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LE, GAGNANT, DE LANCOURSE AURIGE DE DELPHES

Statue trouvée à Delphes en 1896. — Musee de Delphes. — Bronze. — Hauteur, 1 m. 80. — Vers 480 av. J.-C.

Ans les Grands Jeux de la Grèce, le concours de D quadriges était le plus brillant. Les grosses dépenses qu'il entraînait pour les concurrents lui donnaient forcément un caractère aristocratique : et donc il était aussi le plus populaire. Au v° siècle, les rois et tyrans de Sicile ou de Cyrénaïque viennent y ajouter le prestige de leur nom lointain et de leur rang. Ils sont orgueilleux de la victoire remportée et, en même temps qu'ils la font chanter par un Pindare, ils en prolongent la mémoire, dans le sanctuaire même qui en fut témoin, par de fastueux monuments de bronze. C’est d'un monument de ce genre que provient l'Aurige, rendu au jour lors des fouilles de M. Homolle. L'étude de la statue et de quelques autres fragments retrouvés permet de reconstituer l’ensemble de la façon suivante : les quatre chevaux attelés ; puis, debout l'un près de l’autre sur le char étroit, leur conducteur et leur propriétaire, vainqueur ofhciel ; enfin, en avant, un ou deux jeunes garçons à pied, guidant l’attelage par la bride. Un reste de l'inscription dédicatoire sur un bloc de la base nomme Polyzalos, le troisième fils de Deinoménès de Syracuse, le frère des célèbres tyrans siciliens Gélon et Hiéron. Mais il demeure incertain si Polyzalos a consacré l'œuvre en son nom personnel ou bien au nom de son frère défunt Gélon. Cette dernière hypothèse paraît pourtant la plus probable.

Le cocher des grandes courses en Grèce n'était en rien comparable à nos jockeys professionnels ; socialement, il pouvait être et il était quelquefois de haut rang. Mais, quel qu'il fût, debout sur le char près de son « patron », il se distinguait d'avec lui d'une façon claire : car le maître devait être représenté nu, ennobli et paré (peut-on dire) de la nudité héroïque ; le cocher, lui, portait son costume obligé, sa robe de course, sa xystis. Admirable, cette robe, simple et droite comme un sac, si intimement associée à la vie du corps ! Une ceinture la serre à la taille et un

cordon sans fin, qui se croise dans le dos, remonte l’étoffe

de chaque côté contre l'aisselle, pour que les bras n'en soient pas gênés. Avec quelle justesse intelligente ces plis, larges ou menus, disent ce qu'ils doivent dire ! Leur foisonnement sur les épaules traduit l'action incessante des bras ; plus espacés sur la poitrine, ils répondent aux efforts moins fréquents et plus puissants du torse : puis, sous la ceinture, autour des jambes immobile, ils mettent la stabilité de leurs cannelures profondes. Les pieds nus et le bras sont des morceaux accomplis, d'une justesse et d'une fraîcheur exquises ; dans le modelé du bras élégant et du fin poignet, on croit sentir un frémissement de vie. La tête est portée sur un cou robuste ; le visage, animé par des yeux qu'une incrustation de matières colorées a faits regardants et parlants, a le nez droit, les lèvres fortes, le menton bien assis. Un bandeau, jadis incrusté d'argent, ceint le crâne dont les cheveux sont courts et aplatis; mais quelques mèches se rebroussent joliment autour de l'oreille et sur les tempes, auprès de légers poils follets qui frisottent en haut de la joue. C’est l'aurore de la barbe, et c'est tout l'éclat d'une belle jeunesse florissante, calme, puissante.

Voilà donc le gagnant de la Grande Course Pythique. Ferme sur ses pieds, les coudes au corps, les avant-bras relevés et tenant les rênes, la tête rayonnante de vie et illuminée par la fierté de la victoire récente, le corps revêtu de la xystis aux cannelures sévères, — qu'il est beau, ce jeune triomphateur ramenant son attelage au petit pas, parmi les clameurs de joie, et comme, rien qu'à le voir si plein de force et de grâce, si magnifiquement épanouti, on comprend que ç'ait été lui le vainqueur ! L'œuvre est de tout point admirable et l'une des plus précieuses qui nous restent de la sculpture antique. Elle nous fait sentir ce que la main créatrice d’un grand artiste grec sait mettre de beauté dans les attitudes les plus simples, de noblesse dans les actes les plus communs, de vie dans l'absence même de tout effort et presque de tout mouvement.

BisiocraPie : Voir Fouilles de Delphes, IV, pl. 49-50 : Monuments Piot, IV, 1897, pl. 15 et L6, p. 169 (Homolle) ; Poulsen, Delphi (éd. an-

glaise), p. 221. — Pour le costume, voir Heuzey, Hist. du costume antique, p. 76.

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