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temps immémorial, l'ont toujours rendu irréconciliable avec toutes les autres nations. C'est qu'il était fortement persuadé de la vérité des faits nécessairement dépendants de la législation mosaïque : c'est que cette soumission n'avait d'autre cause que l'autorité de Dieu même.
Les faits que Moïse nous raconte et qui ne sont autres que l'histoire de la nation dont il était le chef et le conducteur , durent par conséquent être d'une force, d'une évidence des plus marquées, pour faire sur les Israélites et sur leur postérité une impression immuable , quels que fussent d'ailleurs leur iniquité, leur révolte contre le législateur et leur penchant à l'idolâtrie des nations. Les monuments qui consta-
prophéties durent nécessairement faire sur eux une impression vive et puissante. Mais quoique ces événements se soient passés depuis bien des siècles, cela n'empêehe point que nous ne puissions en avoir des preuves d'une certitude entière. Nous suppléons au défaut des sens par le raisonnement.
Pour être assuré de la vérité d'un fait, il n'est pas nécessaire que je l'aie vu de mes propres yeux, le témoignage des hommes me suffit , lorsque ceux qui m'attestent ces faits, d'ailleurs possibles et qui n'impliquent aucune contradiction , sont ou des témoins oculaires, ou des écrivains qui ne peuvent ni ne veulent me tromper. Ainsi je ne doute point qu'il n'y ait eu un Alexandre vainqueur de Darius , un Pompée battu par Antoine, un Thucydide, un Cicéron, un Tile Live, auteurs des livres qu'on leur attribue. Je me repose là-dessus , sans aucun examen, sur la foi d'une tradition qui me paraît constante. Il en est de même des événements passés du temps de Moïse. Jamais tradition ne fut ici appuyée sur l'autorité de témoins plus irréprochables que le sont les écrivains qui nous constatent ces faits. Il n'y a pas d'histoire ni de livres dont l'authenticité soit au^i démontrée que celle de l'histoire et des livres de l'Ancien Testament. Nous avons même plus de certitude des faits qui y sont contenus que nous n'en pouvons avoir des événements dont on doute le moins. Je dis plus : les faits que nous raconte Moïse sont en quelque façon, par rapport à nous, beaucoup plus certains qu'ils ne le furent pour les Israélites, eu égard à tous les motifs de crédibilité que nous en avons. Outre la preuve de vérité et d'inspiration des livres de Moïse , tirée du témoignage que lui rendent les auteurs de l'Ancien et du Nouveau Testament, nous voyons mieux que l'ancien peuple hébreu toute ré:onomie et tout le plan de la religion sainte, de laquelle ces grands événements furent le prélude. Des laits attestés par une longue suite de témoins d'un caractère irréprochable et unanimes dans leur déposition : des faits, dit un savant écrivain, desquels la mémoire s'est si bien soutenue d'âge en âge, qui ont toujours produit des effets visibles et durables, ne peuvent jamais rien perdre de leur certitude, qnelqu'anciens qu'ils soient. Ces effets, qui subsistent encore, les rapprochent de nous , les mettent sous les yeux , et nous en donnent des preuves invincibles. En nous laissant une entière liberté pour l'examen, nous sentons alors que nous ne pouvons refuser de croire des faits de celle espèce que par une opiniâtreté bizarre et insensée. Voyez M. le François, Preuves de la religion de Jésus-Christ, tom. 1, part. Il, ch. prêlim. , pag. 414, suiv; M. Chais, Discours prélimin. à la tête de son édition de la sainte Bible avec un commentaire de divers auteurs anglais, § 09, suiv. , pag. 53, suiv. ; Dom Deforis, loc. cit. , ch. lit, pag. 55 suiv. , art. 15, pag. 504 suiv. ; M l'abbé Gauchat , Lettres critiques, etc., tom. IX, lettres XC1V et XCV, et autres auteurs cités ci-dessus, à la note 2 de la colonne 407.
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DISCOURS
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taienl ces prodiges furent donc visibles el durables , puisqu'ils onl triomphé de roul>li , de Pinconslance Je l'esprit humain ; et que le temps, qui dévore tout, ira jamais pu ni les allérer, ni en obscurcir la vérité.
Ainsi, sous quelque aspect qu'on envisage Moïse et e peuple hébreu, la supposition de surprise, de mensonge et de fraude est une supposition inadmissible.
Moïse n'a donc rien dit que de vrai dans tout ce qu'il a rapporté cl de lui-même et des faits consignés dans ses écrits. Il s'est dit l'envoyé de la Divinité, l'inspiré de Dieu ; il a été l'un el l'autre. Il a publié ses livres sous ce titre, et il en a assuré la vérité par des miracles , par des prophéties. Ces prodiges éclatants, ces oracles, marques infaillibles de la vérité de sa doctrine, certifient invinciblement sa mission divine et la divinité de ses livres.
De cette multitude de faits les mieux constatés concluons que Dieu seul a pu être l'auteur de l'institution mosaïque*. Il l'avait établie par des voies toutes divines, il la soutint de même; el les livres qui nous attestent ces grands prodiges de la main du Très- Haut sont tles livres qui devaient nécessairement triompher de la durée des siècles. Ouvrages de l'Éternel, «es écrits portent , d'une manière visible, l'empreinte de la Divinité, cl déposent évidemment pour la révélation.
Que Moïse est grand, quand on le considère, soil en qualité de simple historien, soit comme législateur ! Un seul chapitre de la Genèse nous en apprend infiniment plus que ions les livres des écrivains de l'antiquité profane.
L'envoyé de Dieu ne révolte point notre raison par cet amas d'absurdités el d'inepties qui déshonorent tous les systèmes des anciens philosophes et des matérialistes modernes louchant l'origine des choses. La raison nous enseigne que l'univers est l'ouvrage d'une intelligence créatrice; mais celle même raison se tait , lorsqu'on la consulte sur l'époque el sur les circonstances de la naissance du monde. La Genèse nous découvre loul ce mystère impénétrable à l'esprit humain. Le monde passe du néant à l'être par le seul acte d'un pouvoir immense. Dieu d'il, que la lumière soit faite, et elle fut (Genèse, I, 3). Quelle simplicité, quelle noblesse dans ce récit de Moïse au sujel de l'histoire de la création! Comparez toute sa narration majestueuse avec les hypothèses des anciens sur l'origine et la formation de l'univers : «approchez aussi les doctrines des plus grands philosophes de l'antiquité sur les principes religieux de l'idée que Moïse nous en donne; quelle supériorité d'idés! Dans les écrits de cet homme unique, lout satisfait; i. u*il y contente l'esprit et le cœur. Oulre la naissan- ' e el les progrès des arls , l'origine des nations , des . des Pinpiivs, justifiés par tous les monuments
■ tiques, échappés ..u laps des temps, le législateur de« Hébreux nous faii connaître d'où nous venons, ce que nous sommes, quelle csl noire fin et noire desti-
nation. Eu dévoilant à nos yeux le premier dessein du Créateur, l'obstacle mis à ce dessein , le principe des maux de la nature humaine, le remède à ces maux, préparé dès la naissance du monde par la promesse d'un Messie libérateur, sauveur , médiateur entre Dieu el les hommes , il nous apprend l'excellence de noire nature et le dénoûment des contradictions de notre être. Aucun philosophe n'a pu expliquer celle énigme , parce qu'aucun philosophe n'a connu l'homme. Moïse seul nous la développe, parce qu'il en avail appris la solution dans l'école de la Divinité.
