CHAPITRE PREMIER
Plan des psaumes expliqué.
Si l'on veut remédier à ces divers inconvénients , il Faut commencer par fixer ou rétablir le texte, avant que d'en entreprendre l'explication. Nous avons à cet effet un secours puissant ; c'est celui des anciens manuscrits, qui servaient de modèles aux différents interprètes polyglottes. Car, de même qu'il est ordinaire aux copistes de se méprendre, il est aussi reconnu par l'expérience qu'ils ne se trompent jamais tous au même endroit : ainsi on corrige l'un par l'nuire, et on remonte à la leçon de l'auteur sacré , par la combinaison des variantes avec le texte original. Nous rapprocherons donc de l'hébreu imprimé, le chaldéen, le syrien, l'éthiopien, l'arabe, l'arménien, le grec et le iatin. Tous ces textes ainsi combinés se prêteront un jour mutuel; une fois la vraie leçon bien déterminée, rien de plus aisé que de l'expliquer. Alors chacun peut se livrer à son génie, et est en état de faire des commentaires.
Mais il y a deux écucils également dangereux, et que doit éviter avec soin un judicieux philologue. Le premier, c'est de penser avec les célèbres auteurs des Prin? cipes discutés, que le texte hébreu est exempt ou presque exempt do toules fautes de copistes. On ne saurait persister dans une pareille opinion sans fermer volontairement les yeux à la lumière. Pour désabuser ceux qui pourraient en être malheureusement prévenus, il nous suffit de leur rappeler ici la forme du poème acrostiche, qui règne dans plusieurs psaumes. La nature de ces sortes de poèmes exu;c que les différons vers se succèdent selon l'ordre que tiennent les lettres dans l'alphabet. Or, il arrive quelquefois que l'iiarmnnie du cantique est tout- à fait troublée par lasuppressiond'un vers : mais si l'on compare avec l'hébreu d'aujourd'hui les anciennes versions polyglottes, l'on retrouve les mots omis, lesquels étant rendus dans le langage hébraïque, forment le vers alphabétique qui man-
(1) Fournier le jeune ajustement acquis de la célébrité dans l'Europe enlière. Les amateurs connaissent le Manuel Typographique qu'il a donné au public en 2 volumes in-octavo; il rend compte dans cet ouvrage des procédés de son art, et l'on y voit des modèles exécutés en caractères de toute sorte de corps et de toute sorte de langues. L'on ne peut s'empêcher d'admirer la pefection qu'il a procurée à la typographie. Il est fâcheux que cet homme estimable ait été prévenu par la mort en 1768, et qu'il n'ait pu enrichir la littérature des deux autres volumes qu'il se proposait de mettre au jour. Le tils, qui marche sur ses traces, n'a pas laissé dégénérer la belle fonderie de caractères dont il ahéritédg son père.
S, S. XXVII
quait dans la pièce. Ceci n'est-il pas une démonstration de la faute de copiste ? Cependant nos estimables auteurs ne la soupçonnent même pas.
L'autre écueil contre lequel il ne faut pas échouer, c'est de multiplier à l'infini, comme a fak le père Houbigant, les fautes de copistes dans l'hébreu imprimé. Aussitôt que ce savant n'entend pas le texte, il le croit corrompu, et le réforme à son gré, disant que le bon sens est le meilleur de tous les manuscrits. Si jamais cet excès prenait racine, et devenait un peu commun, il n'y aurait plus rien de fixe et de certain dans aucun auteur ancien. Vo'Ià comme l'homme est fait : il outre tout, et ne connaît point de milieu.
Pour nous , nous marcherons avec une sage précaution entre ces deux précipices, et nous nous donnerons bien de garde d'y tomber. Nous ne dissimulerons pas, il est vrai, les fautes des copistes; mais aussi nous n'avouerons que celles dont l'analogie de la langue sainte, la nature du poème, et l'autorité des textes polyglottes ou des anciens manuscrits, nous démontreront l'existence.
