VIRE
venus insensés en ^attribuant le nom de sages ( Aux [lom. I, 22 ).
Pourquoi les Grecs et les Romains ne furent-ils jamais aussi corrompus qu'aux siècles de leurs plus célèbres philosophes ? C'est que, tout éclairée que f;:t la Grèce aux temps de Timée de Locrcs, de Socrate, de Platon et d'Aristote ; quelque beaux que fussent les préceptes de ces moralistes ; quoique Piome eût des Cicéren, des Epiclète , des Anlonin, des Marc- Aurclc el quantité de grands hommes capables de donner d'excellentes instructions; ni les uns, ni les autres n'eurent assez d'aulorité pour réformer les mœurs. Leurs leçons manquaient d'ailleurs d'une sanction propre à les faire recevoir. Quand même ils l'eus* sent eue, cette autorité, ils n'auraient jamais pu venir à bout d'une telle réforme'. Flottant eux-mêmes dans le doute, dans l'incertitude ; ignorant les doctrines absolument nécessaires pour 1'exéculion d'un si grand dessein, il était impossible qu'ils formassent jamais un système complet de morale el de religion, capable de persuader les hommes (1).
Concluez de là que les instructions des philosophes et des sages du paganisme ne durent avoir que peu de succès, el que la raison el la philosophie furent insuffisantes pour tirer les hommes de l'état de corruption où ils étaient tombés.
La véritable religion fondée sur une révélation divine apprend seule à l'homme quel est le vrai Dieu et quel est le culte que l'homme lui doit. Hé ! qu'eût pu produire une religion toute profane, qui n'allait point au cœur, comme le remarque S. Augustin dans son excellent ouvrage de la Cilé de Dieu?
Il n'y a qu'une morale dictée par la Divinité qui puisse opérer la réforme des mœurs. L'aulorité d'un Dieu qui a parlé, qui a tout dit , est la seule propre à faire de fortes impressions sur le cœur humain , à dissiper ions les doutes, à calmer loutes les inquiétudes. Il n'y a qu'une telle morale qui soit capable de donner du poids aux préceptes religieux, d'inspirer enfin des motifs pour nous porter efficacement à la vertu.
Tonte religion qui n'est que d'institution humaine sera toujours infructueuse pour les hommes : elle ne pourra former qu'un système très-incomplet de législation civile et religieuse.
Du moment que les Grecs et les Romains s'adonnèrent à une philosophie sectaire, et qu'ils voulurent disputer sur tomes sorles de matières ; que d'opinions, que de systèmes, tous étranges, ne vit-on pas naître parmi eux ? Moins sages, moins raisonnables que bien d'autres peuples qu'ils traitaient mal à propos
(1) Voyez M. Leland, Nouvelle démonstration ivannéiuine, où l'on prouve l'utilité et la nécessité de le. révélation chrétienne par l'état de la religion dans le paganisme, relativement à la connaissance el au culte d'un seul vrai Dieu, à une règle de moralité et à un étal dt récompenses el de peines futures, irad. de l'anglais, etc. Paris 17CJ, tom. liJ, pari. II, ch. 5, pag. 101, suiv., et autres,
41 1 DISCOURS
de barbares, Ils donnèrent dans les écarts les plus honteux à la raison bumaine.
Tel devait être le sort d'une fausse philosophie chez les peuples qui se piquaient cependant de tant de savoir. Ces nations si polies fussent restées plongées dans d'affreuses ténèbres d'où elles ne seraient jamnis sorties sans cette lumière divine qui daigna les éclairer dans la plénitude des temps.
Qu'ont élé aussi, et que sont encore de nos jours les peuples de la Chine, relativement aux grandes vérités de la religion ? xelles que sont l'existence d'un seul vrai Dieu ; les perfections et les attributs de cet Etre suprême; le gouvernement moral de sa providence ; la loi qu'il a donnée aux hommes; tous les principes des devoirs moraux envers la Divinité , le prochain et nous-mêmes, les récompenses et les châtiments d'une vie (mure et tous les autres articles qui en dépendent ou qui y ont du rapport.
Je n'ignore point que l'on a prétendu que le peuple de la Chine a conserve près de deux mille ans la connaissance du véritable Dieu, el l'a honoré d'une manière qui peut servir d'exemple et même d'instruction aux chrétiens (l).Que doit-on conclure de celle assertion démentie par d'excellents écrivains (v2) ? Les ancêtres des Chinois auront eu cela de commun avec tous les peuples que h barbarie n'avait point entièrement abrutis, qu'ils auront retenu pendant un long espace de temps de précieux restes delà religion des premiers hommes. Mais vous ne prouverez jamais que les Chinois eussent tiré de leur propre fonds tous ces principes religieux, qu'on donne à leur ancienne croyance (5 ). La tradition des vérités primitives
(1) Mémoires sur l'état présent de la Chine, parle père le Comte, lom.II, Paris 1G96, pag. 141 ; voyez le père du llalde, Description de l'empire de la Chine, tom. III, pag. 15, col. 1, et autres auteurs que nous avons cites dans nos Recherches sur l'époque de l'équilaiion, part. I, pag. 80, seq. nul.
(2) Voyez M. Leland , loc. cit. tom. I, part. I, ch. 2, pag. 87, suiv. ; et la note du traducteur, ibid., pag. 88; suiv.; tom, III, part. II, ch. 4, pag. 157, suiv.; Défense delà censure de la faculté de théologie de Paris, du 10 octobre 1700, contre les propositions des livres intitulés : Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, par Louis Ellies du Pin. Paris 1701, in-8 ; Mémoires ou Lettres de M.Bossuet, évêque deMeaux, à M. Brisacier sur V Écrit de M. Couleau ; Œuvres
Î 70 s iliumes, tom. III, pag. 625, suiv; J. Laurent, Moslemius, Disserlalio de creatione ex nihilo , Rudolpli Cudvvorthi syslcmat. inlelleclual., tom. II, pag. 987 ; Histoire universelle depuis le commencement du monde jusqu'à présent, trad. de l'anglais d'une société de gens de lettres, tom. XIII, pag. 94, suiv. ; Le P. Du llalde, loc. cil., col. 2; Thésaurus Epistolicus Lacrozianus , tom. III, pag. 195, seqq.,el une infinité de brochures qui parurent au commencement de ce siècle au sujet des rites et des cérémonies chinoises.
