‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 97 sur 157 · DISC · texte numérisé non relu

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des Julien cl de tanl d'autres ennemis de la foi, est confondue depuis longtemps. De quel front ose-t-elle noircir, injurier et outrager une religion dont les lois et la morale ont civilisé, rendu Sages cl vertueux une multitude innombrable de peuples? Oui, «-.'est cette môme impiété qui est responsable des maux qui ont affligé de tout temps le genre humain. Au cri des impics, de ces grands maîtres de Terreur, de ces faux philosophes , de ces faux amis de l'humanité, de ces prétendus sages, sans principes, sans foi et peut-être sans mœurs , on a vu se ranimer le monstre de la superstition, qu'on n'a jamais pu entièrement étouffer, parce que les hommes méchants abusent de tout ce qu'il y a de plus sacré. C'est ce monstre qui dans tous les âges a toujours reparu avec l'athéisme, et qui a toujours marché à côté de la liberté de penser, de celle irréligion , dont les suites ont produit (1), pour !e malheur des hommes , tant de sectes absurdes et barbares, tant de crimes, tanl d'abominations desquelles il ne reste qu'un affreux souvenir. Probablement elles ne reviendront plus, ces abominations, à moins que les excès de l'impiété dont la plume distille le fiel le plus amer , ne réveillent un jour les fureurs du fanatisme, La religion sainte proscrit tous ces affreux désordres que les impies lui reprochent injustement pour colorer leurs iniquités. Elle a rendu les hommes humains, elie a raffermi la raison chancelante, elle a embelli la morale , elle s'est faite un invincible appui de la saine politique et de la bonne philosophie.

N'accusons que les vices, la fausse littérature, la fureur systématique et la noirceur des projels (2) de l'impiélé , de tous les maux qui ont accablé le genre humain, ainsi que des malheurs qui nous menacent; et non celle religion sacrée, qui a fait tant de biens aux hommes (3). Et l'on vaudrait, s'il étail pos'ible,

(1) Plus d'un écrivain a observé que tout peuple ignorant dans les vérités de la religion serait un peuple slupide, sauvage, barbare, indomptable, méchant et malheureux. Telle est l'expérience de tons les temps et de tous les lieux. Le grand secret des incrédules pour rendre la religion odieuse est de lui prêter leurs erreurs et leurs absurdités. Voyez Examen du matérialisme par M. l'abbé Bergier, lom. I, chap. 13, § 6, pag. 565; chap. îi, § 9, pag. 408; loin. H, chap. 8, pag. 275, suiv.

(2) Voyez le baron de Haller, Discours sur l'irréligion, où Ton examine ses principes el ses suites funestes, etc., traduit de l'allemand, pig. 9, suivantes. L'Antiquité justifiée, eh. 4, pag. 169 , suivantes; et autres.

(5) Voyez Jo. AU). Fabricius, Dcteclus argumenter, deverilate relig. christ., cap. 5i, pag. 643, seqq. L'Antiquité justifiée , ch. 3, pag. 158, suiv. M. l'abbé Bergier, Le Déisme réfuté par lui-même, part. I, p ^65, suiv., part. II, pag. 88, suiv., édit. de Paris, 1705. M. l'abbé Bellet, les Droits de la religion chrétienne el catholique sur le cœur de l'homme, à Monlauban,elc, 47o4,. lom. I, discours 1, pag. 2, suiv. Le IL P. Touron, Parallèle de l'incrédule et du vrai fidèle, ou l'Impie en contraste avec le juste pendant la vie et à la mort, in-12. Leland , Démonstration évangélique , loin. IV, pari. III, ch. 10, pa&. 332-544; et ci-dessus, col. 402 et suiv.

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l'anéantir, celle religion! Enfants ingrats, soyez à jamais détestés du reste des mortels.

Philosophes sublimes, écrivains universels, précepteurs du genre humain , la raison a des droits sacrés et inviolables; mais elle a aussi des limites qu'elle ne peut franchir. Celte raison même (1), dont vous paraissez si jaloux , condamne les excès monstrueux des systèmes que vous enfantez. Vous voulez vous élever contre les illusions des préjugés, contre les écarts de la superstition ; el vos leçons ne nous présentent qu'un assemblage bizarre d'opinions absurdes, qui n'ont d'autre mérite que le ton dont vous les proposez. Mais n'allaqucz que la supcivliiion (2), ce monstre digne de tous les anathèmes. Cessez de la confondre avec celle religion sainte à laquelle l'univers entier est redevable de tanl de bienfaits. Cessez d'attaquer une religion que vous ne connaissez point (3), et que vous respecteriez si vous aviez le bonheur d'en sentir les preuves grandes et lumineuses. Cessez aussi de déclamer contre des abus que celle religion proscrit, el qu'elle peut seule arrêter. Vous voulez entièrement refondre le genre humain, repeupler la terre d'une race nouvelle, changer les opinions, la morale et le gouvernement de tous les peuples de l'univers; mais votre projet de réforme est un projet insensé. Sous le dehors trompeur et séduisant d'un style enjoué et poli, vous ne posez que des principes toujours plus monstrueux (4). Ce sont toujours de nouvelles absurdités. Votre philosophie licencieuse ne saurait établir des principes assurés pour le règne de la vertu. Sans la religion, la loi reste sans force et sans armes ; tous les liens de la société sans consistance, tous les devoirs sans obligations. Vos ouvrages profanes respirent partout une critique insensée des merveilles du Très-Haut, une indécence effrénée el fanatique contre les prodiges du D:eu vivant et véritable. Vous insultez perpétuellement aux œuvres que la Divinité a opérées pour faire éclater sa puissance et sa gloire, pour se faire adorer cl reconnaître dans tout l'univers. Vous parlez sans cesse de la loi de nature (5) ; mais vous en méconnaissez entièrement

(i) Voyez le Philosophe moderne, ou l 'Incrédule condamné au tribunal de sa raison, par Al. l'abbé le M. D. G (leMasson des Granges), Paris, 1763, in-l°2.

(2) < iNcc vero ( \\i enim diligenler intelligi vole) superstitione lollenda, religio lollitur. Nam et ninjorum institut» lueri sacris cairemoniisque relinendis , sapientis est; el esse pra;stantemaliquama*tcrnamque naturam , et eam suspiciendam, admirandamque hominum generi, pulchriludo mundi, ordoque cœlestium cogil confiteri. Quamobrem ut religio propagnnda est, qu:c est ju.vcfa cum cognilione nature, sied superstitionis stirpes omnes ejiciend;e. » Cicero, de Divinai., lib. H, § 72, oper. loin. 111, edit. Genev. 1743, pag. 120.

(5) Voyez entre autres le Traité de la foi des simples, ch. 24, pag. 540, suiv.

(i) Voyez un livre en anglais sous le litre d'Opiomâche, ou le Déisme dévoilé, Londres, 1749, 2 vol in- 8*. Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants ds l'Europe, loin. XLIL part. II, pag. 474, suiv. Le baron de. Haller, loc. cit., Préface du traducteur, pag. 7, suiv.

(5) II y a peu de brochures qui renferment plus d'erreurs que le libelle intitulé : Le Code de la nature, ou

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le caractère, et sous ce beau nom vous n'offrez qu'un tissu d'impiétés et d'horreurs, en un mot, que des systèmes qui n'ont ni principe, ni accord, ni liaison.

Gens ralione furens, mentemque posta chimœris.

Par une curiosité intempérante et pour vous être trop étudiés à vous précautionner contre les fables, sous prétexte mente d'éprouver tout, selon le précepte de l'.Apôtre, afin de ne retenir que ce qui est bon, vous ne semez cependant que des doutes sur les principes les plus évidents ; vous ne parvenez jamais à la science de la vérité, et ne cherchez qu'à faire des plaies mortelles à cette religion sainte qui vous condamne et vous confond. Examinez et pesez vos objections au sanctuaire de la vérité : comparez-les avec les réponses des Justin, martyr, des Tatien, des Alliénagore, des Tertullien, des Cyprien, des Minutius Félix, des Arnobe, des Lactance, des Origène, des Cyrille d'Alexandrie , des Basile et de tant de grands hommes du christianisme. Rapprochez vos difficultés de celle multitude d'excellents ouvrages composés par les modernes sur la religion tant naturelle que révélée. Mais descendez surtout avec le genre humain dans l'abîme de misères où le péché l'a précipité; alors l'économie de la religion se développera à vos regards. Loin de concevoir de l'horreur pour nos dogmes sacrés, vous les aimerez, parce que vous les trouverez conformes à la saine raison. Vous vous convaincrez aussi que Ce n'a point été en suivant des fables artificieusemenl inventées, que les apôtres ont fait connaître la puissance et l'avènement de Noire-Seigneur Jésus-Christ ; mais que c'est après avoir été eux-mêmes les spectateurs de sa majesté(ll Pier. 1, 16). Cest lui qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent ce témoignage, que quiconque croira en lui recevra par son nom la rémission de ses péchés (Acl.X, 42, 43).

i Que la grâce toute -puissante du rédempteur d'Israël , du Christ , ce libérateur, l'attente des nations, la consolation des justes de tous les temps, déchire ce funeste et fatal bandeau qui vous lient dans les ténèbres et dans les ombres de la mort; vous reconnaîtrez avec joie les bienfaits de la révélation ; vous sentirez qu'elle seule a fixé véritablement tous nos devoirs par rapport à nous-mêmes , à nos semblables, et par rapport à la Divinité. Sans cette révélation divine, la philosophie n'eût jamais fait que des progrès infructueux, et eût laissé les hommes dans l'oubli des vérités les plus intéressantes pour le maintien des lois civiles et religieuses. Sans elle, celle idolâtrie grossière, qui assujettissait anciennement !es nations, eût

le véritable esprit de ses lois, de tout temps négligé ou méconnu. C'est un ramas de lois bizarres, audacieuses, impies. En sapant toute religion , toute loi, il borne sa morale misérable à deux points : Tous les biens communs : tous les besoins physiques, érigés en loi de nature. Ses excès sont au delà de tomes les bornes, comme ie remarque M. l'abbé Ganchat dans sa préface au XVI* lome de ses Lettres critiques , ele., pag. 5. Voyez la réfutation qu'il en donne, ibid., lettre 158, suivantes. La Religion vengée, loin. XVH, Ntrc 11, suiv,, pag. ICI, suivantes.

vrai

enseveli sous ses ruines la connaissance cl h. culte du Dieu vivant.

Les égarements des hommes, leurs incertitudes, leurs contradictions ne sauraient nous ramener à la première source de l'erreur, si Toit ignore le coupable principe et le progrès encore plus criminel de l'affreux désordre de la nature humaine. Justement maudit de Dieu, et cliargé de toute la haine que mérite le crime de son premier père, l'homme porte eu lui-même une loi de péché (I), qui lui fait éprouver toute la force de son empire.

Bine animi vigor oblusus caligine letra Induilur, nec fert diviuœ fv.lgura lucis Lumen iners : hinc arbilrium per devin lapsum Claudicat (2).

Ce que le monde païen eut de plus éclairé entrevit en quelque façon le principe du désordre qui règne en nous. On y reconnut que dans l'état présent de choses, la nature humaine était étrangement dépravée cl corrompue (ô); mais la vraie cause (4) de celte dépravation fut toujours une énigme que ni la raison toute seule , ni les lumières de la philosophie ne purent expliquer. On y sentit, de plus, qu'il était impossible de'reinédier à l'état de corruption des hommes sans un secours surnaturel. C'e^l l'aveu que font Porphyre et Julien (5), les plus grands ennemis de la religion chrétienne.

Les législateurs et autres fondateurs de religions posci eut aussi des lois admirables pour le culte religieux : les philosophes dissertèrent beaucoup sur les devoirs de l'homme envers Dieu ; on ne les vil pas

(1) S. Paul aux Romains, VU, 23.

(2) S. Prosper, Carmen de Ingralis, part. 111, vers. 58 i, seqq.

(5) Voyez S. Augustinus . contra Julian. Pelaqian. lib. \\, cap \Zcl 15, Oper.'tom. X, part. I, col. 612, seq.; 622, seq., Pelr. Daniel. ïïuetius, Alnelamv quœ~ stiones deconcordiaralionisel fidei. lib. H, cap. 9 edit. Francofurt. et Lips. 1719, pag. 131. seq.

(4) Sans ce mystère [la transmission du péché originel] < le plus incompréhen-ihlc de tous, dit un excellent écrivain , nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes; le nœud de notre condition prend ^es détours et ses plis dans cet abîme; de sorte qno l'homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme... Nulle religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît ou péché ; nulle secte de philosophes ne l'a dit; nulle n'a donc dit vrai. < M. Pascal, Pensées sur la religion, ch. 2, 5, pag. 10, 51, suiv. u Voyez Sentiments de M .... sur la critique des pensées de M. Pascal, par M. de Voltaire, art. 5 ; Lettres flamandes [attribuées à M. Robert Joseph Alexis Duhamel], lettre IX elX, pag. 77, suiv., \ 19 suiv. Noire savant P. Valsecchi , Dei fondamenii délia rcligione, etc., lib. Il, cap. 5, pag. 50, seqq. L'i divinité de lu religion chrétienne, vengée des sophismes de J .-Jacques Rousseau, ou Seconde partie de la réfutation d'Emile ou de l'Kducat.on, pag. 5 48 !). Deibris, Préservatif contre les incrédules, art. 3 et suiv , pag. 298-522. M. Bossuel , évoque de Meaux , De la connaissance de Dieu et de soi-même, ch. 4, § II, pag. 324-552, Paris, 1741. S. Thomas, lib. IV, contra Centes, cap. 50, seqq. et /. II, q. 81, a. 1, 2, 3, et 2 sent, dist. 55, q. 1, a. i et 4.

(5) S. Augustinus, lib. X de Civilate Dei, a<p 5*2, Oper. tom. VII, col. 207. S. Cyrillus Mexandr., Ub. \6 contra Jnlianum Imper. Opcr., tom. VI, edit. l-ut-fc -, 1058, pag. 151.

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moins discourir sur la divinité, sur Fàme , que sur d'autres points intéressants. D'où vient cependant que, nonobstant les connaissances qu'on eut dans le moufle païen, ces philosophes., ces législateurs ne purent jamais dissiper tous nos doutes, ni calmer nos inquiciudessurdcs vérités de la dernière importance^)?

Que Ton vante tant que Ton voudra la raison humaine : considérons-la en elle-même et ce qu'elle a été dans tous les temps comme dans tous les lieux , sans le flambeau de la révélation. Non seulement elle n'a rien produit qui satisfasse, qui réponde à tout, mais elle a donné même dans des écarts (2) honteux.

(1) Quelques législateurs mirent pour préambule de leurs lois le dogme de l'immortalité de Pâme et d'une rétribution future. Mais lurent-ils capables de nous rassurer pleinement sur cet article qui intéresse tous les hommes? Ce dogme, je l'avoue, peut se dé

montrer par des arguments physiques et moraux, qui sont d'un très-grand poids. Pourrais-je cependant jamais connaître, par les seules lumières naturelles, quelle est cette autre vie et quelle est la route qui y conduit sûrement? N'envisageons simplement le dogme d'une rétribution future que comme une doctrine qui a uniquement pour appui la raison naturelle; que de difficultés à résoudre, que d'inquiétudes ne s'offrent pas à l'esprit, si la parole expresse de la Divinité môme ne vient au secours de notre faible raison !

Les Numa, les Confucius, les Draeon, les Solon, les Lycurgue, les Charondas, les Platon, les Socrate, et quelques autres fameux personnages du monde païen formèrent des systèmes religieux. Quelque ancienne tradition des vérités primitives les avait sans doute beaucoup aidés à donner aux hommes de leur temps des leçons de vertu. Cependant aucun de ces systèmes, comme il serait aisé de le prouver, n'est exempt de superstitions, d'erreurs et d'absurdités monstrueuses. Eh'! comment ces sortes de plans de morale et de religion eussent-ils été propres à détruire le culte idolâtre, puisque le polythéisme était établi et adopté généralement par les législateurs et par les philosophes. C'était dans le paganisme un dogme fondamental de toute religion nationale, de rendre premièrement aux dieux immortels les honneurs alfeclés par les lois.

À0«yoCT0Uç {J&> TCfWTa Qzo\>$, vô//w w; yàp Stâxeirat, zipet.

Primuni quidem deos immortales, uti sane lege est consiitutum, cole. Pylhagoras, Carmma aurea. PoetarumGrae. veterum, lom. 1, Aurélia; Alloorog. io0(>,

Parcourez tous les écrits des sages de l'antiquité païenne , vous n'en trouverez aucun qui ne se soit prêté aux coutumes, aux usages consacrés par la superstition. Sed ni omhes et ca.'teri ejusmodi, et ipse Vlaio diis phirimis esse sacra facienda putaverunt. S. Augustinus, de Civil. Dci, lib. VIII, cap. 12, loin. ViiOpenun, cdil. Benedict. S. Mauri Paris. 1085, col. 7ot. Ceux mêmes qui connaissaient le ridicule du culte idolâtre, l'autorisaient cependant par leur conduite et par leurs maximes. Le polythéisme des païens n'est que trop bien prouvé, et les philosophes qui ont vécu au commencement de l'ère chrétienne, ont fait d'inutiles tentatives pour le déguiser.

(2) Lactantius , Divinarum institution, lib. Iîï , de falsa Sapientia philosophorum : passim. Oper. lom. I, pag. 189, seqq.; et alibi; Eusebius, Prœparat. evanqel. lib. XIII, cap.U, seqq. pag. GOi , seqq; 705, seqq.; lib. XIV, cap. 10,10, seqq. pag. 741, seqq.; 755, seqq.; lib. XV, cap. 1,3, seqq., pag. 788, seqq.; 795, seqq., edit. Coloniens. 1688. S. Augustinus, de Civil. Dei, lib. VI, seqq., Oper. loin. Vil, passim. J. Leland, Nouvelle démonslrat. évangéliq., lom. III, part. U, ch. 5, pag. 75-125; le P. Baltus, Parallèle de la philosophie chrétienne avec celle des païens, et autres apologistes anciens cl modernes de la religion chrétienne.

imparfaites et insuffisantes pour ramener les hommes de l'idolâtrie à la connaissance et au culte d'un seul Dieu , le créateur de l'univers. Laissée à elle-même, la raison de l'homme pouvait-elle manquer de se précipiter dans un abîme d'erreurs? C'est ainsi que l'Être suprême se jouait de la sagesse humaine, pour la convaincre par une longue expérience qu'elle m pouvait aller à lui sans qu'une lumière supérieure guidât ses pas et la mît à couvert de ses propres illusions.

