‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 31 sur 157 · RÈGLE XII · texte numérisé non relu

RÈGLE XII

Il y a certaines prédictions des prophètes qui sous les tnêmes termes embrassent d,'s événements très différents et très-éloignés les uns des autres.

On peut encore ajouter une règle qui sert comme les autres de fondement au sens spirituel. Elle consiste à observer certaines prédictions des prophètes qui, par les mêmes traits et les mêmes expressions, désignent des événements Irès-difîerents, etquelquesfois même .séparés par de longs intervalles de siècles, dont les uns sont l'image et le gage des autres ; et qui, après avoir paru accomplies, sont rappelées dans les Ecritures et surtout dans l'Apocalypse comme nouvelles et comme regardant l'avenir ; car il est dès lors manifeste que le premier sens qu'on leur attribue n'est point le seul, puisqu'il est passé, et qu'elles en reçoivent encore un second, puisqu'il n'e>t pas encore accompli. Quelques-unes de ces prophéties sont aisées à reconnaître ; et les autres sont plus légèrement marquées : mais elles n'échapperont pas à un esprit attentif. 11 n'est point ici question ni du sens qu'elles ont dans l'Apocalypse, ou dans les autres livres de l'Ecriture, ni de celui qu'elles ont dans les prophètes plus anciens d'où elles paraissent tirées; mais seulement de la précaution qu'on doit avoir en les expliquant, pour ne point exclure l'un des sens par l'autre, et pour conserver le spirituel, qui est prophétique, aussi bien que le littéral.

Les exemples de ces sories de prophéties sont fréquents. Dans le psaume II, Dieu déchire à son fils que tous ses ennemis ne seront en tout temps que de fragiles vases de terre qui s'attaqueront à un sceptre de fer, et qu'il lui sera aussi facile de briser et de réduire en poudre qu'il leur sera impossible d'en parer le coup et de se rétablir. Vous les briserez avec une verge de fer ; et vous les romprez en pièces comme un vase <l\irgile {Ps. II, 1-9).

Jé=us-Chrisl a fait sentir aux Juifs les premiers coups de sa verge de fer, en détruisant pour jamais leur sacerdoce et leur royauté , en brûlant leur temple et leur ville; en envoyant ses années, dont les empereurs n'éiaientque les lieutenants, pour exterminer des vignerons homicides qui avaient cru pouvoir se maintenir dans l'héritage usurpé en tuant l'héritier (Matin., XXII, 7; ld., XXI, 41 ).

Les césars pendant iroi» siècles ont pris les mesures les plus habilement concertées , ont dicté les arrêts les plus ioudroyants, ont exercé les cruauté les plus barbares pour combattre le règne de Jésus-Christ : et ils sont tous péris misérablement. Dans la dernière et la plus cruelle persécution, quatre princes ne ^occupèrent pendant dix ans qu'à éteindre ie christianisme. S S. XXVII.

Ils convertirent tout l'empire romain en une sangla i us boucherie ; ils tournèrent contre les serviteurs de Dieu et de sen Christ les armes des légions romaines, destinées à défendre l'Étal; et ils s'applaudissaient déjà d'une victoire parfaite sur des ennemis qui n'oppo • saient que la patience et la fuite.

Mais dans le temps même qu'ils se flattaient d'avoir anéanti l'Evangile et d'avoir porté l'idolâtrie au comble de la puissance et de la gloire, Jésus-Christ brisa 1 epée de ces fiers maîtres du monde. Il extermina en peu de mois ou d'années six empereurs et césars, avec toute leur postérité cl tous leurs amis. Dioclétien , Maximien Hercule, Maximien Galère, Maximin Dèce, Maxence, Lîcinius, disparurent Unit d'un coup comme une poudre légère. Satan , qui s'était placé dans les astres pour s'y faire adorer, en fut précipité comme un éclair. Ses temples furent rasés, ses autels renversés , ses statues brisées ou fondues; et l'idolâtrie honteuse et tremblante fut bannie de l'univers qu'elle avait si longtemps souillé. et contrainte de cacher dans les antres ses superstitions ridicules cl ses infamies.