C'est à la lueur de ces flambeaux que nous allons éclairer l'obscurité de notre Vulgaîe latine. Si elle manque quelque part de clarté, c'est surtout dans les psaumes» Elle est calquée ici, non sur l'original hébreu, mais sur la copie grecque. Les Septante, comme traducteurs , n'ont pu qu'affaiblir le texte. L'interprète latin, qui est venu après , *et qui a travaillé sur le modèle grec, a dû l'affaiblir de nouveau. Ainsi , en comparant le latin des psaumes avec l'hébreu , d'où il ne découle que par une suite de cascades, l'on ne doit point être étonné de la distance et de l'éloignement qu'on y remarque. Cependant nous ferons voir que les Septante avaient souvent dans leur manuscrit hébreu de bien meilleures leçons que celles que nous offre l'hébreu imprimé. Il en est de même du chaldéen et «lu syrien.
Pourcequi estdesauleursdes versions éthiopienne, arabe et arménienne, comme ils ne travaillaient que sur le grec, ils ne peuvent servir qu'à fixer la véritable leçon des Septante. Cependant l'on s'aperçoit qu'ils consultaient, dans les endroits difficiles, le texte hébreu, ou du moins le syrien ; ce qui est vrai surtout de l'interprète arabe.
Quant aux versions grecques, d'Aquila, de Symmaque, de Théodolion, et à celles qui sont connues sous le nom de cinquième, sixième et septième éditions, qu'Origènc avait placées dans sa collection (î),
(1) Cet ouvrage, auquel toute l'antiquité ecclésiastique a donné di justes éloges, était si considérable qu'on ne pouvait se le procurer qu'à très-grands frais ou en faire des copies qu'avec beaucoup de travail. Saint Jérôme le témoigne dans sa préface sur Josué. Quoiqu'Origène eût eu bien des secours, et que ses amis l'eussent servi de leurs richesses, il sacrifia néanmoins plusieurs années à cette entreprise. C'était d'ailleurs l'usage de ce temps-là de n'écrire ces sortes d'ouvrages qu'en lettres capitales ou onciales,ce qui les rendait fort volumineux. Dom Montlàueon pense que les Hexaples devaient former au moins une cinquantaine de volumes d'une grosseur énorme. Aussi n'en tira-t-on que très-peu de copies. On en transcrivait seulement, selon le besoin, les différentes leçons d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion, ou quelques autres qui pa-
iCina.)
nous n'en avons malheureusement que quelques fragments. Par l'utilité que nous retirons du peu qui nous reste de ces divers ouvrages, l'on peut juger des avantages singuliers que nous aurait proeurés leur entière conservation.
Il nous serait plus aisé de composer une nouvelle version d'après l'hébreu, que de faire une confrontation raisonnée et suivie do la Yulgaie, avec sept textes écrits en autant de diverses langues ; mais la chose serait moins utile. Dans le premier cas, Ton apercevrait, entre notre traduction et la Vulgate, une grande ditïërencc, sans en concevoir la raison; c'est le sentiment que l'on éprouve à la lecture des versions latines ou françaises qui ont été faites sur l'hébreu. On aura beau faire ; la Vulgate, qui, depuis plus de douze siècles, a cours dans l'Eglise, y sera toujours en usage, telle qu'elle est, surtout pour les psaumes , qui forment principalement notre liturgie sacrée. Il est difficile de pouvoir faire le moindre changement dans l'office public, sans irriter les esprits ; un motif aussi louable a fait prévaloir pour ce livre l'ancienne Vulgate ou l'Italique, sur la nouvelle version vie saint Jérôme, quoiqu'on eût adopié avec justice le reste de son travail sur l'Ecriture. Les raisons qui ont décidé alors l'Eglise, subsisteront toujours. Le meilleur parti qu'il y ail donc à prendre dans cette matière, c'est de mettre chacun à portée de bien saisir le sens de la Vulgate, et d'en dissiper les ténèbres; c'est là le vrai but du parallèle que nous établissons entre celle version et les autres textes des bibles polyglottes. Nous rendons comp:e de tout ; nous ne laissons pas passer la plus légère différence sans lu justifier ou la réprouver. Exempts de partialité, nous sommes tour-à-tour hébreu, chaldéen, syrien, arabe, éthiopien, arménien, grec ou latin, selon que la force des raisons nous détermine. Notre travail est bien plus avantageux que si nous réprésentions en entier les huit textes traduits, puisque nous n'offrons que ce qu'il y a de plus précieux dans chacun d'eux.