(3) Voyez Philipp. Couplet, Tabula chronolog. monarchiœ sinicœ, etc., Paris, 1686, prié fat., § 1 , Lettre de M. de Leibnitz sur la philosophie chinoise à M. de Remond ; Epislolarum ad diversos , tom. II , edit. a Chrisliano K<»rtholto, epist. 18; il 1\M. Valsccchi, Dei fondamenti délia religione, etc., lib. I, cap. 8, pag. 191, seq., et lib. m, pari. 2, cap. 15, pag. 148, seqq. ; M. l'abbé Hunier, la Mythologie el les Fables expliquées pur l'histoire , tom. I, lib. Il, ch. 7, pag. 121, suivau-
se serait donc conservée chez eux plus pure qu'on ne la retrouve chez d'aulres anciens peuples. Qu'on étudie toutefois ce que les Chinois sont encore de nos jours el même depuis bien des siècles ; qu'on examine avec un esprit désintéressé leurs anciens rites, leurs mœurs , leurs usages, leurs coutumes : quel monstrueux assemblage de vérités et de mensonges ne découvre-l-on pas dans les dogmes de cette nation (1)?
Les Chinois el tous les peuples idolâtres sont ensevelis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort ( Luc, I, 79 ).
Si quelques peuples modernes ont une croyance moins absurde et plus raisonnable (2) que celle qui régna longtemps dans le monde païen; si même des philosophes de l'antiquité ont dicté et enseigné- des maximesconformcsàla nalure de Dieu el de l'homme, c'est à la véritable religion (5) ou à une ancienne
les, edit. in-i; Thcophil. Sigefrid. Bayrus, Muséum sinicum , Commentar. origin. finie., §3, pag. 209, seqq., edit. Pelrop >lit. , 1750; Le Chou-King, un des livres sacrés des Chinois, revu et corrigé par M. de Guignes, pag. 402 et 405 ; Histoire universelle, loc. cit., pag. 92, suiv.; Confncius Sinarum Philosophus, sive scieutia sinensis latine exposita , elc. , declaratio pmcemialis, part. II, pag. 54, seqq.; Jacob Bruckeru^ Ilistor. philosoph. , loin. IV, p.irs altéra, pag. 882, seqq., et alii apud J. L. Mobhemium , loc. cit., pag. 985.
(1) Voyez M. de Burigny , Théologie païenne, on sentiments des philosophes el des peuples païens les plus célèbres, sur Dieu, l'âme el sur les devoirs de l'homme. Paris, 1754, loin. I, pag. 21 , suiv., 200. suiv., 148, suiv., 177 , suiv., 274-507 , suiv. ; tom. II, pag. 55, suiv., 180, 191, 250, suiv., 256, 277, 281 ; Thésaurus Epistolicus Lacrozianus, edilus a Joan. Ludov. Vhlio, tom. III, pag. 193, seqq., Lipsiœ, 1742; M. le Baron de Haller , Discours sur l'irréligion , où l'on examine ses principes et ses suites funestes , opposés aux principes et aux heureux effets du christianisme, traduit do l'allemand par M. Seigneux de Correvon. Lausanne, 17G0, pag. G5, suivantes.
(2) Voyez Thess.^pislol. Locrozian., (om. I, pag. 3, seqq., 24, 58, el tom. III, pag. 5, 10, seqq ; le P. Thomassin, Méthode d'étudier et d'enseigner chrétiennement la philosophie, etc., liv. I, ch. 10, p. 115, elc; J. Alb. Fabricius, Salularis lux Evangelii loti orbi per divinam graliam exoriens, etc., Ilambnrgi, 1751, cap. 5, 52, 55, seqq., pag. G2, seqq., 550 , seqq., 585-
(3) Voyez Tobias Pfannerus , Syslema theologiœ genlilis, cap. 1, pa£. 7, seqq., cap. 5, pag, 155; Adam Tribbechovius , Veritas creationis mundi ; Opusculorumquœ ad llisl. et Philolog. sacr. speclant, faseicul.
I, sive tom. 1, pag. 257, seqq.; M de llaimay, Mythologie ancienne , seconde partie, à la suite de sa nouvelle Cyropédie, etc., en français el en anglais, Londres 1760, pag. 68, 116, suiv.; Principes philosophiques de la religion naturelle el révélée, développés dans un ordre géométrique par le même auteur, en anglais, 2 vol. in -4°; Journal britannique, par M. Maty , mars 1751, tom. IV, pag. 345 et suiv., janvier 1755, tom. X, pag. 186 cl suivantes; Thom Burnet, Archœologiœ lib. II, cap 1, et ejusd. Telluris Sacrœ lib. 1, cap. 4, et lib.
II, cap. 7 ; Hugo Grolius, De Veritute religionis christianœ, lib. I, § 16. M. Soigneux de Correvon, Dissert, sur les oracles des sybilles , à la suite de la Religion chrétienne , trad. de l'anglais de M. Addisson, Lauzanne 1757, tom. II, pag. 175 et suiv ; J. Leland, loc. cit., tom. I, part. I, ch. 2, pag. 86, 98
PRELIMINAIRE
tradition , que les uns et les autres sont redevables des vérités qu'ils ont embrassées ou soutenues. Et cette tradition venait originairement d'une révélation divine (1), ainsi que l'ont démontré quantité de bons écrivains, tels que les Vossius, les Pfanner, les Bochart, les Huet, les Kircher, les Tbomassin, les Clarke, les Cudworth , les Stanley , les Brucker, les Ramsay, les Purcbass, les Slillingfleet , les Lcland , les Burnet , les Dickinson , les Sbuckford , lesGoguel, les Ansaidi et d'autres habiles littérateurs.
Il serait inutile que nous nous arrêtassions sur ce qui tient à la religion des anciens Perses , des Chaldéens, des Assyriens, des Phéniciens, des Chananéens, des Égyptiens, des Arabes et de plusieurs autres peuples privés des lumières de la révélation. Ces nations altérèrent et corrompirent tôt ou tard (2) la connaissance et le cnlle d'un seul vrai Dieu, ainsi que d'autres vérités primordiales.