Quand on nous alléguerait ces fameux mystères sacré, du paganisme, comme très propres à porter les hommes à la vertu et à les instruire des plus sublimes vérités, nous répondrions que les idées saines qu'on pouvait puiser dans ces établissements religieux, quels qu'ils fussent (1), partaient d'une origine bien antérieure au temps où on les vit d'abord en usage dans les cérémonies p ïennes.

N'ayons point égard non plus à ce qu'on a dit aussi qu'il n'est aucune vérité naturelle, aucun devoir, ni aucun précepte moral, annoncés parla révélation, que les philosophes du paganisme n'aient en* Les lumières de la philosophie ont toujours été fort seignés ou développés (2) dans leurs écrits. Les

(1) Le docteur Warburlon , évêque de Glocester, a prétendu, dans un ouvrage rempli de profondes recherches {The divine légation of Moses , ou La divine légation de Moïse, vol. 1, part. I, liv. II, sect. 4, pag. 150 529 suivantes, édit. de Londres, 1755, in 8°), que le principal objet de ces mystères était de désabuser les hommes du polythéisme, d'abolir peu à peu l'idolâtrie cl de réformer les mœurs. Tout ce que ce docte anglais a écrit là dessus est fort curieux. Voyez i Antiquité justifiée, ou lléfuialion d'un livre qui a pour litre, V Antiquité dévoilée par ses usages, ch. 1, pag. 15; mais le docteur Leland, Nouvelle démonslrat . évangél . , etc., loin. Il, part. I, ch. 8 et 9, pag. U-77-114, qui paraît avoir examiné à fond l'opinion de son compatriote, a prouvé d'une manière solide que, bien loin de donner aux païens des notions justes en fait de religion et de morale, et de leur découvrir la vanité du culte idolâtre, si accrédité parmi le peuple, les mystères étaient peu favorables à produire ces g: amis effets, et que ceux qui s'y initiaient é;aient les plus attachés à la religion païenne. Le savant P. Viret (Réponse à la philosophie de £ histoire, lettre X, pag. 240 suiv.) n'en porte pas un jugement plus favorable. Yoycz du reste une brochure en anglais , où l'on prend la défense du système du docteur Warburlon : elle a pour titre, A dissertation on the ancient ofpagans mysteries, etc., i. e. , Dissertation sur les anciens mystères des païens, où* l'on examine les opinions de M. Warburlon, évêque de Glocester, et de M. le docteur Leland sur ce sujet, Londres, 17b7, in 8°; Journal des savants, avril 1769, édit. in 12 de Paris, pag. 797, suiv. Au sujet des mystères du paganisme, voyez ce que M. Leland a écrit de plus dans un ouvrage anglais intitulé, The advantage and necessity of the chris* linn révélation, etc., ou Des avantages et de la nécessité de la révélation, Londres 1764, vol. II, liv. III; ce savant y répand un nouveau jour sur celte matière ; voyez Bibliothèque des sciences et des beaux-arts, janvier, etc., 1765, pag. 88-102; aux écrivains cités en note, pag. 89, contre l'auteur de la Religion essentielle, ajoutez ce qu'en a écrit notre savant P. Valsecchi, dans son ouvrage italien, Des fondements de la religion, liv. III, part. I, cap. 10, pag. m, suiv.

(2) Philipp. Picinellus, Lumina reflexa, sive scriptorum et hnieorum consensus cum singulis penc v«rsiculis sacrai Scnplurje. Ex ilalico latine D. Augu-

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déductions qu'on tirerait de ces prétendues connaissances du monde païen en faveur de la raison humaine, auraient à la vérité quelque chose d'éblouissant, mais elles porteraient toutes à Taux : elles supposeraient ce qui est en question. Il n'est point prouvé que ce fut par la seule pénétration de leur esprit, par la seule force de leur génie, sans aucun secours étranger, que les sages du paganisme firent les découvertes qu'on leur attribue. Tout nous convainc, au contraire, qu'ils ne furent point les premiers auteurs de ces connaissances(l). D'ailleurs, ce ne sont dans leurs icrits que quelques vérités détachées, éparses çà et là et sans suite, qui ne sauraient donner un corps complet de morale, telle que nous renseigne la révélation.

slino Eralh interprète. Francofurti 1702, foI.;Ccnfer J. Alb. Fabricius, Delectus argument., etc., de Veril. rclig. christ., cap. 7 et 52; Anton. Yalsecchi , Dci fondamenïi délia religione, ïib. II, cap. 2, pag. 16, seq. (l)Une multitude. d'écrivains très-instruits dans l'histoire de l'ancienne philosophie, ont fait d'amples recueils de tout ce que l'antiquité païenne a pensé sur le dogme et sur la morale. Quelques-uns de ces ouvrages sont remplis d'érudition et de réflexions aussi savantes que judicieuses. Yoyez, entre autres, Thomas Stanlejus, llistoria philosophie, vilas, opiniones, resque gestes et dicta philosophorum sectœ cujusvis complexa ; ex anglico sermone in latinum translata, emendata, variisque dissertationibus at{|ue observationibus passim aucta ab Godofrido Oleario. Lipsi.c 1711, in-4°; Radulphus Cudworlhus, Syslema inlellectuale hujus univers! , scu de veris naiur.c rerum originibus commentarii , quibus omnis eoruin philosophia, qui Deum es^e negant fumiitus everlilur. Accedunl reliijua ejus opuscula. Jo. Laurent. Mosshemius omnia ex anglico latine vertit, recensnit, variis? que observationibus et dissertationibus illustravit et auxit. lenie 1733, tomi 2, fol,; Jacobus Bruckerus, llistoria crilica philosophiez a mundi incunnbnlis ad nastram usque œlateui deducla, Lipsim I7i2-Î7H, tomi 4, vol. 5, in 4°; vid. ejusd. vol. I I) s ertat. pneliminaris, pag. 31-30; M. de Duriguy, Théologie païenne, ou Sentiments des philosophes et des peuples p: ïens les plus célèbres, sur Dieu, sur l'àme et sur les devoirs de l'homme, Paris, 1754, tomi 2, in- 12; vid. Jo. Alb. Fabricius, iucis citalis, col. pr.ece.lrnlis not. 2.

Ces ouvrages des Stanley, des Cudworth , des Moshcim, des Bruckcr et des de Duriguy, dans lesquels on trouve de la netteté, de la force et une profonde lecture de L'antiquité, confondent l'athéisme. Ils ont de plus cet avantage, qu'en y lisant les erreurs et les égarements des anciens philosophes, les incrédules y trouvent à se détromper par de grands exemples. Us ne sauraient n'y pas voir, comme l'observe M. l'abbé d'Olivet (Remarques sur la théologie des philosophes grecs, à la suite de sa traduction des Entretiens tfe Cicéron sur la nature des dieux, ton. I, édit. de Paris, 1749, pag. 517)', l'inutilité de la raison humaine et les vains efforts qu'elle a faits toute seule pour s'élever à l'exacte connaissance d'un Dieu véritablement caché (isaj. XLV, 15, et I Timoih. VI, 16), qui habite une lumière inaccessible. Quels ont été à cet égard les progrès de celle raison si ficre, durant plus de quatre siècles, dans les meilleures tètes de la Grèce, dans les païens les plus illustres par leur savoir, dans les chefs de leurs plus fameuses écoles? Rien de si absurde, continue M. l'abbé d'Olivet, qui n'ait été avancé par quelque philosophe, i Scd m;scio quomodo nihil tain absurde dici polesi, quod non dicalur ab aliquo philosophorum.» Cicero, Dcdivinal.Aib. Il, § 58,Oi>cr. loin. III, pag. lîO. *' '

C'esl à une source commune à tout le genre humain, à une ancienne tradition, que ces philosophes furent rcdevablesdelcllesdécouverles.-nous Pavons déjà inculqué (I), et nous ne pouvons trop le répéter. Il n'est aucune preuve qui puisse affaiblir celle assertion. Donnons encore quelque jour à un principe si lumineux, qui nous ramène sûrement à la vraie origine des grandes vérités déposées dans l'enseignement des nations.

C'esl surtout de l'Orient, le berceau de la religion, des arts et des sciences (2), qu'il faut tirer celle tradition primitive sur laquelle nous insistons. GVst delà qu'elle est passée à tous les peuples. Il n'y a point de vérité historique, aussi rigoureusement démontrée que l'existence de celte tradition confirmée par tous les monuments antiques. Les fables défigurèrent d'abord la première religion, mais elles ne la détruisirent point entièrement. L'idolàtiie, née en Orient, se répandit ensuite dans presque tous les lieux, à mesure que les hommes devinrent puissants sur la terre et qu'ils oublièrent les instructions patriarcales (3). Ce culte

Une autre réflexion, qui doit instruire les incrédules et les confondre, et que nous ne devons pas laisser échapper, d'après ce savant académicien de Paris (Ibid., pag. 318 et suiv.), c'est que, si la raison ne va pas toute seule jusqu'à découvrir la vérité, elle va jusqu'à pouvoir détruire le mensonge. Cicéton le montre dans son Livre de la nature des dieux. Privé des oracles ijui nous ont fait connaître le vrai Dieu, il trouvait dans ses lumières naturelles de quoi réfuter l'athéisme et l'idolâtrie. Il n'en savait pas assez pour établir la véritable religion, mais il en savait assez (Laclantius, De ira Dei, cap. 9, tom. II, edit. Lulet. Paris. 17*8 , pag. 152) pour combattre les stoïciens, les épicuriens, les seuls qui s'élevèrent contre saint Paul lorsqu'il prêcha dans Athènes (Act. XMI, 18). On dirait que la Providence divine avait suscité exprès un homme aussi éloquent que Cicéron, pour préparer les voies aux vérités chiélicnncs, en portant les premiers coups à ces doux sectes.

Revenons à ce que nous avons d'abord établi. La tl.éologie chrétienne, con'éréc avec la philosophie païenne , nous montre évidemment que les grandes vérités de la religion et de la morale sont très-conformes à la raison humaine ; que l'homme est fait pour une religion qui le lie indispensablcmenl à l'auteur de son être; mais il s'en faut de beaucoup que l'homme ait tiré de lui-même toutes ces notions plus ou moins exactes, souvent enveloppées du voile de la fiction, cl qu'on trouve dans la croyance de tous les peuples ou dans les écrits des philosophes de l'antiquité profane.

(1) On n'avancerait même rien qui ne fût très fondé, si l'on soutenait ap.ès plusieurs auteurs ires-fondé, si l'on soutenait après plusieurs auteurs, que les notions durent une partie de ces bel'es connaissances au commerce que quelques-uns de leurs philosophes avaient eu surtout avec les anciens Juifs. (Voyez Slackhouse, le sens littéral de l'Ecriture suinte, loin. Il, ehap. 22, pag. 524 et suiv.). Il c^-t incontestable que depuis les captivités des Juifs dans l'Assyrie, en Chaldée, et principalement depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand , ils se trouvèrent extrêmement répandus surtout dans les villes de la domination grecque.

(2) Voyez cuire autres, M. Goguet, De l'origine des lois et des sciences, passim. Nos recherches sur C époque deiéqiùlaiion, part. 1, pag. 99 suiv., part. 11, pag. 7, 20, 27, r0, 51, 33.

(3) Moins les hommes des premiers âges furenî éloignes de la lige commune, plus aussi la religion

DISCOURS

idolâtre retint partout des traits de son origine ; car chez les Grecs, chez les Romains, comme chez les peuples du Septentrion, même dans l'Amérique, la religion tenait beaucoup de la superstition des Orientaux.

Cependant le cuke profane ne fit point perdre absolument de vue les premiers principes religieux. Aussi le souvenir de la croyance primitive se conserva- l-il le môme à quelques égards , quoiqu'il se corrompît partout diversement. Mais ces vérités également certaines, utiles et chères au genre humain, eurent un premier motif, une première cause. Il est impossible d'en rendre raison , sans recourir à une tradition la mieux fondée (1), dont Dieu seul peut être Fauteur.

je maintint parmi eux dans sa pureté primitive. Lorsque par de nouveaux accroissements, le genre humain fui forcé d'abandonner le centre commun de ■a première union sociale, où les instructions des patriarches étaient encore dans leur vigueur ; on le vit peu à peu perdre de vue ces saints enseignements. Les traditions primordiales commencèrent, à s'obscurcir : el!es s'altérèrent même à tel point que chaque peuple, à l'exception de la nation choisie, n'eut plus qu'une religion relative à ses moeurs, à ses inclinations, à sa manière de penser. La religion de ces peuples divers tenait cependant toujours par quelque dogme aux vérités primitives. Ces mêmes vérités étaient d'ailleurs trop profondément gravées dans la mémoire des hommes pour qu'on les oubliai entièrement. Aussi en conserva-l-on le souvenir , quelle que fût la corruption générale, et •nonobstant le progrès de l'idolâtrie. Ces vérités , telles que celles d'un Dieu créateur, d'un médiateur, le réparateur du genre humain, et un jugement futur dans une autre vie ; en un mol, le fait du déluge : ces vérités, dis-je, déjà fort aherées^e mêlèrent bientôt av< c une infinité d'erreurs: celles-ci furent uwii suite naturelle de l'étal d'ignora.icc où étaient alors les hommes de ces âges. Les anciens patriarches doni (oui rappelait le souvenir , i«'S fondateurs des colonies, les hommes enfin qui avaient eu quelque célébrité, furent, lot ou lard considérés comme des personnages bienfaisants. On les honora du titre de héros ; et de ce litre à celui de demi-dieu et même de dieu il n'y avait qu'un pas à faire, une fois que lit superstition, l'ignorance, la giossicreté, ou la barbarie, étaient les seuls guides du culte religieux. Voilà ies sources de lanl d'idées bizarres el sup T.-litieuses que nous offrent les religions du paganisme.

AL I) mlanger ( Dissertation sur Klie et Enoch), qui bouleverse tout, part de ces mêmes idées répandues dans les chroniques fabuleuses des nations, pour montrer que les faits dépo es dans les annales du peuple hébreu n'ont d'autre origine ni d'autre cause que ies rêveries des Asiatiques. Mais d'où vient que les Juifs ont eu de tout temps des idées si saines louchant ces vérités primitives, comme nous l'observerons ailleurs? Par quel hasard a-l- il été le seul peuple qui ail ainsi pensé? Nous l'avons déjà dit, et mous le dirons encore : l'homme ne peut puiser en lui-même, par exemple, l'idée d'un Rédempteur et d'autres vérités qui en sont dépendantes. Il faut nécessairement recourir à une ancienne tradition ; et celle tradition vient uniquement de Dieu.

(1) Voyez An essai} coucerning the nature of the prietthood, ou essai touchant la nature du sacerdoce , far. milord Joseph S tory, écêque de Kilmore. Londres, 1752, & .Bibliothèque raisonné? des ouvrages des savuuls de T Europe, janvier, etc., 1753, pag. 20.

La croyance, par exemple, de l'origine <Iu monde, que tous les peuples ont reçue, quoique diversement, n'est point une opinion isolé» , mais un fait appuyé

Il n'y a que Moïse qui nous en instruise. Dès qu'on considère ce législateur des Hébreux , non comme un homme ordinaire, mais comme inspiré par îa Divinité dans le récit qu'il nous a laissé de l'histoire de la religion primitive, ainsi que des premiers temps , l'on ne doit plus s'étonner de trouver tant de différence entre ses livres el toutes les autres traditions des hommes {L'antiquité justifiée, du, 4, pag. 32) Si la nature humaine est effectivement affaiblie et dégradée, et pourtant encore chère à son auteur, il n'est pas surprenant que l'on aperçoive en tous lieux des traces de ses erreurs el de sa foi (îbid.). Mais ces traces de folie et de sagesse, ce mélange de vérités et de mensonges, suite naturelle des passions des hommes, nous ramènent nécessairement à une première croyance du genre humain, lorsque réuni eu une seule fam lie, et tout près de l'origine des eboses, il était encore attachée l'unité des principes religieux. Les philosophes et les législateurs du monde païen, qui nous, ont conservé ces magnifiques débris des vérités primordiales, dont tout leur attestait l'existence , sont autant de témoins irréprochables (1) de l'ancienne

sur une tradition qu'aucun homme raisonnable ne saurait refuser d'admettre. C'est ce que milord Bplingbroke a même entrepris de prouver contre les slraloniciens partisans de l'éternité du monde (voyez le Journal Britannique par M. M aly, septembre, 1754, toni. XV, pag. G8-80 ). Mais comme cei écrivain s'inscrit en faux contre l'existence de la révélation , ses preuves en faveur de cette tradition ne peuvent qu'être remplies de faiblesse , ou il est forcé d'en venir à une révélation divine, qui ait instruit les hommes là-de-sus. En effet il est certain qu'aucun homme n'a é é témoin de l'origine de l'univers. Or, puisque celle croyance a été généralement reçue et qu'elle a pour fondement \m fait attesté par toutes sortes de témoignages ; on ne peut rendre raison de celle tradition, si on ne recourt, à l'Etre qui donna l'existence au premier homme el qui lui révéla effectivement ce qu'il avait fait dans la création des temps. 11 ne reste par conséquent aucun subterfuge à l'athée. Si milord Bolingbroke eût senti toute la force de celte preuve, il n'aurait point allégué la diversité, les inconsistances, les fables qui caracléri enl les traditions des peuples sur le même fait, pour montrer l'insuffisance de la cosmogonie mosaïque. Les païens n'ont parlé si différemment de ce l'ait (\no parce qu'ils avaient obscurci les premières notions qui portent l'empreinte de la vérité dans le récit tout simple que Moïse nous en a laissé dans la Genèse.