Il était du ministère de ce docteur du peuple de Dieu de ne point faire perdre de vue aux Israélites cette histoire intéressante de la religion. En remontant ainsi jusqu'aux jours anciens, jusqu'au commencement des temps, il apprend à toutes les races futures ce que Dieu a faii pour l'homme créé à sa ressemblance, et ce que l'homme toujours ingrat, toujours rebelle, a fait contre l'auteur de son être.
Tel est le magnifique préambule (1) que Moïse met à la têledes lois qu'il donne à son peuple. Ce législateur ne s'arrêle point à ces objets lout grands, lout importants qu'ils sont. Après nous avoir instruits du désordre arrivé dans la nature humaine, et de la corruption générale des hommes, il nous décrit comment la Divinité oulragée châlia leurs crimes par un déluge universel. Principalement attentif à nous tracer la suite de la religion des premiers temps, il vient à l'élection d'une famille d'où sort enfin un grand peuple destiné à perpétuer cette même religion dans les âges futurs jusqu'à l'avènement du germe promis, annoncé aussitôt après la chute de nos premiers parents.
Quel écrit que le livre de Moïse ! Nul législateur du monde païen n'a parlé aussi dignement de la Divinité, de ses attributs, de sa grandeur, de sa puissance, de ba science infinie et de sa providence, que le législateur des Hébreux (2). Le Dieu de Moïse est un, infini, indivisible, incommunicable, dans lequel sont réunies toutes les perfections imaginables el possibles, snns aucun mélange d'imperfections ; qui a lire du néant l'univers, et qui est distinct réellement et substantiellement de tout ce qu'il a créé. C'est un être infiniment libre, qui dans l'existence qu'il donne à toutes les créatures, n'agit point par une impétuosité aveugte , mais avec une intelligence souveraine, et qui applique sa main toute puissante où il lui plail et autant qu'il lui plaît.
Quel est le philosophe qui ait instruit les hommes
(1) Voyez Eusebius , Prœparai. evangeL, lib. VII, cap. 9 et \ 1 .
(2) Voyez M. l'abbé Mnleville, Disserl. contre Spi noua sur la théologie de Moïse , ou Justification de et qu'il enseigne sur la nature cl sur les perfections de Dieu. La religion naturelle et la révélée, lom V, pitij. 14) 162. Leland , A view of ilie principal , etc., ou Analyse des ouvrages des principaux déistes, vol. II, letlreiy, suis* Bibliotli. des Sciences el des Beaux Arts , juillet, etc. 4755, lom. IV, pag. 129, suiv. El autres auteurs ciléi ci dessus, contre Tuland, pag. 102, suiv.t nol.
47S PRELIMINAIRE
sur la religion, d'une manière plus conforme aux idées
de la sain* raison que Panleur du Pentateuque? Ecoutez, Israël , le Seigneur voire Dieu est le seul et unique Seigneur. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur , de toute votre âme et de toutes vos forces (Deut. Y!, 4, suiv.).
Ce .seul trait (1) rend Moïse infiniment supérieur à tous les philosophes, à tous les législateurs de l'antiquité profane. Mais il n'y avait que la Divinité qui pûi guider la plume d'un écrivain tel que Moïse dans tout ce qu'il a écrit sur Dieu et sur les devoirs de rhonime. Quelle sagesse n'éclate pas dans sa doctrine et dans ses lois! Tout y tend à inculquer fortement la connaissance, l'amour d'un seul vrai Dieu créateur, et l'horreur de l'idolâtrie; tout y a pour objet les grandes rotations de l'homme avec l'auteur de son cxMencc: tout y plie enfin sous la religion. Nul changement aux lois de ce peuple dans les temps les plus fâcheux, dans quelques circonstances qu'il se trouve. Tout est prévu dans ces lois ; tout y est réglé, fixé, déterminé : caractère unique.
Moïse est le seul qui propose un code invariable de législation. Est il donc surprenant que le Peulaleuque , ouvrage si supérieur à tous les efforts de l'esprit humain, ait été dès l'origine de la république des Hébreux et dans tous les âges , l'unique règle de leur gouvernement et de leur religion ? Doit-on s'étonner qu'ils en aient conservé les lois avec une vénération singulière , avec un attachement inébranlable? Mais aussi quelle marque plus certaine , plus infaillible de vérité et d'authenticité peut-on donner d'un écrit conservé si religieusement et par tant d'intérêt ?
Rapprochez encore la conduite du peuple hébreu de celle qu'ont tenue les autres nations par rapport aux règlements qu'elles avaient reçus, par exemple, d'un Lycurgue, d'un Solon et d'un Nunia. D'où vient que les 1» is de Lacédémone, d'Athènes, de Rome, subirent une infinité de variations , et que les Juifs ne pensèrent jamais à proposer l'abrogation ou la réforme du code de leur législateur (2)? C'est que les lois des Grecs et des Romains étaient toutes humaines ; elles ne pouvaient qu'être défectueuses : cela est sensible. Moïse, considéré comme simple législateur, ne fut pas cependant différent du reste des hommes. Les lumières qu'il a eues , il ne les a donc point puisées en lui-même ; ses lois venaient de l'au-
(1) Quo2 disputationes , qune lilleraï quorumlibct philosnphorum, quœ leges quarumlibet civîtatum duobus prrcceplis ex quibus Chrislus dicit tolam legem prophetasque pendere ullo modo sint comparand.'o ! Diriges DomimimDcum luuni ex loto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex iota mente ma : et dilig<s proximum luum lanquam te ipsum. S. Augustin, Epht. 157, ad Volusian., num. 17, oper. loin. II, col. 409. M. Jaquelot, traité de la Vérité et de l'inspiration des livres sacrés, tom. I, eh. G, pag. 07, 75. P. M. Ant. Valsecelii. loc. cit., lib. II, cap. S, § 6 seg., pag. 80 segg. {2) Voyez Philo , De vitu Mosis, lib. II, oper. edit. Franco fur l. 1091. pag, 05b\
toritéde Dieu (I), qui les dictait, qui les soutenait.
Quel contraste étonnant entre ces lois religieuses et civiles du peuple hébreu et celles de tous les peuples de l'antiquité profane ! Les unes ne respirent que l'innocence des mœurs , une soumission entière cl parfaite à l'Etre des êires, la sainteté, la véracité :ie ce grand Dieu qui les inspirait; dans les autres, aux traits d'infamie , de cruauté et de scélératesse (2) qui les caractérisent, on reconnaît aisément l'esprit de mensonge qui en était l'auteur. La raison et l'humanité parlent hautement en faveur des lois des Hébreux : la nature réprouve toutes ces lois barbares et inhumaines, qui faisaient partie du culte païen , ainsi que de leurs législations.
Ces caractères de vérité dans la doctrine et dans les lois de Moïse, sonl frappants et évidemment divins; ils se multiplient même sous nos yeux , à chaque page du Pentateuque. On a beau inventer mille systèmes d'imagination pour en anéantir les preuves éclatantes; il n'est pas possible de les affaiblir par aucun doute raisonnable (5). Quelque détour que l'on prenne, il faut nécessairement convenir que la Divinité; a parlé aux hommes par le ministère de Moïse,
(I ) Voyez Jaquelot, loc. cit., pag. 85, suiv., et ch, 9, pag. 97, suiv. Disserl. sur l'existence de Dieu, dissert. 5, tom.\\\,ch.l, suiv., pag. 115, suivantes ; et quantité d'antres.
