CHAPITRE PREMIER
De la révélation.
Les fausses lueurs d'une philosophie hautaine et toute présomptueuse ont tellement ébloui nos prétendus beaux esprits du siècle , elles les oni séduits jusqu'à tel point, que l'incrédulité et le libertinage font dans le sein même du christianisme des ravages affreux. La religion sainte gémit de ses pertes, sans en être abattue : la raison déshonorée par tant iVé* garemcnls réclame contre tous ces systèmes împi* s, qu'une philosophie audacieuse, perverse cl libertine,
PRELIMINAIRE
enfante tous les jours. Il semble que nous sommes arrivés à ces temps déplorables dont parle l'Apôtre : Dans lesquels les hommes, amateurs d'eux-mêmes, impies, enflés d'orgueil , téméraires , ayant plus d'amour pour la volupté que pour Dieu, ne souffriront pas même ta saine doctrine. Ils fermeront l'oreille à la vérité, ils l'ouvriront à des fables (IIe Epîlre de S. Paul àTinwlh., HI, 2, 4 ; IV, 5), et se laisseront emportera tous les vents des opinions les plus monstrueuses. i Rien n'inquiète , n'embarrasse et ne révolte davantage ces esprits indociles que h voix de la révélation, }\arcc qu'elle les condamne et leur montre un avenir qui les trouble et les remplit d'effroi. Leur mauvais cœur d'incrédulité les porte à se révolter contre le Dieu vivant {Epît. aux Hébreux , III, 12). Comme ils n'ont rien à espérer el tout à craindre d'une révélation, ils lâchent de la rendre suspecte ou d'en anéantir les grandes preuves. Le joug de la foi est un joug qui les importune et qu'ils ne peuvent supporter ; aussi leurs premières attaques vont-elles directement contre les titres primitifs de notre culte, quoique marqués au coin de la divinité. Tour obscurcir l'éclat des divines Ecritures , pour en avilir la grandeur et la majesté , qui en sont les propres caractères ; pour faire paraî. tre ces saints livres comme inutiles au genre humain, l'impiété vante tantôt l'excellence de la raison; elle s'élève ensuite avec fierté et audace contre la nécessité d'une révélation divine. Tantôt elle dégrade cette raison humaine : elle lente d'en étouffer les plus vives lumières : enfin elle ne laisse à l'homme qu'une destinée pareille à celle des brutes. Quelque lumineux que soient les principes de notre croyance ; tout bien appuyés qu'ils sont sur des fondements inébranlables ; rien n'arrête les incrédules dans leur projet insensé, < Ils osent , dit un savant père de l'Eglise , ébranler l'esprit des hommes et le remplir de doutes par une malheureuse envie de contredire , quoique le dogme qu'ils s'efforcent d'affaiblir soit clair comme le jour et muni du sceau de la divinité. Ils ont !e secret de revêtir d'une couleur de vraisemblance les preuves dont ils se servent pour soutenir ce qui est ouvertement faux, ce qui est un mensonge évident et manifeste (1). »
! (1) « Quid est enim quod liumana ingénia labefactare, dissolvcrc studio conlradiclionis, non audeant ; quamvis illud quod infirmare moliunlur sit punim , et liquidum, el veiilatis obsignatione munitum ? Aut quid rursus asserere verisimilibus arguments non queunt , quamvis sit apertissime falsum , quamvis evidens inanifestumque mendacium ? » Arnobius , Actvers. génies, lib. Il, edit. Lugd. Datav. 1651, pag. 81 ,-seq.