(1) La tradition qui a* régné universellement chet tous les anciens peuples sur la félicité et l'état d'innocence dont l'homme a joui dans le premier âge du monde est, connue l'observe un savant écrivain, une vérité trop généralement et trop uniformément attestée pour qu'il soit possible de la révoquer en doute. Babyloniens, Egyptiens, Chinois, Grecs, Latins, en un mot, tous les peuples dont nous pouvons apercevoir les premières traditions sur l'état primitif du genre humain ont là-dessus une unanimité de sentiments. Cet accord de toutes ies nations à rendre hommage 3u récit de Moïse sur l'état du premier homme, suffirait seul pour en démontrer la certitude, si le législateur du peuple de Dieu pouvait être regardé comme un historien ordinaire. Il n'en e»l pas d'un fait comme d'un principe de morale ou d'une découverte dans les arts el dans les sciences. Les hommes , quoique sous différents climats el dans différents siècles, peuvent, sans s'être communiqué

tradition, qui remonte à une révélation divine. Leurs témoignages confirment invinciblement le récit de Moïse, qui pouvait seul nous transmettre dans son intégrité la vraie histoire des mentes vérités ; lui qui l'avait puisée dans une source toute pure et intègre. Eu effet quelle force de témoignage, quelle preuve plus décisive en faveur de la certitude de la révélation et de la vérité des écrits de ce grand législateur, que ce concert de tous les peuples à conserver constamment et uniformément, malgré la distance des temps et des lieux , malgré la diversité presque immense des mœurs et du langage, des traditions précieuses sur plusieurs points si bien liés avec la religion primitive du genre humain?

Ne cherchons point dans d'autre canal que dans celui de la tradition dont Moïse nous a conservé le dépôt, les grands principes de religion et de morale, connus par les législateurs et par les philosophes de l'antiquité profane. Nonobstant ces principes répandus dans louis écrits, leur raison ne s'est pas nu ins égarée. Ils se sont tons évanouis en des pensées [ou dangereuses , ou inutiles], et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. (S. Paul aux Romains, I, 2). Ils ont enseigné un grand nombre de vérités ; mais ils n'en ont annoncé aucune exempte d'erreur (Cum admixlione multorum errorum. S. Thom. I p., q. 1, art. 1. c). Us ont beaucoup disputé, et il n'ont junais pu s'accorder sur le point capital de la dernière fin de l'homme ; c'est qu'ils n'avaient aucun point fixe (1). S'ils ont connu la Divinité , parce qu'elle se manifeste par les œuvres de la création, d'une manière trop sensible pour la méconnaître , Ils ne font pat cependant glorifiée comme Dieu... Aussi les a-/-ï/ livrés à un sens dépravé ( Epîire aux Rom., I, 21, cl\). Ils ont éié sans espérance des biens promis et [en quelque façon] sans Dieu en ce monde (Epîire aux Epliés., If. 12).

C'est .un fait démontré, que les efforts de la raison la mieux cultivée ne purent jamais conduire l'homme à la découverte de plusieurs vérités importantes par rapport à la religion cl à la inorale. L'homme avait donc besoin d'une révélation particulière surajoutée à celle de la nature, pour opérer ce que celle-ci ne pouvait produire elle seule ; et c'est celte raison même, cette évidence naturelle, qui prouve la nécessité d'une révélation divine (2), parce qu'il n'y avait qu'elle qui

leurs idées, s'accorder sur le même point de morale, ou avoir l'ait dans les arts et dans les sciences les mêmes découvertes. Ou n'en peut pas dire autant d'un point d'histoire. Quand on le voit reçu chez tous les peuples, il faut non seulement en reconnaître l'authenticité, mais convenir aussi qu'il dérive d'une source commune. La tradition sur l'état d'innocence du genre humain dans le premier âge est donc incontestable. M.Goguet, de /' Origine* des lois cl des sciences, tom. I, liv. VI, chap. 4, pag. 555, suiv.

(1) « Errant ergo velut in mari magno, nec quo feranlur imclliguut, quia nec viam cernunt, nec durent! sequunlur utlum. > Laclantius, Diviuar. Inslitulinuiini lii). VI, cap. 8, loin. I, pag. 45i,edil. Lut. Taris. 1748.

(âj « Vovez Abbadie, Traité de la religion 'ehré-

PRÉLIMINAIRE. m

pût donner un fondement inébranlable aux grandes vérités de la religion, dogmatiques cl morales.

Pour fixer tous les esprits et décider de tous les doutes, pour régler le culte extérieur, pour déterminer l'intérieur et îf» véritable qui en est l'aire, la Divinité s'csl manifestée aux hommes : elle leur a appris ce qu'ils doivent attendre de sa bonté, ou craindre de sa justice.

Puisque tout nous atteste qiic Dieu a eu la bonté de se révéler aux hommes pour leur faire connaître d'où ils viennent, ce qu'ils sont, quelle e>l leur destination et leur fin, ainsi que les moyens sûrs d'y parvenir, quelle est la vraie manière de le servir el de l'honorer; en les instruisant de ses volontés, il leur a fourni en même temps les moyens de conserver celtn

révélation pure et sans mélange d'erreur. 1! n'a point permis qu'elle fût douteuse et que le mensonge eu* quelque chose à disputer à la vérité.

Si Dieu a établi une religion, il était de l'ordre qu'il la maintînt dans toute sa pureté, cl qu'il imprimât aux monuments qui en renferment le dépôt des marques éclatantes auxquelles les hommes m pussent se méprendre. 11 était aussi de la bonté dt Dieu que les litres primitifs de son culte el de noire foi ne fussent ni altérés ni corrompus par des fictions humaines , qu'il les mît enfin à l'abri du lapides temps el de la malice des hommes.

Il est d'une extrême importance pour l'homme de

tienne, tom. I, sect. 1, ch 7, pag. 140 suiv., édit. de Roterd. 1692. Clarke, Traité* de l'existence eldes attributs de Dieu, etc., tom. 11, ch. il. pag. 526-534. sine loco, in-12. M. l'abbé Duguet, Principes de la foi chrétienne, tom. I, an. 1 et suiv. pag. 71-78, édit. de Paris 1757. Preuves de la religion de Jésus Christ contre les spinosrstes et les Péisle> par M. L. François, tom. I, part. I, sert". 5, ch. 1. Défense de la re ligion contre les incrédules, tom. W, part. Il, ch. prélimin. Stackhouse, Le sens littéral de l'Ecriture sainte, tom. Iï, ch. 23, pag. 501, suivantes; Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, etc., par le 11. P. Richard, tom. VI, an. Relig., pag. G85-G95 ; M. l'abbé Bergicr, Le Déisme réfuté par lui-même, I part., lett. II, pag. 55, suiv.; Le U. P. le Balleur, la Religion révélée, défendue, eic, tom. 11, ch. 2, pag. 25, suiv. ; La Divinié de la religion (h étienne, vengée des sophismes de J -J. Rousseau, 11e partie, etc., pag. 50 156; P. Antonin. Yalsccchi, Dei fonda menti délia Religione, etc., lib. 11, cap. 1, II seu-g., pag. 1, segg.; Pelr. Maria Gazzàniga Ord. Pnwl., Pralecliones ihcologice , edit. Vindobonens. 1771, tom. IV, cap. 1 seqq., pag. 14, seqq ; M. Vernet, traité de la Vérité de li religion chrétienne, tiré du latin de M. J. Alphonse Turrelin. Genève, 1750. sect. 1; Bibliothèque raison née des ouvrages des savants de l'Europe, loin. VI, part.l, janvier, etc., 175!, pag. 45 suiv.; Nouvelle Bibliothèque Germanique, ou Histoire littéraire de l'Allemagne, etc., par M. Samuel Formey, janvier, etc., 1754, pag. 10(5, suiv.; Bibliothèque des Sciences et des Beaux Ans, juillet etc., 1755, tom. IV, part. II, pag. 156, octobre, etc. 1756, tom. VI, part II, pag. 429-459, juillet, etc. 1.58, tom. X, part. I, pag. 156 188, janvier, etc. 1759, tom. XI, pag. 48-56, loin. XXII, part. I, pag 90-115, pari. H, pag. 500 319 , janvier, etc., \H\% tom. XXIII. part. 1, pag. 124-150, et alii in J. Ail». Fahri.cii Dcb'ctuargumentor... de Yeril. relig. christ, cap. 25.

435 DISCOURS 43C

connaître celle religion qui est fondée sur une rêvé- La vraie religion enseigne la vérité cl la justice, lalion divine, parce qu'il n'y a qu'une telle religion Toule religion qui ne donne point de Dieu l'idée

qui soit vraie, qui apprenne quel est le vrai Dieu et la plus parfaite qu'il soit possible de concevoir, qui

suppose même quelque imperfection dans la Divinité,

le culte qui lui est dû. Mais il n'importe pas moins a l'homme de découvrir où est le dépôt des litres qui conservent celle religion sans altération et sans tache, II est vrai que toutes les religions ont prétendu à l'honneur d'une révélation (!). Toutes oui vanté des oracles comme émanés de la Divinité. Cela prouve que, loin de regarder une révélation comme une chose impossible, le genre humain reconnut qu'elle était absolument nécessaire. (2) Aussi nos incrédules n'objectent-ils rien contre la possibilité de la révélalion qui ne soil extrêmement faible et futile (5). Un Dieu infiniment sage et juste, l'Etre par excellence, le Tout-Puissant, ne peut cire contraire à lui-même, ni inspirer une religion toute profane, bizarre et monstrueuse Les dieux des nations sont des démons(Ps.\C\\ Ileb. XCYI , 5). Il n'y a qu'un scu! culte émané du ciel. Il n'y a eu par conséquent et il n'est qu'une religion qui puisse (4), à l'exclusion de toutes les autres, s'attribuer une aussi grande prérogative que celle d'avoir Dieu pour auteur. C'est elle qui prend sa source dans la naissance même du genre humain, et qui s'est perpétuée sur la terre parmi un peuple choisi dans les conseils impénétrables de la divine Providence et duquel est venu le salut (Salus ex Judœis est ( Joan. IV, 22). C'est elle qui nous a été développée dans tous ses points par l'Hommc-Dicu, notre divin sauveur. C'est elle enfin qui subsistera jusqu'à la consommation des temps, malgré les attaques réitérées des puissances de l'enfer.

Toute religion qui n'est point appuyée sur une révélation divine, et qui n'a pas pour objet l'avancement de la vertu, le bonheur du genre humain, porte elle même des caractères ineffaçables de fausseté.

(1) Voyez Platon, de Legibus lib. ï, Operum lom. 11, cdil. Henr. Sleph. 1578, pag. C2i; Diodorus Siculus, Ribliothccre Hislorieac lib. I, sect. 2, llanoviœ 1G04, pag. 84; Dionysius lîalicarnassensis, Anliquilat. Roman, lib. Il, "Operum lom. I, cdil. Oxonicns. 470 3-, pag. 4 î 8 ; Josephus,iib. II, cou Ira Apionen. cap. 16; Opcr. lom. II, cdil. Amslclod. 1726, pag. 432 ; Le P. le Bulîeur, la Religion révélée, etc., cdil.

d, pag. b4, suivan-

venpag.

«le Paris, 1767, loin, lï,, ch tes.

(2) Voyez La Divinité de la religion chrétienne gée des sophismes de J.-J. Rousseau, part. II, i 10-125.

(5) Une fois qu'on a posé un Dieu intelligent, créateur de. l'homme, la raison ne permet plus de révoquer en doute qu'il soit possible à ce puissant créateur <le communiquer aux hommes par plusieurs moyens infaillibles, des idées de ce qu'il veut leur apprendre. Voyez notre savant P. Val.-ccchi, loc. cit., lib. V, cap. ({, pag. 58, segg., lib. V, part. II, cap. 5, pag. 2il ; Sfacibouse, loc. cit., pag. 307, suivantes ; M. Jaqueloi, Traité delà vérité et de l'inspiration des livres du Vieux Testament, lom. I, ch. 5, pag. 61, suiv.; < i les auteurs que nous avons cités, pag. 82, suiv.; Not.

(4.) Voyez le Traité de la Foi des simples, dans lequel on [ail une analyse de celte foi ; l'on prouve qu'elle csl raisonnable, el Cou répond aux objections des incrédules, 1770, çh. 25, pag. 527-551, et autres.

est une religion erronée : elle ne part que de l'ange de ténèbres. Une telle religion ne mérite pas le moindre examen : l'erreur el le mensonge ne sauraient s'allier avec la vérité. Ce serait un blasphème horrible de dire que Dieu pût apposer le sceau du ciel à l'imposture. C'est au caractère de celui qui annonce une religion, à l'excellence de sa doctrine, qu'on peut discerner en loutet par tout, une révélalion véritablement divine d'avec celle qui est faussement donnée pour telle. Cetle révélation vient de Pieu, lorsqu'à une doctrine la plus pure , à une morale la plus élevée, la plus analogue à nos besoins et la plus consolante , elle joint des signes manifestes, des témoignages si certains (1) qu'ils ne laissent aucun lieu à douter de la divinité de la mission de celui qui en est l'auteur.

Toute religion qui méconnaît les droits augustes do Dieu, aussi bien que la nature el les besoins de l'homme, sa chute et sa dégradation (2) , est une religion d'erreur. Prétendre simplifier la seule el véritable religion , en ôler les vérités capitales , vouloir la réduire aux seules vérités morales , et faire de la raison de l'homme l'arbitre souverain de louîcs les autres vérités révélées (3) , c'est se méprendre étrangement

(1) Voyez entre autres Clarté, loc. cit., lom. III, ch. 13, pag. A -7, sans lieu d'édition, 1756. Les ouvrages de M. Lcsley contre les déistes el les Juifs , avec des défenses, el un traité du jugement particulier et de l'autorité en matière de foi, traduits de l'anglais sur la 7e édit. , par le R. P. Houbiganl prêtre de l'Oratoire : Paris, 1770 , in-S°, pag. 1 -40, 45-125, 150-159, 168- 171. Nouvelle Bibliothèque germanique, etc., janvier 1747, tom. 111, pag. 159, suiv. M. Vernel, loc. cit., sect. 2.

(2) Voyez ci-desus, pag , suiv., not.

(3) Tel est le but que s'est principalement proposé l'auteur socinien et déiste d'un livre qui a pour litre Lettres sur la religion essentielle à l'homme , distinguée de ce gui n'en est que l'accessoire: Londres [Âinslérdamî 1759, voll. 2 in-12. Voyez aussi Recueil de diverses pièces servant de supplément aux Lettres sur la religion essentielle, en deux parties ; 1751, in-12. On attribue ces ùcux ouvrages à mad. Marie lîuber , protestante , née à Genève et morte à Lyon en 1753.

Sous un certain dehors de décence et de modération j sous un respect apparent pour la révélation divine , qu'il reconnaît cependant êlrc possible et utile, cet écrivain hardi voudrait reconcilier nos cspi i;s forts avec elle. Mais sous prétexte de les ramènera la religion chrétienne, il en établit une à sa façon sur les ruines de la révélation. H n'entreprend pas moins que de saper la religion chrétienne par ses fondements. Son système pernicieux , qui n'est qu'un mélange de philosophie et de christianisme , a été savamment combattu entre autres par M. l'abbé Gaucliat dans le XVIIe tome de ses Lettres critiques, ou analy e et réfutation de divers écrits modernes contre la religion. Voyez aussi François de Roches , Défense, du christianisme , ou Préservatif contre un ouvrage intitulé Lettres sur la religion essentielle à l'homme, à Lausanne et à Genève, 1740, voll. 2 in 8° ; David Renaud Boullïer , Lettres sur les vrais principes de la religion , où Ton examine un livre intitulé la Religion essentielle à l'homme. On y a joint une Défense des Pt*nsées d«

PRÉLIMINAIRE

sur les bornes et la nature de notre esprit : c'est refuser à Dieu riiommage dû à sa véracité, à sa révélation : c'est briser les nœuds sacrés qui soumettent noire raison à l'intelligence suprême : c'est attaquer sa justice et les voies de sa providence. Les dogmes ré- >é'és, tout supérieurs qu'ils sont à notre faible entendement, ne contiennent rien que de très-raisonnable (1) ; leur croyance qui fait une partie essentielle du culte du vrai Dieu , lient essentiellement aux devoirs que la morale nous impose.

Dans l'ordre physique, comme dans l'ordre moral, que de vérités incontestables ne sommes-nous point forcés d'admettre, dont les obscurités laissent cependant un voile que l'esprit humain ne percera jamais? La nature est toute pleine de mystères et d'énigmes , elle est pour nous un livre scellé. L'insecte le plus méprisable à nos yeux déconcerte le plus profond physicien. Et nous voudrions faire de la religion un système tout humain , où il n'y eût ni abîme, ni profondeur ; où tout fût clair , lumineux, palpable et évident ï Nous voudrions faire plier à nos faibles lumières des vérités immuables , fondées d'ailleurs sur le témoignage infaillible de l'Etre des êtres, qui nous les a manifestées par des signes éclatants de sa toutepuissance !

Pascal contre la critique de Voltaire , et trois lettres relatives à la philosophie de ce poète. Amsierd. 17 il, voll.2 in-12 ; Bibliothèque raisonnée, tom. XXV, part. II, pag. 285, suiv.; tom. XX VT, pari. II, pag. 577, suiv.; ton). XXVII, part. II. pag. 248, suiv.; Èreitingerus, Examen epistolarum de Religioneessentiali ; Jacohus Zimermannus , de eau sis magte magisque inialescenlis ' inçredulitatis , inter ejusd. opuscula thenlogici, hist. et philolog. argument!, tom. I, Tiguri I7oi, méditât. X, pag. 402, seqq.; l'abbé M. Rergier, le Déisme réfuté par lui-même, tom. I, Ici t. 1; P. M. Gazzamga, Prœleclionum théologie, tom. IV, edit. 2, cap.' 3 . pag. 05, seqq. ; D. Deforis, Préservatif contre les incrédules, ch. tf1!, suiv., pag. 115 - 153 ; La Religion chrétienne démontrée par la conversion cl l'apostolat de S. Paul, Irad. de l'anglais de milord Georges Lyllelion ; avec deux discours sur l'excellence intrinsèque de l'Ecriture sainte , trad. de l'anglais de M. Jérémie Sécd: Paris, 175 4, pag. 190-21H.