(i) Voyez Clemens Alexandrinus, Protrepticon, sive Coliorlalio ad Génies, cap. 2, seqq. , et notas Genlianillerveti Aurelii ineamd.» oper. loin. I, pag. 10, seqq., loin II, in fine , pag. 97 , seqq. Arnobius, Adrers. Génies, lib. VI et VU , passim. Valsecchi, loc. cit.; lib. II, cap. 8, pag. 82, seqq. M. l'abbé Bergier, Apologie de la religion chrétienne, loin. H , ch. II, pag. 1, suiv., et ci-dessus, pag. 70 et suiv., not.
(5) Voyez M. du Bois de la Cour, Discours sur les preuves des Livres de Moïse ; à la suite des Pensées de M. Pascal, pag. 379 et suivantes. P. Alix, Réflexion* sur les Livres de l'Ecriture sainte , lom. I, pari. I et IL passim. M. Shuckford , Histoire du monde sacrée et profane, passim, et loin. III, préface, pag. 59 et suiv. Le R. P. Virel, cordelier , Réponse à ta Philosophie de l'histoire, passim, et ibid., lettre XIII - XVI, pag. 508, suiv. , 530, suiv. , 572, suiv. , 444, suiv. Essay on the follovving subjects, etc., ou Cinq Essais sur autant d'endroits remarquables dans l'histoire sainte, savoir : surFExode, XII, 12; Nombr., XXII et suiv., etc., Londres, 1755. Bibliolh. des sciences, et des beaux arts, 1755. Janvier , etc. , lom III , pag, 189 , suiv. Histoire Univers., Irad. de l'anglais par une société de gens de lettres, loin. I et II, passim MM. de Sacy et Chais, dans leurs Commentaires sur les cinq livres rie Moïse. M. l'abbé Beigier, Certitude des preuves de la religion chrétienne, etc., part. II , ch. 11 , § 1, suiv. M. Guénée, Lettres de quelifues Juifs, Portugais et Allemands, à M. de Voltaire. Nouvelle édition de Paris, 1771, passim. P. M. Casti Imiocentis Ansaldi, Ord. Pr;rd. De futuro seculo ab Hebrœis anle caplivitatem cognilo , adversus Joann. Clerici cogitala commentarius. Mediolani , 1740. Jo. Vincent Paluzzi, ord. praïd., De futuro impiorum statu. Veroime, 174-8, lib. 1, cap G, pag. 55, seqq. P. M Tommaso Viticenzo Mouiglia , de' Predicatori, La mente umana spirito immorlale , non mai eria pensante. Padova 175t>; lom, I , dsscrtiz. II. P. M. Antonio Valsecchi , loc. cit., lib. II, cap. 10, pag. 112, seqq. Court examen de la thèse de M. l'abbé de Prades, § 4, pag. 104, suiv., et l'additioii et autres cités dans ce discours.
DISCOURS
ou s'inscrire en faux contre les faits d'une entière évidence.
Un simple discours nous dispense de répondre a toutes les railleries indécentes, à toutes les objections absurdes, profanes et frivoles des incrédules (1).
(I) Questions de Zapala, traduites par le sieur Tamponel, doct. de Sorbonne (M. île Voltaire). Ou même, Dieu el les Hommes , œuvres Idéologiques mais raisonnables , par le do< t. Obcrn. Dialogue d'un homme de bien, Nouveaux Mélanges philosoph. , historiques, critiques, etc. i 7(58, Vil partie, pag. 50, suiv. , 79, suiv. IX part., 1770, cb. XXII, pag. 52, suiv., etc., etc.
Dans ces libelles licencieux , ce ne sont que les mêmes absurdités , les mêmes futilités , les mêmes impiétés toujours annoncées sous différentes faces : leur auteur y l'ait un abus bien affligeant de ses talents. Consultez les écrivains que nous venons de citer dans la note précédente et quantité d'autres auxquels nous avons souvent renvoyé.
Les erreurs monstrueuses qu'a avancées, entre autres, feu M. Boullanger, dans ses Recherches sur l'origine du despotisme oriental, et d;sns sa Dissertation sur Elic et Enoch , exigent quelques remarques analogues à la matière qui l'ait l'objet de celte note. On a vu ci dessus ( pag. 55 et 77 , not. ) combien cet écrivain est peu conséquent. L'hypothèse de M. Boullanger, tout absurde et bizarre qu'elle est, bien étudiée, nous conduit par nécessité aux livres de Moïse, les seuls dépositaires des mêmes principes religieux, que ce téméraire auteur regarde comme la source des erreurs du genre humain. Sa dissertation sur Elie et Enoch n'est au fond, qu'un résumé des rêveries impies , répandues dans ses Recherches sur le despotisme oriental, el dans l'Antiquité dévoilée par ses usages. Il n'est pas possible de suivre un écrivain si bizarre, sans se jeter dans des discussions de beaucoup de détails. Essayons toutefois de montrer I :>bsurdité de ces assertions contre les fastes du peuple hébreu , par une ou deux observations générales sur
emploie pour renverser le des patriarches antédilu-
perdre de vue le système
le genre de preuves qu'il récit de Muïse au sujet viens.
D'abord il ne faut pas bizarre qui sert de base à l'hypothèse de l'auteur. Voyez ci-Jessus , p:'g. A"> , suiv. « C'est des dogmes « de la vie future, de la descente <lu grand juge et « du jugement dernier que sont sorties mille idées « chimériques et diversifiées à l'infini chez toutes les i nations anciennes , d'un être imaginaire , d'un lé- « gislateurqui viendrait un jour changer la face de « la terre, t (Dissertation sur Elie el Enoch; pag. 17 et 10.) Mais autant ces dogmes sont incontestables, autant sont forcées et absurdes les conséquences extravagantes qu'il en déduit, pour nous faire envisager Elie„ Enoch, les anciens patriarches avant le déluge, comme des êtres imaginaires , et les faits consignés d:ms les écrits sacrés comme une succession continue et non interrompue de fables et d'impostures sacerdotales. Exposons en peu de mots la marche de l'auteur. On ne peut en faire mieux sentir la singularité qu'en le suivant dans ce labyrinthe de futilités qu'il offre à chaque page de sa première dissertation.
A mesure que les hommes, moins misérables, devinrent moins religieux , ils pervertirent l'objet et l'usage des anciens symboles employés autrefois pour les instruire des révolutions passées , des révolutions à venir et des grands changements que le grand juge ferait un jour. La succession des siècles éteint le souvenir du passé, et pervertit le sens des symboles historiques, civils et religieux.
De là toutes ces formes bizarres que prirent insensiblement les dogmes sacrés. On réalisa, on per sonilia les allégories et les symboles déjà inscrits et
Ce delad nous conduirait bien au-delà des bornes que nous avons dû nous prescrire. Contentons-nous de
célébrés dans des prières , dans des hymnes et des recueils sacrés. Ces hymnes et ces recueil*, corrom pus ensuite et devenus inintelligibles, devinrent avec le temps des recueils d'oracles et de prophéties , qui ne furent plus que les voiles sacrés de l'ambition des peuples, qui, en diverses régions et en divers temps, s'emparèrent des terres de leurs voisins à titre de terres promises par les dieux (Idem, loc. cit., pag. 17etc2i).