Le Seigneur n'a jamais été sans témoins (5) parmi les hommes : car, malgré les ténèbres de l'idolâtrie , le souvenir des premiers principes religieux ne s'effaça pas entièrement de leur esprit. Ils conservèrent toujours quelque tradilioi>des vérités primitives: et cette tradition , quoique plus ou moins altérée dans la suite par le laps des temps , était comme une lumière qui éclaire dans un lieu obscur (IIIe épîi. de S. Pier., I, 19). — Elle faisait sentir aux Gentils la nécessité d'une révélation divine. Elle les disposait à recevoir les grandes et les sublimes vérités que le Messie, l'envoyé de Dieu, Dieu lui même, a daigné nous manifester. « Dieu, qui est Punique source eje la venté et de la sagesse , et dont la bonté se répand sur les injustes aussi bien que sur les justes , leur envoyait ces rayons de lumières dans le triste état de ténèbres et de corruption où se trouvait alors le genre humain, pour entretenir encore parmi les hommes quelque semence de vérité (4). >
J'ai dit que cette tradition dis vérités primitives , de laquelle on trouve des traces si bien marquées ilans tous les monuments des peuples, venait origi-
el suivantes ; P. M. Casio, Innocente Ansaidi, Domemcano, délia nécessita e verità délia religione naturale e rivelata, Yerona 1755, pag. 58, seg., 02, segg., 79,
segg., 87, segg., 91, segg., 107, segg., 172, segg.; l°«». XVil, pag
nairement d'une révélation divine. D'où il s'ensuit; 1° Qu'en quelque état (1) que l'on suppose avoir été les premiers bommes livrés à eux seuls , doués cependant de toutes les facultés nécessaires pour parvenir à la connaissance et au culte d'un seul vrai Dieu, ils ne se formèrent point eux-mêmes un système de religion, mais qu'ils reçurent leurs instructions par la voie d'une tradition qu'ils tenaient originairement du preT miercbefdu genre humain ; 2° que le premier homme créé par la divinité tenait tout de cet être suprême, et que les doctrines qu'il en reçut touchant les vérités morales et dogmatiques passèrent de lui à ses descendants par le canal de la même tradition ; 5" que le polythéisme ne fut point la religion primitive des hommes, ainsi que se le sont imaginé quelques philosophes modernes (2). Ce système fortement combattu , surtout par le docteur Lelaud (3), est contraire à la raison, répugne à la bouté, à la sagesse et à la providence de Dieu , et ne peut s'allier avec l'histoire que Moïse nous a tracée de la religion des premiers temps. Tous les monuments antiques nous annoncent les premiers germes de celle même religion parmi les hommes des âges de la plus haute antiquité. Que l'on parcoure, en effet, toute l'histoire sacrée et profane , partout on apercevra les plus anciens peuples (4), tels que les Chaldéens , les Egyp-
(1) L'idée bizarre de M. Rousseau touchant l'état priiiiiiif des hommes, qu'il considère comme errant ça et là dans des forêts et vivant à la manière des brutes, bizarrerie qu'on trouve dans une foule d'écrits impies de nos jours, a été combattue avec force par plus e.ns écrivains, entre noires par noire Savant père Valsecchi, Arroasis de primœva homiuum condilione adeersus Ilvussuium. habita in gymnasio palavtno , 5 non. novembr., an 1702. Yid. ejusd. Dei fondamenti délia religione, lib. 1, cap. 7, pag. 175, cl nul. b ; Discours philosophiques sur l'homme considéré relativement à l'état de nature et à l'état de socle é par le P. G. B. (Gerdil Barnabite), Turin, 17G9, iu-8°.
(2) M. Hume, milord Bolinghroke, M. J. J. Rousseau etamres : le premier soutient cane opinion dans son Histoire naturelle de la religion, le second dans ses OEuvrcs posthumes, en anglais, vol. 5, in-4, Londres 1750, el le troisième dans sou Emile. Voyez Lelaud, loc. cit.. loin. I, part. 1, ch. 2, pag. GG, suivantes; Journal britannique par M. Maty, septembre, etc., 1754, tom. XV, pag. 82, suiv. ; mai, etc., 1755,
Ejusdem de principioritm legis naluralis Traditions, li'bri 111, Mediolani 1742, pag. 5, 13, ^eq., 94, 142 et passim.
(1) Voyez Lelaud , Nouvelle démonstration évangé liaue, etc., loin. I, patt. I, ch. 1, pag. 15 cl suiv ; il P. M. Valsecrhi, loc. cit., iib. H, cap. 1, pag. 4, segg.; Idée générale de la Uévéluliun , par l'évéque Williams ; Défense de la religion tant naturelle que révélée, etc., trad. de l'anglais de M. Gilbert Burnet. A la Haye, 1758, loin. 1, pag. 257-259 et suiv., etc.
(2) Voyez entre autres M. Leland, loc. cit., tom. 1, pag. 87-128 e?,suiv., ch. 5, pag. 15G et suiv.
(3) Voyez Joan. Albert. Fabricius , Delcctns argnmentorum de verilale religionis chrislianœ, edit. Ilaniburg. 1725, cap. 2, pag. 143, seqq.
(4) Samuel Claïke, Traités de l'existence et des attributs de Dieu, des devoirs delà religion naturelle, el de la vérité de la religion chrétienne : Iraduct. de l'anglais, par M. Ricoiicr, etc. (sine loco) 1750, loin. 11, ch. 10, pag. 287, suiv.
Dom Deforis, Préservatif
pour les fidèles contre les systèmes des incrédules , ch. 7, pag. 82, suiv. ; M. l'abbé Bergier, Examen du matérialisme, etc., loin. Il, second, part., ch. 1, pag. 5 ; ch. 2, pig. 45, suiv.
(5) Loc. cit., loin. I, etc., pag. GG, suiv.
(4) Voyez Genèse, XiV, 18; XX, 4, G; XXVI, 10,
II, 28, 29; Augusl. Steuchus Eugubinus, De perenni philosophi, lib. II, cap. I el 2, loi. 28, seqq.; lib.
III, cap. 1, seqq., fol. vers. 41, seqq.; Edmund. Dickinson, Grœci phœuicizantes , cap. 4, pag. 50, seqq., cap. 10, pag. 110; Opuscul. quœ ad liist. el phil. suer, speclant , fascicul. 1 ; Th. Ilyde, de Religione veterum Persarum, cap. 1, 3, 9, 10, 51, 53, p g. 2, seqq., 80, seqq-, 1GG, seq., 168, seqq., 585, 402, seqq. edit. Oxouii, 1760; Paul. Ernest Jablonsky, Panthéon Mggpliorum sive de Diis corum commentavius , prolegomen., pag. 7, seqq., 12-18,46-49; et Pauthei, part. I, pag. 58-41, 81-83; Campegius Vilringa, Ob scrvaliones sacr., lib. I, cap. 4; Histoire Univers., tra- Uutl., de l'anglais d'une boiicté de gens de lettres,
4,5 DISCOURS
liens, les Phéniciens , les Arabes, les Perses, les Chinois, les Grecs eux-mêmes, imbus des traditions patriarcales sur l'origine de l'univers et sur d'autres vérités primitives. Mais si le théisme, ou le culte et la connaissance d'un seul vrai Dieu n'a point éié la religion des premiers hommes , d'où vient que plus Ton se rapproche des temps du déluge , plus aussi l'on trouve à peu près le même culte rendu à l'Etre suprême, et des traditions fondamentales , généralement reçues , dont les vestiges antiques et sacrés désolent si fort l'incrédule? D'où vient enfin qu'à mesure que nous nous éloignons de ces siècles qui donnèrent naissance aux grands peuples, aux étals, aux royaumes, aux empires, on voit l'idolâtrie s'élever sur les débris du théisme , et le va* culte comme s'anéantir (1) ou se confondre au milieu des fausses divinités? A ces questions, que répondre, sinon que la religion primitive, dont Dieu seul est l'auteur, fut bien différente de celte idolâtrie grossière qui inonda peu a peu l'univers entier, à l'exception d'un peuple que la divine providence se réservait pour être le dépositaire des oracles qui devaient s'accomplir sur tout le genre humain?