(I) Il n'y a point de vérité plus certaine, dit un écrivain non suspect, que celle-ci : Le témoignage de Dieu est préférable à celui des hommes. Si l'on en conclut: Il n'y a donc rien deplusraisonnable que de croire plutôt ce que Dieu dit que ce que la lumière naturelle dicte , il faut donc abandonner ce qu'elle dicte, qui ne s'accorde point avec l'Ecriture sainte; n 'établit-on pas son christianisme sur l'une dos plus évidentes maximes de la raison? Bayle, Réponse aux qucstioiis d'un provincial , cil. loi, édit. de Roterd. 1708, tom. lil, pag. 10i(i; Voyez S. Thomas lib. I contra sentes, cap. G, seq. cl 1 p , q, 1, 8 c. fin., q. 1, 2 a(fl, q. 30, 2. 1, 0 ; De Leibnilz, Discours de la Conformité de lit foi avec la raison , à la léte de sa Théodicée; Vie de Jaquelot; au commencement du I tome de ses Dissertations sur l'existence de Dieu, p.g. 83, suiv., édit. de Paris, 1744; iluelius, Alnetanœ quœstiones de Concordia ralionis et fidei , Ira. I, cap, 1, seqq.; Pensées de Pascal, th. 5; Joan. Albert. Fabricius , loc. cit., cap. 24; P. M. Anton. Valsecchi, loc. cit., lib. Il , cap. 6 , pag. 02 se™ |g, segg.., 124, segg, lio/ffl/parL lT,°ca> 'fâSg. 253, seg.,^ cap. 8, pa«. 517, cl autres ci:és dans la note précédente.

Dans le sy terne même de nos déistes, de ces nonveaux prophètes qui opposent sans cesse à la religion la hauteur et la profondeur des divins mystères, coinbien de difficultés ne trouverons-nous p-.s qui sont impénétrables à la raison humaine ? Toutes les lumières des hommes peuvcnl-cllës atteindre à ce phénomène , à ce prodige inconcevable de l'union si intime et si parfaite qui règne entre l'âme et le corps? Quoi ! Parce qu'il est impossible à l'esprit humain de pénétrer le secret de celte union admirable, la saine raison perinellra-t-eîle de confondre les propriétés essentielles de ces deux substances si disparates? Sentons-nous moins la spiritualié de notre âme et son immortalité (1)? Quel homme a jamais pu sonder l'être de la Divinité? Qui a connu le nœud , la source intime et l'accord de ses attributs ? Quoi ! Parci' que l'Etre suprême est vraiment un Dieu caché que nul des hommes n'a vu et ne peut voir ( lsai. XLV, 15, et I Timoth. VI , 16 ) , un être incompréhensible à toute créature, faudra-t-il nier l'existence d'une divinité et ses perfections infinies? Nous ne sommes pas moins intimement persuadés qu'il existe un Dieu sage , bon , juste , tout- puissant. Nous en voyons partout des preuves qui poilenl avec elles-mêmes la plus entière conviction (2).

Si dans l'ordre des choses naturelles, Di

eu a

J"ge

à propos de prescrire des bornes très-étroites à nos connaissances, ne soyons point é:onnés de ce que les secrets ineffables de la Divinité nous sont tout cachés. Les voies du Seigneur ne sont point les voies de l'homme ( lsai. IV, 8 ). Dieu ne s'est fait connaître à nous que relativement à nos besoins : il nous a révélé une religion dont les mystères, tout incompréhensibles qu'ils sont, ont pour garant de leur vérité sa parole expresse et ses promesses immuables. Qu'y a-t-il de plus conforme à la vraie philosophie que de soumettre notre faible raison à la science de Dieu , auquel appartient l'honneur et l'empire dans l'éternité (l Timoth. VI, 1G ). Le seul plan d'une religion digne de Dieu et telle

(1) Si quid sit hoc non vides ; at quale sil vides. Si ne id quidem ; at quantum sit profeclo vides. — Sic menlcm hominis , quamvis eam non videa; , ut De uni non vides, tamen ut Deum agnoscis exoperibusejus... etsi ignoras et locum et faciem, sic auimum lihi luum noluin esse op >rtere , eliamsi ignores et locum et formam. In animi aulem cognilione dubilare non possumus , nisi plane in pliysicis plumbei sumus , quin nihil sil nnimus adm.xium, nihil concrclum , nihil copulatum , nihil coagmentalum , nihil duplex. Quod cum ila sil , cerle née secerni , nec dividi, nec diseerpi , nec dislrahi potest , nec inlerire igitur. Cicero, Tusculanarum Quœst. lib.î, § 25, 29,Oper. tom. Il, pag, 319, 324, seq. ; Vid. et §22, 27 et 28 , pag. 514, seq., 522. Voyez Lettres sur la nature de notre âme et sur son immortalité , à la suite du II tome des Lettres sur les vrais principes de la religion par Bonilier, pag. 540, suiv.; Le U. P. Hubert llayer, Récollel,etc; La spiritualité et l'immortalité de l'âme; avec le sentiment de l'antiquité lant sacrée que profane, par rapport à l'une et à l'autre , Paris 1757, voll. 3in-12 passim ; et quantité d'autres.

(2) Voyez Racine, La Religion , poème, chant. ï, pag. 5, sûiv., édit. de Paris, 174-2, u\-&' ; j. Alb. Fabricius, loc. cil , cap, 7, et autres.

430 DISCOURS

qu'il l'exige des nommes ne peut être qtie l'ouvrage de la DtVinité. Or quel est le législateur du monde païen qui ait jamais donné un lel plan de religion ? Ne faisons donc aucun cas des vains et inutiles efforts de la raison humaine. Laissons aux faux sages du paganisme leurs législations religieuses. Réprouvons également tous ces systèmes bizarres et impies de nos prétendus philosophes du siècle. Nous avons les oracles des prophètes, dont la certitude nous est plus afj' rmie. iSuus ne pouvons mieux (aire que de nous attacher à eux (il Peir. I, 19). Suivons ces oracles : voyons si les écrits des Juifs, qui en possèdent le dépôt, ont des caractères d'authenticité et de vérité qu'on puisse raisonnablement exiger d'une révélation divine. CHAPITRE II.

Des caractères d'authenticité et de vérité des titres primitifs qui constatent l'existence de la révélation.

Quand je considère ce qu'ont été les nations plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie, il me serait inutile de consulter leurs codes religieux, pour en apprendre si la Divinité a voulu me faire connaître par celte voie la religion sainte qu'il m'importe tant de ne point perdre de vue. En recourant à leurs annales, j'y ai découvert des vestiges frappants d'une tradition qui, sous le voile de la mythologie (1), m'a annoncé des vérités consolantes. Scellée dans les fastes des peuples, de ceux (2) entre autres, qu'on soupçonnerait le moins , celle tradition est un guide qui ne saurait m'égarer. Elle nie transmet la mémoire de faits incontestables. Plus j'ai suivi les traces de celle tradition m bien avérée, quoique fort corrompue , plus aussi je me suis persuadé que toutes ces nations avaient puisé dans une source commune. Des principes religieux, des rites, des usages, relatifs au culie de la Divinité, universellement reçus, m'indiquent nécessairement qu'ils viennent d'une môme origine. Comme celte chaîne de traditions, jamais interrompue, sous quelque point de temps que je l'aie considérée, m'a conduit enfin à une seule et même famille, la lige des peuples; et qu'en consultant la raison humaine, je me suis toujours plus convaincu qu'elle n'a pu tirer de son propre fonds la tradition de certaines vérités, celles surtout d'un premier étal d'innocence , de la

(!) Au milieu de toutes les fables antiques , on retrouve eu clîei ce que la Genèse nous enseigne de plus sublime et de plus important : on trouve de tous côtés les magnifiques débris de l'histoire de la ciéaiioii d'Adam cl d'Eve , de la désobéissance du premier homme ; on y trouve sa chute, la mort que son péché a introduite dans ce triste univers, et la consolation qui suivit immédiatement le premier remords, comme la punition a\ail suivi le premier crime. V 'Antiquité justifiée , etc., eh. 5, pag. 93, suiv; M. l'abbé Duguef, Traité des principes de la foi chrétienne, tom ï, part. Il, ch. 1, art. 5, pag. 80, suiv ; M. l'abbé Damer, (a Mythologie et les Fables expliquées var l'histoire, édit. in- 4° de, Paris, tom. I, pag. 51 , 55, 77, suiv., 158, suiv.; loin. II, pag. 151, cl ci-dessus, pag. 80, ml.

(2) Voyez M. Mallel , introduction à ChUlohe de Danemark. Copenhague, 1755, liv. II, pag. 58-07,73. Le même , Monuments de la mytholoyie et de la poésie dcsCeitei, elc.,ibid , 175b', pag. 6, suivantes.

promesse d'un libérateur; celte recherche m'a ramené de toute nécessité à un premier auteur d'où ces principes religieux durent partir originairement.

Ces témoignages authenliqueset publics de la Divinité, m'ayant conduit à l'auteur de tous les êtres, m'apprennent sensiblement qu'elle s'est manifestée aux hommes. Des laits si notoires ne sont point écrits dans le fond de notre âme : il faut sortir hors de nous-mêmes pour en être instruit. Ainsi l'existence de celte révélation n'est plus douteuse , puisque les monuments de tous les peuples me la certifient d'une manière incontestable.

Mais la raison , cette évidence naturelle, cet œil, ce flambeau de l'esprit, qui m'a fait sentir la nécessité d'une révélation divine, me convainc aussi qu'en déclarant sa volonté aux hommes, Dieu ne saurait permettre que les titres primitifs de son culle viennent à périr, ou à sM'.érer, ou à se corrompre par la malice humaine. Celle lumière, qui ne peut m'égarer, parce qu'elle est fondée sur la raison infinie de Dieu , sur sa bonté , sur sa sagesse , me reconduit bientôt à une autre découverte importante qui me remplit d'admiraliou et de joie. Jamais la divine Providence ne se manifesta d'une manière aussi sensible qu'elle le fait ici. Elle me montre un peuple répandu de nos jours dans tout l'univers, un peuple érhappé aux ravages des siècles , à la ruine des Etats, des royaumes, des empires. Tout ne peut que me surprendre dans ce peuple singulier. Ce qui m'étonne surtout , c'est que l'état des Juifs dispersés et conservés , leur témoignage, leur attachement au culte légal de leurs ancêtres m'annoncent infailliblement certaines fins auxquelles la Providence doit les avoir destinés. Le peuple juif se dit môme très-ancien. Il a encore des livres qu'il considère comme dictés par la Divinité; il les regarde depuis bien des siècles d'un œil jaloux , et les attribue à des auteurs d'une antiquité irès-reculée. Serait-ce dans ces livres, qui de tout temps oui réglé les points de la religion des Juifs, ainsi que toutes leurs affaires civiles , que nous trouverions le dépôt des litres de cette révélation divine dont les annales des peuples nous attestent l'existence? Occupons-nous de cet examen; il est intéressant. Les seuls caractères d'authenticité et de vérité qu'offriront ces livres des Juifs nous serviront de guide pour rmus conduire avec sûreté dans cette importante recherche.

Longtemps distingué de toutes les autres nations par la connaissance et le culte d'un seul Dieu créateur, le peuple juif remonte par une tradition toujours suivie , de génération en génération , de siècle en siècle , jusqu'à la source primitive du genre humain. L'antiquité de la nation juive, loin d'être chimérique, est une antiquité avérée, et son origine est également constatée (1).

(1) Les paradoxes insensés et impies, que le fameux Toland a eu l'audace d'avancer sur l'origine de c« peuple et sur son législateur , sont plus dignes de mépris que (Tune sérieuse réfutation II n'y a qu'un

U[ PRÉLIMINAIRE. m

Ce.t un fait qu'il y eut anciennement un peuple 1'Egyplc en qualité d'étranger , cl habita en^i^e la

connu sous le nom de Juif, qui demeura d'.burd dans Palestine pendant l'espace de plusieurs siècbs. !1 m

esprit faux qui ose les faire revivre, jamais on n'avait poussé rus-i loin l'impudence que dans les deux libelles de cet incrédule Irlandais, connus sous le titre d'ÂSetatoK^wc»^ sive Tilus Livius a superstitione vlndicctus ... Années s.int ejusdem [J . Tolandi] origines judaicœ , sive Strabonis de Moyse et de rcligione judaica hisloria breviter Ulustrata. Il:ig;e Comilis 1709, in- 12. Dans ces deux écrits, d*un slyle uas, obscur, souvent barbare, dictés par la haine et par la vengeance, Toland n'a pas honte d'accuser Moïse de panthéisme, de voir la môme impiété dans tous les livres de nos divines Ecritures, de réduire enfin tome la religion judaïque à un pur matérialisme. Assurément c'est un vrai triomphe pour la religion sainte, que de Paniquer par des impostures si grossières. Non contcnl d'envisager de la sorte la religion judaïque, Toland entreprend encore de prouver que les Israélites qui sortirent de l'Egypte sous la conduite de Moïse et qui conquirent ensuite la Palestine, n'étaient qu'une multitude confuse, mêlée d'Egyptiens, d'Arabes, de Phéniciens et d'aulres nations voisines de rEgyple. Il s'appuie sur Slrabon, qui considérait les Juifs comme originaires d'Egypte ; il commente cet au eur grec à sa manière, ei ose préférer son autorité à nos livres saints sur le sujet de Moïse et de la religion des Juifs. Mais Toland profondément visionnaire eûi dû d'abord nous montrer par de bonnes preuves que l'autorité (h; Moïse ne vaut point celle de Slrabon. Il ne Ta pu faire ; et nous osons hardiment défier tous nos incrédides d'en venir jamais à bout. Toland devait aussi réfléchir que nous ne jugeons point de la doctrine de Moise et des anciens Juifs sur le témoignage de Strabon, mais des sentiments de celui-ci d'api es les écrits du législateur des Hébreux. Slrabon n'a ni puisé aux sources, ni consulté les originaux dans ce qu'il a dit de Moïse et des Juifs. Il n'a fait qu'adopter aveuglément les préjugés des peuples contre cette nation haïe de tout temps, parce que sa religion condamnait les Superstitions païennes (Joseph, contra Apionem, lib. I, cap. 25, Oper. loni. Il, pag. 45i). Les livres de Moïse et de nos saintes Ecritures , liés constamment à des monuments toujours existants chez les Hébreux, portent tous les caractères d'auiheutici é et do vérité qu'un homme raisonnable peut exiger d'un livre quelconque.

En suivant Moïse et les auteurs sacrés prélérablement aux vaines conjectures d'un Hérodote , d'un Manéthon, d'un Eraloslhène, d'un Diodore de Sicile, historiens souvent opposés les uns aux autres, remplis d'ailleurs de préjugés et dont les écrits sont pleins de fables , nous ne lassons que suivre la droite raison. Ce n'est point la religion qui parle seule en faveur l\q?, premiers , quoi qu'en dise l'auteur de la Philosophie du bon sens ; Kétlex. 1, § 4, loin. I, pag. <j2 OU, de i'édit. de la Haye, 171(5. La saine critique vient à l'appui de notre choix. Nous n'admettrons jamais des fables par respect pour la religion. Du teste, si nous citons ici les témoignages des auteurs profanes, nous pré: codons montrer uniquement, (pie la grande antiquité des Juifs et. deMoï.-,e ne leur a point été inconnue. L'idée injurieuse de la sortie du peuple hébreu de l'Egypte, que Manélhun, Lysimaque, Chéiémon et Apion supposent n'avoir été qu'une multitude de lépreux odieux aux hommes et à la Divinité, était trop souvent rebattue, trop savamment réfutée par l'excellent livre de Josèphe contre Apion, pour la reproduire dans legiand jour, et pouvoir lui donner un nouvel air de vraisemblance. Mais peu S'en faut qu'on ne vienne nous faire considérer les ancêtres de celle nation, comme une horde de voleurs chassés honteusement de l'Egypte pour leurs forfaits, et dont lesenfams, accoutumés au brigandage, s'avancèrent peu a peu daos la Palestine et en conquirent une partie [Défense

de mon oncle par M. de Voltaire dans ses nouveau* Mélanges philosopha historiq., criliq., etc., partie Vil, 1763, pag. 2, 7). 11 est vrai que ce poète philosophe, inépuisable dansses productions peu dignes d'un siècle éclairé, nous dira qa'il réfute lui-même celte fable; mais de la manière qu'il le fait , on s'aperçoit aisément quel est son but. La nation juive lui est odieuse; il faut donc la mettre en dérision , en écrire avec le dernier mépris et ne point épargner ses livres sacrés. M. de Vollaire est un guide très-faillible dans ces sortes de matières ; on le lui a démontré cent fois. Suppléons par une petite observation à ce qu'il n'eût point dû omettre sur cette prétendue origine du peuple hébreu, s'il eût daigné consulter les sources et non les rêveries d'un Toland , d'un Boulanger, d'un Bolmgbroke et d'autres faux sages du siècle.

On allègue un passage de Diodore de Sicile (Bibliothec. historicœ lib. 1, secl. 2, pag. 55) pour colorer le ridicule d'une fable démentie partons les monuments des historiens profanes qui oui parlé du peuple juif. Supposons d'abord la vérité du récit de Diodore au sujet de la guerre qu'Eclisan, roi d'Ethiopie, fit à Amasis, roi d'Egypte, dont il conquit les Etats. Admettons également que le vainqueur ait fait couper le nez à tous ceux d'entre les Egyptiens qui furent convaincus de vol , qu'il les ait relégués dans le fond du désert, et leur ait bâti Khinocolure , ainsi appelée du mol qui exprime' le châtiment qu'Eciisan leur avait fait souffrir (Diodor. sicul , loc. cit.). Que concluronsnous d'un tel récit? Ces brigands eurent-ils donc quelque chose «le commun avec les ancêtres cl le législateur des Hébreux , dont le même Diodore fait ailleurs (Ibid.. pag.od. Vid. et ejusd. fragmenta apud Photium, bibliolhec. num. 244, coL 1150, seqq., edit. Rothomag, 1G53) une mention très-expresse, et surtout de Moïse, qu'il dit avoir été leur chef, un homme -supérieur par sa prudence et par son courage, qui enseigna à son peuple le culte de Dieu et institua les cérémonies de la religion ? Quoi ! ce même Diodore cûi-il passé sous silence un liait si défavorable à une nation contre laquelle il embrassait cependant les préjugés reçus? Finissons : Diodore remonte, pour ainsi dire, à l'origine des anciens Juifs, d'après Hécatée deMilel : il les appelle un peuple d'étrangers, l^wv, habitant au milieu de l'Egypte , et que la superstition ci» fit chasser , parce qu'il ne voulut point adorer les dieux du pays. Le passage qu'on en trouve dans Pliulius (loc. cit.) est décisif.