De ce préliminaire enfanté dans l'ivresse de l'ignorance, des passions, el que nous ne faisons qu'abréger, l'auteur en vient au prophète Elie, dont il nie l'existence. Il anticipe l'ordre des temps pour mieux nous préparer à cet amas de rêveries qu'il nous débite au sujet des autres saints personnages de la Bible, Le prophète Elie n'est, selon notre écrivain, qu'un être fantastique et dont la future venue n'est qu'une suite de ces vieilles erreurs que les symboles personifiés du grand juge qu'on attendait avaient occasionnées chez toutes le-; nations de la terre. Pour prouver ce paradoxe, M. Boullanger, qui est un grand etymologisle , insiste ( pag. 29) sur la valeur intrinsèque du nom d'Elie , « qui signifie le Très Haut (Uns, le fort ; Evech, le dieu fort ; Elion, leSolei!) el qui désigne le dieu feu, et le Soleil qui était jadis son emblème. » Quelle érudition ! Mais qu'a de commun le mot Evech avec l'idée que notre prétendu hébraïsanl en présente ici ? Je défie le savant le plus versé dans les langues orientales d'en donner la raison. Peut être l'a-'-il pris du celtique Evez ou Evec, qui signifie surveillant, garde ( Voyez Mémoires sur la langue celtique par M. Ballet, tom. II, pag. 558 ). Peut-être aussi l'a-l-il fait venir du mot Àbach ou Âvach qui en hithphaël, se rend par devenir haut, s'élever, s'enorgueillir. Quoi qu'il en soit, le nom d'Eiic Eliiahou , signifie Dieu-Seigneur, ou si l'on veut, Partis Dms, le dieu fort ; le mot Elion , àvôn-sfo;, se rend, par élevé , très-haut, d'où l'on prétend que les Grecs ont formé leur H }««, Soleil ; llus vient de El, ou de hyvpiç , fort , robuste : donc Elie n'est que l'emblème d'un dieu soleil, d'un dieu feu, du Très- Haut, etc. Quelle manière de raisonner, quel abus des termes !
Notre écrivain profane croit pouvoir démasquer loin à fait le saint prophète , et avoir la solution de toutes les merveilles de sa vie, en nous citant quelques traits de nos divines écritures, où il est dit que le zèle d'Elie est toujours comparé à un feu ardent, et sa parole brûlante à un flambeau qui édaire. L'Ecriture dit encore ( IV Rois, IL 1,11, 12) que ce prophète fut enlevé au ciel par le moyen d'un tourbillon el dans un char enflammé, attelé de chevaux de feu ; et cette Ecriture l'appelle le char et le conducteur d'Israël. Il n'en faut pas davantage à M. Boullanger pour trouver entre notre saint prophète et le Soleil, entre cet homme de Dieu et le grand juge une analogie très-complète, « Bien de plus analogue, dit-il encore, sans doute [au Soleil, au Phaëlon et à l'Apollon des Egyptiens et des Grecs ; toutes les anciennes anecdotes arrivées sur la (erre ont servi à illustrer son histoire. Tous les météores et les phénomènes, soit des révolutions passées, soit des révolutions futures, ont été incorporés dans sa vie, comme ils avaient été incorporés dans les vies des dieux et des héros du puganisme. > ( Loc. cit., paq. 3! ).
Ce n'est pas tout : ce qui répnnd infiniment de lumière sur ces bizarreries et qui achève de leur donner le plus grand poids, est que < Les rabbins, ainsi que Teriullien, les Orientaux el autres font demeurer Elie, depuis sa disparition, sous la zone torride, ce domaine du soleil, dans une sphère inabordable aux hommes, où ce grand prophète s'occupe >
£77 PRÉLIMINAIRE. 418
renvoyer aux principes que nous avons posés dans nos tif, hébreu , et aux discussions critiques que nous y
avons faites de différents passages de l'Ecriture, des-
mémoires sur l'intégrité et la pureté du lexle primi
contempler tes actions humaines et à écrire jour par jour tout ce qui se fait de bien et de mal dans noire région sublunaire. > {Idem., pag. 32).
A ces traits et à tant d'autres que nous passons sous silence, qui ne voit que M. Boulanger fait un alliage monstrueux de tout ce que son imagination échauffée par la lecture des fables les plus insipides, lui dicte pour réviser ses futilités? Aussi nous faitil trouver Elie tantôt chez les Romains, tantôt chez les musulmans. Par exemple, il ne lui est pas difficile de le reconnaître dans Aly, sans douie a cause du rapport du nom de ce compagnon et sectateur de Mahomet, avec celui du prophète des Hébreux. Il n'y a pas môme jusqu'à la patrie d'Elie le Thesbite habitant de Galaad, de la tribu de Cad, qui ne lui lournisse de quoi autoriser ses rêves. U est vrai que le mot de Galaad, entre autres, détruit totalement son interpréialion ; mais M. Boulanger n'est pas embarrassé. Elie le ïhesbite ne désigne pas moins un Elie périodique, t soit que Galaad sorte par corruption de Gatgal ou Galal, qui indique l'action d'une sphère ou d'une roue qui tourne, soit que Galaad provienne ùaGalalhad, circulation du temps, des siècles, ou soit encore que Galaad, de Gad, ait pour origine Gai- Gad qui signilie révolution fortunée. » ( Idem, pag. 55, suiv ).
C'est ainsi que notre fameux rabbin, ce nouveau maître eu Israël, compose à son gré des mots hébreux fort étonnés de se trouver unis ensemble, et que par un lien de fantaisie, il les ramène à ses chimères. Mais feu M. Boulanger a-l-il cru pouvoir en imposer à un lecteur tant soit peu instruit des premiers éléments de celte langue ? Ses diverses interprétations chroniques en seront-elles plus fondées, parce qu'il concentrera en lui seul l'intelligence des termes hébreux, et qu'il accusera tous les Juifs de l'univers anciens et modernes d'être entièrement étrangers à leur propre langue. Ce n'est point ici le lieu de discuter si l'hébreu est une langue mère. Peu nous importe que les anciens Hébreux, eu s'emparanl d'une partie de la Phénicie aient usurpé en même temps la langue du pays. Quand on passerait à l'auteur celle supposition, on est en droit de lui nier que depuis la captivité de Babylone, l'hébreu n'a plus été qu'un mélange bizarre et confus de phénicien, d'égyptien, de syrien, de chaldéen, d'arabe et d'autres langues voisines, dont toules les racines se sont confondues {Idemjoc. cit., pag. ù\>,suiv.). Quoique les Juifs d'après la captivité Ue Babylone perdissent insensiblement l'usage commun de leur ancienne langue, et que leur langage devînt peu à peu un composé de chaldéen et de syriaque , l'ancien hébreu n'en subsistait pas moins dans les monuments et dans les fastes de la nalion. Les seules médailles samaritaines, dont l'aulhenlicitéesl des mieux constatées, le prouvent invinciblement : et les livres sacrés ont assurément une date bien antérieure aux temps que nous envisageons. M. Boulanger qui bouleverse toutes les idées reçues pour couvrir sa propre ignorance en hébreu ou plutôt sa haine contre les annales hébraïques, confond ici malicieusement l'ancien langage des Juifs avec celui qu'ils parlèrent quelques siècles après la captivité de Babylone. ( Voyez notre I" Mémoire , pag. 96 suiv. ). Notre écrivain s'est donc formé un portrait de la langue sainte absolument faux. C'est se moquer du public que de soutenir que < cette langue n'est qu'un misérable jargon, qu'un monstre formé de plusieurs pères, dont les règles grammaticales ne peuvent remonter au de là du quatrième siècle avant notre ère, >
J'ai honte de transcrire de pareilles frivolités. Tant il est vrai qu'il n'est rien de si absurde que nos prévendus esprits forts ne soutiennent pour lâcher de
détruire les monuments sacrés de noire culte.
