de les faire servir à représenter les mystères de son Fils et sa conduite sur son Église. C'est ce concours de circonstances qui forme comme un tableau parfait. El l'on doit établir comme une règle sûre, que ce n'est point alors l'esprit humain qui trouve des rapports entre la figure el la vérité; mais que c'est l'Esprit qui a dicté les Écritures, qui fait sentir que l'Ancien Testament est la prédiction du Nouveau, el que Jésus- Christ n'est montré très-clairement en certains endroits qu'afin qu'on le cherche dans lous les autres.
exemples. — 1° Joseph.
L'histoire de Joseph est du nombre de celles où Jésus-Christ est presque plus visible que le précurseur qui l'annonce. C'est lui qui devient odieux à ses frères, parce qu'il reprend leurs vices et parce que sot) Père rend un témoignage public à sa vertu. C'est lui qui cherche ses frères , quoiqu'ils ne répondent à son amour que par leur haine ; c'est lui qui est vendu par eux, el c'est sa tunique qui est ensanglantée : mais il sort vivant du tombeau où on l'avait enfermé, et il règne parmi les Gentils auxquels sa famille ingrate l'a cédé. Il est oublié par ses frères injustes; mais Jacob, figure en cela de lous les saints patriarches, pleure s;m absence. Ses frères enfin le reconnaissent et l'adorent : et celui qui était le sauveur de TÉgypte le devient aussi de tout Israël. Qui peut, n'être pas frappé de tant de rapports, s'il est chrétien? et qui peut se délier d'une ressemblance que la divine Providence a rendue si sensible et si parfaile?
2* La sortie des Israélites de /* Egypte eJ leur séjour dans le désert.
Il en est de même de la conformité que Dieu a mise entre l'état des Israélites sortis de l'Egypte et celi i
^7 POim L'INTELLIGENCE
iJ)S chrétiens en celte vie, et il a voulu que toutes les circonstances Je ce qui est arrivé aux. premiers fussent une figure, une prédiction et un gage de ce qu'il ferait peur son Église. Ils étaient captifs et gémissants sritis la dure servitude du prince de ce monde et du dieu de ce siècle, qui fait ton* ses efforts pour les retenir assujettis i des travaux houleux ei pénibles de terre et de boue, nonobstant la noblesse de leur origine, et malgré les promesses de Dieu , qui les appelle à la liberté et au royaume.
Ils immolent vers le soir l'agneau pascal et sans tache, dont ils mangent tous la chair sans en briser les os., avec des laitues arriéres et du pain sans levain (I Cor. V, 7, 8; Joan, XIX, 56; ). debout comme des voyageurs et des étrangers, ne tenant plus à l'Egypte, et n'attendant que l'heureux signal qui doit les en faire sortir; et ils ne sont préservés de la colère du ciel et de l'ange exterminateur que par la vertu de cet agneau immolé, dont le sang teint le haut de leurs portes, et dont la nourriture leur donne la lorce de se mettre en chemin et leur sert de viatique.
L'Église est délivrée par mille prodiges rednuh'és de l'oppression de Pharaon , qui a éié noyé dans les mêmes eaux qui l'ouï sauvée ; mais, quoiqu'elle chante le cantique de sa délivrance sur le bord de la mer Rouge, elle n'est point encore arrivée au tenue, et il lui reste encore une longue carrière à fournir ei bien des épreuves à souffrir.
Elle est ici errante, cherchant à travers mille dangers et mille ennemis une demeure fixe et permanente», que Dieu lui a promise; mais loules les nations qui l'environnent s'opposent à son repos éternel. Elle campe sous des pavillons, dans un pays aride ei brûlant, où aucune plante utile ne croît; où l'on n'est nourri que par un pain descendu du ciel, et désaltéré que par les eaux miraculeuses du roc mystérieux ; où l'on vit au milieu des serpents et des bêles empoisonnées, qui sont les habitants naturels de l'affreuse solitude où elle est contrainte de faire un long séjour. Aucun nuage, aucune rosée ne modère l'ardeur du soleil; aucune habitation n'offre une retraite, aucun sentier m arqué ne montre le chemin qu'il faut tenir. Tout lui manque du côté de la lerre; mais du cô:é du ciel , lotit lui est rendu, et Dieu seul lui lient lieu de toutes choses. Il la conduit le jour par un nuage, cl la nuit par une grande lumière; il modère ses persécutions el dissipe ses doutes; il est son guide, son défenseur et son roi. Il marque ses campements, ses voyages , ses demeures, el il la guérit des morsures enflammées des serpents, par celui qui en a la figure Bans en avoir le venin.
Les Israélites trouvent dans le désert le Dieu qu'ils y avaient cherché, el ils y apprennent sa loi. Ils ne s'occupent que de sa religion et du culte qu'elle prescrit; ils vivent sans autres soins el sans autres affaires, et ils ne bâtissent que le tabernacle, que l'autel et que l'arche. C'esi l'unii|ue objet de loules leurs dépenses ci le seul emploi de leurs richesses.
lis sont redevables de leurs victoires à la prière de Moïse, qui étend ses bras en forme de croix, et les appuie sur la pierre On ne voit briller d'autre étendant à la tète de leurs troupes, dan-; loules leurs inarches el dans t< ules leurs stations, que le symbole de la croix dus le serpent d'airain; el ils ne sonl Introduits dans la lenv promise que pur un libérateur qui porte le nom de Jésus, qui en partagera l'héritage par sort à ceux qui ont fidèlement combattu sous sa conduite, et qui n'auront plus alors besoin de la manne, parce (pie la nouvelle terre fournira une nouvelle nourriture.
Il faudrait être bien dépourvu, non seulement de foi , mais de bon sens, pour ne pas reconnaître le doigt dt' Dit u dans ces merveilles,. dont 1 s unes sont les images des autres : el l'on ne doit pas hésiler à fane ici l'application de celle maxime générale de sainl Paul, que les chrétiens sonl i eints dans l'histoire des Juifs ; et que c'est plus notre instruction que le récit de ce qui leur esl arrivé que nous lisons dans les anciennes Ecritures : Tomes ces choses qui leur arrivaient , étaient des Injures ; el elles ont été écrites pour nous servir d'instruction. (I Cor. X, lt).