Voyez coi. ire l'incrédule ii landais, Joan. Franei eus Buddeus , Programma de origine gentis lubrœœ contra Joannem Tolundum ; dissertait, théologie, syntagmate ejusd. Buddei, pag. 7U-72i, clin flistoria ecclesiasl. Vet. Testant., période, sect. I,a Mosead Josuam, § U, pag. 546-550, edit. 2, liai* ftiagdt burg., 1719 ; le même , Traité de C athéisme et de la superstition , ete , liadiiil en français par Louis Plulon , etc., Amsterd., 1740, ch. 1, §4, pag 4, §"22, pag. 40 , suiv. , §27, pag. 95, suiv., ch. 5, § u, pag. lib; Jac. Fayus, Uefensio rcligionis nec non Mosis et gentis juduicœ, Amstelod., 1709, in-8 ; Llie ï>e oïl, Mélanges de remarques contre M. Toland, a Délit. 1712, in 8 ; Lettre de M. Henri Morin de Cacad. des Inscript, à M. Il "A louchant le livre de M. Tolandus, intitulé : Adeisidœmot et origines juduicœ ; Mémoires de Trévoux, septembre, 170'), pag. 1 555- 1 015; et dans les Dissolutions sur différents sujets, composées par M. liuct, recueillies par M. l'abbé de Tilladct, loin. I, édil. de Florence, 1758, pag. 5S1-598 ; Salomo Deylingius , Observationum sacrarum part. II, edit. Lrps.. 1757, observai. I, § 8, seqq. , pag. 7 , seqq. cL obsorv, VI, § 10, seqq., pag. 95, seqq.; Chrisliauus Worimus.Willn'Inii iil., D>> corruplis an<iquitatum hebr. apud Tac'Hum cl Mar~ lialem Vestigiis, lib I , cap. 2, 3 cl i , lib. !!, cap. \,

DISCOURS

AU

paraît pas qu'un ait jamais douté que ce peuple n'eût anciennement un législateur, l'auteur des lois qui forment encore son code religieux. On n'a point mis en doute qu'il n'eût aussi dans le pnys de ses ancêtres , des chefs , ou des juges , des rois, des prêtres, un temple et des sacrifices. Les deux excellents livres de Josèphe contre Ajùon , le consentement unanime des écrivains juifs anciens et modernes, enfin les monuments des peuples donnent un grand jour (1) à ce point d'histoire, et ne permettent en aucune manière qu'on forme là-dessus le moindre soupçon.

C'est un fait que la législation religieuse et civile des Juifs est très-ancienne, et qu'elle a porté de lout temps sur les livres attribués à Moïse. Les écrivains profanes (£) viennent encore à l'appui de celle vérité.

S 2 , cap. 2 , § 1 , 4 , serf. , cap. 16 , seq. , § I , seq., cap. 21, § 14 ; thesaur. Mas. Ugolini, loin. 1, col. 21, soqq., col. 141, seq. 147, seqq. 233, seqq.,274, seqq.; Georg. Caspar Kirchmajerus, Exercilutio academka ad C. C. Tacili liistor. 5 capila aliquol priorà de rébus moribnsque Judœorum ; Ihid, Col. 501. seqq ; Vid. Jo. Alh. Fahricius, Delect. argum...de Ver'U.relig. christ., cap. 22, pag. 480, seq ; Et infra, not. 2.

(1) Voyez Eu«ebius, Prœpnraiio evangel., lib. IX integro; Joan. Francisais Buddeus, Himriaecclesiast. Vet. Testamenli , loc. cil. Prolegom. , § 12, seq., pag.

22> seqq- , . . , , . .

(2) Une foule d'anciens écrivains phéniciens, égyptiens et grecs, desquels Josèphe a conservé les passages tels qu'ils étaient dans les sources où il les avait pris, ont regardé Moïse en qualité de conducteur et de législateur de la nation juive. Quantité d'autres écrivains oui rendu le même témoignage à Moïse , quoiqu'ils aient avancé bien des faussetés sur ce qui concerne ce peuple et son législateur. M. de Voltaire (Philosophie de l'histoire, chap. 28 , pag. 152) en impose donc au publie lorsqu'il soutient qu'aucun nuleur grec n'avait cité Moïse avant Longin. Le seul témoignage de Diodore de Sicile, antérieur de trois siècles à Longin , détruit ce paradoxe de notre prétendu philosophe, qui copie aveuglément les anciennes objections de Ccbe cl de Porphyre pour avilir et dégrader Moïse el la nation sainte. Dans ses nouveaux Mélanges philosophiques, historiques, critiques, etc., il a compilé de pareilles objections toutes frivoles ; mais un écrivain modéré cl impartial eût dû au moins ne point laisser ignorer à ses lecteurs les solides el lumineuses réponses de Josèphe et celles qu'y ont failes les apologistes anciens et modernes de la religion chrétienne (Voyez au reste, Josephus contra Apionem, lib. I, cap. 14" seqq. Opcr. t. 1, edit. Amslelod. 172G, pag. 414 seqq', Slrabo, Rerum géographie. lib. XVI, edit. Lut et. Paris. 1620, pag.liiO seqq.; Diodor. Siculns, Bibliolh. hislor., lib. I, sect. 2, pag. 84, Jlanoviœ 1004; idem apud iyholium , supra cil., pag. 101, not.; Juvenalis, salir. XIV, v. % seqq.; Justinus, Historiarum Ub. XXXVI, cap. 2; Diongs. Longinus , De Sublimitite commentai- , sect. 9, pag. 55, edit. Ainstelod. 1755; Tatmu<s, OratioadGrœcos, num. blseq^., pag. 125 seqq., edit. Oxoniens. 1700; Juslinus martyr, Co'kortatio ad gentes, Oper. edit. Paris. 1742, pag, i5, seq.; Clemens Alexandrin. Slromal. lib. I , mun. 21 , 23, Oper. edit. Oxon. 1715, pag. 578, not. 10, et pag. 41; Origenes contra Celsum, Ub. 1, 111 <?MV, Opcr. loin. 1, Paris. 1755, pag. 531, 450 seqq. et 508; Œusebius , loc. cit., Ub. IX, cap. 1, seqq , Ub. IX , cap. 10 seqq., pag. 401 seqq. 485 seqq ; Uuelius, Démonstral. évangel. propos. 4, cap. 2, pag. 71 seqq., Amslelod. 1080 ; W. Watburtun. The divine légation of M oses demonstrated, vol. II, Ub. IV, serf. 3, pagM, seq.; London. 1758; Jaque-

C'est un fait également démontré que la nation juive a eu, de temps immémorial, des livres qu'elle dil avoir reçus d'auteurs inspirés de Dieu. Il n'est point croyable que les Juifs eussent toujours eu pour ces livres une aussi profonde vénération , s'ils n'avaient eu la plus grande certitude de l'authenticité el de la vérité qui caractérisent ces écrits sacrés.

Pour mettre cette proposition dans un certain jour, il est nécessaire de remarquer d'abord que ces mêmes livres existaient incontestablement avant l'époque du christianisme. L'unité de tradition chez les Juifs, ainsi que chez les chrétiens , les différentes versions qu'on a faites de ces écrits en différents temps, le Nouveau Testament, qui n'est que l'explication de l'Ancien ; tout cela prouve démonstralivement l'existence des mêmes livres depuis dix huit siècles.

Si, au temps de Jésus-Christ et des apôtres, lei Juifs et les chrétiens s'accordaient à recevoir comme authentiques et diciés par la Divinité même, tous les livres de l'ancienne alliance , ainsi que nous l'avons fait voir dans notre 1er mémoire sur l'Intégrité et la Pureté des écritures hébraïques , nous pouvons assurément pousser nos recherches touchant l'authenticité cl la vérité des livres saints au delà de cette époque. Il est à présumer que l'incrédulité n'osera point supposer ici un nouvel Esdras qui ait pu persuader aux Juifs d'inventer leurs livres en faveur des chrétiens.

En remontant de la ruine de Jérusalem par les Romains jusqu'au rétablissement du second temple (l)

lot, Dissertations sur l'existence de Dieu, tom. III. dits, 5, ch. 5, pag 41-86, Paris, 1744 ; Le P. le Bulleur , La Religion révélée, défendue contre les cnne»iis qui l'ont attaquât, loin. II, Paris, 1757, ch. 7, pag. 215-255; Jo. Chr. Wolfius, Bibliolh. hebr., vol. II, sect. 2, pag.. 05, seq., vol. IV, sect. 2, pag. 15, seq.;J. Fr. Buddeus, Traité de l'athéisme, etc., ch. 7, § G, pag. 291 , su'w.; Leland, Nouvelle démonstration év. , tom. H, part. 1 , ch. 11), pag, 606 ; Petr, Zornius, in Ilecalœi Àbderitœ eclogas ab se éditas prolegomena, pag. 2, seq., 17, seq , 57, seq., 46, seq.;el cjus Comment, in easd., p. \, seq.f 187, seq.

(1) Cette époque nous conduit d'ellc-mê ne Aux ruines du premier temple, qui fut brûlé par &ibucïtodonosor, el duquel il existait encore des vestiges au temps de Zorobabel , d'Esdras el de Néhémie. Ces ruines de la maison du Seigneur nous annoncent d'une manière certaine (pie les Juifs avaient eu jusqu'alors une religion sur les* mêmes principes qu'on I;» vit ensuite après le rétablissement du second temple. Supposons même qu'il ne fût. resté aucune trace de li dévastation de l'ancienne Jérusalem et de son temple ; lorsque la nation déchargée enfin de ses fers par les édils de Cyrus el dWrlaxerxès eut la permission de retourner dans la Judée , il se trouva cependant plusieurs Juifs qui avaient, été témoins des malheurs arrivés sous Nabuchodonosor. Les vases sacrés destii. es à l'usage du temple, transportés de Jérusalem à Babylone, cl queCyrus fit restituer aux Juifs, étaient un monument authentique de la majesté du culte divin cl de tout ce qui servait auparavant à la pompe des sacrifices.

Celle remarque et la suivante font voir clairement combien sont frivoles les objections que M. de Voltaire alfeete d'amasser {Défense de mon oncle, 4' Diatribe] contre l'nnliquiie de la religion judaïque Nous reviendrons là dessus dan:< une autre note.

Ii5

PRÉMMMAIKE.

après la captivité de Babylonc , nous trouvons que les Juifs eurent constamment une religion selon le culte prescrit par les lois de Moïse. Cela ne peut souffrir la moindre difficulté; et s'il yen a quelqu'une, ce serait pour le temps des persécutions d'Antiochus Mais les guerres des Macliabées nous ra-

Epiphanes

mènent nécessai

renient à cette môme religion. Leurs

victoires sont des monuments publics et aul lien tiques de l'existence des livres sacrés, de celte loi sainte qu'ils défendirent contre les fureurs d'un roi impie qui voulait l'anéantir.

Zorobabel, Esdras et Néhémie, sous lesquels le second temple fut rebâti , eurent beaucoup de part nu gouvernement des Juifs après la captivité de Babylone. Mais ils n'inventèrent point les lois civiles et religieuses de la nation. Dans tous les règlements ecclésiastiques et politiques, renouvelés alors, on suppose constamment la loi de Moïse, déjà existante (1)

(1) Les VI, MI et VIII chapitres du I livre d'Esdras, qui ne revint de Bab) loue qu'après que la maison de Dieu fut rebâtie et que les lévites et les prêtres furent mis chacun dans son rang .supposent évidemment ce fait. Voyez notre 1er mémoire, loin. I, pag. 60-71. Dans le second livre «les Macliabées, ch. 11, f % Z, il est dit que le prophète Jérémie ne manqua point de donner le volume de ia loi aux Joifs qui allaient en captivité, de peur qu'à la vue des idoles des nations, ils ne se laissassent pervertir, « Dédit (Judaus

> qui transmigrabani) ipsis legem, ne obliviscercnlur » prxccpta Domini, et ut non cxcrrareul mentibus, i videnles simulacra aurea et argenlea , et orna-

> menta eorum. El alia hujusmodi dicens, hortabalur

> ne legem amoverent a corde suo. »

Le langage que lient Néhémie (II Eêdr. XIII), qui n'écrivit son livre qu'après la captivité de Babvlone et la dédicace du second temple, porte également sur l'existence de la loi de Moïse antérieurement au retour des Juifs dans les terres de leurs pères. La conduite d'Esdras à l'égard îles Juifs ne permet pas non plus de soupçonner qu'il ail lait le moindre changemont dans les livres de Moïse : et quand même il eût osé l'entreprendre, les circonstances où il se trouvait étaient telles qu'il n'aurait pu le faire sans que le peuple de la Palestine, les Juifs de la dispersion, que tout rappelait au code du législateur et aux écrits des prophètes , l'eussent regardé avec horreur. Comment môme venir à bout de cette entreprise sans refondre auparavant les écrits des prophètes et les autres livres sacrés , qui tenaient tous intimement à ceux de Moïse, et qui se trouvaient déjà entre les mains d'un nombre infini de Juifs, soit de la dispersion, soit de la Palestine? Si nous faisons attention à l'état des Juifs pendant la captivité de Bahylone, tout nous atteste qu'ils n'y oublièrent point les livres de Moïse, qu'au contraire il était de leur intérêt de les consulter et de les lire assidûment, lis y eurent même les écrits des prophètes; et nous l'avons remarqué (loc. cil ). Ces prophètes , tels qu'Ezéchiel, Jérémie, Barueh et Daniel, recourent perpétuellement aux livres de Moïse , comme à l'unique fondement des espérances du peuple opprimé sous le joug du vainqueur , mais qui devait èire bientôt rétabli dans la terre de Chanaan, dont il lisait ses titres dans le Pentaleuque. Peut-on s'imaginer qu'une nation qui gémissait dans l'esclavage n'eut sans cesse sous les yeux les oracles des prophètes qui lui avaient prédit sa captivité cl sa délivrance? Il e^t enfin une autre preuve sans réplique; c'est que le Pentateuque hébreu des Samaritains démontre invinciblement qu'Esiiras n'avait pu en aucune maniète altérer les évéue-

entre les mains des prêtres , des lévites , du peuple même. Elle y est toujours considérée comme la base

ments, ainsi que les lois consignées dans ce livre sacré» Ces schématiques n'ont existé anciennement, et n'existent de nos jouis , que pour rendre témoignage à la vérité et à l'authenticité des écrits de Moïse. Ajoti tons aussi que nul motif, nul intérêt ne pouvaient porter Esdras à commettre ce sacrilège dessein sur un livre si respecté. Disons plutôt que les vertus de ce grand homme doivent entièrement éloigner de nous un soupçon si injurieux à sa religion. Voyez au reste, Abbadie, Traité de la Religion Chrétienne , I part., sect. 2, ch. 5, suiv., 12, 13 et suivant. M. l'abbé François, Preuves de la Religion de Jésus-Christ, loin. I, part. II , sect. 4, ch. 2, art. 2, ch. G. M. l'an! é Hoiitleville , La Religion Chrétienne prouvée par les faits ; tom. Il, liv. il, ch. 5 cl 5. Dom Calmel , Dissertation (iù l'on examine si Esdras est l'auteur ou le restaurateur des saintes Ecritures; Disscrt. tom. I, édit. de Paris, in-4°, part. Il, pag. 45-55, et dans la nouvelle édit. de la S.Bible en latin et en français, etc., Avignon, 17(37, suiv. publiée par M. Rondel. M. Bossue! ; Discours sur lliisl. univers.; part. II, § 13, pag. 456 et suivantes. Samuel Shuckford, Histoire du Monde sacrée et profane ; tom. 111, préface, pag. 5i) et suivantes. Al. l'abbé Bergier, Apologie de la Religion chrétienne, loin. I, ch. 2, pag. 5l* ei suivantes. D. ilooke, Religionis Naturalis et Revelalœ principia ; loin. Il , part. I , art. 4 , pag. 5-27. M. Jacquelot, Traité de la Vérité et de /' Inspiration des livres sacrés; ch. 11-15. M. Chais, Préface sur le Pentateuque , à la tète de la S. Bible, avec un commentaire littéral compo-é de noies choisies et tirées de divers auteurs anglais; loin. 1, § 13 et suiv. El autres écrivains qui ont prouvé que Moïse est véritablement auteur du Pentaleuque, el que nous avons cités dans notre second mémoire, loin. I, pag. 175. Not. La dissertation entre autres de M. l'abbé Maleville, dans son ouvrage intitulé, La Religion naturelle ei la Révélée, etc., ibnl. L'objet de celle remarque ne me permet poinl de passer sous silence l'opinion que j'ai tenue louchant Esdras auquel j'attribue la collection des livres saints, qui existaient de son temps. Ce sentiment, qui me paraît conforme à l'étal des choses, d'abord après la captivité de Bahylone, ne saurait nuire à l'autorité, ni à ni à l'inspiration des divines Ecritures. Il est d'ailleurs l'antiquité, appuyé de la tradition, tant des Juifs que des chrétiens. (V ici. Jul. Bartoloccius, Bibliotli. Magna Rabbin.; lom. III, p. 557, seqq.; loin. IV, p. 4, seqq. Joli, Buxtorf, Tiberias sive Comment. Masorelli., cap. 10, seqq., pag. 88, seqq.J. Christ. Wollius, Dibliolli. llebr.; tom. Il, sive part. II, sect. 4, p:ig. 2, seqq., loin. IV, sect. I, p>g. 1, seqq. el alii. Nous n'avons, à la vérité, aucun auteur ancien qui ait traité à fond ce qui concerne la collection des divines Ecritures; ce que nous en trouvons néanmoins dans le livre de l'Ecclésiastique, ch. XLV-XLIX, où il eu f.iil mention des hommes illustres et des écrivains sacrés des Juifs, prouve que le canon des livres saints devait avoir été dressé bientôt après la captivité de Bahylone, quoiqu'il ne fui complet que longtemps après. Au langage que Lient ici l'auteur inspiré de l'Ecclésiastique, et qui vivait vers l'an CXXX1II avant Jésus-Chrisl , on voil aussi que l'église judaïque ne manquait pas de lumières sur l'origine du canon des livres saints : el c'est de celte source que les Chrétiens uni lire la tradition qu'ils nous en ont conservée. Quand môme nous n'aurions aucun témoin contemporain qui attestât en quel temps ce canon des Ecritures a été fait chez les Juifs, cela ne donnerait aucune atteinte à l'inspiration et à l'authenticité des livres sacrés. (Voyez M. l'abbé Maleville, Dissertation sur l'Antiquité des livres des Juifs, lue. cit., lom. IV, p .-.g. 57 el suivantes. ) il c*l certain que le canon des

ai discours

de la constitution entière de l'étal de la nation juive. Ces trois illustres personnages ne se rendent célèbres chez les Juifs de ces temps reculés qu'en rétablissant les choses dans leur état primitif, maïs sans \amais rien innover. Ces faits notoires se trouvent même appuyés du témoignage d'Eiidras et de Néhémie(l). L'incrédulité a beau les embrouiller, ces

ts , ils ne sont pas moins fondes cl certains , ni moins à l'épreuve de la critique la pins sévère. La diversilé de style des écrivains sacrés est d'ailleurs une preuve manifeste que leurs livres partent de plusieurs auteurs qui vivaient en différents temps. Il est donc impossible que tout le corps des divines Ecritures ait été l'ouvrage d'un seul homme.