Suivons encore pour un moment noire écrivain à paradoxes. Ce sont toujours des éiymologies ou forcées, ou arbitraires, ou décomposées, sur lesquelles il bâtit son système : il eniasse pêle-mêle des matériaux tout disparates. Telle est la base de son hypothèse insensée au sujet des patriarches antédiluviens. Il n'est pas difficile sans doute de trouver des li ails de convenance entre les héros de la fable et les personnages des livres saints. Mais ce n'est point du sein de l'erreur , comme l'observe M. l'abbé Banier ( La Mythologie des fables, liv. I, ch. 1, pag. 11, edil. in A.)t qu'est sortie la vérité ; c'est la vérité elle-même mal entendue qui a produit ce grand nombre de fables qui ont séduit pendant plusieurs siècles l'univers presque entier. En niant à M. Boulanger que toutes ces idées fantastiques, toutes ces fables ridicules, ces puérilités qu'on a débitées de tout temps et en tous lieux au sujet de l'histoire tics premiers âges, aient appartenu aux annales du peuple hébreu, dès lors que devient tout son travail? Il combat des fantômes, de pures chimères, qui n'existèrent jamais dans les livres saints, les seules véritables annales du monde. Le raisonnement de M. Boulanger pèche donc par les premières règles de la logique. On peut très-bien lui appliquer ce que le traducteur français du Traiié mathématique sur le bonheur dit judicieusement, dans sa lettre préliminaire, des principes de nos prétendus esprits forts, « qu'ils admettent des définitions qui servent de base à leurs raisonnements; mais l'absurdité odieuse des conséquences démontre celle des définitions mêmes. »
Il ne fallait pas un grand effort de génie pour faire une compilation informe, et établir là - dessus des parallèles qu'on trouve dans une foule d'écrivains qui avaient d'ailleurs de tout autres vues que M. Boulanger. Est-ce donc ici ce même homme qui dans son avant-propos s'annonce comme un de ces esprits heureux, de ces génies supérieurs, que la nature a produits de siècle en siècle pour éclairer l'univers, pour remettre la raison dans ses droits ei pour lui rendre son ressort? Tel est le pompeux éloge que se donnent modestement nos incrédules. Laissons prendre à M. Boullanger le ton d'esprit fort bien décidé. Mais voyons s'il se soutient : nous sommes en droit de l'exiger.
Quelques traits de mythologie grecque, latine et orientale, des rêveries de quelques Juifs anciens et modernes, des erreurs surannées de quelques fanatiques et hérétiques des premiers siècles du christianisme ; telles sont les sources où a puisé M. Boulanger. Sources impures que réprouve la vraie érudition. Un homme qui a lant soil peu l'esprit droit, peut-il y recourir, fonder là-dessus un système, sans se déshonorer , s'outrager soi-même et se mon:r«r le plus misérable des auleurs. Ce sont là cependant, dit-il ( pag. 81, suiv. ), des découvertes séduisante; à suivre et des questions sans nombre à proposer et à résoudre. L'auteur les apprécie infiniment : seules elles sont capables de démontrer que tout ce qu'on a donné aux malheureux humains comme une chaîne de faits et de vérités n'est qu'un amas d'erreurs.
Par toiià ces prétendus contrastes de faits vrais ou fabuleux, par toutes ces similitudes arbitraires, que le grec et le romain , l'arabe et l'indien, l'américain ei le chinois trouveraient également avec ses héros ; comparaisons outrées, qui n'ont de réel qu'une imagination fanatique, l'auteur a-l-il cru pouvoir ruiner de fond en comble, les preuves Irappanles qui cou stateni l'existence de tous ces hommes divins pou»' lesquels il témoigne si peu de respect ? L'annalisia des Hébreux est à l'abri de ces sortes d'attaques. De tclsraisoui emeutsue peuveui tout au plus que jcioi
DISCOlliS
quels l'incrédulité ne cesse d'abuser. Noire objet est venons de donner sur les marques de certitude ht i suffisamment rempli par les vues générales que nous constatent la vérité et l'authenticité des livres du lé-
de la poussière aux yeux de l'homme pervers et ignorant.
Tout cet éirange système planétaire, encore que l'auteur irréligieux s'efforce par un abus manifeste de l'érudition, d'adapter aux sept premiers patriarches antédiluviens , est le plus ridicule comme le plus mal assorti. Adam signifie rouge; le soleil est de même couleur : donc Adam est le Soleil. Quelle logique! C'est cependant laque .*e réduit toute la preuve do comparaison entre le chef do genre humain et l'astre qui nous éclaire ( Idem, lue. cil., pag. 65, suiv.). Cette preuve n'est -elle pas bien lumineuse et analogue à la pompeuse épigraphe qui orne le frontispice du livre? Stupete génies. Oui, Ton ne peut qu'être surpris d'une érudition si triviale, et encore plus des trois prétendus enfants d'Adam, qu'il appelle d'après les chroniques orientales feu, flamme et lumière, pour donner plus de vigueur à ces traits étonnants qn'il croit résulter de sa belle similitude.
Je doute très fort qu'un incrédule décidé se rende jamais à des preuves de cette nature. L'auteur, en nous alléguant ici les chroniques orientales , avait sans doute en vue un endroit du fragment de Sanchoniaton, écrivain phénicien ; car, selon M. Boulanger, c'est de la nation phénicienne, entre autres, que sont venues tant d'erreurs sacerdotales, qu'on trouve à chaque pas dans les annales hébraïques. Voyons donc ce que d.t l'écrivain phénicien que notre fameux moderne n'a point lu, ou plutôt qu'il a défiguré, ainsi qu'il défigure et décompose la plupart des noms hébreux ; tantôt en les mutilant, en changeant el renversant les lettres qui en sont l'essence radicale, tantôt en les ajustant à son gré, soit par voie d'anagramme qu'il fourre partout, si j'ose m'exprimer de la sorte : soit enfin par un penchant invincible à s'étourdir lui-même sur des vérités qui l'offusquent, parce qu'elles lui sont odieuses.
Sanchoniaton trace dans sa Cosmogonie l'histoire du genre humain ; il commence par la production du premier homme et de la première femme, que lMiilon de Byblos, son traducteur , appelle Vrotogone et Mon, UfOiTôyo^o;, premier-né, 'Atwv, vie] terme qui fait une allusion manifeste à Y Eve de Moïse : l'ctymologie hébraïque y est évidemment analogue.
Ces deux personnes eurent deux enfants selon l'écrivain de Phénicie ; savoir , Genus et Genea : ce sont encore deux mots grecs de la façon du traducteur, qui ne peuvent venir que de rewàw gigno . pario : ce qui désigne des mortels engendrés suivant le cours ordinaire de la nature, à la différence des deux premiers qui étirent, Dieu pour auteur. De ces deux enfants du premier né naquirent encore Phos, Pur el Phlox, c'est-à-dire, lumière, feu el flamme, dénominations propres à caractériser ces mêmes hommes qui inventèrent l'usage du feu ou s'en servirent utilement.