Si nous corrigeons alternativement le texte hébreu par l'une de ces anciennes versions, ce n'est pas que nous préférions, ou même que nous égalions la copie à l'original, ni le ruisseau à la source ; mais c'est que les manuscrits hébreux, sur lesquels elles ont été faites, avaient souvent des leçons bien supérieures à
laissaient plus importantes, et on les renvoyait à la marge des exemplaires de la version des Septante : de là est arrivée cette multiplicité de variantes qu'on trouve aux marges des plus anciens manuscrits de celte version. Ce qui contribua encore a faire négliger les Hexaples, c'est qu'on crut pouvoir s'en passer, après les différentes correclions qu'on entreprit du texlc des Septante. Les Pamphile et les Eusèbe, qui florissaienl immédiatement après la mort d'Ori- Kèue', prirent pour règle de leur révision le grec des Hexaples; Pamphile lui-même en déposa l'original, ainsi que celui des Tétraples, dans la riche bibliothèque qu'il tonna à Césarée. Mais ces deux corps d'ouvrages, dignes de l'immortalité, disparurent tellement dans la suite qu'il n'en est échappé à l'injure des siècles aucun fragment tel qu'il était sorti des mains d'Origène. Nous ne tenons ce qui nous en reste que des travaux de Pamphile, d'Eusèbe. et de quelques autres anciens qui avaient consulté les Hexaples et 10b Télraples.
celles de l'hébreu imprimé. Non contents de rapporter la variante dans notre propre langue, nous mettons sous les yeux du lecteur les mots hébreux que devaient lire ces interprètes. Ensuite nous examinons laquelle de toutes ces leçons hébraïques est la plus conforme au génie de la langue, au rbylhme du poème, à la suite du discours, et aux endroits parallèles. L'on sent naturellement qu'un pareil travail doit être long el pénible. Pour parvenir au but que nous nous proposons, nous avons éié obligés de marcher à travers les ronces et les épines. Il nous a fallu comparer ensemble, et la plume à la main, sur chaque verset, huit textes conçus dans divers idiomes qui n'ont souvent.point ou que peu de rapports enlr'eux. Comment aurions-nous pu autrement relever avec exactitude jusqu'aux moindres variétés qui affectent le sens de la phrase ? Un rapprochement de ce genre emporte sans doute, dans l'exécution, de bien plus grandes difficultés que la simple collation des manuscrits hébreux de notre temps. Dans cette dernière entreprise, on est dispensé de tout examen critique, cl il suffit d'écrire tout du long les diverses Leçons, telles qu'elles se présentent sous les yeux ; la plus légère connaissance delà langue sainte met en état de remplir parfaitement cet objet. Quedis-je? on n'a besoin pour cela que de savoir bien lire l'hébreu ; il n'est pas nécessaire de l'entendre. Dans le premier plan au contraire, il faut que nous devinions les termes hébreux qui étaient dans des manuscrits qui datent quelquefois de deux mille ans, et que nous n'avons plus entre les mains, tels qu'étaient ceux, par exemple, sur lesquels travaillaient les Septante ; il faut qu'entre les différentes manières dont les pensées pouvaient être exprimées, nous choisissions celle où les lettres ont pu plus aisément se confondre par les copistes. Nous devons avoir égard à la nature du poème hébreu, et n'adopter que les expressions qui en gardent l'harmonie. Nous sommes obligés d'avoir toujours à la main la balance de la critique, pour peser le poids des raisons. Il faut (pie nous allumions le flambeau de la langue sainte, qui souvent est éteint, à celui des divers idiomes grées ou orientaux. Celte lumière doit êire pure, vive et éclatante, en un mot, telle que celle qui parlait du foyer de l'original sacré, avant qu'il eût été obscurci par la négligence des mains qui nous l'ont transmis.