Ces considérations, que nous abrégeons le plus qu'il nous est possible, nous obligent à remonter à des âges

Titus ? II est essentiel d'être attentif a celle remarque ; elle, influe beaucoup sur la vérité et l'authenticité do tous les écrits sacres.

Je ne disconviens point que les anciens Hébreux n'aient souvent prostitué leur culte (1) aux fausses divinité; des nations. L'impiété et l'idolâtrie triomphèren dans le royaume d'Israël : toui y parvint au plus grand des dérèglements. Le royaume de Juda, qui demeura dans l'alliance et dans la foi de ses pères, se laissa aussi aller à des prévarications honteuses. Mais ce désordre ne fut jamais universel; ce fut moins un abandon total de la religion nationale qu'un monstrueux mélange d'idolâtrie avec le culte du vrai Dieu. Quelles que lussent les abominations dont les deux royaumes se rendirent coupables , et qui leur attirèrent enfin les plus terribles effets de la colère du Très-Haut. 3

antérieurs à la fondation du second temple. Nous le Dieu d'Abrahim, d'Isaac el de Jacob ne manqua e: pouvons même aller avec sûreté au delà des soixante, et dix années de la captivité de Babylone, et en venir jusqu'à la fondation du temple bâti par Salomon. En poussant enfin nos recherches bien avant le siècle de David, à quelque point de temps que nous nous arrêtions ; soit que l'on prenne la nation dans le désert, à son entrée en Chanaan et sous ses juges, soit qu'on l'envisage dans les différentes circonstances où elle a été, même sous ses rois, on ne la trouve jamais sans l'exercice de la religion mosaïque. Pendant tout cet intervalle de temps, Moïse est incontestablement considéré comme législateur, et ses ordonnances comme lois fondamentales de l'État. Ce fait est démontré : il ne l'est pas moins que les livres du législateur des Hébreux existaient alors dans toute leur intégrité. Comment eût pu périr un livre aussi sacré, qui fut si religieusement conservé dans le sanctuaire, depuis le temps même de Moïse jusqu'à la ruine du temple sous

livres de l'Ancien Testament était tout dressé longtemps avant la venue du Sauveur. Ce fait est tout décisif contre les ennemis de la révélation. Nous avons de plus les témoignages de Jésus-Chrisl et des apôtres, qui citent nos livres sacrés comme inspirés, authentiques et d'une autorité divine. Du reste, quelque hypothèse que l'on suive au sujel d'Esdras; soit que l'on s'attache à L'opinion de Dom Calmel (lue. cit.. pag. 46, suiv.) , qui [retend qu'Esdras n'a point recueilli les livres saints , et que, si quelqu'un les a ramassés, c'est plutôt. Néhémie, à qui l'on donne celle louange dans le II livre des Mâcha bées [II, 43]; soit que l'on embrasse le sentiment que j'ai suivi, l'incrédulité n'a rien à gagner. Si un seul livre esi inspiré, La cause des incrédules est entièrement désespérée; cl il est prouvé invinciblement qu'Esdras n'a pu être l'auteur du Penlaieuque el des autres livres sacrés, tels qu'ils étaient dans le canon au siècle de cet illustre personnage , ni les altérer dans les événements miraculeux et dans les prophéties que nous y lisons. J'ajoute encore que, de la manière dont je me suis expliqué au sujet d'Esdras, loin d'attribuer à lui seul ce recueil des divines Ecritures, j'ai dit qu'il fut aidé des principaux des anciens, des prêtres, entre autres, et des lévites ; el pourquoi non aussi de Néhémie, des prophètes Aggée, Zacharieel Malachie, qui furent ses contemporains ?

(i) Vid. I Esdr. IX, X; Il Esdr., V, 7 seqq.; VIII {7; IX 2 38; X, XI, XII el XI!!.

aucun temps de véritables adorateurs, ni dans Israël, ni dans Juda. La loi de Moïse ne s'éteignit pas, même au milieu des prévarications des dix tribus rebelles et schismaliques. Le Seigneur ne cessa de les rappeler à la pénitence par des prodiges innombrables.

Quoique Jéroboam interprétât cette loi à sa façon, il en fit cependant observer presque toute la police tanlcivile que religieuse ; ainsi le Pentalcuque resta toujours en vénération dans ces tribus séparées, comme le remarque M. Bossuel (2). Durant ces temps malheureux, où il semblait, dit encore ce grand écrivain, que l'idolâtrie allait abolir la loi de Dieu, les prophètes faisaient retentir de tous côtés , de vive voix et par écrit, les menaces de Dieu et le lémoignage qu'ils rendaient à sa vérité- Les écrits qu'ils faisaient étaient entre les mains de tout le peuple et soigneusement conservés en mémoire perpétuelle aux siè clés futurs. Ceux du peuple qui demeuraient fidèles à Dieu s'unissaient à eux ; et nous voyons même (IV Rois, IV, 23) qu'en I.raël, où régnait l'idolàîrie, ec qu'il y avait de fidèles, célébraient avec les prophètes le sabbat el les fêles établies par la loi de Moï^e. Ainsi la vérité n'y a pas été un seul moment sans témoignage (Bossuel, loc. cit , part. II , pag. 2ii el suiv.). En un mot, au milieu de tant de désordres, de tant de vicissitudes dans les royaumes de Juda et (i'Israël , la société du peuple de Dieu professa toujours hautement le culte prescrit par le législateur des Hébreux. Sa loi est toujours supposée écrite et invariable. Dans lous les âges, la constitution entière de l'étal des Juifs dépendait uniquement du Peniateuque. Tout dépose en Israël pour l'authenticité de ce livre sacré, pendant le lemps même qu'il gémissait sous l'esclavage des nations ( Voyez ci-dessus, col. 445, suiv., not.).

(1) Les prophètes sont, pleins de pareils reproches. Voyez Autos , IV , 4, 5; V, 20, eic; Dom. CalmH, Dissertation sur l'état de la religion des royaumes de Juda et d'Israël depuis leur séparation; Dissert., loin. Il, part. IL, p'ng. 214, suivantes.

(2) Discours sur Nlisi. univers., part. I, pag. 26, suif.

no

Nous ramenons ici ces réflexions, déjà touchées en partie dans notre premier mémoire, pour faire mieux sentir à nos prétendus esprits forts, que la constitution du gouvernement politique el religieux du peuple juif pendant l'espace d'environ 1500 ans, eslaussi certaine et aussi constante que l'étal législatif des Grecs, des Romains, de tout autre peuple ancien et moderne.

Comme il est indubitable qu'il y a eu anciennement un peuple juif, il est également certain que celte nation a eu Moïse pour son législateur, el dos lois et des livres sacrés. L'histoire des Juifs n'est qu'une fable, un roman absurde et ridicule; l'existence de ce peuple, dans les temps que nous avons marqués, ne l'est pas moins , si les livres qu'il a'.tribue à des auteurs inspirés ne sont qu'un amas d'impostures. Les lois de ce peuple et les événements qui en dépendent ne sont qu'une fiction, une chimère : loule l'histoire ancienne et moderne , la mieux avérée, est incertaine ; elle porte même à faux si l'histoire de la religion el de la police du peuple hébreu ainsi que son origine et ses progrès , est douteuse; si l'on suppose enfin que celle nation a pu s'en laisser imposer sur son législateur, sur les livres qu'ii lui a laissés, et sur les autres écrits sacrés qui en sont une dépendance nécessaire.

De ces observations il doit résulter, 1° que les Juifs n'ayant jamais eu d'autre code civil et religieux que la loi de Moïse, cette loi doit êire aussi ancienne que leur république; 2° que les Juifs de tous les temps et de tous les pays n'ont pu être autant attachés qu'ils l'ont élé el qu'ils le sont encore à leur religion, sans qu'ils aient toujours cru que Moïse avait été leur législateur et l'auteur des livres sur lesquels celle religion est toute appuyée ; 5° que cette ancienne persuasion des Juifs est du inoins aussi fondée que l'était celle des Romains, qui tenaient Numa Pompilius pour leur législateur; 4° qu'il est impossible d'assigner une époque quelconque où le peuple juif ail pu perdre entièrement de vue les livres de Moïse, et permettre qu'ils souffrissent la moindre altération essentielle; 5° qu'il n'est aucun écril profane qui ait des preuves si bien assurées d'authenticité que le Penlaleuque de Moïse. A la nature des livres du législateur des Hébreux, au goût dominant qui régne dans tout l'ouvrage, à la manière naïve, touchante, noble el élevée dont il y raconte les faits, ajoutez enfin l'auioriié de Jésus- Christ cl des apôtres, le consentement unanime des Juifs et des chrétiens, l'intérêt public que les uns et les autres ont dû prendre de tout temps à la conservation de ce livre sacré, les témoignages des écrivains du paganisme; tout cela forme une démonstration complète, que Moïse a existé tel que l'hisloire sacrée nous l'atteste, et qu'il est l'auteur des livres qu'on lui allribue depuis plus de trois mille ans (1).

(1) Pour affaiblir celle démonstration fondée sur une possession si ancienne, il faudrait les raisons les plus fortes et bien différentes de celles que nos inerc-

PRÉLIM1NAIRE. 4>0

Combien donc est incontestable l'antiquité de Moïse el du Penlateuque , que toutes les objections de nos incrédules ne servent qu'à affermir!

11 y a plus. Non seulement Moïse a écrit l'histoire des premiers temps; non seulement il a donné des lois qui existent encore de nos jours dans toute leur conservation originale ; mais encore ce graîid législateur n'a rien écrit qui ne soit exactement vrai , qui ne soit inspiré de l'esprit du Dieu. Quand môme l'on voudrait s'inscrire en faux contre !a divinité de la révélation faite aux Juifs, on n'aurait cependant aucune raison de douler que ce peuple n'eût toujours regardé les livres de Moïse et ceux des autres écri-

vains sacrés comme venant de Dieu. Ce n'esl point ici une simple famille, ou quelques particuliers tout isolés qui soient dans celte persuasion ; mais il sV.git d'une nation qui a été anciennement très-nombreuse, qui forme encore de noire temps un corps de peuple très-multiplié. C'csl une nation qui nous atteste des faits d'après des litres d'une autorité irréfragable , et d'après une tradition jamais démentie, toujours liée à des usages, à des rites sacrés établis des les premiers temps, en un mol, à des monuments publics. C'est une nation qui a été exposée aux plus grandes révolutions qu'aucun peuple n'ait jamais subies, el où la perpétuité de la religion est si bien marquée, qu'elle forme un enchaînement de preuves d'une force invincible.

C'est un peuple qui a toujours eu cela de singulier, que tous les particuliers se sont constamment considérés les uns les autres comme autant de frères issus d'une même famille. C'est un peuple dont les événements se réunissent à un centre commun, à l'intérêt de lous les individus; un peuple auquel il était défendu , sous peine d'analhème , par son législateur, de rien ajouter (1) à la parole sacrée. Ce seul commandement exprès et réitéré du législateur des Juifs prouve fortement la sincérité de Moïse, el atteste que le Penlaleuque a conservé, dès son origine même eldans tous les temps, une autorité la plus authentique.

C'est enfin une nation qui trouve dans ses livres sacrés, ses anciens titres, l'hisloire de ses ancêtres , ses privilèges nu-dessus de lous les auires peuples, ses droits sur la lerre de Chanaan, possédée par s;s pères ; et, pour le dire en deux mots, toutes ses lois civiles et religieuses, auxquelles il ne pouvait manquer, sans s'exposer aux effets des plus terribles menaces ainsi que l'événement l'a toujours justifié.

Si les tilrcs et les lois de cette nation ne sont que

dule* nous opposent et dont on a montré la frivoli é dans '«ne multitude d'excellents ouvrages. Voyez Jo. Chrïstoph. Wolfius, Dibioth. Hebr., part. II sive vol. Il, sect. Il, pag. ti6,seqg.; Dom Rerny Ceillier, llisl. générale des ailleurs sacrés et ecclesiast., tom. I, ch. U, art, 2, 3, pag. II, 24, suiv., et ceux des auteurs que j'ai cités ci-dessus, pag. 10i, suivi. , 109, sùiv., noi.

(1) Non addetis ad verbum quod vobis loquor, nec auferelis ex eo Quod pra-cipio iiui, hoc lanniui

lacito Domino : nec addas quidquam, nec minuas.

Deuleroîiom., IV, 2; XII, 52. Voyez notre 1er mémoire

sur l'Intégrité du texte hébreu.

le fruil de l'imposture ; si du moins ils n'ont rien que d'humain; s'il est un lemps auquel le peuple juif les a lusses perdre, ou s'il leur en a substitué d'autres différents de ceux qu'il avait reçus de son législateur, celte nation n'est digne que de nos mépris. Elle porte elle-même dans tout l'univers sa honte et son opprobre, en conservant ainsi des livres qui déposeraient contre elle. En vain chercherions-nous dans ses écrits ces caractères de vérité et d'authenticité, inséparables des livres d'une révélation divine.

Mais l'ancienne législation des Juifs est incontestable : elle date de la même époque que l'origine de leur république; celle législation el les motifs qui l'ont occasionnée ne se sont jamais effacés du cœur et du souvenir des Juifs. Ils ont lu continuellement leurs livres qui en sont le fondement et la base ; ils les ont étudiés avec grand soin, et de tout temps; chaque famille, chaque particulier, les grands, les rois mômes se sont trouvés obligés d'en avoir des exemplaires. Ces livres n'ont jamais été perdus de vue dans les assemblées publiques de la religion ; jamais enfin législateur ne prit tant de soins que Moïse pour conserver perpétuellement la mémoire des prodiges que Dieu avait faits en faveur de ce peuple , et qui sont les motifs des préceptes de sa loi. Moïse et la nation ne pouvaient prendre une voie plus sûre pour mettre à l'abri de toute falsification et de la moindre altération essentielles, une histoire de tant d'intérêts , ainsi que les litres primitils de la révélation, avec lesquels les faits historiques sont liés indissolublement. Quel est même le peuple ancien cl moder ne qui ait jamais pris de telles précautions pour ce qui concerne ses annales el même son code législatif?

Puisqu'il n'est point douteux que les Juifs n'aient toujours eu le plus grand altachemenl à leurs écritures , il faut nécessairement convenir que , dans tous les âges, ils oui dû avoir de fortes considérations el des motifs bien pressants pour croire que leurs écrits, dont ils ont constamment conservé le dépôt avec autant de fidélité que de zèle, avaient été dictés par des auteurs inspirés de la Divinité même. Cette persuasion est d'ailleurs fondée sur une tradition constante, liée et suivie pendant un espace de plus de trois mille ans.

Quelle marque plus certaine et moins équivoque dor.nera-l-ôn jamais d'une tradition sûre et fidèle , que lorsqu'on peut facilement remonter à sa source, et qu'à travers une suite non interrompue de témoins irréprochables, on arrive aux premiers témoins qui sont contemporains des faits?

Les livres des Juifs offrent un lissu d'événements si remarquables par leur nature, qu'il n'y a que l'authenticité la plus certaine de ces écrits qui puisse faire recevoir comme véritables les faits qui y sont rapportés. Ces faits se trouvent tellement répandus dansle6 livres hébreux et si inculqués, ils y reviennent si souvent que les séparer de l'histoire sacrée c'est faire de l'histoire des Juifs un corps sans âme ;

DISCOURS 452

c'est nous rendre ces mêmes livres loul à fait inintelligibles; c'est faire de l'ancien peuple juif un peuple de stupides et d'insensés. Mais tout est intimement lié dans les événements historiques de celte naiion : les faits y sont inséparables des prodiges. La religion des Juifs, ainsi que nous l'avons observé ailleurs , se trouve identifiée avec la constitution politique; il n'est pas possible de pouvoir considérer celle-ci séparément : ses écrits sacrés dépendent l'un de l'autre; tous sont relatifs à sa législation , ou plutôt , ils n'en sont qu'une dépendance , une suite naturelle.

Toute religion a des lois qui ont des motifs , des causes de leur institution. Jamais religion n'eut autant de lois, el d'aussi gênantes que la religion judaïque. Si les événements qui ont donné naissance à ces lois, à ces observances sans nombre, se sont passés de la manière que Moïse et les écrivains sacrés nous l'attestent, les titres des Hébreux sont dès lors revêtus nécessairement de tous les caractères de vérité, d'authenticité et d'infaillibilité que doivent avoir les monuments d'une révélation divine.