Nous voyons parce témoignage donljc ne prétends pas garantir l'autorité; car les savants sont fort divisés sur ce qui concerne cet écrivain phénicien (Voyez nos recherches sur l'époque de l'Equilalion ( part. 1, pag. 21 i , suiv. ) , écrivain d'ailleurs qui a entièrement défiguré l'histoire des premiers temps; Ton voit, dis je, par là que S nchoniaton met fcrois générations entre le premier homme et ces trois enfants : ont parie M. Boulanger. Un auteur de bonne foi u lit dû rapporter ce lém ignage, no puni le citer .l'une manière vague, mais le produire dans le même ordre qu'on le trouve dans les fragments de Sanchoniaton, conservés par Eusèbe. M. Boulanger devrait donc se l'opposer, ou au moins le discuter, l'expliquer selon les règles de la critique, et montrer que celle autorité ne contredisait point la période septénaire, qu'il prétend, sans la moindre apparence de raison,
avoir donne naissance à toutes ces pieuses généra-
g.es des Hébreux consignées dans la Genèse. C'est donc par mhde Ue ou par ignorance, que notre auteur saute a la troisième génération qu'il suppose être a seconde ; mais ,1 n'est, pas moins inexcusable, lui qui se pique d une érudition peu Commune
Nous aurions plus d'une observation* à faire sur ce qui reste des six générations, principalement sur le commentaire singulier, qu'il nous donne, entre autres! touchant Ca.nan, Mahleei, Jared, etc. (lbid , paq.lil suw. ). Tout ce qu'il dit ici est absolument manqué parce qu il „ y a rien q„j ne porte à faux. Caïnan en liebreu pp, Qenan, qu'il prend pour Mercure, ou le V jour de la semaine, n'a pas le moindre rapport avec Canaan, Kenaan, ouChanaan, (ils de Chain (Genèse IX 1*). Ce premier de ces noms peut à la vérité souiller possesseur , quoiqu'il vienne de la racine Gain. fer d ou se forme l'a dject if Qenan, de fer, dur, c'esta-dire, homme d'un tempérament robuste. Le second signifie aussi acheteur et commerçant ; mais, parce qu'un marchand possédera bien des richesses acquises par son commerce, faudra-t-il dire que le terme de possesseur ait la même valeur que ceux d'aeh&etir et de commerçant? D'ailleurs la véritable éiymologie de Chanaan se prend d;ms le mot Kanaa, en Niphal d a été humilié : ce fils de Chain ayantélé ainsi appelé par allusion à la malédiction dont Noé le punit et en lui toute sa postérité (Genès. a X, 25, suiv.);
Malaléel encore, ou plutôt Mabalalél WÀ.TO, comme 1 écrit Moïse, n'offre rien qui signifie abondance, pouvoir, richesses ; se nom ce rend par louant Dieu ou la splendeur de Dieu. Ii faut donc le décomposer absolument tout entier, en retrancher quelques lettres radicales, le réduire au simple mot aSa Melo pour lui faire signifier plénitude, et par métaphore abondance. Lesi loin, ce qu'on peut accorder à notre grand el profond etymologiste.
Par les mêmes principes que M. Boulanger mus a développes avec tant d'art, el en suivant sa méthode n est-il pas probable que la postérité doute (pie notre écrivain ait réellement existé ? Voici comme»! on raisonnera dans les siècles futurs, instruits par un aussi habile maître que RI. Boulanger. On a dil de lui qu'il était ingénieur dans les pools et chaussées. Mais il se pourrait bien qu'il n'eûl été qu'un être imaginaire, un héros fabuleux, je veux dire une de ces de, les chimériques que les anciens croyaient présider aux fleuves ou aux rivières : son nom propre n'en seraii-ii pas une preuve complète. En effet , diront nos neveux, Baal Nahar ou Beet-Nekar, Dieu le fleuve ne ferait-il pas quelque allu ion au n<nn de Boulanger ou de Boulanger et à la profession dans laquelle on a dit qu'il excellait. Pour sentir l'analogie frappante qu il y a entre ces deux noms et leur emploi, il ue faut qu'adoucir la prononciation du nom français, faire un 1res léger changement dans les points voyelles de Baal-JNehar qu'on pourra lire Boul-Enher. Notre écrivain ne nous aulorise-l-il pas? Nous voici donc bien près du nom de Boulanger : il ne s'agira que de prononcer avec nue aspiration forte le H de Natter, àpeu-près comme le G français. Donc, coin liira-t-on , il est faux <pie ce fameux auteur ail jamais existé * quoique l'on nous vante des ouvrages sous sou nom D'un Dieu de fleuve, être fantastique, il n'est que trop probable que nos pères , gens crédules à l'excès, auront penoé buunerne.it que M. Boulanger avait été effectivement un ingénieur dans les ponts et chaussées; en un mot, un personnage réel. Notez que byz sigui- Ue maître, seigneur, idole, intendant, inspecteur, in* génieur , eic. Mais laissons ces inepties et rentrons dans notre sujet.
PRELIMINAIRE
gitlalcurdes Hébreux. Nous avons réduit ces marques à des preuves de fait, puisées dans la raison elle-mê
L'Jared Te* de Moïse (Genèse V, 18 suiv.) n'a assurémeni aucune affinité avec Jarech que par les deux premières lettres. nT Jerach eu hébreu et non Jarech, comme l'écrit M. Boulanger, signifie mois, ^v, ainsi que Pont traduit les LXX , Aquila , Symmaque et ïhéodotion. Mais il n'y a qu'une licence poussée a l'excès qui puisse rapprocher ces deux termes l'un de l'autre. Le premier signifie commandant, dominant et même descendant , selon la racine d'où on peut le tirer; savoir , TTI ou rm imperare dominari et TV descendit. Notre auteur a bien senti que l'étymologie de ce (ils de Malaléel ne lui était pas trop favorable; mais M. Boulanger, qui tourne les langues savantes et en dispose à sa façon , n'est point embarrasse. Il trouve la solution , en nous disant d'un ton ferme et assuré que le nom patriarcal d'Jared n'est qu'une altération ou une autre prononciation de Jarech.
Enoch, septième génération ou septième jour de la semaine, Enoch , dit-il, devra être le même que Saturne. Une des bonnes raisons qu'il nous en donne , est que, comme le sombre Saturne, qui présidait aux révolutions expirantes , avait été chassé du ciel par Jupiter: ainsi le triste Enoch avait éié enlevé ou , si l'on veut, emporté au bout d'un nombre périodique (Idem, loc. cit., pag. 78). Que l'on n'oppose point le nom propre d'Enoch Khanbch , initié, consacré, religieux, disposé, etc., coin aie incompatible ayee l'idée romanesque de noire écrivain. Pour obvier à ce petit inconvénient, il change la racine de ce nom et va la puiser dans les verbes Anac et Anuck, sanglotler , remplir l'air de clameurs (loc. cit. , pag. 5b). Mais il suffit de savoir lire les lettres hébraïques pour sentir la différence essentielle des termes "pn, initier , etc. et p2N , pousser un cri plaintif, WX soupirer, se plaindre , gémir. S'il n'est rien d'aussi arbitraire que les étymologies des noms qu'on peut souvent lire, et qu'on peut toujours interpréier à sa fantaisie ; que doit-on penser d'une élymologie qui a une signification tout opposée au sens qu'on y cherche?
