LA MONTÉE EN CHAR PARTIE D'UN RELIEF DÉCORATIF
Relief trouvé sur l'Acropole d'Athènes en 1822 (char et figures) et 1860 (fragment d'attelage). — Athènes, Musée de l'Acropole. — Marbre. — Hauteur max.. 1 m. 20. — Vers 500-490 av. J.-C.
RIÈVEMENT et sans phrases, déplorons les mutila- B tions de ce relief, par quoi nous sommes privés
d'un certain nombre de beautés et empêchés de reconnaître, aux traits du visage, si nous avons devant nous un homme ou une femme, un jeune vainqueur aux Panathénées ou une écuyère divine, chargée de la conduite d'un char divin. Car coiffure et costume conviennent également à une femme et à un homme, et il faudrait, pour faire pencher la balance, quelque raison nouvelle qu'on n'aperçoit pas. Le fragment doit, en tout càs, avoir appartenu à la décoration d'un massif de maçonnerie, en forme d'une large base. On y voit un char attelé de quatre chevaux, sur lequel est en train de monter le conducteur. Des chevaux, il ne reste que leurs quatre queues et deux jambes postérieures, dont l’une presque entièrement masquée par l'autre : du moins celle qu'on voit offre-t-elle un modelé finement nerveux, qui rappelle les jambes pareilles, en bronze, provenant de l'attelage de l'Aurige de Delphes. Vient ensuite le char, un char de course, extrêmement léger : deux roues à quatre rais ; la caisse (diphros) posant sur l'essieu et assemblée directement avec le timon, caisse très basse, mais surélevée par une rampe (an{yx), que supportent des petits montants et qui se recourbe en anse du côté extérieur.
Le conducteur a son attelage en mains : ses deux bras étendus se continuaient par les rênes et sous sa main droite s'allonge le manche du fouet (ou de l'aiguillon). Il a déjà posé le pied gauche sur le bord du plancher de la caisse, et il va s'enlever d'un élan. Sans doute, son pied droit devait avoir le talon levé et ne plus toucher le sol que par le dessous des orteils ; mais enfin il était encore à terre, heureusement. Car c'est de cet écartement des jambes, l'une pliée, l’autre tendue, que résulte une des beautés de la figure : toute la partie inférieure du chiton se
trouve ainsi écartée brusquement : elle plaque sur le tibia de la jambe levée, sur la cuisse de la jambe tendue, et dans l'intervalle les plis tombent et s'allongent comme la longue queue fine de certains oiseaux. Les plis des manches sur le bras droit sont d'une légèreté molle qui ne pouvait guère être dépassée, et qui ne l'a pas été, en effet, dans le travail tout pareil de la masse des cheveux. Enfin, ceux de l'himation s'espacent sur le dos en larges courbes régulières, ou se resserrent sur le flanc en longue gerbe, ou retombent entre les deux bras en zigzags opposés que termine en bas la petite olive de plomb (roïscos), destinée par son poids à tendre un peu l'étoffe. Remarquons encore comme l'himation se relève et s'écarte autour de ia nuque et des épaules, laissant libre jeu aux mouvements du cou. Ce dégagement ne va pas sans un peu d'excès et de raideur, mais c'était pourtant un notable progrès que d'avoir su détacher du corps ces vêtements, qui y avaient si longtemps collé, et de leur avoir donné un commencement de vie libre. Un progrès parallèle se marque dans l'arrangement de la chevelure, qu'on devrait bien ne plus appeler corymbe ou crobyle, car probablement il n'avait point de nom particulier. Mais il témoigne d'un effort pour dégager la nuque : les cheveux, qui restent toujours aussi longs, n’encombrent plus le dos et les épaules ; et ainsi on s’achemine vers la mode des cheveux courts (pour les hommes) ou relevés (pour les femmes) qui prévaudra dans la première moitié du v® siècle. L'œuvre appartient donc à la fin de l’archaïsme. Il n'était d'ailleurs pas besoin de ces quelques indices pour en fixer la date ; celle-ci ressort de toutes les impressions ressenties devant ce marbre presque détruit, mais dont la beauté survit à la ruine ; elle se devine aux qualités d'une exécution légère et sûre, qui, éliminant toute lourdeur, avait abouti finalement à une éclosion de charme, à une fleur de grâce.
BigioGrapHie.: Voir Dickins, Catal. Acropolis M., n° 1342 ; Lechat, Sculpl. attique av. Phidias, p. 408 ; Rev. des études anc., XXIV, 1922,
p. 187 (Demangel).
e A] VERS ATEN