Ce n'était point encore assez pour faire une réparation pleine au sceptre de Jésus-Christ. Toute puissance qui avait eu le malheur de le combattre devait être exterminée. L'épée des empereurs, en trempa:* dans le sang des martyrs , avait contracté une tacha qui ne put être effacée par le bon usage que les successeurs en firent , et l'empire romain était flétri d'un a millième qui le condamnait lui-même à être brisé et détruit , parce que le sang des prophètes et des saints s'était trouvé en lui : Et in ea sanguis proplielarum et sanc'.orum inventus est (Apoc. XV III , 24). La voix de ce sang appela de toutes1 parts les nations barbares pour le venger. Les Goths, les Vandales, les Huns, les Francs ,les Lombards accoururent à l'envi pour lui prêter leur ministère. Ils renversèrent l'empire romain jusqu'aux fondements, et eu effacèrent jusqu'aux traces.

Mais après ce tlnuble accomplissement si éclatant et sur les Juifs et sur les Gentils, l'Apocalypse rappelle encore celle prophétie du psaume comme si elle n'avait point été accomplie ; et nous apprenon; que le dernier usage que Jésus- Christ fera de cette, verge de fer contre les injustes csl réservé à la fi:i du monde. Il surtait de sa bouche, est-il dit de Jésus- Christ, uneépée tranchante des deux côtés, pour frapper les nations : car il les gouvernera avec une verge de fer ; et c'est lui qui foute la cuve du vin de la fureur de lu colère de Dieu tout-puissant ( Apoc, XIX, io).

Jéms-Chrisl associera à ce redoutable privilège tous ses fidèles serviteurs : Quiconque , dit-il , aura vaincu et aura persévéré jusqu'à la fin dans les œuvres que j'ai commandées, je lui donnerai puissance sur les nations. Il les gouvernera avec un sceptre de fer ; et elles seront brisées comme des vases d'argile , selon que j'ai reçu moi même ce pouvoir de mon père {Apoc. 11, 2G, 27 cl 28) .

Dieu, eu contractant l'alliance solennelle avec!..* [Trois.)

•nfants d'Israël au pied du mont Sinaï, réduit toutes les promesses qu'il leur fait à ecs paroles : Vous serez de Ions les peuples celui que je posséderai comme won bien propre ; vous serez mon royaume et mes prêtres ; tousserez la nation sainte {Exode, XIX, 5). Mais saint Pierre, sans avoir égard à ce traité fail avec le peuple juif, transporte tous ces droits et tous ces t il res aux chrétiens et n'y voit que les | rivilégcs.de l'alliance nouvelle. Car opposant les chrétiens aux Juifs incrédules, à qui Jésus-Christ a été une occasion de scandale, il ajoute aussitôt : M aïs quant à vous, vous êtes la race choisie, l'ordre des prêtres rois, lu nation sainte ( I / iene II , 0 ). Saint Jean de môme, dans l'Apocalypse envisage comme le principal fruit de la mort du Sauveur, rie nous avoir faits rois ei prêtres de son père. Jésus- Christ, dit il, nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang, et nous a faits rois et prêtres de Dieu son Père (Apoc, I, G). Et il nous apprend en même temps que ce ne sera qu'après la mort que les justes entreront en pleine possession de coite royauté et de ce sacerdoce. Car après avoir parlé des âmes des martyrs qui ont été égorgés pour Jésus- Christ, il assure que la seconde mort n'aura point de pouvoir sur eux : mais qu'ils seront prêtres de Dieu et de J ésus Christ , el qu'ils régneront avec lui ( Apoc, XX, Ae'.C).

Dieu promet encore aux Israélites dans le Lévitique (111 Lev.t XXVI, 11,12), comme une laveur particulière, qu'il établira au milieu d'eux sa demeure pour jamais; qu'il se promènera au milieu d'eux, qu'il sera leur Dieu, et qu'ils seront son peuple.