Finissons. Les trois générations qui suivent dans le récit de Moïse, et qui s'opposent formellement à l'idée de M. Boulanger, ne seront qu'inventées à plaisir. Il tente néanmoins d'en donner quelque raison , toujours conformément à ses chimères. Ainsi dans le Malhusalem, il nous montre la fin du monde. Le Lamech qui signifie, dit-il, roi , ainsi que Malech dont il n'est que l'anagramme, désigne le Grand Juge; et Noé, poursuit-il, qui signifie Dieu avec nous, repos , tranquillité, désigne la vie future et le monde renouvelé : de sorte que ces trois générations n'ont été ajoutées aux précédentes que parce qu'elles ont rapport aux trois anciens dogmes célébrés à la fin des périodes septénaires. Tel est le déuoûment de la pièce. Mais quoi ! Noach, Dieu avec nous ? Dans quelle langue de l'Orient a-t-il puisé la force de ce terme? Nous serions cent fois plus fondés à dire que le nom de boulanger fait une allusion manifeste aux mots 1ï:"]N~bl3 , insipiens ! Quorsum increpans [es verba Domini\? Insensé ! A quoi bon reprenez vous [la parole du Seigneur]? L'étymologie est du moins naturelle.
Notre auteur, comme on le voit, possède parfaitement les langues orientales et la science des généihliaques. Moyennant quelques anagrammes et quelques étymologies, soit vraies, soit fausses, mais qu'il développe avec le plus grand art, tout lui devient aisé et lacile. Et pourquoi n'admeitrions-nous pas toutes ces belles allégories qu'il a su déterrer par tant de travaux sur les chroniques des peuples de l'Orient?
Jugeons nous-mêmes qu'il fallait que notre auteur prît en elîet les routes les plus détournées pour parvenir à des vérités si profondément embarrassantes.
me; on ne peut les méconnaître sans renoncerai cette raison. j
L'authenticité et la vérité des événements ^m raconte Moïse une fois établies, ses écrits sacrés acquièrent dès lors toute l'autorité dont un livre d'vin puisse être capable; et tous les autres livres de l'Ancien Testament rentrent nécessairement dans le même ordre. En effet les mêmes preuves qui nous certifient la divinité du Pentateuque se trouvent toutes réunies dans les témoins qui déposent pour la divinité du reste des saintes Ecritures.
Tous les écrits sacrés ,se soutiennent les uns les autres avec une force invincible. Ils ont entre eux un rapport si essentiel, que les livres historiques, les psaumes, les prophètes roulent tous sur les faits consignés dans le Pentateuque. Les événements les plus
Il est bien fâcheux pour le progrès des langues orientales et principalement de l'hébreu, que feu M. Boulanger n'ait laissé ni grammaire, ni dictionnaire. Nous y trouverions la solution de mille difficultés qui arrêtent mal à propos d'habiles hébraïsants.
Telle est donc la marche de ce profond littérateur. A la faveur de tant de traits de lumières qu'il sait si habilement fùre sortir du sein du chaos le plus ténébreux, il déiruit de vieilles erreurs, il dissipe des illusions qui dégradent notre excellence. Désormais , et M. Boulanger nous en assure, nous allons devenir la partie la plus pensante de l'humanité.
Que ne pourrions- nous pas dire aussi à l'occasion de toute cette parade d'érudition qu'il nous prodigue dans son Esope fabuliste ? écrit uniquement entrepris pour anéantir la vérité de nos livres saints. Qu'on examine de près ces discussions toujours étayées de certaines étymologies qui assurément décèlent un écrivain peu instruit du génie des langues savantes , on y découvrira des vices pareils à ceux qui caraelé risent sa première dissertation sur Elie et Enoch , ainsi que ses autres ouvrages. Partout ce n'e-t qu'mi assemblage monstrueux de traits de convenance qui se démentent toujours.
Après des écarts aussi multipliés, n'est-ce pas encore une témérité de venir nous dire avec un ton d'emphase « que les langues de l'Orient sont pauvres, stériles, privées de la moitié des expressions nécessaires à un peuple savant, et policé; que depuis no reère vulgaire, c'est-à-dire depuis dix-huit siècles, ils [les Asiatiques] n'ont pu encore enrichir l'histoire d'aucun monument, j (Esope fabuliste, pag. 4 5 i, suiv.) M. Boulanger en excepte toutefois la nation chinoise dont il avait sans doute étudié la langue et les livres classiques. Mais notre auteur, qui a tant affecté de jeter du ridicule sur les nations orientales , anciennes et modernes, pour mieux lutter contre les fasies sacrés du peuple de Dieu ; cet écrivain , dis-je, qui a voulu apprécier le génie et les langues des nations , que ne consultait-il du moins les llolliuger, les Herbelot, les Golius, les Gigi;ée, les Méninski, les Pocock, les savants auteurs anglais de l'histoire universelle et beaucoup d'autres ? Il y eût. lrou\é indiqués une foule d'écrits qui caractérisent des peuples cultivés depuis bien du temps ; des peuples qui ont des histoires, soit générales, soit particulières ; des peuples enfin qui ont une langue propre à toutes les scieneas, à tous les arts.
. . . Crédite, Pisones, isii tabulœ fore librum, Persitnilem, cujus, velul œgri son'uiia, vaiuc Fingentur species ; ut nec pes, nec capul uni lleddutur formée.
lloiUTius, De Arte poei.t vers. 6, setjq.
DISCOURS
Utt
extraordinaires , rapportes par Moïse , sont cités comme indubitables par les écrivains posté-rieurs, suscités de Dieu pour donner une nouvelle force à une institution religieuse que la Divinité même avait éiablie. Ce sont tout autant de témoins irréfragables qui s'autorisent les uns les autres par des miracles successifs et toujours publics. Partout c'est une récapitulation des merveilles du Seigneur, opérées dans les anciens temps pour annoncer la puissance du Dieu des Hébreux et le néant des fausses divinités. Partout c'est le môme caractère, le même esprit. La doctrine des prophètes comme celle de Moïse ne consiste point dans de nouveaux dogmes, ni dans des lois d'un tout autre esprit que celui qui caractérise l'ensemble des écrits sacrés. La croyance d'un seul Dieu créateur , rémunérateur de la vertu, vengeur du crime dans une autre vie ; l'espérance d'un Messie libérateur, plus ou moins développée selon les circonstances des temps, mais toujours soutenue par les oracles qui l'an non çaient ; ces dogmes, dis-je, sont aussi anciens que le monde. Moïse ne fait que prévenir l'altération de ces vérités primordiales, par le culte extérieur et les lois qu'il donne au peuple confié à ses soins. C'est dans la môme vue que les prophètes insistent avec force sur l'observance du culte lévilique. Mais comme l'institution mosaïque n'était que pour un temps, parce qu'elle n'était que provisionnelle (1), ainsi que l'attestent les oracles de ce peuple qui en prédisent l'abolition, elle était par conséquent indépendante de l'essence de la religion, fondée sur les promesses. Aussi le grand objet de la mission des prophètes porle-t-il principalement sur la plus ancienne promesse du Messie, renouvelée à Abraham, fixée à la tribu de Juda , ensuite à la maison de David , et le dernier des prophètes termine les écritures en rappelant le souvenir de ce germe béni , l'objet de l'ai tente des peuples , promis aussitôt après la chute du premier homme.