D'après cet exposé, il est sensible que la confrontation raisonnée des différents textes polyglottes annonce, dans le travail, de bien plus grandes difficultés que la nue collation des manuscrits grecs ou hébreux de nos jours ; mais aussi, en revanche, elle offre des avantages bien plus considérables. Ce sont tout autant de canaux par lesquels on remonte jusqu'aux sources où puisaient les anciens interprètes, tels que le Chaldécn , le Syrien, les Septante et les autres. C'est ainsi que le tronc respectable de la tradition étend vers nous ses diverses branches. Or, les manuscrits qui servaient de modèles à ces écrivains grecs
i37 SUR LA POÉSIE ET LA
ou orientaux étant beaucoup plus anciens que ceux qui sonl parvenus à notre siècle, il n'est pas surprenant qu'ils soient plus purs, plus exempts de fautes de copistes, plus semblables enfin à celui qui est sorti des mains de l'auteur inspiré; aussi nous fournissent-ils une plus abondante moisson de leçons saillantes el propres à fixer ou rétablir le sens du texte. C'est un jugement réfléchi que nous portons dans une matière qui, depuis vingt ans, fait l'objet de nos profondes méditations. Nous avons examiné avec soin, soit les manuscrits hébreux conservés dans les bibliothèques de Paris, soit les extraits de ceux du inonde entier, qu'a publiés le savant anglais M. Kennicolt, dans un ouvrage auquel nous avons eu part. D'après la comparaison exacte que nous avons faite des uns el des autres, nous croyons pouvoir assurer que, dans tous ces manuscrits réunis, l'on ne trouvera pas sur le corps entier de la Cible six cents variantes qui puissent intéresser un critique. Mais les amateurs seront en état de juger si, pour le seul livre des Psaumes, la combinaison dos textes polyglottes ne nous en a pas fourni un bien plus grand nombre.
Pour cettui est des trente mille diversités grecques du Nouveau Testament, qui se trouvent dans la collection de Miil , augmentée par le savant Kusler, il n'y en a pas, de compte fait, plus de cent qui soient dignes d'attention ; et même, parmi celles-ci, il n'y en a qu'une douzaine qui soient vraiment saillantes. En général, elles sont de peu de conséquence, et n'affectent que légèrement le texte. Tel est l'aveu qu'en fait lui-même Kuster, dans la préface de l'édition infol. (i) qu'il a publiée à Amsterdam en 1710: Scire Uccat, plerasque tôt codicum MSS. lecliones variantes ita comparâtes esse, ut parum vel nihil inler cas intersit.
Ajoutons, au sujet des manuscrits hébreux, qu'ils sonl la plupart très-modernes et calqués sur ceux des rabbins Ben-Aschcr et Ben-Nephlali, qui vivaient au douzième siècle. Les Juifs ont toujours eu grand soin de conformer leurs exemplaires à ceux de ces auteurs de la Massore, qui passent parmi eux pour les plus corrects. Ils sonl môme si persuadés de leur exactitude, que quelques-uns d'eux ont effacé des plus anciens manuscrits le> leçons qui ne s'accordaient pas avec celles de leur texte ou de celui de Ben- Chaim (2), qui leur est semblable, et qui a servi de
(1) Novum testamentum grcecum, cum leclionibus varianlibus Mss. exemplarium, versionum, editionnm, SS.Pa- Irum el scriplorum ecclesia ticorum; et iu easdein nous.
Accedunl loca scriplurse parallela aliaque exegelica.
Fraemittitur dissertatio de librisN. T. et canonis constitutione, el S. textus N. t'œderis ad nostra usque tenopora hisioria.
Studio et labore Joannis Millii S. T. P.
Collectionem millianam recensuit, meliori ordine disposât, novisque accessionibuslocuplelavitLudolphus Kustcrus.
(2) La Bible hébraïque de Jaeob Ben-Chaim parut à Venise en 1547 et 1549. Celle d'Abraham Ben-Chaim avait \u le jour à Soncino dès 1488. M. Kennicolt a trouvé douze mille variantes entre l'édition de Soncino et celle quia élé publiée a Amsterdam par Van-der-Hoogln en 1705. Mais noire philologue met principalement en compte les lettres
modèle àla plupart des Bibles hébraïques imprimées. Nous avons découvert plus d'une fois dans les manuscrits hébreux des traces de celle conduite, qui caractérise bien l'ignorance. Car ce qu'il y aurait de plus intéressant, ce serait d'avoir des manuscrits antérieurs à la Massore, afin de pouvoir les confronter. Mais en existe-'.-il quelqu'un ? ou, s'il en existe, le nombre en est-il grand ?