Lf grand objet de nos incrédules dogmatiques est de (lécréditer la foi de nos pères et de nous laisser dans la plus profonde ignorance de ce qu'il nous importe le plus de savoir "ils raisonnent sur tout et ne nous éclairent sur rien. Leurs ouvrages sont des libelles qui respirent un libertinage toujours plus affreux , plus ouvert et plus déclaré. Un écrivain moderueen fournit entre autres un exemple bien frappan' dans son Système de la nature, ouvrage -de mensonges et de ténèbres, qui n'est qu'un tissu de pétitions de principes, d'inconséquences» ac contradictions perpé-
Sous quelque masque , sous quelque voile que se déguise l'incrédulité, tous ses raisonnements captieux,
tuelles (Voyez M. l'abbé Bergier, Examen du matérialisme, ou Réfutation du Système de la nature, en deux vol. î/j-8°, Paris 1771 ). Moins modérés que les anciens sophistes dont ils ne sont que les abrévialcurs, nos prétendus philosophes poussent bien plus loin la licence des pensées , lout ardente que fût la haine des premiers contre le christianisme naissant. S'ils louent quelque secte chrétienne, c'est toujours celle qui sympathise le plus avec le lolérantisme ; et ils ne parlent qu'avec vénération des systèmes les plus impies. Ces apôtres de l'erreur et de la fable, toujours ridiculement fiers , prétendent faire le procès à tous les siècles, ils se disent les seuls capables d'éclairer l'univers : ils voudraient cependant détruire tous les titres de la socié:é civile et religieuse. Tel est leur philosophie bienfaisante, montée , disent-ils , sur le ton de la raison et de l'humanité. Tel est aussi l'usage que ces faux sages du siècle font du bavoir et des talents pour le prétendu bonheur du genre humain.
Rien n'est plus familier à nos prétendus beaux es prils que de se plaindre que la philosophie n'a point encore l'ail assez de progrès dans l'Europe , pour arracher entièrement certains vieux préjugés sur la religion. Comme ils poussent perpétuellement leur fureur fanatique jusqu'à mettre au même rang la religion et la superstition , ils osent avancer que nos dogmes sacrés ont toujours perdu el perdront de leur crédit à raison des progrès des connaissances humaines. C'est ce qu'a soutenu feu milord Bolingbroke en parlant de l'élude et de l'usage de l'histoire, vol. I, m 8°, pag. 182 el 185. Paradoxe qu'on trouve répété dans cent ouvrages de nos esprits forts. Voyez entre autres la lettre de feu M. Boullanger à M. **\ (Helvetius) , qu'on lit à la tête de ses Recherches sur l'origine du despotisme oriental, édil. de Londres 1702, pag. 9 et \%, el ses dissertations sur Elie et sur Enoc , avant-propos, passim. Mais de Irès-savanles plumes ont réfuté avec force celte accusation, démentie par des fails incontestables. On a montré d'une manière évidente que la religion seule a l'ait prospérer la raison et l'humanité ; ce que les rois et les philosophes avaient tenté inutilement jusque-là. Jointe à la philosophie, elle l'a perfectionnée : elle a donné du ressort à l'àme, de la consistance aux systèmes grands ou utiles. C'est un fait que les sectes absurdes et barbares qui s'élevèrent même dès le commencement du christianisme ne firent que se montrer et disparaître, et que les gouvernements lui doivent incontestablement leur plus solide autorité. Si notre siècle avait le malheur de perdre entièrement les lumières de la révélation, que deviendrions-nous? Supposons pour un instant que les princes qui nous gouvernent, que les magistrats, que les peuples n'eussent désormais d'autres principes de mœurs et de conduite que ceux qu'on trouve répandus dans celte foule d'ouvrages libertins, connus sous les titres de Lettres {ami* libres , Lettres persannes , Lettres juives , Lettres péruviennes , Lettres chinoises , Lettres cabalistiques , L'Histoire naturelle de l'âme , Le philosophe petit-maître , Lettres aux aveugles , L'Evangile de la raison , Précis de /' Ecclésinste et du Cantique des cantiques coinmente par M. de Voltaire, Le Pyrrhonisme du sage , Ds l'Esprit , Discours sur l'inégalité des hommes , L'Emile, Les Mœurs , L'Eternité du monde , L s princesses Malubares , Le Catéchisme d'un honnête homme , Dictionnavre philosophique , Le compère Matthieu , ou les Bigarrures de l'esprit humain , Le Philosophe moral . L'Antiquité dévoilée par ses usages , Le Despotisme oriental , L'Asiatique tolérant , Contagion sacrée , Essai sur les préjugés , Le Christianisme dévoilé , Les trv;<. Imposteurs, etc. etc. etc.^
C'en est bien assez; je ne cite pas la vingtième
lous ses artifices séduisants dent au même but. C'est d'anéantir la religion sainte, le seul appui du trône et de toute législation sociale. Mais les erreurs, les schismes, les hérésies, les
partie de ces écrits de ténèbres, où la fausse philosophie ne cesse de semer ses traits d'impiété et de libertinage. Dans toutes ces malheureuses productions le même poison osi insinué sous mille formés différentes. A entendre ces maîtres de Terreur, ces apostats volontaires de la vérité, la révélation n'e?t qu'un fantôme, et la religion chrétienne qu'une fable ; les biens qu'elle nous promet après cette vie sont des chimères. Les livres saints, ces livres si respectables par leur antiquité cl qui portent tant de caractères de vérité, ne sont qu'un tissu d'impostures et des livres de mensonge, écrits par dés hommes trompeurs, qui depuis quatre mille ans abusent de la crédulité «les hommes : en un mot, il n'y a point de Dieu. Chrétiens, renversez donc vos temples, brisez vos autels; puisqu'il n'y a rien à espérer dans un autre monde : vous n'avez plus de devoirs : ceux du culte extérieur ne sont qu'un esclavage sacré , inventé par la politique, affermi par la superstition.
