CHAPITRE III
§ I. Son antiquité.
Les Hébreux , comme nous l'avons déjà insinué, composaient ces sortes d'ouvrages en vers, et ils les chantaient en musique. Leur poésie était puisée dans les sources fécondes de la nature et de la religion. Ces deux puissants mobiles ont porté les premiers hommes à exprimer en vers les vifs sentiments dont ils étaient pénétrés. La beauté de la vertu , la justice des lois, la sainteté de la morale, l'histoire des grands événements , tout cela était pour eux l'objet de la poésie.
Car les anciens , pleins d'un noble enthousiasme , n'écrivaient qu'en vers : ce qui éiail plus propre à graver dans la mémoire leurs écrits. Les lois mêmes des premiers peuples étaient composées dans ce langage mesuré et cadencé. Telles étaient les lois de Charondas, qu'on chantait à Athènes au milieu des verres ; telles étaient celles que les Cretois donnaient à apprendre par cœur à leur jeunesse, afin que la versification et la musique inspirassent du goût pour les institutions de la patrie, et qu'on les retînt plus aisément. De là vient qu'on appelait nohoi (-jô^oi) ces sortes de poèmes qu'on "chantait dans les festins. Aristole fait celle remarque , et il ajoute que, de son temps, cet usage était encore en vigueur chez les Agathyrses. S'il en faut croire Slrabon , les Turdetains, anciens peuples d'Espagne, avaient aussi leurs lois écrites en vers; et Tacite nous apprend que les Germains n'avaient d'autres annales que les poèmes dans lesquels ils célébraient les héros qui les avaient précédés.
Ce ne fut que dans la suite des temps qu'on employa la prose. Piiérécyde, originaire de l'île deScyros, qui vivait du temps du grand Cyrus , quelques siècles aptes Homère et Hésiode, fut le premier parmi les Grecs qui y eut recours ; et Cadmus de Mi'let suivit son exemple en écrivant l'histoire. Ceux mêmes qui commencèrent à faire des ouvrages étudiés en prosa