Quoi qu'il en soit, rien n'est plus difficile que d'appréeier le véritable «âge d'un manuscrit hébreu; il nous faudrait pour cela un nouveau Montfaucon , qui sût distinguer, par la diverse nuance des écritures , les caractères hébreux de chaque siècle ei de chaque pays , comme ce savant bénédictin l'a fait pour les manuscrits grecs. Il est hors de doute que les Juifs n'ont point élé tous uniformes dans leur manière de représenter les lettres hébraïques. Les Juifs orientaux les figurent autrement que les Juifs d'occident; et, parmi ces derniers , les Juifs allemands diffèrent des Juifs portugais ou espagnols. Les manuscrits hébreux les plus estimés sont ceux dont les lettres sont carrées et d'une belle grandeur, sans pointsvoyelles comme sans notes massoréiiqucs ; mais ces signes sont très équivoques. Un habile copiste donnera à ses caractères un air antique, et trompera les yeux d'un critique. Les dates mêmes des manuscrits, quoique vraies en général, peuvent aussi induire en erreur. C'est ce que remarque judicieusement le savant Michaëlis dans Y Introduction aux livres sacrés du Nouveau Testament , qui a paru à Gœltingue pour la - troisième fois en 1777, loin. I, pag. 353; car les nouveaux scribes, en copiant un ancien manuscrit, ont souvent écrit l'année et les autres notes qu'on lisait à la fin ; et cela, afin de faire mieux connaître l'édition qu'ils suivaient. Par exemple, dans le manuscrit chaldécn, ou plutôt Syriaque, qui contient les Evangiles de toute Tannée, et qui fait partie de la précieuse collection du cardinal Barberin , on trouve l'apostille suivante : « Ce livre des Evangiles , qu'on lit dans le cours de l'année , a élé fini et achevé par le secours de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans 1a juridiction de la ville de Babel, par les mains de l'humble Pierre, l'an 30(f, ap^ès l'ascension de Noire- Seigneur dans le ciel , le 25 de mars. Loué soit Dieu à jamais i. Telle est la traduction fidèle de celte note, qui est conçue en langage syrien. Mais on voit à la page 142, colonne 1, ligne 5, les leçons de Pâques et de la passion, lirées des quatre évangélisles selon la correction de Thomas d'HéracIée, évoque de Germanicie, que nous savons n'avoir vécu qu'après l'an 600 de l'ère chrétienne (voyez la bibliothèque orientale du prélat Assemani*, tome II, pag. 90 et 95). D'ailleurs, si cette épigraphe était véritable, le manuscrit
quiescentes, N, ALEPH, H, HE, 1, OUAOU, ï, IOD, omises ou transposées, ce qui affecte plulôi l'orthographe que le. sens de la phrase. Les points-voyelles suflisent souvent pour redresser le lecteur. D'ailleursles notes du Qerikelib, rapprochent tellement nos bonnes éditions modernes des anciennes, que les différences des unes avec les autres sont en général à peine sensibles.
dont il s'agit serait plus ancien que le Dioscoride de Vienne en Autriche, que le Virgile de Médicis et que celui du Vatican. Il surpasserait aussi en antiquité les manuscrits de l'Ancien et du Nouveau Testament dit Vatican et de Cambridge , ainsi que le fragment coptico-grcc de l'Evangile de saint Jean , que le savant prélat Borgin , secrétaire de la Propagande , vient de recevoir d'Egypte. Or ces différents morceaux sont, au jugement des connaisseurs, les plus anciens manuscrits du monde, si l'on en e\cepte seulement les livres grecs qu'on a découverts de nos jours sous les ruines iïllerculanum et de Pompéïa , et que l'on déroule avec tant de précaution par ordre de sa majesté napolitaine.
Au reste, lesdiseordances qu'on voit dans les manuscrits grecs ou hébreux d'aujourd'hui , se réduisent à très peu de chose ; mais malgré cela, les ouvrages de Mill et de Kennicoll ne laissent pas d'avoir leur mérite. Si malheureusement ils n'eussent pas paru , l'on ne saurait à quoi s'en tenir, et l'on pourrait soupçonner que les manuscrits s'écartent davantage de l'imprimé qu'ils ne font. D'ailleurs, ce que l'on ne saurait trop apprécier, il est constant, par l'examen des deux compilations, qu'il n'y a aucune variété dans les manuscrits grecs ou hébreux , pour tout ce qui a trait à la foi ou à la morale. Nous pouvons porter le même jugement de chacun des textes polyglottes.