En suivant des principes si abominables, l'humanité ni serait-elle plus respectée ? Les gouvernements auraient-ils plus de consistance? Les peuples en seraient-ils plus tranquilles? Hélas, où en serions-nous réduits ? Les leçons de l'impiété ne peuvent que remplir la terre de foi faits, d'abominations et d'horreurs. Et comment s'y prendraient nos incrédules pour arrêter tant de maux, eux qui veulent anéantir une religion qui réprime efficacement tous les désordres, qui a remédié à tout? Us parlent sans cesse de probité, de modération, d'humanité, de bienséance, comme l'observe très-bien M. l'archevêque de Paris dans un de ses mandements contre nos prétendus philosophes. Mais ne devraient-ils pas sentir qu'en se refusant aux démonstrations les plus sensibles des faits de la révélation, et qu'en détruisant les principes de la religion, ils sapent les fondements de toutes ces vertus? Ils se récrient contre les temps barbares, où la philosophie se contentait , disent-ils, de ternies sans idées, d'expressions sans objets, et ils admettent des systèmes où l'on substitue des chimères aux plus grandes vérités. Sous le voile de la philosophie et de l'humanité, ils cherchent à arracher toute crainte aux puissants et toute consolation aux malheureux. Toujours avides de nouveautés, crédules à l'excès sur des relations frivoles pour en tirer quelque objection méprisable contre les vérités révélées, ils allient une facilité extrême à recevoir une multitude d'hypothèses les plus absurdes, et une opposition presque invincible à se soumettre au joug de la foi. Est-ce donc que les talents cl le savoir seraient la cause de tant d'impiétés, de tant d'absurdités monstrueuses qui infectent les écrits de nos prétendus philosophes? Non , ce n'est qu'à l'ignorance cl aux passions humaines qu'on doit s'en prendre de ces erreurs. La vraie science marche toujours d'accord avec la révélation. Plus on a fait de progrès dans l'étude des sciences naturelles et morales, plus aussi on a répandu de nouvelles lumières sur les preuves de la religion. C'est donc dans toute au'.rc source que clans l'accroissement de nos connaissances qu'il faut chercher l'a cause de tant d'excès qui déshonorent l'esprit humain. Ce libertinage d'esprit est nécessairement lié au libertinage des mœurs. Plus l'homme xlc lettres se distinguera par ses vertus et par ses mœurs, plus encore paraîira-l-il plein de respect pour la religion ( Voyez le discours de M. Warburlon touchant l'influence que les sciences ont sur la révélation; Principes de la religion naturelle et révélée, en anglais, par le même, tome II; Journal britannique par M. Maty, *0Miert eic,% 1755, tom. XVI, png. Cl et suivantes).
DISCOURS m
tous ses détours ten- efforts du libertinage luttent en vain contre cette religion : ils ne sauraient ravir ses conquêtes. La Divinité a fixé des limites (1) immuables aux coupables efforts de ces hommes superbes et impies : elle soutiendra son propre ouvrage, dont les fondements stables sont posés sur les montagnes saintes ( Psaume LXXXV1, dansChéb. LXXXVII, 1).
