STATUE D'ÉPHÈBE
Statue trouvée sur l'Acropole d'Athènes en 1865 (le corps) et en 1888 (la tête).— Athènes, Musée de l Acropole. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 87. — Vers 480 av. J.-C.
EPORTONS-NOUS à l’ « Apollon » de Milo (pl. 1). Voilà où en était la statuaire grecque vers le milieu du vif siècle ; et voici à quel point elle s’est haussée
dans le premier quart du v® siècle. Que de progrès réalisés, sans aide et sans modèles, par le seul effet d'une poussée intérieure ! Les formes maintenant sont justes, irréprochables, et il n'y a pas seulement la correction superficielle des contours, il y a au dedans la vie. En outre, un petit changement s'est produit, minime d'apparence, qui n'est rien de moins qu'une révolution, de portée universelle. La figure n'est plus frontale ; son genou droit légèrement ployé et en conséquence sa hanche gauche insensiblement remontée, le relèvement aussi de son épaule gauche, sa tête faiblement tournée à droite lui donnent dans sa pose immobile une virtualité de mouvement. Et cet air animé est obtenu avec un minimum de moyens, par le simple jeu de quelques lignes à peine dérangées, mais qui suffisent à mettre un abîme entre cette statue d'Ephèbe et | « Apollon » de Milo avec tous les autres (« Apollons archaïques ». La rigidité d'autrefois a disparu, et en place s'éploie une souplesse élancée, une force élastique où se révèlent toutes les possibilités d'action. Spectacle nouveau, qui nous fait entrevoir dans le proche avenir un monde d'attitudes variées, dont pas une n'avait pu s'offrir à l'esprit des artistes égyptiens, chaldéens, assyriens. Même, les « Apollons archaïques » et les corés archaïques étaient encore chose particulière à la Grèce : à ce moment, commence le grand art de l'humanité civilisée.
Ce garçon de quatorze à quinze ans, qui n'est donc encore qu'un ( melléphèbe », a les formes d’un adulte,
un peu réduites de proportions et un peu adoucies de contours ; elles sont pleines, rendues avec justesse ct aisance. Le jeune corps est vigoureux, solidement posé ; il a un air d'assurance fière et de tranquille crânerie. La tête a le même caractère de calme et de force ; elle a un aspect plus viril que juvénile : c'est aussi une tête d'adulte, à dimensions réduites. Le menton est allongé et un peu lourd, les lèvres serrées, le nez fin, les oreilles petites et fouillées avec soin. Les yeux, qui étaient figurés par une matière vitreuse ou quelque métal coloré afin de donner l'illusion de l'œil vivant, ont disparu, laissant vides deux cavités profondes que borde en haut une paupière bien remontée. Enfin, les cheveux enroulent leurs boucles sur un cercle rigide, posé bas autour de la tête ; ils passent dessus, repassent dessous, formant ainsi une épaisse couronne, et leurs extrémités sur les tempes et la nuque se plaquent en mèches courtes, en petits frisons finement ciselés. Regardons-le d'ensemble, ce bouton de jeunesse près d'éclore, ce bel adolescent qui va s'épanouir en homme achevé et complet. C’est bien la le jeune athlète, le jeune citoyen qui chaque jour se fortifñie et s'endurcit dans la palestre, celui que Lucien décrira plus tard à peu près en ces termes : « … Coloré et bruni par le soleil ; l'air mâle et plein de vie annonçant l’ardeur et le courage, fruits d'une santé florissante ; ni maigre, ni gras, les contours inscrits dans de justes proportions ; le superflu des chairs fondu par les sueurs, les muscles étalant sans mélange leur vigueur et leur énergie ; bref, un corps épuré comme le blé qu'on remue dans un van, un corps d'où se sont envolées la paille et les barbes et qui n'a gardé
que le froment pur ».
BIBLIOGRAPHIE : Voir Dickins, Catal. Acropolis M., n° 698; Lechat, Sculpt. attique av. Phidias, p. 452 ; Schrader, Auswahl arch. Marmor-Sk
im Akropolis-M., pl. 16,
STATUE D EPHEBE,