Et saint Paul déclare que ces paroles s'adressent aux chrétiens, et quecesontcux.que Dieu a eus en vue dans celle promesse : Vous êtes , dît-il aux fidèles de Corinthe, le temple de Dieu vivant , comme Dieu d.t lui-même : J'établirai ma demeure en eux, el je. m'y promènerai. Je serai leur Dieu, et Us seront mon peuple (II Cor., VI, 10). Mais ce u'esi qu'aprè- que le monde est jugé et détruit, ce n'est qu'après qu'une nouyerJe terre cl de nouveaux cieux ont éé substitués aux anciens que celte promesse reçoit son vcriiahle accomplissement. Ce n'est que lorsque la nouvelle Je rusalem desrend du ciel toute brillante de gloire, et parée comme une épouse (Apoc, XXI, 3) (pie «aiut Jean entend une voix partie du trône qui lui dit : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ; el il demeurera avec eux , et ils serent son puple, et X)ieu demeurant lui-même au milieu d'eux sera leur 4)ien.

L'Apô're, pour exhorter les chrétiens de son temps i» se séparer de la corruption de ce monde (Il Cor., VI, 17), répète les mêmes paroles que Dieu sco bldt n'avoir fail écrire dans Isaïe que pour avertir les Juifs captifs à Babylonc de soi tir (h relie ville avant que Cyrus y vint mettre le siège (lsui. LU, II). Et «non obsiant ces deux accomplissements si différents, -el si éloigné* l'un de l'autre, l'esprit de Dieu «la ris l'Apocalypse y donne une nouvelle étendue et une plus çrtndc force (/t;w., XVIU, 4) , en on] rfnanl

aux justes qui ont le caractère de l'agneau de sortir de la grande Dahylone, qui est le monde réprouvé , avant qu'elle soit condamnée el précipitée , a(in de n'être pas punis comme complices de se* crimes.

Il faudrait transcrire l'Apuealypse tout eniière, si l'on en voulait rapporter ions les exemples de ce genre; car elle csi le précis de toutes les Ecr turcs, l'abrégé de tous les prophètes, le parfait accomplissement de toutes leurs pi édifiions. Elle est un tissu continuel de leur* expressions, un assemblage des images, des coin; arasons, des ligures qu'ils emploient. Elle est le dernier point de vue où tous les traits répandus dans t<»us les autres écrivains s ici es viennent se réunir, et où presque tous les événements déjà arrivés dans le cours des siècles et rapportés dans l'histoire sainte sont rappelés de nouveau, et servent à peindre, par une merveilleuse fé. nudité, les derniers événements du monde et à marquer le véritable accomplissement de lentes les Ecritures.

C'est le jugement qu'en a porté l'illustre Bossuet, évêjiie de Mcaux, dans sa belle préface sur l'Apocalypse. « Nous retrouvons, dit-il, dans le grand apôtre saint Jean , l'esprit de tous les prophètes et de tous les hommes envojés de Dieu. Il a reçu l'esprit de Moï>e , pour chanter le cantique de la nuuveifd délivrance au peuple saint (Apoc, XV, 6; ib. XI, 19; ib. Mil, 5); el pour construire à l'h nueur de Dieu une nouvelle ardre, un nouveau tabernacle, un nouveau teu pie, un nouvel autel des p -•lïmus. Il a reçu lYspru u'Isaïe el de Jérémie pour décrue les plaies de la nouvelle Babylone, el étonner loul l'univers du bruit de sa chine (Jbid.. XVI, 17 et 18). C'esl par l'esprit de Daniel qu'il nous découvre la nouvelle bête, c'esl-à-dire le nouvel empire, ennemi et persécuteur des saints, avec sa défaite el sa ruine. Par l'esprit d'Ezéeb el il nous montre toutes les richesses «lu nouveau temple où Dieu veut être servi, c'est-à-dire et du ciel et de l'Eglise ( Ibid.,

XXI et XXII) Tous le> hommes inspirés de

Dieu semblent y avoir apporté lout ce qu'i s ont de plus riche et de plus grand, pour y co:upo>ei I • p us beau tableau qn'.ji pût jamais imaginer de la gloire de Jésiis-Christ ; et on ne voit nulle pu plus clairement qu'il était vraiment la lin de la loi, la vérité de ses ligures, le corps de ses ombres, et i'àum de ses prophéties. •

Ce caractère de rappeler des événements déjà arrivés jour prédire l'avenir n'est point particulier à ^Apocalypse seule, quoiqu'il y domine. On en peut remarquer des exemples d.ms les amies li\res de l'Ecriture, dans lesquels comme parle ei.eore ce savant évèque, « ce que l'on verra clairement qu'il y faudra trouver ne laissera pas d'y èire eaché soui unf sens déjà accompli et sous des événements dé;à

paS és. I

Saint Paul dans l'Epître aux Hébreux, citant ceg paroles du p mime XCI V : Je leur ai juré dans ma colère qu'ils n'entreront point dans mon repos (llet>., IV, H ) , démo .ire qu'eiies ne peuvent s'entendre ni di