La religion chrétienne et certainement le plus grand don , le bienfait le plus précieux que Dieu ait pu faire aux hommes. Comme cette religion a pour base la révélation déposée dans les livres saints de l'Ancien Testament, il importe beaucoup de s'assurer de la certitude et de la vérité des oracles qui sont les fondements des magnifiques promesses de Jésus- Christ; de défendre l'intégrité de ces oracles contre les impics qui osent l'attaquer, et de la meure à couvert d'une critique contenticuse et téméraire.
Si l'univers n'est point l'effet du hasard ou d'une nature aveugle ; s'il est de toute éternité des lois immuables qui différencient essentiellement le bien du mal moral , le juste de l'injuste ; s'il y a une Divinité , auteur de tout ce qui existe , et que l'être qui pense en nous n'ait rien de commun avec la matière ; le souverain Maître de l'univers aura dû tout diriger à certaines fins constantes et régulières : l'homme aura par conséquent quelque destination dans ce monde comme dans une autre vie. Dieu étant infini par son essence, présent partout, invariable, subsistant par lui-même indépendamment de tout autre être, le principe et la fin de toutes choses, doué d'une puissance et d'une sagesse sans bornes, infiniment libre, bon et juste ; toutes les créatures devront se gouverner conformément aux règles éternelles de la raison de ce souverain Maître : tout devra plier sous la volonté réelle et très-marquée de ce Créateur intelligent, sage et bon ; puisque c'est à lui que tout ce qui existe hors de lui , rapporte originairement son existence.
De ces vérités démontrées dans une foule d'excellents écrits sur la religion, tant naturelle que révélée, il résulte nécessairement que l'homme a des devoirs à remplir envers la Divinité. Il est l'ouvrage de Dieu : il lient tout de cet Etre suprême; aussi ses devoirs sont-ils la condition essentielle et la loi de son existence, le titre fondamental de sa vie.
Mais qui a ouvert le sanctuaire de la vérité pour montrera l'homme toute l'étendue de ses devoirs par rapport à Dieu? Serait-ce l'homme lui-même , qui aurait tiré ces notions de son propre fonds ; ou lui fallait-il une lumière supérieure , qui guidât ses pas chancelants, dans une recherche si importante , qui l'instruisît de la loi de Dieu et des desseins de la Divinité sur lui? Il n'y avait que ces deux voies pour découvrir la véritable nature du culte que Dieu exige de l'homme.
Cependant l'expérience de lous les temps, les va-
(I) Usque hue venics, et non procèdes amplius, el hic confringes tumentes fluctus tuos. Job, XXX VH1 il,
PRÉLIMINAIRE
i ialions, les incertitudes , les contradictions ; en un mot, l'histoire des erreurs du genre humain relativement à la religion, n'ont fait que trop sentir que, (dans l'état présent des choses, l'homme, asservi à ses passions et abandonne à lui seul , ne pointât s'assurer pleinement de tout ce qu'il doit à l'Auteur de son être.
L'incrédule libertin qui prend un vif intérêt à fuir la lumière, et qui finit par l'athéisme de cœur, en consumant ses jours par ses propres crimes ; cet incrédule, dis-je , aura beau consulter tous les peuples anciens et modernes, dont la religion n'est point fondée sur une révélation divine; en vain discernera-l-il les lois et les dogmes que ces nations ont toutes reçus, et regardera-t-il les doctrines et les préceptes qu'elles ont toutes adoptés comme le code de la véritable religion; quelques recherches qu'il fasse, quelque lumière qu'il puise dans la philosophie la plus épurée de l'antiquité profane , ni la croyance de ces peuples , ni le code de leurs lois ne sauraient lui développer toute retendue des hommages que Dieu veut qu'on lui rende. Il n'y découvrira pas davantage le vrai moyen de pouvoir réconcilier l'homme pécheur avec U Divinité offensée.