Cessons de suivre an système faux en lui-même. Méprisons également d'autres hypothèses non moins absurdes (2) qu'impies , uniquement inventées pour
inlroducr., lom. I, pag. 23, 25-27, 52, suiv; et tom. 111 , p. 427, not. : et quelques autres que nous avons cité» ci-de-sus, col. 442, not.; et col. 415, note 1.
(1) Plus le monde païen fut éclairé et fit de progrès dans les arts et dans les sciences, plus l'idolàirie grossière, y régna. Jamais la corruption des mœurs ne lui plus grande, que lorque Jésus-Christ parut sur la terre. Jamais la religion ne lut plus simple et plus pure à plusieurs égards, ou moins corrompue, que dans les temps de la haute antiquité. N'est-ce pas une marque évidente que la religion des premiers âges n'était pas le résultat des réflexions et des découvertes humaines, qu'elle venait au contraire d'une révélation divine, communiquée aux pères du genre humain et transmise à la postérité ?'( Voyez Leland, loc. cil., loin. Il, pari. \,ch. 19, pag. 556, suivantes).
(2) Un trop fameux écrivain du siècle , et dont les écrits ne respirent que le fanatisme et l'impiété la plus décidée , recourt à une infinité de révolutions qui désolèrent anciennement l'univers , pour rendre raison de l'origine de celte religion primitive dos hommes [Recherches sur totighte du despotisme oriental; ouvrage posthume de M. 13. 1. D. P. E. G. [M. Boulanger ingénieur dans les ponts et chaussées ]... Londres 1702, seel. 111 , suiv., pag 56 - 46. Le même , Dissertation sur Elie ci Enoch... pag. 16, suiv. , et dans son Antiquité dévoilée). Les impressions naturelles que durent produire dans les hommes ces désastres réitérés une infinité de fois , ceux entre autres occasionnés parle déloge, sont, selon ce licencieux auteur, la cause du culte religieux qu'on rendit d'abord à la Divinité. Mais c'est courir après des songes et des chimères. La religion primitive du genre humain et les importantes traditions des peuples n'ont d'autre source que dans une révélation divine , comme on le verra bientôt ; nous le prouverons aussi dans la suUo de ce discoure.
L'erreur , dit un excellent écrivain , est un Prêtée qui se reproduit sous mille formes différentes, mais (jui toujours la même , malgré l'illusion des métamor- I iioscs , ne peut échapper à des regards attentifs et
anéantir la foi de nos pères. Le culte des anciens patriarches a vu lous les autres cultes commencer et
pénétrants. Vils plagiaires et copistes des anciens, dont ils ne (oui que déguiser les sentiments, les défenseurs de l'irréligion en imposent, par la différence des termes, à ce peuple d'esprits forts qui suit aveuglément leurs pas ( M. de Dougamville, Discours préliminaire à la tête de sa traduction française de Y Anti-Lucrèce te M. le cardinal dePolignac. Paris 1750, tom. 1, pag. 62). L'opinion monstrueuse de feu Boullanger sur celte prétendue infinité d'anciennes et effroyables catastrophes imaginaires , n'est au fond qu'une copie de l'hypothèse absurde et impie des stoïciens, mise dans un nouveau jour ( Voyez Jacobus Thomasius Exercita tioncs de exustione mundi stoica, etc., Lipsia', l'd76 , in-4°, dissert. 1, thés. XVI, pag. 17, seq., et dissert. *0. § 5, pag. 15G, elc.; Dan. Iluetius, Alnetanœ quevstiones , lib. II, cap. 21 , pag. 2ï9 ; Jacob. Brucherus, liistoria critica philosophiœ , tom. I , part. Ilf , lib. I, cap 9, sect. 1, pag. 957; Cudworth., infra
Lucrèce (Oc rerum natiira , lib.l, vers. 152, seq.; lib. V, vers. 1217 , seq.; lib. VI , vers. 49, ad usum Delphin. edil. Paris. 1680) et ses partisans ne reconnaîtraient pas moins leurs principes profanes dans la cause que l'auteur des Recherches sur l'origine du despotisme oriental assigne des premières institutions religieuses (loc. cit., pag. 65) : «Prinus in orbe deos lecit timor. » Confer. Budolph.Cudworlhus, Stjslema intellectuale hu jus universiy seu De veris naturœ rerum originibus , tom. Il, cap. 5, sect. 1, § 51, 34, 57, seq., pag. 789, seq. ; Pensées diverses contre le système des matérialistes , à l'occasion d'un écrit intitulé : Système de la Nature. Paris, 1771 , § 10, pag. 59, suivantes.
La plupart des auteurs qui ont écrit contre la religion, ont adopté la même impiéié. La Contagion sacrée, ch. 1 ; Essai sur les préjugés, ch. 7, nom. 1 ; Les trois Imposteurs, ch. 2, nom. 1 ; La philosophie de Z1 Histoire, ch.5; Dictionnaire philosophique , ait. Religion ; et autres athées. (Voyez M. l'abbé Bergier, Examen du matérialisme , lom. Il, pari. Il, ch. 1,2, pag. 5, suiv., el pag. 45 ; Le P. Viret, Réponse à la Philosophie de l'Histoire , lettre II, pag. 58, suivantes.)
