JUGEMENT SUR L
hébreu : Et visus sum ad Abraham , haac et Jacob, in Deo, Schaddai, et nomine meo, Jehova, non cognitus sum eis; c'est-à-dire : Je me suis fait connaître à Abraham, àlsaac et à Jacob, comme le Dieu toul»puissant (Schaddai); mais je n'en ai pas été connu sous l'attribut t/e Jéiiova. t Le sens de ce fameux passage, remarque-l-il, n'est pas que les patriarches aient absolument ignoré le nom de Jéhova, mais seulement qu'ils n'en aient pas connu toute la force et l'énergie. En effet, il est dit dans la Genèse (IV, 26 ; XIV, 22 ; XV, 7) que les descendants de Seth furent surnommes du nom de Jéiiova ; qu'Abraham leva la main au nom de Jéhova; que Dieu dit lui-même au père des croyants : Je suis le Dieu Jéiiova, qui vous ai lire d'Ur des Chaïdcens. D'ailleurs, pouvaient-ils le reconnaître tout-puissant (Schaddai), sans le reconnaître Jéhova, c'est-à-dire , l'Etre par excellence, celui qui est, qui était et qui sera? Ils le connaissaient donc, ce nom incommunicable; mais ils ne possédaient pas toute retendue de sa signification. Jéhova veut dire encore Y Etre immuable, et par conséquent l'Etre infiniment fidèle à ses promesses. Or, Dieu ne s'était point manifesté aux patriarches sous ce rapport particulier ; il ne leur avait pas encore donné des preuves éclatantes de son souverain pouvoir et de sa fidélité inviolable à sa parole, comme il en donna à leurs descendants et à l'incomparable Moïse. >
« Il faut rendre le mot hébreu Scliem par celui d'attribut, au lieu de nom, comme si Dieu disait à Moïse : Je n'étais connu des Israélites que par mon attribut de Dieu fort et puissant, c'est-à-dire, que comme capable de remplir les promesses que je leur avais faites ; mais à présent je me ferai connaître à eux sous la relation de Jéhova, ou comme exécutant ce que j'avais promis. Il ne s'agit donc pas ici du mot, mais de la chose, ou même seulement du degré de la chose. Dieu annonce à Moïse que les Israélites vont sentir dans toute son étendue l'énergie du nom de Jehova, en Jouissant de l'accomplissement des promesses qu'il avait luimême faites à leurs pères (Gen. XV, 14, 18) ; qu'ils vont connaître la réalité de ce nom mieux que jamais leurs ancêtres ne l'avaient connue, et qu'au lieu que leurs pères n'eurent que les promesses, ils auront les effets (\lléb. XI, 15; Exod. VI, G; VII, 8).i
La Vulgate (XII, 35, 56) porte : Alors les enfants d'israëi firent ce que Moïse leur avait ordonné, ils demandèrent aux Egyptiens des Vaisseaux d'or et d'argent, et beaucoup d'habits; et le Seigneur leur donna grâce devant les Egyptiens. « Si l'on a recours à l'original de la Bible , dit M. l'abbé D. C. D. L. M., il ne sera pas difficile de venger la probité des Israélites des sarcasmes de l'auteur de la Bible enfin expliquée, qui ne les accuse de rien moins que de vol manifeste. En effet, on ne lit pas dans le texte hébreu : Ils empruntèrent des Egyptiens des vases d'or et d'argent, et des habits , comme il lui plaît de traduire; mais on y lit en propres termes : ouiaschealou, et ils demandèrent aux Egyptiens des vases d'or cl d'argent, et des habits précieux, et l'Etemel leur donna grâce
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devant les Egyptiens , ouaiisciieiloum , et ils leur accordèrent lecr demande, c'est-à-dire , leur en firent présent. Voye* le verset 8 du psaume second, et le chapitre premier du premier livre de Samuel, au verset 28, où Schaal signifie demander à quelqu'un en pur don. Nous faisons grâce au lecteur de plusieurs autres exemples que nous pourrions citer. »
Si le passage des Israélites par la mer Rouge ne se lit qu'au moyen du reflux de la marée, toutes les circonstances de cet événement sont fausses, selon notre auteur. < 1° L'Ecriture, observe t-il, ne pourrait pas dire positivement, comme elle fait(Ps. CXXXVI, 15, 14 ) , que les Israélites traversèrent la mer Rouge : c'est ce que signifie le mol hébreu abar , qui veut dire indubitablement passer entre deux, traverser. 2° Ils n'avaient pas besoin d'une colonne de nuée et de feu pour les diriger dans ce passage, puisque, dans cette supposition, ils ne marchaient que sur la confiance qu'ils avaient en l'habileté de Moïse, qui croyait pouvoir échapper par là à Pharaon. 