En convenant que l'homme doit honorer l'Etre 6uprême , l'ennemi de la révélation s'égare aussitôt après avoir posé un principe si lumineux. Il part d'une vérité certaine cl évidente , sans en suivre les conséquences nécessaires. La suffisance de la raison humaine en fait de religion est le grand argument du déiste pour combattre la nécessité d'une révélation divine. Il est vrai qu'en créant l'homme, Dieu l'a favorisé du don de la droite raison et a gravé dans le fond de son cœur une loi impérissable. Mais celle raison pouvait-elle jamais lui découvrir les volontés libres de l'Etre suprême ? Est - elle même et a-telle toujours éié aussi pure, aussi saine, aussi droite qu'il l'a reçue d'abord de son créateur? Les erreurs des hommes de tous les temps , comme de tous les lieux démentent celle assertion. Une funeste et malheureuse expérience prouve abondamment que la nature humaine est beaucoup déchue de sa constitution primitive , et qu'elle est dans une dépravation étonnante. Ainsi , quelque cause que l'on assigne de l'ignorance de nos devoirs et de la corruption de nos mœurs; soit qu'on en cherche l'origine ( qui est la seule véritable ) dans la désobéissance du chef du genre humain aux lois de son Dieu; soit qu'on la fasse venir de la violence de nos passions , le déiste est forcé d'avouer que la raison humaine est incapable de connaîire d'elle mémo , sans le secours d'une lumière supérieure , toute l'étendue de ce que la loi naturelle nous impose.
Où enfin a-t-clle conduit '.'homme, celte même raison (1)? Quel système lumineux et entièrement
(î) Le trop fameux Rayle, qu'on n'at:usera point assurément devoir pensé avec timidité , ce fier partisan de la raison avoue cependant, qu'elle n'est propre uifà brouiller loui , qu'à faire douter de tout.
assorti à nos désirs et à notre nature, a t~el!e iamais produit? Repassez loules les opinions hypothétiques de nos prétendus philosophes anciens et modernes, vous n'y trouverez rien de fixe ni rien d'assuré.
A force de s'envelopper dans mille détours , pour mieux se dérober au joug de la foi qui dirigerait cl perfectionnerait sa raison , l'apologiste de l'incrédulité s'engage insensiblement dans un dédale in, mens ', qui ne lui offre aucune issue. Plus il s obstine à percer, sans le flambeau de la révélation, les profondeurs de son ê;re et de la Divinité, plus aussi ses écarts sont marqués par des chutes funestes. Accablé sous le poids de ses doutes, de ses incertitudes, il se perd, il se confond ; cl ce qui est le comble de ses égarements, incapable de ramener ses regards sur lui-même, il n'aperçoit plus celte chaîne immense de devoirs qui le lient d'un cô:é à l'auteur de son existence, de l'autre à l'ui.ivers <ù il est placé Eternel , que tes œuvres sont grandes! Que les pensées sont profondes! L'homme stupide ne les connaît point; l'homme insensé n'en a point l'intelligence (Ps. XCI, hebr. XCII, 6, 7).
Voilà à quoi aboutissent les grands efforts de nos faux sages du siècle. Ils veulent tout sonder, tout approfondir en matière de morale et de religion, sans laisser guider leurs lumières naturelles par celui qui en est l'auteur. Toujours inquiets, toujours irrésolus, ils imaginent mille hypoihèses pour faire disparaîre cette religion révélée dont la loi naturelle est la base et le fondement. Aussi tous leurs systèmes, la honte de l'esprit humain , sont-ils une preuve frappante de leur faiblesse extrême. Entraînés par les préjugés ou par les passions , ils tombent d'une illusion dans une autre , et ne raisonnent jamais moins que lorsqu'ils décident le plus. Jamais d'accord entre eux sur les fondements de la doctrine qu'ils
Elle n'a pas plus lot hàli un ouvrage , qu'elle vous montre, dit-il , les moyens de le ruiner. C'est une véritable Pénélope qui , pendant la nuit , défait la toile qu'elle avait fuie pendant le jour. Ainsi le meilleur usage qu'on puisse faire de la philosophie, est de connaître qu'elle est une voie d'égarement ; et que nous devons chercher un autre guide, qui est la lumière révélée. Diction, hislor. et critique, art. liunel, loin. 1, pag. 707, col 2 êdil. de Bàle, 1741.
« Orgueilleuse raison! tu soutiens mal tes droits, « Faible reine, crois-tu nous prescrire des lois?
< A quelque favori toujours abandonnée,
< Tu lui laisses le soin de noire destinée.
i A quoi donc se réduit ton pouvoir si vaille?