Tout est pour Jésus-Christ la fin do la loi : tout est pour le Messie, cette nouvelle victime qui devait abroger les anciennes et abolir le sacerdoce légal. Ce nouveau piètre qui a offert une hostie au Dieu vivant, et auquel était réservée une alliance (2) plus parfaite que la première, est un prêtre étemel selon 1 ordre de Melchisédech, le seul digne de Dieu, le seul que personne n'a précédé et que personne ne suivra.
Telle est la grande fin des prophéties (5), marque infaillible de la vérité et de la divinité de nos Ecritures (<£). L'origine et les progrès de t;;us ces oracles
(1) Voyez Eusebius, Demonsl. evangel., lib. I, cap, 8. Jo. Albert. Fabiicio, interprète atque ediiore; in
rjusd. Ueleclu argum de Ver'u. relig. christ., pag.
VA, seqq.
(2) Mêlions tcslamenli sponsor factus e>l Jésus. Hebr. VU, 22.
(o) Voyez entre autres M. Sherlock, De l'Usage et des fins des prophéties, en % vol. in 12, passiin.
(<i) Voyez M. l'abbé Duguet , Principes de la foi chrétienne, tom. I, part. 1), cliap. 8,20, pag. 20o, 590, tuiv.
nous sont connus ; ce n'est point notre objet de nous arrêter sur ce qui en concerne l'accomplissement ; quelque éqoqne cependant qu'on donne à un grand ■ombre de ces oracles, à ceux par exemple, qui annoncent l'abolition du culte lévilique, la vocation des Gentils, la venue du Messie , enfin les malheurs du peuple juif; ils datent au moins du temps des Machabées et de la version des LXX. Qaand môme ces oracles ne seraient pas plus anciens, paradoxe que l'incrédule ne prouvera jamais , l'une ou l'autre de ces époques décide invinciblement la vérité eL l'authenticité de nos écrits sacrés. Ces prophéties prédisent des événements qu'il était impossible à l'homme de prévoir. D'ailleurs à quelle fin un peuple irréconciliable avec toutes les autres nations par la différence de culte, de lois, d'usages et de mœurs, eût-il jamais permis qu'un particulier sans autorité, sans une mission expresse de Dieu, insérât dans ses écrits, qu'elle regarda toujours comme sacrés, des oracles qui ne tendaient rien moins qu'à leur prédire celle espèce d'éternité de culte légal dont le juif charnel sVl Balle dans tous les temps. A quelle fin annoncer un Messie comme l'espérance et le rédempteur d'Israël, qui formerait néanmoins un peuple tout nouveau, enté (S. Paul aux Romains, ch. XI, 17) sur l'ancien qui serait alors rejeté pour être en speclacle aux yeux de toutes les nations de l'univers? Pourquoi les Juifs eussent-ils retenu et révéré comme divins des oracles qui lui prédisaient les plus terribles des châtiments si bien détaillés dans les XXVIII et XXX chapitre» entre autres du Dcutéi onome ?
Je m'arrête. Tous ces oracles confondent l'incrédulité la plus décidée ; ils caractérisent évidemment des écrits marqués au coin de la divinité. Les prophètes étaient des hommes de Dieu, et un seul prophète reconnu pour tel suflil pour autoriser, tous les autres qui l'ont précédé ou suivi. Ils annoncent des oracles pour confirmer la vérité des anciens, dont l'accomplissement plus ou moins éloigné devient indubitable par d'autres prédictions que l'événement justifie. Ni les persécutions, ni la mort même n'épouvantent ces hommes de Dieu. Toujours haïs, mais toujours animés du même esprit, ils parlent avec alitant de force que d'autorité, sans crainte d'être désavoués ; el PeiTet suit la menace. Leurs livres ne contiennent pas seulement des prédictions ; ils renferment en même temps un détail infini de prévarications et d'infidélités du peuple juif. On y voit également le récit des perséculions auxquelles ils ont été eux-mêmes exposés pour avoir annoncé des vérités affligeantes. Ces écrits des prophètes sont cependant respectés par la nation ; parce qu'à tous les degrés possibles de l'autorité humaine ils ajoutent le surcroît de l'autorité divine par leurs propres miracles aussi certains, aussi publics que ceux qu'ils attestent. Ils publient avec la plus grande assurance l'œuvre du Seigneur ; et la preuve qu'ils en donnent est sûre et à p née d'un chacun. Avant d'opérer des prodiges , ils prédisent qu'ils en feront : l'illusion est imp >ssi-
PRÉLIMINAIRE
ble. En un mot, le miracle et la prophétie constatent qu'ils parlent, qu'ils agissent réellement au nom et par la vertu du Dieu Vivant et étemel. Ils écrivent des faits qui se passent à la vue de tout un peuple et [auxquels ils sont présents eux-mêmes. Enfin leurs livres sont mis dans les archives publiques ; une nation entière se rend la caution de la vérité des prodiges dont ces prophètes ont élé les ministres, el des oracles qu'ils Oui annoncés.
A ces caracières certains et authentiques de vérité et de divinité , si bien constatés dans les livres de Moïse et des prophètes , qui ne reconnaîtrait les litres primitifs de la révélation si nécessaire pour donner à la religion un fondement solide et inéhraulable? La saine raison nous avait appris qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu auteur de tout ce qui existe et dont la providence s'étend à tout ; que ce Dieu bon, sage et juste, rémunérateur de la vertu et vengeur du crime, est digne de respect, d'adoration, de reconnaissance et d'amour. Toutes simples que sont ces idées que le Créateur a mises dans le fond de notre être en nous formant , les erreurs , les égarements des hommes les avaient tellement obscurcies , qu'à l'exception de la Judée, l'on ne voyait en tous lieux qu'une idolâtrie , un polythéisme mêlés d'abominations. L'état du monde païen nous offre un tableau des plus affreux par rapport à la religion el aux jiœurs. L'homme aurait même ajouté à son ignorance, à son inconstance, à ses ténèbres prodigieuses , si le Seigneur n'avait daigné lui manifester ses tfOlûhlês pHsieurs fois et en différentes manières (1).
Nonobstant cet:e corruption générale et tous ces désordres où étail plongé le genre humain avant la venue de Jésus Christ, nous trouvons cependant dans tous les âges et chez tous les peuples une unanimité de sentiments touchant l'hommage qu'on doit rendre à la Divinité. Nous y voyons partout un culte public, des fêles, des cérémonies, et même des sacrifices pratiqués par la plupart des nations. Tous les peuples n'ont pas toujours adoré la Divinité de la même manière; mais tous sont convenus d'un culte extérieur, d'un exercice public de religion , marque évidente que l'hommage rendu en général à la Divinité part d'une source commune, je veux dire, de l'autorité de Dieu même qui avait prescrit originairement le culte qu'on lui doit. Nous découvrons aussi dans renseignement des peuples, des iraecs bien sensibles de certains principes religieux, à la vérité, beaucoup altérés, mais qui ne constatent pas moins évidemment la croyance primitive du genre humain. En approfondissant la cause de ces vestiges sacrés de la foi de tous les peuples, nous avons observé, ci-dessus, que ces restes Irès-précieux n'étaient point nés dans le fond de nous-mêmes ; el que , quelque parti que l'on prît , il fallait nécessairement remontera un premier auteur comme à l'unique source de ces prin-
(?) Mnltifariam multisque modis Deus olim locutus est. lîebr. I, 1.