Le livre de l'Exode , qui renferme le récit de la sortie des Israélites de l'Egypte el les prodiges éclalants arrivés dans ces circonstances, porte loul sur l'alliance que Dieu fit avec Israël et sur la manière doni il établit la république des Hébreux.

Dans le livre du Lévilique , qui est destiné , entre autres, à décrire les lois concernant les sacrifices, les devoirs des prêtres et des lévites , Moïse nous mène à l'origine des cérémonies el des fêtes. Ces institutions religieuses sont tout autant de monuments de la certitude des faits qui les ont occasionnées (1). Le législateur des Juifs ne cesse de dire aux Hébreux de son temps que la religion , avec toutes les cérémonies qu'il leur donne de la part de Dieu, esl autorisée par des prodiges qu'ils ont vus de leurs propres yeux. Le Deutéronome n'est qu'une répétition de ce qui est rapporté là-dessus dans les livres des Nombres , du Lévilique et de l'Exode. Ce dernier livre , qui nous ramène naturellement à la Genèse, met dans son plus grand jour les prodiges éclatants , desquels tout Israël fut témoin, soilen Egypte, soit dans le désert. Enfin toutes les lois sont indissolublement liées à des faits publics, qui y ont donné lieu. Partout il y est dit quo Moïse parle et opère au nom de la Divinité.

Ou il faut ici imaginer un complot entre le législateur des Hébreux el les Israélites, pour tromper la

(1) Cumque introduxerit te Dominus Deus tous in lorrain pro qua juravit patribus luis Abraham, Isaac et Jacob , et dedei it tibi civilate* magnas et

optimas quas non ajdilicasli Cave diligenler, ne

obliviscaris Domini , qui eduxit le de terra ^Egypli , de domo servitutis., Cumque inlcrrogavcrit le filins tous cras, dicens : Quid sibi volunl leslimonia hocc , et cérémonie, atquc judicia , qua3 praccepit Dominus Deus nos'.er nobis ? Diccs ci : servi eramus Pharaon is in /Egyplo , cl eduxit nos Dominus de ,/Egypto in manu toi li ; lecilquc signa atque prodigia magna et

pessima in ^Egyplo contra Pharaoncm Piwcepil-

que nobis Dominus, ul faciamus omnia légitima hive. Deuteronom. W lu 13, 20 21, 22, 2i. el alibi ptissini.

HlLLLYilLN

pos'érité sur les motifs qu'il allègue de ses instituions religieuses; soutenir que ces Israélites étaient tous différents du reste des hommes , et une troupe d'insensés ; ou il faut reconnaître que Moïse n'a pu leur faire illusion sur les prodiges qu'il dit à tout moment être arrivés en leur présence, et qui avaient fait naître ces fê:es, ces cérémonies. Comme il est impossible que le législateur des Juifs ait pu en imposer sur ces motifs, et que les Israélites aient éé tels qu'on les suppose , leur religion porte donc sur les \ miracles desquels Moïse ne cesse de parler Par conséquent celte religion est divine , Moïse est l'envoyé de Dieu , et ses livres qui la renferment doivent avoir tous les caractères d'authenticité et de vérité qu'on puisse raisonnablement exiger d'une révélation qui a Dieu pour auteur.

J'ai dit qu'il répugne que Moïse ail pu en imposer sur les motifs des lois, des fêles et de tout le rit lévitique; qu'il est également impossible que le peuple hébreu ait pu se méprendre sur les faits étonnants dont il était témoin en Egypte et dans le désert. Les bornes que nous devons nous prescrire ne permettent pas trop de nous étendre ; ne négligeons pas cependant celle preuve si propre à développer les caractères d'authenticité cl de vérité qui régnent dans les écrits de Moïse comme dans tous les livres de l'Ancien Testament. Elle seule renverse tous les doutes de nos incrédules sur l'inspiration des divines Ecritures, et ne laisse aucun prétexte à leur folle résistance contre la réalité des œuvres du Seigneur en faveur d'un peuple destiné dès son origine à nous transmettre le dépôt sacré des \éiités saintes.

De toutes les connaissances dont les hommes peuvent être capables, il n'en est point qui soient mieux a leur portée que les faits. Uien de plus difficile que de faire illusion aux hommes sur les choses qui se passent sous leurs propies yeux et qu'ils touchent, pour ainsi aire, comme de leurs mains. Si dans l'ordre des connaissances humaines il y a quelque chose d'incontestable et dont l'on puisse s'assurer avec cert lude, ce sont sans doute les faits : ils tombent sous nos yeux ; nul homme ne peut s'y méprendre, à moins qu'il ne soit un insensé ou privé de l'usage des sens. Assurément les anciens Hébreux, n'étaient point des hommes d'une nature différente de la nôtre . ils pensaient, ils raisonnaient comme nous. Il n'est donc point croyable, ou il faut vouloir s'étourdir soi-même, et p.ir une hizarrerie inconcevable, fermer les yeux à la vérité; il n'est pas, dis-je, croyable que ces anciens Hébreux, qui étaient au nombre <1<J plus de deux millions d'hommes, ne se soient pas aperçus de l'effet des merveilles opérées publiquement en leur faveur à la face de toute I'Lgypio, et dont les peuples voisins, tels que ccuy de l'Arabie cl de Glianaan, eurent même connaissance. Je ne nierais pas qu'un législateur adroit et habile, de ciédil et d'autorité, ne pût en imposer sur des matières de pure spéculation. Il est une multitude d'exemples que des législateurs ont vanté leur; S. S. XXVII.

AlttE. S3i

doctrines comme s'ils les eussent reçues de la Divinité même. Les fausses religions , tous les cultes grossiers et idolâtres, ne prouvent que irop de quoi a été capable l'esprit de mensonge. Mais q?ielque faciles que soient les hommes à être le jouet de l'imposture, de la superstition; quelque temps de ténèbres et d'ignorance qu'on imagine parmi eux , il n'est ni possible ni vraisemblable de leur en imposer sur des faits qui frappent les sens avec éclat, avec surprise, il n'est pas possible que tout un peuple libre et indépendant en vienne jusqu'au point de meconn;iî re entièrement ses intérêts les plus essentiels, qu'il se laisse captiver par de nouvelles lois inconnues à ses ancêtres , gênantes , pénibles et sévères. Il répugne qu'une fraude si éîrnnge, sous quelque dehors qu'on la propose, gagne un peuple entier et surtout un peuple ennemi de l'ordre et de la dépendance, tel qu'était le peuple bébreu dans le désert-, et pendant presque tout le temps de la dispensait! n mes nique- II n'est point naturel qu'une nuée de lémoins, qu'une nation de plus de deux millions d'hommes consente sans la moindre opposition, à rétablissement d'une multitude de fêles, de cérémonies et de lois difficiles à observer, dont les motifs seraient tout imaginaires; quoiqu'on lui répèle une infinité do fois qu'elles ont pour fondement des prodiges qu!ils ont vus eux mêmes , quoiqu'on ne cesse de les exhorter à y faire continuellement réflexion. Non, tout nu peuple ne peut sans aucun intérêt, sans un motif raisonnable, se réunir tout entier pour se tromper. Estil enfin vraisemblable qu'un peuple reçoive, sans jamais réclamer, des lois dont plusieurs paraissent contraires (l) à tout état qui ne serait régi que par des vues purement humaines? Lois néanmoins dont les fins étaient toutes d'une haute sagesse (2), quelque multipliés (3) qu'en fussent même les préceptes cérérauniaux.

(1) Voyez Samuel Slmckford, Histoire du monde, sucrée et profane, tom. III, liv. XII, pag. 402, suivantes. M. jaquelot, Dissertations sur l'existence de Dieu. tom. 111, ch. 7, pag. 120, suiv.

(2) Voyez M. Ja.jiielot, toc. cit., ch. 7, suivants; Joannes Seldenus, de Jure naturali et gentium, juxta disciplinant Hebrœorum libri septem ; Londini 16iO, fol., passim ; P. M. Anlonino Valsecchi, Dei fondumenti délia religione , hh. II, ch. 7, seqq. pag. &0- 102; D. Defoiis, Préservatif contre les incrédules, ch. 3, pag. 51-55 ; llermannus Wilsius, JEcjxjptiaca, sive de Aïyypiiacorum Sacrorum cum Hebraicis collatione, lib. 1, cap. 1; lib. III, cap 14, Seq.; Thésaurus Antiquil. Sacr. Blasii Ugolini , lom. I, col. 753, seq.; 1009, seq.; Jo. Franc. Buddeus, llisl. Eccles. IV/! Testam. period II, seel. \,a Mose adJosuam, § 51, seq., pag. 007, seq. ; 680, seq. ■*

(3) Eranl enim in il!o populo aliqui ad idololalriam proni : el ideo necesseerat, ut ab iJoInlalria; euliu per praccpia c.Tremonialia revocarentur ad culium Dei. Et quia multipliciter homiues idololalriue de erviebant, oportebat e contrario mulla insiitui ad -in gula reprimenda : el ileriun multa lalibus imponi, m quasi oneratis ex bis qnae ad culiiim Dei impemlerenl, non v, c net idololatriœ deservire. Ex parte veru corum, qui erant proni ad bonuro, etiain necessari.» fuit multiplicalio crremonialium praiccptoruni : lam quia per hoc div< -r.simnde mens eurum refereb.nur tu

(Quinze.)

DISCOURS

Ce qui étonne davantage dans la conduite du petip'e hébreu, c'est quM accepte ces sortes de lois et de rites de la part d'un législateur qui ne l'épargne dans aucune circonstance , le traite avec dureté et le )> unit exemplairement d'une manière terrible et épouva niable toutes les fois qu'il le trouve transgresseur des ordonnances qu'il lui a intimées de la part de son Dieu. Moïse accable même ce peuple d'imprécations »es plus terribles contre ses infidélités passées, et de prédictions accablantes de ses dérèglements futurs. Ce n'est pas qu'en traitant ainsi ce peuple indocile et séditieux, son législateur entreprenne de venger ses injures personnelles (1) ; Moïse n'en veut qu'aux ennemis de Dieu : il sévit contre eux, et c'est Dieu même qui le lui commande. C'est la vengeance du Seigneur tout puissant, tout juste (2).

Moïse fait plus : il consigne ces imprécations et ces prédictions funestes dans ses propres écrits, desquels tout concourt à éterniser le dépôt inviolable chez la

Deum, et magis assidue : liim eliam quia my.uerium Chrisli, quod per hujusmodi cacremonialia (igurabatur, multipliées utililates ailulit mundo, et inulta ciica ipsum consideranda eranl, qu;e oporluil perdiversa cœremonialia ligurari. S. Thomas , Siimma lolius iheologix, 1,2, quacst. 101 , art. 3, c. Vid. et quacst. 102, art. 2,5, c. Confer Joan. Meyer, Tractatus de temporibus et lestis diebus Hebrieonun mm animadversionibus in J. Spenceri lihros de lepbus Hebraorum ritualibus, part. II. cap. 1, seqq. Tliesaur. aniiquit. sacr. LMasii Ugolini , loin, cil. col. 474, seq. ; et quantité d'autres.

(1) Il est dit de Moïse qu'il était de tous les hommes le plus doux qui fût sur la terre. Nombres, XII, 5. Voyez la note suiv.

(2) Ullio Domini est. Jerem. Lf, 15. Yid. Exod. XI , 8; XXXII, 26, seqq.; Numer. XYI, 8, seqq. et alibi.

Quand on étudie sans passion le caractère du peuple hébreu, et sa conduite , surtout dans le désert, on ne devrait point s'étonner de toutes ces terribles vengeances que le Seigneur en tira pour le punir de ses murmures, de ses plaintes, de ses transgressions, de ses révolus si fréquentes, en un mol, de celte honteuse idolâtrie à laquelle il se laissait aller de temps en temps. A ne considérer même celte rigueur qu'humainement, la loi outragée et l'ordre public demandaient le châtiment de tant de coupables. Sans celle sévérité, comment contenir un peuple si indocile dans la soumission à son législateur? peuple qui ne pouvait être réprimé ni par les menaces, ni par les prodiges, ni par les rigueurs, ni par les bontés de son Dieu. Le Seigneur châtiait ainsi ces ingrats dans son courroux, afin que la crainte au moins des châtiments les retînt attachés au culte , partie principale et base de la législation mosaïque.

En vain nos faux sages du siècle se récrient-ils contre ces punitions, pour nous faire envisager Moïse comme le plus cruel , le plus barbare des hommes. Quoi! répugne Ml que le Seigneur venge sa gloire outragée par des hommes idolâtres ou déserteurs de son culte? Moïse n'est ici que l'instrument de la Divinité, qui règle ses jugements el ses vengeances, non sur les faibles pensées des mortels, mais sur ce qu'il doit à sa sagesse, à sa justice infinies. Ce sont même ces châtiments extraordinaires que Dieu exerce contre un peuple ingrat et incrédule, qui justifient abondamment la conduite du législateur des Hébreux. Que peil-on voir dans Moist , sinon un homme toujours iinimé de l'esprit divin, le ministre des desseins et des vengeances du Très liant.

nation, il accompr.gne ces livres de traits frappants et injurieux qui perpétueront à jamais dans le peuple juif le souvenir de la méchanceté de ses pères, et re traceront dans tous les âges la mémoire des vengeances publiques et diffamantes que le Seigneur et» ; tirées en différentes occasions.

Oui , l'histoire entière de Moïse n'est que l'hisloiro de ce peuple indocile , rebelle , souvent idolâtre. Les écrits des prophètes et lous les autres livres sacrés sont marqués au même coin : tous respirent le même esprit. Ce sont néanmoins ces mêmes écrits pour lesquels les Juifs ont eu tant de vénération et de respeci, qu'ils les ont toujours regardés comme inspirés et dictés par la Divinité. Ce phénomène est singulier et incompréhensible, si les écrits de Moïse et des prophètes ne sont que des écrits humains. L'histoire profane offre-t elle de pareils exemples? Nous doiinet elle un législateur du caractère de Moïse? La main de Dieu e>t sensible dans loule cette conduite du législateur des Hébreux : on a beau s'étourdir pour ne pas le sentir.

Moïse aurait été le plus slupide des hommes, le plus inseme des législateurs, si ses luis et sa religion n'avaient eu pour fondement cl pour base que des faits inventés à plaisir. En vain se serait-il flatté de pouvoir jamais réussir dans celte grossière imposture. Le peuple hébreu eût éié lui-même un peuple inconcevable, dans quelque point de temps qu'on le prenne, s'il eûl pu accepter de telles lois dès l'origine même de sa république, consentir à la fraude, croire qu'il devait à de prétendues circonsances merveilleuses sa délivrance de la servitude d'Egypte, son entrée el sa subsistance dans le désert pendant l'espace de quarante années, s'en laisser enfin imposer par celle longue suite de prophètes qui lui retracent constamment les mêmes prodiges , et qui en opèrent sous ses propres yeux presque d'aussi éclatants que ceux de son législateur. Pourquoi ce peuple s'esl-il donc soumis à une religion dure et austère , où ces faits sont perpétuellement cités, comme en ayant été témoin lui même, comme opérés en preuve de la divinité de celle même religion ? Pourquoi al il célébré d'abord par des hymnes el des cantiques de la plus haute antiquité la mémoire de ces faits liés constamment à des fêles, âdescérémonies, instituées par son législateur? Pourquoi a-l-il perpétué le souvenir de ces prodiges el de ces institutions religieuses par d'autres monuments toujours existants au milieu de la nation , toujours atiachés aux objets sensibles de son culte, toujours gravés dans l'esprit el dans le cœur des Juifs de lous les temps ? Pourquoi , par exemple , la tribu de Ruben , à laquelle Dalhan el Abiron appartenaient, et la tribu de Lévi, dont Coré, (ils d'Isaar, était issu , ont-elles permis, au temps de Moïse, de Josué, des juges, des rois d'Israël et do Juda, après la capiivité de Babylone et sous les princes asmonéens ; pourquoi, dis je, ces tribus ont-elles souffert, dans ces trois Israélites, les plus distingué* d'entre ceux de la nation, d'être déshonorées par des

monuments (Voyez Nombres, XVI, 59, 40) publics et surtout par des écrits qui , d'âge en âge , de s.ecle en liécle ont rappelé le souvenir de la terrible vengeance exercée contre eux (1) pour avoir osé disputer a Aaron l'honneur du sacerdoce ? Combien de semblables monuments injurieux à toute la nation ne renconlrct-on pas dans les livres sacrés de ce peuple ?

Ces questions et cent autres pareilles sont inexplicables dans le système de l'incrédule. Non, Ton ne se persuadera jamais qu'une nation entière veuille conspirer avec son législateur, avec tous ses écrivains , pour se rendre le plus malheureux , le plus insensé des peuples, l'objet de la haine des nations. Ni l'enthousiasme ni le fanatisme ne peuvent porter a de tels

excès.

Disons-le, tout est décisif en faveur de la révélation faite aux Juifs ; lout s'éclaircil et se développe de soimême : il ne faut qu'être attentif aux vues de la Providence dans l'institution mosaïque, étudier sans préjugés le caractère des écrits du législateur du peuple de Dieu , pour reconnaître en eux les marques frappantes de vérité et d'authenticité qui en sont inséparables.

Au siècle de Moïse, le culte du vrai Dieu éiail presque anéanti dans le monde païen. Tous les peuples avaient corrompu leurs voies, et les Égyptiens, si vantés par leur haute sagesse , avaient une idolâtrie abominable, aussi stupide que grossière. La seule postérité de Jacob , cette ligne des enfants des patriarches , où la religion s'était toujours maintenue sans aucune association de dieux étrangers avec le Dieu qu'ils adoraient, n'était pas même exemple de ce désordre (2) pendant son séjour en Egypte.

(1) Voyez Shuckford, Hist. du monde sucrée el profane, loin. 111, liv. XII, pag. 586, sniv.