< De tes dures leçons quelle est l'utilité?
c Tu veux que du plaisir nous redoutions les charmes ;
< Mais pour en triompher nous donnes-tu des armes ? « Ta voix sur nos défauts nous force à réfléchir;
« Mais que peut ton secours pour nous en affranchir?
< De reproches amers en vain lu nous accables;
« Sans nous rendre meilleurs, lu nous rends misérables, i Le flambeau qu'à nos yeux lu viens sans cesse offrir, « Sert à nous tourmenter , non à nous secourir. « Tu sais justifier nos différents caprices, t Et du nom de vertu lu décores nos vices
Pope, Essai sur l'homme, traduit de l'angl. pat M. du ResncL Œuvres diverses, lom. III. A Amsterdam, etc. 1707. En. llt pag. 1 17 cl suiv.
prétendent substituer aux préceptes dogmatiques et moraux de la révélaliou divine (l), ils n'ont pu encore trouver quelque enseignement assorti à h nature de l'homme. Eli! comment l'cussent-ils pu découvrir, cet enseignement, puisque tous leurs systèmes sur la religion et la morale ne sont au fond qu'un amas informe de principes disparates cl bizarres , un tissu de paradoxes qui se détruisent réciproquement, donnent une ample carrière au libertinage, conduisent enfin à un vrai athéisme (2) ?
Ces faux sages, ces prétendus législateurs de la société vous annoncent qu'ils vont traiter dans leurs écrits des vérités les plus grandes , les plus dignes de l'homme ; mais y trouvez-vous la raison d'un philosophe (3)? Les systèmes dogmatiques de nos
(!) Voyez Lettres Flamandes, ou Histoire des variations et contradictions de la prétendue religion naturelle. A Lille, 1755. passim. A Vlvv of tlie principal dehlical Wrilers, etc., on analyse des principaux écrivains déistes, qui ont paru en Angleterre dans le siècle passé et dans celui-ci , avec des observations sur leurs ouvrages . et une idée des réponses qu'on y a faites; par J . Leland. Dr. en T. Londres, 1754, in 8. tow. 1. Journal Britannique par M. M aty, janvier, etc. , 1755. tom. XVI. pag. 155 et suivantes.
(2) Voyez P. M. Antonio Valserelii , Dei fondamenti délia Ileligione e dei fonti dell' impieià, lib. 1, part. 1, cap. 2, segg., pag. J5, segg.; part. 11, cap. 1, segg., p. 195, segg., edit. 2, di Padova, 17(57. M. l'abbé Rergier , Examen du Matérialisme , ou Réfutation du Système de la Nature, tom. l,cli. 17, § 7» pag. 490 et suiv., tom. 11, cli. 11, § 2, pag. 275 et suiv.
(3) Consultez, par exemple, l'Emile de M. J.-J. Rousseau , cet auteur qui prétend tout lire dans le livre de la nature ; quel système aurez- vous d'assuré en le suivant? Il vous avouera ses perplexités sur l'immortalité de l'àme. Vous le verrez incertain sur la cause et l'origine du monde; ignorer même si ce monde est é ernel , ou bien s'il est l'ouvrage d'une intelligence créatrice; si les corps et les esprits sont redevables de leur existence à cet Etre suprême (l'Emile ou de l'Education, tom. M, pag. 20, 50, (il, 77 et 80). Il y a tant de vide, si peu de consistance, tant de contradictions dans les écrits de ce héros de l'incrédulité , que plus vous les lirez , p!us vous vous dégoûterez de voir l'emphase avec laquelle il vous présente ses écarts les plus monstrueux. (Voyez entre autres, Préservatif pour les fidèles contre les sophismes et les impiétés des incrédules , où l'on développe les principales preuves de la religion chrétienne, et l'on détruit les objections formées contre elle, par Dom Déforis, bénédictin , Paris 1701, m-12; P. M.Valsccchi, toc. cit., lib. I, cap. 2, pag. 50, seq-j.; .lib. II , cap. 10. Append. pag. 258, seqq.; lib. III, pari. H, passim.; Réfutation du nouvel ouvrage de J.-J. Rousseau, intitulé : V Emile ou de l'Education. Paris, 1702 cl 176"), tom. 3 m-8. Notre deuxième Mémoire sur l'intégrité du texte hébreu. Vol. I, /;. 292, suiv. No',.)