Système affreux qui détruit la loi de la raison et en éteint le flambeau. Point de devoirs, s'il n'existe aucune religion émanée de la Divinité. Qaoi ! ces sacrés liens, qui nous unissent essentiellement à l'Auteur de lous les êtres, el qui partent d'un sentiment inséparable de notre nature, n'auraient eu pour principe que le hasard , le préjugé ou la crainte? N'insistons point sur l'absurdité d'un système si monstrueux , réfuté pleinement par de savantes plumes. La crainte de la Divinité la suppose nécessairement. S'il y a un Dieu, c'est avec justice qu'on le craint; et celte crainte que tous les peuples en ont eue, d'où peut-elle venir sinon d'un sentiment intime fondé sur la raison? C'est r l'instinct de la nature humaine qui l'a dictée , cette crainte. C'est un germe divin que chaque homme porte caché au tond de son coeur, mais qui a été développé par l'enseignement de la Divinité elle-même.
Sont-ce donc là de-, découvertes dignes de celte philo ophie bienfaisante el éclairée que M. Boullanger dit ( loc. cit., sect. Il, pag. 50) faire la gloire de noire siècle , et dont il cherche malheureusement à suivre l'esprit ? A entendre cet auteur irréligieux , on dirait que tout ce qu'il a écrit, au sujet de ces anciennes révolutions et des suiles qu'elles ont eues pour le genre humain, n'est que le résultai d'un grand nombre d'observations sur les monuments naturels qui restent partout de ces anciens malheurs gravés encore par toute la terre en caraclères ineffaçables. (idem, loc. cit., p. 2.) M. de Maillet avait déjà avancé ces chimères dans son ïeillamed ou Lntretiens d'au
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isparaître. La véritable religion est une : elle date de la même époque que la naissance de l'univers : elle
bhilosophe indien avec un missionnaire français, sur h diminution de la mer, la formation de la terre, 1 o- Pigine delihomme, etc., Bà!e , 1749, préface, pag. 3f suiv. Journée 5, pag. 206, suivantes ; ouvrage oui n'est qu'un tissu d'idées bizarres et impies. Noyez entre autres M. l'abbé le François , Preuves de la religion de Jésus -Christ contre les spmosisles et les Déistes, torn. I, part. II, eh. 1, art. 2, pag. 550, suivantes ; La Religion vengée, ou Réfutation des aulèrrs impies par une sociéié de gens de lettres, toin.
XVII, lettre XV, suivantes, pag. -272, suivantes; tom.
XVIII, lettre II et III, pag. 1, suivantes.
A l'aide de celle l'utile hypothèse , M. Boullanger entreprend de résoudre facilement une foule d'enigmes et de problèmes. « Leur solution , dit- il (Ibid., sect. IV, pag. frl) , offrira de nouvelles sciences au monde èi dévoilera à nos yeux surpris une antiquité toute nouvelle.! Mais une seule de ces révolutions ou de'ces déluges, tels qu'on los suppose, eût détruit tout le genre humain pour toujours. Le déluge de Nue répugne même à l'ordre de la nature ; on n'en peut expliquer la cause etles suites, sans recourir à un Dieu et à sa providence. En admettant ce môme déluge , comme nous le verrons bientôt, M. Boullanger se met des entraves desquelles il ne peut se délivrer ; il doit nécessairement recourir à la révélation.
A quoi bon se perdre dans des chimères physiques ? L'auteur ne confesse-t-tl pas(l&ût, sect. III, pag. 40) que ces temps qui ont été témoins de tant de désordres sont si obscurs, qu'ils sont pour lui comme s'ils n'eussent jamais existé ? Pourquoi s'étourdir sur un fait qui explique, qui développe tout ? Pourquoi ne point avouer que ces restes d'anciens désastres ne sont autres que ceux du déluge universel , qu'il reconnaît lui-même et qui est, quoi qu'il en dise ( loc. cil ., pag. 58), si bien spécilié dans les annales du peuple hébreu, restes frappants de la colère d'un Dieu irrité contre les iniquités des homme*? (Voyei la Disserialion sur le déluge ; La Religion révélée ci la naturelle [par M. l'abbé Maieville] loin. V,dissert. lî), pag. 102-237; M. l'abbé Gauclial, Lettres critiques, ou Analyse el Réfutation de divers écrits modernes contre la religion, loin. XV, lettre CLl, pag. 102, suiv., et lettre CLH, pag. 154, suivantes; La Religion vengée, ton». XVII , lettre XXIII , pag. 512 , Suivantes ; Histoire universelle traduite de l'anglais , d'une société de gens de lettres, tom. I, sect. VI, pag. 158, suivantes.)
Cependant, le croirait-on ? celte bizarre hypothèse, aussi absurde qu'impie , qui détruit toute religion , en démontre la nécessité, el nous mène à l'existence d'une ré\ élation divine. M. Boul langer nous dit ( Ibid., sect. IV, pag. 44 ) «pie si le genre humain se trouvait aujourd'hui dans un étal semblable à celui dont lurent témoins les hommes qui échappèrent aux ravages du déluge : t II ne faudrait pas beaucoup de philosophie ci de métaphysique pour le deviner. Il croirait être à la lin du monde ; il s'imaginerait être au jour de la justice et de la vengeance ; il s'attendrait à chaque instant à voir le juge suprême venir demander compte à l'univers , et prononcer ces redoutables arrêts que les méchants ont toujours craints el que les justes ont toujours attendus. Tels sont , poursuit- il , les sentiments dont on serait alors saisi et occupé. Ces dogmes sacrés de la lin du momie, du jugement dernier , du grand juge et de la vie future se retraceraient avec force à notre esprit , et affecteraient proloudément et généralement tous les habitants et toutes les nations de la terre. Ces mêmes dogmes affecteront un jour nos neveux , s'ils se trouvent dans ces fatales circonstances ; ce sont eux qui ont affecté pareillement nos pères, quand ils ont vu cesse; la primitive harmonie de l'univers. !
subsistera jusqu'à la consommation des siècles. Dieu s'est révélé aux hommes , et cette révélation est aussi
Pour connaître la tradition qui nous est parvenue de ces dogmes primitifs, M. Boul langer part, en conséquence, du déluge, qu'il considère comme la véritable époque de l'histoire des nations. « Ce fait incompréhensible, dit-il ailleurs ( Voyez l'Antiquité justifiée, ou Réfutation d'un livre du mena auteur qui a pour litre : ^Antiquité dévoilée par ses usages, Amsterdam , et se trouve à Paris, e'c, 170G, cit. \, pag. 5 el A), que le peuple ne croit que par habitude , et que les gens d'esprit nient ausSi par habitude, est ce que l'on peut imaginer de plus notoire et de plus incontestable. Oui, le physicien le croirait, quand les traditions des hommes n'en auraient jamais parlé ; et un homme de bon sens qui n'aurait étudié que les traditions , le croirait encore. Il faudrait ère le plus borné , le plus opiniâtre des humains pour en douter, dès que l'on considère les témoignages rapprochés de la physique et de l'histoire, et le cri universel du genre humain.!