Bénissons donc la divine Providence qui nous a fourni un si grand nombre de moyens pour conserver la pureté de ses oracles. Ils ont été si fort répandus et traduits en tant de divers idiumes, qu'en confrontant ces différents textes, on corrige aisément les fautes qui échappent aux copistes malhabiles et négligents. Plus on a de copies d'un ouvrage , plus on a de facilité pour recouvrer la vraie leçon de l'auteur. Car si Dieu ne fait pas des miracles sur la main des copistes, et si chacun d'eux en particulier est sujet à l'erreur, du moins est-ce une vérité de fait qu'ils ne se trompent jamais tous au même endroit; d'eu il résulte qu'en combinant ensemble les exemplaires des uns et des autres, l'on remonte sûrement à la leçon primitive et originale. Peut-on se flatter d'avoir dans ce genre pour aucun ouvrage profane , l'abondance de secoms que nous avons pour les livres saints? En est-il quelqu'un qui ait été aussi répandu, et qui ait passé par tant de traductions? On ne peut donc qu'admirer la mauvaise foi des philosophes modernes, qui respectent la légitimité des productions des Homère, des Cicéron, des Tile-Live, tandis qu'ils ne témoignent que du mépris pour l'authenticité de nos divins écrits. Cependant eut-on jamais, pour garantir la vraie leçon de tous les passages de ces auteurs païens , la moindre partie des puissants moyens que nous avons , en ne parlant même qu'humainement, pour constater celle des sentences de nos écrivains sacrés?
Bénissons encore la divine providence de ce que , parmi la multitude des diverses leçons qu'ont enfanlées des livres si souvent copiés , il n'en est heureu-
sement aucune qui blesse la pureté de la morale ou du dogme; cela seul n'est-il pas capable défaite apercevoir le doigt du Tout-Puissant?
Il faut cependant avouer, à la louange de nos philosophes, que, malgré leur antipathie naturelle pour tout ce qui est lié à la religion , ils se sont moins occupés à former des difficultés sur les psaumes que sur les autres parties de l'Ecriture. L'auteur de la Bible enfin expliquée, qui est si fécond lorsqu'il s'agit de décrier nos divins oracles, a même gardé sur ce livre un profond silence. Sans doute que la force de l'enthousiasme, la noblesse de l'expression et la majesté des pensées qui régnent dans ces odes sublimes, lui ont fait sentir la faiblesse de son génie, et lui ont fermé honteusement la bouche.
Chacun admire les poésies des Rousseau , des Racine, des Pompignan, qui ont fait parler David en français avec tant de dignité. Mais que serait-ce si on entendait le prophète-roi et les autres auteurs des psaumes, parler dans leur propre langage ! Si l'ombre est capable de nous éblouir, que penser de la vive lumière qui brille dans le poète oriental? Car, on ne peut le dissimuler, nos poètes fiançais , malgré leur riche talent , n'ont fait qu'affaiblir lu beauté de l'original. La chose ne pouvait guère être autrement. La poésie des Hébreux est si différente de la nôtre , les deux langues ont si peu d'analogie ensemble, que les charmes de l'une ne sauraient passer dans l'autre. Ainsi, en mettant même à part tout motif de religion, le Psautier est le morceau de poésie le plus précieux que nous puissions avoir. S'il existait quelque chose d'aussi sublime chez aucun peuple du monde, nos philosophes lui accorderaient certainement leur admiration. Mais que les préjugés exercent un funeste empire sur ceux mêmes qui prétendent être nés pour les détruire! Ce qui serait admirable, s'il fût sorti du pinceau des Chinois , sera vil et méprisable, parce qu'il part de la main des Hébreux; ou plutôt, on applaudira aux poèmes qui chantent le vice, et l'on refusera son admiration à ceux qui célèbrent la vertu. Voilà ce qui s'appelle de la belle philosophie.