Il n'v a aucun fond à faire sur la prétendue conformité des systèmes de nos orgueilleux sophistes avec les lumières de la saine raison. Celle raison dont ils l'ont les plus beaux éloges, et qu'ils disent suivre avec fidélité, n'est point pour eux.
Toute la nature annonce les œuvres du Tout-Puissant. Les Derham, les Nieuvventyt, entre autres, onf répandu les plus grands traits de lumière sur celle importante vérité, le premier dans sa théologie physique et dans sa théologie astronomique . le second dans sa démonstration de l'existence de Dieu , démontrée par le» merveilles de la nature. (Voyez ïou-
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héros de l'incrédulité sont tous sans consistance. L'un donne à Dieu la qualité de créateur ; mais il lui en ravit l'exercice, en tâchant d'établir l'éternité du monde. L'autre nous fait envisager la Divinité comme un Dieu oisif, qui ne prend aucun intérêt aux événements de cet univers. L'autre enfin n'admet de divinité que pour parler le langage ordinaire.
Ce n'est-là qu'une esquisse bien faible des égarements de nos réformateurs du siècle. Leur religion n'est point la religion du vulgaire. Amis du genre humain, ils n'ont rien de plus à cœur que de l'affranchir d'une terreur superstitieuse, cl de lui offrir une morale (1) entièrement assortie à leurs systèmes pernicieux.
Si les Collins, les Tyndal , les Chubb , les Rolinbroke, les Morgan, les Shaftsbury, les Woolslon, les Ravie, les Helvétius, les Boullangcr, les J.-J. Rousseau, les de Voltaire et une foule d'autres, qui à force d'exalter la raison humaine, anéantissent nos devoirs envers Dieu; si ces pré'.eudus esprits forts eussent été élevés dans ces contrées de l'univers où les lumières de la révélation n'ont jamais pénétré, nous vanteraient-ils aulant qu'ils le font l'excellence et la force de cette même raison humaine? Placés entre les ténèbres de l'idolâtrie el le flambeau de la révélation divine, ils eussent senti tout ce qu'ils doivent à l'éducation (2); que le vrai et !e solide bonheur de
telles de la république des lettres, année 171 G, pag. 151 el suiv. , 487 et suiv Journal littéraire , lom. V, pag. 2"Q et suiv ; tom. VIII, pag. 154 et suiv. Journal des Savants, Août, 1724, pag. 209 et suiv. Joan. Alb. Fabricius , syllabns script, de ver il. relig. Christ., cap. 7, pag. 287 et seqq ). Tout nous dicte nos hommages envers cet Etre suprême. L'histoire de la religion nous ofTre une multitude de faits, d'événements, de preuves de toute espèce , qui nous conduisent par la main à l'existence de la Divinité, l'auteur de loul bien, ainsi qiiedctout.ee qui existe. Interrogez cependant un de ces prétendus sages de nos jours sur ces vérités primitives, la base de toutes les autres vérités. Sous prétexte de retracer aux hommes cette loi immuable et sacrée que la main de l'Eternel a gravée dans le fond de nos cœurs , à quels écarts ne s'abandonne pas le génie du poète en traitant un si grand sujet? M. de Voltaire hésite même de donner à Dieu le litre de créateur de cet univers , et cherche jusque dans la majesté, dans la grandeur du souverain Etre, des raisons pour autoriser la superbe indépendance de l'homme. (Voyez "Réflexions philos, et liaér. sur le poème de la religion naturelle , de M. de Voltaire. Paris, 1750 , pag. 50 et suiv., 55 et suiv ; Les erreurs de Voltaire par M. l'abbé Nonnolte, lom. II, Lyon, 1770, eh. 27, art. I, pag. 251, suiv., et autres.) !.. (1) Voyez le P. Yalseechi, loc. cit., lib. III, part. I, cap. 10, pag. 110 el 125; pari, l!, cap. I, segg., pag. 195, segg.; M. Publié Rergier, loc. cit. tom. I, cli. 5, § 5, pag. 111 et suiv.; en. 9, § 5, pag. 227 et suiv.; cli. 11, § 5, pag. 288, su/v., el ailleurs.