Ce témoignage est frappant dans un homme aussi décidément incrédule que feu M. Bon danger. Que M. de Voltaire ( Nouveaux Mélanges philosophiques , }lislorico-Critiques,elc.,etc.,elc.,elc, 1770, IX.' part, pag. 100, suiv. el ailleurs.) , ce philosophe qui abuse de lout, qui profane tout, qui nie les vérités les plus évidentes , vienne s'inscrire en faux contre le fait du déluge, gravé dans tous les monuments de la nature, cela n'étonne point dans un écrivain à paradoxes, toujours inépuisable en raisonnements libertins et impies. M.iis du moins qu'il ne nous cite point Les fastes des anciens peuples, comme si le déluge leur eût été entièrement inconnu. Il est prouvé que cet écrivain affecte de corrompre tout ce que l'histoire nous apprend de la religion des peuples de l'anliqui é. Quoi qu'en dise M. de Voltaire (Philosophie de l'Histoire, ch. 18 , pag. 101, édit. d'Amslerd. , 1765), d'après quelques faux sages du siècle, et cuire autres l'auteur du Teillamed, 2e journée, pag. 100, les Chinois avouent eux-mêmes, dans-leurs annales, que leur pays n'a point é é préservé de ce fléau. (Voyez Y Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens , loin. II , page 508; le Chou-Ring, un des livres sacrés des Chinois , qui renferme les fondements de leur ancienne histoire , les principes de leur gouvernement et vie leur morale, ouvrage recueilli par Confucius , traduit par le P. Gaubil , missionnaire à la Chine , revu et corrigé sur le texte chinois, etc., par AI. de Guignes, Taris, 1770, pag. 108, suiv , 4, suiv, 13, 15, 20,35; Histoire Universelle , trad. de l'anglais, loin. 1 , lue. cit. pag. 159).
Il me serait facile de citer d'autres autorités contre le même auteur, pour lui prouver d'une manière incontestable que les autres peuples ont parlé d'un déluge universel Contenions-nous de le renvoyer à ce qu'en rapporte liusèhe dans sa Préparation Ëvangélique, lib. X,cap. Il, pag. 414, seq., el iib. XII, cap. 15, pag. Ô87, edil. Coloniens., lo8<$. (Voyez aussi Lucianus Samosatcnsis , De Syria Uea, oper. loin. H, edit. Amslelodam. 1743, pag. 458, scq.; i'iularchus , de solertia animnlium, oper. loin. II, Lu le t. Paris. 1024, pag. DOS ; Edm. Uickinson, Grœci Phœnickanles, in append., pag. 170, seq., opuscul. quas ad hislor. et philûlog. speclant lom.I, sive fascicul. I ; Joan. Nicolai, Notée in Caroli Sigonii lib. de Repub. llebr., cap. I ; Antiquité Suer. Thesaur. Blas. Ugolini, vol. IV, col. 141.)
Revenons à M. Boullanger : c'est au déluge, à ce point d'appui inébranlable, qu'il ramène l'unité de la tradition sur les grandes vérités fondamentales, qui firent la première religion des hommes.
Ne laissons point échapper ces deux sortes d'aveux. C'e-t un boinmage que feu M. Bou! langer a rendu malgré lui a la révélation divine, qu'il voulait anéan-
il!)
DISCOURS
ancienne que le monde même. Voilà Punique point Uxe auquel on doit nécessairement s'arrêter pour ne
tir. C'est à mes yeux une vicioirc pour elle, un prélude, un gage du triomphe qu'elle a obtenu dans tous les temps contre les vaines attaques de l'impie.
Je sens que, pour en imposer , l'auteur on pariant de ces dogmes dit i qu'on trouvera peut-être ces idées ou trop simples ou trop composées pour les temps où je viens de me transporter. On voudrait, sans doute, que je pénétrasse dans l'esprit humain , pour y chercher comment ces idées ont pu naître une première fois : c'est un travail que je laisse à d'autres ; ils peuvent philosopher tout à leur aise sur les opinions de ces instants de terreur, qui ne sont point ceux de la philosophie. Il me suffit ici de savoir que ce sont ces dogmes qui ont vivement agi sur l'esprit et sur le cœur de:-, hommes, dans toutes les situations extrêmes de la nature.) (Idem, Recherches mr l'origine du despot. orient., sect. IV, pag. 44, suiv )
Non, quelques détours que prenne M. Boullanger, il ne peut se déguiser l'origine toute divine de ces importantes vérités. Qae lui sert-il de vouloir affaiblir et détruire ces principes religieux ; de dire aussi « que c'est une idolâtrie de regarder toute législation comme immédiatement émanée de Dieu même, et dictée à ses minisires par le ciel (Ibid., sect. XX, jmu/. 246)? Ne convient il pas ( Sect. II, pag. 53) qu'il n'y a point de fausses opinions, point de préjugés, point de traditions ridicules , ou d'usages corrompus, qui n'aient eu dans leur origine quelque excellente vérité pour base, et souvent même quelques principes qui font honneur à l'humanité : d'où il arrive que l'historique de ces erreurs en devient la meilleure preuve ?>
M. Boullanger renverse donc d'une main l'édifice qu'il tente d'élever de l'autre. Il est forcé de reconnaître une religion primitive qui n'a que Dieu pour auteur, et « dont les principaux motifs furent une reconnaissance infinie envers l'Etre suprême qui les avait sauvés, et le désir d'en instruire toutes les races futures) (Ibid., sect. VI, pag. 54). C'est une religion dont i toutes les institutions , dit-il encore (page 74), et les dogmes qui en sont les principes , lurent raisonnables et sages , et si propres par euxmêmes à faire le bonheur des sociétés en y maintenant l'ordre et la police d'où ce bonheur dépend.) En un mol, ce sont des dogmes sacrés et respectables en eux-mêmes {Idem, sect. VII, pag. 1)4).
Que ré*ulte-t-il de pareils aveux , sinon que ces préeieuses vérités , dont s'occupèrent d'abord les hommes qui furent comme témoins des grands désastres du déluge, sont des vérités fondées, constantes et émanées de la divinité, quelque altérées et corrompues qu'on les trouve dans les monuments religieux des peuples et du monde païen ?