(2) Josué, XXIV, 14; Êzêchhl, XVI, 2G ; XX, 6, 7, 8, 9 ; XXIH, 1, 2, 19, 20, 21. Amos, V, 26 ; Ps. €V, 7; -4c/., VU, 43. Voyez Dom Calmet, Dissertation sur l'idolâtrie des Israélites dans le désert. Disserl. lom. 11, part. H, pag. 95, suiv.,édit. de Paris, in-4. Salom. Deylingius , Ùbservationum sacrarum part. Il, observât. 56. § 12, pag. 450, seqq.

Voltaire (Défense de mon oncle, Nouveaux Mélanges philosoph-, historiq., critiques, etc., part. VII, 1768, pag. 219-221) produit quelques-uns de ces passages pour montrer, d'après une certaine classe d'écrivains irréligieux, qu'avant la captivité de Babylone les Juifs n'eurent point une religion fixe. Mais que prouventils, ces passages, sinon que dans tous les temps il y eut parmi les anciens Juifs des apostats de la foi de leurs pères. Il n'y a qif un cœur incrédule qui y trouve amre chose.

Où nos livres saints ont-ils dit encore que « dans Je désert, pendant quarante années , les Juifs ne reconnurent que Moloch, Bemphan et Kium ; qu'ils ne firent aucun sacrifice, ne présentèrent aucune offrande au Seigneur Adonaï, qu'ils adorèrent depuis? » (P/ulosopliie de Hiistoire, c . 5, pag. 20, suiv. ; édil. d'Amslerd., 1765.) Voltaire nous cite ici Jérémie, Amo et saint Ltienne pour appuyer ce paradoxe ; mais il les a mal lus, ou il ne lésa fus qu'avec des yeux offusqués par ce fanatisme philosophique qui déshonore \u\ grand nombre d'écrits de cet auteur. N'avait il pas dit a Heurs (Dictionnaire philosophique, art. Religion, pag. -50, édit. de Londres, 1764) < qu'il est constant qup les Juifs adoraient ouvertement un seul Dieu? qu'a-

PRÉLIMINA1RE. ' 8

De même que l'Être suprême avait appelé Abraham pour établir son culte dans la famille de ce patriarche et pour y conserver l'ancienne croyance d'un

vaut qu'ils eussent des rois ils vivaient sous une théocratie : qu'ils étaient censés gouvernés par Dieu même? i Les Juifs reconnaissaient donc, dès les premiers temps de leur république, un seul Dieu. Pour fuir le détail, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux savantes Lettres de quelques Juifs portugais et allemands à M. de Voltaire, part. III , lettre I, § 3, 4, pag. 25;'- 2(6, édit. de Paris, 1769. M. Guénce y montre combien est insoutenable ce paradoxe de l'auteur de In Philosophie de l'histoire, et y explique les passes en question de Jérémie, n'Amos et de saint Eihnne d'une manière satisfaisante. Qu'on nous permette ton. tefois d'ajouter à ce que ce savant y dit au sujet du passage d'Amos une explication qui nous paraît fondée sur la lettre même du texte de ce prophète.

On ne peut douter que les anciens Hébreux ne se soient rendus c< upables d'idolâtrie au temps même «le Moïse, Eiérhiel (XVI, 26 ; XXIII, 1,2, 19, 20, 2!) compare leur conduite à celle d'une prqsiiCuéj qui. avant commencé à se corrompre en Egypte, ne quitta jamais son honteux commerce et poussa l'impudence aux dernières extrémiés. (Voyez Dom Calmet, loc. cit., et la même disserl. à la tête de ,^on Comn ent. sur tes douze prophètes, pag. 24, suivantes.) Mais cette apostasie n'a jamais été générale, quoiqu'elle fût persévérante et comme habituelle dans un grand nombre d'Israélites avant la captivité de Babylone. Ce principe posé, attachons n«us au passage d'Amos, qui est le seul qui semble offrir quelque difficulté, qu'on lève toutefois sans beaucoup de peine en suivant tout le contexte du prophète.

Dans ce chapitre V, le prophète A mes commence par déplorer les malheurs qu'il prévoit devoir arriver aux dix tribus d'Israël. Il leur prédit que leur chuie est inévitable : il les exhorte cependant à la pénitence par la vue des maux près de fondre sur elles. Comme le prophète n'est point écoulé, il leur annonce de !a part du Seigneur (vers. 16, 20, 24, 27) les calamités dont elles seraient accablées. Pour leur faire sentir la vérité infaillible de ses tristes oracles, le prophète ajoute que la maison d'Israël a beau mettre toute sa confiance dans ses holocaustes, dans ses hosties pacifiques, Dieu ne les regardera point; il n'aura pas plus d'égard au bruit tumultueux de ses cantiques : sa perle est résolue, p rce que son cceir endurci dans le mal est toujours éloigne du vrai Dieu . lors même qu'elle lui offre des victimes. Le Seigneur a en horreur de tels sacrifices ; c'est ce une le prophète confirme en disant : « Maison d'Israël , ne m'avez vous pas offert des sacrifices el des oblalions dans le désert pendant quarante années? Néanmoins vous y avez porté le tabernacle de votre Moloch , l'image de vos idoles et l'étoile de votre Dieu, qui n'étaient que ^es ouvrages de vos mains. > Hébr. : SSonne Iwslias ii scchficium obtnlisd mild in deserto quadraginla annis, ttomus Israël? Yerumlamcn portasti tnbernaculum Moloch vestri, etc. Amos. ibid., 25, 26.

Cette traduction me paraît d'autant plus naturelle, que ce passage est étroitement lié avec l'objet que le prophète se propose dans tout ce chapiîre : je traduis en conséquence la particule hébraïque lien, préfixe du moi DTOT, par nonne; il est sensible qu'elle doit se prendre ici allirmalivement , et c'est le sens que lui a donné la version des LXX, Nonne vie limas et hostias obtulis'.i mihi?...

Qu'on ne dise point que le sens donné à celle particule est arbitraire; il est fondé sur le génie de la langue et appuyé d'une foule d'exemples que je pourrais citer ici. Contentons-nous des suivants : Genèse, XX VU, 58, Annon benediclio una? ce. Nombres, XX. 10, Nonne ex petra? etc. Il fiais, XXUI, 17, Annon sanquis hominum? etc. Ezcch., XX, 50, Nunnjuid non

DIS'JOUUS 460

gouverne toutes choses avec gneur dut donner une autorité irréfragable. 11 fallait

seul Dieu créateur, qu mie souveraine sagesse et par une providence particulière; de même aussi il destina ses descendants à cire les dépositaires des vérités saintes, et voulut les établir dans une terre qui dut leur servir de demeure fixe et de siège à la religion.

Le grand objet de la vocation d'Abraham et du choix que Dieu avait fait de sa postérité portait uniquement sur le germe béni promis à Eve , toujours prédit comme le Sauveur de tous les peuples de la terre. Il était donc nécessaire que cette môme postérité formât un peuple séparé de tous les autres par la forme de religion et d'état à laquelle le Sei-

rii patrum vestrorum? ce. Jérem., XXXI, 23, Nonne filins pretiosus mihi Epliraim?

Quant à Pautre particule "I, vau, qui est à la têie du mol hébreu DHNCT, vous avez porté, cl que je rends par verumtamen, je ne crois pas devoir m'arrêler «à en justifier l'interprétation : elle est très-simple et d.ms l'analogie hébraïque.

Moïse et le prophète Amos ne se contredisent donc point ni l'un ni l'autre. Il est incontestable que le peuple hébreu a prévariqué dans le désert en sacrifiant à des divinités étrangères; mais il n'est pas moins certain qu'il a saoiiié au Dieu vivant; par exemple, lorsque ce peuple ratifia l'alliance avec le Seigneur, après en avoir reçu la loi que Moïse lui rapporta (Exode, XXIV, 5 8) ; lorsqu'on fit la dédicace du temple [Nombres, VII, 2, suivants), et qu'on consacra les jiiè'.rcs (Lévitique, V11I, 14, suivants), etc. L'auteur de la Philosophie de l'histoire ( loc. cit., p;ig. 21) n'est pas plus fondé à dire que le Pentateuque ne parie que du veau d'or, dont aucun prophète ne fait mention. Quoi ! en reprochant aux Hébreux ( Deutéronome , XXXII, 16, 17, suiv.) qu'ils ont sacrifié aux démons..., à des dieux nouveaux que leurs pères n'avaient point révérés , Moïse ne f;iit-il pas allusion à lous les cultes idolâtres dont ils s'étaient souillés d;ms le désert, à l'imitation des peuples voisins? Tous les prophètes ne tiennent -ils pas le même langage? Moi e ne ciil-il pas encore que le peuple hébreu prévariqua avec les tilles de Moab, en adora les dieux cl se consacra à Béelpbégor? Voyez JSombr., XXV, 1, 2, 5; Lévitiq., XX, 5, et ailleurs. Dans le livre des Psaumes, qui est assurément un livre prophétique, n'y lit on pas aussi les prévarications dont le peuple hébreu se souilla dans le désert, et entre autres le culte profane qu'il rendit au veau d'or ? Nos pères firent un veau près de la montagne d'Horeb, et adorèrent une idole de fonte. Ils quittèrent (Dieu, qui était) leur gloire, pour (adorer) la figure d'un bœuf, qui mange l'herbe (psaume C\,llêbr., CM, 1!), 20). Tant il est vrai que la haine de la vérité connue fait tomber dans des absurdités inconcevables. Au moyen de la méthode que Voltaire emploie, on peut trouver des dilflcultés, des incertitudes, des ténèbres ; mais la candeur et la bonne foi permettentelles des méprises si volontaires? La vérité des écrits de Moïse et des prophètes est immuable, parce qu'ils sont tondes sur l> véracité d'un Dieu qui ne peut se contredire dans des livres qu'il a dictés. Ils ne crainucnl ni les déclamations ni les railleries de nos incrédules. C'est Voltaire lui-même qui se contredit , t,ui ne rougit point d'allirmer et de nier tour à tour 1rs mêmes propositions, selon qu'elles peuve.it servir au nuire à se» vues.

Pergit pugnanlia secum Frontibus adversis componere.

llORAT. Salir., lib. I, sect. 1, vers. 105, suiv.

Tel est le caractère de la plupart des écrits de ce trop fameux poète.

que ce peuple au milieu duquel devait naître la Christ , retînt partout des marques sensibles (I) de

(1) L'ordre, entre autres, que le Seigneur donna a Abraham de se circoncire ( Genèse, XVII, 10, suiv ) et de faire passer celle pratique à sa postérité, était un signe de l'alliance qu'il avait laite avec ce patriarche et ses descendants pour les distinguer des nations idolâtres. On a beau objecter que cet usage l'ut commun , dès les premiers temps, à plusieurs peuples. Quoi qu'en dise Hérodote (in Eutcrpe, lib. Il, cap. 4, pag. 127). Vid. etDiodor. Sicul , Bibliolh. llistor. lib. 1 , sect. \, pag. 24 ; Celse, apud Origenem, contra eumdem, lib l , num. 22, Opcr. loin. ï, edil. Paris. 1755, pag, 550, seq. ; et autres ennemis de la religion , bien loin que U circoncision ail pris nais* sauce, en Egypte , tout prouve au contraire qu'elle ne .s'y introduisit que très lard et par de loui autres motifs que par celui de religion. 11 est mène certain que les Egyptiens se faisaient circoncire tout autrement que les Hébreux. (Voyez Orijène, Le. cit., lib. V, num. 28 , pag. 61 i).

Le chevalier Marsbam (Chronicus canon œgypliacus, liebraicus, grœcus, edil. Lond'm. 1672, secnl. V , pag. 72, seq. [Vid. et Juan. Spencerus, de Legibus llebiœo rum Ritualium, l;b. I , cap. 5 , sect, 4 , pag. 55 edil. Canlabrig. 1757] appuie doue trop sur ce témoignage d'Hérodote, qui est peu d'accord avec lui-même sur ce qu'il dit à ce sujet. Quelque estimable qu'il soit d'ail leurs, il est prouvé qu'en l'ait d'antiquités égyptiennes, cet écrivain a avant é bien des fulili é. C'est le reproche que lui ont fait Manélhou el Diodore de Sicile. Voyez Josèphe, contra Apion., lib. I , cap. 14, Oper. tom. Il, pag. 44 i ; D odor Sicul., loc. cil., sect. 2, pag. 65; Jo. Alb. Fabricius, Bibliolh. Grœcœ vol. I, lib. 11, cap 20 , § 5, pag. 665, seq ; Jac. Périzonius, œgypliurum originumet tempurum antiquissimorum invvsligatio. Lugd. Batav. 1711, cap. Il, pag. 162, seq.

Hérodote et Diodore de Sicile s'imaginèrent que les Juifs avaient reçu la circoncision des Égyptiens, parce qu'ils se fondaient sur la fausse supposition que les Hébreux avaient été originairement Egyptiens. Comme ils ignorèrent la véritable histoire du peuple de Dieu, et qu'ils apprirent que Moïse avait été le législateur cl le conducteur de celle nation sortie anciennement de l'Egypte , il n'est pas surprenant qu'ils commissent cette erreur sur l'origine de la circoncision. Celse, Porphyre et Julien, qui n'oublièrent rien pour rendre odieuse la religion chrétienne , embrassèrent avidement celle erreur afin de traduire le judaïsme en ridicule. Mais les SS. Pères, tels qu'Origène et S. Cyrille d'Alexandrie , n'eurent pas beaucoup de peine à repousser les traits de ces ennemis du nom chrétien.

Il n'est pas probable que la Divinité eût enjoint à Abraham Tordre Ue se circoncire lui el sa famille, comme une marque qui dûl distinguer sa postérité de lous les autres peuples, si un tel usage eut été alors connu aux Egyptiens et aux autres peuples voisins. Ce n'est point qu'il soil douteux que les Egyptiens aient jamais pratiqué la circoncision, comme le prétend le savant Jaquelot (Disserl. sur l'Existence de Dieu, tom. III, cap. 8, pag. 215, suiv.); les témoignages des écrivains profanes et ecclésiastiques ne permettent pas qu'on forme le moindre douie là des us. Ma. g il est constant que celte pratique ne fut d'abord en usage que chez les anciens Juifs.

11 est dit (Exode, H, 6) au sujet du jeune Moïse relire des eaux du Nil par ordre de la tille de Pharaon, quM fui reconnu pour un des enfants des Hébreux, aux tracée' sans doute qu'on remarqua en lui de la circoncision. Ce passage insinue qu'elle n'était point encore reçue chez les Egyptien i. (Voyez Theodurelus , quxst. 111 in Exod.\ cju.-U. Bertnol,.0t

Wf

sa grand

destination afin qu'il servît Pidolâirie et au polythéisme jusqu'à j'avéïienieDl de ce Messie.

Pour ne point abandonner plus longtemps à la mémoire des hommes le mystère de la religion et de son alliance avec les enfants de la promesse (1) , Dieu suscite Moïse ; il l'appelle à ce grand ouvrage , le

PRÉLIMINAIRE. m

le barrière à constitue le libérateur , le législateur, le docteur de

son peuple, qui gémissait sous la tyrannie des monarques Égyptiens , et autorise sa mission par des y rédiges presque infinis el d'une évidence inconteslaLle. Ce ministre de la colère vengeresse du Seigneur frappe fÉgypte de fléaux inouïs et redoutables : saconstance triomphe de l'endurcissement de Pharaon, que sa folle incrédulité fait périr misérablement au milieu des eaux , dans ce passage à jamais mémorable pour les Israélites, si funeste au prince égyptien , à ses cnefs , à ses chariots et à ses soldats.

Que l'incrédule nous explique comment tout ce qui se passa alors en Egypte à la vue de cette nation es de tou\ fsraël a pu arriver naturellement? Par quel art Moïse a su faire illusion à tout un grand peuple sur des événements d'une telle notoriété? Par quel moyen ce législateur des Hébreux a fait subsister plus de deux millions d'hommes dans le désert , de la manière que ses écrits et tous les livres sacrés nous l'attestent? Ce ne sont point là de ces événements rapides qu'à peine on a le temps d'examiner, el qui peuvent éblouir l'esprit des hommes peu aitentifs ; ce ne sont point des faits isolés , passés dans l'obscurité : appuyés de monuments publics , scellés du témoignage d'une multitude de générations , ils ont même une notoriété bien supérieure à tout ce qu'il y a de plus universellement reçu parmi les boni mes. Les prodiges dont les Hébreux furent témoin dans le désert durèrent pendant quarante années , et tous les efforts de l'incrédulité n'y pourront jamais faire soupçonner aucun artifice (1).

Moïse était l'homme de Dieu, el avant Jésus Chnel aucun prophète ne l'a été au point que le fut ce législateur des Hébreux. La vérité incontestable des faits qu'if a décrits pouvait seule inspirer à ce législateur la confiance, la candeur avec lesquelles il eu parle, ei aux Juifs de tous les temps cet attachement inviolable qu'ils ont témoigné pour ses livres sacrés. Mais, s'écrie l'incrédule, pourquoi tant de prodiges en faveur d'un peuple charnel el grossier, d'un peuple donc les infidélités sont si fréquentes? Insensés ! vous ne nommez, vous ne connaissez la Divinité que pour l'outrager. Vous blasphémez contre la sagesse de ses oeuvres : vous avez L'impiété de vous récrier de ce que le maître de la nature déploie ainsi sa toute puissance. Sachez que les voies de Dieu, impénétrables à tout être borné, ne sont point celles des hommes. Toujours immuable, le Seigneur ne peut déroger à ses perfections infinies. S'il suspend quel- Bible en latin et en fiançais , etc., 2e édit. d'Avignon quefois les lois générales qu'ils a posées dans la créa-

Ll/IS vE 5 t1"5,92 ; j0" panciscnsBuddeus^is/. lion de VwAwm en faveur d'un tel peuple pré;ërablc-

icitesiust. Vet. lest, penod. I ab Adamo ad Mosen ,

sect. 3, § 4, pag. 276-282, et period. Il, a M ose ad

Uirist., sect. a, pag. 808 , scq. ; Nalalis Alexander,

J^'J^desinsL VeL Tesl-> 'lilal- NI> dissert. VI, pag.

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