(2) Nos déistes, ceux du moins qui en prennent le nom, peuvent-ils se cacher que leur raison a été beaucoup perfectionnée par les idées de religion que l'habitude et l'éducation y ont semées i\ès l'enfance ? (Voyez Locke, le Christianisme raisonnable, ch. 14 ; P. M .Valsecchi de' Predicalori,\oc.c\l., lib. II, cap. 1, pag. 9, segg. ; M. Slackhouse, le Sens littéral de l'Ecriture sainte , défendu contre les principales objections des anti-scripturaires et des incrédules modernes ; trad. de l'anglais. La Haye , 1741, lom. il, ch. 23, p:<g.
m PUÉLIMLN.
l'homme consiste à soumclire sa raison au joug de la foi : et combien il importe d'être éclairé et conduit dans la science delà religion.
Tel est le vrai et le seul point de vue sous lequel nos philosophes devraient envisager ce de quoi est maintenant capable la raison humaine en matière de religion et de morale. C'est la masse commune du genre Immain qu'il faut considérer pour bien apprécier le véritable état de celle importante question touchant le degré réel de nos lumières naturelles, relativement à l'objet qui nous occupe.
Enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur pesant? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-veus le mensonge? Heureux , Seigneur , celui que vous instruisez et à qui vous enseignez votre loi. Vous le niellez à couvert des malheurs des jours fâcheux, tardis que Ton creuse une fosse à l'impie (Ps. IV, 3; XCIII, hebr. XCIV, 12, 15).
Elevons nos regards vers ces nations les plus fameuses de l'antiquité. Voyons à quoi l'étude de la morale et de la religion conduisit ces peuples conquérants, et qu'une haute sagesse rendit maîtres du monde. N'oublions pas non plus une nation à laquelle on ne cesse de nous renvoyer pour son code législatif.
Qu'ont été par rapport au véritable culte le seul digne de Dieu et de l'homme, toutes ces nations dont la célébrité est consacrée dans les fastes de l'histoire ; sinon des peuples livrés à l'erreur, à la superstition, au vice ; «les peuples qui se sont é rangement trompés dans les points les plus essentiels tanldu'dogme que de la morale, respectivement aux vérités naturelles; des peuples enfin qui, comme le dit S. Paul, sont de-
512, suiv. ). Ils se trompent infiniment, s'ils pensent devoir à la nature ce dont ils sont redevables à la révélation. C'est un lait incontestable que la révélation divine est venue au secours de la raison, pour la remettre dans ses voies cl pour l'empêcher de s'égarer de plus en plus. Sans ce bienfait salutaire, qu'inspire le vrai, une fois trouvé, nos philosophes modernes auraient-ils pu, comme le remarque \\\\ ingénieux écrivain, donner de la consistance et de la réalisation à la métaphysique? Auraient-ils pu rendre la théologie naturelle aussi louchante, aussi persuasive qu'elle est devenue en notre leinps ? Sûrs des principes, ils oui acquis sans peine le génie d'ol^ervation et de détail ; ils ont tiré nue infinité de conséquences qui par leur fécondité et par leur étroite liaison, foi -liftaient ces principes mômes, elles étendaient infiniment. ( Voyez M. Des landes, Histoire critique de lal'hilosopliie, Amsterd. 1 756. lom. I, préfsee , pag. 57, suiv. ; Il P. M. Tom. Vincenzo Mor.iglia dei Prcdicalnri, Disseitazione conlra i materialisti, ed allri increduli. Vudova I7o0, loin. I, prefaz., pag. 20, segg. )
Dieu nous a fait naîîre dans le sein de la foi : il nous a éclaiiés de ses vives lumières; et nous serions assez ingrats que de méconnaître les fruits que nous relirons de ce précieux héritage dont nous jouissons par un clïet spécial de la divine Providence ! — t Rendons au Dieu de véiité des actions de grâces continuelles à cause de la grâce divine qui nous a Clé donnée par Jésus-Christ ; parce qu'en lui nous avons été enrichis de loutes sorles de biens, de tous Jesdons de la parole et de la science {S. Paul aux Corinthiens, 1, 4, 5).