M. Boullanger a cru nous dépayser en nous renvoyant à une succession infinie de désastres qui ont affligé le monde et ont produit toujours une infinité de fois les mêmes impressions sur l'esprit du genre humain. Mais un homme qui sent les choses ne s'en laissera point imposer par des chimères extravagantes, par des subtilités obscures et frivoles , dont un sage païen a reconnu même la futilité. Voyez ce qu'on eu trouve dans Eusèbe (Loc. cit., lib. XII, cap. 15, pag. 587 ) d'après Platon. Un homme, dis-je , qui cherche le vrai, ne prendra point aisément le change à un langage si extraordinaire. Ces voies d'uniformité de la nature impliquent contradiction ; et en les admettant , M. Boullanger n'a peut-être pas prévu qu'il veut faire recevoir des miracles bien plus incompréhensibles que tous ceux que nous enseigne la révélation. En clîet, comme l'observe, le savant auteur de V Antiquité justifiée ( Cli. 2, pag. o7, suiv.), est-il concevable qu'à chaque révolution , le hasard ou la nature ail épargné surnaiurcllciucnt un petit nombre
pas s'égarer. C'est à cette source qu'il fout ramener l'origine des vérités répandues dans l'enseignement
d'hommes ? Croira -t - on jamais que, dans tous les temps, l'effroi de ces tristes témoins des malheurs de la terre ait produit constamment les mêmes phénomènes, et que, de toute éterni é, la crainte ait tourné les hommes du cô'é de la religion? S'imaginera t-ow qu'à chaque désastre un peu considérable cette erainie a imprimé dans les cœms une foi simple et pure? Il faudra donc croire aussi que cette foi si sainte a cependant inventé partout des labiés sublimes ; que ces fables ont été les mêmes en tous lieux, non seulement pour le fond des dogmes et de la tradition, mais encore pour la plupart des détails et des circonstances. Que d'absurdités ! Ces phénomènes surprenants ont paru néanmoins tout à fait de la dernière évidence à l'auteur des Recherches sur le despotisme oriental et de l'Antiquité dévoilée par ses usages. Mais, si cette prétendue infinité de révolutions ont toujours donné le même résultat; si les mêmes idées religieuses se sont développées nécessairement et de toute éternité, soit qu'on en trouve seulement la source intarissable dans les esprits des tommes , soit que l'on joigne à leur penchant invincible la nécessité des circonstances dont ils sont environnés ; dans l'une ou dans l'autre supposition , ainsi que le remarque encore le savant et religieux anonyme ( Loc. cit., pag. Si)), n'est-ce pas toujours dire, à peu près, que la religion révélée, en quelque sorte éternelle et nécessaire , embrasse forcément tout le pas^é et tout l'avenir ?
C'est ainsi qu'en dépouillant l'hypothèse absurde de feu M. Boullanger des dehors trompeurs qui la déguisent aux yeux du vulgaire, la vérité se fait jour à iravers les nuages dont il tâche de l'obscurcir. Intimidé et effrayé de ces dogmes sacrés qui ont fait dans tous les temps l'espérance cl la consolation des hommes il s'efforce en vain de nous en repiéseulcr la croyance sous des images les plus hideuses, el la religion sainte, qui en est une dépendance, comme une véritable superstition, comme un joug affreux qui a mis des entraves au genre humain. Par une malice consommée, il confond les doctrines insensées des nations idolâtres, ainsi que les abus que les hommes ont laits de ces dogmes , avec les saintes institutions qui en sont une suite nécessaire. Pour ébranler les monuments de la révélation, il bouleverse les annales des peuples et les travestit toutes à sa façon. Il ne doute même de rien; tout est pour lui certitude el évidence. Par exemple, à combien d'absurdiiés ne doit-on pas s'attendre de la part d'un écrivain qui nous dit d'un ton grave cl sérieux i que les premiers papes sont aussi fabuleux (pie les premiers rois de l'Egypte el de la Chine? » (Recherches sur Corig. du despot. orient., sect. XV, pag. 208.) Il abuse même perpétuellement des élymoli'gies et des mois qu'elles expriment, pour détruire les idées qu'on y a attachées de tout temps : il en contourne et en renverse ies vraies pour les faire replier à ses chimères. C'est principalement contre les lastes du peuple hébreu, contre nos, oracles sacrés, qu'il \ omit ses blasphèmes, 'fous ses sophismes suranné-, mais impies, tendent enfin à vouloir montrer que la religion chrétienne, si intimement liée avec la religion primitive, n'est qu'une chimère qui doit uniquement sa naissance au fanatisme, à une terreur pa • nique (idem, loc. cit., sect. XV, pag. cil ,ctc.),à laquelle Jésus-Ciirist trouva l'univers livré, et qu'il entretint par ses prédications.
Remettons à ce grand juge, cet Homme-Dieu, notre , divin Sauveur, (pie feu Al. Boullanger a eu la téméraire audace d'attaquer si impudemment, la vengeance de tant d'imp étés qu'il a accumulées dans ses écrits libertins contre l'Oint du Dieu vivant. Ne nous engageons point dans tous les détours, dans toutes les suppositions absurdes el gratuites dont il cherche a
des peuples. Les hommes n'auraient jamais eu qu'une seule religion , s'ils n'eussent point altéré l'ancienne croyance émanée de Dieu. Mais ils voulurent concilier
s'enveiopper pour fuir le vrai point de la question. On découvre dans ses ouvrages de ténèbres plus d'abîmes, je veux dire, plus de sophismes pernicieux, pins do conséquences téméraires qu'un critique ne saurait en relever. Mais en rapprochant cet écrivain de lui-même, en le suivant dans ses principes, il est aisé de montrer combien ils heurtent de front les déductions qu'il en tire; aussi est-ce par cet endroit qu'on peut le battre avec force et faire sentir tout le faible de son système bizarre et révoltant. Du reste, quelque hypothèse qu'il embrasse, soit qu'il considère le monde comme éternel , ainsi qu'il panât le supposer ( car on lui attribue un ouvrage qui a pour titre, l'éternité du monde, libelle qui respire les mêmes impiétés que les précédents du même écrivain), soit qu'on se lixe avec lui à la grande époque du déluge, celle religion primitive ne peut assurément venir que de Dieu, sous quelque point qu'on envisage le caractère des hommes de ces temps antiques. Ainsi l'auteur de l'Origine du despotisme oriental fouille inutilement dans le* histoires ei dans la mythologie des peuples pour trouver une source ridicule et tout humaine aux dogmes sacrés qui constituent essentiellement celte religion. Sans une révélation divine, l'homme n'a jamais pu se former naturellement l'idée d'un rédempteur, d'un Messie même, tel que nous le représente M. Boulanger; idée, toutefois, dont tous les
peuple- ont conservé constamment la tradition, quoiqu'ils l'aient partout diversement défigurée , mais qu'on ne trouve pure et intègre que dans les livres de Moïse et des écrivains sacrés.