3° Moïse dit que les eaux étaient amoncelées, cl formaient comme une muraille des deux côtés ; ce qui est faux, s'il ne s'agit que du reflux de la mer : car si la mer était repoussée par un vent violent, les eaux ne pouvaient s'amonceler que d'un côté; savoir, du côté de la mer; celui de la lerre devait êire entièrement à sec, l'eau étant poussée hors de son canal par le vent. 4° Moïse rapporte que Dieu fit lever un vent d'Orient très-fort, pour partager les eaux, et ce vent-là est réellement le plus propre à produire, sous la direction de Dieu, cet effet ; au lieu que s'il n'y avait eu ici qu'un reflux, ce vent là n'était nullement propre à le produire. La mer Rouge s'étend de l'Océan vers le nord-ouest; ainsi il aurait fallu un vent du nord ou du nord-ouest pour repousser la marée, s'il n'eût été question que de cela ; mais un vent d'est souffle précisément en travers sur celle mer, et il doit nalu^ Tellement pousser une partie de l'eau vers la terre, et l'autre vers l'Océan , de manière à séparer les eaux comme Moïse le rapporte, et non à causer un reflux extraordinaire. Ainsi, on ne peut regarder que comme un miracle de la Providence pour la délivrance des Israélites, qu'un tel vent se soit élevé avec assez de force pour ouvrir un passage si merveilleux... >
c Nous ne prétendons pas nier que la mer Ronge ait son flux et son reflux comme les autres mers qui ont communication avec l'Océan. Ceux qui se sont transportés sur les lieux, Morison, Bernier, Théve* not, etc., pour examiner la chose, assurent que les eaux de la mer Rouge montent vers le rivage pendant six heures, cl qu'au bout d'un quart d'heure elles descendent durant le même espace de temps. Ils ajoutent, que quand l'eau est tout à fait basse, elle laisse à sec un espace d'environ 500 pas, assez ferme pour qu'on puisse s'y promener, comme quelques-uns l'ont fait. Mais cet espace, qui ne peut guère demeurer entièrement à sec que pendant une demi-heure, parce que la mer se retire par degrés , comment aurait-il pu suffire, dans un instant si court, pour le
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passage d'une multitude consistant en trois millions d'hommes, de femmes, d'enfants et d'esclaves, avec une quantité prodigieuse de bestiaux et de meubles?)
< Le jour du passage ayant été le quatrième après la pleine iune de nisan, on démontre, par des raisons astronomiques, que quand les Israélites traversèrent la mer Rouge, la marée était dans le plus haut point de son flux, loin d'être dans son reflux, et même que l'eau y était aussi haute qu'elle peut l'êîre, parce que c'est dans le temps de la pleine ou de la nouvelle lune des équinoxes que la mer monte le plus haut. •
Au lieu des vingt-trois mille hommes que la Vulgate (XXXII, 28) et la version arabe imprimée à Rome sur celle dernière , font massacrer à la tribu de Lévi, dans la sédition qu'occasionna le culte du veau d'or, les textes primitifs et les anciennes versions des polyglottes n'en font mourir que trois mille, c Voilà, dit M. l'abbé D. C. D. L. RI., bien des degrés à retrancher de la somme des regrets de l'auteur de la Bible enfin expliquée. Il est surprenant qu'un commentateur qui prétend travailler d'après les originaux de la Bible , dise que M osé se met à la tête de a tribu de Lévi, et tue vingt-trois mille hommes de sa
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nation. Si ce critique donne ici quelques preuves d'étudilion, c'est uniquement dans le nom de Mosé qu'il emploie au lieu de celui de Moïse, Pour mettre dans le plus grand jour sa mauvaise foi ou son ignorance, il suffit de rapporter les propres termes de tous le ; textes orientaux. L'hébreu et l'hébréo-samaritain portent : Kischeloscheih atephé isch ; le chaldéo-samarilain : Kitliclelhelh alephim ghêber ; la paraphrase chaldjï;(iie d'Onkelos : Kithelatha alephin gkubera ; celle de Jonalhan-ben-Uzziel : Kimineïan llielalha' alephin ghabera; le syriaque : Ait thlolho alphin ghaberin; l'arabe : Thsalathsahou alaphi ragioulin; le persan: Clioun sali hazard marad ; le grec : Eis trischUious andras; ce qui veut bien dire partout : Ferme tria miliia virorum , environ trois mille hommes : l'arabe a seulement omis la restriction, à peu près, environ. » Ces citations nous semblent suffire pour engager les amateurs de la philologie, et tous ceux qu'intéresse la défense des livres saints contre les incrédules, à lire en entier le nouvel ouvrage de M. l'abbé D. C. D. L. M. ; ils y trouveront le même savoir et la mêr.3 logique que dans les précédents.