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serment par rapport à la terre de Clianaan, ni du repos que les Israélites y trouvèrent ; mais qu'elles annoncent clairement l'entrée dans le royaume du ;iel et dans le repos éternel, qui est seul digne d'être appelé le repos de Dieu. Car il prouve que s'il ne s'agissait que de la terre de Clianaan, comme il y a longtemps que Josué eu a fuit le partage entre les tribus, la promesse serait accomplie (Ueb.y IV, 8), et que i)ieu ne parlerait point après tant de siècles du lieu de son repos , comme n'étant encore que montré et promis. C'est assez pour cet apôtre que ces événements soient passé» et que David en parle de nouveau pour conclure que les premiers étaient simplement des ligures et que le véritable objet du prophète regarde l'avenir, et répond seul à sa pensée , comme ét-ml la réalité des figures. C'est une clé d'un grand usage qu'un tel principe ; et quand on sait l'employer, on découvre dans les prophètes beaucoup de chuses futures qui parais eut n'être que le récit du passé.

Le prophète Isaïe, dans le chapitre onzième, peint clairement le premier avènement de Jésus-Chri>t, par tous les traits les plus propres à le représenter. 11 parle de l'origine temporelle qu'il tuera de la racine de Jessé. Il marque le caractère de son règne et des sujets quM se formera. Il prédit par quels moyens il établira 3l*'.î empire et retendra ; de quels dons il enrichira s<»n Eglise; de quelle paix il la fera jouir, malgré la diversité des parties qui la composeront ; cl comment sa parole seule lui suffira pour lui assujettir toutes choses et pour détruire tous ses ennemis. Il fraprpera lu terre pur lu verge de sa bouche ; et il tuera l'impie par le souffle de ses lèvres (Isa., XI,

Il est néanmoins évident que cette prédiction ne doit point être limitée au seul ministère public du Fds de Dieu pendant sa vie mortelle , puisque saint Paul se sert de ce passage pour prouver une impor-

tante vérité, qui regarde les derniers temps de PEgUse c'esl-à dire la défaite de son plus dangereux ennemi, et pour la violence cl pour la séduction : Alors sa découvrira l'impie , que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche , et qu'il perdra pur Ciclat de sa présence ( II Thess. II , 8 ). D'où il est manifeste que cette prophétie d'isaïe renferme dans .^om étendue toul ce que Jésus-Christ devait faire dans le cours de tous les siècles, pour protéger son Eglisu contre les différents ennemis qui la combattraient; et principalement sa dernière victoire contre son dernier ennemi, par laquelle il mettra le comble à toutes ses autres victoires.

L'abomination de la désolation prédite par Daniel paraissait avoir été portée jusqu'aux dernières cxt:cmiiés par Anliochus Epiphanes (Dan., XII, 11); et tous les traits de la prophétie semblaient être épuises par les malheurs dont il accabla Jérusalem et toute la nation sainte. Néanmoins Jésus- Christ la cite, comme n'étant pas encore accomplie (Matih. XXIV ); et il parle d'un autre accomplissement plus éclatant sous Tiieet Vespa^icn, et plus conforme aux vues du prophète. 11 donne même ce second accomplissement comme une imageet comme une prédiction d'un troisième , encore plus terrible cl plus étendu, qui n'enveloppera pas la seule ville de Jérusalem ni la seule nation juive, mais toutes les nations et le, monde entier ; et qui n'aura son eflet qu'à la fin de* siècles.

11 n'y a personne qui ne sache que la plupart des prophéties qui semblaient ne regarder qu'El.c , ont déjà été vérifiées dans saint Jean-Baptiste ; et qu'elles le seront encore un jour dans ce prophète , lorsqu'il viendra rétablir les tribus de Jacob , et ramener les enfants incrédules a la foi de leurs pères (Matth. XVII, II, et XI, 14; Marc. IX, II; Luc. I, 17; Mulach. IV, 5, et III, v. 1 ).

fis-

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