C'est l'annonce de ce grand juge qui inquiète nos incrédules : elle aigrit tellement M. Boulanger que peu s'en faut que l'athéisme ne lui paraisse la seule secte honnête et utile. Celle annonce que Dieu seul peut avoir manifestée aux hommes, doit efirayer les impies, parce que tous les caractères du Messie se rassemblent de siècle en siècle sur celle tête sacrée , cet homme privilégié, cet Uomme-Dieu qui a enliu p.iru d;ms la plénitude des temps.
Arrêtons-nous ici : les apologistes de la religion chrétienne, anciens et modernes, ont répondu pleinement à tontes les vaines chineurs de l'impiété. Nous ne pouvons trop recommander la lecture de la brochure dont nous avons fait usage dans celle note ; et dans laquelle le savant et religieux anonyme a ré J'uté victorieusement, en quatre chapitres, L'Antiquité dévoilée par ses usages, de feu M. Boulanger. Il y combat cet écrivain profane par les principes qu'or: lui voit répéter dans ses Recherches sur l'origine du despotisme oiienlal. Le premier chapitre n'est qu'un extrait des aveux de l'auteur libertin, entremêlés de courtes réflexions qui appuient fortement la vérité du déluge et de l'ancienne tradition. Dans le second il examine les conséquences qui résultent des vérités qu'accorde M. Boulanger : d'où il suit que cet écrivain a démontré en rigueur les dogmes qu'il a voulu attaquer. 'Dans le troisième chapitre, l'anonyme compare la religion des juifs cl des chrétiens à celle des philosophes et des nations qui, selon M. Boulanger, ont puisé leurs erreurs dans la même source. Ce contraste est si frappant : il nous remet devant les yeux la grandeur et l'utilité du christianisme, la nécessité de le protéger et de le défendre, le bien qu'il a l'ail aux hommes et la différence qu'il y a enlre la religion enseignée par Moïse ei par Jésus-Christ, et celle des idolâtres et des philosophes. Dans le quatrième enfin il examine le projet des incrédules dogmatiques, le mal qu'ils nous ont fait et celui qu'ils peuvent encore nous faire. Celle excellente brochure en petit format in- 12 est de iiOO pages, sans l'avertissement qui en contient douze.
S. S. XXVII
PRÉLIMINAIRE. 422
le dérèglement de leur cœur avec les préceptes de la Divinité ; cl ils portèrent leur désordre jusque dans la religion même. Chaque peuple se fil bientôt des dieux à sa façon , et selon ses penchants. Telle est la véritable origine de l'idolâtrie, qu'on peut appeler avec un savant écrivain de nos jours l'intolérance des passions. Le genre humain n'a point passé d'abord de l'erreur à la vérité , il ne s'est corrompu que peu à peu : il est ainsi tombé dans l'erreur. C'est donc une souveraine intelligence créatrice qui lit connaître elle-même aux premiers hommes, par une toute aulre voie que celle du raisonnement, ces vérités fondamentales éparscs dans les monuments des nations. L'athéisme a clé par conséquent la base de la religion primitive des hommes (l).
Lorsqu'on s'égare dès les premiers pas, on ne peut rencontrer que des erreurs. Mais la foi, la vertu cl la bonne philosophie s'accordent parfaitement ensemble La raison découvre la nécessité et l'existence d'une révélation, et la révélation développe à la raison plusieurs vérités sublimes, où elle n'eût pu atteindre d'elle-même. C'est cette raison qui, par des principes d'une évidence parfaite, nous fournil des preuves invincibles de la sainteté, de la divin lé de la religion que L'incrédule voudrait anéantir. C'est celle même
raison qui nous convainc des bienfaits que la religion chrétienne a faits à tous les hommes.
L'impiété, qui ressuscite les anciens systèmes des philosophes du paganisme, des Celse, des Porphyre,
(I) M, l'abbé Pluquct, Mémoire pour servir à l'histoire de C égarement de l'esprit humain par rapport à la religion chrétienne, ou Dictionnaire des hérésies, etc., Paris 17G2, tom. I, discours prélim., pag. 17-50. Le P. Le Bal leur, La Religion révélée, défendue, etc., lom. II, ch. 4, pag. 85, sûiv., el ch. 5, pag. 120, smv. I). Deforis, Préservatif contre les incrédules, ch. 7, pag. 82, suivantes.
Les anciens apologistes de la religion chrétienne insistaient fortement sur cette vérité; el, par la nouveauté du paganisme, ils monnaient le ridicule de l'idolâtrie. Voyez entre autres Laclance, Divinarum inslitnticnum Iib. I, de fulsa religione, cap. d, seqq.t pag. 56, seqq.; lib. IV, devera sapientia et religiunc, cap. 1, pag. 272, scq. et alibi passim. Epilome divin, institut., cap. 24, pag. 24, seqq., Oper. edit. Lulcl., Paris. 1718, tom. I ei II. Eusebius , Prœparal. evan gel , lib. II, cap. 1, seqq., pag. 45, seqq.
Les philosophes les plus sensés du paganisme avouèrent de bonne loi que les dieux avaient été o;iginairciucut des hommes. Mais ils prétendaient que ces hommes avaient justement mérité d'être déifiés pour les connais- ances sublimes dont ils avaient fait pari au genre humain. Evhémèrc le Messénien fut celui qui autorisa le plus ce système. Il composa une histoire des dieux, qu'il prétendait avoir recueillie dans le cours de ses voyages, et tirée des plus anciens monuments qui subsistaient encore dans les temples qu'il avait visi'és. M. Goguet, Dissertation sur le Sauchoniaton ; à la suite de son premier vol. de \'Orign;e des lois, etc., pag. 568, suiv., édil. in 4°. Voyez M. Fourmont l'aîné, Dissertation sur l'ouvrage d'Lvhéinêre, intitulé, \spà kvu.'/pc/.?ô* Mémoire de littérature de l'académie royale des Inscriptions, lom. XV, pag. 2t>5, 285, suivantes, édil. in 4°, de Paris. Eusebius, loc. cit., cap. 2, pag. 59. J. Laurent. Moshemius, Nota in Radulplii Cudworthi System. Intellect. , lom. 1 , cap. 4, § 52, pag. oGG.
{Quatorze.)